Tu ne nuiras pas
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Description

Rien ne prédestinait Samuel, archéologue réputé, et Pierre, ingénieur en imagerie médicale, à se rencontrer.


Amer et désabusé, Samuel rentre en France après trois ans de recherches vaines en Libye. Désavoué par sa hiérarchie et raillé par ses pairs, il accepte de fouiller clandestinement le site qui accueillera bientôt l’extension d’un hôpital universitaire renommé.


En une nuit, Pierre a vu sa vie basculer au cœur de ce même établissement hospitalier qui l’emploie. Admise aux urgences pour un incident mineur, sa femme est victime d’une erreur de diagnostic. Le hasard va lier les destins de ces deux hommes.


L’hôpital universitaire de La Compassion va devenir l’épicentre de leurs préoccupations et le théâtre d’incidents qui se succèdent au fil des mois.


Que se passe-t-il au cœur de ce monde blanc ?


Qui tire les ficelles et dans quel but ?


Ne devons-nous pas craindre de le savoir ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9791094543528
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Les Éditions du Loir bénéficient du soutien de la Région Centre-Val de Loire, de l’État (DRAC Centre-Val de Loire) et de Ciclic dans le cadre de l’aide aux entreprises d’édition imprimée ou numérique.
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tout procédé et pour tout type d’usage, sont interdits.
ISBN : 979-10-94543-23-8 pour l’édition papier
ISBN : 979-10-94543-52-8 pour l’édition numérique
© Les Éditions du Loir, janvier 2020 pour l’édition papier
© Les Éditions du Loir, janvier 2021 pour l’édition numérique
Illustration de couverture : © iStockphoto/teekid



Primum non nocere 1 .
Hippocrate, Traité des épidémies (410 avant J.-C.)

1. D’abord, ne pas nuire.



1
L ’avion fait rugir ses réacteurs et se rue sur la piste comme un démon en folie. Cette rage subite de moteurs jusque-là ronronnants est angoissante. Le décollage a toujours paru à Samuel un évènement contre nature. Bien sûr, il sait, il connaît. On lui a expliqué maintes fois la portance, l’air qui se conduit comme un fluide… même s’il est archéologue, il a de bonnes bases scientifiques, obligatoirement. Il a compris cette logique, admet les faits puisque dans la réalité, l’avion décolle vraiment ! Mais cela, c’est la raison, le cerveau. Son instinct n’admet pas que ce monument de quatre-vingts tonnes de métal puisse s’élever dans les airs.
Mais aujourd’hui, le trouble de Samuel est plus pro- fond et le décollage lui est presque indifférent. Il est amer. Toutes ces années passées dans les rochers de Libye pour n’aboutir à rien. À la lecture du traité de géographie de Strabon, il avait acquis la certitude d’une immense ville romaine, bien plus grande que Leptis Magna. Il était évoqué une mégapole, un lieu de convergence de tous les arts et connaissances de l’Afrique et du monde civilisé. Strabon avait hésité à la placer parmi les sept merveilles du monde. Il avait alors su être convaincant auprès de la société d’archéologie, auprès de l’université, des politiques. On lui avait alloué la première année des subventions colossales.



La France avait raté d’importantes découvertes syriennes ; on n’allait pas encore une fois être absents !
Il était parti plein d’enthousiasme. Il imaginait cette ville. Il la vivait. Le coup de pioche qui mettrait à jour la première pierre serait le plus beau moment de sa vie. Les premiers mois avaient été consacrés à la localisation des vestiges, au bord de la mer. Une partie devait être enfouie, l’autre immergée. Les bathyscaphes automatiques avaient repéré d’infimes variations du champ magnétique terrestre sous l’eau. Une excellente piste pour des vestiges métalliques déposés dans les sédiments. Au lieu de cela on n’avait trouvé que des dépôts de minerai ! Et sur terre, les déceptions s’étaient succédé.
Au bout de quatre ans passés à espérer, à s’épuiser physiquement et nerveusement dans des conditions de fouille spartiates, il rentrait bredouille. Même pas une publication mineure pour justifier de telles dépenses de l’argent des contribuables ! Il connaît la suite : la fausse compassion ironique des collègues et une mise sur la touche pour quelques années. Son caractère prompt à s’enthousiasmer, à balayer d’un revers de main les objections à ses théories, ses réparties brillantes ne lui avaient pas apporté que des amis. Il le sait bien. Il lui resterait l’enseignement.
Bien sûr ce serait une mise au placard honorable. Beaucoup y faisaient toute leur carrière. Mais lui, cela n’avait jamais été son but. Et les mois, les années passées en bibliothèque à explorer des archives n’avaient de sens que pour y retrouver des choses disparues, faire des hypothèses sur leur localisation actuelle par des raisonnements subtils, des recoupements entre auteurs. Il ne vivait vraiment que pour cette recherche. L’arrivée au petit jour sur le site d’exploration, le premier café dans la lumière de l’aube, l’odeur du sable, des rochers que les



premiers rayons du soleil réchauffent. Le moment où la chaleur vous chasse et vous oblige à une sieste prolongée à l’ombre d’une toile. Renoncer à tout cela ? Il le faudrait.
Il imagine l’accueil glacial du secrétaire d’État à la culture qui lui signifierait l’absence de prolongation de tout crédit. Même pas ! On ne le recevrait pas, on lui ferait connaître la décision, de manière impersonnelle, par courrier. La rumeur des conversations, les annonces de l’équipage lui parviennent à travers une brume. Perdu dans sa rancœur il laisse en face de lui, l’hôtesse, la main tendue avec une tasse de café.
Il faudrait faire face, afficher un sourire serein, et surtout travailler. Travailler, la solution de tout trouble de l’esprit. Faire comme Voltaire : à chaque revers, se remettre devant sa table de travail.
Retrouver le réconfort de la liste d’ouvrages que l’on tend à la bibliothécaire. Enfiler des gants blancs quand arrive le moment privilégié d’ouvrir une œuvre ancienne, réservée à une élite. Sentir son cœur battre plus vite quand la langue ancienne vous révèle une piste, un détail géographique qui vous permettra, peut-être, de localiser un fragment disparu de l’histoire des hommes.
Oui, mais à quoi travailler ?



2
E nfin, les enfants sont couchés, la maison en ordre ! Cette journée de rentrée scolaire a été spécialement agitée. Lise essaie de se détendre sous sa douche. Elle fait couler l’eau chaude sur son dos, sur ce petit point douloureux au côté qui ne l’a pas quitté depuis cet après-midi.
Pierre fait irruption dans la salle de bains.
« Que dirais-tu d’un Woody Allen ? Il en passe un que l’on n’a pas encore vu à la télé. Mais dépêche-toi, ça commence dans cinq minutes. J’ai déjà couché les enfants !
– Pas sûre d’en avoir envie, ou alors, en essayant la position allongée sur le canapé.
Pierre prend l’air interrogateur.
– Je me suis donné un coup de guidon de vélo cet après-midi en accompagnant les enfants au bois, après les cours. Ils étaient tellement survoltés après cette première journée d’école que j’ai voulu les laisser courir un peu en plein air avant de rentrer. En arrivant à la maison, le chien des voisins, tu sais l’affreux, tout jaune, a voulu comme toujours nous lécher les mollets. En voulant l’éviter, j’ai tourné mon guidon brutalement. Résultat, je me suis donné un coup dans le ventre, et depuis, j’ai un peu mal. Je dois avoir une contracture. M’allonger me détendra. Et toi, je t’ai à peine vu, qu’as-tu fait aujourd’hui ?
– Oh, je me suis échiné toute la journée sur l’IRM du Centre de Radiologie de Beauval. Troisième panne en un mois ! L’équipe était survoltée, les malades à annuler pour la troisième fois, l’impossibilité de leur donner un



nouveau rendez-vous avant 2 mois ! Du médecin à la secrétaire, tout le monde était sur les dents.
– Prends le temps d’une douche bien longue, toi aussi, tu as besoin de te détendre.
– Oh oui ! Ils venaient me voir tous les quarts d’heure, pour me demander si j’avais fini ! »
Tous deux s’installent avec délice sur le canapé et se laissent emporter loin de leurs soucis par les répliques de Woody Allen, puis se couchent. Au milieu de la nuit, Lise se réveille en sueur, secoue Pierre.
« Ça ne va pas du tout. J’ai très mal tout d’un coup. J’ai l’impression de m’évanouir. »
Pierre se dresse d’un coup, bien réveillé. Il a l’habitude des nuits blanches avec son travail qui lui impose souvent des réparations tard dans la nuit. Mais Lise, c’est toute sa vie. Que lui arrive-t-il ?
« Calme-toi, je vais t’emmener aux urgences, tu vas voir un médecin. Ce n’est sûrement pas grand-chose. Tu es en bonne santé, ne t’inquiète pas !
– Oui, mais les enfants ? Qui va les garder ?
– Je vais téléphoner à ma sœur, le temps qu’elle arrive, ils peuvent rester seuls une petite demi-heure, ce ne sont plus des bébés. »
Lise a trop mal pour réfléchir. Elle enfile à tâtons un survêtement pendant que Pierre explique brièvement la situation à sa sœur Caroline.
« Tout est organisé. Ne t’inquiète pas pour les enfants, on y va. »
Il réveille à moitié leur fils aîné, Alexandre.
« Nous allons consulter un médecin pour ta maman. Ne t’inquiète pas. Tu vas rester seul avec Anne un tout petit moment. Tante Caroline arrive pour être avec vous. Rendors-toi en attendant. »



Le trajet en voiture s’effectue sans un mot. Lise est crispée sur son fauteuil, les mains posé

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