Paris au fil du temps, Bavardages d'enfance… de 1945 à 1950 , livre ebook
140
pages
Français
Ebooks
2022
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Publié par
Date de parution
30 juillet 2022
EAN13
9782386474613
Langue
Français
Poids de l'ouvrage
5 Mo
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Date de parution
30 juillet 2022
EAN13
9782386474613
Langue
Français
Poids de l'ouvrage
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Marie-Anne Delesalle
Paris au fil du temps
de 1945 à 1950
À ma famille,
à tous ceux qui me sont chers
et nombreux à ne pas avoir connu
ce temps qui fut le mien.
2 Paris au fil du temps
Préface
La place Saint-Sulpice, l’une des plus belles du 6 e arrondissement de Paris - peut-être la plus italienne grâce à sa majestueuse fontaine - reste de nos jours un lieu privilégié où l’on peut encore flâner à l’ombre de l’église. Elle a pourtant bien changé depuis ce mois d’octobre 1974 où Georges Perec s’installait à la terrasse du Café de la Mairie pour décrire " tout ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des voitures et des nuages. "
Maintenant que la haute couture a succédé aux marchands d’objets de piété et que le murmure de la fontaine est à peine audible, nous retrouvons cette place au cœur des souvenirs d’enfance de Marie-Anne Delesalle.
C’est en 1945, au lendemain de la guerre, que sa famille emménage rue Bonaparte, entre Saint-Germain-des-Prés et Saint-Sulpice, dans un grand appartement vétuste au loyer modeste, comme il n’en existe plus aujourd’hui.
Curieuse, sociable, émotive mais intrépide, Marie-Anne découvre un quartier au charme encore provincial : le " vieux Paris ", avec ses artisans à l’ancienne et bien d’autres personnages pittoresques.
Sa vie d’enfant est émaillée de rencontres, de trouvailles et de péripéties qu’elle nous transmet avec un sens aigu des paroles et des scènes à saisir. Quel bonheur de traverser avec elle le Luxembourg, en direction du Lycée Montaigne ! Et qui se souvient encore de Madame Édouard qui régnait alors sur le chalet d’aisance de la place Saint-Sulpice, tout en surveillant du coin de l’œil les enfants s’éclaboussant d’eau, au bord de la fontaine ? Ce chalet et la colonne Morris ont disparu. Aujourd’hui, de nouveaux arbres remplacent les platanes d’antan, plus que centenaires. Restent le commissariat, la mairie et son café. Heureusement, la petite fontaine Wallace, immortalisée par Robert Doisneau, est encore là. Et le tintement immuable des cloches continue à rythmer la vie quotidienne des habitants de la place...
Dans ce bel ouvrage illustré de photos, quelques croquis de l’auteur témoignent du sens de l’humour qui illumine aussi sa prose. Avec une subtilité et un art du détail exceptionnels, Marie-Anne nous invite à partager, pour notre plus grand bonheur, ce monde qui fut le sien, dans ce 6 e arrondissement si cher à beaucoup d’entre nous.
Francine Siety
© Éditions Complicités, Chez Pierres de Paris – 44 rue Rouelle, 75015 Paris, 2022
ISBN : 9782351204757
Dépôt légal : 3e trimestre 2022
www.editions-complicites.com
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5.2° et 3°a), d’une part que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (Art. L-1222-4).
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PROLOGUE
Lorsque j’étais enfant,
Paris était chaque jour une aventure
qui devenait une histoire.
Je la mettais en réserve dans la grande
armoire de ma mémoire, sans oublier
les plus marquantes.
Elles y sont toutes, côté cœur,
et j’en ai gardé la clé.
Quand je parle de mon enfance,
c’est de la vôtre aussi qu’il est question.
Quelle que soit l’époque, un enfant reste un enfant.
Au fil du temps, Paris sera toujours Paris. n
Paris au fil du temps
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6 Paris au fil du temps
La guerre était finie
Ils en parlaient encore !
Un jour, j’ai arraché les yeux de mon ours. Un geste bien cruel, me direz-vous, de la part d’une petite fille qui aime son ours François.
Il faut vous dire que ce jour-là une grande agitation régnait dans la maison.
Quelques jours auparavant ma mère avait annoncé à tout le monde que la guerre étant finie, elle était bien contente d’aller à Paris rejoindre son mari avec nous, " les deux petites ". Tandis qu’elle doit s’occuper du déménagement, tous les amis sont là et lui prêtent leurs bras et leurs fortes mains.
Les cartons s’empilent dans l’entrée, les déménageurs chargent des diables. Ils vont et viennent par la porte grande ouverte, donnant sur la rue. Voilà l’ambiance dans laquelle je baigne.
Mais, c’est à partir de là que tout a commencé, alors que j’entends ma mère dire :
– Non, non, c’est trop horrible. Ce ne sont pas des choses à dire devant des enfants.
Quelqu’un réplique :
– Si vous ne me croyez pas, regardez les journaux ! Dans celui-ci, il y a même une photo en dessous de l’article qui en parle.
Cachée avec François, sous la table en chêne de la salle à manger qui n’a pas encore été embarquée, j’entends tout, je vois tout.
Certains parlaient des Allemands, d’autres des Boches.
Et avant qu’ils n’abandonnent leur tasse de la pause-café et laissent traîner les journaux, tandis qu’un des déménageurs se rapproche d’eux, ma mère dit très fort :
– Allez, allez, nous n’allons pas nous fâcher, même si nous ne sommes pas du même avis. Nous sommes entre nous, mais méfiez-vous tout de même, les murs ont des oreilles !
Je n’avais pas tout compris, mais je savais qu’ils parlaient de la guerre et de ses horreurs. Et je ne savais pas encore " Les camps de la mort " dont on dévoilerait peu à peu l’existence, les délations entre voisins qui ne faisaient que commencer.
Les images des journaux montraient déjà de trop vilaines choses, je voulais épargner à mon ours, si sensible, un tel spectacle. Je ne pouvais que lui supprimer les yeux. n
Paris au fil du temps
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8 Paris au fil du temps
C H A P I T R E 1
La locomotive à vapeur et François
En route pour Paris
Le jour de notre départ pour Paris est vite arrivé. Il faisait presque nuit quand toutes les trois, Maman, ma sœur et moi, nous sommes allées à pied à la petite gare de Riom attendre le train. La ville de Riom dit " Riom-le-beau " dépendait de Vichy, du temps de la ligne de démarcation. Cette ligne nous avait séparées de notre Papa, fonctionnaire. Il avait été muté à Paris, la paix nous le rendait.
Nous n’étions pas les seules à monter à Paris. Le quai était noir de monde, rempli de tous ceux qui avaient été privés de Paris tout le temps qu’avait duré cette terrible guerre ; cette guerre qui avait partagé la France en deux.
Le train allait sûrement être bondé. Nous y passerions la nuit pour ne découvrir la capitale qu’au petit matin, au lever du soleil. Maman était très élégante. Elle avait mis le chapeau que Papa aimait, des gants dans le même tissu que sa veste. Et en plus de son sac à main, en vernis noir et fermeture dorée, elle portait une grosse valise en carton. Elle n’est pas lourde, disait-elle. Dedans, il n’y a que nos robes d’été. À Paris on trouvera tout ce qui nous manque. En direction de la gare, ma sœur Marie-Framboise et moi avions placé François-mon-ours-bien-aimé entre nous deux. Il nous donnait ses deux pattes avant. Nous les tenions fermement. Il ne s’agissait pas de le perdre.
Quand la locomotive a fait subitement son apparition, le mécanicien à lancé vers le ciel des jets de vapeur, en sifflant, sifflant, sifflant, par trois fois comme savait le faire une locomotive à vapeur. Dans la demi-obscurité de la nuit tombante, une grosse fumée blanche s’élevait au ciel. Elle sortait à grands bruits des naseaux de la puissante machine, comme le souffle d’un gigantesque cheval fou qui se serait emballé. C’était surnaturel, magique, magnifique. Et dans son dos apparaissait la grande chenille verte dans laquelle nous allions passer toute la nuit pour aller à Paris. C’était trop beau.
Par ma faute François avait perdu ses yeux, il ne pouvait pas voir ça. Et il ne verrait pas non plus Paris. Je me suis mise à pleurer silencieusement, serrant François pour lui demander pardon. Maman m’a prise dans ses bras et m’a dit : on trouvera des yeux pour ton François. On trouve tout à Paris. n
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C H A P I T R E 2
Paris à la Libération et le chewing-gum
Marie-Framboise, mon aînée surveille de très près mes souvenirs. Les siens ne sont pas forcément les miens. Elle me reprend : « Tu fabules, ma pauvre vieille, ça pouvait pas être en juillet. Il faisait froid quand on a pris le train de nuit à Riom avec Maman. » Qu’importe !
À Paris, le lendemain, Papa nous attendait sur le quai, gare d’Austerlitz. Ce matin-là, il ne pouvait y avoir que du soleil dans mon cœur ! Avant de nous avoir trouvé un appartement rue Bonaparte, Papa occupait rue des Écoles, un petit studio dans un hôtel qui existe toujours au même endroit et a conservé ce nom " Familia Hôtel ".
Pour moi c’était là, à l’hôtel Fami-
lia que devaient vivre les familles
qui avaient retrouvé leur Papa. Et
derrière toutes les portes closes, de
ce 4e étage où je déambulais, il ne
pouvait y avoir que des amis. Je
me suis fait beaucoup de relations
en toquant à ces portes. Elles s’ou-
vraient pour moi et distribuaient des
bonbons. Mais l’espace était trop
restreint. Il me fallait descendre
dans la rue. Ce Paris libéré me donnait des envies de liberté. Reste bien sur le trottoir devant l’hôtel, me disait ma mère. Elle m’avait donné un morceau de craie pour que je dessine par terre. Et non pas sur le mur de la chambre, « grand Dieu ! », s’offusquait-elle. J’avais commencé des œuvres d’art avec un crayon rouge.
Le gardien du Familia avait un œil sur moi. Je restais sage, captivée que j’étais par toutes ces différentes personnes passant sur le trottoir. J’avais entendu dire qu’il y avait " les gens du peuple " et " les autres ". Pour moi, ils étaient tous pareils et ils le sont restés. Quand l