Tu es à moi
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Description

Alors que les choses soient claires entre vous et moi, au départ je devais couler une retraite calme et paisible dans mon appart au cœur de la Nouvelle Orléans. J'avais combattu pour le Directum depuis mes plus jeunes années au côté de l'homme qui partage ma vie depuis toujours, mais suite à quelques petits problèmes énergétiques je me suis vue inapte à la seule chose que je savais faire : être la Démoniste de l'Alliance Prophétique.
Sauf que là c'est en train de devenir un beau bordel !
Entre Kalia que j'adore mais qui n'arrête pas de mettre sa vie en danger, Syg que j'ai de plus en plus de mal à cerner, l'adolescent qu'on m'a collé dans les pattes et surtout, (surtout !) Blake St James qui a décidé de me pourrir la vie, je n'ai plus une minute de libre.
Mais est-ce que je pourrai tous les sauver ?
Et puis ... qui voudra me sauver, moi ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2016
Nombre de lectures 4
EAN13 9791092725032
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

©ARKHAM
1 ère édition 2016
 
 
 
Laissez-moi vivre en paix avec ceux que j’aime.
À mon fils, Dante
 
 
TU ES A MOI
 
LEX KINCAID
– 1 –
 
 

À la page suivante, vous allez enter dans ce qui est communément appelé le Prologue.
« Avec un grand P, excusez du peu ! »
Bon, je dois vous avouer que, personnellement, je ne lis jamais le prologue d’un livre, ou alors après l’avoir fini pour savoir ce que j’ai manqué et uniquement si le livre m’a plu.
Donc, vous vous demandez, pourquoi en faire un ?
Bonne question ! Disons qu’il n’est pas obligatoire de le lire, mais je vous y explique un peu nos origines. Pas plus de quelques pages, promis.
Mais avant d’aller plus loin, laissez-moi me présenter :
Je m’appelle Lex Kincaid.
Et vous voulez que je vous dise ? Ici, c’est un beau bordel !
 
UN PEU D’HISTOIRE
 
 
 
Tout est une question d’énergie.
Tout a toujours été une question d’énergie.
Imaginez-vous dans une pièce noire, tellement sombre que vos yeux n’arrivent pas à s’habituer. Tout est calme et silence. Vous ne percevez rien.
Tendez votre bras, paume en l’air, et expirez lentement. Dans votre main apparait alors une lumière. Elle est douce comme une lueur, elle est chaude, elle n’aveugle pas. Vous la fixez des yeux et là vous comprenez. C’est de l’énergie pure, celle dont nous sommes constitués, dont toute chose sur Terre est faite. Vous touchez ainsi du doigt votre propre essence.
Car au départ, il n’y avait qu’elle : l’énergie originelle, la plus pure, la plus puissante qui constitue le cosmos, la création de l’univers jusqu’à la matérialisation de notre Terre. Puis la vie. En chaque battement de cœur, l’énergie pulse dans les corps, mais aussi dans l’écoulement de l’eau, dans les couches de chaque écorce, dans le cœur de chaque minerai.
Puis apparurent dix hommes et l’histoire leur donna le nom de Grands Drakes. Les premiers à comprendre que l’on pouvait aussi utiliser cette énergie, qu’on pouvait la manipuler, fous de croire que l’on pouvait la dominer.
Mais la brèche était ouverte.
Ils n’eurent de cesse de chercher encore et toujours à utiliser plus et mieux cette force en nous. À tel point qu’ils en devinrent des créatures au-delà de l’espace et du temps, et que leurs existences mêmes mirent en péril l’équilibre de l’énergie originelle. Les expériences qu’ils menèrent transformèrent notre réalité. Ils découvrirent des mondes spectraux et passèrent d’un espace à l’autre, toujours à la recherche de savoirs tout en déstabilisant notre propre temporalité. Ils ne voulurent rien voir et la Première Apocalypse s’abattit sur nous quand ils n’en eurent plus le contrôle. Au sein de chaque continent, il se créa des failles reliant ces mondes aux nôtres et des forces, des créatures nous attaquèrent. Réalisant leur erreur, les dix Grands Drakes se battirent, repoussèrent ces forces ennemies et, puisque ce qui avait été ouvert ne pouvait être refermé, ils n’eurent d’autre choix que de poser des barrières puissantes autour pour endiguer le mal. Un simple placebo qui changea le cours de notre histoire encore une fois. Mais cela eut un effet bénéfique, car ils prirent enfin conscience de ce qu’ils avaient fait, et du jour au lendemain, les dix Grands Drakes disparurent de la surface de la Terre. Personne ne sut dans un premier temps ce qu’ils leur étaient arrivés, mais leur héritage transforma notre avenir, car ce qui avait été appris ne pouvait être oublié. Les hommes avaient découvert comment dominer l’énergie originelle et ce fut ceci qui bâtit notre nouvelle société.
Le temps passa et le monde se construisit autour de 7 clans différents :
Les Chamans, reliant leur être aux énergies des grandes puissances du monde animal.
Les Naturans pouvant utiliser l’énergie naturelle, celle de la nature florale et minérale.
Les Prêtres de la Lumière et les Prêtres des Ombres, les uns manipulant l’énergie de la Vie en devenant des guérisseurs et les autres l’énergie de la Mort créant ainsi de puissants prêtres guerriers.
Les Gardiens tirant leur force de la Lumière, ils devinrent les protecteurs, les défenseurs de ce monde.
Les Drakens, héritiers en ligne droite des dix Grands Drakes possédant la capacité de puiser dans l’énergie originelle.
Les Démonistes pouvant quant à eux utiliser toute forme d’énergie, mais ne pouvant rien en faire si ce n’est la partager. Et quoi de mieux que de la partager avec des démons ?
Les Terrestres, sans pouvoir, sans connexion avec l’énergie et pourtant le clan le plus puissant, car ce sont eux qui détiennent la pérennité de tout notre système. Tellement plus nombreux que les autres races, ils contiennent en eux le pouvoir de transmission, car pratiquement aucun clan de peut transférer ses dons génétiquement. Tous naissent de parents humains.
7 clans pour diriger le monde et ainsi fut créé le Directum, siège des décisions de notre monde.
De l’époque des Grands Drakes, les Terrestres travaillant pour eux se mirent à relater, à écrire tout ce qui concernait et touchait à l’énergie. Ainsi tous les essais, les méthodes, les apprentissages, furent couchés par écrits par ces hommes et ces femmes. Ils furent appelés les Archivistes. Ils se concentrèrent et eurent au fil du temps cette mission de récupérer les textes les plus divers et variés, les plus dangereux et anodins. Tout cela en un seul endroit : le Sanctum.
Toute cette connaissance contenue dans un même endroit eu pour conséquence que ces humains s’habituèrent à l’énergie emmagasinée et purent utiliser un peu de celle-ci. Mais ce pouvoir n’est pas le leur. Il ne leur appartient pas, il n’est pas génétique, il leur est prêté au sein du Sanctum dans un seul et unique but : protéger ces connaissances.
Au fil des époques, ils choisirent de rester neutres face aux conflits qui eurent lieu. Ce fut leur façon de survivre et pérenniser le savoir et l’histoire. Ils en garantirent l’accès à tous et demandèrent en échange la garantie de l’intégrité du Sanctum.
Cet engagement est resté sacré depuis les temps immémoriaux.
Le temps a encore passé et l’équilibre est revenu et les tensions sont devenues plus insidieuses, plus politiques. Un système de gouvernance a été mis en place pour que tous trouvent leurs places et ainsi le Directum s’en est trouvé renforcé.
Jusqu’à Lucian Darksky, Chaman tribal.
Il a créé l’implosion de tout cela. Il voulait la guerre. Pourquoi ? Personne ne connait ses véritables pensées, mais il veut détruire tout ce qui a été construit. Beaucoup d’entre nous ont commencé à l’écouter, Terrestres compris. Faire sauter le système actuel, se battre, reprendre de force le Directum. Régner. Quel beau programme. Alors, la dernière guerre a débuté. Il y avait toujours eu des combats entre les différents clans depuis des millénaires, mais jamais à ce point-là.
C’est alors que le Sanctum intervint de manière imprévisible. Car au cœur des Archivistes se trouvent une simple Terrestre au pouvoir de voyance phénoménal.
Elle est appelée l’Oracle. Et c’est elle qui a édicté la Prophétie.
« Au soir du monde, quand le destin des étoiles sera arrêté, les flammes incandescentes des 7 familles se réuniront. L’alliance de la terre et du vent, du feu et de l’eau, de l’ombre et de la lumière menée sous la même main créera le golem du temps. Vous serez ainsi les destructeurs du ciel. »
Le futur.
Le savoir.
L’Oracle avait parlé, alors le Directum traduisit :
« Quand la guerre viendra, le guerrier le plus puissant pour chacun des 7 clans sera désigné et, tous ensemble, ils formeront l’Alliance Prophétique et détruiront Lucian Darksky. »
Le plan était simple comme bonjour. Trop peut-être. Sauf qu’on n’avait pas raconté la fin de la prophétie aux premiers concernés. Ils allaient mourir pour cette guerre et l’Alliance verrait ses membres tomber les uns après les autres.
Un des guerriers de l’Alliance eut connaissance de cela et abandonna son destin ainsi que tous ceux qui croyaient en lui. Il changea de bord et alla rejoindre Lucian.
L’Alliance fut déchirée. Adieu la prophétie.
Lucian aurait dû s’en frotter les mains, mais quelque chose lui arriva aussi et sans que l’on sache pourquoi, il attaqua soudainement le Sanctum. Personne ne comprit jamais la raison d’une telle erreur. D’un tel sacrilège. Pour la première fois depuis sa création, le Sanctum répondit. Avec toute leur énergie accumulée depuis la nuit des temps, ils repoussèrent cette attaque. Ils ne purent pas le tuer, mais réussirent à l’enfermer dans un espace duquel il ne pouvait sortir.
Alors, on en est là.
Nous n’avons pas gagné la guerre, mais nous ne l’avons pas perdue, c’est statu quo.
Le clan des Darksky de son côté a pris possession de plusieurs territoires et de nombreuses failles, et des adeptes de Lucian essayent de libérer leur maitre, et nous nous passons notre temps à protéger ceux qui sont pris pour cible en priant pour qu’un nouveau membre de l’Alliance Prophétique soit nommé avant le retour de Lucian.
Voilà le monde dans lequel je vis, un monde où nous ne dépassons pas les 2 milliards d’habitants, où tous les peuples vivent uniquement dans des villes et villages côtiers, où l’intérieur des terres est scellé et où une véritable guerre des tranchées s’est installée.
« Quand je vous disais que c’était un beau bordel, je ne vous mentais pas hein ! Quant à moi j’étais la Démoniste de l’Alliance Prophétique mais j’ai dû me mettre au repos forcé suite à quelques petits soucis. En attendant, je vis ma petite vie, comme je peux. Et merde ! Je suis définitivement à la bourre pour mon rencard ! » 
 
2
 
 
 
Mon rencard, c’est lui. Le magnifique homme assis seul à m’attendre dans ce restaurant.
Sygfried.
C’est le Gardien de l’Alliance Prophétique. Je le connais depuis que je suis petite et je sors avec lui depuis mes quinze ans.
Je suis tombée amoureuse de Syg au premier regard. Moi qui ne connaissais que l’ombre et les démons, je n’ai vu en lui que la lumière. Ça m’a ébloui et ça m’éblouit toujours d’ailleurs.
Je viens juste de me garer et je le vois depuis ma voiture. Il ne s’en rend même pas compte, mais aucune femme présente dans la salle ne peut s’empêcher de le regarder à intervalle de trois secondes. C’est fou ce que son énergie peut être attirante. En attendant, il fait un froid de canard dehors ce qui n’est pas courant à la Nouvelle-Orléans même en ce mois de janvier. Le ciel est bas et il va peut-être tomber un ou deux flocons. Pourtant le froid, pour moi, ce n’est pas un problème, ni la chaleur non plus, c’est l’avantage à être une Démoniste. Ainsi je suis branchée en direct sur un univers spectral que l’on n’a pas nommé Pandémonium pour rien. Mais, pour l’instant, mon problème est plus matériel, je me rends compte qu’une fois encore je n’ai pas pris de veste et il parait que les gens trouvent ça étrange que je sorte en petit haut à bretelle par 5°C.
Je me tourne vers l’arrière de ma voiture.
Oui, je sais, cela aurait été sûrement plus sexy si je vous avais fait croire que j’avais une moto, mais je vous le promets, dans ce livre, pas de mensonge pour enjoliver la vérité. Donc, sincèrement, la moto très peu pour moi, c’est très compliqué avec les jupes et les robes et en plus je ne supporte pas d’être mouillée quand il pleut. C’est pour ça que j’ai mon fabuleux 4x4. J’adore ce type de voiture. Personne ne me fait peur quand je suis au volant.
« Il parait que c’est plutôt moi qui fais peur, mais c’est une appréciation très surfaite je trouve. »
Hé ça y est, j’ai trouvé un vieux plaid, je vais me le coller sur les épaules ça fera effet jusqu’à la porte du « Belladone ». J’aime beaucoup ce restaurant pour son côté 19 ème siècle. La salle est vaste, mais en même temps très chaleureuse et l’on peut réserver sa table dans un petit box ce qui laisse une intimité très recherchée de nos jours.
Avant de sortir, je jette un dernier coup d’œil dans le rétro. Je ne suis pas si mal. J’ai 27 ans, je suis rousse et j’ai les yeux…heu… kaki. Ouaip ce n’est pas terrible, un beau bleu ou vert aurait été mieux, mais je fais avec ce que j’ai, désolée. Je n’ai pas le physique sportif, ni de la combattante aguerrie non plus. Je suis une Démoniste, je ne combats jamais physiquement j’envoie les démons le faire ( je délègue ) alors j’ai séché allègrement tous les cours de sport.
J’ai des formes partout là où il faut et sûrement aussi là où il ne faut pas, mais c’est plus sexy qu’autre chose.
Et puis je m’aime comme je suis, c’est le plus important.
J’entre dans le restaurant, me sépare de ma vieille couverture en la donnant à un serveur qui a hésité fébrilement entre la brûler directement dans la cheminée ou la déposer dans le local à poubelle. Heureusement la tenue que j’ai dessous est beaucoup plus acceptable.
Syg me regarde le sourire aux coins des lèvres.
« Y a des gens à qui ça devrait être interdit d’être aussi craquants. »
Il se lève et m’embrasse tendrement en passant sa main dans mon dos. Je suis au paradis.

-  Comment vas-tu ? me demande-t-il doucement.
-  Bien, ça roule. Je me fais petit à petit à mon nouveau train de vie.
Il me regarde l’air coupable.

-  Tu sais que je n’avais pas d’autre choix. Cela devenait beaucoup trop dangereux pour toi.
Je lève la main en signe de reddition.

-  Ne t’inquiète pas, je sais. Je me suis faite à l’idée. De toute façon personne n’a su expliquer la perte de mon énergie alors j’ai fini par vivre avec. Je suis même devenue accro à certaines téléréalités c’est pour dire.
-  Tu me manques.
Cet aveu spontané me met un peu de vague à l’âme. Avec son activité de Gardien, on a trouvé préférable que je n’habite plus au sein du Directum. Il faut dire qu’il passe ses nuits dehors à chasser les Darksky et que cela devient difficile de combiner cette traque avec ma nouvelle condition de vie.
Je le regarde fixement en passant ma main sur la sienne.

-  Moi aussi.
Pourtant, malgré toute l’affection que j’ai pour Syg ces mots sonnent un peu faux à mes oreilles et j’en ai un peu honte. On a tout vécu ensemble et c’était notre quotidien, maintenant que je ne suis plus à la hauteur, j’ai l’impression qu’une faille commence à nous séparer. Et je ne sais pas comment faire pour la combler.
Je change de sujet après avoir commandé.

-  Tu es sur quoi en ce moment ?
-  Justement, c’est de ça que je voulais te parler. On a un souci.
-  À quel sujet ?
-  Un groupe de crétins pose problème dans le quartier des docks.
-  Des fidèles de Darksky ?
-  On ne sait pas trop. À première vue, je dirais non, mais on n’est jamais sûr de rien.
-  Qu’est-ce qu’ils préparent ? Et c’est qui ces mecs ?
-  Des Démonistes. Et ils ont décidé, et trouvé le moyen, d’envoyer des Terrestres dans le Pandémonium.
-  Pardon ?!
Il me regarde tout en passant sa main dans ses cheveux blonds. Ses yeux noirs sont hypnotiques.

-  Comme je te le dis.
-  Mais qu’est-ce qu’il leur prend ? Quel est l’intérêt ?
-  Aucune idée, les Démonistes qu’on a avec nous n’y comprennent rien et n’arrivent pas à décrypter leurs énergies.
-  D’où ton appel à l’aide ?
-  Je plaide coupable.
-  Bien, dis-je en souriant. Mais pour faire cela, ils doivent utiliser un cercle d’invocation inversé. Ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. Et puis surtout, pourquoi ?
-  On a pensé que c’était peut-être des offrandes pour réaliser un pacte avec un certain démon.
-  Ça n’a pas de sens Syg. Les démons n’aiment que l’énergie des Démonistes pas des Terrestres. Alors, pourquoi en envoyer au cœur du Pandémonium ?
-  On n’en sait rien, d’où notre problème.
-  Pourquoi ne pas les avoir arrêtés ?
-  On veut en savoir un peu plus avant de foncer dans le tas, surtout si en fin de compte cela A un lien avec les Darksky.
-  Mouais et donc…
-  Donc, je voulais avoir si dans ton nouvel emploi du temps absolument surbooké tu avais un petit créneau pour venir nous aider à comprendre ce qu’ils manigancent. Malgré tout il n’y a personne qui connaisse mieux les démons et le Pandémonium que toi.
-  Et quand est-ce que tu voudrais qu’on y aille ? demandé-je suspicieuse.
Il me regarde avec un air malicieux au possible.

-  Ce soir ? répond-il en faisant ressortir sa si adorable fossette.
Je lève les yeux au ciel en me disant que ce n’est pas cette nuit que je vais faire des folies de mon corps.

-  Ok mais après le dessert !
« Y en avait marre que ces crétins me privent de tous les plaisirs de ma vie ! »
La fin du diner se passe calmement et nous arrivons presque à mettre nos soucis de côté pour profiter enfin d’un moment de calme et de partage. Je sens sa main posée sur la mienne ainsi que son pouce caressant délicatement l’intérieur de ma main. Je suis bien, tout est parfait, pourtant je n’arrive pas à me décontracter totalement. Je jette un coup d’œil rapide dans sa direction et malgré ses efforts je le connais assez pour entrapercevoir air un air grave et soucieux. Pourtant nous faisons comme si de rien n’était, comme si nous étions « comme avant ». Comme quand j’étais une vraie Démoniste et que je pouvais l’aider et alléger son fardeau. Me voyant inquiète, il pose un baiser délicat sur ma main et me sourit tendrement. Je l’aime tant. Il est rayonne de force, de certitude, il porte en lui sa fonction de Gardien, de protecteur. J’aimerais tant être là pour lui pourtant pour me protéger il me tient de plus en plus à l’écart. Comment l’en blâmer ?
Après le repas, on prend la voiture de Syg pour aller près des docks. Je porte une petite robe noire flottante, dentelée en haut et des bottes, un peu style grunge, plates et noires aussi. Ça devrait aller pour ce genre de mission.

-  Et combien le Grand Conseil me paye pour cela au fait ? questionné-je avec un malin plaisir.
-  Tu rigoles ? Tu veux faire payer tes services ?
-  Et pourquoi pas ? Avant d’accord, j’étais prise en charge entièrement, mais maintenant c’est une autre paire de manches. Si ça continue, je vais finir caissière dans une grande surface pour pouvoir payer mon loyer alors …
Il prend son téléphone en se pinçant la lèvre supérieure. Je connais par cœur ce genre d’expression. Il est énervé ! Tant mieux, non, mais oh ! Faut dire c’est un Haut Gardien, l’honneur, le courage, l’abnégation sont une deuxième peau pour lui.

-  C’est d’accord, me dit-il en raccrochant, Phillis te fera le prix habituel des consultants ou intervenants ponctuels. Ce sera viré sur ton compte. T’es contente ?
-  Merci !
Et je lui fais mon plus beau sourire.
Je sais ce que tout cela représente pour lui, ce n’est pas le seul à s’être battu jusqu’au bout pour une idée. J’ai tout donné pour faire vivre l’Alliance Prophétique. Tout. Je m’y suis investie à fond, ne vivant que pour ça. Mais j’ai échoué, et tout a été dissous.

-  On y est Lex. Ils sont dans ce grand bâtiment.
La construction en question est une ancienne usine désaffectée. Elle est complètement abandonnée, lugubre, et tombe en décrépitude. On entend dans le fond le bruit des voitures, mais aucun son ne vient du bâtiment.

-  Qu’est-ce qu’on attend ? demandé-je.
-  Les renforts, me précise-t-il.
-  Quels renforts ?
-  Les autres Démonistes qui nous rejoignent pour t’aider, y a Benje et Monfred.
-  Non.
C’est sans appel.

-  Écoute, je sais que tu ne t’entends pas avec eux, mais ….
-  Mais rien du tout. Si je dois décrypter les énergies, je ne vais pas pouvoir le faire avec ces deux bras cassés qui ne reconnaitraient pas un démon au sein d’une chorale des chanteurs à la croix de bois !
-  T’exagères …
Je lui lance un regard sans équivoque.

-  Bon c’est vrai que des fois ils sont …
-  Des fois ??
-  Je n’ai rien dit. Écoute, tu décryptes leur énergie, tu essayes de comprendre ce qu’ils sont en train de faire et on rentre à la maison. Pas de bagarre ce soir.
-  T’es désespérément trop prudent.
-  C’est pour ça que je suis encore en vie jeune fille !
-  Et aussi parce que tu es extrêmement puissant non ?
Il ne me répond pas, mais sourit tout en regardant devant lui.

-  Bon c’est parti, murmuré-je.
Je croise mes jambes sur le siège avant de la voiture puis avance mes mains, paumes vers le haut. Instantanément, je sens mon énergie influer dans tous les pores de ma peau. Ce que je peux aimer cette sensation, vous n’avez pas idée.
Un cercle d’invocation violet apparait au-dessus de mes mains de la taille d’une assiette. Ça devrait être suffisant. Toujours les yeux fermés, je peux distinguer les courants affluant de l’énergie des différents Démonistes.
Ils sont quatre. Quatre à arriver à maintenir un cercle inversé ouvert, ça, plus leur énergie, me confirme bien que ce ne sont pas des novices, mais des invocateurs accomplis. Deux autres apparaissent dans mon champ de vision, ils s’approchent tenant un Terrestre entre eux. Ce qui se passe est tellement rapide que je ne réalise que quelques secondes après ce qu’ils viennent de faire, ils l’ont jeté dans le cercle. J’en ai un haut-le-cœur et ouvre les yeux pour couper le lien avec cette scène.
Je brise mon cercle et me tourne vers Syg.

-  Désolée, c’est bien ce que tu m’avais expliqué, mais …
-  Mais ?
-  Mais j’ai beau creuser et essayer de décrypter leurs actes, rien n’à faire, je ne comprends pas pourquoi ils font ça. C’est incohérent et surtout ça ne sert à rien.
-  Et Garec, il ne pourrait pas nous renseigner ?
Je souris en entendant le nom de mon plus vieil ami.
Je recrée rapidement un cercle et j’appelle mon petit gobelin infernal préféré.
Bon, un gobelin, reste un gobelin, ils sont petits, replets, vert-kaki ( tiens comme mes yeux ! ), sans poil, avec des grandes oreilles. Oui, en résumé, ils sont moches. Mais ils sont adorables !!! Gentils, affectueux, hyper fidèles, super drôles. En bref : des amours. Garec est donc le chef des gobelins des enfers et le premier démon avec lequel j’ai pactisé voilà bien des années.
Des petits doigts crochus se posent sur le rebord du pentacle et Garec saute sur mes genoux tout en s’étirant et bâillant.

-  Kes ki se passe princesse ? demande-t-il de sa voix nasillarde.
Je l’embrasse tendrement.

-  Dis-moi, est-ce que ça te dit quelque chose, un démon qui se nourrirait d’êtres humains dans le pandémonium ?
-  Beurkk ! grogne-t-il d’un air dégouté. Jamé ! Pourkoi ?
Je lui raconte brièvement ce que l’on sait. Syg prend la parole.

-  Et il y aurait des démons qui mangeraient, au sens littéral, des humains ?
-  Écoute Sygounai, je sé kté blon mé fé un effor. On bouffe pa les humin.
Oui, Garec est aussi hyper possessif. Il a toujours eu un peu de mal avec Syg même au bout de tant d’années. Mon Gardien adoré lève les yeux au ciel.

-  Y sont kombien d’dans ? demande Garec.
-  Au moins six à ce que j’ai vu.
-  C’ son des novices ?
-  Non.
Syg le regarde en fronçant les sourcils, interrogateur.

-  Et vous, zêtes que tou les deux ? reprend Garec.
-  Oui, mais ne t’inquiètes pas, on ne compte pas attaquer ce soir, on est juste venu en reconnaissance.
-  À quoi tu penses Garec ? le questionne Syg.
Il n’a pas le temps de répondre qu’un énorme choc projette la voiture en l’air en nous faisant faire deux tonneaux. Heureusement Syg réagit avec rapidité et créé un bouclier autour de nous. Malgré tout, je suis bien sonnée moi. J’entends Garec dire ironiquement :

-  J’pense ke c’est un piège.
-  Sans blague, grommelé-je.
Syg fait voler la portière de son côté et m’attrape à bras le corps pour me faire sortir. Il se positionne devant moi et je sens son énergie affluer dans ses paumes. Un crépitement familier se fait entendre lorsque deux cercles de la taille d’une pièce de monnaie se forment devant chacune de ses mains. Garec, lui, s’agrippe à mon épaule pendant que je regarde Syg. Il est superbe avec son pantalon noir, son manteau beige et ses cheveux blonds. La lumière qui émane de lui forme une aura de puissance quasiment mystique.
Du premier cercle, sort son épée « Alpha » qu’il fait virevolter dans sa main experte. et, du deuxième, né son bouclier « Omega ». Faits en or jaune et blanc, mélangés à d’autres matières que je ne connais pas et qui restent un secret bien gardé par les ingé-forge Gardiens, ces armes sont la continuité du corps de Sygfried.
Malheureusement, je deviens beaucoup moins confiante quand je vois arriver non pas nos six copains de tout à l’heure, mais une bonne vingtaine de combattants. Principalement des Démonistes et des Chamans.
« Et merde ! Comment ont-ils fait pour passer sous mon radar à énergie ?! »

-  Syg ? demandé-je.
-  Ça va aller.
« L’optimisme c’est bien, mais là, faut pas exagérer. »

-  Tu peux en prendre quelques-uns ? me demande-t-il.
Je regarde Garec, interrogative et soucieuse. C’est lui qui répond à ma place.

-  Ouaip.
Faut dire que mes petits Gobelins m’aiment tellement qu’ils me font un prix. Ils me prennent juste l’énergie pour l’invocation et pour pouvoir se balader dans notre monde. Ils ne se nourrissent pas de moi donc je peux en appeler plus qu’avec d’autres démons.
Je repousse une mèche rousse de mes cheveux et me mets en position de combat. Ça faisait longtemps ! Je me sens … rouillée.

-  Tu diras à Phillis que je veux un bonus pour ça… et un gros !
-  Promis Lex.
Et c’est à ce moment-là que l’enfer se déchaine.
En moins de trois secondes, j’ai développé un cercle de deux mètres de diamètre et j’en appelle à tous les gobelins à ma disposition. Une immense vague verte déferle et des dizaines de petits démons s’abattent sur nos ennemis.
Alors, comment vous expliquer, les gobelins ne se battent pas vraiment, ils... ils sont un peu comme des insectes qui ramperaient sur vous.
J’en vois trois sur un Démoniste, le premier lui arrache les cheveux par touffes entières, le deuxième essaye de lui déboiter la mâchoire en enfonçant ses doigts entre les dents et le troisième vient de lui enlever un peu de peau au niveau du mollet qu’il a l’air de vouloir mastiquer comme un chien le ferait pour son dernier jouet. Mais le plus spectaculaire avec les gobelins, c’est qu’ils parlent tout le temps.
Non, mais vraiment … tout le temps…

-  Hé le mien l’a du poil partout c’est dégueulasse.
-  Zavez vu, ze lui ai pris deux dents.
-  Tu crois que je peux mettre ma tête dans son nez ?
-  Essaye !!! Essaye !!! Essaye !!!
-  Qui c’est qui a lâché un gaz ?
Et j’en passe et des meilleurs. Je vous avais dit qu’ils étaient adorables…
On ne s’en sort pas trop mal, mais je n’arrive pas à garder le rythme très longtemps. Je m’assois par terre, car je sens que mes jambes commencent à lâcher. Garec qui est resté avec moi, vient s’assoir sur mes genoux.
Je regarde Syg.
Son épée danse dans les airs et découpe tout ce qui passe à sa hauteur. Des démons appelés par les Démonistes arrivent de partout. Ils ont uni leur cercle pour n’en faire qu’un et appeler des créatures en masse. Il faut les arrêter sinon Syg va crouler sous les ennemis.

-  Attaquez le cercle et les invocateurs, crié-je.
D’un seul mouvement, comme un vol d’oiseau au printemps, tous les gobelins s’abattent sur les pauvres Démonistes.
Mais l’accalmie est de courte durée, je commence à voir que nous sommes de moins en moins nombreux. Syg réussit à se libérer et attaque les Chamans en essayant d’esquiver leurs créatures. Au bout d’un quart d’heure, je me mets à espérer que tout finisse bien. Syg est en nage et dépense beaucoup d’énergie, mais il continue à avoir le dessus. Je vois même certains de nos ennemis reculer prudemment devant lui.
Alpha et Omega ont bien travaillé.
Je souffle, soulagée, quand, tout à coup, je sens la chair de poule envahir mon corps. Mon sang se glace. Non ! Je viens de reconnaitre une signature énergétique bien particulière.

-  Alors on s’amuse ?
Un homme de plus de deux mètres arrive. Il a les cheveux gris perle et raides tombant sur ses épaules. Svelte et musclé, il arbore un costume de chez Armani à plusieurs milliers de dollars. Mordred. Un des Chef de Guerre de Lucian et un Chaman tribal de haut rang.
« Merde, merde, merde. »
Je regarde autour de nous pour voir si on peut encore arriver à s’enfuir.
Rien.
« Merde, merde, merde. »
Syg se rapproche de moi, il reste encore 6 mecs debout en face de nous sans compter Mordred. C’est la catastrophe. Je suis épuisée et je respire difficilement. Il n’y a plus aucun de mes démons en scène. Je me recule un maximum pour laisser le champ libre à Syg, mais je m’inquiète énormément pour lui. Combattre un Chef de Guerre n’est pas chose facile en temps ordinaire, mais là, c’est du suicide !
Je suis absorbée par ce face à face et je ne fais pas attention à ce qu’il se passe autour de nous. Ce n’est qu’au dernier moment que je perçois une présence derrière moi. Mon cœur se met à battre encore plus fort et je reconnais une puissance phénoménale juste dans mon dos. Avant que je ne puisse esquisser le moindre mouvement, une main se pose sur mon épaule tout en me plaquant contre un torse puissant. J’entends alors dans un souffle une simple phrase :

-  Tu es à moi.
Je me retourne d’un seul coup et me retrouve nez à nez avec un Draken et pas n’importe lequel : Blake Saint James, Chef de Guerre de Lucian à ses heures perdues.
Lui, je le connais et depuis longtemps, il est ce que je hais le plus sur cette terre. C’est lui l’enfant de salaud qui a abandonné l’Alliance Prophétique pour se joindre à Lucian. La haine envahit mon regard et par réflexe je tente de le gifler de toute ma force. Il arrête mon geste avec une facilité déconcertante et se met à rire. Il me tient toujours contre lui malgré mes tentatives un peu pathétiques pour mettre de l’espace entre nous. Il me fixe sans rien dire de plus.
Puis il me lâche enfin et d’un seul bond, il rejoint son coreligionnaire ( son copain de jeu ) Mordred.
Blake n’a pas changé depuis la dernière fois où je l’ai vu.
Grand, brun, les cheveux attachés comme à son habitude en demi-queue de cheval, les yeux d’un bleu presque transparents. Avec ses traits durs et déterminés, il est d’une beauté terrifiante.

-  Lâche, ne puis-je m’empêcher d’articuler.
-  Tu vois, reprit Mordred en s’adressant à Blake, je te l’avais dit, c’est une rancunière même après tant d’années.
La situation est plus que merdique, nous avons deux Chefs de Guerre en face de nous plus six sous-fifres. Il faut qu’on fuit le plus rapidement possible. Mais c’est sans compter sur Syg. Quand on a l’honneur et le devoir graver dans la chair, il est difficile de rester de marbre devant l’incarnation de la lâcheté et de la traitrise.

-  Blake ! Tu n’es qu’un immonde détritus qui a vendu les siens !
Et en plus, ils se détestent depuis qu’ils sont adolescents ce qui ne facilite pas les choses.

-  Syg, désolé, je ne t’avais pas vu. Tu disais ? lance Blake.
-  Espèce de salaud !
-  Faut savoir tourner la page Syg, raille Blake en haussant les épaules.
-  Tu as condamné des millions de gens pour sauver ta pauvre carcasse !
-  Mais c’est que j’y tiens à ma petite carcasse comme tu dis. Par contre les vôtres sont en très mauvaise posture. Rendez-vous ce sera plus facile.
Mordred intervint.

-  Qu’ils se rendent ou pas, ils vont mourir cette nuit et l’Alliance Prophétique sera définitivement détruite. Lucian en sera ravi.
Blake s’avance devant Mordred.

-  Alors je prends le premier tour, tu permets. Sygfried est pour moi.
D’un bond, il tombe de toute sa force sur Syg. Mais celui-ci est préparé et il a profité de ces quelques minutes pour régénérer le plus d’énergie possible. Blake sort son épée. Elle est immense et il lui faut ses deux mains pour la maintenir. Couleur de la nuit, des flammes incandescentes bleu clair courent de long de sa lame.
Syg s’arme d’Omega et se protège assez facilement de l’attaque. Blake fait tournoyer son épée au-dessus de sa tête et l’abat plusieurs fois sur le bouclier de Syg. Celui-ci ne flanche pas et résiste à toutes les attaques. Puis d’un seul coup des éclairs commencent à apparaître un peu partout autour de nous, courant au sol ou sur le grillage. Blake sourit et en un rien de temps, ces derniers viennent s’accumuler rapidement dans sa main droite. D’un simple mouvement du poignet, cette pluie de tonnerre se déchaine sur Syg qui pour la première fois de la soirée met un genou à terre. Il riposte avec Alpha encore et encore, mais Blake est trop rapide et Syg trop fatigué.
Je ne sais plus quoi faire, j’essaye de recréer un cercle d’invocation, mais rien à faire. J’ai peur alors je ferme les yeux et fait appelle à tout le reste d’énergie emmagasinée dans mon corps ( tant pis pour les conséquences ) pour faire apparaître ce foutu cercle. Quand j’ouvre les yeux pour le créer je retrouve Blake à quelques centimètres de moi. Une colère sourde peut se lire sur son visage.

-  Tu ne peux pas te tenir tranquille 5 minutes ? marmonne-t-il.
Je perds ma concentration et mon énergie en même temps. Syg lui en profite pour l’attaquer, mais Blake l’évite de justesse. Mordred lance alors un sort d’enchainement. Syg, épuisé, ne peut plus bouger et moi…. je ne sers à rien.
On est foutu.
C’est la fin.
 
3
 
 
 
Mordred se rapproche de nous pendant que Blake pose son épée sur son épaule.

-  Tu n’as pas idée depuis combien de temps j’attends ce moment. Tuer le Gardien de l’Alliance, c’est… comment dire, jouissif ? Je n’aurais jamais pensé que tu te laisses piéger aussi facilement, mais avoir en prime la Démoniste… je suis vraiment un homme chanceux.
Un énorme ours bleu électrique transparent apparait à ses côtés. Son esprit animal.

-  Je te laisse tuer le Gardien, dit Blake sans même sourciller. Mais la Démoniste, est à moi.
-  NON ! Ils vont mourir tous les deux ce soir. Je ne prendrai aucun risque. Lucian doit savoir que ses ennemis sont tombés de nos mains.
Blake se rapproche de moi pendant que moi, je recule lentement.

-  Mordred, je te l’ai dit, la Démoniste est à moi.
-  Non, et je crois bien que je vais commencer par elle, finalement.
Je vois l’ours s’élancer vers moi et je sens son haleine chaude et puante se poser sur mon visage. Blake attrape son arme et repousse fermement l’esprit.

-  Mordred, tu veux attaquer cette femme ?
-  Mais qu’est-ce qu’il te prend ? Dégage ! Je vais la tuer.
Blake ne regarde pas Mordred, mais me fixe sans ciller. Il a le visage fermé et dur.

-  Mordred tu connais les ordres, rappelle Blake.
-  Je me fous des ordres Blake ! Je vais ramener leurs têtes à Lucian, je les poserai sur sa table et il me remerciera ! Un point c’est tout !
Je regarde sur le côté et je vois Sygfried en train de se débattre avec son sort d’enchainement, je le vois murmurer et je sais qu’il cherche un moyen de le briser. Il faut que j’arrive à gagner du temps. Mais comment ?
Blake est toujours devant moi, si j’arrivais à appeler un démon au moins peut être que cela les déconcentrerait suffisamment. J’essaye de régénérer un peu de mon énergie, mais Blake m’attrape violemment par le coude, un faisant un « non » menaçant de la tête.
Blake reste immobile. Je vois Mordred en train de se rapprocher dangereusement de moi. Son ours marche à ses côtés en grondant à intervalle régulier. J’essaye de me dégager de Blake, mais rien n’y fait. Tout d’un coup, j’ai une sensation bizarre, comme un picotement frénétique qui s’incrusterait sous ma peau. Je regarde Blake et celui-ci se met à sourire lentement.
Et là sans savoir ni comment ni pourquoi, le Draken retourne son arme contre le Chaman et en même temps brise le sort qui enchaine Syg.
Mordred le regarde comme fou.

-  Arghhh !!!! hurle-t-il en s’élançant vers Blake.
Un combat redoutable entre les deux Chefs de Guerre déferle soudainement. Syg qui a repris du poil de la bête s’attaque aux 6 sbires qui restent en lices.
Au bout de plusieurs minutes, il ne reste plus que Blake et Mordred. L’ours redoutable attaque sans relâche et le Draken redouble de force pour les arrêter. Bien que je ne sois pas mécontente de penser qu’avec un peu de chance un des deux pourrait y laisser la vie, je vois, du coin de l’œil des voitures arriver. Beaucoup. Enfin : les renforts !
Mordred les aperçoit aussi et reconnait pas mal de grands guerriers sortant des véhicules.

-  Lucian te tuera pour ça Blake. Tu m’entends ! Tu es un homme mort !!
Et il disparait.
Syg se retourne immédiatement vers Blake en pointant son épée sur sa gorge. Le Draken sourit et range son arme en levant les mains. Il a l’air aussi inoffensif qu’un grand blanc affamé depuis des semaines coincé dans une piscine pleine de touristes.

-  Blake Saint James, tu es en état d’arrestation sur ordre du Grand Conseil.
Il a l’air de s’en foutre comme de sa première chemise. Je suppose qu’il peut s’échapper quand il veut, mais à ma grande surprise, il sourit et se laisse emmener.
Une jeune femme arrive près de moi.

-  Lex ? Vous allez bien ?
Je dois faire peine à voir et mes jambes tremblent encore malgré moi. J’hoche la tête, mais je ne dois pas vraiment la convaincre, car elle m’amène jusqu’à la fourgonnette qui fait office d’ambulance.

-  Ne bougez pas, je vais soigner vos blessures.
Je me tourne vers la jeune femme, mais à ma grande honte mes blessures sont très superficielles, normal je ne me suis pas vraiment battue contrairement à Syg.

-  Comment avez-vous su ?
-  Nous surveillons constamment les grands pics d’énergie ces derniers temps. Et la concentration des deux acolytes de Lucian a allumé tous nos voyants au rouge. Nous avons repéré la source et nous avons accouru.
Je regarde tout le dispositif déployé, c’est impressionnant.

-  Merci, mais allez plutôt vous occuper de Sygfried, il en a plus besoin que moi.
Et je me lève rapidement avant d’entendre ses protestations.
J’avance vers la zone sécurisée où Blake est gardé sous haute surveillance. Il a l’air aussi stressé que s’il était accoudé dans un bar de jazz un whisky à la main.

-  À quoi tu joues ? lui demandé-je à brule-pourpoint.
-  Et toi ?
Je le regarde interrogative.

-  Depuis quand tu n’as plus d’énergie ? Je savais que tu avais baissé, mais pas à ce point ? Une dizaine de gobelins, c’est une blague ?
Je baisse la tête, honteuse. Puis je me rappelle qu’il n’a aucun droit de me faire des reproches.

-  Ça ne te regarde pas ! C’est quoi ce coup foireux encore ?
-  Je ne m’entends pas très bien avec Mordred.
-  Tu ne t’entends avec personne Blake.
-  Un point pour toi.
Je regarde les gardes autour de lui. S’il voulait partir, aucun ne pourrait l’arrêter, je connais sa force.

-  Tu as quitté l’Alliance ? me demande-t-il.
-  Ça non plus ça ne te regarde pas.
-  Tu veux savoir pourquoi j’ai mis sa rouste à Mordred ?
-  Oui.
Il se lève et se rapproche de moi jusqu’à ce que personne ne puisse l’entendre.

-  J’ai horreur qu’on touche à ce qui m’appartient.
Je le regarde ébahie, il sourit comme un gamin fier de lui. Puis il redevient sombre.

-  Et tu es à moi Lex, ne l’oublies pas.
-  Tu es complètement fou ! Je ne t’appartiens pas ! Je ne t’ai jamais appartenu !
Il se met à rire.
Je le laisse à ses gardes sans un regard en arrière.
En quelques minutes, le terrain est nettoyé, les blessures pansées et tout le monde repart à travers les rues de la Nouvelle-Orléans. Je demande à ce qu’on me raccompagne à ma voiture qui est restée devant le restaurant quand Syg me rejoint après être sorti du véhicule du Directum.

-  Tu es sûre que tu vas bien ?
-  Mais oui, c’est plutôt de toi que tu devrais t’inquiéter.
-  Je suis désolé pour ce soir. C’est ma faute, jamais….
-  Arrête Syg. On ne pouvait pas savoir.
Il me prend dans ses bras et je me laisse aller sur son torse. Son odeur, sa force me rendent nostalgique de nos moments passés. Il sourit tendrement.

-  Je dois retourner au Directum pour régler cette histoire et m’occuper de Blake.
-  Fais attention, il y a quelque chose qui sent très mauvais au royaume du Danemark.
-  Tu cites Hamlet à cette heure toi ?
-  Ce qui prouve que je suis désespérément crevée.
-  J’aurais aimé rester avec toi.
Je me recule.

-  Va sauver le monde, avant que je ne change d’avis.
Il passe sa main sur ma joue et pose délicatement ses lèvres sur les miennes. C’est un baiser doux, profond. Puis il s’écarte et retourne jusqu’au véhicule. Je repars en sens inverse pour récupérer mon 4x4 et mets un bon quart d’heure pour rentrer chez moi.
J’habite le French Quarter, appelé à l’origine le Vieux Carré, qui est le plus ancien quartier de la Nouvelle-Orléans. On y trouve des maisons à balcons typiques, des bars de jazz et une ambiance que seule cette ville sait créer.
J’adore cet endroit.
Mon petit appart se trouve dans un petit immeuble d’un étage à l’intersection de Chartres Street et Conti Street avec un balcon à colonnades.
Je gare ma voiture et monte laborieusement les escaliers. À peine ai-je enfilé ma clef dans ma serrure que j’entends la porte de ma voisine s’ouvrir.

-  Lex ?
Je me retourne pour me trouver face à Kalia.

-  Mon Dieu, mais qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? Vite rentre chez toi, je prends de quoi m’occuper de toi !
Je souris. J’adore Kalia. C’est un petit bout de femme de 25 ans, aux cheveux châtain très clair avec des yeux verts pleins de malice et de générosité. C’était un Prêtre de la Lumière ce qui fait d’elle une petite guérisseuse en herbe.
J’entre chez moi, jette mon sac par terre et j’enlève mes chaussures avec un gémissement de plaisir. J’entends Kalia revenir.

-  Alors qu’est-ce qu’il s’est passé ??
-  Rien, j’avais rendez-vous avec Syg et…
-  Oh oh !! Alors comment ça va entre Syg et toi ?
-  Très bien, très bien, c’est après que ça s’est gâté.
Et en quelques mots je lui relate ma soirée un peu pourrie.

-  Ben merde alors ! Je vais m’occuper de toi et te remettre d’aplomb en quelques minutes.
Je me laisse faire pour une seule raison : il m’est impossible de refuser quoique ce soit à Kalia. Je la regarde s’activer dans son pyjama bleu ciel.

-  Et toi tes examens se sont bien passés, je ne t’ai pas beaucoup vu la semaine dernière.
-  Ça a été l’horreur ! C’est à se demander s’ils veulent qu’on réussisse ou pas. Ces épreuves doivent aussi indiquer la filière dans laquelle on sera autorisé. Enfin « indiquer » est un bien grand mot, « obliger » je devrais dire.
-  Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi votre clan intègre des années de médecine au sein de votre cursus pour devenir Prêtres de la Lumière. C’est incompréhensible.
Kalia sourit.

-  Non au contraire. D’abord, je te rappelle que nous ne pouvons guérir que des blessures ou les maladies dites énergétiques, mais pas les maladies humaines, comme le cancer, ou tout ce qui est génétique. Nous soignons par la maitrise de notre énergie qui doit être parfaite. Mais nous ne sommes pas des dieux et la médecine moderne est essentielle.
-  Ok mais en quoi vous en avez besoin ?
-  Par ce que pour soigner je dois visualiser ce que je fais. Un peu comme une opération virtuelle. Les Prêtres de l’époque n’arrivaient pas à soigner des hémorragies ou autres blessures par méconnaissance du corps humain. En faisant ces années d’études, nos maitres s’assurent que nous serons les plus compétents possible.
Je la regarde soigner mon entorse du poignet.

-  Merci ma chérie.
-  De rien, ne bouge pas, je te scan rapidement pour être sûre que tout va bien.
-  Et ton prochain exam c’est quoi ?
-  Mon mémoire. D’ailleurs je voulais t’en parler.
-  À moi ? Je sais tout juste me poser un pansement.
-  Non, rigole-t-elle. Sur le sujet de mon mémoire, j’aimerais te prendre comme sujet.
J’en reste bouche bée et pour être certaine d’avoir le temps d’en placer une, Kalia reprend à toute vitesse.

-  Tu comprends, ça n’est jamais arrivé qu’un guerrier perde comme ça son énergie du jour au lendemain. Jamais ! Je suis sûre que si je t’étudiais, je trouverais une raison à cela et peut-être même que je pourrais t’aider.
-  Kalia…
-  S’il te plait !!!
Vous avez déjà vu un cocker qui vous fixe des yeux pour vous demander à manger ? Que voulez-vous que je lui réponde ?

-  C’est ok Kalia.
« Pourquoi je sens que je vais le regretter ? Hein ? »

-  Merci merci merci merci merci merci !!!
Elle me saute au cou.

-  Kalia… Kalia ! C’est bon, mais pour ce soir je pense que ça suffira. Je vais aller me pieuter un peu avant de tomber en lambeaux.
Elle récupère ses affaires.

-  Et demain tu vas au Directum ?
-  Non, pourquoi ?
-  Ben, je pensais que tu voudrais en savoir un peu plus sur cette histoire avec Blake.
-  Alors là sûrement pas. Bisous ma chérie.
-  Bonne nuit Lex !
-  Bonne nuit.
Alors ça non, demain je n’irai pas au Directum, ils n’ont qu’à se débrouiller un peu tout seul, moi, j’ai d’autres chats à fouetter.
 
 
4
 
 
 
« Il est 10 h du matin et est-ce quelqu’un peut m’expliquer ce que je fous devant l’entrée du Directum ? »
 
Je descends de ma voiture et traverse la rue encombrée de Burgundy Street. L’entrée du Directum se trouve dans un de ses grands immeubles du Business Quarter.
Je regarde les gens entrer et sortir de l’immeuble qui regroupe de nombreux bureaux. Je passe comme tout un chacun des portiques de sécurité et je me retrouve devant l’ascenseur particulier du Directum. Je pose ma main sur un détecteur et après quelques secondes la porte s’ouvre. J’entre à l’intérieur et une onde énergétique me scanne. Je dois passer l’examen avec brio, car les portes se rouvrent sur le Directum.
En réalité, personne ne sait vraiment où il se situe, mais il y a des entrées un peu partout dans le monde ce qui est… comment dire… pratique !
J’envoyai un SMS à Syg.
« t’es où ? ».
Il met quelques minutes à me répondre.
« dans l’amphi ».
Je ne sais toujours pas ce que je fais ici, mais Kalia a raison, je suis beaucoup trop curieuse pour mon propre bien.
Je traverse plusieurs couloirs et quelques passerelles jusqu’à me retrouver devant l’entrée de l’Amphithéâtre du Haut Conseil. Des gardes sont postés devant l’entrée, car une réunion extraordinaire a lieu ce matin.
« Je me demande bien de quoi ils peuvent être en train de parler ? La pluie, le beau temps, Blake St James, la peste, le choléra ? »
Je porte une jupe courte noire, un haut violet, mes Doc Martens et avec, un blazer cintré noir, de ce fait je ne sais pas bien si le regard surpris du garde porte sur ma tenue ou sur le fait qu’il m’ait reconnue.
« Allez savoir ? »
J’entre silencieusement dans la salle.
La pièce ressemble à… heu… un amphi. Au centre du demi-arc de cercle est positionnée une première rangée de 7 sièges, un pour chaque Haut Conseiller de chaque clan. Les deuxièmes et troisièmes rangées sont réservées aux archivistes du Sanctum lorsqu’ils sont conviés et aux intervenants importants, comme Syg actuellement.
Les 5 rangées suivantes attendent d’autres participants selon le type de réunion qui s’y déroule. Je me cale sur un siège du haut espérant qu’on ne remarque pas ma présence.
Le débat est houleux.

-  Nous avons tous entendu les faits relatés par Sygfried ici présent. Il nous faut prendre une décision !
-  Et laquelle Kénael ?
-  Celle qui le rendra inoffensif pour le Directum !
-  Je repose ma question Kénael, quelle décision devons-nous prendre ? redemande le conseiller Aston, représentant des Terrestres. Le tuer ?
Il y a un vrai mouvement sur les bancs. Aston reprend.

-  Vous vous rendez compte de ce qu’on est en train de supposer, le Haut Conseil n’a jamais eu pour objectif d’avoir le pouvoir de vie et de mort, nous ne sommes pas un tribunal.
-  Il a raison, renchérit Leana Prêtre de la lumière.
-  Il s’agit de faits exceptionnels ! argue Ysandra du clan des Chamans. Ses fautes sont inexcusables ! Et puis nous devons prendre en compte un autre fait, depuis sa trahison, nous attendons désespérément la venue d’un nouveau Draken assez puissant pour reformer l’Alliance Prophétique, or aucun n’est arrivé.
-  Qu’insinues-tu Ysandra ? demande Elan conseiller Gardien.
Ysandra se tourne vers Yrish du clan des Drakens. Celui-ci avait gardé le silence depuis mon arrivée pourtant il reprend d’une voix claire et sans hésitation :

-  Elle sous-entend de le tuer pour qu’un nouveau guerrier puisse être nommé.
Evon et Leana s’insurgent avec véhémence. C’est Kénael qui reprend de sa voix de stentor.

-  Yrish, il est de ton propre clan. Te rends-tu compte de ce que tu proposes ?
Je suis dégoutée. J’ai beau haïr Blake, moi aussi, entendre son propre clan le condamner à l’échafaud semble contre nature et j’ai un haut-le-cœur. Un clan, c’est plus qu’une famille, c’est tout pour nous. C’est une appartenance à quelque chose de plus grand que nous avec ses traditions, ses secrets, son soutien indéfectible.
« Ou presque… »
Leana se tourne vers Syg.

-  Sygfried quel est votre avis sur le sujet ?
Une petite veine tressaute sur sa tempe chaque fois qu’il jette un œil en direction d’Yrish. Lui non plus n’a pas aimé ce que le Haut Conseiller vient de dire.

-  Je crois qu’en effet Blake Saint James doit être jugé pour ses fautes, mais peut-être serait-il plus judicieux de laisser cela à un tribunal. Non, la vraie question est : pourquoi s’est-il laissé attraper ?
-  Comment ça « laissé attraper » ? Nous avions envoyé une cohorte entière !
-  Avec tout mon respect, vous oubliez un peu trop facilement qui il est, ce n’est pas un guerrier Draken ordinaire, c’est un Seigneur Draken de l’Alliance Prophétique. Je pense que s’il l’avait voulu, il aurait pu fuir sans soucis. De même que maintenant, je pense que sa séquestration est loin d’être sécurisée.
Un murmure parcourt les conseillers.

-  Qu’est-ce que les archivistes disent de cela ? demande Aston.
-  Rien, ils n’en savent pas plus que nous sur sa présence.
C’est Vordreck le Démoniste qui dit tout haut ce que tout le monde vient de se mettre à penser tout bas :

-  Et si nous avions fait rentrer le loup dans la bergerie ?
Un nouveau tollé.
À force de les écouter, une véritable migraine est en train de me gagner et je prends discrètement la direction de la sortie puisque tout ça ne mène à rien.
Au moment de prendre l’ascenseur vers l’extérieur, je change d’avis et bifurque vers la droite. Je descends plusieurs escaliers. Après avoir passé un sas de sécurité qui me projette encore vers un autre lieu, j’atteins la zone sécurisée.
Je montre une nouvelle fois patte blanche devant un garde qui me laisse passer.
« Faire partie de l’Alliance a quelques avantages malgré tout ».
Je me retrouve dans une pièce immense et aseptisée, éclairée par une lumière bleu pâle. Une cellule est disposée en son centre, posée sur un énorme pentacle. Des sorts sont positionnés un peu partout dans la salle, des caméras de sécurité filment et surveillent l’ensemble du dispositif.
C’est assez flippant et étouffant.
Blake est debout, le dos appuyé contre les barreaux de sa cellule, immobile.

-  Lex ! Que me vaut le plaisir de ta venue ?
-  Plaisir est un bien grand mot Blake.
-  Pas pour moi ma chérie.
-  Ne commence pas avec tes « ma chérie » ou je repars immédiatement.
Il sourit.

-  À quoi joues-tu Blake ?
Il croise ses bras sur sa poitrine.

-  Ce n’est pas la question que tu as envie de me poser, n’est-ce pas ?
J’hésite, je sais que je devrais rebrousser chemin et sortir loin d’ici. Pourtant je ne peux m’empêcher de répondre.

-  Pourquoi nous as-tu trahis ? Comment as-tu pu ?
-  Tu sais pourquoi j’ai quitté l’Alliance Lex, ne fais pas l’enfant.
-  Je ne fais pas l’enfant Blake ! Moi je me suis battue, je ne suis pas partie la queue entre les jambes !
-  On fait tous des choix Lex.
-  Et c’est quoi le tien ? Condamner l’humanité ?
-  Sauvez ma peau tout simplement.
-  Des conneries tout ça ! Tu étais le plus fort d’entre nous, si y en avait un qui aurait dû survivre c’est toi.
-  Disons que je n’ai pas voulu prendre de risque.
Mon cœur bat tellement fort que j’entends sa musique dans mes oreilles.

-  Il y a des bruits qui courent à ton sujet Blake.
-  Je m’en doute bien, je sais… alimenter les ragots.
-  Certains disent que tu es parti après être allé voir l’Oracle.
Ses yeux se plissent et l’intensité de son regard me fait frissonner. Je passe ma main sur mon bras comme si un froid intense m’avait envahi.

-  Stupidité que cela, je te rappelle que les Oracles ne lisent jamais l’avenir pour des questions personnelles.
L’électricité statique semble palpable autour de nous. Cet homme est dangereux. Pourtant je ne me démonte pas.

-  Et si l’Oracle connait personnellement la personne en question ?
-  L’Oracle a été enfermé à l’âge de 6 ans. Elle ne connait personne.
Je ne sais pas ni comment ni pourquoi, mais je suis sûre d’avoir raison. Il a eu une prédiction personnelle. Il nous a trahis juste après.

-  Tu me hais tant que ça ? me demande-t-il.
Prise au dépourvu, je réponds du tac au tac.

-  Oui ! Sais-tu combien sont morts dans cette guerre des tranchées qui s’est créée ? Combien d’amis j’ai dû enterrer ? Combien de nuits à protéger les Terrestres de vos tueries. J’ai passé 7 ans après ton départ à travailler nuit et jour pour maintenir l’Alliance !
-  Tu aurais dû arrêter avant.
-  Va te faire foutre !
-  Pourquoi tes pouvoirs ont disparu ?
-  Ça ne te regarde pas !
Des souvenirs remontent à la surface, lentement, comme une bouée venue des profondeurs et que rien ne peut plus arrêter. Vous savez, je n’ai jamais vécu normalement. Dès mon plus jeune âge, j’ai commencé à me battre pour le Directum et l’Alliance. On croyait qu’on sauverait le monde et on était prêt à tout pour y arriver. Je me rappelle les voix de mes amis, de ceux qui sont tombés, de leurs rires, de leurs larmes. Et à chaque vie perdue, j’ai eu l’impression de devenir le gardien de sa mémoire, comme un devoir, comme un moyen de survivre à tout cela. Tous ces morts, ces blessés, n’avaient de sens que si nous gagnions et dans le cas contraire la mort nous aurait offert l’oubli. Sauf que rien de tout cela n’est arrivé. Je m’en veux tellement et je me sens toujours coupable de ne pas avoir était à la hauteur de tous ceux qui ont sacrifié leurs vies.
Voir Blake, là, se foutre complètement de ce qu’il a fait me bouleverse, me remplit de haine et ravive douloureusement ma mémoire. Je croyais avoir réussi à dépasser tout ça, mais je me suis trompée sur mon propre compte.
J’essaye de reprendre mes esprits.

-  Tu sais de quoi ils sont en train de parler là-haut, Blake ?
-  Lex, je m’en fous complètement.
-  Ils sont en train de voter pour mettre fin à ta vie.
-  Et je parie que le premier à avoir lancé l’idée est Yrish non ?
Il lit la réponse dans mes yeux, puis reprend comme si de rien n’était.

-  Et avec Syg tout va bien entre vous ?
Je tourne les talons sans répondre.
Cette matinée m’a épuisée et je me sens encore aux bords des larmes. Merde, il faut croire que l’Alliance est beaucoup plus incrustée dans ma peau que ce que j’essayais de me faire croire.
Je rentre chez moi, bien décidée à faire une croix sur tout ça.
 
 
5
 
 
 
Arrivée dans mon appart, je me change pour enfiler une tenue plus décontractée dans le but non avouable de buller tranquillement sur mon canapé : petit short noir en coton et débardeur blanc me semblent un uniforme tout à fait acceptable pour cet objectif.
Kalia n’étant pas là, car encore à l’hôpital, je choisis de rester à la maison et je me fais un petit repas télé, bien décidée à me changer les idées, contenant un sandwich au jambon-beurre-moutarde-pickles-tomates, des chips et un coca zéro. Le pied.
Je pose le plateau sur la table basse et allume la télévision. Je tombe sur la chaine Unit qui passe 50 % de son temps à donner des informations en direct sur les failles, à faire des documentaires historiques ou scientifiques sur les failles et qui diffuse sur les 50 % autre des films qui parlent, attendez… suspens je vous laisse deviner... des failles.
« Bravo à la lectrice du Canada qui vient de gager un jambon farci pour sa bonne réponse et son enthousiasme ! »
Ils parlent de la faille Amérindienne en ce moment, de la recrudescence de l’énergie et du combat des troupes. Quelque temps auparavant c’est moi que vous auriez vu à l’écran en train de crier des ordres, d’étudier des chiffres, des données… Alors que là, je ne savais même pas que la faille était en suractivité. Toute cette situation me laisse un gout étrange.
Je me lève pour me dégourdir un peu et dans le but de penser à autre chose, je me précipite vers mes derniers achats pour en sortir la dernière saison de la série à la mode. Depuis quelques mois, je m’attèle à voir toutes les productions que j’ai pu manquer dans ma vie. Je suis devenue totalement accro.
J’enfourne le CD et m’affale sur mon canapé en attrapant mon encas.
Étant d’origine écossaise, j’ai fait en sorte que mon appart ressemble à un pub anglais. Le canapé est en cuir, les couleurs des rideaux très feutrées, une lampe avec un chien jouant au golf pour pied, et des photos de l’Écosse un peu partout. La banque de ma cuisine est un véritable meuble d’apothicaire que j’ai chiné dans une brocante et j’ai installé des néons sur les murs.
J’adore cet endroit. En y réfléchissant bien, c’est la première fois que j’ai un vrai chez moi et ça m’a vraiment manqué.
Je regarde 3 épisodes d’affilés, puis je me repasse la première saison d’une autre que j’ai déjà vu trois fois, mais que j’adore. Vers 18 h j’ai un vrai coup de barre. J’éteins la télé et je laisse le sommeil me gagner.
This girl is on fire
This girl is on fire
Humphhh…
She's walking on fire
This girl is on fire
Je me retourne sur mon canapé en grommelant contre ce bruit inamical.
This girl is on fire
This girl is on fire
Mais merde que fais Alicia Keys dans mon salon ???
She's walking on fire
This girl is on fire
Putain mon téléphone !
Je me lève en courant ayant reconnu la sonnerie que j’ai collée à Kalia. La tête dans le coaltar, je fouille mon sac dans lequel je ne trouve jamais rien.
Je décroche à moitié fraiche.

-  Salut ma chérie, désolée je dormais.
Je fronce les sourcils, car je ne perçois aucun son de l’autre côté. Je me dirige vers la cuisine pour me servir un truc frais à boire.

-  Kalia, je ne t’entends pas tu dois être dans une partie de l’hôpital qui ne capte pas.
Toujours rien. Je regarde mon portable qui ne capte qu’une fois sur deux c’est à se demander pourquoi je paye un abonnement aussi cher.

-  Kalia ?
Tout d’un coup j’entends du bruit. Un souffle rapide, comme quelqu’un qui coure.

-  Kalia ! Arrête de déconner, réponds !
Toujours aucune réponse et Kalia a beaucoup de qualités, mais sûrement pas celle de la timidité et encore moins celle du silence. Je commence un peu à m’inquiéter.

-  Kalia, réponds… !
-  Lex !
-  Oui, qu’est-ce …
-  Lex, ils sont après moi, je…
Plus rien. Ça pue ! Ça pue les emmerdes à 10km, je ne sais pas dans quoi elle s’est encore fourrée Miss Catastrophe, mais je sens que je vais en avoir pour mon argent.

-  Kalia !
-  Oui, je… ils m’attendaient, à la sortie de l’hôpital. Y a un mec qui a essayé de m’attraper et de… dans une espèce de fourgo… mais, je ne sais pas, je leur ai échappé et… trav… m’ont couru..., j’ai essayé de les semer, mais je n’y suis pas....
Je sens les sanglots dans sa voix, mais la liaison est très mauvaise, ce qui est sûrement dû aux émanations de la faille Amérindienne qui doit perturber les réseaux.

-  Tu es où ? crié-je en espérant qu’elle m’ait entendue.
-  Dans…. rues autour du LSU Hospital. Lex, …peur.
-  J’arrive. Tiens bon et reste planquée surtout Kalia, tu m’entends ? Il me faut à peine 5 minutes pour venir. Je reste en ligne, ne t’inquiète pas, ça va aller.
En deux secondes, j’enfile mes Docs, attrape mes clefs et je fonce en direction de Perdido Street. Je roule comme une dératée dans les petites rues de la Nouvelle-Orléans. J’envoie en même temps un SMS à Syg ne voulant pas couper la communication avec Kalia.
Après avoir brulé au moins trois feux rouges. J’arrive à destination et je laisse ma voiture garée n’importe comment sur le bas-côté pour continuer à pied.
J’entends la voix de Kalia apeurée dans le téléphone qui me murmure :

-  Lex, ils ne sont pas loin, ils vont me trouver.
-  Je suis là ma chérie, tout va bien, il ne me reste plus qu’à te localiser.
-  Lex…
-  Le temps de dire Mojito et je suis à côté de toi, dis-je pour la rassurer au maximum.
-  J’en aurais bien besoin d’un en ce moment, murmure-t-elle.
-  Surtout, ne bouge pas et ne fais plus de bruit.
Le temps d’entrer dans la première petite rue du coin, je créé un cercle d’invocation et fais appel à tous les gobelins que j’ai en réserve. Garec est le premier à arriver, comme d’habitude.

-  Garec, dis-leur de trouver Kalia. Elle est en danger.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils se dispersent tous dans le quartier telle une volée de sauterelles. Je prie à ce moment-là pour deux choses, premièrement qu’ils me trouvent ma petite Prêtre adorée et deuxièmement qu’ils ne fassent pas plus de dégâts que les assaillants.
Au bout de quelques secondes, ils l’ont située. Je courre dans la direction que Garec m’indique, mais à peine je démarre que j’entends un hurlement de Kalia. Ils l’ont eux aussi retrouvée.
Je crie de toutes mes forces en direction de mes gobelins :

-  Protégez-la !
J’arrive dans une impasse sombre et désertique et, en fond, je distingue, soulagée, mes démons entourant Kalia, prêts à l’attaque. Il y a deux hommes en face d’elle et, à voir leurs signatures énergétiques, je dirais un Prêtre des ombres et un Naturan habitués aux combats.
« Super, on est assez pour faire un bridge, je leur propose sympathiquement ou pas ? »
J’espère que Syg a bien eu mon message parce que sinon ça va commencer à se compliquer.
Je rappelle à moi les gobelins.
J’utilise mon énergie restant pour invoquer une bête un peu plus agressive : un molosse des enfers. Il s’agit d’une créature de la race des Cerbères. Il m’arrive à la taille et a la même gueule qu’un pitbull. Il n’a pas de poil, mais sa peau est épaisse comme recouverte d’écailles grises métallisées. Ses yeux rouges sont effrayants. Il se met à mes côtés et passe sa tête sur ma main, en grognant légèrement.
Le Naturan, peu soucieux de nous laisser à Elvis et à moi profiter de ce moment sentimental, lance sa première attaque et sort une épée longe et fine qu’il fait tournoyer vers nous.
« Oui mon cerbère des enfers s’appelle Elvis ! Et pourquoi pas ? »
Elvis peu social envers tout ce qui n’est pas moi, attaque immédiatement.
Le Naturan se trouve bloqué avec un molosse de plusieurs centaines de kilos sur le dos, mais son copain en profite pour attaquer. Il joint ses mains et je vois des ombres commencer à se rassembler autour de nous, on les appelle les Dévoreurs. Partout où autour de nous je les entends ramper sous la terre ou derrière les briques des maisons. Il s’agit d’âmes noires dont les petits cris stridents résonnent à mes oreilles. Je n’en mène pas large, car je les ai déjà vues à l’œuvre, déchirant et dévorant les chairs des proies qu’elles étaient arrivées à attraper.
Non content de voir les Dévoreurs nous encercler lentement, le Prêtre lance une deuxième attaque en formant puis en lançant un nuage compact gris vert dans notre direction.
« Et merde, il a lancé une Nécrose ! »
Le nuage qui arrive dans notre direction putréfie tout ce qu’il touche de vivant.
« Poussière tu es, poussière tu redeviendras »
Comme je tiens un tant soit peu à ma peau, j’attrape Kalia par la main et la tire vers moi.
Je lui murmure :

-  À mon signal, on court.
Elle opine de la tête. Il ne nous reste plus qu’à survivre à la première attaque. La vague de Nécrose accélère vers nous, mais nous l’évitons de peu en nous jetant sur le côté. Dès que nous reprenons nos esprits, je me mets à courir en traînant Kalia derrière moi, mais je sens les Dévoreurs du Prêtre sur nos talons. Le Naturan, je ne sais comment, à avoir un moment de répit face à Elvis et il en profite pour rassembler ses forces. Je sens le vent s’intensifier autour de nous et je sais pertinemment que d’ici très peu de temps l’air va prendre la forme d’une myriade de lames tranchantes.
Bon ce n’est sûrement pas fameux, mais je ne vous le cache pas… on s’est remises à courir, à courir très très vite. En passant, je saisis une barre de fer jetée à côté d’une poubelle, car on ne sait jamais, ça peut toujours servir. Dès que nous tournons dans une nouvelle ruelle, je stoppe net notre course et j’attends l’autre crétin, la barre de fer à la main, prête à la lui écraser sur sa petite tête de dégénéré.
Il y a quelques secondes de silence pendant lesquelles j’ai l’impression que ma respiration est si forte et bruyante qu’on doit la percevoir à l’autre bout du pays, puis nous l’entendons arriver.

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