Le prestige de la maison Sorgue
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Le prestige de la maison Sorgue , livre ebook

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Description

Gendre de feu le président Sorgue, Georges Debarge voit le prestige de cette vieille maison menacé et sa propre ambition politique en péril lorsqu'un risque de mise en examen pèse sur lui, Solange, son épouse, ayant bénéficié d'un emploi de complaisance par ses soins. Or, miracle, voilà que surgit à point nommé une espèce de deus ex machina dont la présence lui permettra, peut-être, de tout arranger.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 60
EAN13 9782296480612
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le prestige de la maison Sorgue
Claude M ERCADIÉ


Le prestige de la maison Sorgue


Comédie en 3 actes
Ancien journaliste professionnel, Claude Mercadié se consacre depuis une quinzaine d’années à l’écriture théâtrale. Il est l’auteur de plus de vingt pièces dont une quinzaine ont déjà été jouées en France et à l’étranger.
Parmi celles-ci, « La catin de Venise » (préfacée par Max Gallo, de l’Académie Française) , « La trappe » (interprétée à Ibiza, à Barcelone, en Catalogne et en France au Festival d’Avignon et sur diverses scènes) , « L’insoumise », « L’Asile », « Subway blues » « Un printemps de chiens », « Comptine d’automne » (toutes présentées en Avignon depuis 2002) , « Carré de femmes » et « L’autre Sarah » (programmées en 2011 en Avignon) , « Thomas et le colporteur », « Le prestige de la maison Sorgue », « Les chiens de Némésis et diverses pièces courtes.
Claude Mercadié est également l’auteur de deux romans : « Le projet Afghan » publié en 2006 par L’Ecailler du Sud et « Guerre incivile », publié en 2010 par les Editions Privat.


© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55914-1
EAN : 9782296559141

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Personnages :
Georges Debarge : homme politique.

Solange : son épouse.

Charlène : leur fille (17 ans)

La grand-mère : dure, inflexible.

Léontine : la vieille bonne

Jessica : la visiteuse (24 ans)
ACTE I
Scène 1
(Le décor représente la salle de séjour cossue d’un appartement bourgeois. A l’ouverture du rideau, c’est le matin. Sur la table est disposé le service du petit déjeuner que Solange examine d’un oeil critique)

SOLANGE : Léontine ! Léontine ! (Elle agite une sonnette) Léontine ! Léontine ! (Elle va vers la porte de l’office sans cesser d’agiter sa sonnette et tombe nez à nez avec Léontine qui sort à ce moment). Eh bien Léontine ? Vous dormez ? Ça fait une demi-heure que je vous sonne !
LEONTINE : Que madame Solange m’excuse, c’est rapport à la glacière !
SOLANGE : La glacière ?
LEONTINE : Elle fait du bruit quand elle se met en marche.
SOLANGE : Ah ! Le réfrigérateur ! Ce n’est pas une glacière, Léontine, je vous l’ai dit cent fois, c’est un réfrigérateur. Vous avez déjà commis ce lapsus devant madame de Castans et cette vieille pie va répéter partout que nous avons une glacière !
LEONTINE : Oui, bon, le réfrigérateur comme dit madame est vieux, il ronfle quand il démarre et c’est pour ça que…
SOLANGE : C’est bien, c’est bien…
LEONTINE : Il faudrait quand même le réparer parce qu’en plus, il gèle tout ce qu’on met dedans ou bien il pisse sur mon carrelage !
SOLANGE : Il marche très bien. C’est vous qui ne savez pas le régler, ma bonne Léontine.
LEONTINE : Si vous le dites.
SOLANGE : Je vous le dis. Et je vous dis aussi que vous avez mis des verres à whisky pour le jus d’orange. C’est ridicule. Et ça !!!
LEONTINE : Ça ?
SOLANGE : Ce napperon à carreaux verts dans le panier à toast avec les serviettes bleu pâle, voyons ! C’est de très mauvais goût, Léontine. Si monsieur voyait ça !
LEONTINE : Oh, monsieur…
SOLANGE (elle enlève le napperon et le tend à Léontine) : Enlevez-moi ça. Et servez le petit déjeuner. Monsieur descend tout de suite (Entrée de Georges).
Scène II
GEORGES : Monsieur est là. Servez nous, Léontine.
LEONTINE : Oui monsieur. (Elle sort)
GEORGES (embrassant Solange du bout des lèvres) : Bonjour ma chère. Avez-vous passé une bonne nuit ?
SOLANGE : Epouvantable. J’avais une migraine !
GEORGES : Avez-vous pris vos cachets au moins ?
SOLANGE : Naturellement. Mais vous savez bien qu’avec moi, les migraines…
GEORGES (il prend les journaux qu’il consulte debout tout en répondant plus ou moins distraitement à Solange) : Oui, c’est vrai. Votre mère n’est pas des nôtres ce matin ?
SOLANGE : Elle est à la messe, je crois bien.
GEORGES : A la messe ! Diable, donnerait-elle dans le mysticisme ?
SOLANGE : Mais non, Georges, rappelez vous, tous les ans à cette même date !
GEORGES : Qu’ a-t-elle de particulier cette date ?
SOLANGE : Voyons, Georges, il y a…
GEORGES (levant les yeux de son journal) : Ah oui, c’est vrai : l’anniversaire !
SOLANGE : Oui, l’anniversaire.
GEORGES : Ça fait combien de temps ! Vingt-quatre ans ! Vingt-cinq ?
SOLANGE : Vingt-cinq ans, Georges. Un quart de siècle. Ça ne nous rajeunit pas.

GEORGES : Le temps n’a pas d’impact sur vous, ma chère. Vous êtes toujours la même, toujours parfaite, toujours tirée à quatre épingles.
SOLANGE : Vous n’êtes pas mal non plus, Georges.
GEORGES : Les tempes se dégarnissent.
SOLANGE : Votre front y gagne en noblesse. Êtes vous rentré tard cette nuit !
GEORGES : Mon Dieu, je n’ai pas regardé ma montre. Il devait être minuit.
SOLANGE : Il était trois heures vingt.
GEORGES : Pourquoi me posez vous des questions dont vous connaissez les réponses ?
NICOLE : Pour les entendre de votre bouche, mon ami.
GEORGES : Ces assemblées de nuit sont interminables !
SOLANGE : Tout de même, trois heures du matin !
GEORGES : Vous savez bien que mes amis et moi même partageons une petite collation après la clôture pour discuter des orientations de notre parti.
SOLANGE (acide) : Je sais que votre parti fonctionne toujours mieux assis que debout… Et peut-être même couché, non ?
GEORGES : N’ironisez pas, ma chère. Ne vous joignez pas au choeur des imbéciles qui déprécient la politique et les hommes qui la font… (Pendant ce dialogue, Léontine sert café et thé)
SOLANGE (mi-figue, mi-raisin) : Je sais à quel point la politique est une maîtresse exigeante, mon ami. Léontine, voyons, je vous ai dit mille fois de servir par la droite ! Vous avez failli me brûler.
LEONTINE : Moi vous savez, la droite, la gauche ! (Elle sort en bougonnant)
GEORGES (s’asseyant) : La droite, la gauche, elle s’en fout. C’est bien les Français, ça !
SOLANGE : Elle vieillit ! Je crains la catastrophe chaque fois que nous recevons…
GEORGES : Nos invités apprécient sa cuisine.
SOLANGE : Mais pas toujours ses répliques.
GEORGES : Ils en rient.
SOLANGE : Tout de même. Vous avez vu avec quelle familiarité elle me traite !
GEORGES : Elle vous a quasiment vue naître.
SOLANGE : Je n’ai jamais réussi à lui inculquer le moindre style.
GEORGES : Ça ! Il y a eu un froid vendredi dernier quand elle a demandé au Président s’il se sucrait !
SOLANGE : A soixante-dix ans, on ne peut rien lui faire entendre.
GEORGES : Eh bien, mettez la à la retraite.
SOLANGE : Nous prendrions une jeune personne que je formerais.
GEORGES : Avons nous tellement besoin de domestiques ?
SOLANGE (pincée) : Prétendez vous me mettre aux fourneaux !
GEORGES : Une femme de ménage suffirait.
SOLANGE : Et notre standing ! Nous serions ridicules. Votre réputation en souffrirait !
GEORGES : Ma réputation a besoin d’un halo de modestie en ce moment.
SOLANGE : De modestie ! Vos amis n’ont-ils pas prévu pour vous un poste de sous-secrétaire d’État lors du prochain remaniement ?
GEORGES : Justement !
SOLANGE : Justement quoi ?
GEORGES : Nous avons aussi des ennemis qui cherchent à me nuire.
SOLANGE : Mon Dieu, Georges, qu’avez-vous fait ?
GEORGES : Je vous ai obtenu ce poste de conseillère technique auprès de l’association des Sans-Abri il y a cinq ans.
SOLANGE (hautaine) : Eh bien, que me reproche-t-on ?
GEORGES : D’y avoir été rare.
SOLANGE : Oh, c’est scandaleux !
GEORGES : C’est scandaleux, mais malheureusement vrai.
SOLANGE (acide) : Ça vous va bien de me blâmer. Vous n’êtes pas mécontent des cinq mille Euros par mois que ce travail fait entrer dans notre ménage !
GEORGES : Je ne vous le reproche pas. Mais ce "travail" comme vous dites, paraît bien mince à mes ennemis.
SOLANGE : Mince ?
GEORGES : Maigre, insignifiant, inexistant pour tout dire. Ils y voient un poste de complaisance. Un salaire injustifié.
SOLANGE : C’est odieux ! J’ai participé à des réunions ! Je… j’ai présenté des propositions !
GEORGES : Vraiment !?
SOLANGE (coléreuse) : Je ne suis pas une petite secrétaire, moi. Ma mission se situe à un autre niveau ! (Georges ne répond pas. Après un temps, inquiète) C’est grave ?
GEORGES : Cela pourrait déboucher sur une mise en examen. Et là, adieu le Sous-Secrétariat d’État. D’ou l’idée d’adopter un profil bas.
SOLANGE : Bas ?

GEORGES : Modeste.
SOLANGE : Ce qui signifie ?
GEORGES : Mettez Léontine à la retraite.
SOLANGE : Contre une femme de ménage.
GEORGES : Disons : une "technicienne d’intérieur".
SOLANGE : C’est stupide.
GEORGES (sursautant) : Ce que je vous propose !?
SOLANGE : Non. Ces périphrases...
GEORGES : C’est politiquement correct, ma chère.
SOLANGE : Quelques heures de "technicienne d’intérieur" ne remplaceront jamais une journée de Léontine.
GEORGES : Vous mettrez la main à la pâte.
SOLANGE : Et qui servira à table ?
GEORGES : Un extra.
SOLANGE : C’est hors de prix, un extra !
GEORGES : Nous réduirons le rythme de nos réceptions.
SOLANGE (outrée) : Réduire le rythme de MES réceptions ! MES réceptions ! Ah non ! (Changeant de ton) On ne peut pas faire ça à cette pauvre Léontine, voyons. On ne peut pas la mettre à la retraite comme ça, après quarante ans de bons et loyaux services.
GEORGES (ironique) : Mais vous disiez…
SOLANGE : Elle en mourrait !
GEORGES : Il faut savoir faire le bonheur des gens malgré eux, parfois.
SOLANGE : C’est ridicule. Et puis je vous rappelle que Léontine est au service de ma mère…
GEORGES : C’est nous qui la payons !
NICOLE : …et que cet appartement où nous vivons appartient à ma mère.
GEORGES : Nous en assumons les charges !
SOLANGE : Nous n’avons pas besoin de dire tout ça.
GEORGES : Ma foi, si l’on me pose des questions…
SOLANGE : Qui oserait vous poser des questions ?
GEORGES : Ces petits juges, ces fouille-merde...
SOLANGE : Vous leur direz la vérité : nous n’avons pas de domestique, nous vivons chez ma mère. Comme profil bas, il n’y a pas mieux.
GEORGES : On peut toujours essayer.
SOLANGE : Quant à Léontine, ce serait une mauvaise action de la renvoyer. C’est par affection, un peu par charité que nous la gardons. (Léontine entre un plateau à la main) N’est ce pas Léontine !
LEONTINE : Quoi donc, madame Solange ?
SOLANGE : Voudriez vous prendre votre retraite ?
LEONTINE : Ma retraite ! Pour aller où ?
SOLANGE (à Georges) : Vous voyez !
LEONTINE : Je peux débarrasser la table ?
SOLANGE : Pas encore ma bonne Léontine. Je vous appellerai… (Léontine sort en marmonnant : « La retraite, la retraite et quoi encore ! » ) Vous voyez ! Où irait-elle ? Elle a toujours vécu dans cette maison !
GEORGES (avec ironie) : Bravo ! Vous venez de sauver une sans-abri potentielle, vous noterez ça dans vos rapports !
SOLANGE : Ne soyez pas sarcastique, Georges. L’idée de mon travail venait de vous.

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