La dernière nuit de Raspoutine
84 pages
Français

La dernière nuit de Raspoutine , livre ebook

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Description

Drame en trois actes dont un acte a été représenté sur la scène du Grand-Guignol sous le titre La nuit tragique de Raspoutine, le 4 juin 1924. La pièce met en scène le complot du prince Ioussoupof et de ses amis pour assasiner Raspoutine, qui était parvenu à d'introduire à la cour de Russie en prétendant guérir par le seul pouvoir de sa présence physique. Pour le moment de la mort de Raspoutine, l'auteur André-Pail Antoine, a suivi la version de Wladimir Pourichkevitch, député de la Douma.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 septembre 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782380330137
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA DERNIÈRE NUIT DE RASPOUTINE
DE
ANDRÉ-PAUL ANTOINE
1
COLLECTION LE GRAND GUIGNOL LE THÉÂTRE DES PEURS
TOUTE REPRODUCTION INTERDITE SANS AUTORISATION DIRECTEUR DE COLLECTION : GEORGES FERNANDES BDTRESOR ET LIVREDUMONDE 70 AVENUE ARISTIDE BRIAND 92120 MONTROUGE FRANCE
2
PE
RSONNAGE
S
GRIGORI EFFIMOVITCH RASPOUTINE, 45 ans ... JEAN MAX COMTE SERGE SOUKHOTINE, 30 ans ... FRANCŒUR PRINCE FÉLIX YOUSSOUPOFF, 29 ans VLADIMIR POURICHKÉVITCH, 55 ans ... DIENER GRAND-DUC DIMITRY PAVLOWITCH, 25 ans DOCTEUR DEREVENKO, 50 ans L’AGENT DE POLICE, 50 ans ... RATINEAU YVAN, 60 ans ... BLONDEAU BORIS et SACHA SOLDATS.25 ans COMTESSE ANNA ROSTOV, 30 ans ... PAULA MAXA HÉLÈNE FRIEDMANN, 25 ans ... COLETTE LULLY PRINCESSE DINA OSSOVNA, 30 ans ... MAÏA FLORIAN LES MORTES
L’action se déroule à Pétrograd pendant le mois de décembre 1917.
ACTE I
La scène représente une petite salle voûtée, dans le style des vieilles chambres russes, au rez-de-chaussée du palais Youssoupoff. A gauche, au premier plan, une petite porte très basse et voûtée donne sur une autre pièce. Du même côté, un peu plus loin, une porte également cintrée, mais plus large, donne sur le vestibule. Au fond, une cheminée ancienne avec un bon feu. A droite, presque à la hauteur du plafond, deux petites fenêtres donnent sur la rue. Ameublement élégant et tout à fait moderne. Tapis somptueux. Grands fauteuils confortables. A droite, entre les deux fenêtres, un canapé pro-3
fond devant lequel est étendue une superbe peau d’ours blanc. Au-des-sus du canapé, un très beau crucifix Renaissance. Au milieu de la pièce, une table à thé ronde couverte de liqueurs, pâtisseries et friandises. Près du canapé, une petite table basse supporte un téléphone. Les murs et les voûtes sont couverts de fresques anciennes, de person-nages légendaires peints dans des attitudes qui toutes ont trait à la chasse. Quatre heures de l’après-midi. Un pâle soleil d’hiver pénètre oblique-ment dans la pièce à travers les petites fenêtres.
Scène première SERGE, FÉLIX, DIMITRY, VLADIMIR Au lever du rideau, Félix, venant de la porte du vestibule qu’il referme, entre en scène accompagné de Pourichkévitch. A sa vue, Serge et Dimitjy, qui étaient assis, se lèvent.
FELIX. — Permettez-moi, messieurs, de vous présenter mon ami Pou-richkévitch, le grand orateur de la Douma que vous avez si souvent ad-miré... Son Altesse, le grand-duc Dimitry Pavlowitch... Monsieur le capitaine Soukhotine... Les trois hommes s’inclinent. DIMITRY. — Je suis heureux, monsieur, de faire votre connaissance. J’ai applaudi, l’autre jour, votre discours contre Raspoutine... Les hom-mes énergiques sont rares chez nous... Vous êtes un de ceux-là... VLADIMIR. — Je n’ai fait que mon devoir de patriote, altesse ! SERGE. — Magnifiquement, monsieur ! Quand vous avez adjuré les ministres d’aller se jeter aux pieds du tsar pour le supplier une dernière fois de chasser ce misérable, la salle entière a frémi... VLADIMIR. — Hélas ! Mon effort était inutile, puisque Raspoutine est toujours là ! Un temps. FÉLIX. — Puisque nous voici au complet, je vous propose d’en venir à l’objet de notre réunion. Serge et Dimitry s’asseyent en silence. 4
VLADIMIR, s’asseyant. — Je vous écoute. FELIX. — Vous connaissez la situation. Elle est grave. Au front, les défaites succèdent aux défaites ; à l’intérieur, le mécontentement po-pulaire gronde. La présence sur le trône d’une impératrice allemande et près d’elle d’un Raspoutine, l’aveuglement de l’empereur qui laisse le pays à leur merci, déconsidèrent la monarchie. La tsarine dispose de la Russie comme de son boudoir. Raspoutine gagne chaque jour en au-dace et en puissance. Tous les matins, on s’attend à un nouveau scan-dale qui souillera encore devantage la famille impériale dans l’esprit du peuple. Les bruits les plus fantastiques circulent, on parle de trahi-son. Du train où nous allons c’est, à bref délai, la catastrophe et la ré-volution. Le tsar ne voit rien ou ne veut pas voir. L’heure est venue pour les serviteurs du trône de se concerter pour sauver la Couronne à tout prix et par n’importe quel moyen. Nous sommes d’accord sur ce point ? VLADIMIR. — Parfaitement d’accord. FELIX. — Alors, Serge, puisque vous êtes le porte-parole de Leurs Al-tesses les grands-ducs Cyrille et André, voulez-vous nous dire le pro-jet de salut qu’ils ont envisagé... SERGE. — Il est simple : abdication du tsar, internement de Raspou-tine et de l’impératrice, avènement du tsarévitch. DIMITRY. — Comment l’obtenir ? SERGE. — Par un coup d’État militaire. DIMITRY. — C’est bien hasardeux ! SERGE. — Non. Le travail est déjà fait dans les casernes, il commence à porter ses fruits. Dès à présent, le concours de quatre régiments de la garde est acquis. Les colonels n’attendent qu’un signal. Les cosaques sont douteux. Mais le mouvement déclenché, ils suivront. En tout cas, ils refuseraient de marcher contre nous. DIMITRY. — Et les troupes de Tsarkoë ? SERGE. — Aucun danger. Au jour fixé, le quatrième escadron des hus-sards de l’empereur prendra la garde au palais. Les officiers sont à nous, quant aux hommes, ils ont vu trop de choses, ils en savent trop sur Ras-poutine pour hésiter.
5
DIMITRY. — Évidemment. SERGE. — Les régiments quitteraient Pétrograd à minuit, sous le pré-texte d’une manœuvre de nuit. Ils peuvent être à Tsarkoë à trois heures. A quatre, le tsar aura abdiqué et l’impératrice sera partie sous escorte pour un couvent. A cinq heures, l’avènement du tsarévitch sous la ré-gence du grand-duc Nicolas sera proclamé et à six heures, quand Pé-trograd s’éveillera, tout sera fini. Pour Raspoutine, je m’en charge personnellement. Les grands-ducs pensent avec raison que la popularité dont jouit Votre Altesse auprès des soldats la désigne pour entraîner les troupes et conduire l’expédition. Ils se mettent à vos ordres avec les moyens dont ils disposent. Je viens de les énumérer. DIMITRY. — Mes cousins me font un grand honneur. Mais je ne vois pas les choses aussi faciles... Que dira le peuple ? SERGE. — Le peuple attend un sauveur. D’où qu’il vienne, il sera le bienvenu ! DIMITRY. — Et si le tsar refuse d’abdiquer ? SERGE. — Dans ce cas, Altesse, nous exécuterons vos ordres, quels qu’ils soient. Un silence. DIMITRY. — Porter la main sur l’empereur ! SERGE. — Pourquoi non, s’il est indigne de l’être ! DIMITRY. — J’ai juré fidélité. SERGE. — Lui aussi a juré de défendre sa couronne ! Il trahit son ser-ment. Vous êtes délié du vôtre... DIMITRY. — Non ! SERGE. — Croyez-moi, Altesse, n’hésitez plus, délivrez le pays du cauchemar où il se débat, le trône est au bord de l’abîme, son salut est dans vos mains, mettez-vous à notre tête et conduisez-nous là-bas ! Tant pis pour le monarque, il faut sauver la monarchie. DIMITRY, à Vladimir. — Qu’en dites-vous ? VLADIMIR. — Nul n’a le droit de porter la main sur le tsar ! Sa per-sonne est sacrée. SERGE. — Pourtant... VLADIMIR. — Nous sommes ici pour aviser aux moyens de sauver 6
l’empereur et non pour conspirer contre lui. Rien ne peut nous relever du serment que nous lui avons prêté. DIMITRY. — Vous avez raison. SERGE. — Il faut donc nous laisser conduire à la catastrophe sans mur-murer ? VLADIMIR. — Non. SERGE. — Alors ? VLADIMIR. — Il y a autre chose à faire. SERGE. — Quoi ? VLADIMIR. — Éloigner d’abord à tout prix Raspoutine. Séparée de cet homme, l’impératrice perdra tout équilibre. Le tsar reprendra en main les affaires et tout ira bien. Si l’impératrice résiste, nous obtien-drons qu’il la répudie. DIMITRY. — Mais non... SERGE. — Jamais le tsar n’y consentira ! VLADIMIR. — Qu’en savez-vous ? DIMITRY. — On a essayé dix fois. Dix fois, on a échoué... Votre moyen est impraticable... FELIX. — Il y en aurait bien un autre... VLADIMIR. — Lequel ? FÉLIX. — J’avoue qu’il est moins élégant que ceux qui viennent d’être examinés, mais peut-être est-il plus pratique. Ce moyen serait d’acheter Raspoutine. C’est un homme à vendre. Son influence est malheureu-sement évidente. Pourquoi ne pas nous en servir pour le bien du pays? DIMITRY. — C’est une idée... SERGE. — ... excellente !... VLADIMIR. — Vous oubliez que cet homme est un agent de l’ennemi. Les Allemands le tiennent. Il est trop compromis pour reculer. En ad-mettant qu’il accepte le marché, il nous trahira sans vergogne... DIMITRY. — C’est probable. VLADIMIR. — Et puis, l’idée de pactiser avec cette canaille me ré-pugne ! FELIX. — Qui veut la fin veut les moyens !... SERGE. — On pourrait le faire enlever de force et le conduire à l’étran-7
ger... VLADIMIR. — Il reviendra. DIMITRY. — Il faut pourtant décider quelque chose. FÉLIX. — Voulez-vous mon avis ? VLADIMIR. — Dites. FÉLIX. — Je pense que le meilleur plan d’action n’est pas celui que tel ou tel d’entre nous préfère, mais celui qui présentera les plus grandes chances de succès. Avant de nous lancer dans une aventure dont l’enjeu est formidable, puisque le salut du pays en dépend, il existe un point capital qu’il importe d’éclaircir au plus tôt, celui de savoir quel est, à l’heure actuelle, l’état d’esprit réel de Leurs Majestés. De deux choses l’une, ou bien elles se rendent compte de ce qui se passe et du mal que fait cet homme à la Russie ; dans ce cas, Serge a raison, elles sont inex-cusables et nous devons agir sans faiblesse ; ou bien on les trompe et elles sont aveuglées par Raspoutine. Dans ce cas, c’est Pourichkévitch qui aurait raison. Il suffira d’éloigner le moine pour que la situation s’améliore, et nous agirons immédiatement dans ce sens. Qu’en pen-sez-vous ? VLADIMIR. — C’est parfaitement raisonné, mais comment savoir ? DIMITRY. — Personne à présent n’approche plus librement Leurs Ma-jestés ! SERGE. — Sauf Raspoutine et sa clique !... FÉLIX. — Un homme peut nous renseigner, un homme dont tous, ici, nous connaissons et respectons le nom, le professeur Derevenko, le médecin du tsarévitch. C’est une haute intelligence et une conscience admirable. Il vit avec la famille impériale. Sa position de médecin le met plus qu’aucun autre à même de se rendre exactement compte de l’état physique et moral de Leurs Majestés auxquelles il est d’ailleurs profondément dévoué. Je l’ai prié de venir me voir. Il sera là dans un instant. Il parlera d’autant plus sincèrement qu’il ne se rendra pas compte de l’importance de ses paroles. De ce qu’il nous dira, nous dé-duirons ce que nous devons faire. Qu’en dites-vous ? SERGE. — Évidemment, nous ne risquons rien à l’entendre... VLADIMIR. — C’est ingénieux, mais croyez-vous qu’il consentira... 8
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