UN Mixtape en heritage
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Description

Je suis devenue une fille à Papa sur le tard, quand il était en rémission de sa greffe du foie. Nocturnes tous les deux, on discutait souvent longtemps après les heures de visite. Aucune infirmière ne me demandait de partir. Elles ont dû en voir passer, des enfants qui apprennent à mieux connaître leur père sur un lit d’hôpital.

Après la mort de ses parents, une femme revisite ses souvenirs et interroge ses origines. En dix-sept chansons, elle raconte les événements marquants de sa vie. De Radiohead à Marie-Pierre Arthur, en passant par The Cure et Philip Glass, on rencontre celle qui, au cœur des heures les plus sombres comme des plus douces, a eu besoin de musique et de papier.

Ni roman ni nouvelle, cet ouvrage est plutôt un mixtape d’émotions, une compilation d’anecdotes où résonnent des notes de musique, des refrains nostalgiques.
Non, Maman n’ira pas finir ses jours au CHSLD. J’avais prévu être loin, très loin, cette année. Je devais participer à une expédition autour du monde en bateau. Mon rêve s’est toutefois échoué sur un énorme malentendu trois mois avant son diagnostic de cancer. Me voilà donc ici, travailleuse autonome, sans chum ni enfant, tout à fait libre pour elle. Douce ironie de la vie.
J’ai fait le sapin avec Bébé-nièce qui riait de voir Bébé chat le détruire au fur et à mesure. Grande-nièce a emballé les cadeaux pour Maman, j’ai mis ses draps de satin, acheté des betteraves et ses biscuits préférés.

Maman est rentrée de l’hôpital dans cette maison où j’ai grandi. Nous lui avons fait un Noël d’enfant.
Quatre générations de femmes mangent de la dinde avec des appétits d’oiseau. Les yeux à moitié aveugles de Grand-maman s’illuminent lorsqu’elle me parle des Fables de La Fontaine, qu’elle connaît par coeur. À la radio, on entend les premières notes de Casse-Noisette, la musique de mon enfance, Grand-maman fredonne doucement et me sourit. Au chevet de sa fille mourante, elle retrouve son instinct maternel, cette fragilité qu’elle a refoulée toute sa vie, parce que « ça s’passait de même dans l’bon vieux temps ! ». J’aimerais avoir un enfant sur mes genoux pour pouvoir plus tard lui rappeler cette soirée avec ses grands-mères en écoutant Casse-Noisette.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 septembre 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782764432419
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Projet dirigé par Marie-Noëlle Gagnon, éditrice

Conception graphique : acapelladesign.com
Mise en pages : Pige communication
Révision linguistique : Isabelle Pauzé et Chantale Landry
Conversion en ePub : Marylène Plante-Germain

Québec Amérique
329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage
Montréal (Québec) H2Y 2E1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Paquin, Marie-Lyse
Un mixtape en héritage
(Collection Littérature d’Amérique)
(Nomades)
ISBN 978-2-7644-3192-4 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-3240-2 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3241-9 (ePub)
I. Titre. II Collection : Collection Littérature d’Amérique.
PS8631.A696M59 2016 C843’.6 C2016-941125-7 PS9631.A696M59 2016

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2016
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2016

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2015.
quebec-amerique.com




À tous mes parents



Sans la musique, la vie serait une erreur.
Friedrich Nietzsche


« On doit écrire comme on compose de la musique », écrivait Novalis au XVIII e siècle.
Enfant de mon siècle, je ne compose pas d’opéra ; j’écris des textes courts et éphémères consommés rapidement sur un téléphone cellulaire en attendant le bus. J’aime traverser la cacophonie urbaine pour laisser place aux images, aux pensées et aux émotions qui surgissent au détour d’une chanson choisie en mode aléatoire, aussi imprévisible que la vie.
Le dieu de ma technocratie s’appelle iPod. Comme un prophète, Steve Jobs a tout compris. 

Certaines mélodies activent nos cordes sensibles, d’autres s’inscrivent dans un moment de nos vies et nous y replongent dès les premières notes. Certaines s’éloignent avec notre jeunesse, d’autres nous accompagnent toute la vie.
Au chevet de ma mère mourante, j’ai eu besoin de musique, de papier et de ce sentiment insensé d’immortalité. J’ai écouté des chansons en boucle, jusqu’à ce que je ne ressente plus rien. Bande sonore salvatrice de vieux disques égratignés.
Je ne pouvais pas écrire sans musique.
Les chansons citées dans ce livre sont disponibles pour écoute à l’adresse mixtapeheritage.com


Première chanson : Elle de Marie-Pierre Arthur
Elle veille et si la vie nous vole Elle devinera les mots, les remèdes qui consolent Elle vit pour les autres, trop fidèle Elle est de celles qui pensent à tout sauf à elles
Sauver le monde d’un sourire tendre Toujours donner sans jamais reprendre


Maman, as-tu brossé tes dents ?
Une fille qui pleure dans la salle d’attente d’un garage. Des garagistes qui ne savent pas où regarder. « Excusez-moi, monsieur, est-ce que ma voiture sera bientôt prête, parce que j’ai besoin d’aller hurler dedans ? »
Qui d’autre que Maman puis-je appeler pour pleurer à deux heures de l’après-midi ?
Maman ne sait rien de tout ça, Maman fait ses petits sacs pour sortir de l’hôpital et dit aux infirmières qu’elle est en retard pour prendre un bateau à New York. Ce matin, l’enfant douce et candide qu’est devenue ma mère m’a reçue tout sourire. Et moi qui devais lui demander si elle avait brossé ses dents.
Questionnaire à l’hôpital avant son traitement de radiothérapie au cerveau :
Est-ce que vous avez des craintes par rapport au traitement ?
Oui, mourir ! qu’elle me répond en riant.

Euh… tu veux que j’écrive ça, Maman ?
Tu peux écrire que je souhaite prolonger ma vie pour être avec mes enfants plus longtemps. Vous êtes ma seule raison de vivre.
Qu’est-ce qu’une fille répond à sa mère qui ne veut pas partir ?
Elle ne peut pas lui faire croire que tout ira bien, elle ne peut pas encore imaginer la vie sans elle. Elle la prend dans ses bras, elle pleure, elle l’aime démesurément, inconditionnellement, comme elle lui a montré à aimer.
Maman est de ces femmes innombrables qui ont passé leur vie à penser aux autres plus qu’à elles-mêmes. Elle s’est battue de toute sa force tranquille contre trois cancers sans se plaindre trop fort pour nous protéger de la réalité. Maman est la mère que j’aimerais être, sans oublier qui je suis.
Dans le bureau de la travailleuse sociale, j’ai entendu le terme « CHSLD », après, je n’écoutais plus vraiment. Maman est encore là, mais son cerveau n’a pas suivi. Les dommages liés à la radiothérapie sont irréversibles et elle a maintenant besoin de surveillance 24 heures sur 24. Son compagnon d’infortune s’est vaillamment occupé d’elle depuis plus d’un an, mais on ne pouvait laisser la garde d’une enfant qui ne fait pas ses nuits à un homme âgé de quatre-vingts ans.
Non, Maman n’ira pas finir ses jours au CHSLD. J’avais prévu être loin, très loin, cette année. Je devais participer à une expédition autour du monde en bateau. Mon rêve s’est toutefois échoué sur un énorme malentendu trois mois avant son diagnostic de cancer. Me voilà donc ici, travailleuse autonome, sans chum ni enfant, tout à fait libre pour elle. Douce ironie de la vie.
J’ai fait le sapin avec Bébé-nièce qui riait de voir Bébé-chat le détruire au fur et à mesure. Grande-nièce a emballé les cadeaux pour Maman, j’ai mis ses draps de satin, acheté des betteraves et ses biscuits préférés.
Maman est rentrée de l’hôpital dans cette maison où j’ai grandi. Nous lui avons fait un Noël d’enfant.
Quatre générations de femmes mangent de la dinde avec des appétits d’oiseau. Les yeux à moitié aveugles de Grand-maman s’illuminent lorsqu’elle me parle des Fables de La Fontaine, qu’elle connaît par cœur. À la radio, on entend les premières notes de Casse-Noisette , la musique de mon enfance, Grand-maman fredonne doucement et me sourit. Au chevet de sa fille mourante, elle retrouve son instinct maternel, cette fragilité qu’elle a refoulée toute sa vie, parce que « ça s’passait de même dans l’bon vieux temps ! ».
J’aimerais avoir un enfant sur mes genoux pour pouvoir plus tard lui rappeler cette soirée avec ses grands-mères en écoutant Casse-Noisette .
La vieille horloge de mon arrière-grand-père sonne, il faudra bientôt aller coucher Grand-maman, Maman dort déjà.
Cette nuit-là et les autres à venir, je me réveillerais en sursaut en entendant le bruit étouffé de ses pantoufles sur le parquet. Parfois, je la ramasserais par terre, le front fendu, un nouveau bleu sur la cuisse, et avec la peur de ne plus se relever dans les yeux.
Je veillerais sur ses nuits, dans cette maison où j’ai grandi, seule permanence dans ma vie de déracinée volontaire. Mais je craignais qu’elle meure dans ce lit où Papa et elle se sont aimés. Dans ce lit où le cœur de l’homme de sa vie a arrêté de battre un matin d’automne.
Le jour venu, Bébé-chat sautait en bas du lit pour accueillir la fée du CLSC. Parfois, c’était la mère, parfois sa fille, toujours le même sourire qui deviendra familier.
Les samedis, la maison redevenait joyeuse l’instant d’un rire d’enfant s’évanouissant soudainement devant la chambre de Maman. Bébé-nièce fronçait les sourcils et figeait comme si elle avait peur d’attraper sa maladie.
On peut mettre un plaster sur le bobo de Grand-maman ?
C’est un très gros bobo.
Faut juste un gros gros plaster !
Sur cette phrase d’une logique implacable, la petite peste lançait ses légumes à Bébé-chat et me jetait un regard espiègle avec ses grands yeux d’un bleu impossible.
Les samedis, je n’avais plus le temps d’être triste. Les enfants éloignent naturellement la mort. Je la sentais de plus en plus près.


Deuxième chanson : A Forest de The Cure
Suddenly I stop But I know it’s too late I’m lost in a forest All alone The girl was never there It’s always the same I’m running towards nothing Again and again and again and again


Les chemins de l’enfance
La fin de semaine dernière, j’ai marché de la maison de mes parents jusqu’à mon école primaire en me tenant en équilibre sur le rail du chemin de fer, comme à dix ans. Le chemin m’a paru plus court avec mes jambes d’adulte, mais j’ai perdu plus de points lorsque mes pieds ont touché par terre.
Enfant, j’avais les cheveux roux pétant et je n’aimais pas lorsqu’on m’appelait « la grande carotte » à l’école. Maintenant, je rouspète lorsqu’on me voit blonde : « Non, regardez comme il faut, je suis rousse ! » Dans ma tête d’enfant, je voulais seulement être comme les autres, mais j’avais un gros secret, un secret gros comme la Lune.
J’ai cinq ans, je suis assise sur le lit douillet de mes parents. Papa m’explique tout doucement que je n’ai pas grandi dans le ventre de Maman. J’avais déjà entendu le mot « adopter » lorsqu’on avait ramené les chatons. M’avait-on exposée dans une vitrine au centre d’achats ?
Dans Passe-Partout , il y a une petite bête étrange qui cherche ses parents. « Où sont mes parents zan, zan, zan, que je n’connais pas ? »
J’apprends que mes parents biologiques sont anglophones et je m’applique à apprendre la langue rapidement. Je serai pratiquement bilingue à douze ans. Quand j’entends Grand-papa maudire les riches Anglais, je me sens comme une petite traîtresse. J’ai vite compris que les Anglais étaient les méchants.
Née par accident entre deux solitudes apparemment irréconciliables. Je suis l’autre là-bas, suis-je aussi l’autre ici ? Et si mes amis se rendent compte que j’ai du sang anglais, est-ce que je resterai toute seule au fond de la cour d’école ?
Un jour, Maman m’entend parler de mon secret à une amie et me rappelle qu’on ne raconte pas cette histoire à tout le monde. La petite fille pose sans cesse les mêmes questions, on lui sert les mêmes réponses incomplètes. Elle n’en saura pas plus. Un jour, elle cessera d’en parler.
Quand je me fâchais et que mes joues s’enflammaient, mon père adoptif me disait : « Toi et ton caractère d’Irlandaise ! » Est-ce que je porte la rage du sang acadien, écossais et irlandais qui coule dans mes veines ? La honte de ces peuples piétinés sous les bottes de l’armée britannique ? Est-ce qu’en berçant un enfant d’ailleurs, on rachète ses ancêtres esclaves, est-ce qu’en l’aimant, on demande pardon aux sacrifiés de l’histoire ? 

Adolescente, j’ai cherché mes traits dans les vedettes de pop ; mon père biologique était musicien, j’étais assurément la fille d’un guitariste connu ! Est-ce que j’ai gardé le souvenir de sa voix lointaine dans le confort aquatique de cette femme rousse que fut ma mère ?
Dans le parc devant mon école primaire, pinte de lait dans les mains, iPod dans les oreilles, flocons de neige sur le visage, j’ai une envie soudaine de tourner en rond sur moi-même, de m’étourdir comme à trois ans lorsque j’écoutais le violon déchaîné de Grand-papa.
Mon enfance, c’est un reel de violon du XVIII e siècle qui passe de génération en génération de Canadiens français.
Mon adolescence, c’est la base de The Cure, la voix grave de Peter Murphy, le son de garage de Jesus and Mary Chain.
Ma vingtaine, c’est Leonard Cohen.
Toute ma vie, je me suis laissé bercer par de chaudes voix masculines.
Quand j’ai entendu la voix de mon père biologique pour la première fois, c’était une sonorité étrangement inconnue.


Troisième chanson : Home de Depeche Mode
And I thank you for bringing me here For showing me home For singing these tears Finally I’ve found that I belong here
Feels like home I should have known From my first breath

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