L heure du biscuit
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L'heure du biscuit , livre ebook

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Description

 Un terrible événement a inspiré L’Heure du Biscuit : durant l’été 2003, la canicule a engendré 15.000 décès de personnes âgées. Certains corps n’ont pas été réclamés par les familles. Liées par un étrange serment, et par leur culpabilité due à des circonstances qu’elles ont-elles-mêmes fomentées, deux sœurs vivent en huis clos chez elles. Avec tendresse, humour et férocité, elles partagent leurs souvenirs, leurs rêves, et leur crainte de perdre leurs repères en quittant leur univers familier. Un regard prenant sur la place des personnes âgées dans la société actuelle, qui n’a que trop tendance à les abandonner. « C’est un texte sur deux tons : la relation des deux protagoniste est sur le ton intime – avec des éclats et des silences – les deux passages du facteur sont sur le mode fantaisiste. Les tonalités intiment l’emportent, en nous touchant profondément. C’est un croquis, un pastel, une nouvelle : un joli moment où la vérité humaine est saisie au vol, secrètement, de quelques élégants coups d’aile » Gilles Costaz (Webthea) Michèle Barbier : Dramaturge, comédienne, auteur-compositeur-interprète, Michèle Barbier a présenté plusieurs pièces au public de théâtre. Qu’il s’agisse de circassiens allemands pris dans la tourmente hitlérienne, du petit peuple mexicain vivant dans la misère, ou de la détresse des oubliés de la société, elle s’attache à mettre en lumière ce qui reste dans l’ombre, ce qui dérange les consciences. Cette pièce a été en compétition pour le Petit Molière 2013

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2013
Nombre de lectures 22
EAN13 9782359625325
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sommaire
L’heure du biscuit
L’HEURE DU BISCUIT
PERSONNAGES
DÉCOR
Dans le noir .
Michèle Barbier

L’heure du biscuit
Théâtre

ISBN : 978-2-35962-532-5

Collection Entr’Actes
ISSN : 2109-8697

Dépôt légal octobre 2013

©illustrations de couverture de Jean Camet.
©2013 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.



Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains

www.editions-exaequo.fr
www.exaequoblog.fr
Du même auteur:


Romans :
Le Mythe Borgeaud - Éditions Wâllada
Laissez Pleurer les Chiens - Éditions Wâllada
Tumpie, dite Joséphine Baker - Éditions Alan Sutton (épuisé)
Ces Merveilleux Fous du Cirque - Éditions Alan Sutton (épuisé)
Jacques Chevallier, député-maire d'Alger (La dernière utopie) - Éditions Riveneuve
Place au Cirque - Éditions Riveneuve

Poésie:
Les Chemins d'Errance - Éditions L'Harmattan

Théâtre:
Laissez Pleurer les Chiens - Éditions Ex-Aequo
L'Heure du Biscuit - Éditions Ex-Aequo
L’HEURE DU BISCUIT



Pièce en un acte de Michèle Barbier


Pièce créée en mars 2013 à l'Aire Falguière (Paris XV°), avec Chantal Péninon (Anna) Michèle Barbier (Hortense) et Ludovic Salvador (le facteur, l'enfant et le vieux).
PERSONNAGES

Hortense, 65 ans
Anna, sa sœur, 60 ans
L’enfant qui devient adolescent puis adulte
Le facteur
Le père
L’infirmier
L’infirmière

(Les trois personnages masculins peuvent être interprétés par un seul comédien)



DÉCOR

Un salon un peu désuet
Une pendule
Un fauteuil
Un grand tabouret blanc sur lequel est posé l’album de photographies
Une table avec un téléphone
Au fond, un chambranle de porte, sans porte (derrière lequel paraîtront des ombres chinoises)
Dans le noir .
Musique. Quand on entend la pendule, lumière progressive. Hortense est près de la fenêtre. Elle regarde l’extérieur. Anna est assise. La pièce est assez mal éclairée.


Hortense : Soif. Anna, j’ai soif.

Anna : Il y a de l’eau à la cuisine.

Hortense : Avec mes cannes, ce n’est pas facile, d’y aller. Tu ne veux pas m’en chercher ?

Anna : Non.


Silence.


Hortense : La Marquise va sortir de chez elle. Avec un nouveau chapeau vert. Hum, tu sais… j’en suis certaine !

Anna : Bah ! Tu te fais des idées !

Hortense : Non, non, j’ai raison !

Anna : Tu lis trop d’histoires de sorcières !

Hortense : (triste) Je ne lis pas. Je ne lis plus depuis longtemps. Cela me fait trop mal aux yeux, trop mal au ventre, trop mal au cœur…

Anna : En tout cas, tu dis n’importe quoi sur cette femme !

Hortense : (malicieuse) Toi, tu ne sais pas regarder… constater…conclure…

Anna : Faire des comparaisons, dresser des symboles…

Hortense : Tu n’as aucune imagination.

Anna : (tendue) Tais-toi !

Hortense : (légère) Celle-ci a déjà tué trois maris. Je te dis qu’elle les mange après l’amour… Regarde comme elle ressemble à une mante religieuse, avec ses éternels chapeaux verts… Mais il faut savoir penser, bien sûr, imaginer, rêver, adapter la réalité à ses désirs, s’amuser à inventer des vies…

Anna : (tendue) Tais-toi !

Hortense : Me taire ? Pas question ! Pas maintenant… pas quand tout cela me rappelle quelque chose… Pas avant que je ne m’en souvienne tout à fait… Quelqu’un te disait cela, te le criait… mais qui ? Qui ?

Anna : Je ne m’en souviens pas !

Hortense : (furieuse) Si, tu t’en souviens ! Mais tu ne veux pas me le dire. Tu refuses de m’aider, c’est tout !

Anna : (les larmes aux yeux) Je te jure que je ne m’en souviens pas.

Hortense : (froide) Si tu avais oublié, tu ne pleurerais pas !

Anna : Tu veux toujours que je me rappelle les humiliations, les choses qui me sont le plus pénible…

Hortense : Je me moque que ce soit pénible pour toi ou pas ! Et toi, tu te moques de ma mauvaise mémoire ! Pénible ! Et tu crois que ce n’est pas pénible pour moi d’avoir vécu tant et tant d’années et qu’il ne m’en reste rien ? Rien ! Toute ma vie s’est échappée… À la veille de ma mort, je n’ai même plus mes souvenirs pour me réconforter. Cela doit pourtant être chaud, des souvenirs… Cela doit donner l’impression que l’on a vécu… un peu.

Anna : Mais de tous tu choisis ceux qui sont le plus humiliants pour moi !

Hortense : (railleuse) Eh bien, tu vois que tu t’en souviens ! (elle vient s’asseoir) Enfin… Pauvre, pauvre, pauvre petite sœur… (autoritaire) Anna, j’ai soif !

Anna : Bon. J’y vais.

Hortense : (despotique) Bien.


Anna se dirige vers un coin de la pièce, en tournant le dos à sa sœur. Hortense tend le bras vers le grand tabouret. Elle s’empare du gros album qu’elle dissimule sous sa robe, et revient à sa place. Anna se retourne. Elle voit que l’album a disparu et sourit avec indulgence. Elle tend un verre d’eau à Hortense.


Anna : Tiens !

Hortense : Merci.

Anna : (elle sa s’asseoir en maugréant) C’est toujours pareil : tu fais de moi ce que tu veux. Je suis ta domestique, ton pantin, ton Polichinelle… Et je ne sais même pas réagir.

Hortense : On peut allumer ?

Anna : Pas avant 5 heures.

Hortense : (avec reproche) Il est cinq heures moins dix !

Anna : Attendons dix minutes. (au public) 5 heures, c’est l’heure d’allumer la lampe. 10 heures, c’est l’heure de l’éteindre. 8 heures, c’est l’heure du biscuit. 2 heures du matin, c’est l’heure où je me tourne dans mon lit. 6 heures, j’en sors. 7 heures, je sers à ma sœur son petit déjeuner. 7 heures et demie, nous nous disputons pour la salle de bains. 7 heures quarante, elle entre dans la salle de bains. Elle m’appelle tout de suite, parce qu’elle ne peut pas se laver seule… Ma pauvre sœur…

Hortense : (au public) Comme c’est bien fait, une vie ! Comme c’est facile, quand on la découpe en petites tranches d’horaires… Comme c’est simple ! On sait toujours où on en est. On sait même pourquoi on vit. On attend cinq heures pour allumer la lampe. On attend huit heures pour manger un biscuit. On attend dix heures pour éteindre la lampe…

Anna : (même jeu) Il faut se construire des rites, remplir un peu le vide des jours… (à Hortense) Hortense, tu sais ? Le Sahara ?

Hortense : Qu’est-ce qu’il vient faire ici, ton Sahara ? Qu’est-ce qu’il a ?

Anna : Justement, il n’a rien… Le sable, le néant, l’éternité, l’aridité… Et puis, brusquement, un palmier. Un palmier tout seul, auquel on se raccroche jusqu’à en oublier le désert… Les rites, les habitudes, ce sont nos palmiers dans notre désert.

Hortense : C’est joli, ce que tu dis ! C’est sûrement moi qui te l’ai soufflé un jour.

Anna : Tu penses bien que je n’aurais jamais trouvé cela toute seule !

Hortense : (avec emphase) Évidemment… C’est embêtant : je suis intelligente, poétique, si j’en crois mes paroles qui fleurissent sur les lèvres des autres… Mais je suis incapable de jouir moi-même de ma subtilité… Ah, vieillesse !


Cinq sonneries de téléphone


Hortense : (avec emphase et bonne humeur) Ah ! Dehors !... Dehors nous appelle ! Dehors se souvient de nous… Que veut Dehors ?

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