Marquise ou la Déhanchée de Racine
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Description

Avec en arrière-fond le sort des femmes au dix-septième siècle, la vie quotidienne d'une troupe de théâtre, l'hostilité de l'Eglise envers le théâtre, le procès Fouquet les rivalités des auteurs et des scènes, l'auteur reconstitue, à travers une époque, la carrière d'une comédienne exceptionnelle : Marquise. Marquise-Thérèse du Parc devient à vingt ans, comédienne dans la troupe de Molière. Quelques années suffisent pour qu'elle s'impose comme l'une des meilleures actrices de sa génération.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2006
Nombre de lectures 162
EAN13 9782336258119
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

DU MEME AUTEUR
La Champmeslé , Fayard, 2003.

En collaboration:
Dictionnaire des lieux mythiques, (sous la direction de P. Ronzeaud et J.-P. Vincensini), R. Laffont, 2006.
Le XVII e siècle (sous la direction de J. Truchet), Berger-Levrault, 1992.
Dictionnaire du Grand Siècle (sous la direction de F. Bluche), Fayard, 1990.
Marquise ou la Déhanchée de Racine

Alain Couprie
Sommaire
DU MEME AUTEUR Page de titre Page de Copyright 1. « Moi, Jacomo de Gorla... » 2. Mademoiselle X 3. Fille d’un honnête charlatan 4. « Gros-René » 5. Dans la troupe de Molière 6. Inconséquences princières 7. Les malheurs de la maternité 8. Le théâtre persécuté 9. Les vertiges de Rouen 10. Les déceptions de Paris 11. Les impairs de l’ambition 12. Les ors et les interrogations 13. Le Palais-Royal 14. Les mirages de Vaux-le-Vicomte 15. L’Ecole des femmes 16. Les ivresses du succès 17. Désillusions et tristesse 18. Madame don Juan 19. Racine et Alexandre 20. L’Hôtel de Bourgogne 21. Le triomphe absolu 22. Mourir par erreur 23. Racine assassin 24. Epilogue BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE Espaces Littéraires
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296011960
EAN :9782296011960
1. « Moi, Jacomo de Gorla... »
Elle s’élance, court, bondit, s’envole, pirouette puis cabriole tête au sol, pieds en l’air. Sa jupe glisse jusqu’à la taille, découvrant des jambes de marbre et l’arrondi d’une petite culotte. Les badauds s’agglutinent pour savourer ce corps de vingt ans qui virevolte à portée de mains et d’imagination. L’étroit pont du Change en est embouteillé.
C’est le moment :
« Moi, Jacomo de Gorla, premier opérateur du Roi en votre bonne ville de Lyon, j’ai de quoi vous préserver de la petite vérole. Grâce à ce baume de ma préparation ! Que la Madone en soit remerciée ! Dix sols. »
Le baume est à base de romarin, sans doute guère plus efficace contre la syphilis que contre les autres maladies procédant des « humeurs froides » qu’il est censé combattre : l’apoplexie, l’épilepsie, la dysenterie... Mais, faute de connaissances scientifiques et de confiance dans la médecine officielle, chacun croit ou espère dans l’efficacité thérapeutique du produit. Et Jacomo de Gorla sait inspirer la crédulité.
La voix est grave. La barbe est longue, et le cheveu court en signe d’expérience et de sagesse. La tenue se veut professionnelle, à mi-chemin de la soutane des prêtres et de la longue robe des alchimistes, en signe de familiarité avec l’au-delà. Des boutons d’or constellent le satin noir sur lequel rutile une grosse chaîne, en or elle aussi, qu’il porte autour du cou. Qui le confondrait avec ces innombrables charlatans que la foire d’août attire comme de la misère?
« Dix sols, messeigneurs, pour garder le visage propre et le bourdon net. Vos culs seraient-ils moins honnêtes que ceux des gentilshommes ? »
Bouche qui rit, bourse qui s’ouvre. Entre embrassades à peine évitées et caresses parfois esquivées, Marquise propose les bâtonnets miraculeux.
— Oui-da, dix sols.
La parade s’ébranle, direction place Confort : Jacomo solennel sur son courtaud d’Allemagne, Marquise à deux pas derrière lui, dansant la gaillarde ou la gigue, la chevelure dans la lumière de la Saône, au son des tambours et des flûtistes qui l’ont rejointe, et qu’entourent bientôt jongleurs, montreurs de singes et de marionnettes. Tous comptent sur leur maigre talent pour empocher les pistoles qui leur éviteront de se louer comme « affaneurs » sur le port du Temple. En habits d’Arlequin et de Polichinelle, quelques comédiens de la troupe de Mitallat ferment la marche. Quelle meilleure publicité que cette parade ?
Lyon en a l’habitude. Quatre fois par an et pendant deux semaines - en janvier le premier lundi après la fête des Rois, après Pâques, en août et à la Toussaint -, la ville devient plus que jamais le centre économique du royaume. D’Italie, d’Espagne, d’Angleterre, de « Berbérie », de partout ou presque, parviennent dans un invraisemblable capharnaüm du vin, du blé, des objets en bois, fer et bronze, des lames d’épée allemandes, des futailles et chapelets suisses, de la laine de Constantinople, des tapis de Turquie, des plumes d’autruche d’Alexandrie que Lyon réexpédie dans le reste du pays, avec des fils d’or de Venise, du velours d’Espagne et ses soieries de luxe tissées dans les quartiers populeux. La ville se gonfle soudain d’une population cosmopolite de forains, d’hommes d’affaires, de banquiers, de transporteurs, de commerçants et de chefs d’entreprise. Jamais mieux qu’en ces périodes elle ne mérite son nom de « cité de plusieurs pièces et nations », attirant tout ce qui cherche à s’embaucher, se divertir, boire et chaparder. Des quatre foires annuelles, celle d’août est la plus rentable.
Parvenue sur la presqu’île, entre la Saône et le Rhône, la parade s’immobilise devant la Ladrerie, au débouché des rues Mercière et Ecorche-Boeuf. L’espace y est plus vaste que sur le pont au Change pour les évolutions de Marquise. Autour d’un cordage que tendent deux comparses, la voici qui tourne comme une roue, longuement et de plus en plus vite. L’attroupement est garanti. Puis Marquise ralentit pour se maintenir en équilibre, ventre sur la corde, bras et jambes en croix, tel un bel oiseau souple. Son père prend aussitôt le relais. Pas de temps mort, c’est la règle de l’art.
— Des savants issus de la race de saint Paul m’ont confié par l’amitié qu’ils ont pour moi le secret de la vraie thériaque. Pas la thériaque qu’on vous vend à tous les carrefours. Une thériaque spéciale, meilleure que l’antidote du roi Mithridate dont parlent les livres anciens. Radicale contre les morsures de serpent. Regardez !
Jacomo plonge ses mains dans une jarre, graisse ses avant-bras d’un onguent et extrait d’un panier tressé une vipère comme on en trouve lors des étés brûlants dans les broussailles de la colline de Fourvière ou dans les champs des faubourgs de Vaize et de la Croix-Rousse. Jacomo la laisse s’enrouler autour de son bras qu’il lève bien haut pour l’édification de l’assistance.
« Vous constaterez par vous-mêmes si je suis mort dans moins d’une heure. Quinze sols. Et je fais défense aux médecins, apothicaires et chirurgiens d’en acheter ou d’en faire acheter pendant les huit premiers jours de la foire. Le peuple seul est admis à en demander suivant sa nécessité. »
Des mains se tendent pour obtenir la précieuse fiole.
La parade repart, emprunte la rue Mercière où se concentrent les libraires, des imprimeurs et des chapeliers. La progression se fait plus difficile tant en raison du monde que drainent Jacomo et sa fille que de l’étroitesse de la rue. Deux carrosses ne peuvent s’y croiser. Il suffit d’un rouleur de tonneaux pour provoquer un embarras de circulation. On s’en plaint depuis longtemps. Lyonnais de naissance et amoureux de sa ville, Samuel Chappuzeau note dans Lyon dans son lustre qu’il publie en 1656 que «l’on s‘[y] pousse, heurte, porte et qu’il semble toujours que l’on marche à la queue de quelque procession ».
Aussi le défilé se fraie-t-il comme il peut un passage pour parvenir enfin place Confort, rendez-vous des fainéants et des « bavards », comme Ra.helais, ancien médecin de l’Hôtel-Dieu, surnommait ironiquement les Frères Prêcheurs installés depuis le XIII e siècle dans l’église attenante. Entre la place Bellecour, l’orgueil de Lyon mais trop vaste pour attirer le chaland, et la place des Terreaux en chantier depuis qu’on y édifie un nouvel Hôtel de ville, la place Confort est idéale. Elle n’est ni trop grande ni trop petite, et très fréquentée.
D’un recoin, entre deux arcs-boutants de l’église, on apporte prestement piquets, planches et tréteaux pour monter une estrade sur trois côtés de laquelle les comédiens de Mitallat déploient une tenture en guise de décor. Du haut de son cheval, Jacomo contemple fièrement son « théâtre », le mot, au XVII e siècle, désignant aussi bien une salle de spectacle décorée à grands frais que des planches surélevées à la va-vite.
Debout sur la « scène » face au public, Marquise danse, danse toujours et encore, tourbillonne, tourne, tournille, virevaisse, flotte en l’air, atterrit sur une jambe, toupille, rebondit, gigue, enchaîne sur une pavane, le visage relevé dans le vent, le corps triomphant. Vingt minutes de fièvre et de provocation qui vident Notre-Dame de Confort de ses habitués. Paroissiens, vendeurs à l’étal, promeneurs, curieux, amateurs de fraîcheur, chiens, deviseurs et même des moines sortent l’applaudir.
« Vous remercierez un jour la Madone, saint Roch et Jacomo de Gorla de vous avoir sauvés, vous et vos enfants. Mon orviétan est une panacée. »
Même placée sous une telle trinité, la potion n’a rien de vraiment magique. Jacomo la concocte avec des plantes aromatiques et de l’argile macérées dans de « l’huile de bitume ». Mais vient la preuve absolue :
« La vipère m’a-t-elle empoisonné ? Par amour pour vous, bonnes gens, je vous donne mon orviétan. Vingt sols. »
C’est désormais le clou de la représentation.
A la demande de Jacomo, un malheureux l’a rejoint sur l’estrade, la bouche ouverte sur des chicots et la joue si boursouflée qu’elle lui tire l’œi Jacomo examine ce qui reste de la dentition, impose le silence, se concentre. Badigeon d’une « poudre narcotique et stupéfiante » puis d’une autre « si merveilleusement caustique » qu’elie « fait de suite escarre » et ouvre la gencive. Coup de lancette ferme et précis. Jacomo montre à la foule son trophée.
« Ne suis-je pas le premier opérateur du Roi ? Ma fille vous fournira tout ce dont vous avez besoin. »
Soulagé, l’édenté opine, encourage les acheteurs.
Au son des tambourins, Jacomo tire sa révérence et descend derrière l’estrade qu’occupent aussitôt les comédiens de Mitallat. C’est à leur tour d’obtenir les faveurs du public, de l’inciter à venir au spectacle de l’après-midi dans le jeu de paume de la rue du Baeuf. Pour le mettre en bouche, ils interprètent La Farce des bossus, l’histoire d’un niais de village qui après avoir noyé un bossu s’épouvante de sa résurrection parce qu’il croise le frère de sa victime, êgalement difforme. Auteur présumé de la farce, Tabarin qui assurait les gaietés parisiennes du Pont-Neuf connaissait les ressorts du comique. Les affres du niais font rire la place Confort, tandis que Marquise rapporte à son père le produit de la vente : 510 sols, soit 25 livres environ ou cinq écus.
La somme n’est pas dérisoire. Vingt-cinq livres représentent le salaire mensuel d’un ouvrier typographe. Par habitude, Jacomo n’en grimace pas moins. Quand la foire s’achèvera, les badauds seront moins nombreux, moins enivrés par cette atmosphère particulière d’affairisme et d’insouciance qui les rend plus dépensiers.
— Tout de même, vingt-cinq livres, glisse Marquise.
— Grâce à toi, ma bellissima, grâce à toi, tu les rabats comme des papillons. Quand tu me quitteras, je serai ruiné. Va, rapporte la chaîne d’or à l’orfèvre de la rue des Juifs. Dis-lui que nous en aurons encore besoin demain.
2. Mademoiselle X
L’une des premières séquences de Marquise, le film que réalisa Véra Belmont en 1997 avec Sophie Marceau dans le rôle-titre, la montre se prostituant sinon avec les encouxagements du moins dans l’indifférence de son père. Rien ne l’atteste, ni confidence tardive de Marquise sur son passé, ni quelque allusion perfide d’un éconduit ou d’une rivale quand elle sera devenue célèbre. Rien toutefois ne l’exclut. La Comédie des comédiens de Georges de Scudéry (1632) évoque sans fard les rugueuses sollicitations des mâles dont les actrices sont en permanence victimes :
« Ils pensent que la farce est l’image de notre vie et que nous ne faisons que représenter ce que nous pratiquons en effet ; ils croient que la femme d’un de nous autres l’est indubitablement de toute la troupe, et s’imaginent que nous sommes un bien commun comme le soleil ou les éléments ; il ne s’en trouve pas un seul qui ne croie avoir le droit de nous faire souffrir l’importunité de ses demandes. »
Encore s’agit-il de comédiennes professionnelles. Que dire alors d’une danseuse de rue jouant les rabatteuses pour son père ? Tout est possible tant Marquise semble surgir de nulle part et de ce presque rien qui forme alors la majeure partie de la population.
Sa date de naissance reste conjecturale : 1633 ou aux alentours. Son lieu de naissance n’est pas moins incertain. Marquise est-elle française ? Italienne ? Suisse ? Lyon voudrait bien l’enrôler parmi ses gloires anciennes. En 1941, une publication locale, les Albums du crocodile, retraça brièvement sa carrière sous le titre: « Une grande comédienne lyonnaise ». L’adoption est hâtive. Toutes les recherches menées depuis plus d’un siècle dans les registres parfaitement conservés des paroisses n’ont pas permis de découvrir son acte de baptême. Qu’elle n’ait pas été baptisée paraît improbable : Marquise et sa famille ont toujours témoigné d’un respect scrupuleux des rites catholiques ; et en un temps où la morale chrétienne domine les mentalités, bien peu de parents se seraient risqués à ne pas baptiser leur nouveau-né de crainte qu’il ne meure en état de péché originel.
Le jeudi 20 décembre 1635, Jacomo se présente aux services municipaux de Lyon pour s’y faire enregistrer, conformément à un édit royal « sur la demeure et habitation des personnes étrangères [...] qui se voudront habiter dans les villes desquelles ils ne sont originaires ». Jacomo se déclare « opérateur, natif de Rozel, pays des Grisons », vivant à Lyon « [de]puis quelque temps » et désirant « y continuer son habitation ».
C’est le premier document connu concernant les Gorla. Il est imprécis à souhait. Comment en effet évaluer ce « quelque temps » ? Depuis 1633, plus tôt ou légèrement plus tard ? Une installation antérieure à 1633 est douteuse. En 1628-1629, Lyon subit la plus grave épidémie de peste de son histoire. La ville se replie en quarantaine derrière ses murailles, ses entrées sont interdites. On ne voit pas pourquoi Jacomo aurait choisi ces mois d’épouvante et de mort pour s’y établir avec les siens, d’autant que l’on soupçonne les étrangers d’être les propagateurs volontaires du fléau. Les années suivantes ne sont pas moins terribles. L’abandon des champs consécutifs à la peste provoque une famine en 1630. Pour subvenir aux besoins, la municipalité décide d’augmenter les impôts.
S’ensuit une sédition que mate l’armée. Ce n’est vraiment qu’à partir de 1633 que revient un calme relatif. Si l’on ajoute que la loi obligeait les étrangers à se déclarer au plus tard dans les trois ans suivant leur arrivée, il y a peu de chance que Marquise soit née à Lyon. Mais alors où ?
A « Rozel, pays des Grisons » dont son père se dit originaire. Les incertitudes s’épaississent vite. Les archives suisses et italiennes ne mentionnent aucun bourg ni village de ce nom. Depuis le XIX e siècle, la tradition identifie Rozel à « Etosen », aujourd’hui Arosa. Le greffier municipal a très bien pu commettre un impair, l’orthographe étant à cette époque d’une déconcertante fantaisie. De toute façon, la piste tourne court. Point de trace de Marquise dans les registres d’Arosa. Sans doute arrivée tôt à Lyon, Marquise vient d’un ailleurs obscur.
Quel est même son vrai nom ? « Marquise Thérèse Gorle », signera-t-elle le plus souvent, à la différence de son père qui, plus infatué, préférera la formule « Jacomo (parfois francisé en Jacques) de Gorla, sieur du dit-lieu ». Noblesse à coup sûr de pacotille, des plus répandues, et qui suggère l’appellation d’emprunt. Au sud-est du lac de Côme existe toujours la petite ville de Gorla dans le canton du Tessin. Jusqu’en 1797, la région appartenait aux ligues grisonnes après leur conquête, en 1512, de la Valteline, des « pays » de Chiavenna et de Bormio dans l’actuelle Italie du nord. Jacomo y prit-il le nom de Gorla pour patronyme pseudonobiliaire après y avoir séjourné ? Les opérateurs voyageaient beaucoup. Il n’y a toutefois aucune mention de son passage.
Des Gorla vécurent en revanche à Bellinzona, au nord-est du lac Majeur. Mais cette dynastie de peintres, auteurs de plusieurs fresques dans les églises des Grisons, s’éteint au début du XVII e siècle sans descendance officielle. Et aucun de ses membres ne s’affubla du titre « sieur dudit lieu ». Comme la naissance de Marquise, son nom de jeune fille se perd dans l’inconnu.
Il est plus facile de comprendre pourquoi Jacomo de Gorla vient s’établira Lyon. Dès le XVI e siècle, le cosmopolitisme de la ville frappe visiteurs et natifs. « Chacun sait que Lyon est tout plein d’estrangiers », note l’un ; « de ces petits artisans et basse populace il n’y a quasi point de Lyonnais, mais sont venus de diverses contrées », observe un autre. Selon les recensements de 1537 et de 1636, seuls cinq pour cent de la population seraient des « naturels de la ville ». Les historiens démographes ont depuis révisé ce chiffre à la hausse, aux alentours de vingt pour cent. C’est dire, malgré tout, combien Lyon passait, plus que Paris, pour une ville internationale, où Jacomo n’a pas dû se sentir dépaysé. La « nation » italienne y est solidement implantée, assurant pour l’essentiel le fonctionnement du système bancaire et l’importation de près des deux tiers des marchandises. Les plus riches font vivre une domesticité et un artisanat composés en partie de leurs compatriotes. Les Suisses ne sont ni moins nombreux ni moins actifs. Jusqu’en 1792, ils bénéficient de privilèges fiscaux qui les exemptent de toute imposition sur leurs biens et avoirs financiers. Ancienne ville-frontière, Lyon les recrute volontiers pour étoffer les régiments royaux et la garnison de la citadelle. Les rivets du Rhône et de la Saône ne sont assurément pas pour Jacomo une terre d’exil. Avec leurs foires, leurs voyageurs et leurs soixante-dix mille habitants, elles forment l’aire idéale où exercer le métier d’« opérateur ».
3. Fille d’un honnête charlatan
Fille unique, Marquise passe sa jeunesse rue Saint-Georges. Le quartier appartient aujourd’hui au « vieux Lyon dont le pittoresque, les « bouchons » et les rues piétonnes réjouissent la flânerie des touristes. C’est alors l’un des « pennonages » les moins cossus de la ville, où s’entassent ouvriers et « gens de bras », à proximité de l’égout à ciel ouvert qu’est le fleuve. Particuliers, corroyeurs, teinturiers et bouchers de la proche « Boucherie » des Terreaux y déversent leurs ordures. Sans quai aménagé, nauséabonde l’été, nettoyée l’hiver par des crues menaçantes, la Saône pas plus que ses abords ne figurent parmi les agréments de Lyon. Certes la cité émerveille. Chappuzeau la compare à ce que sont, réunies, « Florence la belle, Naples la gentille et Gênes la superbe ». Un siècle plus tard, en 1741, André Clapasson en fera une Demiption enthousiaste. Mais c’est le Lyon des beaux quartiers, du côté de Saint-Paul, sur la presqu’île et le long du Rhône. Les registres fiscaux de Saint-Georges n’indiquent pas de concentration de notables.
Maisons hautes, voirie étriquée, maigre lumière : Marquise grandit dans un espace confiné, avec pour seules échappées les pentes champêtres de Fourvière et les parades paternelles. Selon un acte notarié de 1649, passé chez maître Jean Jayoud, les Gorla sont en sous-location. De combien de pièces ? Pour l’époque et le quartier, trois constitueraient un appartement convenable. Peut-être deux. Les ouvriers se contentent d’une seule. Jacomo peinera toujours à s’acquitter de son loyer et, malgré ses efforts pour en négocier la diminution, occupera par la suite un logis incommode.
C’est que l’argent rentre mal, et irrégulièrement. La profession d’« opérateur » ne procure pas de rentes assurées, ni ne définit un véritable statut social. Globalement elle traîne une réputation de charlatanisme. Scientifiques et érudits reprochent à ses membres d’exploiter la crédulité publique. En 1610, Thomas Sonnet, sieur de Courval, médecin de son état, publie une virulente Satyre contre les charlatans et pseudo-médecins empyriques en laquelle sont amplement découvertes les ruses et les tromperies de tous les thériacleurs, alchimistes, paracelsistes, distillateurs, extracteurs de quintessence... Le ton est à l’image du titre :
« Ils amusent le peuple par des singeries, bouffonneries et tours de passe-passe pendant qu’ils étalent et débitent leurs marchandises ou plutôt leur charlatanerie [...]. Toute leur industrie, [une fois qu’ils sont] montée sur leurs théâtres et échafauds ne tend et ne vise qu’à controuver des bourdes, mettre en avant des mensonges. »
A la fin du siècle, Furetière conclut l’article « opérateur » de son Dictionnaire universel par cette mise en garde : « Il ne faut pas se fier à ces gens qui se disent opérateurs et distillateurs du Roi. »
La profession n’en prolifère pas moins. « Toute la France en est pleine, toute l’Italie en fourmille, toute l’Allemagne en regorge », écrit encore Courval, sans doute excessif dans son emportement. Avignon, Paris, Dijon, Rouen, Caen...: aucune ville n’échappe toutefois aux tréteaux ou roulottes des « opérateurs ». Un peu de bagout suffit, deux ou trois connaissances en botanique, quelque dextérité et beaucoup de vergogne, ou d’illumination. Parce qu’il faut bien vivre, même chichement. Quand on ne possède aucune compétence intellectuelle, aucun lopin à cultiver, aucune relation pour appartenir à la domesticité d’un puissant, il reste la crédulité des foules pour fonds de commerce. Tous arguent de leur savoir, de leur bonne foi et de leur désir de soulager autrui. Pour éviter le discrédit qui pèse sur eux, ils se parent du titre de « médecin chimique » ou « spargirique » par opposition aux « médecins galéniques » de la Faculté. Ou, comme Jacomo, ils se prétendent « opérateurs », de préférence « premiers opérateurs du roi », comme les comédiens imbulants sans protection ni le sou se proclament fièrement « comédiens du roi ». L’appellation ne trompe que les naïfs. Rarement contrôlé, le métier est encore moins sanctionné pour usurpation ou abus de confiance. Beaucoup s’inventent un passé extraordinaire, des voyages lointains, des amitiés avec d’ancestrales confréries et des initiations secrètes. Ils italianisent leur nom pour accréditer une parenté avec Christophe Contugi, l’introducteur de l’orviétan en France où il fit fortune comme Jean Verrier dit Vetrario Dramontan né à Dompjulien en Lorraine, ou encore le seigneur Ferdinandi Ferdinando du Roman camique « natif de Caen, Normandie »... Le métier en enrichit parfois quelques-uns. Dans son Chasse-ennuy (1645), un recueil d’anecdotes et de « gaillardises » pour « l’honneste entretien des bonnes compagnies », Louis Garon raconte que Braguette gagnait « beaucoup d’argent », et Contugi laissa un bel héritage. Mais pour ces réussites combien de gagne-petit ?
Marquise naît dans ce milieu flou, entre charlatanisme et pratique plus ou moins légale de la médecine ou de la petite chirurgie.
Entre un Cormier se vantant de changer l’eau en vin grâce à sa « poudre magique », un Braguette proposant contre la peste des racines d’angélique tellement « carriées et pourries » que des apothicaires le forcent à les jeter « par la fenêtre », les simples vendeurs d’onguents et d’emplâtres, les rebouteux, les virtuoses de la lancette ou de l’extraction dentaire, la gamme est large, qui va de l’escroquerie la plus avérée à la fabrication de placebo et à la délivrance de soins rudimentaires. Où vraiment ranger Jacomo de Gorla ?
Certains indices plaident en sa faveur. Son enregistrement par les services de la ville lui confère non la naturalisation mais un « droit de bourgeoisie » avec les contraintes qui en découlent. Après avoir prêté serment de « vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine,[de]se comporter en bon citoyen et [d’]avertir de ce qu’il apprendra importer au service du Roi », Jacomo accepte d’« être sujet aux guet et gardeur. Quelque vingt ans plus tard, en 1655, il obtiendra de la municipalité le privilège de vendre ses « drogues » place des Jacobins, d’y dresser boutique et « théâtre ». Cet enracinement et cette insertion sont incompatibles avec la franche escroquerie. Démasqués ou craignant de l’être bientôt, les charlatans de bas étage ne s’attardaient pas longtemps dans une ville, à moins qu’ils n’y fussent emprisonnés sous la pression des apothicaires.
Le premier février 1644, paroisse Sainte-Croix, Jacomo, signe au bas de l’acte de baptême de « Jean Jacques, fils de Toussaint Le Rébé, sieur de Hautefeuille ». La marraine du nouveau-né est Jeanne de Ronserey, mariée à Abraham Mitallat. Les liens entre les opérateurs et les comédiens sont alors fréquents, les uns et les autres s’épaulant dans la captation du public. Un tableau du peintre flamand Theobald Michau les représente agissant de concert sur une estrade. Or, dans les années 1645 et suivantes, Mitallat et ses comédiens sont solidement implantés à Lyon. Voilà qui suggère de nouveau une certaine intégration. Marquise est la fille d’un « opérateur » pas trop ouvertement charlatan, vendeur de drogues et expert en incisions.
Rien ne traduit toutefois un milieu cultivé. Marquise a-telle même été scolarisée ? Marguerite jacquerl, sa mère, est analphabète et ne peut signer son nom, « pour ne savoir » ainsi que le précise un notaire. Les paraphes de Jacomo, aux larges lettres parfois déliées, révèlent une application hésitante. L’écritoire ne lui semble pas un objet familier, comme d’ailleurs à la plus grande partie de la population pour qui les études ne sont ni un besoin ni une nécessité, surtout pour les filles. Marquise a pourtant appris à lire et à écrire. Les collèges réservés aux fils de famille et les institutions religieuses de Lyon dispensant aux jeunes filles de la bourgeoisie commerçante ce qu’il est bienséant de connaître pour se comporter en honnête épouse d’un marchand ou d’un notable sont trop chers et trop socialement sélectifs. Comme beaucoup d’enfants modestes, Marquise a pu s’initier à la lecture et à l’écriture auprès d’humbles auxiliaires de l’alphabétisation, bonnes sœurs ou vieilles filles, contre quelques pistoles, des drogues ou des conseils médicaux de Jacomo. Il n’est pas non plus impossible qu’une comédienne de la troupe de Mitallat lui ait inculqué les premiers rudiments. De toute façon, l’école de la rue a constitué sa formation initiale avant celle du « monde », la seule qui vaille et qui l’emporte de loin sur le fatras inutile des savantasses. Et Marquise a des atouts autrement plus appréciés à faire valoir.
Sa beauté.
Ses contemporains la disent tous « bien faite et de proportions harmonieuses. Grande, la taille élancée, elle conservera toute sa vie sa sveltesse et sa souplesse de danseuse malgré ses maternités. Brune, elle affiche un air altier qui lui vaudra une réputation d’« inhumaine » et de beauté froide. Le gazetier Loret vantera constamment son « port d’impératrice ». Marquise possède un charme et une présence qui concentrent les regards. Du plus jeune au plus âgé, aucun homme n’y est insensible, comme le confirme cette épitaphe que Jean-Noël du Tralage lui consacrera dans son Recuei / :

« D’abord qu’on la voyait paraître Nous sentions dans nos cœurs certaine flamme naître Que le silence exprime mieux. Chez nous, nous n’étions plus le maître : Elle savait si bien cet art ingénieux D’entrer dans le cœur par les yeux Que cet art paraissait en elle Comme une chose naturelle. Et nous nous estimions heureux D’être brûlés de si beaux feux. »
Sous le Second Empire, à la Belle Epoque ou à Hollywood, Marquise aurait été une femme fatale.
Ses soupirants joueront sur son prénom qui la nimbe d’un parfum aristocratique. Marquise avec un m minuscule ou un M majuscule ? Dans son Dictionnaire critique de biographie et d’histoire (1869), A. Jal se demandait s’il ne s’agissait pas d’un titre nobiliaire. Registres paroissiaux et minutes notariales balaient l’incertitude : tous l’orthographient et le mentionnent comme un prénom. Il est moins répandu sous le règne de Louis XIII qu’on ne l’a parfois prétendu. Les baptistaires lyonnais des années 1630 n’en contiennent aucune occurrence. Pour rare qu’il soit, on ne l’en repère pas moins, ici et là, sous sa forme masculine ou féminine, en Bretagne, en Languedoc, à Paris sans la moindre connotation nobiliaire. En 1650 est baptisée en la paroisse Saint-Léonard de Nantes une Marquise, fille d’Antoine Guilbaud et de Renée Couzelin. La même année est inhumée Marquise Pépin «dame de Clays en Bretagne » ; et, à Paris, en 1664, une Marquise Dumas intente un procès en succession. Mais c’est un prénom plus fréquent dans le Piémont et l’Italie du Nord. Une chanson provençale du XII e siècle fait de « Marquise » le synonyme de « belle des belle ? :

« Sobre totas a de beutat l’empier Reina es de joi sans contenso [...] E Marquesa de ben dir sa razo... »
« Sur toutes elle a l’empire de la beauté. Elle [est] reine de joie sans conteste, et Marquise pour tout dire en un mot... ».
Jacomo ne pouvait choisir meilleur prénom pour sa fille.
A vingt ans elle se marie.
4. « Gros-René »
Il bedonne, René, et il en est heureux. Lui-même se présente en « homme fort rond ». De son embonpoint il tire son emploi de comique. Visage empâté, nez épaté, lèvres bien en chair, il est le « Gros-René » de la farce. Chez lui, personne et personnage se confondent.
Le dimanche 23 février 1653, René Berthelot, de son nom de scène René du Parc, épouse Marquise en l’église Sainte-Croix de Lyon.
Tout s’est passé très vite.
Membre de la troupe de Charles Dufresne bien avant que Molière n’en assume la direction effective, il est arrivé dans la ville avec ses compagnons quelques semaines plus tôt. Lyon est le séjour idéal où passer l’hiver, et les mœurs y sont encore plus clémentes que le climat. Le théâtre y est depuis longtemps à l’honneur. C’est «le noble amusement des honnêtes gens, la digne débauche du beau monde et des bons esprits », note Chappuzeau.
Le film de Véra Belmont transforme la rencontre de Marquise et de « Gros-René » en une scène qui participe à la fois du comique de farce et des Misérables  : un bon gros, d’ailleurs touchant, foudroyé d’amour dès le premier regard, arrache sa belle des mains d’un vicieux sénile, l’achète à son père et force un prêtre à les marier sur un théâtre dressé en place publique. La séquence divertit. Elle ne repose sur rien qui soit attesté. Les circonstances de la rencontre demeurent inconnues. Sans doute ont-elles été banales. Protégée par Bernard de Nogaret de La Valette, duc d’Epernon et gouverneur de la région, la troupe de Dufresne-Molière jouit déjà en 1653 d’une solide réputation. Marquise est-elle allée applaudir « Gros-René » ? La tradition veut que Molière et les siens aient joué dans le jeu de paume de l’Angile qui n’est guère éloigne de la rue Saint-Georges. Ou bien « Gros-René » a-t-il aperçu Marquise lors d’une parade ? Peu importe. Pour lui, c’est le coup de foudre.
Son mariage a dû susciter plus d’un étonnement, tant les deux conjoints sont physiquement dissemblables. L’époux ventripotent n’est plus en outre très jeune. Déposés aux Archives départementales de Loire Atlantique, les registres paroissiaux de Nantes infirment en effet l’hypothèse souvent avancée qui le fait naître vers 1630, sans doute pour ne pas trop le vieillir par rapport à Marquise. L’intention est aussi louable que sans fondement :
« Le samedi 24 janvier 1615 fut baptisé par m[essi]re Jean Maillard, un des prêtres du chœur de l’Eglise Saint-Saturnin de Nantes soussigné, René fils de Pierre Berthelot et Perrine Levesque ses père et mère... »
Le patronyme des Berthelot est certes courant dans la région nantaise. Le prénom des parents et le nom de jeune fille de la mère, précisés sur le contrat de mariage de « Gros-René », excluent toutefois l’homonymie. Ceux-ci se sont mariés dans la même église le 15 février 1611. Décédé peu après sa naissance, leur premier enfant est inhumé le 3 juillet 1612. Vient ensuite Pierre, mort le 29 janvier 1625 et, après René, Françoise. La naissance de « Gros-René » en 1615 explique qu’il ait pu signer en 1647, à Albi, le reçu d’une quittance de 500 livres. S’il était né en 1630, la majorité légale étant à vingt-cinq ans, aucun notaire n’aurait accepté la décharge d’un mineur de dix-sept ans. Quand il épouse Marquise, « Gros-René » n’est donc plus dans la fleur de l’âge. A trente-huit ans, il entre selon les critères de l’époque, dans une maturité vieillissante. L’écart d’âge reste cependant conforme aux normes admises, voire souhaitées : l’homme mûr fait l’époux sage, à plus forte raison quand il est en adoration devant une femme plus jeune que lui.
L’approche du carême durant lequel le droit canon interdit toute célébration nuptiale a précipité le mariage. Pour les fiancés comme pour la troupe il est hors de question de patienter quarante jours. On se passe donc de la publication des trois bans « trois jours de fête consécutifs » que l’Eglise exige depuis le Concile de Trente, mais qui souffre en pratique de nombreuses exceptions dès lors qu’il ne s’agit pas d’unions entre mineurs. Un seul ban suffit moyennant finances. « On achète aisément les deux derniers bans quand le premier a été publié », commente Furetière. Le Ciel ne déteste pas les accommodements.
La précipitation s’accompagne néanmoins du respect des formes juridiques. Le 19 février « avant midi », maître Thomazet dresse le contrat de mariage. Jacomo dote sa fille de la coquette somme de « trois mille livres tournois » — de quoi vivre honnêtement pendant un an — « payables à l’anneau et bénédiction ». Avec en prime « une robe et une cotte nuptiales ». Quant à « Gros René », il s’engage à « enjoaller » sa future de « bons habits, bagues et joyaux » et lui réserve sur ses biens un douaire de « deux mille livres en cas qu’elle lui survive ». Ses témoins sont ses camarades de scène : Dufresne, Molière, Réveillon, Joseph Béjart. Les Gorla ont sollicité deux voisins et amis, Thomas Roger et Jean Vergier, « bourgeois de Lyon ». Tout donne fimpression d’un mariage de bon aloi où l’amour ne s’oppose pas aux intérêts bien compris de chaque partie.
La suite est plus discrète et moins semblable aux apparences.
Le 22 février, de nouveau devant maître Thomazet, « Gros-René » acquitte reçu de la dot en l’absence de Marquise. Les transactions financières ne sont pas affaire de femmes qui sont, au regard de la loi, des incapables juridiques, sauf en cas de veuvage. C’est qu’il importe aussi que Marquise ignore les ultimes arrangements. Un second acte est aussitôt dressé par lequel Jacomo reconnaît que les trois mille livres ainsi que la robe et cotte nuptiales sont « une libéralité du futur époux en faveur de la future ». Autrement dit, « Gros-René paire en sous-main tous les frais du mariage.
Le 23 février, selon les habitudes lyonnaises décrites par Sébastien Locatelli, en 1665, dans son Voyage de France, « Gros-René » sort du logis des Gorla au bras de Marquise. Des marmitons les entourent, munis de tabliers « bien gras », de cuillers à pot, de broches, et portent « une grande chaudière de bouillon » à l’aide d’une perche placée en travers de leurs épaules. Des musiciens les accompagnent de la rue Saint-Georges à l’église Sainte-Croix. Au sortir de la messe, les marmitons distribuent le bouillon aux pauvres. Puis c’est le retour chez les Gorla ou dans une taverne. Collation, danse. Deux heures plus tard, les jeunes époux reviennent à l’église pour « rendre grâces à Dieu qui les a unis par un saint mariage et Le prier de les maintenir en bonne intelligence ». La fête dure trois jours. Avant de prendre congé, les derniers invités laissent un présent aux nouveaux mariés. « Gros-René » est aux anges.
Marquise ?
Passons sur les commentaires qui ont été faits sur fixratianalité de la passion, le charme des gros... Le mari ne manque pas de charme. Comme « Gros-René » le dira dans Le Dépit umoureux :

« Le chagrin me paraît une incommode chose. Je n’en prends point sans bonne et juste cause. Et même à mes yeux cent sujets d’en avoir S’offrent le plus souvent, que je ne veux pas voir. »
Sa joie de vivre est aussi philosophe que contagieuse.
C’est de plus un beau parti. A en juger par la qualité de témoins signataires de divers actes, sa famille appartient au milieu des gens de loi. Ses relations sont des « auditeurs des comptes » comme Pierre Mesnier, « sieur de la Fresnays », des « advocats au parlement de Bretagne », comme Charles Maillard, « sieur du Plessis ». Un Berthelot a été en 1606 « gouverneur de l’Hôtel-Dieu ». Est-ce un parent ? Françoise, la sœur de René, épousera René Guilbaud « notaire et tabellion au régal de Nantes », chargé à ce titre de la gestion d’un évêché entre la mort de son titulaire et la nomination du successeur. Passés pour la plupart d’entre eux par l’université de Nantes, ces spécialistes du droit et de l’administration s’adonnent à la vie de l’esprit : ils lisent, écrivent, se pressent aux motets donnés à l’occasion de la Sainte-Cécile ou aux concerts et bals de la « compagnie de violons » que la municipalité entretient. Les Berthelot évoluent dans cette élite locale qui sans toujours avoir de véritable fortune possède une aisance financière. Après l’île Feydeau où sont installés les négociants, les paroisses de Saint-Clément, de Saint-Saturnin et de Sainte-Croix sont les plus riches de la cité. En épousant « Gros-René », Marquise est loin de se mésallier.
Et il la libère de la rue Saint-Georges.
Sitôt mariée, elle devient actrice par alliance. Les comédiens sont de petites « républiques ? autonomes, presque autarciques, où l’endogamie professionnelle est courante. Quand, par exception, on ne se marie pas entre soi, le conjoint nouveau venu intègre la troupe pour y jouer ou y remplir des tâches matérielles selon ses dispositions. Comment d’ailleurs procéder autrement lorsqu’on est sans cesse en tournées ? Ce serait séparer les couples. Si elle n’a pas de métier, Marquise n’est pas toutefois sans expérience. Elle a l’habitude de se produire en public. Elle danse merveilleusement, talent que la « science mondaine » érige au premier rang des savoirs et qualités. Sa beauté compte au nombre de ses aptitudes. Comme le constate le très mondain abbé de Pure dans son Idée des spectacles anciens et nouveaux, le public souhaite de jolies filles parce que « la persuasion de l’esprit est aisée après la satisfaction des sens ». Malheur aux laiderons doués !
Trente ans plus tard, l’auteur anonyme de La Fameuse comédienne avancera une autre explication. A leur arrivée à Lyon, les comédiens auraient trouvé une troupe rivale « dans laquelle étaient la du Parc et la de Brie ». Molière aurait aussitôt succombé aux charmes de Marquise. Celle-ci l’aurait éconduit dans « l’espoir de quelque conquête plus illustre ». Devant « tant de mépris », Molière se serait tourné vers la de Brie dont il aurait été reçu «plus favorablement ». Rebuté mais non découragé, il se serait résolu à engager les deux femmes pour n’être séparé d’aucune.
Réquisitoire sans nuance contre la veuve de Molière, La Fameuse comédienne est d’une fiabilité douteuse. Non qu’il soit inconcevable que Molière ait été sensible à Marquise. « Il avait assez de penchant pour le sexe », rappelle Grimarest, son premier biographe et ancien compagnon. Volontiers libertin, à la vie sentimentale mouvementée, Molière a très bien pu tenter sa chance. Mais attribuer l’engagement de Marquise à son émoi relève de la pure fiction. Si elle avait appartenu à une troupe constituée avant de rencontrer « Gros-René », son contrat de mariage l’eût indiqué. Il est probable que, dans cette hypothèse, quelques-uns de ses collègues eussent été ses témoins. Quant à la de Brie, elle suit Molière depuis au moins trois ans.
5. Dans la troupe de Molière
Le coche d’eau glisse vers la Provence. Sous le dais de toile qui la protège du soleil, Marquise sourit, les paupières mi-closes. La descente du Rhône jusqu’à Pont-Saint-Esprit est agréable en ce début d’été et chacun a des égards pour elle. Depuis le mois de juin, Marquise est enceinte.
Sitôt après son mariage, la grande affaire a été de savoir s’il fallait aller à Pézenas pour l’ouverture, le 17 mars, des Etats généraux du Languedoc. Chaque année, ces Etats de la plus vaste province du royaume se réunissent dans une ville différente — Montpellier, Carcassonne, Béziers... — pour voter les impôts dûs au roi et prévoir les subsides nécessaires à l’administration locale. Depuis 1650, la troupe n’a manqué aucune de ces sessions. Le séjour est financièrement rentable : 4 000 livres de « gratifications » en 1650, sans compter les dons et cachets des mécènes pour des représentations privées ; autant ou presque les années suivantes. Les plaisirs succèdent aux réjouissances. Ce ne sont que « festins, bals, ballets et comédies », selon les Mémoires de Daniel Cosnac, témoin de ces fêtes et organisateur de certaines d’entre elles. C’est aussi et surtout l’occasion de nouer ou d’affermir des liens avec les Grands de la province sans la protection desquels aucune réussite n’est envisageable. Mais force cette fois a été de renoncer : la peste rôdait en Languedoc et les autorités déconseillaient de s’y déplacer. La troupe a donc attendu, à Lyon selon toute vraisemblance, que la situation s’améliore.
D’être l’épouse de « Gros-René » ne procure à Marquise aucun privilège particulier. Son statut est celui de n’importe quelle débutante.
Sans minimum fixe, le salaire des comédiens dépend exclusivement de la recette. Après déduction des ferais - la location de la salle, son éventuel aménagement, la fabrication ou la restauration des décors, l’achat de bougies et chandelles pour l’éclairage, l’impression des affiches et autres menues dépenses-, celle-ci est divisée en « parts » et fraction de « parts » que l’on attribue à chacun selon l’importance de ses rôles et son ancienneté dans le métier. « Gros-René » a droit à une « part », Marquise à un tiers.
Depuis une ordonnance de police de 1609, les spectacles doivent commencer à deux heures de l’après-midi afin d’éviter aux spectateurs des retours nocturnes trop lourds d’insécurité. En fait, la représentation débute quand la salle est assez pleine pour assurer une recette suffisante. Dans l’attente espérée de retardataires, il faut faire patienter le public déjà présent. Avec ses talents d’acrobate et de danseuse, Marquise accomplit des prouesses dans cette fonction apéritive. Le public en oublie l’heure et sa coutumière indiscipline. Pour le reste, on la cantonne dans les utilités.
Peu lui importe d’ailleurs. Sensations, horizons, occupations : tout lui est découverte. La descente du fleuve est son premier grand voyage hors de Lyon et de la pénombre du quartier Saint-Georges. Si ce n’est les transporteurs, négociants, soldats ou brigands, les Français du XVII e siècle hésitent à voyager. Trop d’inconfort et trop de risques. Les comédiens ambulants sont par nécessité les meilleurs connaisseurs de la France. Marquise ne peut qu’admirer l’arrivée sur Pont-Saint-Esprit. Dans ses Délices de la France, François-Savinien d’Alquié la décrit comme « une ville fort jolie, bien fortifiée ». Avec ses « 1 206 pieds de long et ses vingt-deux arches ajourées « de manière que l’eau s’en échappe comme par une fenêtre lorsque le fleuve grossit démesurément », le pont passe pour être « l’un des plus beaux » du pays.
Dix hommes et sept femmes, dont Marquise, composent la troupe, effectif pléthorique pour l’époque où, sans qu’il y ait de norme fixe, la moyenne est d’ordinaire d’une dizaine. Huit ans plus tôt, en 1645, sa compagnie de « L’Illustre-Théâtre » sombrant dans le désastre, Molière a fui précipitamment Paris pour échapper à ses créanciers et à un nouveau séjour dans les geôles du Châtelet. A Nantes ou à Rennes, Charles Dufresne l’a recueilli dans sa troupe avec les rescapés qui le suivaient. Le geste fut de solidarité autant que de complaisance envers Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, qui avait regardé avec sympathie la naissance de « L’Illustre-Théâtxe ». Dufresne lui-même est le fils du peintre officiel de Gastotz et du roi défunt. Il lui était difficile de ne pas procéder au sauvetage.
L’agrégat ne tient que parce que, veuf, fatigué, songeant à sa retraite, Charles Dufresne abandonne de fait la direction du groupe à Molière., plus déterminé et plus charismatique. L’échec de « L’Illustre-Théâtre » ne l’a pas brisé. Plus que le portrait académique, déjà grave, de Molière par Pierre Mignard, c’est à celui de son frère Nicolas dépeignant l’acteur en César, ou de Sébastien Bourdon, au musée Cantini de Marseille, le représentant « en costume de théâtre à l’âge de trente ans » qu’il faut se référer. Molière y apparaît dans la force de l’âge, le visage altier, les yeux ardents, le geste d’une cordialité souveraine. Il dégage une séduction et une autorité incontestables qui lui confèrent un ascendant sur ses compagnons, avant même qu’il devienne un auteur à la mode.
Avec certains d’entre eux, Marquise s’entend aussitôt. Joseph Béjart est de ceux-là. Approchant de la quarantaine, il a tout pour ne pas rester acteur. L’héraldique le passionne, et il est bègue. Cela ne l’empêche pas d’interpréter avec succès les jeunes premiers, tant les planches le métamorphosent. Les relations avec son frère Louis sont plus distantes. Boiteux de naissance ou par accident, il est batailleur et borgne. Edme Villequin - de Brie au théâtre - lui ressemble. Violent et bretteur, il est spécialisé dans les rôles à son image, pour lesquels il n’a nul besoin de forcer son talent. « Gros-René » est trop bon vivant pour vraiment l’apprécier et Molière ne semble guère l’aimer. Marquise songe parfois qu’en d’autres circonstances un tel trio aurait de quoi inquiéter.
Mais c’est surtout avec ses consœurs que les rapports sont les plus complexes. Les rivalités affleurent sous les complicités de façade. Sœur de Joseph et de Louis, Madeleine Béjart est la figure de proue du clan. Excellente actrice, l’une des meilleures de sa génération d’après ses contemporains, toutefois plus à l’aise dans le tragique que dans le comique, cette blonde que ses détracteurs disent rousse pour insinuer qu’elle sent mauvais, ajoute à ses qualités le réalisme d’une femme de tête. Elle est la « caissière », écrit Claappuzeau sans la moindre intention péjorative. Rien ne se décide ni ne se fait sans elle. Pas simplement parce qu’elle est la maîtresse de Molière depuis près de dix ans. La protection dont elle bénéficie auprès des puissants font d’elle un utile agent diplomatique. A vingt ans, quand elle ne connaissait pas encore Molière, elle a été la maîtresse du comte de Modètze. La liaison n’a pas perduré, le comte gâtant, selon l’abbé Arnauld, « les belles qualités de son esprit » par ses « débauches » incessantes. Mais chambellan de Gaston d’Orléans puis, à partir de 1646, premier gentilhomme de la chambre du duc de Guise, l’ancien amant continue de s’intéresser à la carrière de Madeleine et est toujours prêt à lui offrir son appui en cas de besoin.
Marquise la respecte, l’admire et campe sur sa réserve. La méfiance est réciproque. Marquise a trop de splendeur pour ne pas éveiller soupçons et craintes. Depuis deux ans, Molière couche avec la de Brie. Par intelligence ou par calcul, Madeleine se résigne à ce partage. Elle reste l’officielle, l’autre n’est que l’officieuse. Encore faudrait-il que Marquise ne vienne pas compliquer la situation. Envers elles, Marquise adopte la stratégie du sourire, qui n’efface pourtant pas toutes les arrières pensées. Il n’y a guère qu’avec la petite Armande, âgée de onze ans, que les relations sont sans équivoque. Une Béjart également, que Madeleine et sa sœur cadette, Marie Hervé, élèvent comme si elle était la fille de chacune.
A Pont-Saint-Esprit, la troupe débarque et surveille le déchargement du matériel transporté dans un bateau suiveur. L’opération prend du temps. Il faut en effet renoncer à la légende d’un Molière pérégrinant pauvrement en province, où son « génie se serait révélé au contact du peuple. Elle remonte aux débuts de la III e République quand, après la défaite de 1870, pour reconstruire l’unité nationale, il convenait d’offrir une icône culturelle, pleinement française, à l’école de Jules Ferry.
Les troupes protégées ne partagent pas le sort des comédiens miséreux qui courent alors la province et la pistole. L’appui d’un Grand leur fournit moins une rente, souvent aléatoire, que de fructueuses occasions de jouer chez des notables généreux, et qui leur abandonnent parfois des habits somptueux ou financent des éléments de décor. Elles ont les moyens de vivre honorablement. Selon une quittance conservée aux Archives communales de la ville d’Albi, les comédiens de Mgr le duc d’Orléans voyagent avec « soixante-huit quintal (sic) et demy » dont l’acheminement d’Albi à Castres, soit sur quarante-deux kilomètres, leur coûte la somme rondelette de 85 livres. Quand il regagnera Paris en 1659, Molière fera remonter par la Seine près de huit tonnes de matériel. A supposer même qu’en 1653 il en ait moins, ce n’est pas beaucoup moins. Outre les effets et objets privés de dix-sept personnes, il y a les costumes, les accessoires indispensables, les décors. C’est un convoi de plusieurs chariots qui se déplace, loin de la progression chaotique de quelques roulottes.
Se déplacer en Languedoc est moins pénible qu’en Limousin ou Basse-Bretagne. De Pont-Saint-Esprit à Nîmes et, au-delà, vers Montpellier, Béziers, Narbonne, la route est en bon état. La province veille à son entretien et les Etats généraux dégagent les fonds nécessaires au remblaiement des fondrières, à la réparation des ponts, au damage même rudimentaire du sol après les pluies d’automne. La largeur en est à peu près conforme aux édits royaux qui la fixent à trente-six pieds. A peu près seulement, car dans les bourgs et les agglomérations les riverains ont tendance à mordre sur la route pour agrandir leur cour ou leur jardin. Mais dans l’ensemble l’itinéraire est praticable. Justus Zingerling qui l’a emprunté et qui a laissé une relation de son voyage ne signale aucun danger particulier. C’est que l’artère est vitale pour l’économie de la région, comme pour la défense du royaume. Jusqu’au traité des Pyrénées de 1659, le Languedoc est une marche-frontière face à l’Espagne ennemie. « Grand chemin de poste », la route est une « route d’étape » où des unités militaires circulent « entre quantité de forts, châteaux et places gardées pour le roi », d’après la Description générale de Pierre Davity, publiée en 1643. La sécurité des voyageurs s’en trouve accrue.
Les du Parc comme leurs compagnons pérégrinent dans des conditions somme toute convenables et agréables. Les auberges sont ripaillantes et « Gros-René » n’est pas le dernier à se servir. La vie a pour lui le goût de Marquise et de la scène. On déclame, rit, chante. Marquise observe, participe. Fin août ou dans les premiers jours de septembre, Daniel de Cosnac, aumônier et amuseur du prince de Conti, leur demande de venir à la Grange-des-Prés, à une lieue de Pézenas, pour divertir son maître. L’invitation ne se refuse pas. Depuis la trahison du Grand Condé passé à l’Espagne, Armand de Bourbon, prince de Conti, est, après le jeune Louis XIV et « Monsieur » son frère, le troisième dans l’ordre de la succession au trône de France.
Marquise en est tout intimidée.
6. Inconséquences princières
Sa déception est immédiate. La Grange-des-Prés est un domaine quasi à l’abandon. Si le jardin en est « beau » avec ses « allées de cèdres et de lauriers », le « bâtiment en lui-même ne mérite pas grande estime », selon Elie Brackenhoffer, un strasbourgeois de passage. Voilà vingt ans en effet que ses propriétaires négligent de le rénover. Conti vient seulement d’hériter de cet ancien domaine des Montmorency passé à sa famille après qu’Henri II de Montmorency eut été exécuté pour avoir comploté contre Richelieu. Il n’a eu ni le temps ni les moyens de l’embellir ou de le maintenir en état. C’est d’ailleurs la première fois qu’il y séjourne, et presque contre son gré. En dépit de son rang dans l’ordre de la succession à la couronne, ce « zéro qui ne se multipli[e] que parce qu’il [est] prince du sang », d’après le vipérin cardinal de Retz, s’installe en vaincu à la Grange-des-Prés. Frondeur impliqué dans les soulèvements de Guyenne, le prince, après avoir opéré une volte-face, s’efforce de négocier son retour en grâce auprès du pouvoir. Dans l’attente d’un accord définitif, il a obtenu l’autorisation de résider sur ses terres languedociennes. Un emménagement à la hâte. Une suite de près de deux cents personnes à loger. On a dû réquisitionner auprès des « communautés » du comté le mobilier indispensable.
Pour son premier contact avec le « monde », Marquise est servie. A peine arrivés, les comédiens sont sommés de déguerpir ! Maîtresse du prince, Mme de Calvimont dont le bavardage fait « douter laquelle des deux choses [est] la plus surprenante ou sa beauté ou sa bêtise », a entre-temps convié la troupe de Nicolas Cormier. Elle n’entend pas se déjuger. Tour à tour « joueur de gobelets », marchand de thériaque sur le Pont-Neuf, emprisonné pour avoir troublé l’office dominical des Grands Augustins, hostile à Mazarin durant la Fronde, Cormier qui a jugé plus prudent de quitter la capitale pour courir la province est un intermittent du spectacle. Mais il a offert quelques « présents » à Mme de Calvimont et celle-ci vante son professionnalisme. Conti approuve le choix de sa maîtresse qu’il a enlevée à son gentilhomme de mari, conseiller au Parlement de Bordeaux. Lui qui est petit, bossu et d’« une taille très contrefaite » ne veut pas déplaire à cette beauté qui est un atout dans son entreprise de rétablissement à la Cour. Il manoeuvré dans le même temps pour épouser Anne Martinozzi, une des nièces de Mazarin. Un tel mariage signerait avec éclat sa réhabilitation et le Cardinal réaliserait son ambition d’entrer par alliance dans la famille royale. Ce dernier hésite toutefois : des rumeurs courent sur la virilité princière.

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