Zoulag
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Description

Le plus grand fléau de tous les temps a tué un milliard de personnes. L’Humanité, pour la première fois de son histoire une et indivisible, s’en est sortie. En quête de réponses sur les mécanismes du mal, les autorités, conseillées par les scientifiques, décidèrent de la création de camps spéciaux où serait internée la lie de l’espèce humaine, quelques millions de Hyde étiquetés, pucés, étudiés par une élite de docteurs Jekyll.


Au nombre de trois, ces zoulags – contraction de zombies et goulags – ont été construits en zone arctique : en Finlande, en Sibérie et au Nunavut.


Ils ne tardent pas à faire l’objet de trafics, car ces monstrueuses créatures pourraient bien être la source d’un juteux business...

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EAN13 9782374537894
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Le plus grand fléau de tous les temps a tué un milliard de personnes. L’Humanité, pour la première fois de son histoire une et indivisible, s’en est sortie. En quête de réponses sur les mécanismes du mal, les autorités, conseillées par les scientifiques, décidèrent de la création de camps spéciaux où serait internée la lie de l’espèce humaine, quelques millions de Hyde étiquetés, pucés, étudiés par une élite de docteurs Jekyll.
Au nombre de trois, ces zoulags – contraction de zombie et goulag – ont été construits en zone arctique : en Finlande, en Sibérie et au Nunavut.
Ils ne tardent pas à faire l’objet de trafics, car ces monstrueuses créatures pourraient bien être la source d’un juteux business…


Stéphane Desienne est établi sur les bords de la Loire, le dernier fleuve sauvage d’Europe, dit-on. Il est féru de science-fiction depuis son plus jeune âge, influencé par le côté obscur des technologies, l’exobiologie, les thèmes liés à la survie.
Puisque dans le futur, tout peut arriver, ce n’est pas le pire qui provoque la terreur, mais son anticipation.
ZOULAG
Chroniques des jours d'après
Stéphane DESIENNE
Collection du Fou
1 re partie : Le syndrome finlandais
Nora Lund
Le convertible MV-22 s’éloigna du grand vaisseau dont la coque grise fendait les eaux froides du golfe de Botnie. L’aéronef se stabilisa à une vingtaine de mètres de distance du pont avant que les nacelles moteurs ne basculent progressivement de la verticale à l’horizontale. La transition du mode hélicoptère au mode avion produisit une accélération franche ainsi qu’une augmentation notable du volume sonore dans la cabine, obligeant les passagers à se munir d’un casque. L’appareil dépassa le navire qui transportait un millier de Marines puis s’inclina sur la gauche. Très vite, il grimpa à travers le ciel azur et mit le cap vers la côte.
Vers le nord.
Assise dans la zone cargo occupée par trois palettes de matériel, Nora Lund ne bougea pas d’un pouce durant la première demi-heure du vol. Ses yeux roulaient de droite à gauche et elle se maîtrisait pour ne pas rendre le contenu de son estomac lesté d’un café et d’un croissant. Elle attrapa son sac et fouilla dans l’une des poches avant. Elle en retira une petite bombe aérosol :
— Il paraît que la région pullule de moustiques, déclara l’homme à côté d’elle, d’une voix suffisamment forte pour couvrir le vrombissement des moteurs.
Les casques étant pourvus de micros, elle se demanda pourquoi il criait, elle l’entendait parfaitement bien. Il ne s’agissait pas d’un insecticide, mais de sa Ventoline, lui expliqua-t-elle après une longue inspiration du médicament.
— C’est habituel en été et puis nous sommes au pays des mille lacs. La Finlande peut se voir comme un gigantesque incubateur, un paradis pour ces satanées bestioles voraces, ajouta-t-elle ensuite.
Horace Trent la gratifia d’un sourire enjôleur, le même qu’il réservait à ses téléspectateurs.
— Si vous voulez mon avis, c’est un autre genre de bestiole vorace dont nous devrons nous inquiéter d’ici quelques heures.
— Je doute que de l’insecticide suffise à les tenir à distance.
L’appareil traversa un trou d’air. Les passagers se retrouvèrent un bref instant en chute libre puis leurs postérieurs s’écrasèrent sur l’assise aussi dure qu’une planche de bois.
Le célèbre présentateur sourit à nouveau. Son émission, Into the Wild , rassemblait chaque mois des millions de fidèles à travers le monde. Derrière sa figure de baroudeur se cachait sans doute un redoutable professionnel des médias. Un requin, avait-elle entendu dire sur une chaîne d’information concurrente. Il se sentait dans son élément.

L’aéronef hybride vira sur l’aile. Nora se cramponna à sa sangle. Au moins, elle n’avait pas vomi. Jamais elle ne s’habituerait aux voyages au-dessus du plancher des vaches, alors un appareil qui passait d’avion à hélicoptère en appuyant sur un simple bouton…
— Vous travaillez dans quel laboratoire, déjà ?
— Jean Mérieux. À Lyon.
— Le P4 ?
Nora hocha la tête.
Pour un cinéaste animalier venu de l’autre côté de l’océan, il semblait bien au fait. Ou alors, se dit-elle, il avait appris par cœur les notes rédigées par un membre de son équipe de dingues. Trois d’entre eux dormaient sur la banquette et elle se demandait comment ils pouvaient fermer l’œil dans un boucan pareil. Peut-être qu’ils s’étaient habitués au fil des aventures avec leur patron. Le quatrième larron de la bande gardait la tête penchée sur son ordinateur ultraléger. Vu qu’il n’en décollait pas le nez, elle le catalogua comme un nerd. L’écran jetait une lueur douce sur son visage d’ours et sur les verres de ses lunettes noires.
— Vous savez, dit Horace, je bosse avec ces types depuis des années. Tout va bien se passer.
Nora haussa un sourcil.
— C’est mon cinquième séjour au Zoulag Nord, mais c’est la première fois que je viens en été.
— Ah oui ?
— En hiver, le gel les paralyse, c’est moins dangereux pour effectuer des prélèvements. Durant la saison estivale, il est interdit de travailler sur le terrain.
— Je vois. À mon avis, s’ils ne bougent pas, c’est moins drôle, répondit Horace avec une pointe d’amusement.
Les caméras aimaient le mouvement, les pulses d’adrénaline que l’animateur producteur espérait transmettre au téléspectateur avachi au fond de son canapé. C’était sa marque de fabrique, insuffler un tourbillon à même de sortir un mort de sa torpeur.
— Vous avez peur, Miss Lund ?
— Je les préfère quand ils restent figés.
— Vous n’avez aucune raison de vous en faire. Je bosse avec mon équipe depuis des années et on a connu des tournages plus difficiles que celui-ci.
L’animateur-producteur quitta son siège. Nora leva les yeux vers lui. Il avait une allure de bûcheron canadien et le visage d’un surfeur australien. L’ensemble était censé projeter une aura d’assurance, voire de séduction.
— Tout va bien se passer, lui promit-il, le sourire impeccable.
Willkommen in Nord Zulag
Le MV-22 atteignit sa destination après un vol sans histoire de quarante minutes. L’appareil se présenta au seuil de la piste de la base aérienne de Rovaniemi puis réalisa sa transition du mode avion au mode hélicoptère avant de se poser comme une fleur. Après un roulage jusqu’au terminal réservé aux forces armées, il s’arrêta, et le vrombissement qui avait vrillé les oreilles pendant près d’une heure cessa enfin. Nora se dessangla immédiatement et attendit, en trépignant d’impatience, que s’abaisse la rampe cargo. Un trait de lumière se dessina dans le fond puis s’élargit, laissant entrer un flot aveuglant qui la força à plisser les yeux. Elle sourit malgré la gêne : à chaque fois, elle vivait l’instant comme une petite libération.
Un homme en uniforme impeccable les accueillit. Les ailes sur sa poche poitrine indiquaient qu’il était aviateur. Un drapeau allemand ornait son épaule gauche, juste au-dessus de son écusson d’unité.
Il leur souhaita la bienvenue sur un ton enthousiaste :
— Willkommen in Nord Zulag . Je suis le colonel Hans Dieter Faulken, votre officier de liaison de l’Union européenne, expliqua-t-il, brièvement. Les Finlandais mettent cette base à notre disposition, mais ils restent bien entendu les maîtres chez eux.
— Moi et mon équipe sommes ravis d’avoir l’autorisation de réaliser ce reportage, lui répondit Horace Trent.
Le visage de Faulken s’illumina quand il serra la main de l’animateur vedette.
— Quand Bruxelles m’a annoncé que vous projetiez de venir ici, je n’y ai pas cru ! Et maintenant, vous voilà en chair et en os !
Reconnaissant un fan de son émission, le baroudeur se permit une tape amicale sur le dos du militaire de carrière.
— Moi non plus, je n’y croyais pas, mon colonel. Enfin, toute la paperasse est finalement réglée et comme vous le dites, nous sommes là ! Donc, vous êtes notre chaperon, si je comprends bien ?
— Mon rôle se borne à m’assurer que vous ne manquiez de rien, que vous ne vous perdiez pas. Et surtout, qu’aucun de vous ne se fasse tuer. Cela étant, il faudra vous plier aux usages en vigueur.
Nora avait décidé de rester en retrait. Elle avait déjà subi le numéro que les militaires réservaient aux personnels fraîchement débarqués pour leur expliquer qu’ici, ce sont eux qui commandent. La chaleur et la luminosité la surprirent, elle qui avait l’habitude d’arriver au milieu de la nuit arctique dans une ambiance de congélateur. Si elle reconnaissait les lieux, elle peina à retrouver ses marques, perturbée par le sol gris, la forêt verdoyante et les pelouses gorgées de chlorophylle. Pas une trace de glace, ni de blanc immaculé. La base avait troqué son manteau de nacre pour ce vert presque clinquant.
La petite troupe passa devant des hangarettes d’où dépassaient les museaux effilés d’appareils de chasse de l’ Ilmavoimat , l’armée de l’air finlandaise.
— Les Finlandais gardent quatre F-18 en alerte à quinze minutes. On peut les scrambler H24, sept jours sur sept.
— Et ces réservoirs, demanda un membre de l’équipe, c’est pour l’essence des avions ?
— Ce ne sont pas des réservoirs, mais des bidons de Napalm-B, révéla simplement Dieter. En cas de problème, on n’a pas vraiment le temps de faire dans le chirurgical.
Il n’avait pas besoin d’en dire davantage.
À chaque information fournie par le colonel, Horace hochait la tête en souriant. Il calculait sans doute déjà de quelle manière les exploiter, pensa Nora. Tous ces détails dramatiques seraient ajoutés au montage.
Peut-être qu’il imaginait un petit bombardement du plus bel effet dans la bande-annonce, mais la chaîne n’autoriserait probablement pas ce genre de dépassement de budget.

Dieter les emmena dans un bâtiment flambant neuf, à l’entrée flanquée par un drapeau européen et le Siniristilippu – littéralement, le Drapeau à la Croix Bleue. Outre les machines à café, les locaux ultramodernes proposaient l’éventail de service qu’affectionnaient les techniciens des médias.
— On dispose d’un accès broadband à cent gigabits par seconde, déclama fièrement le colonel. Vous pourriez envoyer vos rushs à l’autre bout de la planète avant même de finir de sucrer votre café.
L’équipe de Trent se montra impressionnée. Sauf qu’ils ne l’étaient pas. Ils jouaient la comédie, comprit Nora lorsque le barbu qui n’avait pas quitté son notebook durant le vol lui adressa un clin d’œil. Il était important de se mettre les militaires dans la poche puisqu’ils détenaient les clefs de la base.
— Nous sommes ravis par votre accueil, mon colonel, partagea un Horace très à l’aise dans son rôle de séducteur.
Après avoir déposé les sacs dans une pièce voisine, chacun trouva un fauteuil dans la vaste salle de briefing aménagée à la manière d’un petit amphithéâtre de faculté. L’officier salua un soldat qui se tenait au garde-à-vous devant la porte de la cabine qui surplombait les gradins.
— Nous allons débuter par une présentation générale, fit alors Faulken.
L’homme entra dans la loge et s’installa devant ses moniteurs. De là, il pilotait l’informatique reliée à un écran géant pour l’heure occupé par un logo de l’UED. Nora prit place à l’extrémité de la troisième rangée de fauteuils. Elle fut rejointe par le nerd au notebook.
— Je m’appelle Jerry, lui dit-il en tendant une main. Puis-je ?
Elle ramena ses jambes pour le laisser passer et prendre place à sa droite.
— J’espère que le cours de propagande européenne ne va pas durer, poursuivit-il.
La scientifique se contenta d’un vague hum, hum accompagné d’un sourire forcé. Puis la luminosité baissa.
— Comme vous le savez tous, plusieurs zoulags ont été construits à des fins de recherche scientifique. Celui-ci a été bâti sur le territoire de l’Union européenne à la fin de la pandémie, introduisit Faulken depuis un étroit pupitre à peine visible dans la pénombre.
Au fur et à mesure qu’il déroulait son discours, les images du chantier défilaient à l’écran, appuyant la thèse d’une entreprise titanesque qui avait occupé des milliers d’ouvriers et mobilisé beaucoup d’énergie.
— La zone interdite couvre un quadrilatère de soixante-dix kilomètres de côté, délimité par un mur de béton armé de cinq mètres de haut surmonté par un grillage électrifié de trois mètres. Un fossé de six mètres de profondeur sur dix de large empêche quiconque de s’y introduire. Des miradors électroniques ont été édifiés tous les cent mètres. Les approches sont minées sur près d’un demi-kilomètre et des robots sentinelles soutenus par des drones aériens surveillent chaque parcelle de terrain. Comme vous l’avez constaté en arrivant, nous disposons de chasseurs de l’armée de l’air finlandaise et un bataillon de forces spéciales est cantonné à l’autre bout de la piste. Une force amphibie avec plus d’un millier de soldats patrouille en permanence dans la mer Baltique, prête à intervenir en cas de brèche dans le périmètre.
Ils écoutèrent poliment la litanie de chiffres ronflants et de superlatifs énoncés dans un style purement militaire. Un seul détail fascina l’auditoire :
— Zoulag Nord contient actuellement près d’un million deux cent mille infestés.
Nora sentit Jerry se raidir à côté d’elle. Cela donnait à réfléchir. Son boulot, avec ses coéquipiers, consistait à envoyer son patron au milieu de ce camp où zonaient plus d’un million de prédateurs encore plus féroces, plus déterminés qu’une horde de lions affamés. En plus, ils ne mouraient pas. Ils étaient déjà morts.
Et Nora Lund avait accepté de l’accompagner.
Préparatifs
Après un voyage éprouvant, l’exposé les avait presque achevés. Le colonel les conduisit à leurs quartiers, un immeuble de deux étages. Une aile complète leur avait été attribuée au deuxième et les dortoirs paraissaient confortables, bien que spartiates. Militaires en somme. En sa qualité de femme, Nora bénéficiait d’un régime d’exception : elle séjournerait seule dans une chambre séparée. À peine avait-elle posé son barda que Jerry glissa sa tête d’ours dans l’encadrement de la porte :
— On va déballer les palettes de matériel au hangar. Tu nous rejoins ?
— Plus tard, je… J’ai besoin de me débarbouiller.
— Pas de souci.
Il paraissait avoir fait sien l’adage : Il n’y a jamais de problème, que des solutions . Ça l’agaçait.
Elle sortit le téléphone mobile de sa poche pour composer un message qu’elle hésita à envoyer. Il n’y aurait pas de retour en arrière. Elle pressa la touche Envoi et posa l’appareil sur la table de chevet. La chambre possédait un coin toilette. Un abus de langage pour désigner un simple lavabo surmonté d’un petit miroir qui lui renvoya sa mine maussade. Elle écarta ses mèches poisseuses avant d’ouvrir le robinet pour s’asperger le visage.
Elle repensa au Zoulag. Au million d’âmes infestées.
Avec quatre-vingts pour cent de la population mondiale concentrée dans les villes, la pandémie avait emporté deux milliards et demi de personnes en un temps record. Le fléau le plus meurtrier, le plus rapide de toute l’histoire. Le genre humain devait son salut à une équipe médicale canadienne. Sans leur découverte, ils y passaient tous. De la plus horrible des manières, dans un purgatoire de râles et de grognements éternels.
Elle se redressa, fronça les sourcils, ce qui eut pour effet de creuser sa peau grassouillette. Son problème de poids , comme disait sa mère, provenait pour partie du stress, d’une mauvaise alimentation, de l’héritage génétique, de la frustration liée aux déceptions amoureuses à l’adolescence. En quelles proportions ? Impossible à déterminer, ou alors il aurait fallu qu’elle devienne le cobaye de sa propre étude. Sur le plan scientifique, la démarche n’avait aucune valeur et elle aurait refusé que quelqu’un d’autre mène ce genre de travail. La seule solution consistait à vivre avec ce surplus de plis et de graisse qu’elle camouflait sous des vêtements amples. N’en déplaise à sa mère, une survivante de la guerre contre les Z qui avait donné naissance à Nora en plein chaos, au fond d’une cave éclairée par une bougie.
Nora s’allongea sur le lit. Elle ferma les yeux un instant.

Lorsqu’elle les rouvrit, elle se sentit déphasée. Comme si elle avait dormi trop longtemps ou qu’elle descendait d’un avion.
— Merde ! s’écria-t-elle en jetant un œil à peine ouvert sur son smartphone.
En quatrième vitesse, elle quitta sa chambre et dévala les escaliers. À l’extérieur, elle croisa deux troufions en tenue de mécano. Peut-être qu’ils bossaient avec l’équipe de Trent.
— Je cherche le hangar…
— Ah ! Vous êtes avec les types de la BBC Reboot ? Ils sont au numéro cinq. Vous ne pouvez pas le manquer, il y a un gros hélico juste devant.
— Merci.
Nora se précipita vers l’allée qui menait au tarmac, la tête enfoncée entre ses omoplates. Avec ses bâtiments bas, à l’exception de la tour de contrôle, l’immense base aérienne se fondait dans ce décor bucolique de taïga estivale. Au loin, des silhouettes s’affairaient autour de deux avions de transport. Le problème avec ce genre de site, c’étaient les distances. Le hangar cinq se trouvait plus loin que la rangée des chasseurs finlandais prêts à décoller. En habituée des lieux, elle portait des chaussures de marche confortables. Cela ne l’empêcha pas de grommeler.
L’hélicoptère semblait plus gros que celui qu’ils avaient pris pour venir jusqu’ici. Sur le fuselage, elle releva les marquages allemands : une croix noire à liserés blancs entre deux numéros. La machine aurait pu avaler des dizaines de soldats par la porte-cargo. Mais pour l’heure, elle restait vide, nota-t-elle en jetant un œil à l’intérieur. Le hangar avait été presque entièrement fermé. Une tête familière surgit entre les deux portes monumentales.
— Ah ! La Belle au Bois dormant est enfin réveillée.
Sur le coup, elle éprouva l’envie d’envoyer paître Jerry avec son regard de geek suffisant caché derrière ses épaisses montures noires. Elle se contenta d’une grimace et se glissa dans le nid attribué à la production.

L’émission d’Horace Trent consommait des ressources qu’aucun spectateur sur son canapé n’aurait soupçonnées. Nora en resta bouche bée.
D’où sortaient tous ces gens ?
Au milieu du hangar, la table d’un banquet audiovisuel avait été dressée pour une cinquantaine de techniciens, estima-t-elle. Derrière chaque écran ou presque se tenait une personne équipée d’un casque avec micro. Des câbles couraient sur le sol au point qu’elle devait faire attention où poser ses pieds. Les armoires, les malles ouvertes débordaient de matériel électronique. Le long du mur de droite, des maquettistes s’affairaient sur les caméras camouflées, les petites stars de l’émission. Trent les adorait. Les prédateurs aussi. En général, plusieurs d’entre elles finissaient leur carrière médiatique entre les crocs d’un fauve, fracassées par les pattes d’un grizzly ou bien dans l’estomac d’un requin. Le présentateur s’en amusait et n’hésitait pas à en rajouter au montage.
Horace se détacha du groupe pour l’accueillir.
— Impressionnée ?
— Je croyais que vous travailliez avec une équipe réduite.
— D’habitude, c’est le cas.
Elle haussa un sourcil, nerveuse. Toutes ces personnes préparaient-elles une émission exceptionnelle ? Un numéro spécial ? Anniversaire ?
— Quelque chose à fêter ?
— En quelque sorte, lui sourit-il en la prenant par l’épaule. Mais d’abord, nous devons faire un essai.
— Un essai ?
— Oui, puisque vous allez m’accompagner, vous devrez parler à une caméra.
— Je sais, répondit-elle d’un air qui se voulait rassurant.
— À l’aise avec ça ?
— Je me débrouille.
Elle détestait laisser un message sur un répondeur et dialoguer avec une interface vocale lui filait de l’urticaire. Dans un laboratoire de niveau P4, elle n’avait cependant pas le choix : seuls les machines et les robots touchaient la matière vivante. Elle opérait en sécurité derrière des carreaux bien plus épais que ceux de Jerry et parlait à un ordinateur qui transmettait ses commandes. Elle devait les répéter deux fois afin que ne subsiste aucune ambiguïté sur l’ordre donné. À la longue, c’était épuisant.
Ils contournèrent l’étal d’écrans digne de la salle de lancement de la NASA, puis empruntèrent des escaliers métalliques. Vu d’en haut, le spectacle lui évoqua la préparation d’une invasion ou d’une guerre. La plupart des gens portaient des treillis, réalisa-t-elle soudain.
Sur la passerelle, une maquilleuse à la peau foncée se présenta au duo.
— Je peux… éviter la séance de torture ? tenta Nora.
— Charlize va vous préparer, fit Trent. Tout le monde passe entre ses pinceaux et ses plumeaux. Même pour un essai. On utilisera les rushs exploitables pour l’introduction de l’émission.
Pendant que la jeune femme d’origine indienne lui redonnait une allure féminine, voire sexy, Nora pensa à sa mère. La verrait-elle sur les réseaux ou sur un écran, quelque part ? Sa fille en compagnie de la star du documentaire animalier. Horace Trent s’était fait un nom, une réputation internationale. Il ne lui manquait qu’un accessoire, un bonnet rouge. Comme Cousteau, avait osé un éditorialiste. Qu’aurait songé ce pionnier de tout ce cirque ?
Elle lâcha un soupir.
— Évitez de bouger s’il vous plaît, lui sourit Charlize en agitant son plumeau sous son nez.
Nora se retint d’éternuer. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui faisait défaut. Elle aurait voulu abréger la séance.
— Ne perdez pas de temps, je suis comme je suis.
— Sans doute, rétorqua la professionnelle qui ne se départait pas de sa bonne humeur, mais nous sommes tenus de respecter le code.
— Le code ?
— Oui, le directeur artistique est très pointilleux à ce sujet. Mais ne craignez rien, les types des effets spéciaux vont vous rendre sexy en diable. Je suis surtout là pour préparer le terrain, je mets en place une base solide.
Elle lui adressa un clin d’œil. Nora déglutit.

— Bonjour, je… euh… je suis Nora Lund, je… euh, travaille dans un laboratoire. Euh. À Lyon. C’est… en France.
— Coupez !
Horace se tenait la tête en soupirant. Elle pouvait lire les mots inscrits sur son visage et elle était d’accord : ce n’était pas gagné. Un réalisateur se précipita vers elle.
— Vous ne pouvez pas parler comme ça !
Puis il se tourna vers Trent :
— Bordel ! Elle a l’air d’une prof de sciences demeurée devant sa première classe au lycée.
— J’ai le trac. Tout ce monde, ça me bloque.
— C’est bien ce que je disais. Ça ne va pas le faire. Trent, il faut qu’on discute !
Le présentateur baroudeur échangea quelques mots avec le réa puis il revint vers Nora. Assise sur une chaise qu’elle serrait aussi fort qu’elle le pouvait, elle osa à peine affronter son regard.
— Vous avez dit que vous vous débrouilliez ?
— J’ai donné des cours à distance et… je sais parler à un robot de laboratoire.
— Je vois.
Il se gratta la nuque. Trop tard pour changer les plans. Et elle lui avait été imposée par l’Union européenne. Sinon, jamais il n’aurait obtenu l’autorisation de tournage. Il n’avait pas le choix.
— Un robot de labo, vous dites ?
— Oui. Je doute que vous en trouviez un ici. Le plus proche doit être à Helsinki.
En un été de cauchemar, la ville avait été mise à sac durant la pandémie, elle n’était pas certaine de l’exactitude de son affirmation que Trent ignora de toute manière.
— Jerry !
L’ours geek leva la tête de derrière son notebook.
— J’ai peut-être une idée, boss.
Jerry s’approcha d’elle. Nora fronça les sourcils lorsqu’il enleva ses lunettes pour les lui tendre.
— Elles ne sont pas ordinaires.
Que voulait-il dire par là ?
— Mettez-les et je vous renvoie chez vous. Quel est votre endroit préféré à Lyon ?
Elle saisit la monture, la tourna entre ses mains pâles et aux ongles coupés court.
— Je… J’aime bien me balader à l’île Barbe.
— Parfait. Vous allez marcher dans ce cas.
Trent hocha la tête à l’intention du geek puis interpella un cameraman :
— Phil ?
— Je peux la suivre à la steady, sans problème.
— Et le décor ?
— Comme le reste, on maquille et on habille en post-prod numérique.
— Super. Alors, on y va. Nora ?

À l’idée de chausser les lunettes de l’ours à la barbe broussailleuse et la peau transpirante, son estomac protesta. Son esprit scientifique se mit à estimer le nombre de microbes collés sur les branches en plastique. Elle ravala sa salive. Tous l’observaient. Si elle ne voulait pas passer pour une sorte de pestiférée, elle devait se plier aux règles. Un frisson la parcourut en glissant la monture sur son nez.
Devant ses yeux, un univers familier apparut comme par magie. Un écrin de verdure, un carré d’azur, un pont de briques.
Il suffisait de le traverser pour mettre le pied dans un endroit où le temps semblait suspendu, comme arrêté avant la pandémie. Pendant les événements, l’île avait servi de refuge à une poignée de survivants, dont sa mère. Ils avaient dynamité le pont qui enjambait la Saône.
Après la grille, Nora se retrouva sur une place. En face, elle reconnut le bâtiment aux volets rouges.
— Vous allez bien ? s’enquit Trent.
— C’est dingue… Comment vous avez fait ?
— Jerry est un programmeur exceptionnel.
Le petit génie de la bande apporta un éclairage plus académique sur son art.
— La presque quasi-totalité de la planète a été mappée pour les applications de géolocalisation et…
Le patron l’interrompit :
— J’aimerais qu’on se concentre sur le boulot. Les explications peuvent attendre.
— Oui. Bien sûr.

— Je m’appelle Nora Lund, je suis spécialiste des maladies infectieuses au laboratoire de haute sécurité Jean Mérieux de Lyon. En France. Mon travail concerne l’analyse, le classement et le traitement des variantes du virus Z (B1)…
Étrangement, parler de l’horreur au milieu d’un endroit où elle avait passé la majeure partie de son enfance lui parut plus facile. L’interview comprenait une série de questions visant à l’introduire auprès des téléspectateurs. Ils devaient savoir qui elle était. La manœuvre consistait également à lui coller l’étiquette de la scientifique de l’émission, d’apporter la caution de l’expert. Ce point important figurait dans le cahier des charges de la production. En visionnant les premiers rushs de la post-prod, Nora eut un mouvement de recul.
— C’est… C’est moi ?
— Ouais, fit le spécialiste de la retouche. Je n’ai pas le diplôme, mais je pourrais être chirurgien esthétique. Ça vous plaît ?
Même sa mère ne le reconnaîtrait pas. Le technicien avait renforcé les boucles de cheveux, un brin épaissis pour donner davantage de volume. Il avait aussi réduit ses pommettes, enlevé quelques plis de graisse, affiné sa silhouette, assombrit sa peau d’un ton. Ses lèvres lui semblèrent plus… pulpeuses. Presque sexuelles.
— Toutes les mesures sont entrées dans votre profil. Dès que vous apparaîtrez à l’écran, les logiciels vont appliquer ces modifications en quasi-temps réel. On effectuera les autres retouches à la volée. Il est important que les spectateurs vous aiment sans oublier ce que vous êtes. Nous pensons que vous devriez porter ceci.
Il ouvrit une boîte contenant une paire de lunettes noires à verres fins, le genre intello et stylé.
— Des lunettes ?
— L’accessoire symbolise la fonction, comme la baguette du magicien ou le flingue du policier. C’est une sorte de rappel constant à l’écran.
— Je vois, soupira-t-elle. Je croyais que vous feriez tout ça au montage. Plus tard.
Le technicien esquissa une moue, gêné sans doute. Trent l’entraîna à l’écart.
— Il s’agit d’une émission exceptionnelle. La première que nous réaliserons en direct.

En direct.
Voilà qui expliquait un tel débarquement de matériel et de personnes. Plus d’un million d’infestés hantaient le Zoulag Nord. Tant de choses pouvaient mal se passer. Ils prenaient des risques insensés pour un reportage en direct.
— Des centaines de milliers de fans vont s’abonner sur le canal payant pour suivre l’aventure minute par minute. Nous avons déjà signé avec les grands réseaux : China Commercial TV, GloboVision, Zombie Broadcasting Network, America First…
— Il avait besoin de me rendre aussi…
— Sexy ?
— Oui. Je suis comme je suis. Cette pin-up, ce n’est pas moi.
Combien de fois avait-elle dit ces mots à sa mère ? Elle qui ne prenait jamais un gramme même après s’être empiffrée – ce qui, le reconnaissait-elle volontiers, lui arrivait rarement.
— Écoutez, je vais être franc avec vous. À l’origine, j’avais demandé à travailler avec Hélène Portalier.
La professeure Portalier, blonde, élancée, souriante, collait davantage à l’archétype de la scientifique sexy à qui l’on pouvait proposer de porter une taille 38 seyante. Elle avait décliné l’offre de Trent pour des raisons personnelles.
La vedette voulait les meilleurs et Nora occupait la seconde place d’une très courte liste.
— Je comprends.
— Non, vous ne comprenez pas. Il y a certes des millions en jeu dans cette émission, mais pas seulement. Les temps sont mûrs, Nora. Maintenant, les gens ont envie de savoir ce qui se passe dans les zoulags. Ils sont prêts à voir les images de l’intérieur de ces camps, à faire face à leurs démons. Nous en sommes à l’étape où nous possédons le recul nécessaire. Nous sommes en train de guérir de ce fléau.
Elle en convenait : il y a encore cinq ans, un tel show n’aurait jamais été monté, ni accepté par les autorités. Les zoulags demeuraient des no man’s land, au sens strict du terme. La civilisation avait scellé des tombeaux. Jusqu’ici, les humains préféraient ne pas savoir, même s’ils en comprenaient l’utilité scientifique. Ces incubateurs à ciel ouvert offraient la possibilité d’étudier les mutations, les évolutions d’une maladie qui avait failli emporter le monde entier.
— C’est pour ça que vous êtes là, Nora. Vous êtes la porteuse d’un message. Je ne suis que… le clown de service, rien de plus. Les gens m’adorent, mais l’important c’est ce que vous leur direz. Réfléchissez-y.
Il lui mettait la pression. Ses épaules s’affaissèrent légèrement sous le poids de ces paroles. Pourquoi la poussait-il de cette manière ?
Le flap-flap caractéristique d’un rotor se fit entendre, interrompant la conversation. Le grondement se réverbéra à l’intérieur du hangar qui possédait une acoustique de cathédrale. Les personnes sur le plateau tournèrent la tête vers les hautes portes. Trent afficha un air ravi.
— Ah, voilà une nouvelle livraison. Venez, je vais vous montrer où on va passer du bon temps ensemble, en tête à tête. Vous n’imaginez pas le nombre de fans qui rêveraient d’un tel privilège.
La baignoire
Nora se contenta d’esquisser un demi-sourire et suivit l’aventurier à l’extérieur. La majeure partie du staff les imita et tous convergèrent jusqu’à un coléoptère de métal et de carbone dont les turbines sifflaient encore. Les pales généraient un flux d’air puissant qui maintint la foule à distance jusqu’à ce que, les moteurs coupés, elles s’immobilisent lentement. L’arrière de l’appareil s’ouvrit et deux hommes avec un treillis bleu siglé BBC Reboot en descendirent. Trent se porta à leur rencontre. Jerry se faufila à côté de Nora.
— La pièce maîtresse de l’émission, lui fit-il. Entre nous, on l’appelle la baignoire.
Elle répondit par un pincement de lèvres. Que lui voulait le geek ? Avait-il pris plaisir à la voir transformée en pin-up pour des millions de téléspectateurs ?
— On a amélioré le système, un verre moins épais, moins lourd et plus résistant.
L’extrémité d’une caisse émergea de la zone cargo et glissa lentement sur une remorque. Les techniciens surveillaient le transfert avec la même attention que s’il s’agissait d’une pièce de musée. En quelque sorte, elle l’était. La baignoire symbolisait à elle seule l’émission. Une star à part entière.
— Elle est plus grande, j’imagine. Plus confortable.
Jerry se mit à rire.
— En fait, nous avons réduit ses dimensions. Les études ont montré que les gens voulaient voir Horace dans une cage plus petite.
Nora déglutit.
— Vraiment ?
— Je crois qu’une partie de ses fans aimeraient qu’il se fasse bouffer pour de bon. Mais ça n’arrivera jamais, on veille au grain.
La scientifique médita sur ces paroles en regardant le précieux chargement parcourir les quelques dizaines de mètres jusqu’au hangar. Horace la prit par les épaules. Elle sursauta.
— Ma chère Nora, demain, vous et moi nous serons enfermés dans une boîte de verre de trois mètres de long sur un mètre quarante de haut, au milieu d’un million d’infestés. Pendant deux jours. Si vous me permettez un conseil : rentrez vous reposer. Vous aurez besoin de toutes vos forces.
 
Sur son lit, Nora comptait les minutes en fixant le plafond qu’illuminait avec une régularité de métronome un projecteur installé au sommet d’un mirador. Le cercle éclatant se déplaçait durant quelques instants avant de s’évanouir puis de revenir une demi-minute plus tard. L’effet hypnotique n’y faisait rien : le sommeil se refusait à elle.
Elle se tourna sur le côté, son regard paressa vers l’écran de son téléphone portable éteint. Elle résista à l’envie de l’allumer pour lire l’heure, une énième fois. À quoi bon ? Il ne s’était probablement pas écoulé assez de temps. À la place, elle se leva, enfila un sweater ample et un jogging, un code vestimentaire dénué de sex-appeal, mais c’était sans importance. Elle quitta sa chambre avec pour objectif de se rendre à la cafétéria du rez-de-chaussée et dénicher quelque chose à manger. Dieter avait insisté, ils étaient comme chez eux. Alors, elle ne se fit pas prier.
La manière dont l’insomnie déclenchait sa fringale demeurait obscure. Les expéditions nocturnes vers le réfrigérateur avaient constitué une part de sa vie d’adolescente – pas la meilleure – et un sujet de discorde récurrent avec sa mère.
— Mais bon sang ! Arrête de bouffer ! lui lançait-elle d’une voix nasillarde portée par ses cinquante-sept kilos.
Puis un jour, Nora avait abandonné la lutte. Sa mère aussi par la même occasion. Elle avait fait d’une pierre deux coups en espérant changer son existence. En un sens, elle y était parvenue. Le miroir renvoyait toujours la même silhouette enveloppée, mais l’esprit qui animait sa chair avait évolué ; il s’était affûté jusqu’à atteindre un Everest de compétence. Ses pairs la reconnaissaient pour ses qualités et elle avait gagné leur respect. Après des années.
Pourquoi cela ne fonctionnait-il pas avec sa mère ?
Nora referma la porte du frigidaire et remonta se coucher.
 
La pandémie avait changé le monde. Définitivement.
Il y avait un avant, et un après radicalement autre. Les équilibres passés avaient été balayés par le chaos. Les anciennes zones d’instabilité devenaient des centres de prospérité. Partout sur la planète, les foyers urbains avaient souffert et finalement, les régions autrefois abandonnées avaient retrouvé une nouvelle vigueur. Nora aimait la campagne. Être loin de Lyon. C’était pour cela qu’elle se portait souvent volontaire pour accompagner les experts internationaux chargés des prélèvements au Zoulag Nord. En hiver, ce coin du nord de la Finlande lui apparaissait encore plus beau, tout de blanc revêtu. Si blanc… Si propre. La scientifique en elle appréciait cela : la propreté, l’ordre, chaque chose occupant sa place. Elle se leva de bonne humeur. Après un court passage devant le minuscule lavabo, elle descendit au réfectoire.
— Ah ! fit Trent une tasse de café à la main, la voilà !
Nora adressa un sourire à toute la bande. Même à Jerry, qui lui répondit d’un clin d’œil alors qu’il se servait copieusement en pancakes. À cause du climat rigoureux, la gastronomie finlandaise se basait sur des aliments peu raffinés, mais très énergétiques. Sauf qu’on était en été. Et que l’équipe de BBC Reboot avait amené ses propres cantines. Nora se contenta d’un café.
— Vous devriez manger, conseilla l’animateur vedette.
— Pas faim.
— Croyez-moi, vous allez avoir besoin de forces.
— J’ai de la réserve, plaisanta-t-elle en tapotant le haut de sa cuisse.
Trent fronça les sourcils dans le but de la faire changer d’avis, mais elle tint bon.
...

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