Les oeuvres dramatiques
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Description

Les six pièces de théâtre réunies dans ce recueil s'articulent autour de deux grands thèmes. Le premier est une méditation sur l'état actuel du monde arabe : les crises qu'il traverse et les défis auxquels il est confronté. Le deuxième thème est une réflexion sur le pouvoir despotique qui finit par sombrer dans le burlesque et le tragique.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2009
Nombre de lectures 249
EAN13 9782336251059
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0132€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’HARMATTAN 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion, harmattan@wanadoo.fr harmattan 1 @wanadoo.fr
9782296097025
EAN : 9782296097025
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Introduction La cause - Pièce de théâtre
Préface Les personnages (Par ordre d’entrée en scène) ACTE I - Scène première ACTE I - Scène 2 ACTE I - Scène 3 ACTE II - Scène première ACTE II - Scène 2 ACTE II - Scène 3 ACTE II - Scène 4 ACTE II - Scène 5 ACTE III - Scène première ACTE III - Scène 2 ACTE III - Scène 3 ACTE III - Scène 4 ACTE III - Scène 5 ACTE III - Scène 6
Nemrod - Pièce en trois actes
Introduction - Abraham et Nemrod Les personnages (Par ordre d’entrée en scène) ACTE 1 - Scène première ACTE I - Scène 2 ACTE II - Scène première ACTE II - Scène 2 ACTE II - Scène 3 ACTE III - Scène première ACTE III - Scène 2
Le retour d’Hulagu - Pièce de théâtre
Préface ACTE I ACTE II ACTE III ACTE IV
Alexandre Le Grand - Pièce en trois actes
Préface ACTE I - Scène première ACTE I - Scène 2 ACTE II - Scène première ACTE II - Scène 2 ACTE II - Scène 3 ACTE III - Scène première ACTE III - Scène 2 ACTE III - Scène 3 ACTE III - Scène 4 ACTE III - Bibliographie
La réalité - Copie conforme
Préface Les personnages de la pièce (Par ordre d’entrée en scène) ACTE I - Scène première ACTE I - Scène 2 ACTE II - Scène première ACTE II - Scène 2 ACTE II - Scène 3 ACTE II - Scène 4 ACTE III - Scène première ACTE III - Scène 2 ACTE III - Scène 3
Samson le puissant - Pièce en trois actes
Préface Notes bibliographiques ACTE I - Scène première ACTE I - Scène 2 ACTE II - Scène première ACTE II - Scène 2 ACTE III - Scène première ACTE III - Scène 2
Les oeuvres dramatiques

Khalifa Soua
Introduction
J’ai découvert l’amour et la passion du théâtre, ce monde fascinant, dès mon jeune âge, lorsque j’y fus attiré en tant qu’auteur, de metteur en scène et d’acteur, au cours des premières étapes de mes études. Ces débuts furent spontanés, les considérant uniquement comme activité scolaire qui enrichit l’esprit et la raison. Je n’ai saisi sa véritable essence que lorsque j’ai entrepris la composition, la mise en scène et l’interprétation d’une oeuvre théâtrale à caractère politique qui déclencha la colère de l’autorité de l’époque, laquelle confisqua tout ce qui se trouvait au théâtre et procéda à sa fermeture devant mes propres yeux.
L’esprit du théâtre qui m’habitait n’avait plus d’autre choix, face au spectacle des soldats en armes, que de se réfugier dans ma conscience et de s’y ancrer. J’ai alors compris la force du théâtre et sa toute-puissance, notamment face à ceux qui ne tolèrent pas l’opinion d’autrui, et j’ai appris avec certitude le rôle grave et important qu’il peut jouer dans la vie des peuples.
Ensuite, cette foi pénétra profondément dans ma conscience et s’y enracina durant les années de mes études universitaires au Caire où je me suis abreuvé de tout ce qui s’écrivait sur le théâtre et où j’ai assisté aux spectacles les plus divers. Aussi, cette prise de conscience s’est approfondie au cours des années ultérieures en continuant à m’intéresser au théâtre d’une façon générale.
J’ai appris, à travers mes lectures sur le théâtre, depuis l’Antiquité grecque jusqu’à nos jours, la magie potentielle que recèlent les mondes du théâtre et leur capacité à sonder les profondeurs de l’âme humaine et à révéler ses mystères, ce qui ancra en moi la conviction profonde que le théâtre constitue, à ce titre, un facteur d’unification des êtres humains, et que l’homme peut, par le théâtre, couvrir le monde d’amitié et de paix et ouvrir les horizons d’un dialogue entre les peuples sans distinction de race, de couleur ou de croyance. Et c’est ainsi qu’il fut pour moi un facteur supplémentaire pour accepter l’Autre tel qu’il est. J’ai compris aussi que le bien unifie les êtres humains, tandis que le mal les divise.
Si la loi du théâtre est fondée sur le combat entre le bien et le mal dans leur essence, la nature humaine saine, elle, tend souvent vers le bien et s’engage dans sa voie.
Les guerres qui ont frappé l’humanité depuis les époques anciennes trouvent leurs mobiles profonds dans des intentions maléfiques qui n’apprécient pas la beauté. Et la beauté parfaite ne se trouve dans aucun autre art autant que dans celui du théâtre. Car, il est le récipient qui contient tous les beaux-arts. Celui qui ne savoure pas la beauté ne peut pas saisir la valeur de la vie ; et le théâtre est la vie.
Combien avons-nous besoin, aujourd’hui, de rejeter toutes les guerres absurdes, sous toutes leurs formes, et les divergences dogmatiques qui attisent, en l’absence d’un frein moral, d’une conscience vivante, le spectacle des violences et des assassinats aveugles qui sont sur le point de submerger la planète entière, avec leur cortège de grandes inégalités entre une richesse excessive et une misère noire, entre des parties du monde sinistrées par des épidémies, sans que les forces du bien parviennent à se conjuguer pour les éradiquer, telles que la maladie du Sida, et tant d’autres épidémies endémiques, ou pour s’attaquer aux problèmes de la désertification et de la sécheresse ! Tout ceci se passe en l’absence d’un dialogue authentique entre nous pour faire de ce monde dans lequel nous vivons ensemble un endroit meilleur.
Amis du théâtre, une tempête se déchaîna sur notre planète par la violence d’un tourbillon fait de soupçon et de suspicion et elle menace de nous empêcher d’avoir une vision claire des choses. Nos voix sont étouffées et n’atteignent pas les oreilles de chacun de nous à cause de la violence du tumulte qui s’élève autour de nous et de la division qui sépare les peuples. Cette tempête risque de nous dévoyer pour nous éloigner les uns des autres, si ce n’était le rôle du théâtre fondé essentiellement sur le dialogue. Nous devons donc nous opposer à ceux qui sonnent du clairon pour déclencher ces tempêtes, non afin de les détruire, mais pour nous éloigner de ces atmosphères polluées et pour consacrer nos efforts, par la communication, à l’établissement des relations d’amitié avec ceux qui prônent la fraternité entre les peuples.
Nous sommes en tant qu’êtres humains, voués à disparition, tandis que le théâtre demeure tant que demeure la vie.
La cause
Pièce de théâtre
Titre original :
Al-Qadiyya
Préface

J’ai constaté, à travers mes lectures sur l’histoire de la nation arabe, que le passé ressemble fort au présent et aux événements qui s’y déroulent aujourd’hui, comme si l’histoire était un éternel recommencement. J’ai donc composé ce drame sur une réalité douloureuse, sous un angle et dans une perspective historiques.
Les noms des personnages et des lieux, ainsi que les événements composant ce drame, sont véridiques. Chaque mot dans ce texte indique clairement ce que vit la nation arabe.
L’auteur
Les personnages (Par ordre d’entrée en scène)
Le témoin de l’Histoire Le défenseur de la cause Les rois des factions Le roi des Banû Sumâdih (roi d’Almeria) Le roi des Banû Zîrî (roi de Grenade) Le roi des Banû ‘Âmir (roi de Valence) Le roi des Banû Jahwar (roi de Cordoue) Le roi des Banû ‘Abbâd (roi de Séville) Le roi des Banû Mazyan (roi de Shilb) Le roi des Banû Mujâhid (roi de Denia) Le roi des Banû Dhû al-Nûn (roi de Tolède) Le roi des Banû Hûd (roi de Saragosse) Le roi des Banû al-Aftas (roi de Badajoz) Le roi des Banû Hammûd (roi d’Algésiras et de Malaga) Le roi des Banû Birzâl (roi de Carmona) Une voix off Yûsuf ibn Tâshfîn Ibn ‘Abbâd Premier notable Deuxième notable Le roi Ferdinand Abû-l-Ghassân Sayyid Râmî Les ministres Les commandants Des soldats Troisième notable Abû-l-Qâsim Ibn Sârî Le chambellan La mère du roi Abû ‘Abdallah al-Saghîr Le commandant Abû-l-Qâsim al-Malîh La reine Isabelle Les officiels Les prêtres L’annonceur Le pape La mère d’Abû Abdallah (Aïsha)
Une voix off Les hommes de la résistance (Ahmad, Muhammad, Abdallah...) La Dame d’al-Bashrât Le commandant espagnol L’officier espagnol Les soldats espagnols Les musulmans Un soldat Le juge du tribunal d’Inquisition Un vieillard musulman Les musulmans (1- 6)
ACTE I
Scène première
Le rideau se lève sur une place carrée dont les quatre côtés sont ornés des drapeaux de plusieurs Etats.
Par un côté de la scène, entre un homme en guenilles, l’air misérable qui regarde autour de lui et scrute ces drapeaux, puis entre un vieillard avec une longue barbe tenant un bâton à la main et un grand livre sous le bras.
L’homme en guenilles symbolise le « défenseur de la cause », le vieillard barbu le « témoin de l’Histoire ».
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Êtes-vous le juge, vénérable vieillard ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Pourquoi posez-vous cette question ?
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : J’ai une cause à défendre.
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Moi, mon fils, je suis un témoin.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE: Témoin dans un tribunal ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Non, je suis un témoin de l’Histoire.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Qu’avez-vous entre les mains ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : L’Histoire.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Quel intérêt a-t-elle, l’Histoire ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Elle a un grand intérêt.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE: Pourriez-vous m’apprendre à en tirer profit ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Il y a ceux qui, n’ayant guère lu l’Histoire, ne peuvent évidemment pas en profiter, ceux qui l’ont lue, mais n’ont pas saisi le sens des événements ; eux non plus, ne peuvent en tirer aucun profit... Et puis il y a ceux qui l’ont lue, l’ont comprise, mais n’en ont tiré aucun enseignement. Ainsi, l’Histoire ne peut-elle en aucune manière leur être profitable. Enfin, il y a ceux qui l’ont lue, en ont médité la signification et tiré les leçons. A eux seuls, elle pourrait être d’une grande utilité. De quelle catégorie faites-vous partie ?
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Je désire appartenir à la dernière catégorie ; je voudrais lire l’Histoire, la comprendre et agir suivant ses enseignements, car j’ai une cause à défendre.
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Venez donc nous la lirons ensemble.
(Le témoin pose le livre sur une table e ntourée de deux chaises, dans un coin de la scène. L’un et l’autre prennent place, Ce témoin commence à lire le livre.)
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Histoire des Romains...
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Non, non, ceci ne nous concerne pas.
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Histoire des Persans...
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Non plus !
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Histoire des Arabes en Espagne...
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Bien ; fort bien !
Ecoutons les chanteuses et les « Muwashshah’s ».
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : (En frappant sur le livre.) Ceci est l’Histoire d’un peuple, les épreuves d’un peuple !
(Le défenseur de la cause regarde autour de lui, apeuré.)
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : N’ayez aucune crainte. Ce n’est que de l’Histoire...
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Je sais, je sais...
Instruisez-moi, que Dieu vous éclaire...
(Le témoin lit le livre.)
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Il existait en Espagne un grand royaume arabe, puissant et prospère. Au début du XI ème siècle de notre ère, des dissensions éclatèrent au sein de la Dynastie Omeyyade provoquant la chute du Califat marwanide et le démembrement du Royaume d’al-Andalus en douze petites principautés connues sous le nom de « royaumes des taïfas ». Ces événements furent à l’origine de la perte définitive de l’Espagne musulmane.
extinction des lumières.
ACTE I
Scène 2
(Après les trois coups, une voix off annonce)
UNE VOIX OFF : Les rois des « taïfas » !...
Les rois entrent l’un après l’autre. 1- Le roi des Banû Birzâl, roi de Carmona. 2- Le roi des Banû Mazyan, roi de Shilb. 3- Le roi des Banû Mujâhid, roi de Denia. 4- Le roi des Banû Sumâdih, roi d’Almeria. 5- Le roi des Banû Jahwar, roi de Cordoue. 6- Le roi des Banû Dhû al-Nûn, roi de Tolède. 7- Le roi des Banû ‘Abbâd, roi de Séville. 8- Le roi des Banû ‘Âmir, roi de Valence. 9- Le roi des Banû Hûd, roi de Saragosse. 10- Le roi des Banû al-Aftas, roi de (Badajoz. 11- Le roi des Banû Zîrî, roi de Grenade. 12- Le roi des Banû Hammûd, roi d’Algésiras et de Malaga.
(Une agitation s’empare des rois des « taïfas ». Ibn Sumâdih, roi d’Almeria, s’avance et dit) :
IBN SUMÂDIH : Vous, les Zirides, vous avez possédé Grenade et vous avez mené des attaques contre nos terres. Vous êtes à la tête d’un Etat puissant, doté d’un grand territoire et d’une population nombreuse. Votre supériorité vous a aveuglés. Nous ne vous craignons pas, nous avons des soutiens !
LE ROI DE GRENADE : Que voulez-vous dire par « Nous avons des soutiens » ? Auriez-vous l’intention de recourir aux ennemis de l’islam et à nos ennemis ? Par Dieu, Banû Sumâdih, nous ne vous craignons ni vous ni vos alliés !
(Le roi des Banû ‘Âmir intervient et dit):
LE ROI DES BANÛ ‘ÂMIR : Et que ferions-nous, nous les Banû ‘Amir, si le roi de Cordoue tentait d’annexer notre ville Valence à son royaume ?
(Le roi des Banû jahwar, roi de Cordoue, s’avance et dit) :
LE ROI DES BANÛ JAHWAR : Valence n’a ni la dimension ni les structures d’un Etat. Quels sont vos moyens pour être un roi ?, le roi d’une seule ville ?...
(Puis il se tourne vers le roi des Banû Hammûd et lui dit) :
LE ROI DES BANÛ JAHWAR : Ecoute, Ibn Hammûd : Si le territoire de ta principauté se trouve sur la côte et si tu contrôles l’entrée des importations dans notre pays en imposant des taxes élevées, nous, à Cordoue, nous sommes privés d’un accès à la mer ; par conséquent, nous avons un motif sérieux pour occuper votre territoire, afin d’avoir un débouché sur la mer.
(Les autres rois continuent de se disputer. A ce moment, entre un homme majestueux (Yûsuf Ibn Tâshfîn), qui brandit son épée face aux rois et les sermonne ainsi):
L’HOMME : Assez ! Assez !... Vous menez des guerres fratricides alors que l’ennemi se prépare à vous attaquer un par un ! Aucun parmi vous ne peut le combattre à lui seul. Votre force est dans votre union, et votre union dans le rejet des dissensions. Votre force est dans une coopération dans tous les domaines pour nos intérêts communs. Sachez que votre ennemi ne cessera de vous massacrer, de vous spolier, d’occuper vos terres, que si vous vous unissez pour le combattre. Or, vous vous êtes divisés et vous vous entretuez, tandis que l’ennemi vous guette. Il dévorera vos Etats l’un après l’autre et il vous anéantira !
Nous commettrions une grave erreur si nous partions ou nous nous laissions vaincre. J’ai consulté les notables et les savants qui m’ont assuré de leur soutien pour défendre al-Andalus, lutter pour sa gloire et son unité... Toute la communauté musulmane vous soutient ! Les musulmans nous seront fidèles si nous restons fidèles à nous-mêmes. Ils nous apporteront leur aide si nous demeurons fidèles à notre foi et à nos convictions ! Soyons unis comme les doigts de la main et préparons la force qui sèmera la terreur dans les rangs de nos ennemis !
(Les rois se lèvent et tendent une chaise à Yûsuf Ibn Tâshfîn. L’un d’eux dït):
UN DES ROIS : Nous sommes tous avec toi !
IBN ‘ABBÂD : Mes frères, j’ai, dans le passé, noué une alliance avec Alphonse roi de Castille, contre tous mes frères. Je déclare solennellement aujourd’hui que j’en éprouve de vifs regrets, car Alphonse viola les traités que nous avions signés et me menaça comme il menaça tous mes coreligionnaires... Je suis avec toi, Ibn Tâshfîn, toi l’unificateur de tous les royaumes ; je ne veux en rien être maudit pour mon alliance avec l’ennemi ! Par Dieu, je préfère devenir un vassal du sultan Ibn Tâshfin et le berger de ses chameaux plutôt que celui du roi des chrétiens qui convoite nos royaumes. Nous sommes tous avec toi !
(Ibn Tâshfîn répond):
IBN TÂSHFÎN : Dès lors, après avoir unifié ces royaumes, nous pouvons combattre l’ennemi. Soldats, suivez-moi et livrons combat!... A la bataille d’al-Zallâqa.
(Il quitte la scène)
Extinction des lumières.
ACTE I
Scène 3
(Le défenseur de la cause s’adresse au témoin de l’Histoire)
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Cet homme, qui est-il ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Yûsuf, l’unificateur des deux contrées : le Maghreb et l’Andalus.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Yûsuf Saladin ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Non, non ; Yûsuf Ibn Tâshfin le chef des Almoravides. Il a réunifié l’Espagne musulmane, puis unifié al-Andalus et le Maghreb. Il a traversé le détroit de Gibraltar et infligé aux troupes chrétiennes, menées par Alphonse VI roi de Castille, une écrasante défaite dans la bataille d’al-Zallâqa.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Qu’arriva-t-il ensuite aux Almoravides ?...
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Ils ont été renversés par la dynastie des Almohades, les « Muwahhidûn » (1), qui les ont supplantés.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE: Les « Muwahhidûn » ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Oui, les prétendus « Muwahhidûn ». En fait, ils sont des diviseurs. La plus grande partie d’al-Andalus fut perdue, en raison de leur politique et de l’absence de réponse aux besoins et aux aspirations de la communauté musulmane. Sous les Almohades, la Reconquista gagnait chaque année du terrain. Alphonse VIII de Castille s’empara de Silves, d’Evora, de Cuenca. Après la défaite des Almohades à Las Navas de Tolosa en 1212, les villes musulmanes tombèrent l’une après l’autre dans les mains de la coalition chrétienne : Ubeda, Baeza, la prise de Cordoue en 1236, bientôt suivie par celle de Valence en 1238 par Jacques 1 er d’Aragon, et de celle de Séville en 1248, par Ferdinand III. Il ne reste donc plus que le royaume de Grenade et ses rois, les Nasrides.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Ils sont restés seuls à affronter l’ennemi ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Oui, et pour longtemps, jusqu’à la conclusion de la paix.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : La paix ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Oui, c’est ainsi qu’il est écrit dans les livres d’Histoire.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Qu’est-il arrivé aux nasrides, les Banû al-Ahmar ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Regardons l’Histoire, pour savoir ce qu’il en fût...
Extinction des lumières.
1- Muwahhidûn  : Pluriel de Muwahhid , participe actif du verbe wahhada qui signifie : unifier ou croire en un seul Dieu. Muwahhid signifie donc : unificateur ou monothéiste.
« Al-Muwahhidûn » (les Almohades), dans le second sens du mot, sont les adhérents d’un mouvement religieux réformiste dont l’élément principal est l’unicité divine le Tawhîd.
ACTE II
Scène première
Lumières. Le lieu : l’Alhambra de Grenade. Le temps : Muharram 798 hég. /Novembre 1491 ap. J.—C.
La scène : L’Assemblée d’Abû ‘Abdallah al-Saghîr à l’Alhambra : des notables, des dirigeants et des chambellans, émus et de mauvaise humeur, déambulent en conversant par petits groupes...
(Un notable entre et demande) :
LE 1 er NOTABLE : Où est le roi Abû ‘Abdallah ?
UN AUTRE NOTABLE : Il est à al-Mokhtasar. Il se prépare à recevoir Zafra, le délégué de nos ennemis les Espagnols.
LE 1 er NOTABLE : Tous nos malheurs proviennent de ce maudit diable ! Son ami le vizir Qumayha, le traître, fut assassiné et sa dépouille envoyée à ses maîtres, les Espagnols. Qui veut-il duper maintenant ?...
LE 2 ème NOTABLE : Il veut duper un grand cette fois-ci : le roi lui-même !
LE 1 er NOTABLE : Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu...
ABÛ-L-GHASSÂN : Je... je vous invite à bien réfléchir avant de donner votre accord. Je vous exhorte à résister pour défendre notre religion et notre pays ! Plutôt que de capituler pour rester en vie, mais humilié et méprisé, je suis prêt à être le premier martyr !
SAYYID RÂMΠ: Abû-l-Ghassân, notre Seigneur le roi a ordonné l’envoi d’une délégation composée de notables grenadins à Sa Majesté le roi Ferdinand, pour lui faire part de notre disposition à signer le traité de paix. ABÛ-L-GHASSÂN : Vous voulez dire le traité de capitulation ?... Je prédis que vous serez les premiers expulsés de cette patrie : ne vous leurrez pas ! Ce chemin que vous prenez vous mènera à votre perte. Sachez bien qu’il ne nous reste plus rien à défendre hormis cette terre que nous foulons. Et lorsqu’elle sera perdue, il ne nous restera ni nom ni patrie.
Extinction des lumières et musique.
ACTE II
Scène 2
Eclairage sur le témoin de l’Histoire et le défenseur de la cause.
LE DEFENSEUR DE LA CAUSE : Que s’est-il passé par la suite ?
LE TEMOIN DE L’HISTOIRE : Le ministre et les notables furent dépêchés pour négocier avec les Espagnols... Ils sont revenus accompagnés du nommé Zafra, chargé de transmettre les documents et les conditions des Rois Catholiques au roi Abû ‘Abdallah pour les ratifier. Vous allez apprendre maintenant comment le roi Abû ‘Abdallah al-Saghîr a reçu de la main de Zafra le traité, afin d’en prendre connaissance et de le signer.
(Extinction des lumières et musique.
ACTE II
Scène 3
(A l’intérieur de l’ Alhambra, dont sort le roi, accompagné de Zafra. Le roi lui fait ses adieux, tandis que Zafra s’incline à plusieurs reprises devant lui et quitte la scène à reculons. Alors, les ministres et les chefs, en demi-cercle, entourent le roi, face au public)
LE ROI : Savez-vous ce que Zafra m’a demandé au cours de cette audience ? Il a proposé de conclure un traité de paix avec les Espagnols. A vrai dire, je ne suis pas d’accord... Je vous ai réunis pour vous demander votre avis.
ABÛ-L-GHASSÂN : Pourrions-nous prendre connaissance de ce traité ?
LE ROI : Oui... Le premier article stipule : (Il saisit un document parmi un ensemble de feuilles et le lit) : Le roi de Grenade, les généraux, les chambellans, les jurisconsultes, les savants, les muftis et les notables de la ville de Grenade et de ses environs doivent livrer à Leurs Majestés le roi Ferdinand et la reine Isabelle ou à leurs délégués, dans un délai n’excédant pas soixante jours à compter du 25 novembre 1491, les forteresses d’Alhambra et d’Albayacin, leurs portes et leurs tours, ainsi que les portes de ladite ville...
(Ici, Abû-l-Ghassân objecte agacé) :
ABÛ-L-GHASSÂN: Mais, Sire, c’est une capitulation, pas une paix !
(Un des notables nommé Abû-l-Qâsim ibn Mâlik s’indigne et dit):
ABÛ-L-QÂSM : Mais nous sommes assiégés...
ABÛ-L-GHASSÂN : Soit, mais nous pouvons résister longtemps.
(Ibn Sârî, un notable, s’avance et dit):
IBN SÂRΠ: Nous mourrons de faim, nous et nos enfants... ABÛ-L-GHASSÂN : Les marchés regorgent de denrées alimentaires.
ABÛ-L-QÂSIM : Sachez, Abû-l-Ghassân, que nos stocks de céréales sont épuisés et que nous sommes assiégés ; la ville compte deux cent mille habitants ; tous ont faim et réclament de la nourriture.
LE ROI : Alors, dites-nous, que devrions-nous faire ? ABÛ-L-QÂSIM : Sire, nous ; les notables de Grenade, pensons qu’il faut capituler.
LE ROI : Mais je ne capitule pas ! Je signe un traité de paix.
ABÛ-L-GHASSÂN : Que Sa Majesté me permette : Je crois qu’il est prématuré de capituler et de signer un traité de paix. Nos ressources ne sont pas encore épuisées, et il y a l’Egypte qui pourrait nous aider.
ABÛ-L-QÂSIM : Dites-moi, Abû-l-Ghassân, comment l’aide pourrait-elle parvenir à Grenade assiégée ? Comment résisterions-nous ? ABÛ-L-GHASSÂN : Par les armes !
(Sayyid Râmî, un des notables, s’avance et dit):
SAYYID RÂMΠ: D’où pourrions-nous tenir des armes pour résister ?
ABÛ-L-GHASSÂN : Les armes pénètrent quotidiennement à Grenade, et par l’intermédiaire des Espagnols eux-mêmes.
(Ici, le chambellan entre et dit):
LE CHAMBELLAN : Sa Majesté la reine mère.
(La mère du roi entre, le visage renfrogné, regarde son fils en tournant autour de lui, comme si elle le méprisait)
LA MERE DU ROI : Tu capitules ! Tu capitules !
LE ROI : Non ma mère, je demande l’avis des dignitaires de l’Assemblée.
LA MERE DU ROI: Qui sont-ils, ces chefs de l’Assemblée, ceux-là ?...
(Elle désigne du doigt Ibn Mâlik en le dévisageant)
LA MERE DU ROI : Qui, Abû-l-Qâsim ibn Mâlik ?...
(Puis, elle désigne Ibn Sârî)
LA MERE DU ROI : Qui, Ibn Sârî ?...
(Puis, elle désigne Sayyid Râmî)
LA MERE DU ROI : Qui, Sayyid Râmî ?...
(Elle regarde son fils, le roi, et dit):
LA MERE DU ROI : Où est ton oncle, qui était ton appui et ton soutien ? Il fut assassiné par des mains criminelles pour laisser le champ libre, en cette heure néfaste, à cet acte de capitulation. Je vois déjà les salons de l’Alhambra désolés, abandonnés, leurs lumières éteintes... Quelle souffrance ! Les lumières de l’Alhambra s’éteignent.
(En sortant elle répète plusieurs fois cette phrase, qui bientôt se transforme en écho... Courroucée, la mère du roi quitte la scène, tandis que les chefs baissent la tête de honte et de déshonneur. Quant aux personnes mises en cause, elles s’enflamment aussitôt. Abû-l-Qâsim, Ibn Sârî et Sayyid - Râmî s’avancent, furieux, en direction du roi, en répétant) :
Capitulons ! Nous préférons capituler que de perdre nos biens ! ...
(Ici, le roi intervient)
LE ROI : Non, nous ne capitulerons pas ! Nous signerons un traité de paix avec les Espagnols. Laissez-moi vous lire la suite des articles du traité.0ù nous sommes- nous arrêtés ?
— Après la reddition des tours et des citadelles, Leurs Majestés Ferdinand et Isabelle ordonnent qu’aucun chrétien n’escalade le mur qui sépare l’Alhambra d’Albayacin, afin de ne pas déranger l’intimité des musulmans chez eux. Quiconque enfreindra cet ordre sera sévèrement puni ! UN NOTABLE : Par Dieu, ce sont des gens respectables...
(Le roi reprend la lecture du traité)
— Pour garantir l’application de ces articles, le roi Abû ‘Abdallah, roi de Grenade, devra livrer, un jour avant la reddition du palais de l’Alhambra, cinq cents personnes, garçons et filles, appartenant à la haute société de la ville et de ses environs, accompagnés du chambellan Yûsuf Ibn Qumâsha, en otages jusqu’à l’exécution de la reddition des citadelles et des forteresses de la ville.
— Les musulmans couverts par ce traité feront l’objet d’un traitement honorable. Leurs coutumes et leurs traditions seront respectées. Ce traité accorde et garantit aux dirigeants et aux jurisconsultes tous les droits dont ils jouissaient sous le règne d’Abû ‘Abdallah. Ces droits seront reconnus et garantis.
— Les litiges et les problèmes entre musulmans seront, comme de coutume, jugés par des juges musulmans conformément aux lois de la Chari’a islamique.
— Il est interdit de contraindre toute chrétienne mariée à un musulman et convertie à l’islam de se reconvertir au christianisme, sauf si elle y consent.
— Si un chrétien, homme ou femme, avait déjà embrassé l’islam avant la conclusion de ce traité, il est interdit à tout chrétien de le menacer ou de porter atteinte à sa personne sous quelque forme que ce soit. Celui qui contreviendra sera puni.
(Abû ‘Abdallah bouge et dit):
Les articles de ce traité sont nombreux. Vous pouvez en prendre connaissance jusqu’à ce que nous soyons prêts pour la cérémonie de la signature.
(Puis il appelle) :
LE ROI : Général Abû-l-Qâsim al-Malîh...
(Un homme entre, tenant quelques feuilles en main)
LE ROI : Venez avec moi !
(Tous deux entrent à Al-Mokhtasar)
(Un des notables s’approche et dit) :
UN 1 er NOTABLE: Dites-moi, Abû-l-Ghassân. Qu’est-ce que c’est que ces feuilles ?...
UN 2 ème NOTABLE : C’est un autre traité, extrêmement confidentiel, annexe du traité de paix, qui contient les devoirs et les engagements du roi, ainsi que les privilèges qui lui sont accordés, à lui, aux membres de sa famille et à tous ceux de sa suite.
ABÛ-L-GHASSÂN : Sommes-nous autorisés à en prendre connaissance ?
LE 2 ème NOTABLE : Non, c’est interdit.
UN 3 ème NOTABLE : Qu’est-ce que vous croyez qu’il contient ?
LE 2 ème NOTABLE : Dieu seul le sait !
Extinction des lumières.
ACTE II
Scène 4
La lumière revient immédiatement. La scène représente le lieu de la signature du traité. Une table s ur laquelle on a posé le traité est disposée près du public. Trois sièges sont disposés tout autour de cette table : un siège pour le roi Abû ‘Abdallah, le deuxième pour le roi Ferdinand et le troisième pour la reine Isabelle. Des chaises alignées sur les deux côtés de la scène, sont réservées aux officiels des deux parties.
(Les officiels entrent sur scène et prennent place. Une voix off annonce ) :
UNE VOIX OFF : Le roi Abû ‘Abdallah al-Saghîr, roi de Grenade !
(Le roi entre par l’extrémité du côté droit, s’arrête au milieu de la scène, côté droit.) (Une voix off annonce):
UNE VOIX OFF : Le roi Ferdinand, roi d’Espagne, et la reine Isabelle, reine d’Espagne !
(Les deux entrent du côté gauche, s’arrêtent au milieu de la scène, côté gauche) (Une voix off annonce) :
UNE VOIX OFF : Le parrain de la paix, le pape !
(Le pape entre par l’arrière- scène et se place entre Abû ‘Abdallah et le roi Ferdinand. Tous s’avancent vers la table. Le pape entoure les deux rois de ses bras, comme s’il les bénissait. Les deux rois et la reine s’assoient. La cérémonie de la signature commence. Le pape entoure à nouveau les rois de ses bras, et l’assistance applaudit. (Une voix off dit):
UNE VOIX OFF : Signe... Ne signe pas...
La force est au-dessus de la Loi...
Les textes sont bien enjolivés et les promesses sont généreuses...
Signe...
Contourner les mots est chose possible...
Il y a des arrière-pensées...
Ne signe pas ...
Signe ... Ne signe pas ... Signe ...
(Les deux rois signent le traité. Les signataires échangent les documents et se serrent les mains; puis ils se retirent, et chacun reprend sa place sur la scène,
Le roi Ferdinand remet les documents à l’un des prêtres qui font partie de sa suite et lui chuchote quelque chose à l’oreille).

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