Grotius ou L eau salée
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Grotius ou L'eau salée , livre ebook

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Description

À qui appartiennent les océans ? Depuis des siècles, les sociétés humaines tentent de s'approprier les mers comme elles ont conquis les terres. En 1494, le traité de Tordesillas et la bulle du Pape attribuent les océans au Portugal et à l'Espagne. La domination de l'Angleterre remet en cause cette situation dès le siècle suivant… Nous sommes au xviie siècle, à Paris. Hugo de Groot, dit Grotius, est ambassadeur de Suède en France. Diplomate, humaniste, théologien, juriste et avocat, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont le célèbre Mare Liberum dans lequel il défend la liberté des mers. Sir Kenelm Digby, philosophe, scientifique, penseur et homme d'affaires britannique, vient le rencontrer pour défendre les intérêts commerciaux de son pays.Trois siècles plus tard, à l'occasion d'un colloque international sur les océans, un journaliste britannique vient interroger le chef adjoint de la délégation française sur la question de leur possession. Mais l'ambiance n'est plus la même, et le sujet dépasse désormais les enjeux européens…Anne H. Tallec a passé son enfance aux Antilles et son adolescence en Afrique. Juriste maritimiste, consultant en développement économique, associée dans une société de conseil, elle arpente aujourd'hui certains endroits du monde, l'écriture occupant une partie de ses nuits.Elle est l'auteur de deux romans : Le maître et le violoncelle (JC Lattès, 2009), et S'ils sont tes frères (Cent Mille Milliards, 2017).

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 novembre 2022
Nombre de lectures 5
EAN13 9791097455835
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,06€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© Anne H. Tallec, 2018
pour Cent Mille Milliards

Les personnages

Prologue
Claire, étudiante en droit, écrit une thèse sur le juriste Grotius.

Acte 1
Hugo de Groot, dit Grotius, humaniste, diplomate, avocat, théologien et juriste néerlandais du xvii e siècle, ambassadeur de Suède en France, grand théoricien du droit naturel, auteur de nombreux ouvrages sur le droit dont le célèbre Mare Liberum ( De la liberté des mers ).
Maria, épouse de Grotius, a organisé son évasion de la prison Lowenstein.
Zerline, servante du couple.
Sir Kenelm Digby, philosophe, scientifique, penseur et homme d'affaires britannique du xvii e siècle, auteur d'un discours sur la guérison des plaies avec de la poudre de sympathie (à base de vitriol calciné) et l'un des concepteurs de la notion d'économie de la nature.

Acte 2
Claire, étudiante parisienne qui travaille en 2018 sa thèse sur Grotius.
Alistair Mac Donald, journaliste britannique, enquête sur l'écologie de la mer.
Monsieur de Printevice, professeur de Claire, spécialiste des questions maritimes internationales, chef adjoint de la délégation française à la conférence sur la mer.
Barmaid de la cafétéria.
Six couples qui vont et viennent, discutent entre eux, travaillent sur leur ordinateur portable, sont sans arrêt interrompus par leur téléphone mobile…

Prologue

Devant le rideau non tiré (ou côté cour, le côté jardin étant plongé dans le noir), sous un éclairage unique et fort, une jeune femme interpelle le public comme si elle répondait à une question :
Claire : À qui appartient l’eau salée ?
Elle se dirige vers les coulisses.
Claire : Mon directeur de thèse, Monsieur de Printevice, répète que pour la majeure partie des gens, la mer est un espace inviolé et libre. Loin et indestructible… Il y a 400 ans deux hommes…
Son téléphone mobile sonne.
Claire : Ah, excusez-moi… Allô… Allô ?
Le coté cour plonge dans le noir (ou le rideau s’ouvre) et la jeune femme s'y dirige tout en aidant le rideau à s’ouvrir.

Acte 1

Le côté jardin s’éclaire faiblement laissant apparaître un décor du xvii e siècle : une pièce sobre en cours de déménagement, avec un bureau ou une table éclairée à la bougie, deux ou trois fauteuils et des livres empilés un peu partout.
Grotius entre dans la pièce, un livre à la main.
Grotius : On n’y voit goutte ici. Enfin, nous ne sommes pas encore partis ! C’est l’hiver… La nuit arrive si vite. Zerline ! Zerline !
Zerline arrive les yeux rougis.
Grotius : Qu’attendez-vous pour allumer les chandeliers ? Comment se fait-il que le feu soit mort ? On grelotte ! Le froid humide de décembre est redoutable… C’est étrange, cette sensation qu’il fait de plus en plus froid les hivers !
Zerline : Monsieur, il a fallu éteindre la cheminée du salon car elle fumait trop, le vent est passé à l’Est et, comme toujours, cela rabat…
Grotius : Très bien, très bien… Acceptons de geler, cela nous donnera un avant-goût de la Suède ! Quelle misère !
Zerline allume en pleurnichant les chandeliers et sort. Grotius s’asseoit dans l'un des fauteuils. Il ouvre le livre qu’il tenait à la main mais ne lit pas, il est pensif.
Grotius ( murmure ) : Dès mon arrivée à Stockholm, demander audience à la jeune reine et lui rappeler le droit naturel, celui lié à Dieu, avant de lui soumettre mes réflexions à propos des négociations autour du futur traité de paix de Westphalie. Je préfèrerais aller à Munster plutôt qu’à Osnabruck… Certes, je suis protestant mais je pourrai faire valoir auprès de sa majesté mes longues années de pratique des catholiques ici à Paris. Osnabrück, Munster, Westphalie… La paix en Europe va se jouer là…
Il fait un geste en avant et en stoppe l’élan, il soupire. Sa femme entre et sort avec des livres en main en bougonnant.
Maria ( entre ses lèvres ) : Des livres, toujours des livres ! Tout ce savoir est-il bon à quelque chose ?
Grotius ( agacé par le va-et-vient de Maria ) : Qu’avez-vous donc à vous agiter ainsi ?
Maria : Je termine les derniers bagages… Vingt années, ce n’est pas rien !
Grotius ( hoche la tête ) : Bien sûr, bien sûr…
Maria ( hausse les épaules, montre les livres ) : Entre ce que je dois trier ou donner sans compter… Vos livres dont chacun vous est précieux… Que l’on retrouve partout du haut en bas de cette demeure !
Grotius : N’oubliez pas de mettre dans la même caisse mon Mare liberum et mon livre sur la guerre et la paix, je vais en avoir besoin très vite au service de la reine Christine. Les eaux, les terres sont attaquées de toutes parts. ( Il soupire ) À mon âge…
Maria ( l'interrompt ) : Votre santé, Dieu merci, est florissante !
Grotius ( se plaint ) : Le temps, Maria. Le temps se fait rare à mon endroit ! Ma mémoire n’est plus que comptable d’un temps dépensé. Les souvenirs maintenant m’occupent davantage que mon espérance, tandis que le monde change, mendiant des réponses nouvelles.
Maria : Allons, mon ami, notre départ vous rend nostalgique !
Grotius semble perdu dans ses pensées.
Grotius : Le temps qui passe est étrange… D’espéré, il devient sitôt là ennemi à lui-même ! Léger à son aube, il fuit son propre jour, emportant dans les heures qui tombent le miel des rencontres et même des rêves… ( Triste et rageur ) Il nous laisse la mort pour mémoire : Henri IV ? Assassiné ! Son fils, Louis XIII, si bon à mon endroit ? Mort l’année dernière, paix à son âme royale ! Galilée ? L’Italien, vous vous souvenez, dont j’avais suivi la pensée magnifique ? Mort la même année que Louis XIII… Richelieu ? Disparu lui aussi… Deux ans déjà. Nos échanges m’apparaissaient si importants ! Qui s’en souvient ?
Maria : Richelieu voulait utiliser votre savoir au profit de la France contre la Hollande. Le cardinal en ferait une tête s’il savait que la reine vient de s’installer dans son palais qui n’est plus dorénavant le Palais Cardinal mais le Palais-Royal ! Une bien belle demeure… On dit que les fêtes qu’y donne Anne d’Autriche sont grandioses. Le veuvage est un fardeau bien lourd à porter…
Grotius : Ne faites pas votre vipère, nous ne savons rien. La cour est toujours au Louvre quand elle est à Paris, et c’est là que les choses se passent. ( Reprenant le fil de sa pensée ) Richelieu reconnaissait l’autorité de mes points de droit.
Maria : Il ne vous aimait point, mon ami, et nous avons quitté la France une première fois à cause de cela. Pas longtemps mais…
Grotius : L’argent nous manquait Maria. Vivre à Paris coûte. La pension de 3 000 livres qui m’était accordée par Louis XIII m’était chichement versée par son grand argentier, Monsieur de Luynes, qui nous haÏssait, nous les protestants. C’est la Suède qui nous a sauvés en m’accordant ses lettres de créances.
Maria : Mon ami, les grands de l’Europe entière, à l’exception de la Hollande, vous appelaient auprès d’eux !
Grotius ( après un moment de réflexion ) : Paix à l’âme royale de Louis le treizième.
Maria : Mais enfin, vous vous répétez ce soir ! Le roi s’est usé la santé à chasser dans les marécages de Versailles ! Le petit pavillon que son père y avait aménagé était humide, certains à la cour s’en plaignaient. Il faut dire aussi que Bouvard, son médecin, n’y est pas allé de main morte : mille deux cents lavements, deux cent cinquante purges, trente-quatre saignées en deux ans !! Même un cheval en Hollande…
Grotius : Maria ! Que savez-vous de la médecine ? Bouvard a fait son possible pour sauver le roi. Richelieu mort, Louis XIII mort. Et maintenant, hein ?
Maria s’agite, elle sort. On entend des livres qui tombent. Elle crie de bien fermer une caisse et de faire attention. Elle revient. Grotius est toujours dans ses pensées.
Grotius : On dit aussi que Mazarin intrigue avec la reine… Qu’il s’enrichisse ! Si ce n’était que cela ! Le roi n’est qu’un enfant de 7 ans, et la guerre est partout ! Qu’y a-t-il là de nouveau ? Un siècle mystérieux aurait-il sur cette Terre connu la paix et nous n’en saurions rien ? Le genre humain… N’y a t-il pas moyen de vivre en paix ? Comment améliorer le triste sort des hommes ? Voilà à quoi j’ai consacré ma vie et perdu mon destin.
Maria ( en colère ) : Que dites-vous à cette heure ?
Grotius : Que la poésie était ma destinée ! La littérature ! Le droit austère et inconfortable, celui par lequel j’ai été jeté en prison dans mon propre pays, la Hollande, dont j’ai pu m’échapper grâce à vos soins, ma mie, jamais ! Mais c’est aux peuples que je pense. Et la poésie attend…
Maria : Vous, le grand juriste que l’Europe respecte ! Il faut que vous ayez perdu la tête ce jour…
Zerline, les yeux rougis, entre pour remettre un courrier. Elle pleure.
Grotius : Zerline, n’avez-vous donc pas séché vos larmes ?
Zerline : C’est grand malheur, Monsieur, que vous nous quittiez. Toutes ces années ici…
Grotius : Ah, ma petite Zerline, j’ai été présenté au roi de France pour la première fois, j’avais 11 ans …
Maria : Hugo, vous nous l’avez dit cent fois ! Le roi Henri assassiné vous avait appelé « le miracle de la Hollande ». Voilà trente-sept ans que je suis mariée à un miracle !
Zerline ( se mouchant ) : Monsieur que ne restez-vous alors ? Vous n’avez plus l’âge pour courir par dessus les mers !
Grotius : Eh bien, Zerline, que dites-vous ?
Zerline : C’est… C’est que… Un monsieur demande à vous voir.
Grotius : Que ne l’annonciez-vous au lieu de pleurnicher !?
Zerline ( fond en larmes ) : Je n’arrive pas à prononcer son nom. C'est son accent. Je n’ai pas bien compris…
Grotius : Allons bon !
Zerline : Il l'a écrit là.
La soubrette tend son plateau. Grotius prend la carte posée dessus.
Grotius : Sir Kenelm Digby ? En quoi donc était-ce compliqué à entendre ?
Zerline : C’est l’accent. L’accent… Et puis, Kenelm, c’est pas chrétien ça !
Grotius : Zerline ! je mets votre effronterie sur le compte de votre émotion ! ( Étonné, regardant son épouse ) Digby ?
Maria ( s'écriant ) : Bien sûr ! Nous en avons entendu parlé à Fontainebleau, ou chez les Condé, à Chantilly je ne sais plus. Souvenez-vous, mon ami, cet Anglais qui aurait fui les avances de Marie de Médicis ! Ah ah ! Absolument personne n’a cru à cette histoire !

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