Vert dur
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Vert dur , livre ebook

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Description

"À l'instant de prononcer le mot rédacteur, Apollon perçut que ça sonnait mal. Il aurait dû dire qu'il était prêt à assumer un poste de rédactrice, bien sûr... La masculinisation du nom, qu'il avait utilisée malgré ses nombreuses répétitions, venait de trahir son androcentrisme."


Apollon est chroniqueur pour le journal Vert Dur. Afin de payer les frais liés au décès de son fils, il espère pouvoir décrocher une promotion. Malheureusement, le poste de rédactrice lui passe sous le nez... du fait de son sexe. Car dans le Paris de Stéphane Beauverger, ce sont les femmes qui ont le pouvoir.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782366292794
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

présente



Vert dur

Stéphane Beauverger

Nouvelle
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Stéphane Beauverger est un auteur rare. Mais quel auteur ! Chacune de ses nouvelles, chacun de ses romans sont de petits bijoux pour les lecteurs. Son grand œuvre est pour le moment l’incroyable Déchronologue , qui a obtenu le prix Européen des Pays de la Loire (le prix des Utopiales), le Grand Prix de l’Imaginaire, le prix du lundi et le prix Bob Morane, mais surtout un accueil critique et public plus qu’enthousiaste. C’est dire si cette nouvelle est un cadeau...
 
 
 
Vert dur
 
 
Face à la baie vitrée de la cafétéria, Apollon Navarin regardait marcher les flâneu.r.se.s au-dessus de Paris. Le vent d’automne soulevait écharpes et manteaux, pour donner aux trottoirs suspendus des allures de débarcadères mélancoliques. La pluie, captée par les microcannelures de la fenêtre, fragmentait le panorama en larges saynètes verticales. Difficile de se concentrer sur le travail du matin, quand tout l’invitait à sortir respirer l’air assaini de la capitale. La bouilloire ulula. Apollon poussa un soupir. Puisqu’Andrée ne s’était pas encore manifestée, il était temps de retourner écrire.
Même en veillant à passer par les archives – pour contourner largement le département des relations publiques –, regagner son bureau lui prit un peu moins de cinq minutes. Soit une pause totale d’un quart d’heure. C’était une durée convenable. Aujourd’hui, plus que d’ordinaire, il devait afficher sa motivation.
Pour un mardi, il n’y avait pas grand monde au troisième étage de Vert dur . Le large espace de travail cliquetait seulement du pianotage de quelques claviers en bois et du ronronnement des terminaux d’information. D’ici une heure, l’édition matinale du biquotidien de l’Écologie réelle connaîtrait sa première distribution. D’ici deux heures, sa chronique aux impertinences mesurées ferait sourire des dizaines de milliers d’abonné.e.s et militant.e.s convaincu.e.s. Au moment de s’asseoir à son pupitre, Apollon éprouva un fugace sentiment de satisfaction, immédiatement chassé par une bouffée de honte. Comment osait-il ressentir de la fierté, quand son fils était mort ? « Sébastien… » Il articula le prénom à voix basse, machinalement, et le mouvement de ses lèvres autour de ces trois syllabes lui fit mal. C’était comme de faire rouler une graine gâtée sur sa langue, sans pouvoir se décider à l’avaler. Il répéta le mot pour en décortiquer l’amertume. « Sébastien… Mon fils… » Était-ce cela, le chagrin de la perte ? Cette observation anesthésiée du vent dans les vêtements des passant.e.s ? Sa lente carcasse zigzaguant entre des collègues qui ignoraient tout de son drame ? Le décompte machinal de ses pas entre les bureaux ? Apollon n’en savait rien. Il se sentait lourd et figé, bloc pesant seulement ranimé par le thé brûlant. À l’orée du plateau des chroniqueuses, le cri enjoué d’une femme lui arracha un autre soupir douloureux.
« Salut les filles !
— Salut Carmen », ricochèrent quelques voix amusées derrière leur pupitre.
Carmen était la plaisantine du journal. Rédactrice en vue. Grande. Jeune. Carriériste. Séduisante. Pour toutes ces raisons, et parce qu’il était le seul homme de l’équipe, Apollon avait le devoir de rire chaque jour à ses boutades – parfois féroces. Le regard rivé sur son écran, il l’entendit approcher à pas rapides.
« Salut à toi, l’e-grec ! »
La blague de « l’e-grec » datait de son bizutage en tant que chroniqueur. L’administratrice lui avait attribué ce préfixe électronique pour vanner autant son prénom que son genre. Une chronique tenue par un mec – un quinqua – dans chaque édition de Vert dur , le...

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