De la mort à la vie
154 pages
Français

De la mort à la vie

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154 pages
Français

Description

Maître-instructeur du corps aérien de l'armée navale japonaise de Wonsan, en Corée du Nord, Ogawa Kikumi (1926-2004) est nommé kamikaze le 15 juin 1945. À peine âgé de dix-huit ans, il doit lutter contre l'effroi que fait naître en lui le destin auquel il vient d'être condamné. Cependant, il échappe à la mort grâce à une pluie continue qui, durant les deux jours précédant la capitulation de l'archipel, empêche son avion de décoller. Un demi-siècle plus tard, l'homme décide de témoigner : des souvenirs qui, écrits à la hâte et destinés à ses proches, ne seront jamais publiés. Souhaitant lui rendre hommage, sa famille désire aujourd'hui les partager.

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Informations

Publié par
Date de parution 02 octobre 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140101465
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ogawa Kikumi
Delamort à la vie Souvenirs d’un pilote de Zero
Mémoires traduits du japonais et présentés par Ogawa Hiroko
Préface de Constance Sereni
De la mort à la vie Souvenirs d'un pilote deZero
Lettres japonaises
Collection dirigée par Jérôme Pace
La collection « Lettres japonaises » a pour intérêt la littérature japonaise ; elle accueille aussi bien des traductions d’œuvres contemporaines, que des éditions commentées d'ouvrages plus classiques. Destinée, avant tout, à permettre la diffusion auprès du grand public de travaux universitaires portant sur la littérature japonaise, cette collection a également pour vocation de rappeler la richesse et l'importance des liens d'amitié entre les cultures française et japonaise.
Parution
Tourbillon, Ueda Bin,traduit du japonais par Ogawa Hiroko.
Ogawa Kikumi
Traduit dujaponais parOgawa Hiroko
De lamort àla vie
Souvenirsd'un pilote de Zero
Préfacede Constance Sereni
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13337-9 EAN : 9782343133379
PRÉFACE
 Le 25 octobre 1944, les marins états-uniens du porte-avions d’escorteSt Lo sont les premières victimes d’une toute nouvelle tactique de la Marine impériale japonaise. Devant leurs yeux effarés, des avions japonais se jettent à grande vitesse en direction du pont de leur navire. L’un d’eux, unZeroporteur d’une bombe de 500 kg, s’écrase sur le magasin de munitions du bâtiment et explose, provoquant de terribles dégâts. LeSt Locoule, emportant presque 150 hommes avec lui. C’est la première attaquekamikazede la guerre.  Les États-Uniens comprennent vite qu’il ne s’agit pas là d’un accident ou du geste désespéré d’un pilote dont l’avion serait trop endommagé pour voler. C’est une action délibérée, une attaque-suicide, qui implique forcément la mort du pilote. Cependant, ce que ces marins ignorent alors, c’est que ces avions faisaient partie d’une unité formée depuis quelques jours par le vice-amiral Ônishi Takijirô (1891-1945), une « unité d’attaque spéciale » (tokkôtai). Un des officiers d’Ônishi, Inokuchi Rikihei, lui a donné un nom poétique :Shinpu, le vent divin. Les caractères peuvent aussi se lire d’une autre façon :Kamikaze. C’est cette lecture que choisissent, par erreur, les médias japonais d’alors, et le nom que l’histoire retiendra.  Dès le début, les Alliés s’interrogent sur cette tactique inédite, et les malentendus et les contresens abondent. Pour certains, ce serait la manifestation du fanatisme insensé des Japonais, défendant la patrie et l’empereur jusqu’à la mort telles des machines sans âme. D’autres, au contraire, imaginent qu’il a dû falloir droguer ces pilotes ou les menacer de mort, voire les attacher à leur poste de pilotage, pour les forcer à se sacrifier ainsi. Aujourd’hui encore, ces stéréotypes restent vivaces. On utilise, par exemple, souvent en France le terme « kamikaze » pour décrire les attaques terroristes des djihadistes, ce qui fait bondir l’opinion publique japonaise. La problématique deskamikaze japonais est bien différente. Pour eux, aucune récompense dans l’au-delà, aucun salut religieux. Certes, leur nom sera ajouté à celui des âmes
vénérées au sanctuaireshintôYasukuni, mais il s’agit d’une maigre consolation. Il s’agit avant tout d’une tactique militaire, certes cruelle, mais choisie par pragmatisme et non par fanatisme religieux ou idéologique. Et surtout, les cibles deskamikazejaponais étaient purement militaires, et choisies avec soin. On est loin des terroristes massacrant des civils sans discrimination.  En octobre 1944, le Japon est exsangue. La marine vient de subir une défaite cuisante lors de la bataille de la mer des Philippines les 19-20 juin 1944, perdant presque tous leurs appareils et un tiers des porte-avions engagés. Il ne lui reste que quelques miettes de son aéronavale, qui en 1941 était l’une des meilleures du monde. Devant ce constat, plusieurs officiers, indépendamment, ont l’idée qu’il serait possible de maximiser l’impact des appareils et des hommes restants en les transformant en bombes humaines, mais jusqu’ici l’état-major n’a pas voulu choisir cette option. Il a malgré tout déjà autorisé la mise au point d’engins exclusivement destinés aux attaques-suicides, des bombes humainesÔka», et les torpilles pilotéesfeuille de cerisier , ou « Kaiten (« »), qui sont en cours derenversement du sort développement depuis la fin de l’été, mais n’ont pas encore été déployées.  C’est Ônishi Takijirô qui restera dans l’histoire comme le premier à appliquer réellement cette tactique. Il est chargé de permettre à la flotte japonaise de contrer, avec le peu de moyens qui lui reste, la puissante flotte états-unienne qui doit permettre au général Douglas MacArthur de reprendre les Philippines. Pour avoir une chance, il faudrait profiter d’un effet de surprise, et donc supprimer les avions états-uniens qui seraient susceptibles de repérer les navires japonais, avec une poignée d’appareils et une poignée d’hommes. Le calcul est simple : c’est certes envoyer ses hommes à une mort certaine, mais un avionkamikaze peut potentiellement à lui seul détruire un porte-avions.  Or la première missionkamikazetrouve effectivement une cible de choix, leSt. Lô, et parvient à le couler. Si ce résultat est reproductible, le Japon tient donc là l’arme la plus efficace qu’il n’ait jamais eue : une poignée d’avions permet de supprimer un bâtiment majeur et de couler des dizaines d’avions ennemis. Les chiffres montrent toutefois que ce succès est en réalité exceptionnel, probablement dû à l’habileté particulière du pilote
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ou à un hasard particulièrement heureux pour les Japonais. En tout, leskamikazecouleront que trois porte-avions de petite ne taille, en comptant leSt. Lô. Pendant la bataille d’Okinawa, ils ne parviendront à couler aucun navire de grande taille. Mais puisque les escadrilleskamikazene reviennent pas faire de rapport, ce sont leurs avions d’escorte qui témoignent de leurs succès et, très souvent, les exagèrent largement.  Mais la tactique a l’apparence de l’efficacité. L’action des kamikaze, immédiatement médiatisée par l’agence de presse officielle, laDômei, soulève l’enthousiasme. Une iconographie des kamikaze se met en place dans les journaux et les magazines. On voit des jeunes gens au visage frais, le front ceint d’un bandeau blanc ou représentant le rond rouge du soleil levant, des fleurs de cerisiers, des avions disparaissant dans le ciel au loin. Les départs des escadrilleskamikazefont avec grande cérémonie. On se partage une dernière coupe desake. Tous les hommes de la base, alignés le long de la piste, saluent leur départ. Parfois, des jeunes filles agitent des branches de cerisiers en fleur en guise d’adieu. Leur sacrifice est donné en exemple pour la nation tout entière.  Afin de ne pas être en reste, l’armée de terre crée ses propres escadrilles d’attaque spéciale. Cette tactique désespérée, qui devait au départ n’être que ponctuelle, fait tache d’huile, au point de devenir la stratégie principale de l’aviation japonaise pendant la bataille d’Okinawa d’avril à juin 1945. Les journaux japonais rapportent des pertes immenses du côté américain, des dizaines de porte-avions coulés à chaque sortie, et l’état-major se gargarise de ces prétendus succès qui permettent d’écarter le spectre de la défaite imminente.  L’état-major autorise également l’utilisation des bombes humainesÔkaet des torpilles pilotéesKaiten, des appareils uniques dans l’histoire de la guerre, car ils ne peuvent être utilisés qu’une seule fois, et impliquent forcément la mort de celui qui les pilote. LesÔkasont des planeurs chargés de 1500 kg d’explosifs, lâchés à partir d’un appareil porteur, qui peuvent percuter leur cible à une vitesse supérieure à 650 km/h, tandis que les torpillesKaitensont lâchées depuis un sous-marin et frappent les navires sous leur ligne de flottaison. Leur effet est redoutable – du moins, en théorie. En réalité, lesÔkacomme lesKaitensont des appareils de fortune, très peu manœuvrants, et qui auront un impact négligeable. Les États-Uniens, perplexes devant l’inefficacité de
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