Tout le malheur des hommes
102 pages
Français

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Description

La recherche d'une mère disparue réunit une famille : un fils volontairement auto-confiné dans sa chambre depuis plusieurs années pour expérimenter la douleur du monde, sa soeur fille étudiante qui retourne à la maison, le père anéanti par l'événement.


Les personnages entament un parcours initiatique autour d'une lettre reçue : Venez me chercher. Au coucher de soleil sous les pattes du géant...


Récit tendre et aux limbes de l'étrange, Tout le malheur des hommes est le miroir poétique de nos peurs et nos questions vis-à-vis de la recherche d'une place dans une société meilleure.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782371001350
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Copyright

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
© Le nouvel Attila 2020 dans le cadre du concours Court-lettrage
La couverture a été conçue par e_Dantès et la maquette intérieure par Louis Dæffler
Ce texte a été composé en Azo et Calibri
www.lenouvelattila.fr
manuscrits@lenouvelattila.fr
Court-lettrage
Titre
L’ Arbre - Éléphant
 
J ’ai passé la matinée à chercher dans mes tiroirs une vieille photo dont je me souvenais vaguement, on y voyait ma mère et moi devant un château de la Loire mais je ne l’ai pas retrouvée.
Je ne sais pas du tout où elle est passée et je me suis demandé si je l’avais donnée ou si je l’avais jetée ou si je l’avais mangée et aucune de ces réponses ne m’a paru satisfaisante. Je me suis allongé sur mon lit et j’ai soupiré à plusieurs reprises d’un soupir forcé très profond pour que quelqu’un m’entende. Bien sûr personne ne m’a entendu. Mes parents sont partis travailler et ma sœur ne rentre plus que les weekends depuis qu’elle est étudiante.
Contrairement à ma sœur, après mon bac je ne suis pas allé étudier et je suis resté à la maison dont je ne suis plus sorti depuis. J’étais inscrit en première année de philosophie mais je considère que la philosophie ne se pratique avec efficacité que quand on n’est pas au courant qu’on la pratique.
Je l’oublie donc avec ténacité – fixant le plafond et cherchant des vieilles photos égarées dans les remous du temps.
 
J ’ai décidé de ne plus sortir de chez moi parce que je n’avais pas envie de sortir de chez moi. C’est très simple mais personne ne respecte les explications simples et les explications compliquées sont toujours beaucoup plus efficaces, surtout si elles font appel à la psychologie.
Je reste dans ma chambre et je ne dis rien. Les moments où mes parents essaient de me faire sortir sont les seuls moments où je sors de mon mutisme — je me mets à crier et à envoyer des coups de pied. Mes parents détestent la violence et disent toujours qu’il est important de communiquer. Leurs bons sentiments les empêchent d’user de mesures radicales alors ils attendent simplement que ça passe.
 
P eut-être que j’ai entrevu quel cataclysme risquait de me tomber dessus si je sortais ou peut-être que j’ai peur du jour et comme les vampires je dois me cacher ou peut-être que j’ai été traumatisé par quelque expérience encore enfouie dans ma petite enfance.
Je reste dans ma chambre et mes parents viennent me voir et parfois j’accepte de descendre manger avec eux et parfois je refuse et il m’arrive de faire semblant de ne pas les voir et de regarder obstinément un point fixe et alors ils referment la porte tristes et descendent sans rien dire.
Je passe ma journée à faire des choses inutiles comme chercher des vieilles photos, parfois je dessine des petites bandes-dessinées qui racontent ma vie. Un jour je les enverrai à un éditeur et je deviendrai célèbre.
Parfois je me mets à chanter très fort à m’en casser la voix et mes parents n’osent pas venir me demander d’arrêter. Dans la journée, quand ils ne sont pas là, il m’arrive de dévaliser le frigidaire ou de casser des assiettes en les jetant sur le chat qui part en courant. Je fais bien attention à ne pas dépasser les bornes pour ne pas me faire expulser de la maison. Mes parents sont foncièrement bons mais ils pourraient se poser des questions. Ils pourraient se dire que je fais exprès. Ils pourraient se dire que je suis bizarre.
 
C ’est cette aigreur que j’ai au bas de l’estomac, qui me sale l’âme et dévie les vertèbres. La nuit et le jour elle m’empoisonne et nourrit les invectives que j’adresse au ciel puis que j’adresse à la terre.
L’aigreur au bas de mon estomac est âcre et insistante. Je ne sais pas comment elle est arrivée – peut-être très progressivement. Il me semble qu’elle a peut-être toujours été là, et que quelque chose l’a réveillée. Il est possible aussi que quelque chose se soit vengé en m’infiltrant de l’intérieur.
Je ne suis pas sûr d’avoir voulu lui échapper. Quand elle est arrivée, je l’ai reconnue comme mienne. J’ai irrité la blessure pour mieux m’entendre gémir. J’ai joui de mes entrailles inflammées et caressé l’envie de prendre une lame pour la planter encore et encore dans mon bas ventre.
Je me sentais exister.
Progressivement l’emprise a grandi et maintenant je ne fais rien sans écouter mon ventre. J’ai des bestioles qui rognent patiemment et rient de me voir souffrir. Parfois elles me sautent dans les paupières et s’y installent alors
je ne vois plus rien et me recroqueville tout au fond de mon lit et j’attends qu’elles retournent dans le ventre ou qu’elles envahissent ma langue déjà dardée d’épines et qui ne sait rien dire que les mots qui blessent. Je porte ma croix et réclame plus de poids sur mes épaules, c’est trop peu tant que je peux encore marcher.
 

J e n’ai pas toujours été comme ça. Il me semble qu’un temps j’avais l’estomac calme et l’esprit en paix. Sur les photos j’ai le regard rêveur et la mèche de travers. Je ne sais pas ce que je regarde mais ç’a l’air d’être très apaisant. Je me dis que c’est un oiseau qui s’envole. J’essaie de reproduire le regard que j’avais dans les photographies de mon enfance, mais ce n’est plus moi.
Alors je jette les photographies au feu.
 
J ’entends la porte qui claque et la voix de mon père qui rentre du travail tôt. Je me lève pour aller lui dire bonjour. Je sors rarement de ma chambre ; c’est une occasion spéciale. Aujourd’hui j’ai le cœur content. Je vais à sa rencontre et le prend dans mes bras en une étreinte solennelle. Il est surpris et menace de ne pas me rendre l’étreinte. S’il ne me rend pas l’étreinte je vais le tuer de mes mains nues, car je ne tolère pas l’offense et réclame en cet instant les attentions que je mérite c’est-à-dire l’amour d’un père pour son fils malade.
Mon père m’étreint et je le sens ému. Je ne lui ai pas parlé pendant au moins trois semaines. Quand il venait me voir dans ma chambre je lui tournais le dos ou je fixais son nez ou son oreille et jamais ses yeux. J’acquiesçais sans dire un mot et parfois je n’acquiesçais pas. Mon père était donc tout à fait mûr pour une embrassade.
 
J e lui demande s’il a passé une bonne journée. Il balbutie que oui, que la journée a été bonne mais qu’il a beaucoup de travail en ce moment et qu’il est rentré parce qu’il a une migraine. Je ne sais pas grand-chose du travail de mon père. Je crois qu’il utilise les chiffres. Ma mère est professeur d’histoire. Elle ne va pas tarder à rentrer. Elle devrait même être rentrée depuis un quart d’heure. Je suppose qu’elle est allée faire des courses. Mon père va dans la cuisine se verser un grand verre d’eau parce qu’il a mal à la tête. Depuis la cuisine il me demande si j’ai passé une bonne journée aussi mais je ne réponds pas et je monte dans ma chambre et je l’entends qui répète et toi tu as passé une bonne journée mais mes journées ne sont pas bonnes, elles puent le soufre, et le moisi coule et je n’ai plus envie de faire la conversation.
 
M a mère est en retard d’une demi-heure déjà. J’ai un mauvais pressentiment. Ce n’est pas dans mon habitude de m’inquiéter pour mes parents. Je n’ai pas l’espace dans le ventre pour l’inquiétude mais aujourd’hui je sens bien que quelque chose en moi s’inquiète de ce que ma mère ne soit pas encore rentrée, elle qui est toujours à l’heure. Je sais qu’une demi-heure ce n’est rien mais le temps passe vite et bientôt ce sera une heure. Si elle est en retard d’une heure mon père aura peur. Je ne sais pas ce que je ferai. Je le laisserai avoir peur. Je n’ai pas la place sur mes épaules pour les poids du quotidien. Je ne peux porter que ma douleur aigre. Les autres avec leurs émotions et leurs cris du cœur me semblent des acteurs au jeu un peu grotesque qui répètent avec application des mots qui ne leur appartiennent pas et qu’ils s’approprient maladroitement.
Je retourne dans mon lit. J’ai bien chaud. Je ferme les yeux et somnole. L’aigre au bas de l’estomac tourne et me glisse jusqu’aux oreilles. Il me tance. J’écoute sa mélopée pleine et tombe dans la somnolence. Je vais rester ainsi je ne sais combien de temps puis j’irai hurler à la lune.
 
J ’ai été réveillé par la voix de mon père qui m’appelait. Je crois qu’il crie depuis un moment parce qu’il a la voix éraillée, ou peut-être a-t-il pleuré. Je me redresse tranquillement. Je ne sais pas si je vais descendre. J’écoute. Il m’appelle encore un peu puis il s’arrête. Il compose le numéro de ma mère sur le téléphone fixe ...

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