Musicienne et croyante
96 pages
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Musicienne et croyante , livre ebook

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Description

Dans ce livre autobiographique, l'auteur raconte son histoire à la fois profonde et touchante. Jouer du piano lui procure le plus grand bonheur. En écoutant les cours, en classe, ses doigts courent, les notes chantent dans sa tête. Très jeune, elle accompagne les messes de sa paroisse et prend part aux sacrements avec le plus grand sérieux. A l'âge de 14 ans, elle arrête ses études pour travailler à la ferme familiale où les tensions sont énormes et le climat conflictuel. Elle tombe malade et commence à chercher des solutions spirituelles, mais sa religion ne l'aide pas, bien qu'elle la garde du geste fatal... Devenue musicienne professionnelle, mariée, elle a un désir d'enfants. Pourtant, deux de ses trois enfants décéderont des suites d'une terrible maladie. La révélation du salut par grâce enseignée dans la Bible l'aide à surmonter l'adversité. Elle découvre les réponses à ses nombreuses interrogations. Accompagner activement le fils aîné vers des études supérieures pianistiques a constitué un troisième défi. Mais la récompense a bien été là : il est devenu un merveilleux musicien. Simone Guillou est née dans un petit village de Normandie. A 14 ans, elle arrête les études générales, mais continue de suivre des leçons de piano. Sa vie sociale à la campagne, dans la ferme parentale, lui pose beaucoup de questions, y compris sur sa vie spirituelle. Très religieuse, elle adhère entièrement et sérieusement à la foi de l'Eglise catholique dans laquelle elle a été élevée, jusqu'à vouloir aller au couvent. Mais l'opposition est forte, et cela n'aboutira pas. Devenue musicienne professionnelle, elle s'est mariée, mais son deuxième enfant devient très malade. C'est dans ce contexte qu'elle commence à remettre en question sa vie spirituelle et qu'elle expérimente l'immense grâce du salut. Enfin elle trouve la paix intérieure tant recherchée et la Bible devient LE LIVRE par excellence.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 1
EAN13 9782918629603
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,05€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Musicienne et croyante
 
 
Victoire dans les combats de ma vie
 
 
 
 
 
 
 
 
Simone Guillou
 
 
© 2012, Simone Guillou
Aucun extrait de cette publication ne peut être reproduit ni transmis sous une forme quelconque, que ce soit par des moyens électroniques ou mécaniques, y compris la photocopie, l'enregistrement ou tout stockage ou report de données sans la permission écrite de l'éditeur.
Sauf indications contraires, les textes cités sont tirés de la Nouvelle Bible Segond.
Publié par Editions l'Oasis, année 2012.
Ce livre a été publié sous la division 'auto publication' des Editions l'Oasis. Les Editions l'Oasis déclinent toute responsabilité concernant d'éventuelles erreurs, aussi bien typographiques que grammaticales, et ne sont pas forcément en accord avec certains détails du contenu des livres publiés sous cette forme.
Dépôt légal: 4e trimestre 2012.
Couverture faite par Damien Baslé, www.damienbasle.com
Imprimé en France

Rte d'Oupia, 34210 Olonzac, France
tél (33) (0) 468 32 93 55
fax (33) (0) 468 91 38 63
email: editionsoasis@wanadoo.fr * www.editionsoasis.com
Boutique en ligne sécurisée sur www.editionsoasis.com.
 
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Table des matières
Préambule
Chapitre 1
La guerre est finie
Chapitre 2
A l’école du village
Chapitre 3
Ma première leçon de piano
Chapitre 4
Au travail
Chapitre 5
Je joue à l’église
Chapitre 6
En recherche
Chapitre 7
Le stage
Chapitre 8
La Schola
Chapitre 9
Le mariage
Chapitre 10
L’atelier
Chapitre 11
L’arrivée du deuxième enfant
Chapitre 12
Complainte d’une mère
Chapitre 13
Pianiste en herbe
Chapitre 14
La mort rôde
Chapitre 15
Jésus inconnu
Chapitre 16
Le service militaire
Chapitre 17
Le cancer
Chapitre 18
Un voyage
Conclusion  

Préambule
 
Des anciens parents d’élèves sont venus nous voir. Ils s’étaient attardés à l’extérieur de notre maison afin de ne pas rompre le charme de la musique intitulée : « Harmonie du soir » de Franz Liszt joué par notre fils âgé de 21 ans. Après les salutations d’usage nous entrons dans le vif du sujet. Madame joue du violoncelle et leur fille enseigne le piano. Ils sont très au fait des niveaux requis ; ce sont des habitués des concerts. La conversation s’anime et très vite ils nous pressent d’inscrire Daniel pour un projet de concert. Ils habitent une ville thermale, un écrin de verdure chatoyante, des hôtels de luxe, un casino et juste un peu plus loin, la forêt aux mille couleurs, en particulier à l’automne où notre fils aime se promener pour entendre le brame du cerf.
 
Le concert a lieu, il y a du monde, le programme est à la hauteur des attentes. Le voici :
Fantaisie de Schumann
La fille aux cheveux de lin et L’Isle Joyeuse de Claude de Bussy
Deux rhapsodies de Brahms et,
Vallée d’Obermann de Franz Liszt
 
La précision de ce programme est l’aboutissement d’un troisième défi à découvrir au travers de mon histoire.

Chapitre 1
La guerre est finie
 
Mon papa ! J’allais enfin connaître mon papa. Nous sommes en 1945. Pour maman la vie normale va reprendre. L’année passée, les bombardements avaient menacé notre vie tant de fois  ! Le débarquement avait eu lieu à 70 km de chez nous, à Arromanches en sorte que les villes qui nous entouraient furent détruites.
Protéger trois enfants, les nourrir, les vêtir en période de guerre faisait partie de la lutte quotidienne pour ma mère, mais également dans les autres familles. Mon père, parti à la guerre en 1939, fut prisonnier en Autriche de 1940 à 1945.
Mais ce combat avait prit fin et ce fut ce mémorable jour du retour de mon papa.
S’il est vrai que la permission accordée aux soldats en 1940 lui avait permis de revoir sa grande famille, Anne âgée de 5 ans et son fils Camille qui commençait juste à marcher, la petite dernière qui raconte son histoire naquit en 1941. Le courrier lui annonçait l’évènement deux mois plus tard.
Nous ne nous connaissons pas et son arrivée tant attendue ne m’apporta pas la joie escomptée. Toute ma vie, je me souviendrai. Il descendit de la voiture à cheval de mes grands-parents paternels. Il prit place au bout de la table ; je m’étais assise le plus près possible m’attendant à quelques égards chaleureux, à être prise sur ses genoux, à 4 ans, quoi de plus naturel ! Avec du recul, je comprends que je n’étais qu’une étrangère et que nous allions devoir faire connaissance, tout simplement.
La famille au grand complet écouta le monologue de sa très longue captivité. Il disait avec force : « Notre équipe était en situation d’échec, mon bataillon fut encerclé par l’armée allemande ! Vaincus, notre statut changea et nous devenions alors leurs prisonniers, dirigés dans des trains (pour transport d’animaux) pour un voyage interminable, jusqu’en Autriche ».
Comme les hommes allemands et autrichiens occupaient notre territoire, les prisonniers français faisaient le travail à leur place. Mon papa était l’un d’eux vêtu de l’humiliant uniforme sur lequel un numéro était cousu.
Fermier d’origine, il découvrit une autre manière de travailler la terre. Les animaux logeaient dans de vastes étables. Un pays en avance sur la France quant à l’équipement de l’habitat. Choc culturel donc et barrage de la langue. Lorsqu’il parlait de ses camarades français, son visage s’illuminait car naturellement, ils rentraient le soir au « commando » où ils passaient toutes leurs nuits sous surveillance. Et de raconter les interminables parties de cartes, les myriades de moustiques qui s’intéressaient beaucoup à mon père ou encore, ces parties de luges pratiquées par les enfants autrichiens n’hésitant pas à sortir en pull par moins 20 degrés.
Tel fut le premier contact avec mon papa. Certes, je ne me serais pas rappelé de ces détails si ceux-ci n’avaient pas été évoqués des centaines de fois au fils des années qui suivirent. Comment aurait-il pu passer sous silence cinq douloureuses années passées à l’étranger !
Tout en étant jeune marié, père de 2 enfants puis de trois, l’intimité familiale cassée par cette guerre ne se reconstitue pas si facilement ; chacun a pris ses distances et ses initiatives personnelles. Reprendre la vie commune après une si longue séparation représentait une épreuve. Or maman, extrêmement courageuse, intelligente, avait su mener sa barque. Maintenant, ils allaient devoir partager les initiatives à deux ! Et là, ce fut très très difficile.
Cela me fait penser au merveilleux mariage que Dieu avait voulu avec Adam et Eve. Dieu dit : « Si vous mangez de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, vous mourrez ». Satan dit « Mais non, vous ne pourrez pas mais Dieu sait que si vous en mangez, vous serez comme des dieux ! »
Eve vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence… elle en mangea. La séduction ajoutée à la convoitise et au mensonge a engendré la désobéissance et la mort comme Dieu l’avait dit.
Tant de fois j’ai pensé au drame de l’humanité, avec mon papa terrestre nous ne nous sommes pas compris ! Mon Papa céleste ne demandait qu’à m’aider, m’écouter, me diriger dans ses plans à Lui ; seulement, à défaut d’un bon enseignement, je Lui étais étrangère, le courant ne passait pas.

Chapitre 2
A l’école du village
 
Alors que j’avais 8 ans, ma scolarité s’effectuait dans une école de campagne appelée classe unique. L’institutrice devait s’occuper de 40 élèves âgés de 6 à 14 ans. Bien évidemment, elle négligeait certains cours. Je me trouvais de ceux-là.

-  Mademoiselle, donnez-nous des opérations !
-  Oui, oui, plus tard, en attendant, lisez, lisez, et toi Simone, fais lire les petits.
C’est ainsi que Jean et moi qui savions bien lire, nous nous occupions des touts petits de 6 ans. J’aimais cela. Et Jeanne ? Combien d’heures ai-je passées à côté d’elle ; inlassablement nous relisions toujours la même chose ; l’instant d’après, elle avait tout oublié à cause de son handicap : née avec une malformation cardiaque. En rentrant, le soir, maman me demandait :

-  qu’as-tu fais aujourd’hui ?
-  j’ai fait lire les petits.
-  encore, et puis quoi ?
-  rien, ou plutôt si, nous avons lu.
-  - cela fait des mois que cela dure. De toute façon, je ne t’ai jamais vue apprendre à lire. Mais les choses vont changer. Nous allons t’inscrire à l’école privée. Je pense que tu pourras supporter les 7 kms à pied chaque jour. Oui je sais, c’est beaucoup car ce sera sous la pluie, le froid, la neige et, de plus, par un mauvais chemin.
Nouvelle rentrée scolaire et grand changement. Les classes n’avaient que deux cours et le travail était énorme. Nous faisions la prière matin et soir. Nous devions travailler beaucoup et dans la discipline. Une certaine Bernadette, toujours souriante, réussissait à casser la grande rigueur scolaire imposée par la religieuse. Elle nous apprenait à chanter un canon. Oui, elle semblait heureuse ce qui n’était pas le cas de l’ensemble des religieuses de cette école.
J’ai été élevée selon la tradition catholique romaine. Nous assistions à la messe tous les dimanches. Le prêtre revêtait un vêtement liturgique spécial et s’entourait d’enfants de chœur vêtus de costume de circonstance. Ils assistaient le célébrant. Ce dernier officiait en latin. Saint Grégoire avait harmonisé toutes les cérémonies de l’année. Ce fut appelé : chant grégorien, musique écrite en clé d’ut sur une portée de quatre lignes.
Les paroissiens arrivaient à participer quelques peu, par habitude. La cérémonie des Vêpres, le dimanche après-midi, toujours en latin, nous étaient imposée à nous, candidats à la première communion ; nous avions 11 ans. D’où venaient tous ces psaumes si difficiles à chanter ? Mais personne ne posait de questions.
Très tôt je réalisais que presque tous allaient à l’église par devoir. Comme ce verset de la Bible me semble parfaitement adopté : « ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est éloigné de moi ». Mais j’anticipe un peu et pendant des années j’allais retourner ces questions dans ma tête. Pourquoi cette absence de joie dans le service pour Dieu, ces regards inquisiteurs, ce manque d’amour ? Oui, pourquoi ?
Ma 1 ière communion
Depuis 3 ans j’assistais aux leçons de catéchisme le jeudi et le dimanche avant les Vêpres. J’ai appris les nombreuses réponses sur l’Eglise et la tradition ainsi que les longues prières du matin et du soir.
Enfin, nous passions l’examen de communion et des places nous furent données selon les points. Trois jours avant la cérémonie, nous participions à la retraite préparatoire. Chacun répétait son rôle avec le plus grand sérieux mais dans une joyeuse attente. Pour la première fois, j’allais confesser mes péchés au prêtre. Ensemble nous avons fait une prière de regrets avec la promesse de ne pas recommencer ; puis, il me donna l’absolution en disant : « allez en paix ».
Je désirais ardemment aimer Dieu et Jésus mais j’y parvenais si mal ; ne faire que le bien avec mes parents ou mes camarades de classe me paraissait impossible. J’avais confessé mes péchés mais je n’avais pas reçu la « paix » comme le prêtre l’avait dit. Pourquoi ?
Ce dimanche 4 mai, maman et ma sœur s’affairaient autour de moi, me revêtaient de la longue robe blanche et du voile blanc sur la tête après m’avoir très bien coiffée.
Toute la famille m’entourait de son affection et les invités m’avaient apporté des cadeaux. Toute fois, je restais concentrée sur la sainte communion, le centre même de la cérémonie. Pour la 1 ère fois de ma vie, j’avais 11 ans, j’allais recevoir Jésus sous la forme d’une hostie.
Cette fois encore, je fus déçue de ne pas ressentir cette joie intérieure comme je m’y attendais selon les enseignements reçus. Toutefois, ce fut une très belle journée. Pas de durs regards ce jour là mais seulement des attentions bienveillantes. Toute la famille cherchait à m’être agréable. Je me sentais aimée, un sentiment tout à fait inhabituel.
La syncope que je fis après le déjeuner, signe d’une trop grande sensibilité, fut la seule fausse note de la journée.
Après cette belle fête de famille, le train train quotidien reprit et son austérité aussi. J’avais cependant le privilège de vivre quotidiennement une parfaite entente avec mon frère et ma sœur. Anne et moi dormions ensemble, commentions les évènements de la journée à voix basse et faisions notre prière chaque soir ensemble. Naturellement, nous récitions les prières apprises par cœur au catéchisme. Nous ne connaissions que cela. J’ai appris au cours de religion à l’école des passages de l’Évangile comme « la pêche miraculeuse », le « sermon sur la montagne », la « résurrection de Lazare », le « jugement dernier ». Ces cours d’instruction religieuse figuraient au programme scolaire au même titre que le français ou le calcul. Je me souviens que tous les rites traditionnels avaient beaucoup plus de place que les cours passages de l’Évangile. J’aimais beaucoup mon grand-père maternel ; toujours gai, il me racontait des histoires drôles. Pourtant, il aurait eu des raisons de se plaindre, lui qui avait tant de peine à se déplacer même avec ses deux béquilles. L’arthrose et les rhumatismes précédés d’une mauvaise fracture mal soignée, l’avaient presque immobilisé. Il en souffrait beaucoup et avait été contraint de cesser toute activité plus tôt qu’il ne l’avait souhaité.

Chapitre 3
Ma première leçon de piano
 
Lorsque j’allais le voir, j’étais certaine de le trouver assis au coin du feu ou a côté de son poste de radio. Naturellement, il écoutait les informations mais également de la musique. Grand-mère me disait alors : « ton grand-père écoute de la musique ! Te rends-tu compte ! A quoi cela peut bien lui servir ? Non je ne le comprends pas ! »
Orphelin dès son jeune âge, il avait dû travailler dur pour gagner sa vie, sans famille, sans argent, comment aurait-il pu faire l’étude d’un instrument ? Mais, grand-père ne devait pas être seul à aimer cet art. Le clavier du piano me fascinait, et je désirai savoir jouer. Un jour, l’occasion favorable se présenta. Ce dimanche là, les dès furent jetés :

-  Maman, accepterais-tu que je joue du piano ? Mademoiselle Madeleine n’a pas assez d’élèves ; c’est elle qui me donnerait des leçons.
-  Oh oui, pourquoi pas !
J’en aurai dansé de joie, mais je devais me contenir.
Dès la première leçon, j’ai aimé avec passion ; je fis de rapide progrès. Bien entendu, les cours étaient payants. Maman accepta difficilement de régler la note. J’eu très peur que mon rêve soit brisé ; je pense qu’Anne aida maman à accepter ce petit sacrifice financier.
Je commençais à réaliser que mes parents ne formaient pas un couple uni ; la tension familiale montait facilement et mon frère devint une cible de choix. Maman cherchait à le protéger, papa l’acceptait mal. Anne et moi faisions le point le soir. Avant de nous endormir une prière commune jaillissait de nos cœurs pour que l’amour et la joie soient notre partage à tous.
Grand-père tomba malade, très gravement, puis il mourut. Maman est venue me le dire en larme, j’allais m’endormir. Nous avons pleuré toutes les deux. Pourtant, dès que ma mère me quitta, je priais Jésus de le ressusciter. N’avait-il pas fait sortir Lazare du tombeau ? J’avais lu cette déclaration de Jésus à Marthe dans l’Evangile : « je suis la résurrection et la vie ». En toute simplicité j’ai cru que le Seigneur Jésus allait me rendre mon gentil grand-père. Je fus étonné que le miracle n’ait pas lieu. Encore un pourquoi bien rangé dans ma tête.
La confirmation
Trois mois plus tard, nous nous préparions à la confirmation, sacrement donné par l’évêque. Un autre temps fort religieux pour moi. Ce sacrement consistait à recevoir le Saint-Esprit : une grande joie et une nouvelle puissance pour témoigner de ma foi. Selon l’instruction religieuse, nous allions faire la même expérience que les apôtres le jour de la Pentecôte. Je jubilais à la pensée que ma vie chrétienne allait être vécue avec plus d’intensité et contribuer à la transformation de l’environnement familial où l’absence de paix et de joie se faisait cruellement sentir.
Le grand jour arriva. Tous les futurs confirmés vêtus de blanc entrèrent en procession dans l’église entourés d’une foule nombreuse. La chorale chantait à plusieurs voix. Je me trouvais dans un climat d’attente tant mon cœur avait soif.
A genoux devant l’évêque il fit un signe de croix sur mon front et dit : « recevez le Saint –Esprit au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». L’instant d’après de retour dans les bancs de l’église, le conflit intérieur commença : « je ne me sens pas transformée ! Où est cette grande joie dont on nous a tant parlé ? Et la nouvelle puissance ? Non, ce sacrement ne m’apportait rien et ce ne fut pas un sentiment partagé. J’ai dû me rendre à l’évidence par la suite que rien n’avait changé. Je crois en Dieu, prie régulièrement, prends part au sacrement avec foi et sérieux, et rien ne se passe. Pourquoi ?
Mes camarades de classes ne firent pas de remarque à ce sujet. Aucune n’évoquèrent leurs déceptions. De toute façon, nous avions la certitude d’appartenir à la vraie religion. Alors pourquoi s’interroger ou même douter ?
Mes souvenirs d’école sont plutôt sombrent dans le sens où je n’entendais jamais une parole d’encouragement. Des reproches et rien que cela. Au bas du bulletin trimestriel : « Simone peut mieux faire ». Tout naturellement, mes parents se rangeaient du côté de l’enseignante. Une seule fois Madame l’inspectrice avait noté sur un devoir d’examen de passage : « Simone a fait des progrès en français, il faut continuer ».
Cette seule phrase m’encouragea beaucoup et suscita une réelle motivation nouvelle. De toute façon la religieuse n’aimait pas les filles de la campagne. Elle favorisait systématiquement les élèves de la ville. Elle n’avait pas une heure et demi de trajet à faire chaque jour à pied et par n’importe quel temps. Or, tout le monde sait qu’il pleut souvent en Normandie !
Avec le recul, je me rends compte que notre maîtresse, si souvent de mauvaise humeur, directrice de son école et de la cantine ne pouvait guère compter sur son temps libre. Entre autre, le midi, elle récitait le chapelait, elle allait à la messe chaque matin et faisait d’autres prières imposées par sa congrégation.
Elle semblait vraiment surmenée, un gros effectif d’élèves et plusieurs divisions. De plus, nous devions travailler beaucoup. Après l’instruction religieuse dont j’ai déjà parlé nous faisions du calcul, français, calcul, français, presque à journée entière. Tant pis pour les récréations auxquelles nous avions rarement droit… A mon grand désespoir, car, ce quart d’heure je le consacrais à l’étude du piano. Je ne pouvais plus vivre sans lui. Des milliers de notes chantaient dans ma tête… Même pendant les explications scolaires, mes doigts n’arrêtaient pas sur le bureau ce qui agaçait un peu tout le monde ; je ne pouvais plus vivre sans mon piano.
Nous prenions rapidement notre déjeuner afin de disposer d’un laps de temps assez long pour faire du théâtre, comme ça, pour s’amuser. Jacqueline et moi faisions cette animation en impromptu. Notre déguisement ? Tous les vêtements du vestiaire juste à côté nous tendaient les bras. Nous n’avions plus qu’à trouver le thème de notre scénario et nous voilà devant notre jeune public qui n’était autre que les élèves de l’école. Quel succès ! Nous les faisions rire, et ça, ils aimaient ! Pas question d’arrêter !
Le théâtre, la danse, le chant choral et le piano, toutes ces activités me plaisaient beaucoup. Plus tard…me sera-t-il possible d’évoluer dans le monde artistique ?
Mais c’est bien connu, tous les enfants du monde rêvent ! Et si ce rêve devenait réalité ?
En attendant, je devais subir l’humeur de notre enseignante. Son attitude injuste à l’égard des élèves ne cadrait pas avec la foi qu’elle avait épousée. Religieuse toujours triste, non, décidément, je ne voyais pas le christianisme vécu ainsi. J’avais soif d’idéal, et à force de chercher, je finirai peut-être par trouver. Peut-être…
A 14 ans, c’est l’année du certificat … réussi avec 25 points au dessus de la moyenne. Mes parents me donnèrent le choix entre la continuité des études ou le travail à la ferme.

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