Jacques Chirac : Une histoire française
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Jacques Chirac : Une histoire française , livre ebook

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Description


Pour les Français qui l'ont connu, comme pour ceux qui le découvrent, que reste-t-il de Jacques Chirac ?


Pendant près d'un demi-siècle, il aura arpenté les allées du pouvoir, de l'entourage de Georges Pompidou jusqu'à la magistrature suprême, et son cursus honorum aura rythmé la politique française au point de s'entrelacer avec elle. Parmi nos présidents successifs, il demeure l'un des plus populaires aux yeux des Français - il n'en fut pas toujours ainsi, pour un homme souvent brocardé et mal aimé jusque dans son propre camp. Alors que le bruit tonitruant du débat et des affaires s'est estompé, c'est un portrait complexe qui se dessine de Chirac.


Celui d'un hussard de la politique, d'abord, à la carrière semée d'embûches, de trahisons et de victoires improbables.
Celui aussi d'un humaniste, passionné par les arts et les civilisations lointaines.
Celui, enfin, de l'homme d'Etat qu'il fut, dirigeant contesté mais gardien toujours attentif des valeurs républicaines et de la concorde nationale.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782490839018
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Nouvelles
sources
Créé et dirigé par Romain Naudin
© 2019 – Nouvelles sources
Tous droits réservés pour tous pays
simon laplace
J acques
Chirac
Une Histoire
Française



PRÉFACE

Quand on évoque la tradition des débats présidentiels de l’entre-deux-tours, le duel de 1995 entre Jacques Chirac et Lionel Jospin fait souvent figure de mal-aimé. Débat atone, pour certains, ou même non-débat.
Au fond, on lui reproche surtout une absence, celle de la pique assassine qui marquera tous les esprits et résumera pour l’Histoire le triomphe du vainqueur : « monopole du cœur », « homme du passif », « monsieur le Premier ministre ».
Revenons pourtant un instant à ce soir de mai 1995. Le débat dure depuis plus de deux heures et doit bientôt s’achever. Le thème européen connaît le sort qui est trop souvent le sien, évacué en quelques minutes par des journalistes contraints par le temps.
Puis vient le moment de conclure, sur la situation internationale – Bosnie, Tchétchénie, Algérie. Lionel Jospin est le premier interrogé. Vient ensuite le tour de Jacques Chirac, costume sombre et cravate claire. Il partage le sentiment de son rival, évoque ses discussions avec le Président russe et son Premier ministre. Pause. Puis le ton change et se fait soudain très personnel :
« Mais c’est une très vieille affaire. Je me souviens, quand j’étais jeune, je lisais un poème de Lermontov, qui s’est transformé en une berceuse que tous les petits Russes ont entendue et qui disait : Mon petit, dors, le grand méchant Tchétchène est en train d’aiguiser son couteau, mais ton papa veille. C’est une vieille, vieille affaire, l’affaire de Tchétchénie. »
Beaucoup ne retiennent de Jacques Chirac que le bon vivant, amateur de banquets corréziens et de visites au salon de l’agriculture. La marionnette des Guignols de l’info ne fut pas pour rien dans cette image. Elle n’est pas fausse, mais elle tend à occulter une autre réalité du personnage.
Car le visage de Jacques Chirac qui se révèle dans ce bref extrait est tout autre : un président curieux, érudit, profondément cultivé, toujours habité par le temps long des peuples et par l’Histoire. Ce trait est d’ailleurs sensible dans certains des actes les plus mémorables de sa présidence : le refus de la guerre en Irak, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vel’d’Hiv, la création du 10 mai comme jour de commémoration nationale de l’esclavage et de son abolition.
Voilà le visage que je retiens des années que j’ai eu l’honneur de passer auprès de Jacques Chirac, comme directeur de cabinet du Premier ministre, Dominique de Villepin.
Ce n’est évidemment pas le seul. Il serait téméraire de vouloir résumer ainsi un personnage majeur, dont l’empreinte a marqué 50 ans de la vie nationale. Et il fallait tout le talent et la plume alerte de Simon Laplace pour décrire le parcours politique et humain de celui qui reste, pour beaucoup de Français, un des plus grands présidents de la République.

Bruno LE MAIRE
Ministre de l’Économie et des Finances


AVANT-PROPOS

«  N’espère pas réaliser la République de Platon, mais tiens-toi pour satisfait si tu avances un tant soit peu, et considère que ce petit résultat, ce n’est pas rien  »

Marc-Aurèle,
Pensées (IX, 29)

Comme pour la plupart des Français de mon âge, ceux qui ont eu 20 ans en 2007, l’élection présidentielle de mai 1995 reste mon premier souvenir historique, le 21 avril 2002 un choc qui contribua à mon éveil en politique...et les marionnettes des Guignols de l’info , les sarcastiques compagnons de notre adolescence. Passionnément attaché à mon pays, jamais je ne l’ai vu aussi grand, aussi fidèle à sa vocation qu’en février 2003, lorsque Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin s’élevèrent contre l’intervention militaire, unilatérale et dépourvue de fondement juridique, des États-Unis en Irak.
Bien au-delà de ma génération, Jacques Chirac appartient à la mémoire collective du peuple français. Conseiller ministériel puis ministre sous De Gaulle et Pompidou, Premier ministre sous Giscard d’Estaing et Mitterrand, chef de l’opposition puis président de la République lui-même, il aura arpenté les allées du pouvoir pendant près d’un demi-siècle et son cursus honorum rythmé la vie politique française au point de s’entrelacer avec elle. Peu d’hommes d’État – si ce n’est le général de Gaulle – peuvent se targuer, par leur parcours et par leur longévité, d’avoir incarné plus que lui la V e  République.
Pour les Français qui l’ont connu, comme pour ceux qui le découvrent, que reste-t-il de Chirac ? Alors que le bruit tonitruant du débat et des affaires s’est estompé, que l’on sort peu à peu de la tyrannie de l’actualité et des querelles de chapelle, c’est un portrait complexe qui s’en dessine.
Celui d’un hussard de la politique, d’abord, à la jeunesse aventureuse et à la carrière mouvementée. Un combattant à la jovialité sincère, aimant la vie autant que l’engagement et convaincu que « seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas ». Il en était d’ailleurs tellement convaincu qu’il parviendra à conquérir, à force de chaleur et d’audace, une circonscription réputée imprenable ou à surmonter plus tard les défaites les plus amères. À cet égard, pour les jeunes se lançant dans ce combat aussi cruel qu’exaltant qu’est la politique, pour les candidats affrontant leur baptême du feu électoral, Jacques Chirac restera encore longtemps une figure et une inspiration.
Facette moins évidente de la personnalité d’un homme qui est souvent apparu – à tort – comme un intrus dans la galerie de nos présidents lettrés, Chirac se définit, aussi, par son humanisme. On connaît sa passion pour les civilisations lointaines, en particulier celles de l’Extrême-Orient : témoin de sa curiosité et de son ouverture sur le monde, elle lui a longtemps offert une respiration nécessaire dans l’exercice du pouvoir, en même temps qu’une utile mise en perspective des évènements et des mouvements historiques. Car chez Chirac l’homme de culture côtoie en permanence l’homme d’action, le complète et l’enrichit. Héritier de Georges Pompidou, il partage avec ce dernier le goût des arts, le respect de l’Histoire et la conviction que « la recherche du seul bien-être matériel ne saurait tenir lieu de projet politique ».
Cette certaine idée du monde et de l’Homme expliquent en grande partie, sinon pour l’essentiel, l’action qui sera la sienne à la tête de la France. On a pu souligner sa souplesse idéologique ou le qualifier de « roi fainéant  » – de fait sous sa présidence notre système social et notre modèle économique ont connu moins de transformations radicales que ceux de la Grande-Bretagne ou de l’Allemagne, alors réformés avec efficacité par Tony Blair et Gerhard Schröder. Cela peut s’expliquer en partie par les entraves de la cohabitation, mais aussi par une certaine pusillanimité dans la conduite des réformes. On peut également y lire, cependant, le souci constant du Président pour les équilibres sociaux et pour le sort des plus fragiles éprouvé par la crise. À la tête d’un peuple dont toute l’histoire et l’actualité même montrent à quel point il est prompt à se déchirer ou à descendre dans la rue face au pouvoir, Jacques Chirac s’est toujours voulu le gardien attentif de la concorde nationale. Il n’y dérogera jamais, tout comme il ne cèdera jamais dans sa défense de l’idéal républicain face aux extrêmes, aux factieux et à la tentation du repli.
Dans leur complexité et leurs paradoxes, ces trois figures entremêlées font de Chirac un personnage infiniment plus riche qu’il n’y paraît : esprit vif, tour à tour brouillon et prompt à la réflexion, conservateur et moderniste, passionnément gaulois et curieux de la diversité du monde, aussi ardent batailleur que partisan, in fine , du compromis. Un président profondément français, en somme.


CHAPITRE 1
Chirac avant Chirac

«  Dans la vie, nous croisons beaucoup de copies, rarement des originaux, des personnalités qui sortent de l’ordinaire […] Rien ne prédestinait Jacques Chirac à suivre une carrière politique : il aspirait à devenir capitaine au long cours  »

Jean-Louis Debré,
Dictionnaire amoureux de la République

C’est dans le cinquième arrondissement de la capitale que naît, le 29 novembre 1932, Jacques Chirac, fils d’Abel François Marie Chirac et de son épouse Marie-Louise Valette. Si l’enfant est parisien par sa naissance, ses racines plongent, elles, au plus profond de la Corrèze, où son patronyme est présent depuis le xvii e siècle. Les grands-parents de Jacques sont tous les quatre instituteurs, à Brive du côté paternel et à Sainte-Féréole du côté maternel. Ses deux grands-pères, à l’instar des «  hussards noirs  » célébrés par Péguy, communient dans les valeurs de liberté, de progrès et de justice portées par la III e  République. Bien qu’éduqué chez les jésuites, Jean Valette est ainsi un fervent républicain ; quant à Louis Chirac, truculent géant bouffeur de curés, vénérable d’une loge du Grand Orient de France, il est activement investi dans la vie politique locale sous la bannière du radical-socialisme. C’est peu dire, donc, que, d’un côté de sa famille comme de l’autre, Jacques Chirac naît avec la République dans le sang.
Appelé sous les drapeaux en 1917, Abel François Chirac ne revient à la vie civile que trois ans plus tard, marqué à vie par son expérience de guerre. Peu après leur mariage en 1921, sa femme et lui quittent la Corrèze pour Paris, où le jeune homme devient employé de banque. Sa carrière est rapide et, au moment où naît leur fils, il dirige une agence de la Banque nationale pour le Commerce et l’Industrie.
Le couple, meurtri par la perte d’un premier enfant 1 , va élever Jacques en fils unique. Le garçon est ainsi

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