Le théâtre d Eugène Ionesco :
216 pages
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Le théâtre d'Eugène Ionesco : , livre ebook

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Description

Cette étude sur le théâtre ionescien parle d'une expérience de l'absurde fondée sur une organisation symbolique de l'espace, du temps, des personnages, associée à une démolition du langage. Il s'agit de mettre en avant une spécificité esthétique de ce théâtre : la géométrie et l'arithmétique éclairent le système dans lequel vivent les personnages, enfermés dans une structure, et contribuent à la création d'un monde parallèle au nôtre. Deux attitudes sont alors possibles face à l'existence absurde : la soumission ou la résistance.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 317
EAN13 9782296245884
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0115€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Introduction
Les années 1950 voient apparaître ce que l’on appelle
généralement le «théâtre de l’absurde », expression utilisée en 1962 par
Martin Esslin pour désigner la totalité du théâtre de Beckett et de
Ionesco. Sur le mode tragique ou dérisoire, ce théâtre interroge le
nonsens de la condition humaine. Il crée une rupture totale par rapport aux
genres plus classiques comme le drame ou la comédie et traite de
l’absurdité de l’homme et de la vie en général qui n’a qu’une issue: la
1mort. Il succède au théâtre existentialiste de Sartre et de Camus qui
dévoilait déjà au spectateur cette absurdité de la vie mais en conservant
les outils de la dramaturgie conventionnelle et un ordre rationnel. Le
« théâtre de l’absurde» va plus loin: il expose une philosophie dans un
langage lui-même absurde, les personnages sont réduits au rang de
pantins qui éprouvent des difficultés à communiquer ou qui ne
communiquent plus que par onomatopées.
Ce théâtre permet alors de distinguer trois crises: celle de l’objet
qui s’empare du devant de la scène,celle du sujet qui perd son identité et
sa personnalité en plus d’avoir subi unecrise ducorps (les premiers rôles
sont souvent tenus par des vieillards, des pantins, des amputés, des
anonymes) etcelle du langage qui se désarticule.De plus, il n’ya pas de
cohérence dans l’intrigue toutcomme il ne semble pas yavoir de logique
2dans les propos tenus sur scène: c’est un «Théâtre de Mort lente »où
rien ne commence, rien ne se passe et rien ne finit vraiment. Il s’agit de
montrer une existence dénuée de signification, la déraison du monde, une
humanité perdue qui sont les conséquences possibles de la second e
guerre mondiale. Emmanuel Jacquart dit d’ailleurs: «C’est l’époque où
après avoir vu la débâcle, l’Occupation, la mort de l’humanisme
traditionnel, après avoir essuyé, comme tant d’autres "enfants de
l’absurde" les éclaboussures des philosophies camusienne et sartrienne,
1«L’existence est absurde, sans raison, sans cause et sans nécessité » dans Jean-Paul
SARTRE,L’être et le néant,cité parBernardLECHERBONNIER,DominiqueRINCÉ,
Pierre BRUNEL et Christiane MOATTI, Littérature, textes et documents, XXè siècle,
Paris, éd.Nathan,coll.Mitterand, 1989, p. 659.
2Bernard LECHERBONNIER, Dominique RINCÉ, Pierre BRUNEL et Christiane
MOATTI,op.cit., p. 638.
7Beckett, Ionesco et Adamov se sentent envahis par le sentiment tragique
3de la vie.Ils réagissentalors par dérision. »
Toutefois, cette volonté d’exprimer le tragique de la condition
humaine passe par un rire très particulier: ce théâtre fait rire mais aussi
réfléchir ; ce qui éclaire les noms donnés par Ionesco à ses pièces:
«anti-pièc e », « drame comique » ou encore «farce tragique ». Les
principaux représentants de ce théâtre qui prend place dans le Paris
avant-gardiste, au Théâtre de Poche de la Rive Gauche et plus
précisément dans le Quartier Latin, sont, en effet, Ionesco, Adamov,
Beckett, Genet, voire Pinter. Ce théâtre de l’absurde présente des
antihéros faceà la misère métaphysique. Il ya une totale dépersonnalisation
car lebut est de démonter les structures de laconscience, de la logique et
du langage tout en faisantappelà la distanciation.Le théâtre de l’absurde
refuse le réalisme et l’intrigue dans le sens narratif du terme ; les lieux
sont souvent imprécis et le temps tourné en dérision. Le langage est le
premier touché, montrant des incohérences. Ily a de ce fait une volonté
de faire rire le spectateur mais,après réflexion, un malaise est dénoncé et
on laisse le soin au spectateur de comprendre par lui-même car, de toute
façon, l’auteur rencontre lui-même de sérieuses difficultés à trouver un
sens au monde. C’est ce qu’explique Jean-Marie Domenach dans Le
retour du tragique lorsqu’il tente de prouver la force dece théâtre:
«Le frisson tragique que l’Électre de Giraudoux, l’Antigone
d’Anouilh, le Caligulade Camus, l’Oreste de Sartre n’avaient pas
suscité, il nous arrive de l’éprouver devant les minables, les
éclopés, les paralysés, les anonymes ou les impondérables de
Ionesco ou de Beckett. Certitude de notre malheur, révélation de
notre destin, quinous terrifient et nous libèrent à la fois. Cen’est
pas que ces clochards, cette enterrée vive, ce roi agonisant ou ces
bureaucratesau front de rhinocéros touchent de plus près notre vie
quotidienne, au contraire: dans cette déchéance, dans ce désert,
dans cette monstruosité nous nous sentons enveloppés et révélés,
bien davantage que par les révolutionnaires desMains sales ou les
anciens nazis des Séquestrés d’Altona.PourtantHoederer etFranz
nous parlent de notre proche histoire, alors que Bérenger, Winnie,
Vladimir etEstragon ne nous disent rien.Maisc’est de nous qu’ils
parlent, en-deçà et au-delà des idées que nous avons de
nous3EmmanuelJACQUART,LeThéâtre deDérision,Paris, éd.Gallimard,coll.Idées,
1974, p. 103.
8mêmes et de notre société, tissant les premières mailles d’une
4
mythologie sans nom où notreavenir va se prendre. »
Ce théâtrea souvent le souci decréer un théâtre totalavec du mime, des
clowns, des éléments visuels, des détails de mise en scène, des jeux de
lumière et de sons qui rappellent ses prédécesseursJarry etArtaud.
Le théâtre de l’absurdea été défini parMartinEsslin :
«Le théâtre de l’absurde a ouvert de nouvelles possibilités à la
poésie dans le théâtre. Ayant renoncé au rôle qui consiste à
raconter une histoire, explorer un personnage, discuter des idées,
résoudre des problèmes, il s’est donné la possibilité de se
concentrer sur la représentation de ce qui est essentiellementun
sens de l’être, une intuition de l’absurdité tragi-comique et d u
mystère de l’existence humaine.Comme tel, le théâtre de l’absurde
est un théâtre existentialiste qui donne une perception directe
d’une façon d’être au-delà de toutes considérations abstraites;
c’est aussi essentiellement un théâtre poétique et lyrique, car
l’expression des intuitions de l’être est essentiellement dudomaine
de la poésie lyrique. Ainsi, paradoxalement, ce théâtre qui attaque
le langage, et surtoutcelui qui estbeau et poétique pour son propre
compte, est un théâtre profondément poétique; mais sa poésie est
une poésie de situation, de mouvement, d’imagerie concrète, pas
5une poésie de langage. »
De cefait, malgré la destruction du langage dans ce théâtre - qui ne va
pas forcémentà l’encontre d’une «poésie de langage »comme semble le
suggérerEsslin -, l’auteur est encore uncréateur qui s’interroge sur l’être.
C’est le cas de notre auteur, Ionesco, qui participe à la création de
mythes, le plus fréquent étant celui d’un homme plongé dans un mond e
qui ne peut répondre nià ses désirs nià ses questions.
Le théâtre ionescien regroupe, en effet, des pièces sans intrigue,
sans début et sans fin, comme si ces pièces étaient placées sur un cercl e
et pouvaient commencer ou finir à n’importe quel point se trouvant sur
celui-ci. D’ailleurs, la symbolique des formes géométriques et
arithmétiques est très importantecarcelles-ci produisent du sens dansce
théâtre et participentà la volonté première deIonesco: montrer l’homme
4Jean-Marie DOMENACH, Le retour du tragiqu e, éd. Gallimard, dans Dominiqu e
RINCÉ etDominiqueBARBERIS,Langue etLittérature,AnthologieXIXè-XXè siècles,
Paris, éd.Nathan, 1992, p. 497.
5
MartinESSLIN,Au-delà de l’absurde,Paris,Buchet/Chastel, 1971, p. 23.
9face à la mort et à l’absurdité de son existence. Lors d’un entretien
accordé le 27 octobre 1987,Ionescoaffirme que, de même qu’un manuel
d’anglais a été à l’origine de La Cantatrice chauve, le livre
d’arithmétique de sa fille Marie-France lui a inspiré La Leçon: «Je me
suis dit qu’à partir des éléments les plus simples de l’arithmétique, de
6l’alphabet arithmétique si je puis dire, on pouvait tirer une pièce. »Ces
figures ont une portée symbolique importanteaussibien dans la manièr e
même de construire les pièces que par leur pr&#

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