Tourments
305 pages
Français

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Tourments , livre ebook

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Description

Adieu le lycée, bonjour l’université !
Avant d’entamer sa vie étudiante, Alexandra compte bien profiter des vacances pour parfaire son bronzage et reconquérir son ex petit-ami, Dyami. Seulement, le job de super-héroïne est à temps plein ; nul bandit à l’horizon, juste la veuve d’un chaman qui bouleverse ses projets.
La magie de la Déesse des Loups coule certes dans ses veines, mais elle est bien incapable d’en user à sa guise. Goûtant à des pouvoirs aussi puissants que dangereux, il lui faudra alors apprivoiser une autre part d’elle-même.
Sur les bancs de la faculté, elle consacre son temps entre ses études et une nouvelle enquête. Une à une, les prochaines vedettes de Casse-Noisette disparaissent. Suicide ou meurtre, c’est ce qu’Alex tentera d’éclaircir.
Troublée par son instinct animal et d’étranges rêves, il lui semble apercevoir, sans répit, une ombre. Ou n’est-ce que le reflet de ses tourments...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782379601118
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mathilde Bonnard


Tourments
La Déesse des Loups, tome 2
© Mathilde Bonnard & Livresque éditions ,
pour la présente édition – 2020
© Loïc Baur , Photographe pour la couverture
© Thibault Benett , Designer graphiste pour la couverture
© Valérie Cavailles , Correctrice
© Thibault Beneytou, Suivi éditorial & Mise en page

ISBN : 978-2-37960-110- 1


Tous droits réservés pour tous pays
Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
Playlist

Chapitre 1
Lou Bega – Mambo n°five
Grease – You’re the one that I want
David Hallyday – Tu ne m’as pas laissé le temps
Shocking Blue – Never marry a railroad man
Chapitre 2
R.E.M – Losing my religion
Chapitre 16
Gossip – Heavy Cross
Chapitre 19
Kylie Minogue – Can’t get you out of my head
Chapitre 20
La La Land – Another day of sun
Chapitre 23
Shocking Blue – Never marry a railroad man
Chapitre 24
Bryan Adams – Everything I do I do it for you
Piano – Frère Jacques
Beethoven – Sonate au Clair de lune
Evgeny Grinko – Valse
La La Land – City of Stars
Chapitre 26
R.E.M – Losing my religion
Axel Bauer et Zazie – À ma place
Chapitre 27
Alice Merton – No Roots
Imany – Don’t be so shy
Chapitre 28
Shocking Blue – Never marry a railroad man
Chapitre 30
Brahms – Lullaby
Chapitre 36
La La Land – Another day of sun
Chapitre 40
Uriah Heep – Lady in black
À mon Étoile (1914 – 2018)
« Les mains froides, mais le cœur chaud. »
Huit mois plus tard.
— Salut, c’est Alex. Chantez après le bip, déclare joyeusement une voix enregistrée. Bip.
— Je sais qui vous êtes, déclare sinistrement le correspondant.
Chapitre 1

Huit mois plus tôt.
— L’épreuve est terminée. Posez vos stylos, ordonne le professeur qui nous surveillait.
Je m’exécute et soupire de soulagement. Les examens du Diplôme d’études collégiales 1 se terminaient enfin et ce soir, entre terminales, nous fêterions à la fois la fin des « années lycée » et le début d’une nouvelle vie : l’université !
Tandis que l’enseignant passe dans les rangs pour récupérer nos copies, je range mes affaires dans mon sac.
À peine suis-je sortie de la salle d’examen que déjà mon amie Aiyana me saute dessus. En chuchotant, elle me reproche :
— Où étais-tu passée ? J’ai bien cru que tu raterais l’épreuve de SVT 2 .
— Je bottais les fesses de braqueurs.
— Alex, c’était le bac ! me rabroue l’Amérindienne.
— Aiyana, c’était mon devoir.
Passant son bras sous le mien, elle plaisante :
— Tu ne changeras donc jamais ! Raconte-moi. Combien étaient-ils ?
Ainsi, je lui relate que, comme par hasard, alors que j’achetais des barres de céréales pour le test de sciences, des hommes cagoulés ont pénétré dans la supérette. Sans préambule, ils ont exigé la « caisse » et, en tremblant, le propriétaire a fourré des billets dans un sac gentiment apporté par les malfrats.
J’avoue à Aiyana avoir agi sans masque, parce que d’une part, l’affaire était pressante et, d’autre part, je craignais d’être en retard pour les réjouissances organisées par l’école… Avant même qu’elle ne me gronde et condamne cette maladresse, je poursuis mon histoire. Dans le supermarché, je comptabilisais quatre malfrats. Ni trop ni pas assez à mon humble avis. Analysant la situation, je constatais que deux tenaient en joue l’employé, qui ne montrait aucun signe de résistance, l’un guettait la rue et le dernier gardait un œil sur la petite adolescente qui ne semblait esquisser aucun mouvement.
— Grouille-toi ! a hurlé l’un, secouant son arme en direction du commerçant comme s’il ne s’agissait que d’un joujou en plastique.
Bien évidemment, cet abruti a déconcentré les trois autres qui, instinctivement, ont tourné la tête vers l’intéressé pendant de précieuses secondes…
Profitant de cette aubaine, j’ai administré un magnifique coup de pied retourné à celui qui a malheureusement oublié, durant quelques instants, de surveiller cette « chétive enfant » que je représentais selon eux. Mon pied a heurté le poignet, cassant l’articulation. Propre et net. Un cri à la fois de douleur et de surprise a résonné dans le petit local, tandis que l’arme atterrissait dans ma main. Je l’ai rangée à l’arrière de mon jean.
Comme un seul homme, les trois comparses ont reporté leur attention sur moi. Certes, leur visage était dissimulé, mais leur regard suffisait à me révéler leur étonnement.
Je me suis élancée dans un rayon, un plan se formant dans mon esprit afin de me débarrasser de ces voyous .
Alors que je courais d’allée en allée, j’ai entendu le chef commander :
— Suivez-la ! Quant à toi, on n’a pas toute la journée. Magne-toi ou…
En guise de démonstration de force, une détonation a retenti et la balle s’est perdue dans le plafond.
— … la prochaine se logera dans ton crâne.
Horrifiée, Aiyana m’interrompt dans mon récit afin de me demander :
— Le marchand a été blessé ?
— Laisse-moi finir mon extraordinaire aventure.
Ainsi, j’explique à mon amie comment j’ai piégé l’un des voleurs en ouvrant les portes des machines qui contenaient les boissons fraîches. Persuadé de sa réussite, il ne s’est pas douté de ma machiavélique machination. Ou alors il n’a tout simplement pas révisé sa physique et les lois de la réflexion. Hélas pour lui, ce n’était que mon reflet. Me glissant derrière son dos, j’ai fracassé son front contre la vitre qui s’est brisée sous le violent impact. Sonné, il a titubé, gardant son poignet blessé contre son torse. Je reconnus le charmant malfaiteur qui visait ma tête.
Je souris à ce souvenir et songe qu’ils avaient mal choisi à la fois le jour et l’heure de leur braquage.
Après avoir fauché ses jambes, il est tombé lourdement. Me désintéressant de cet adversaire, je me suis concentrée sur le suivant. Ce dernier, bras tendus, se tenait à seulement quelques pas devant moi. Sans hésitation, son pistolet visait ma poitrine ; celle d’une adolescente loin d’être vulnérable. Or cet indice, ses petits copains et lui l’apprenaient à leurs dépens.
Il a tiré.
Anticipant le trajet de la balle, j’ai esquivé. Après trois grandes enjambées, j’ai bondi sur lui, puis avec agilité et grâce, mes jambes ont encerclé son bras menaçant. D’un mouvement, je me suis contorsionnée et l’ai forcé à lâcher l’arme. Tel un chant victorieux à mes oreilles, le métal a heurté le carrelage. Doux son qui m’a confortée dans mon offensive. C’est ainsi que, sans remords, je lui ai démis l’épaule. Pour autant, je n’en ai pas terminé avec celui-là ; répétant un exercice appris par ma coach et amie amérindienne, mes pieds ont dangereusement pris la trajectoire de son visage. En gymnastique, il me semble que les sportifs parlent d’ATR 3 , cependant je préfère le terme de « bombe à retardement », car ce n’est plus qu’une question de temps avant que l’adversaire ne déclare forfait. Sous l’impact, j’ai senti l’os de son nez craquer. À la suite d’un minable gémissement, j’ai redoublé d’efforts et mon genou a frappé son entrejambe. Certes, ce n’est pas très fairplay, mais du coin de l’œil, j’ai aperçu une pendule qui me rappelait que mon épreuve commencerait très bientôt…
Le malfaiteur s’est plié en deux, le souffle coupé par la douleur. J’ai abattu le plat de ma main sur sa nuque. Tandis qu’il s’est effondré sur le carrelage blanc rougi par son sang, je me suis emparée de son arme et me suis lancée à la poursuite du troisième.
Bien évidemment, mon ange gardien a pris sa pause-café à cet instant précis, puisque ce brigand m’a trouvée avant que je ne le débusque… Sans aucun ménagement, la crosse de son Smith & Wesson m’a atteint à l’épaule, puis à la hanche. Retenant un glapissement, j’ai saisi un paquet de pâtes que j’ai balancé sur lui. Puis un deuxième. Encore un autre. Malheureusement, ces projectiles ne jouaient guère en ma faveur… Nom de nom, où étaient les boîtes de conserve quand on en avait réellement besoin ? À défaut de lui faire mal, la crapule, dont la fureur grandissait à chaque paquet, n’a pu me tirer dessus tant elle était occupée à se protéger.
Excédée par sa progression en dépit de mes « balles- fusilli », j’ai dévissé un pot de sauce tomate dont j’ai vidé le contenu sur le sol. S’emmêlant pieds et « pâtes » dans la bolognaise, l’attaquant a glissé et est tombé pesamment. Hop ! Je n’ai pas tergiversé davantage. Saisissant cette opportunité, j’ai réalisé un énième et parfait coup de pied retourné, je tiens à le souligner, qui atteignit sa tête. Celle-ci a terminé sa course dans une étagère entre raviolis et penne . Assommé, il ne bougeait plus.
Du bout des doigts, j’ai ramassé l’arme sale… Eurk !
— Les gars ? a appelé le dernier sur ma liste à neutraliser.
Plus qu’un , ai-je pensé, un rictus carnassier étirant mes lèvres.
Un silence lui a répondu.
Sans mal, j’ai imaginé sa pomme d’Adam remonter et descendre péniblement dans sa gorge. Certes, je suis la Déesse des Loups, une super héroïne avec des pouvoirs extraordinaires, notamment des sens décuplés, mais en aucun cas ces derniers ne me permettent de voir à travers les murs ou, en l’occurrence dans cette situation, à travers les rayons d’un supermarché. Néanmoins, grâce à mon ouïe extrêmement développée, je n’ai eu aucun mal à entendre ce doux et jouissif bruit de déglutition de mon ultime casse-croûte.
Un silence qui a perduré, seulement troublé par mes talons heurtant avec une détermination sans faille le sol carrelé. Clac. Clac.
Je sortis une des deux armes rangées dans mon pantalon. Parée pour l’offensive, j’ai traversé tranquillement les rayonnages. Lorsque je me suis approchée de la caisse, apercevant voleur et victime, j’ai levé les bras afin de braquer, sans vergogne, les deux pistolets sur l’intrus.
— Lâche ça, petite, eut-il le culot de m’ordonner.
— Non.
J’ai continué d’avancer avec ce déhanché outrageux et surtout exagéré, que j’ai travaillé moult et moult heures avec Aiyana. Il est censé me donner une certaine contenance, un je-ne-sais-quoi qui effrayerait le croque-mitaine… Mouais . Il ferait plutôt retourner mes parents dans leur tombe.
— Je…
— Tu n’es pas en position de discuter, little boy . Tu as deux revolvers pointés sur toi et je n’hésiterai pas à m’en servir. Alors à ta place, je jetterais mon joujou.
— Tu n’auras pas le courage de tirer, gamine.
— Tu veux vraiment parier ?
Je soupirai, lasse de n’être jamais prise au sérieux par les méchants. Pourquoi ? Parce que je mesurais seulement 1m60 ? Parce que je paraissais jeune et frêle ?
Avec dextérité, j’ai baissé le cran de sûreté et j’ai appuyé sur la gâchette. La balle s’est logée dans sa cuisse à un centimètre à peine d’une artère mortelle. De surprise dans un premier temps, puis de douleur dans un second, le bandit a crié.
— Je ne le répèterai pas une fois de plus, une fois de trop. Je suis pressée, alors pose ton arme, canaille.
Voyant que je ne bluffais pas, la fripouille a obtempéré et a jeté son pistolet devant lui.
— Fais-la glisser vers moi.
Soutenant mon regard déterminé, il s’est exécuté.
Toujours dans mon viseur, j’ai ramassé lentement la quatrième et dernière arme. Sans le perdre du regard un seul instant, j’ai confié toute l’artillerie au propriétaire du supermarché, qui ne s’est pas fait prier pour s’emparer de la quincaillerie. À son tour, il a pointé, non sans quelques tremblements, le canon sur la tête cagoulée.
— Appelez la police et ne le lâchez pas des yeux. Les trois autres font une petite sieste à l’arrière du magasin. Vous excuserez le désordre et le gâchis des denrées. Les alternatives étaient, comment dire, faibles. Combien est-ce que je vous dois pour deux barres chocolatées, un paquet de chips et une boisson énergisante ? Au départ, j’étais venue seulement pour des céréales, mais cet imprévu m’a creusé l’appétit. Pas vous ?
Sur ces mots, j’ai ouvert un sachet de M&M’s.
— Ajoutez aussi ceci sur la note, j’ai déclaré en levant mon trophée que je dégustais avec délice.
— Rien, absolument rien. Je vous remercie, me dit le marchand.
— C’était avec plaisir, m’sieur. Passez une bonne journée.
J’avoue à Aiyana avoir grillé deux, peut-être même trois, feux rouges afin d’arriver à peine quelques minutes avant l’examen. Celle-ci lève les yeux au ciel en me promettant :
— Nous travaillerons tes discours et répliques, parce qu’ils laissent clairement à désirer. Et à l’avenir, fais attention, tu aurais pu être refusée en cours.
— Oui, maman.
— Moque-toi, Alexandra Schmitt, mais si ta tante l’apprenait, elle te tuerait et irait te chercher en Enfer pour te mettre une sacrée fessée.
— Je ne suis pas certaine que Karen apprécie le portrait que tu dépeins d’elle.
Bras dessus, bras dessous, nous traversons les couloirs du lycée, fendant la foule des dernières années. Soulagées après cet ultime test, nous sommes prêtes à célébrer la fin de ces longues semaines de révisions, d’angoisses et d’insomnies. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’Aiyana a excellé à chacune des épreuves. Je suis même convaincue qu’elle sortira major de notre promotion. C’est une évidence qu’un brillant avenir se profile à l’horizon et s’offre à elle… Mais qu’en sera-t-il du mien ?
Je n’ai jamais été très à l’aise avec mes contemporains et encore moins avec les jeunes de mon âge. Toutefois, depuis mon déménagement dans les landes canadiennes à la suite du décès de mes parents, je ne peux m’empêcher de me sentir enfin à ma place dans ce monde. Est-ce parce que je me suis fait des amies comme Elisabeth ou Aiyana ? Est-ce parce qu’une nuit une morsure m’a permis de revenir à la vie ? De revenir dans le corps de la Déesse des Loups ? Que signifie se sentir à sa place dans le monde ? Est-ce se rendre utile pour son prochain ou se sentir acceptée par ses pairs ? Ou, plus égoïstement, ne plus se sentir invisible ? Transparente… L’Alexandra d’antan l’était. Aujourd’hui, la vilaine chenille perce sa chrysalide, déplie ses ailes afin de se métamorphoser en un timide papillon, prêt à s’envoler. Que de chemin ai-je parcouru !
Ce soir, je suis bien décidée à voler et à profiter de la vie, de ces quelques instants de bonheur qui peuvent m’être arrachés en une fraction de seconde.
La nuit n’est pas encore tombée. Le soleil descend doucement à l’horizon, teintant le ciel de ses plus beaux atours. Les terminales sont toutes réunis pour cette dernière soirée que nous partagerons avant de nous séparer. Nous emprunterons tous des voies différentes. Une minorité a choisi de traverser les frontières, notamment celles d’Europe, tantôt pour un semestre, tantôt pour l’ensemble du cursus. La majorité restera au Canada. Contrairement à quelques-uns qui ont décroché une bourse d’études, certains n’ont pas eu cette chance et, à la suite de cet échec, leur destin emprunte un sentier semé de dettes afin de financer leur projet. D’autres privilégiés, grâce à la fortune de leurs parents, n’ont pas à penser à de tels calculs. Qu’en est-il de moi ? Parmi cette foule d’étudiants, j’ai choisi de demeurer chez ma tante Karen et d’étudier le droit à l’université de Vancouver. Angélique, ma sœur jumelle, m’a longuement priée de revenir en France pour poursuivre ma scolarité. Toutefois, à son plus grand désarroi, j’ai décliné son offre, préférant me perdre dans des forêts à perte de vue plutôt que d’être bercée par le ressac des vagues. Il fut un temps où nos relations étaient tendues, néanmoins, depuis que j’ai arrêté sa psychopathe de meilleure amie, Cyrielle, alias la Veuve Noire, nos relations se sont considérablement améliorées. Je n’avais jamais compris cette rivalité qu’elle érigeait entre nous jusqu’à ce que je réalise qu’inconsciemment notre père m’avait comblée d’amour. Choyant la lune, il s’était, peu à peu, détourné des rayons du soleil. Celui-ci n’a pas cessé de briller, bien au contraire, il a redoublé d’efforts afin d’attirer l’attention d’Alaric. En pure perte hélas…
Balayant nos différends passés, nous nous tournons vers un présent radieux où je retrouve ma moitié. Les nuages dissipés, notre complicité d’antan est revenue. En dépit de ces retrouvailles fraternelles, Angélique est repartie dans notre terre natale à cause du transfert de sa meurtrière de copine dans un hôpital psychiatrique. Malgré la distance, nous correspondons régulièrement. Je n’aurais jamais cru cela un jour possible, mais j’avoue qu’elle me manque terriblement.
Par mesure de sécurité à cause des élèves exécutés, bien que l’assassin ait été démasqué par la Déesse des Loups – c’est-à-dire moi, je ne me lasse pas de m’en vanter –, l’établissement a refusé d’organiser un bal de fin d’année. Sourde à nos supplications, la proviseure, madame Screwin, a rejeté catégoriquement cette célébration. Fort bien ! Mes camarades se sont mobilisés et ont contre-attaqué en préparant une fête à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Le lieu n’a pas été choisi par hasard, mais pour son magnifique cadre où les bois flirtent avec un lac aux reflets turquoise la journée et argentés la nuit. Quelques chalets, qui peuplent la berge, peuvent accueillir ceux qui ne seraient pas en état de conduire et Dieu sait qu’il y en aura, puisque notre mot d’ordre est de « profiter et s’enivrer » ! Responsabilisés à cause de ces nombreuses vies perdues, mes collègues ont choisi de déjouer les plans de la Grande Faucheuse en prévoyant des tentes et lits de fortune installés à l’orée de la forêt. Chacun devait apporter boisson et nourriture afin de rassasier tout cet escadron. Pour ma part, j’ai opté pour de la bière ainsi que des paquets de chips et de crackers.
Pour l’occasion, un drap blanc a été tendu afin que des photos ou des vidéos soient projetées en guise de vestiges de cette ultime année d’insouciance. Autour d’un grand feu qui crépite, des rondins sont disposés afin que nous puissions nous asseoir. Certains y sont déjà installés, tenant dans leurs mains une branche avec des marshmallows piqués. Près des enceintes, une minorité se trémousse au rythme d’une musique lancinante. La plupart rient.
Je fends cette foule de jeunes et joyeux lurons afin de déposer mes victuailles près de celle des autres. À peine suis-je arrivée qu’un terminale de mon cours de mathématiques me tend un gobelet rouge rempli à ras bord, dont je déduis aisément qu’il s’agit d’une vodka orange. Inutile de posséder des super pouvoirs pour parvenir à cette conclusion, les forts effluves parlent d’eux-mêmes.
— Cul sec, la miss !
— Je n’y manquerai pas, lui souris-je en levant mon verre à sa santé.
Satisfait, il continue sa distribution de boissons alcoolisées. Après m’avoir aperçue, mon amie amérindienne s’excuse auprès du groupe avec lequel elle conversait pour me rejoindre. Voyant son air réprobateur, je hausse nonchalamment les épaules.
— Ce n’est qu’un verre.
— Avec de l’alcool.
— Je ne suis pas en service, Aiyana.
— On n’est jamais trop prudent.
D’autorité, elle m’enlève le cocktail des mains alors que je suis venue à pied. En revanche, son chauffeur attitré – c’est-à-dire son frère, Dyami, accessoirement mon ex-petit ami, qui l’a conduite jusqu’ici – ne bénéficie probablement pas d’une telle récession. À cette pensée, je jette un rapide coup d’œil aux alentours pour tirer profit de cette évidence. Entouré de sa tribu, je le découvre à quelques mètres en charmante compagnie d’un élixir que je soupçonne identique au mien.
— Et à lui ? Tu ne dis rien ? désigné-je l’indien du menton.
— Contrairement à toi, lui ne sauve pas le monde.
— Dans moins d’une décennie, il défendra la veuve et l’orphelin, puisqu’il entreprend une carrière juridique.
— Tout comme une certaine Alexandra Schmitt, il me semble, sourit malicieusement Aiyana.
Ce bel oiseau a toujours tenté de nous réunir, son frère et moi. Pendant un temps, nous étions bien… jusqu’à ce que ma jalousie dévorante envers ma sœur nous sépare ! Désormais, nous échangeons du bout des lèvres des banalités d’usage. Malgré cette ère glaciale, Aiyana persévère dans son univers fantasmagorique d’un jour nous marier. Ce n’est pas gagné lorsque les futurs époux ne s’adressent pas la parole, pas même un regard !
Lorsque le bon vivant qui m’a accueillie repasse avec des gobelets, j’en prends un sous les yeux médusés de ma baby-sitter.
— Relax, un verre n’a jamais empêché Batman de botter les fesses des vilains. Au pire, Robin peut le remplacer temporairement.
— D’habitude, tu me compares à Alfred.
— Exceptionnellement ce soir, tu rajeunis !
Des applaudissements nous interrompent. Projetées sur le drap blanc en guise d’écran, des photos défilent. Des clichés de la troupe de théâtre qui répètent Hamlet. D’autres représentent la fête d’Halloween organisée par la reine du lycée, Elisabeth ; des élèves qui se déhanchent, boivent, jouent, célèbrent la vie si éphémère. Une fée clochette fait un geste obscène à l’objectif. Trois vampires planifient une farce à Jack Sparrows en remplaçant le Jack Daniels par une peluche de Jack Russel. The Mask danse Thriller avec une sexy Frankenstein vêtue d’une blouse blanche dangereusement courte. Sous le cri de ralliement euphorique des sportifs, une dizaine d’images s’enchaînent en reprenant les moments clés de la saison du football américain et des acrobaties des pom-poms girls. Des sifflements appréciateurs approuvent celles portant sur le bal d’hiver. Devant un décor féérique – plaine enneigée et branches gelées –, différents couples s’enlacent. Contrairement à notre mémoire, dont les détails s’étiolent au fil des années, la photographie a à jamais immortalisé cette magnifique nuit. Des rires fusent lorsqu’une diapositive montre un quatuor pantalon baissé. Les pitres s’apprêtent à recommencer leur expérience pour cette soirée d’adieu, cependant de joyeuses protestations les arrêtent dans leur élan. Lors du couronnement de la reine et de son roi, Matt O’Connor, tout le monde applaudit solennellement. Des images, sûrement prises en rafale, reprennent le slow royal et… j’ai un pincement au cœur lorsque je découvre la photo suivante.
Un Amérindien enlace la taille d’une « Blanche » qui ne peut le quitter du regard. Fascinée par tant de beauté, elle danse dans les bras de son prince charmant. C’est ce fameux jour où nous avons levé le voile sur notre relation.
En dépit de cette allusion, pas une fois Dyami ne tourne la tête dans ma direction afin que nous échangions ne serait-ce qu’un fugace regard complice sur ce vestige de notre passé commun. Bien vite à mon goût, l’image est remplacée par celle de Simon qui, encore à l’époque, portait des culs-de-bouteille.
Aucun frémissement ni tressaillement n’a trahi cette statue de marbre, je songe tristement. C’est comme si notre histoire n’avait jamais existé.
Il est resté impassible devant ce fantôme alors qu’autour de nous, tous les couples se sont attendris devant tant d’affection et de connivence.
Un haussement nonchalant des épaules aurait été trop voyant, pour autant je n’ai pas même aperçu une tension dans sa mâchoire. Rien. Nos baisers balayés. Nos nuits oubliées. Nos promesses envolées…
J’avale une longue gorgée de whisky-coca cette fois-ci.
— Alex.
— En théorie, je tiens bien l’alcool.
— Et en pratique ?
— Nous verrons bien.
Afin de chasser ces terribles constatations, je me focalise sur d’autres évènements marquants de notre scolarité, notamment les membres du club d’échec qui brandissent un trophée ou encore une talentueuse gymnaste qui avance avec assurance sur une poutre. Devant la course de relais dans la piscine olympique, les supporters hurlent comme dans les gradins de cette victorieuse après-midi. Lorsqu’un portrait de Cyrielle apparaît, le silence tombe. Nous levons nos verres en signe de recueillement lorsqu’une à une les victimes se succèdent sur l’écran de fortune. Il est certain que nous n’oublierons jamais cette douloureuse année et nous devrons avancer avec cette tragédie qui a frappée notre adolescence. Nous refusons d’oublier et de vivre dans la peur. Nous acceptons cet amoncellement de cadavres. Cependant, ils ne sont pas faits que de chairs et d’os. Ils étaient nos amis, nos connaissances, notre voisin du cours de physique-chimie et c’est pourquoi nous relevons fièrement le menton pour honorer leur mort.
À notre manière, notre génération fait son deuil.
La perte se mue en nostalgie dès lors que des clichés de fête reviennent, montrant Matthew, Jake, Samuel ou d’autres partis trop tôt. Quand le visage d’Angélique apparaît, la gent masculine siffle ce joli minois. C’est vrai que ma sœur est drôlement belle.
Après ce défilé d’images, un karaoké improvisé nous invite à nous jeter sur le micro prévu à cet effet. Justement, un groupe, loin de se faire prier, s’empare de l’objet et entonne le premier couplet.
Sur un Mambo number five , j’entraine Aiyana sur la piste. Noyée dans la foule, pincement au cœur et meurtres n’ont plus d’importance pour moi. Je roule des hanches, je reprends le refrain avec mes camarades. L’assurance nous fait esquisser avec mon amie une chorégraphie. Elle, clap your hands once 4 , puis c’est mon tour, clap your hands twice 5 . Ma tête dodeline tandis que j’écoute, je sens, je vis la musique. Submergée par les cuivres, je me libère de toute retenue et je danse.
Nous applaudissons les garçons qui nous saluent en grande pompe, puis cèdent leur place de bonne grâce à une certaine Shauna. Musicienne et androgyne, elle chante de cette voix légèrement éraillée qui pourrait la propulser au côté des meilleurs artistes, mais qui, pour le moment, fait fondre sa compagne non loin.
Si un avion survolait notre campement, il apercevrait une foule d’adolescents qui tournoient autour d’un gigantesque feu. Sous la voûte étoilée, il observerait les volutes de fumée monter vers le ciel, accompagnées de notes et de rires.
Nos voix et nos corps ne forment plus qu’un, tel un seul homme, une seule entité.
Les différences se gomment et ensemble, nous croquons la vie à pleine dent.
Un duo d’inséparables reprend un tube entraînant.
Derrière moi, je sens des mains se balader sur ma taille. Lorsque je me retourne, je découvre mon ami Simon. In the dark, I see your smile 6 . Tant de changements chez ce jeune homme ! Ses cheveux en bataille, son sourire timide devenu si arrogant, son regard désormais perçant détaille les réactions de ses contemporains.
C’est la première fois qu’il est aussi entreprenant avec moi, néanmoins ne serait-ce pas pour attiser la jalousie des autres demoiselles ? Les vapeurs d’alcool me montent à la tête et j’en perds ma réserve habituelle. Tandis que mon corps suit le rythme imposé par le sien, mes mains se nouent autour de sa nuque. Saperlipopette, où a-t-il appris à se déhancher ainsi ?
Un cercle se forme autour de nous où la foule nous encourage en marquant la mesure.
Lorsque la musique ralentit, Simon me penche lentement en arrière. Lorsqu’il me redresse, j’en ai le souffle coupé tant il est proche. Mon partenaire esquisse un petit pas de deux et me fait virevolter. Avec une rapidité déconcertante, il me précède et me rattrape. Étonnée par ses prouesses, je ne me dégage pas de cette énième étreinte contre son torse sec et athlétique.
Soudain, notre numéro est interrompu par les cris hystériques d’Aiyana qui a aperçu notre ami commun. Lui sautant au cou, le bel oiseau pépie :
— Tu as pu te libérer !
— Évidemment ! Pour rien au monde je n’aurais manqué notre dernière soirée en tant que lycéen. J’ai décalé mon voyage à demain soir.
— Quelle destination ? l’interrogé-je poliment.
— Une île paradisiaque où il pourra étudier la Force au côté de maître Yoda et de midinettes, plaisante l’Indienne en le gratifiant d’un coup de coude.
— Tu me connais si bien, jeune Padawan.
Comme à l’accoutumée, il répond à une question par une boutade. Nulle mention de son escapade à venir.
Livré à lui-même, ce fils unique, gâté matériellement, mais abandonné émotionnellement, a dû reporter le vol sans en avertir ses parents. Je soupçonne ceux-ci de ne pas s’être rendu compte de ce léger contretemps.
À peine Aiyana l’a-t-elle lâché qu’elle l’attire vers le micro. Elle sélectionne dans la playlist leur mélodie de prédilection. Je souris, car je connais bien Einstein et Galilée, ces deux génies qui se rencontrent au XXI ème siècle. Toutefois à cet instant, ils ne sont que des adolescents, qui s’adonnent à leur péché mignon, à savoir les comédies musicales.
À quelques mètres, je surprends le petit sourire en coin de Dyami qui a compris le petit manège de sa cadette. Je ne peux m’empêcher de l’admirer. Pendant quelques instants, le fol espoir qu’il m’invite à danser m’étreint. Cependant, il est bien vite étouffé par l’invitation lancée à sa voisine.
Au sifflement de la vidéo se superpose celle de mes camarades. Grease. You’re the one that I want. Le show commence entre une Sandy au teint hâlé et un Travolta aux cheveux mal peignés. Agrémentant leur chant d’une chorégraphie fortement empruntée au film, ils ravissent le public. Tant de connivence entre eux, tant de complicité. Or, je sais qu’elle ne durera pas… En effet, lorsque les dernières notes sont jouées, Simon, comme toujours depuis ces dernières semaines, disparait mystérieusement.
Les tubes s’enchaînent.
Les élèves se pressent devant le micro. Une partie n’exécute qu’une chanson. D’autres, en revanche, reviennent à plusieurs reprises pour nous faire partager leur riche répertoire. Nous passons du rock à la pop, du disco au latino. Après une énième mélodie, un élève me hèle :
— À ton tour, Alex.
Je fais mine de ne pas l’entendre. Pas dupe, Tom ou Tommy, il me semble que c’est son prénom, me prend à partie devant l’assemblée.
— En option au baccalauréat, tu as choisi la musique. Ne nie pas, je t’ai vue passer l’audition et interpréter un morceau en français.
Personnellement, je me souviens davantage de mon angoisse à jouer devant des étrangers que des performances des participants. Ces derniers, une trentaine, avaient été convoqués dans la salle polyvalente. Cette pièce faisait l’objet de concerts, de récitals ainsi que de représentations théâtrales. Afin de nous mettre en condition, une table pour le jury, composé de trois professeurs, avait été disposée devant la scène. Hormis celle-ci qui était éclairée par des projecteurs, l’ensemble était plongé dans le noir. Tremblante, j’avais assisté aux prestations de tous mes camarades. Lorsque mon tour vint dans l’ordre alphabétique, j’avais manqué de défaillir. Après un exercice d’inspirations et expirations, j’avais rejoint la scène, puis je m’étais installée au piano à queue que quelques-uns avaient également utilisé.
En hommage à mes parents, j’avais choisi de jouer Tu ne m’as pas laissé le temps de te dire tout ce que je t’aime . Mes doigts courraient sur le piano, tandis que j’enchaînais couplets et refrains. Transportée, j’en avais oublié mes doutes et craintes, les juges et élèves.
Ne demeuraient que la mélodie et la mélancolie…
— Tu as été fantastique ce jour-là ! me complimente une jeune fille qui avait joué de la flûte traversière lors de ladite audition.
— J’ai eu des frissons durant toute ton interprétation, s’émerveille une autre. Allez, ne te fais pas prier !
— Je ne crois pas que…
Avant que je ne puisse terminer mon plaidoyer, Matt O’Connor me prend par la taille et m’entraîne vers le karaoké. Le tombeur de ses dames – personne n’ignore sa réputation de collectionneur de demoiselles que j’avais malheureusement appris à mes dépens en octobre dernier – me tend l’un des gobelets rouges qu’il tient.
— Cul sec, Alexandra Schmitt, cela te donnera du courage. Certains ont filmé incognito ton petit numéro, qui circule sur le Net, n’est-ce pas Cody ?
— Oui, avoue le fameux Cody et, d’un point de vue des sonorités, je n’étais pas loin du Tom ou Tommy. Ce serait tellement dommage de ne pas partager ton talent.
Bouche bée, je contemple cette marée humaine m’encourager à chanter. Alors, grisée par cette notoriété passagère, je leur offre ce qu’ils demandent. Soit pour me donner contenance et confiance, soit pour affaiblir mon cerveau et ses incessantes réticences qui m’implorent de me réfugier dans un terrier de lapin, je saisis le verre que le roi du bal d’hiver brandit sous mon nez. En quelques goulées, j’avale cette bière. Essuyant les moustaches de mousse sur mes lèvres, je confie le récipient vide à Matt. Soutenant son regard inquisiteur, je lui annonce le titre que je souhaite exécuter. Tandis qu’il le transmet à celui qui s’occupe de la sono, je m’empare du micro.
Reconnaissant les premiers accords de la guitare, des petits couples se forment. L’enthousiasme s’accentue lorsque les percussions se joignent aux cordes.
Les paroles coulent de mes lèvres avec une assurance nouvelle à la fois, due à l’adrénaline et à l’alcool qui circulent dans mes veines.
Ma voix ne tremble pas, pas une fois, alors que curieusement… À peine cette pensée a-t-elle effleuré mon esprit qu’elle s’envole quand j’entonne le refrain entêtant, un sourire flottant sur mes lèvres.
— Never marry railroad man / He loves you every now and then / His heart is at his mule train / No, no, no / Don’t fall in love with a railroad man / If you do, forget him if you can 7 .
Ma tête dodeline sur le solo de guitare. Il me semble avoir déjà entendu cet air. Mais où et surtout quand ? Je l’ai déjà entendu, n’est-ce pas ? Sinon, pourquoi l’aurais-je choisi ?
Une partie des spectateurs reprend avec moi cette berceuse. Afin de me soutenir, les autres lèvent leurs godets, plein ou vide. Telle une seule voix, nous répétons :
— No, no, no ! Never marry railroad man ! 8
Après de chaleureux applaudissements, j’exécute une profonde révérence qui n’en a probablement que le nom. J’ai besoin de voir un visage amical parmi cette assemblée. Alors, inconsciemment, je cherche celui de Simon qui est… où est-il ? Lorsque je dévisse mon cou pour approfondir mes recherches, j’en ai le tournis. Je m’abstiens donc de poursuivre mes investigations. Sage décision selon mon estomac.
Sous le regard désapprobateur d’Aiyana, j’ingurgite mon cinquième verre.
— C’est les vacances, je me défends. Arrête de jouer les rabats-joie.
— Si tu vomis, je ne te tiendrai pas les cheveux.
— C’est noté, Alfred.
— Je croyais que j’avais rajeuni pour être Robin ?
— Hmm… je réfléchis intensément, le mélange whisky-bière-quoi-d’autres-déjà ne m’aidant point. Il faut être fun pour ce rôle.
Avant qu’elle ne me pique ma ration supplémentaire, je me noie dans ce cortège d’étudiants où je me trémousse avec frénésie. Sur les chansons qui se succèdent, je me déhanche. Je fredonne, non pas la musique qui nous enveloppe, mais celle qui m’obsède et ne cesse de hanter mes nuits depuis plusieurs mois.
Pour une raison qui m’échappe, elle accompagne mes songes.
Ivre de mots et d’élixir sucré et, bien que la tête me tourne, je danse et chantonne, je m’accroche à ces paroles que j’entends telles des fantômes à mon oreille. Mais qui, qui me les a soufflées ? Mes parents, plus particulièrement mon père et ses incessants cours de piano ? Je ne garde aucun quelconque souvenir dans mon enfance de ce curieux cheminot…
Chapitre 2

Depuis combien de temps suis-je assise devant le feu ? A priori à partir du moment où j’ai cessé de me dandiner sur la piste improvisée… Pour quelle raison d’ailleurs ? Ah oui ! Parce que mes nouvelles sandales me faisaient douloureusement mal. Soulagés de ce fardeau, mes petits petons ne sont plus aussi douloureux. A contrario je dois être au coin de ce feu depuis un moment. Comment puis-je aligner des formules latines alors que mes globes oculaires doivent rouler dans leur orbite ? Je réfléchis, les yeux fixés sur les flammes. Les crépitements me bercent et une douce langueur détend mes membres.
Cet instant de mélancolie devrait être accompagné d’un brandy. En ai-je déjà goûté ? J’ai abandonné mon gobelet, vide ou plein, je ne sais plus trop, quelque part par… je ne sais plus trop où non plus ! C’est bien ma vaine !
Les volutes de fumée s’envolent paresseusement vers la voûte étoilée. Un sourire sur les lèvres, je suis cette lente ascension. Elles rejoignent mes parents, partis bien trop tôt. En septembre dernier, ils ont eu un accident de voiture. Tués sur le coup, ils ont laissé derrière eux deux orphelines, Angélique et moi. Deux jumelles qui se ressemblent autant que la lune et le soleil. Ma famille qui réside en France ne pouvant accueillir que l’une de nous, j’ai dû prendre un ticket gagnant pour le Canada et habiter par la suite chez Karen. C’est la sœur de mon père, Alaric, son portrait craché. Même si lors de nos débuts nos rapports étaient tendus, ils se sont nettement améliorés après ma tentative de suicide. Ou de résurrection, puisque j’incarne aujourd’hui la Déesse des Loups. Un mythe oublié qui, à travers ...

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