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La belle époque de Mathilde et Jeanne , livre ebook

28

pages

Français

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2020

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Mathilde et Jeanne sont mes grands-mères, nées toutes les deux au début des années 1880. Elles ont vécu leur jeunesse dans les dernières années d’un XIXe siècle républicain, industriel, novateur et triomphant, des années que les historiens nommèrent plus tard « La Belle Époque ». Inspirée par les portraits qui illustrent la couverture de ce livre, j’ai voulu faire revivre Mathilde Gravez et Jeanne Lamidey, ainsi qu’elles se nommaient toutes les deux, avant de perdre leur prénom de baptême et leur patronyme de naissance, en acceptant de devenir par mariage et par tradition, Mme Eugène Mahaut et Mme Valentin Picard. La belle époque de Mathilde et Jeanne, c’est avant tout une démarche. Une démarche exposée avec une tendresse apaisante dans l’avant-propos, celle de retrouver ses racines et d’éclairer le présent par la lanterne du passé. À travers un récit fluide qui dépeint sans prétention le quotidien de la fin du XIXe dans les campagnes de France, l’écrivain redonne vie à ses grand-mères, à leur jeunesse et surtout à leurs rêves.
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Publié par

Date de parution

12 juin 2020

EAN13

9782386473364

Langue

Français

La belle époque de Mathilde et Jeanne

Du même auteur
Et le ciel t’aidera , Société des Écrivains, 2014
Fugue en mode majeur , Société des Écrivains, 2017
© Éditions Complicités, 15 rue Emile Duclaux, 75015 Paris, 2019 ISBN : 9782351202791
Dépôt légal : 3 ème trimestre 2020
www.editions-complicites.com
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5.2° et 3°a), d’une part que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (Art. L-1222-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Valentine PICARD




La belle époque de Mathilde et Jeanne






Éditions Complicités

À mes petits-enfants du XXI e  siècle

Avant-propos

Mathilde et Jeanne sont mes grands-mères, nées toutes les deux au début des années 1880. Elles ont vécu leur jeunesse dans les dernières années d’un XIX e  siècle républicain, industriel, novateur et triomphant, des années que les historiens nommèrent plus tard « La Belle Époque ».
De Jeanne, la mère de mon père, je ne sais rien ou presque. Elle est morte de tuberculose à 58 ans, 10 ans avant ma naissance. D’elle, je ne connais qu’une dizaine de petites photos crantées en noir et blanc dispersées dans les albums familiaux, deux ou trois anecdotes glanées çà et là, et la sépulture en granit du cimetière des Batignolles à Paris, là où elle repose avec Valentin, mon grand-père. Sur la stèle est gravée son nom d’épouse, Mme Picard, suivi de Jeanne née Lamidey. Longtemps, elle a été pour moi une parfaite étrangère. Aux questions que je posais, on ne répondait guère, elle était partie trop tôt, la blessure était vive, parler d’elle semblait douloureux, on se taisait. C’est ainsi que Jeanne, ma grand-mère inconnue, s’est effacée tout doucement de ma mémoire, jusqu’au jour où je me suis retrouvée face à la photo de ses vingt ans et à son acte de naissance.
De Mathilde, la mère de ma mère, qui a longtemps vécu auprès de mes parents, j’ai de vrais souvenirs d’enfance : ceux d’une vieille dame aux cheveux blancs, le plus souvent assise dans la cuisine, occupée à préparer les repas, à faire des crêpes ou des gaufres pour gâter ses nombreux petits-enfants. Elle parlait avec des mots bizarres que je ne comprenais pas toujours, les mots du patois du Nord où elle était née. La mort de ma grand-mère Mathilde, survenue à l’âge de 86 ans, a été mon premier chagrin et ma première confrontation avec le deuil. Plus tard, grâce aux souvenirs écrits par ma mère, j’ai découvert une partie de la vie de Mathilde.
Cependant, de nombreuses pièces manquaient au puzzle. Particulièrement pour Jeanne, la Bourguignonne, fille d’un aubergiste d’Arnay le Duc. Qui était-elle vraiment ? Et quelle avait été l’enfance de Mathilde, née à Ferrière-la-Grande dans le département du Nord ? En retrouvant dans les archives familiales les photos de leurs 20 ans, je me suis demandé comment elles avaient vécu leurs années de jeunesse dont il ne restait que très peu de traces. Alors l’idée m’est venue d’inventer leur enfance.
Entre 1892 et 1898, Mathilde et Jeanne ont respectivement 12 ans puis 16 ans. En les replaçant chacune dans l’environnement de leur région, de leur village et de leur famille, j’ai imaginé ce qu’avait pu être leur éducation, leurs études, leur apprentissage de la vie, leurs caractères, leurs espoirs, leurs rêves. D’origine géographique et sociale différente, elles sont toutes deux élevées dans la religion catholique et instruites à l’école de la République. Elles ont vingt ans à l’aube du vingtième siècle. Vers quel avenir se dirigeaient-elles ? Au fil d’une chronique romancée, menée en parallèle et historiquement vraie, dans tout ce qui les sépare et les rapproche, j’ai tenté de dresser le portrait de Jeanne et Mathilde, en restant au plus près de la légende familiale. Au travers du récit de leurs jeunes années, transparaît en filigrane, la place peu enviable faite à la femme dans la société provinciale de la fin du XIX e  siècle, au cœur de cette « belle époque » qui précéda la Grande Guerre.
Inspirée par les portraits qui illustrent la couverture de ce livre, j’ai voulu faire revivre Mathilde Gravez et Jeanne Lamidey, ainsi qu’elles se nommaient toutes les deux, avant de perdre leur prénom de baptême et leur patronyme de naissance, en acceptant de devenir par mariage et par tradition, Mme Eugène Mahaut et Mme Valentin Picard.
Je dédie cette histoire à tous les nombreux descendants de Mathilde et Jeanne, et plus particulièrement aux femmes et aux hommes qui vivront l’effervescence du XXI e  siècle.
Valentine PICARD

Ferrière-la-Grande, Nord
De la Monarchie de Juillet à la IIe République, de Napoléon III au Président Sadi-Carnot, en près de 60 ans, le village de Ferrière-la-Grande avait gagné très exactement 2 459 habitants. Hauts fourneaux, laminoirs, usines, fonderies et autres ateliers de forge avaient contribué à la métamorphose de ce bourg de l’Avesnois. Depuis deux générations, malgré guerre, famine et révolution, la prospérité était au rendez-vous de la modernité, le travail ne manquait pas et le commerce se développait grâce à la Compagnie des Chemins de Fer du Nord. Pour répondre à l’afflux de main-d’œuvre, la construction de nombreux logements avait fait disparaître progressivement les marécages et les friches agricoles. Sur l’emplacement d’une ancienne carrière de pierre, le quartier des Trieux alignait le long de rues pavées, des dizaines de maisons jumelles, dans un impeccable garde-à-vous.
C’est dans l’une d’elles que naquit Mathilde Gravez le 8 février 1880.

Arnay le Duc, Côte d’Or
Arnay le Duc a toujours été un carrefour idéal entre Paris et Lyon, Dijon et Nevers, une étape qui accueillait les diligences chargées de voyageurs et de négociants fortunés, dans de nombreuses auberges et relais de Poste. Depuis des siècles, les habitants profitaient d’un commerce de passage prospère et de la renommée de leurs foires agricoles. La révolution industrielle ne fut pas une aubaine pour l’ancienne cité médiévale. Les Arnétois qui applaudirent à la construction du chemin de fer, laissant passer sur leur territoire la grande ligne Paris-Lyon-Méditerranée et qui firent de même pour le tramway reliant Beaune à Saulieu, ne comprirent que trop tard le coup fatal porté à leur économie par le cheval-vapeur des puissantes locomotives. Petit à petit, Arnay le Duc perdit nombre de ses artisans. Charrons, bourreliers, selliers et autres maréchaux-ferrants quittèrent la ville, les relais de poste se vidèrent de leurs chevaux et les auberges de leurs clients.
C’est ici, rue St Jacques, que Jeanne Lamidey vint au monde le 29 octobre 1882.
Mathilde 1892 **** Ferrière-la-Grande - Nord
1- La Foire de St Joseph, mars 1892

Ernest Gravez, né à l’aube du Second Empire, orphelin en raison d’une épidémie de choléra qui le priva de ses parents dès l’âge de 5 ans, avait été charitablement recueilli par un couple de métayers sans héritier. Durant toute son enfance, il participa à tous les travaux agricoles, fréquentant assez régulièrement l’école où il apprit à lire et écrire autant qu’à compter, et un peu moins souvent l’église qui ne lui apprenait que le latin de prières auquel il ne comprenait rien. À l’âge d’homme, pourvu d’une santé robuste, d’un corps musclé et d’un esprit ouvert, il fut victime du tirage au sort qui l’envoya à l’armée et fit de lui un conscrit pour six longues années. La guerre de 1870 changea paradoxalement le cours de sa vie. Pendant le siège de Sedan, un boulet de canon prussien le laissa fortement commotionné, à moitié sourd mais valide. À l’hôpital où il passa plusieurs mois de convalescence, il devint le porte-plume de ses frères d’infortune, rédigeant des lettres pour les mères et les épouses des soldats illettrés, leur faisant en retour la lecture des courriers reçus. Il fit aussi la rencontre d’un charmant sourire sur le visage d’une infirmière de vingt printemps prénommée Louisa. À l’abri des soubresauts de l’Histoire, Ernest ne vit pas la mort du Second Empire et n’assista que de très loin à la naissance douloureuse de la III e  République, à jamais entachée du sang des Communards. Le sergent Gravez dut cependant attendre la fin de son temps de conscription, ainsi qu’une année de respectueuses fiançailles, pour épouser Louisa. À Ferrière-la-Grande, dans le pays d’Avesnes, il trouva sans difficulté de l’embauche à la Fonderie Riquaire, une fabrique d’outillage spécialisé, et le couple s’installa dans le quartier des Trieux.
Le 8 février 1880, Mathilde avait jeté son premier cri, au plein cœur de l’hiver, après une nuit de souffrance et de déchirement. La veille, sage-femme et voisines étaient venues assister Louisa dès les premières douleurs. Mais la délivrance avait tardé et au petit matin, mère et enfant semblaient tous deux en grand danger de trépasser. Devant l’impuissance de la matrone, Ernest avait couru chercher du secours auprès d’un médecin nouvellement installé au village. Certains s’en méfiaient - son origine anglaise le rendait a priori suspect, en plus du fait qu’il était célibataire et sans religion - mais d’autres avaient pu apprécier ses compétences et le faisaient savoir. Répondant à l’urgence, il était venu au plus vite au chevet de Louisa, qu’il avait trouvée très affaiblie, peinant à expulser le fœtus déjà engagé. Passant outre réticences et désapprobations des femmes qui entouraient la future mère, il les avait toutes congédiées, sauf une, Octavie, la plus calme et la plus réfléchie, à laquelle il avait confié le soin de l’a

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