Le Grand Patron
119 pages
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Description

Une TPE française envoie en mission quatre de ses employés à Bâti-Sen-Afrika, une entreprise sénégalaise de bâtiments et travaux publics dirigée par un PDG philanthrope. Les quatre ingénieurs s’adaptent comme ils peuvent en terre étrangère. Coumba anime irrégulièrement un journal de ses pensées et détient une mystérieuse enveloppe. Raoul sympathise avec le PDG. Olivier s’intègre à la population locale. Ismaïl endosse le rôle d’un parrain protecteur.
En marge du groupe, s’immisce l’invisible Germaine.
À mesure que les évènements s’enchaînent sur un ton parfois enjoué et sur fond de mentalités humaines divergentes, la tradition et son corollaire sont pris à partie, la corruption s’embourbe. Et l’intrigue à tiroirs s’active tambour battant et renverse au passage des réalités de notre temps.
Le vieux Souley qui jusqu’ici se tenait droit comme un tronc d’arbre, se courba tout à coup identique à une tige de bambou forcée de fléchir. Il donna l’impression de porter un fardeau. Il reposa son verre de jus d’orange à moitié vide sur la table tandis que Louis reprenait la parole oubliant la question qu’il venait de poser pour s’épancher davantage.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 septembre 2018
Nombre de lectures 5
EAN13 9782363159601
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0600€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Grand Patron
Maïmouna M. Y. Niang
© Iggy Book 2018
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
À mon pére, à ma mére.
1
Louis espérait coûte que coûte l’acquiescement de Souley, mais celui-ci se contenta de porter à ses lèvres son verre de jus d’orange. Empressé d’obtenir une réponse positive, Louis reprit la parole. – J’ai quatre conducteurs de travaux qualifiés. Ils sont multitâches. Il y a Olympe, architecte, qui s’occupe du recrutement des intérimaires tels les charpentiers, les maçonset de leurs répartitions sur nos différents chantiers. Germaine ingénieur route, Ismaïl ingénieur bâtiment et Raoul ingénieur route répondent quant à eux aux appels d’offres. Le sexagénaire s’arrêta à cette première liste tandis que son ami restait obstinément silencieux. Louis Dampierre était directeur de Dampierre Conseil et Équipiers du BTP. Il en était à la fois le gérant et l’associé unique non salarié. Louis se décida donc à abattre ses dernières cartes. – Olivier géomètre-topographe, Coumba géotechnicienne et Boris agent de maintenance des équipements et ingénieur en mécanique complètent l’équipe. Tu pourrais leur donner une mission hormis Boris que je garde à mes côtés,Et puis, le plus jeune, Olivier, a vingt-trois ans et le plus âgé c’est Raoul. A ce propos, il faut que je te prévienne. Raoul est à la retraite depuis bientôt un an déjà. Il a voulu poursuivre l’aventure professionnelle parce qu’il avait besoin de travailler, d’offrir son expérience et ses compétences Revenons à l’équipe. Son champ d’action s’est toujours limité à l’espace Schengen. La dernière fois que nous avons quitté la France, c’était il y a quatre ans. Une partie de mes employés était en Espagne. Nous devions construire pour un particulier fortuné une réplique du château de Versailles. Enfin, en plus petit. Il nous arrive d’endosser le rôle de conseil et de contrôle auprès des clients. Louis se tut et attendit. L’autre resta imperturbab le et continua de siroter nonchalamment son jus. Louis revint alors à la charge, trop désireux de voir ses employés en mission à l’étranger. – Faire appel à leur savoir-faire, à leur expertise te sera bénéfique. Je ne remets pas en cause la qualité du travail de tes équipes. Loin de làSouley ne cilla pas. Il profitait d’un instant présent qu’il voulait sans nuage. – Eh bien, qu’en dis-tu ? LevieuxSouleyquijusquicisetenaitdroitcommeuntroncdarbre,secourbatoutà
LevieuxSouleyquijusqu’icisetenaitdroitcommeuntroncd’arbre,secourbatoutà coup identique à une tige de bambou forcée de fléchir. Il donna l’impression de porter un fardeau. Il reposa son verre de jus d’orange à moitié vide sur la table tandis que Louis reprenait la parole oubliant la question qu’il venait de poser pour s’épancher davantage. Souley se reprochait d’avoir accepté l’invitation de Louis à boire un verre chez Minim’s la brasserie de Maxim’s. Il profitait d’une semaine de vacances à Paris, loin des vicissitudes dakaroises. Il entendait bien respecter ce répit. Il resta muet. Il pensait. Ce n’était pas son genre de dire non à un ami. Et encore moins à l’un de ses meilleurs amis. Il se contenta de penser. Quelle idée il a ! Rien ne presseMalgré tout, le septuagénaire quitta son monologue intérieur, respira profondément avant de prendre la parole. §§§ De minuscules macules diaphanes apparurent, soudain. Elles s’élargissent, gagnent du terrain et sa peau blanche tachetée de rousseur commence à changer. Germaine s’observe dans son miroir de poche en manipulant sa chevelure rousse et volumineuse. Le cuir chevelu semble aussi atteint. Germaine essaye de décrypter le symptôme. Il ne ressemble en rien aux problèmes cutanés qu’elle a eus au cours de son enfance ou de son adolescence. Elle n’a pas de démangeaisons. Pourtant, après l’apparition du drone, tout à l’heure, dans la cour de l’entreprise où elle s’était rendue pour cloper, près du préau dont le toit couvre un compacteur vibrant, une bétonnière, une tractopelle, un seau à béton, un finisseur à chenille, une niveleuse, un compacteur double bille et deux vieilles camionnettes, Germaine avait frotté, lavé son visage et ses mains à coups de savon et grands jets d’eau du robinet des sanitaires. Car durant l’incident, elle avait empoigné l’objet volant à hauteur de la bétonnière. Le drone avait lutté pour se détacher de son emprise en actionnant ses propulseurs à grande puissance. De cette lutte acharnée, le drone avait déversé sur une partie de son visage et sur ses doigts par jets sporadiques une solution aqueuse. Par une ultime manœuvre d’évitement, l’appareil avait pris de l’altitude et avait disparu de la cour comme il était apparu. La quinquagénaire s’était retrouvée à l’entrée principale de l’entreprise en moins d’un temps record. Et une fois dehors, elle n’avait pu que constater deux formes indistinctes au loin qui s’éloignaient comme deux ombres chinoises très agitées sur l’accotement de la route bordée d’arbres et de buissons. Apparemment, les fauteurs de troubles s’étaient postés près du portail, sous le logo de Dampierre Conseil et Équipiers du BTP pour manipuler le drone à distance et accomplir leurs méfaits. Germaine était revenue
sur ses pas et avait visionné le moniteur vidéo de sécurité du local technique afin d’identifier les deux voyous. En vain. Les caméras de surveillance du site n’avaient rien donné, occasionnellement affectées par une panne technique. Germaine avait d’ailleurs reconnu qu’il y avait longtemps que leur maintenance n’avait pas été assurée. Elle n’avait pas envisagé sur le coup d’appeler la police. A quoi bon, rien n’avait été volé. L’ingénieur s’arrête de se mirer et range son miroir de poche. Elle considère avoir épluché suffisamment d’appels d’offres. Aucune ne c orrespond aux exigences de Dampierre Conseil et Équipiers du BTP. Elle se dit que ce samedi est creux, d’un point de vue professionnel, et rentrerait bien chez elle. Germaine a usé d’heures supplémentaires sans résultat productif tandis que ses collègues profitent de leur congé. Elle jette un coup d’œil à sa montre. 16 heures tapantes. Elle rassemble les documents éparpillés sur sa table de travail et en fait un tas compact. Puis elle prend son sac à main, porte ses lunettes de soleil au-dessus de son front lisse et quitte le bureau. Avant d’atteindre le parking où sa voiture est garée, elle prend soin d’enclencher le système de mise en route de l’alarme de l’entreprise.
2
Coumba sortit de son bain chaud et essuya sa peau noir ébène perlée de gouttes d’eau. Elle étendit ensuite sa serviette épaisse et douillette sur le radiateur sèche-serviettes éteint, près de celle de Jorys. Elle enfila un slip et une liquette en coton. Elle traversa le petit corridor qui séparait la salle d’eau de sa chambre. Jorys était déjà au lit. Seul le haut de sa tête sortait de la couverture : les mèches de cheveux châtains, le front sans aspérités et les yeux bleus de l’éphèbe caucasien. Coumba contourna le lit et alla s’installer face à sa coiffeuse. Elle entreprit de démêler ses cheveux crépus à l’aide d’un peigne en bois et de les tresser sommairement. Lorsqu’elle termina de mettre sa tignasse en ordre, la jeune femme préleva d’un des tiroirs de sa coiffeuse un stylo et un ZAP Book. – Tu en as encore pour longtemps ? s’impatienta Jorys qui s’était mis à l’observer d’un air concupiscent à l’instant où elle avait pris place devant la coiffeuse. La jeune femme ne répondit pas. C’était une question que Jorys posait habituellement. Une antienne inutile puisqu’il savait qu’elle mettrait un temps avant de le rejoindre dans le lit conjugal. Coumba observait parfois le rituel de coucher ses expansions secrètes sur les pages de son journal 100% recyclé. Elle pouvait néanmoins rester des semaines, voire des mois sans écrire un mot. Les pages qu’elle remplissait d’encre se consacraient à parler des autres. Cependant, pas un mot sur Jorys. Elle en avait décidé ainsi par peur des moqueries au cas où il serait tenté de lire son journal. Elle ouvrit le ZAP Book et nota : «Jeudi25juin2015.Paris.21h40. J’ai passé la journée à réfléchir au boulot. Partir en Afrique ou ne pas partir ? J’y réfléchis depuis mardi, jour où Louis a proposé à toute l’équipe une mission de deux ans fermes à Bâti-Sen-Afrika. Deux ans c’est trop. Si ce n’était que quelques mois, je n’hésiterais pas tant que ça. Si je refuse la mission : Louis me vire. Cela va sans dire. Peut-être un frein pour la suite de ma carrière. Les recruteurs risquent de me trouver instable. Je change d’entreprise comme de chemise. Le constat que ferait un psy. Je ne suis pas Olympe : une quinzaine d’années de vie professionnelle au service de la même boîte. Elle a connu Dampierre Conseil et Équipiers du BTP longtemps après ses premiers balbutiements, bien après Raoul et Germaine m’a-t-elle confié un jour où elle était d’humeur agréable. Maintenant, elle peut se permettre de démissionner et aller voir ailleurs. Moi pas. Grâce à l’appui de son syndicat elle a obtenu une rupture conventionnelle de contrat, une sorte de licenciement économique afin de quitter la boîte en toute tranquillité. Et aujourd’hui, elle a passé un savon à Louis. Une façon à elle de le remercier de lui avoir permis de déployer ses talents d’architecte. Le vieux ne s’est pas laissé faire. Il a gueulé encore plus fort qu’elle. Quand l’ambiance est retombée à plat, Ismaïl goguenard s’est empressé de lui demander la date de son pot de départ. L’effrontée a usé de détails comme si elle s’attend à ce qu’on
mutualise nos participations pour lui offrir un chèque-cadeau d’une valeur d’un million. « Le lundi 3 août 2015 à 16 h 30 précises. » : a dit Madame. Avec du recul, je me dis que cet évènement sera un pot de soulagement. Tout le monde sera heureux de la voir partir y compris Louis. Ce dernier, pourtant, s’est plus soucié de la maintenir en poste jusqu’ici au lieu de la dégager. La faute aux compétences d’Olympe ou à la peur que lui inspirait le syndicat auquel elle est affiliée ? Le champagne d’ordinaire interdit coulera à flot. On n’aura plus à subir Madame et sa cyclothymie merdique, les jours à venir. À part Germaine qui est absente depuis quelque temps, Boris qui n’est pas concerné et Olympe qui s’en va, le reste de l’équipe est enthousiasmé à l’idée de signer le nouveau contrat de Dampierre Conseil et Équipiers du BTP. Sa particularité : l’ajout d’une clause de mobilité internationale qui ne figurait pas dans notre CDI initial. Jusqu’ici, nous ne pouvions pas travailler au-delà de l’espace Schengen. À la signature du nouveau CDI on pourrait travailler partout dans le monde. Je n’ai pas envie de me retrouver à Dakar ! »
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