Exactitude du malheur
52 pages
Français

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Description

Dans un lieu indéterminé, une femme, soixante-quinze ans peut-être, est assise, entourée de photographies et d'autres reliefs de son passé qui suscitent en elle des souvenirs épars, tantôt précis, tantôt flous, parfois drôles. Elle a tout connu, la douleur et l'éblouissement. La folie aussi, sans doute. Elle se croit en prison pour le meurtre, autrefois, de sa petite fille.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2006
Nombre de lectures 250
EAN13 9782296612587
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Exactitude du malheur
www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

© L’Harmattan, 2006
ISBN : 2-296-00168-8
EAN : 9782296001688

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Bernard H. Rongier


Exactitude du malheur


Théâtre


L’Harmattan
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
FRANCE

L’Harmattan Hongrie
Könyvesbolt
Kossuth L. u. 14-16
1053 Budapest

Espace L’Harmattan Kinshasa
Fac.. des Sc. Sociales, Pol. et
Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa – RDC

L’Harmattan Italia
Via Degli Artisti, 15
10124 Torino
ITALIE

L’Harmattan Burkina Faso
1200 logements villa 96
12B2260
Ouagadougou 12
« L’instant théâtral »
Collection dirigée par Luc Dellisse

Cette collection existe depuis février 2005. Elle publie en priorité des textes qui unissent modernité littéraire et sens des situations dramaturgiques. Elle attache une attention particulière aux fables d’aujourd’hui, qui rendent compte de manière stylisée du réel « ici et maintenant ». Elle accueille également des traductions de textes contemporains méconnus et marqués par la vérité scénique.


Déjà parus

Marc-Michel GEORGES, Sur liste rouge , 2006.
Federico BENINCASA, La ménagerie déconcertée , 2005.
Marc DELARUELLE, Manque un cœur, Madame T ! , 2005.
Pierre-Dominique PARENT, La Caisse , 2005.
Régis MOULU, Garder son élan, jeter son couteau , 2005
Pierre TAMINIAUX, Le bord , 2005.
pour Suzanne
PERSONNAGES
La femme
Le garçon


Le chœur est composé de deux très jeunes femmes (C2, C3) et une d’âge moyen (C1).


Un vaste tapis.
Un fauteuil.

Sur le tapis, des photographies éparses, ainsi que d’autres reliefs du passé : ce sont eux qui déclenchent les différentes séquences du monologue de la femme, jusqu’à l’arrivée du garçon.

La lumière fait apparaître les personnages : il n’y a ni entrées ni sorties.

Le chœur n’a pas accès au tapis.

On entend quelques accords de "La javanaise" de Serge Gainsbourg.

Puis le chœur est là : la lumière le découvre progressivement.

C3. C’est une histoire vraie.
C1. C’est une histoire inventée.
C2. Une histoire qui est arrivée.
C1. Inventée, de bout en bout.
C3. C’est la réalité.
C1. C’est le théâtre.
C2. C’est la réalité.
C1. Ce n’est pas la réalité.
C2. C’est la vérité.
C1. Un fragment de vérité.
C3. Un fragment.
C1. Oui.
C2. C’est l’histoire d’une femme.
C1. Pas seulement.
C2. C’est d’abord l’histoire d’une femme.
C3. C’est une histoire de femme.
C1. Pas seulement.
C3. C’est une histoire banale.
C1. C’est une histoire qui a déjà été inventée.
C3. C’est une histoire de tous les jours.
C1. Pas de tous les jours.
C2. C’est une histoire de tous les temps.
C1. De tous les temps, oui.
C3. Elle a 75 ans.
C2. Elle s’appelle Madeleine.
C3. Elle s’appelle Jeanne.
C2. Elle s’appelle Leïla.
C1. Elle ne s’appelle pas.
C3. Elle a 75 ans.
C2. Plus, peut-être.
C3. Peut-être 80.
C2. 80, non, je ne crois pas.
C1. Elle n’a pas d’âge.
C2. Elle s’appelle Marie.
C1. Elle ne s’appelle pas, elle n’a pas d’âge.
C2 et C3 , ensemble. C’est une histoire inventée. C’est l’histoire d’une femme. Elle ne s’appelle pas. Elle n’a pas d’âge.


LA FEMME est là : la lumière la découvre progressivement.

C2. Elle est encore belle.
C1. Elle est belle.
C2. Oui, elle est belle.
C3. Etait-elle aussi belle, avant ?
C1. Non, elle n’était pas aussi belle, avant.
C2. Elle va parler.
C3. Elle parle.
1
LA FEMME. (Photo.) Encore en train de mettre la table. Dire que j’entrais dans son jeu. "Et la table qui n’est pas encore mise. Je vais finir par devoir la mettre moi-même. Je ne vais tout de même pas finir par la mettre moi-même. A mon âge. Dans l’état où je me trouve". ( Un temps.) Dire qu’à quatre ans. ( Un temps.) Dire qu’à quatre ans elle mettait la table. Les filles sont comme ça. Est-ce qu’elles sont comme ça ? Elle aurait passé sa journée à mettre la table, c’était une sorte de compulsion. A tout bout de champ j’étais obligée de lui dire : ce n’est pas le moment de mettre la table, voyons, tu mettras la table le moment venu. Mais non, elle s’obstinait à mettre la table, des heures avant l’heure du repas. Son nom, naturellement, je l’ai oublié. Comment s’appelait-elle ? Comment peut-on se souvenir des noms ? Est-ce que ça existe, les gens qui se souviennent des noms ? Mettre la table, étais-je obligée de lui répéter, il y a des choses plus importantes dans la vie.

Un temps.

C2. Elle n’a pas toute sa tête.
C3. Elle est troublée.
C1. Oui.
C2. Est-elle folle ?
C3. Est-elle folle ?
C1. Nous ne le savons pas.
C2. De qui parle-t-elle ?
C1. Nous ne le savons pas.
C2. Elle ne va pas bien.
C1. Non.
C3. Elle est troublée.
C1. Oui.
C2. Elle va parler, elle parle.
C1. Ecoutez-la.
2
LA FEMME. Je vis dans la souffrance. Voilà ce que vous ne voulez pas comprendre. Ne pouvez pas comprendre. Ne voulez pas ou ne pouvez pas ? Dans la souffrance, du matin au soir, du soir au matin. Est-ce bien de la souffrance je me demande. Est-ce que ce ne serait pas plutôt de la douleur ? Vous la connaissez, la différence ? Souffrance, douleur. Est-ce que ça vous dit quelque chose, cette distinction : souffrance et douleur ? Toujours est-il. Toujours est-il que cette expression, avoir mal , je crois bien que c’est moi qui l’ai inventée. C’est à croire que je l’ai inventée, personne ne la comprend, presque personne. Un jour je lui ai envoyé un message électronique. Est-ce que les messages électroniques existaient déjà ? Je ne tiens pas le compte du temps. Peut-être l’ai-je laissé sur le répondeur du téléphone. Est-ce que les répondeurs téléphoniques existaient déjà je me demande.

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