Jardiner bio sans se raconter de salades
125 pages
Français

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Description

Des limaces mortes de trouille, un jardinier mort de rire... Du compost au paillage, en passant par les engrais bio et la lutte contre les ravageurs, l'auteur vous dévoile ses petits secrets et ses convictions profondes au sujet du jardinage bio avec un ton personnel et plein d'humour !
Il n'hésite pas également à évoquer les limites de certaines pratiques pour vous guider sans vous tromper. Et s'il manie à merveille la grelinette, il ne fait pas usage de la langue de bois ! Sans vous raconter de salades, cet ouvrage vous ouvrira les portes d'un jardinage différent, respectueux de la nature et du rythme des saisons.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 août 2011
Nombre de lectures 12
EAN13 9782815301732
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Avant-propos

Il y en a qui sont pour : plaisir de récolter des légumes vraiment sains, sans traitement toxique d’aucune sorte (c’est si important pour la santé présente et future des enfants !) ; plaisir gustatif avec des tomates, des haricots ou des salades au zénith de leur saveur ; satisfaction de protéger l’environnement, de ne pas polluer les nappes phréatiques, de ne pas assassiner la petite faune des jardins.
Il y en a qui sont contre : jardiner bio, ce sont de mauvais rendements assurés et parfois même la perte complète de toute une récolte ; les engrais et les pesticides chimiques ne sont pas si mauvais qu’on le prétend et il ne donnent aucune toxicité aux légumes – qui, du point de vue gustatif, sont tout à fait au niveau des légumes bio ; en outre, les produits bio, que ce soient des graines ou des fertilisants, sont plus chers que les autres.
Nous, disons-le tout net, nous sommes pour. Sans restriction et définitivement. Pour toutes les raisons citées plus haut et parce que jardiner bio nous met en accord profond avec la nature – ce qui nous rend tout simplement heureux. Cela dit, nous ne sommes pas prêt à gober n’importe quoi – ni au sens propre, ni au sens figuré. Posons-nous donc sérieusement la question (sans nous raconter de salades) ; dans le jardinage bio, qu’est-ce qui marche vraiment ? Comment faire, pratiquement, pour récolter des légumes vraiment sains, avec un rendement satisfaisant ?
Michel Beauvais
Ameublir oui, labourer non !

Ne plus se tordre les reins à labourer en automne, voilà qui en fait frémir plus d’un. Et pourtant, force est de constater que l’on obtient de meilleurs résultats en se contentant d’un simple ameublissement, sans retournement des mottes.
« Creusez, fouillez, bêchez. Ne laissez nulle place Où la main ne passe et repasse. »
C’est le sympathique Jean de La Fontaine qui le dit dans Le Laboureur et ses Enfants . Preuve, s’il en était besoin, que le chamboulement du sol est depuis longtemps considéré comme un des dix commandements de la culture dite « conventionnelle ». Un dicton ajoute même que « le laboureur est du métier d’Adam », mais c’est une erreur : on sait que les premiers cultivateurs, évidemment préhistoriques, pratiquaient le semis direct, sans les labours, que l’on retrouve dans le bio aujourd’hui.
Le sol donne le “ la ” !

Jouons un instant à la patate… Mettons-nous à la place de la brave pomme de terre : qui voudrait s’embêter à pousser en ayant ses racines dans une mixture râpeuse, tristounette, brûlante ou glacée, où l’on ne rencontre jamais personne, en absorbant des trucs qui sentent le pétrole (on aura reconnu les engrais chimiques) ? Le précepte à retenir, en paraphrasant le « soigner la tête pour guérir le corps » de la médecine orientale, est le suivant : soigner le sol pour guérir les plantes. Et la méthode est simple : il s'agit de respecter le vivant et les cycles naturels.

Un sol, c’est quoi ?

Le sol est composé de 3 éléments :
• une partie minérale : elle est issue de la roche et également de la décomposition de la matière organique en minéraux. Selon les cas, le sol est à dominante argileuse, limoneuse ou sableuse (avec des particules plus ou moins fines) ;
• une partie organique : elle est constituée de matière organique (végétale et animale) en décomposition, c’est-à-dire l’humus ;
• des êtres vivants : ce sont les bactéries, les algues, les champignons, les insectes…


Un sol fertile, c’est quoi ?
Pour que les plantes aient les meilleures chances de développement, le sol doit être :
• friable et aéré, pour permettre la pénétration et la respiration des racines (un sol fertile contient 25 à 50 % d’air – étonnant, non ?) ;
• poreux, tout en retenant suffisamment l’eau pour éviter à la fois le dessèchement et l’excès d’humidité ;
• riche en éléments nutritifs, c’est-à-dire, en azote, en phosphore et en potassium.
Et c’est pourquoi la qualité d’un sol dépend :
• de la taille des particules qui le composent ;
• de la proportion d’humus qu’il contient ;
• des êtres vivants qui s’y trouvent.
L’ameublissement du sol évite précisément de bouleverser sa structure, de faire disparaître l’humus en l’enterrant et favorise le développement de la vie. Il est complété par l’apport d’amendement – en particulier, justement, de l’humus – et éventuellement, de fertilisants organiques.
L’étymologie nous apprend que les termes « fertile », « fertilité », viennent d’un mot latin, porre, signifiant « porter » et, plus précisément « porter dans son ventre ». C'est une belle image que ce sol fertile qui « enfante » les plantes – on comprend toute de suite qu’il faut en prendre soin !

La fertilité, c’est quoi ?

Photo Franck Boucourt (potager de Patricia Auvray)
Pourquoi s’embêter à mettre les mains dans la gadoue alors que l’on peut s’en passer ? Car, pour pousser, une plante n’a nullement besoin de terre, comme le démontre tous les jours la culture hors-sol ou hydroponique. Cette pratique, même si cela semble bizarre, n’est théoriquement pas incompatible avec le bio, qui l’appelle alors la « bioponie » – apparemment en plein boum. Tout dépend, bien entendu, des fertilisants que l’on utilise.
Pour le jardinier à la fois à l’ancienne et à la moderne, qui veut tout simplement réussir des légumes sains et de belles fleurs dans son jardin – si possible sans polluer la nature –, la notion de terre fertile est essentielle. Il est alors primordial de se contenter d’ameublir sans retourner !
ça grouille

Les organismes vivants constituent 0,1 % d’un sol fertile. Pas beaucoup, dites-vous ? Mais si, car cela veut dire que pour 1 kg de terre, il y a 3 000 milliards de bactéries, 400 millions de champignons, 50 millions d’algues et 30 millions de protozoaires, nématodes et vers de tout acabit. Ajoutons à cette joyeuse bande d’insectes en pagaille les précieux lombrics !

Il y en a 3 types
• Les lombrics épigés : ils vivent en surface dans les litières de feuilles en décomposition. Ce sont eux que l’on trouve dans le lombricompost.
• Les lombrics endogés : très abondants, ils creusent des galeries horizontales en avalant la terre, sans jamais venir en surface.
• Les lombrics anéciques : dans un jardin, ils représentent souvent plus de 80 % de la masse des vers de terre. Ils sont plus rouges que les précédents. Ils creusent des galeries à la verticales qui leur permettent de venir à la surface glaner des débris végétaux, en y laissant des tortillons appelés turricules.

Vive les vers de terre !

Si le serpent est le symbole de la médecine dans le caducée, le ver de terre pourrait bien être celui du jardinage bio. En effet, on les soigne et on les bichonne, les jolis petits lombrics. Et on a bien raison. Pourquoi ? Parce que ces timides annélides ont l’idée splendide d’avaler de la terre. Et que c’est dans leur intestin que l’humus et l’argile (liés par des ions positifs) forment un ensemble stable, grâce à l’apport d’une sorte de colle humique que l’on appelle la « glomaline » et qui est synthétisée par les champignons. Cet ensemble stable, c’est précisément le sol fertile. Les vaillants vers de terre aèrent aussi abondamment le sol avec leurs galeries horizontales et verticales. Ils digèrent également les déchets végétaux en décomposition et les transforment en humus. Et il ne faut pas croire qu’ils ne traitent qu’une faible partie de la terre – du moins quand ils sont en nombre suffisant ! Ce sont des fouisseurs insatiables et acharnés qui « traitent » des volumes phénoménaux de terre. Et il faut savoir qu’ils représentent à eux seuls 70 % de la masse totale des animaux terrestres, loin devant les éléphants ! On compte 150 à 400 individus au mètre carré, tous sur le pied de guerre, dans une prairie naturelle non traitée – et seulement 3 à 5 dans un champ de céréale 100 % chimique ! Sur notre bonne vieille planète, il en existe environ 4 000 espèces – dont une de 3 m de long en Australie !
Un coup de cuivre !
Le jardinage va-t-il connaître un âge du cuivre ? L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle daterait évidemment de l’âge du cuivre et des anciens Chinois. Certains affirment que les particules de fer qui se détachent des outils et qui rouillent entraînent des phénomènes de dessèchement de la terre, alors que les particules de cuivre des outils constitués de ce matériau sont bénéfiques. Vérité ou élucubration, difficile de le savoir en l’absence d’études sérieuses.
Chapeau les champignons !
La classification des champignons – des mycètes pour parler scientifiquement – est affreusement compliquée. Les girolles et les cèpes ne sont que la partie visible de l’iceberg (porteurs de spores), le gros du champignon est le mycélium. Il est constitué de fins filaments, les hyphes, qui se collent aux racines des plantes. En effet, presque tous les végétaux sont associés à un mycète, souvent spécifique à une espèce. Champignon et plante vivent en symbiose : la seconde donne du glucose au premier qui, en échange, lui procure de l’eau et des sels minéraux. C’est ce qu’on appelle la mycorhize. Les plantes qui bénéficient de la collaboration d’un mycète croissent mieux que les autres. D’où l’importance de les préserver dans la structure du sol.
Bouffer des briques ou des lombrics ?
Quand on connaît le coût élevé, pour l’écologie, de l’élevage du bétail, notamment des bovins (ciel, mon ozone !), pourquoi ne pas jouer malin… et servir à la cantine, au lieu de l’insipide steak-semelle-chewing-gum, des pâtes à la bolognaise de lombric ? Ou du ver de terre sauce madère ? Il y en a qui y pensent en tout cas, et très sérieusement même. On trouve déjà du lombric en poudre, du lombric séché et même du lombric liquide pour l'alimentation de la volaille, essentiellement, c’est vrai. Mais le produit a été testé – avec succès – sur les humains. Ça ne coûte pas cher à produire et c’est bourré de protéines ! Et comme on dit, il n’y a que la première bouchée (gulp !) qui coûte.
Les méfaits du labourage

Cata pour l’humus ! Le complexe argilo-humique, ça vous dit quelque chose ? En gros, et même en très gros, c’est la couche superficielle du sol riche en humus qui a pour propriété d’être fertile. Eh bien, en bouleversant la terre, en mettant le dessus dessous et inversement, le labourage a tendance à faire disparaître cette couche. En conséquence, on perd de la fertilité.
Assassinat collectif !

Conséquence du point précédent quand on donne un vigoureux coup de bêche, on trucide allègrement quelques vers de terre malchanceux. Jusque-là, encore, rien de trop méchant. Mais quand on retourne la motte, c’est de la liquidation en gros ! Les micro-organismes aérobies – qui ont besoin de bonnes bouffées d’oxygène – meurent par étouffement et les créatures anaérobies – celles des profondeurs –, les imitent pour la raison inverse.

Sale coup pour les lombrics !
Quand la charrue ouvre son sillon, c’est dîner de gala pour les merles, les mouettes, les rouges-gorges et bien d’autres amateurs ! Et le labourage, en enfouissant l’humus, réduit l’activité des lombrics anéciques --> lombrics anéciques (voir p. 11) ceux qui creusent des galeries verticales et que l’on trouve essentiellement dans la terre de nos jardins.
Bonjour l’érosion !
Une terre destructurée et désertée par la vie est beaucoup plus vulnérable à la déshydratation et aux fortes insolations. Elle durcit, se craquelle, part en poussière ; le vent l’emporte et elle est plus vulnérable au ruissellement.
Merci l’acidification !
Le labourage enfouit des déchets végétaux et, souvent, du fumier, ce qui entraîne une décomposition en profondeur – anaérobie… Avec pour conséquence une acidification, la disparition des champignons utiles ou encore le développement de nématodes parasites.
Bravo la « semelle » !
En bêchant toujours à la même profondeur, on crée une couche dure et compacte à environ 20 cm de profondeur. Cette « semelle » bloque la croissance des racines, ainsi que le passage de l’eau et de l’air.

Conclusion, déduction et leçon

Photo Franck Boucourt (potager de Patricia Auvray)
Avec un bilan aussi calamiteux, comment le labourage fait-il encore des adeptes ? Il y a certes la force de l’habitude. Mais ses défenseurs disent qu’il permet de contrôler un certain nombre d’ennemis des cultures, en particulier les limaces, d’aérer et de décompacter le sol et d’éliminer les mauvaises herbes. Sur ce dernier point, on remarquera qu’il fait en réalité remonter à la surface des graines qui en profitent pour germer dare-dare. La réalité est que le labourage implique des apports d’engrais d’autant plus massifs qu’il est profond et fréquent.
Oui au non-labour !

La pratique de l’ameublissement, à la place du labourage à grosses mottes, ça marche – et pour le coup, sans se raconter de bobards ! Et c’est pourquoi l’on voit, en été, le jardinier bio, dans son hamac, saluer d’une main nonchalante son homologue conventionnel, peinant et ahanant sur sa bêche.
L’ameublissement sans retournement
• Étape 1. Laissez la bêche au vestiaire !
• Étape 2. Munissez-vous d’une fourche-bêche ou d’un outil bizarre et abscons, conçu pour le bio. Enfoncez les dents de la première dans la terre, tirez vers vous pour soulever la motte, puis redressez le manche. La motte retombe en place, éclatée. Vous pouvez donner quelques secousses ou relever plus ou moins le manche. Dans la pratique, tout dépend de la nature et de l’état de la terre à travailler. L’important, c’est que la motte soit émiettée et qu’elle ne soit pas retournée.
Pour le reste, on travaille en général en ligne ou en bande, et on recule à chaque fois de 15 à 20 cm. On choisit un moment où la terre n’est ni trop sèche ni trop humide et surtout pas quand elle est détrempée et qu’elle colle aux sabots (question de bon sens !).
• Étape 3. Paillez ! Après l’avoir remuée et triturée en douceur, protégez la terre (et tout ce qu’il y a dedans) avec une couverture végétale – feuilles mortes, compost, paille.

Les alternatives
Si la terre est meuble et bien structurée, c’est encore plus facile. Enfoncez les dents de votre outil et secouez avec des petits mouvements arrière-avant. Vous pouvez aussi utiliser le croc à 3 ou à 4 dents, mais il met un peu plus à contribution vos petits biscoteaux ! Dans une terre parfaite, très végétale, un ameublissement au cultivateur suffit – et on se passe même complètement d’ameublissement grâce à la technique du BRF.
Copains d’avant !


Parmi les instruments aratoires du temps jadis, quelques-uns conviennent pour l’ameublissement sans retournement. Ils sont sympathiques, pittoresques et souvent très robustes – issus de la forge locale. On les trouve dans les remises des fermes d’antan ou lors de vide-greniers. Voici une liste non exhaustive.
• Houette à dents : sorte de serfouette à deux fortes dents.
• Houe à trois dents : comme les houes qui suivent, elle était surtout destinée au travail des terres lourdes ou pierreuses.
• Houe fourchue champenoise.
• Houe fourchue parisienne.
• Houe à deux branches.
• Houe romaine : en fer à cheval.
• Hoyau plat : sorte de houe du Bordelais ayant deux fortes dents.
• Croc à deux et à trois dents : utilisé pour ameublir et décharger le fumier.
• Bigard : crocs à dents droites, longues et robustes.
• Fourche toulousaine à dents plates.
• Fourche biscayenne à deux dents.
• Trident : fourche-bêche à trois dents.
• Fourche catalane : à fortes dents triangulaires.
• Fourchet : dont le fer a un peu la forme d’un fer à cheval.
• Laia : sorte de fourche pyrénéenne à deux dents ressemblant beaucoup à une fourche d’aujourd’hui.
Quelle profondeur ?

Photo Frédéric Marre (potager de Jean-Marc)
Ça dépend – mais on s’en doute – du type de terre et de son état. On ameublit donc un peu plus profondément, disons à 25 cm, une terre lourde et compacte – en particulier, une terre jusque-là travaillée selon les méthodes conventionnelles. En revanche, dans le cas d’un sol meuble, souple, vivant et humique (et pour cela sympathique), un ameublissement à environ 15 cm est parfaitement suffisant.
Quels outils ?
Le bio serait-il un bon prétexte pour vous refourguer au prix fort des trucs « absolument indispensables » ? Il peut aussi. Alors méfiance, prudence et vigilance. La panoplie pour ameublir dans la joie et avec un minimum de fatigue (ou un maximum de paresse…) ne va pas chercher bien loin.
• La fourche-bêche : elle est amplement suffisante si vous avez un petit terrain, car elle est polyvalente. Dans tous les cas, c’est une arme utile pour pleins de choses : arracher les patates et les salsifis, creuser les trous de plantation…
• La Grelinette : voilà un drôle de nom pour un fameux outil qui a tant fait pour le bio ! Grelinette est une marque déposée. Ce bel instrument a été inventé par M. Grelin dans les années 1960. Et la bonne maison Grelin, sise dans le joli village viticole d’Arbin, en Savoie, la commercialise toujours. Il existe des modèles à trois, quatre et cinq dents, selon le type de travail effectué et la nature du sol. Le modèle à cinq dents qui mesure environ 50 cm de large, est le plus utilisé pour le travail en sol ordinaire. On l’enfonce, à la main ou au pied, on tire les manches vers soi, une secousse à droite, une secousse à gauche et c’est tout. C’est facile et on ne risque pas d’attraper un tour de reins ! On travaille en reculant.
• Les autres fourches et bêches bio : il y en a beaucoup, plus ou moins inspirées de la Grelinette : elles ont pour nom Acti-bêche, Aéro-bêche, Bio-fourche, fourches Guérilu, Tarabate ou Ducoterre. Ce sont en général d’excellents outils. Toutefois, il faut que les deux manches soient séparés – sans traverse à leurs extrémités. Sachez que les dents courbes sont moins fatigantes à manier que les dents droites. L’idéal serait de les essayer toutes pour acheter celle qui convient le mieux à votre anatomie ! On en trouve désormais partout, dans les grandes jardineries et sur les sites Internet spécialisés.
• Les crocs et les houes à dents : ce sont des outils à « percussion lancée », comme disent les ethnologues. On les brandit au-dessus de la tête pour les abattre avec force, fierté et détermination. Contrairement à la houe à fer plat, qui tranche la motte et la ramène en surface, la houe à dents et le croc se contentent de « fouir », d’émietter.
• Les cultivateurs et les griffes : ce sont des outils d’ameublissement superficiels, parfaits pour les terres meubles et pour préparer les semis. Les dents du cultivateur sont au nombre de 1 à 5 et sont terminées par un petit soc. Quant aux griffes, il y en a une belle panoplie, de la robuste griffe qu’on appelle aussi « fourche crochue » à la griffe à une main.
Et la motobineuse ?

Quand on pratique l’ameublissement avec un outil ad hoc , on constate que ça va très vite. Enfin, en général. Si la terre est très compacte ou s’il s’agit d’un bout de pré que l’on met en culture, c’est évidemment un peu plus pénible. Dans certains cas, il n’est nullement antibio d’avoir recours à la motobineuse ou au motoculteur muni de fraises. Mais attention, il faut prendre des précautions ! Si vous lancez les fraises à toute vitesse et que vous repassez plusieurs fois au même endroit, vous obtiendrez une terre aussi joliment mixée qu’un potage velouté et c’est précisément ce qu’il faut éviter. La règle, c’est de faire tourner les fraises le plus lentement possible et de ne faire qu’une passe. Par ailleurs, ne prenez pas l’habitude de la motobineuse : comme le soc d’une charrue, elle forme rapidement une semelle de labour.
Parier sur le paillis ?

« Cachez ce sol que je ne saurais voir », dit le jardinier bio, qui n’a pourtant rien d’un Tartuffe. Et il recouvre effectivement sa terre d’un copieux manteau. A-t-il raison… ou en tient-il vraiment une bonne couche ?
Le paillis n’est pas spécifiquement bio : les films de paillage, par exemple, sont largement utilisés dans l’agriculture « chimique ». Mais cette pratique va exactement dans le sens du bio puisqu'elle permet de « soigner » le sol, de favoriser la vie souterraine, la pédoflore et la pédofaune.
Et sur ce plan, sans se raconter de craques, ça marche. Et même de manière… je n’irai pas jusqu’à miraculeuse, mais au moins époustouflante ! Évidemment, il y a paillis et paillis – et ce n’est pas la même chose de couvrir le sol d’une bâche en plastique ou d’une couche de bouts de bois – qu’on appelle aussi « BRF ».
L’apanage du paillage


Son job n° 1 est d’empêcher les mauvaises herbes de pousser… du moins en théorie. Mais il a bien d’autres avantages, visibles ou cachés et dûment vérifiés ou vérifiables.
Les mauvaises herbes
Le paillage les empêche de germer et de pousser. Pas toutes, et tous les paillis ne sont pas performants sur ce plan, mais quand c’est le cas, l’efficacité est alors remarquable !
L’érosion
Le vent et le ruissellement dérobent subrepticement votre chère terre arable pour l’expédier chez les voisins ! Quant à la pluie, elle désagrège les sols et forme une croûte en surface (c’est la battance !). Sachez que les paillages évitent efficacement ces phénomènes.
Le chaud et le froid
Comme les plumes le canard, le paillis protège le sol des gros écarts de température, tant en hiver qu’en été. Par la même occasion, il protège aussi les plantes frileuses, du moins leurs fragiles racines.
L’humidité
Gros avantage ! L’eau pénètre dans le sol, mais l’évaporation est limitée – c’est pour ça que la terre des forêts, sous la litière de feuilles, reste fraîche – alors que tout le reste, alentour, est sec comme un coup de muscadet !
L’humus
En se décomposant, le paillis – s’il est organique, évidemment ! – se transforme peu à peu en humus, équivalent au compost que vous produisez dans votre bac ! Cette matière améliore la qualité du sol tant sur le plan physique que chimique ! Il joue le rôle d’amendement et de fertilisant, mais à une vitesse lente, bien entendu.
La vie dans le sol
Conséquence de ce qui précède, le paillis favorise le développement des algues, des micro-organismes et des petites bêtes de toute obédience et leurs amis, notamment les si sympathiques lombrics qui font la fertilité du sol. C’est une qualité essentielle ! Mais tous les paillis ne sont pas équivalents dans ce domaine…
C’est beau !
Du moins certains paillis le sont ! Ils forment un tapis homogène sur lequel se détachent les plantes. Il y en a aussi des moches… comme les films plastiques !
Dans les massifs, c’est souvent très réussi – peut-être, tout de même, a-t-on assez vu, pour l’instant, l’écorce de pin sous les arbustes !
C’est peinard !
Les grandes inventions ont souvent pour source une grosse fainéantise. Et comme le jardinier bio est un flemmard dans l’âme (moi, en tout cas !), il se trouve que le paillage lui va… comme une chaise longue ! Plus besoin de sarcler, plus besoin de biner, plus besoin même de labourer… Avec le paillage, on se contente d’écouter pousser les haricots !
Les failles du paillage

• Il risque d’étouffer les jeunes plants ! C’est vrai, mais il suffit de l’écarter pour dégager un cercle autour de chacun d’eux.
• Il abrite les limaces ! C’est vrai. Et même très vrai ! Au point qu’il peut être préférable de s’en passer – au moins pour un temps – dans un terrain envahi par les preux mollusques. À ce propos, voyez ici .
Paillis, oui, mais lesquels ?

Tout ce qui peut couvrir le sol – sans présenter de toxicité – peut être utilisé comme paillis. Vous êtes donc autorisé à faire preuve d’imagination. En pratique, le matériau choisi doit être disponible en quantité, facile à manipuler et pas trop cher.
Les coques de cacao
Idéales pour récolter des fraises au chocolat directement au jardin ! Car, indubitablement, elles dégagent une nette odeur de cacao. Mouillez-les pour éviter qu’elles ne soient dispersées par le vent – elles se soudent alors naturellement.
• Épaisseur de la couche : 5 cm.
• Avantage : c’est un paillis bien compact.
• Inconvénient : il est souvent trop compact !
Les paillettes de lin
Elles proviennent du teillage du lin – c’est ce qui reste quand on a extrait les fibres textiles. Leur pH est neutre et c’est donc mieux pour les rosiers que l’écorce de pin ! Sa couleur est claire, ce qui n’est pas vilain, notamment dans les pots et les jardinières.
• Épaisseur de la couche : 5 à 10 cm. Arrosez légèrement.
• Avantage : il semble que les limaces n’apprécient pas beaucoup le contact des paillettes, ce qui n’est pas négligeable au potager ou sous les hostas.
• Inconvénients : la couleur claire n’est pas toujours une réussite dans les massifs. En outre, la dégradation est assez rapide.

Attention aux graines !

Achetez des paillettes de lin de bonne qualité, garanties exemptes de graines sous peine de vous retrouver avec une vraie prairie de pousses de lin sous vos rosiers et il n’est alors pas facile de s’en débarrasser !
Autre problème : le lin peut fort bien avoir été traité et contenir des résidus de pesticides. On peut en dire autant, d’ailleurs, des coques de cacao. Il y a sans doute moins de risque pour les paillettes de chanvre – certains producteurs les garantissent d’ailleurs sur ce plan.
Les paillettes de chanvre
On l’appelle aussi la « chènevotte ». Son pH est quasiment neutre et son prix de revient souvent intéressant.
• Épaisseur de la couche : 5 à 10 cm.
• Avantages : sa durée de vie est relativement longue – un peu plus que celle du lin – et c’est écolo. Cette plante est très économe en eau et absorbe beaucoup de CO2.
• Inconvénient : sa couleur est claire (mêmes remarques que pour le lin).
La paille
C’est le matériau traditionnel, puisqu’il a donné son nom à la pratique. La paille de céréale ne coûte pas très cher et elle constitue une bonne protection hivernale. Toutefois, en paillage au potager, il faut qu’elle soit hachée ou broyée. On en trouve assez facilement, car elle est également utilisée comme litière pour animaux, mais il faut alors être certain qu’elle n’est pas traitée. On trouve aussi de la paille de riz… en Camargue !
• Épaisseur de la couche : 10 cm et plus.
• Avantages : c’est une protection efficace contre le froid et, quand elle se décompose, elle améliore la texture du sol.
• Inconvénient : les céréales concernées sont parfois lourdement traitées.
L’écorce de pin
Elle est bien connue… trop connue sans doute. Facile à trouver, on peut la choisir grosse ou petite – la seconde se décompose un peu plus vite. Elle est surtout destinée aux massifs d’arbustes.
• Épaisseur de la couche : 5 à 10 cm.
• Avantages : elle est très efficace contre les mauvaises herbes, apporte une bonne protection et n’est pas trop fréquentée par les limaces.
• Inconvénient : le pH est acide, ce qui n’est pas très bon pour les rosiers. Toutefois, n’exagérons pas sur ce plan, car jamais une couche d’écorce ne rendra acide un sol calcaire !
L’écorce et/ou la fibre de peuplier
Ce matériau se décompose assez lentement (2 ou 3 ans) et est assez décoratif. Son pH est neutre, ce qui le qualifie pour tout type de plante. Il n’est pas très répandu.
Les plaquettes et les copeaux de bois
On en trouve de différentes sortes et essences. Leur décomposition est assez lente et leur aspect varie : ils sont plus ou moins clair, plus ou moins fin. Ce paillage est utilisé essentiellement pour les arbustes.
Le carton

Le carton ondulé classique est efficace contre les mauvaises herbes et il est biodégradable. On peut étaler dessus une couche plus décorative. Toutefois, il fait un excellent repaire pour les limaces. Pour le potager, il faut être certain que le matériau ne contient rien de toxique. Évitez en tout cas les cartons encrés. Il existe, paraît-il, du carton spécial paillage, mais allez le trouver !
Les tontes de pelouse
On les utilise souvent sur le tas de compost, mais elles forment aussi un bon paillage. Mieux vaut les laisser sécher un peu avant de les mettre en place.
• Épaisseur de la couche : 3 cm.
• Avantages : elles sont disponibles en volume souvent abondant – bien entendu, pour ceux qui ont une pelouse (ou un bout de zone herbeuse). On peut en récupérer chez les voisins, à condition que ceux-ci ne répandent pas l’alpha et l’oméga des pesticides sur leur tapis vert ! Elles se décomposent assez vite – quelques semaines à quelques mois, selon la saison, ce qui convient bien aux cultures saisonnières du potager.
Les feuilles mortes

On en trouve (et on les ramasse…) à la pelle (il suffit d’accompagner Jacques Prévert et ses deux escargots à leur enterrement). C’est un paillage très naturel, qui est loin d’être désagréable à l’œil. Mais il existe évidemment des feuilles de toutes sortes. Les petites et les tendres – par exemple, celles du sureau, de l’orme ou du peuplier – se décomposent assez vite. Elles sont parfaites dans les massifs de vivaces ou encore au potager. Mieux vaut les broyer les grandes feuilles plus ou moins coriaces (châtaignier, noyer, magnolia) à la tondeuse avant de les étaler.
Les aiguilles de conifères
C’est un cas particulier de feuilles mortes. Elles se décomposent lentement et donnent au sol une certaine acidité. Elles sont parfaites sous les fraisiers ou sous les rhododendrons.
Les frondes de fougère
Elles sont largement disponibles dans certaines régions et certains jardins et elles se décomposent assez lentement. En outre, il semble qu’elles soient peu appréciées par les limaces. Quand elles sont très coriaces, il est possible de les gyrobroyer.
Les déchets d’annuelles et de vivaces
Il s’agit du feuillage et des tiges que l’on coupe en nettoyant les massifs (par exemple, des asters, des coréopsis, des berces, des rudbeckias). Leur quantité est souvent limitée, mais c’est excellent pour couvrir le sol.
Le compost
Quand il est mûr, c’est à la fois un paillis, un amendement et un fertilisant. Vous pouvez donc l’épandre pratiquement partout dans le jardin, aussi bien au potager que dans les massifs. Le compost demi-mûr est parfait pour les arbustes, par exemple les rosiers, les fruitiers, les artichauts ; mais ne l’utilisez pas sur les semis et les jeunes plantes.
• Inconvénient : le compost est en général disponible en quantité relativement limitée et on le réserve plutôt aux plantes exigeantes comme la tomate ou le melon.
Les feutres et les toiles de paillage
On en trouve une gamme impressionnante pour tous les goûts, toutes les destinations et aux prix les plus divers – mais ce n’est jamais donné ! Évitez tout ce qui ne laisse pas passer l’eau et tout ce qui n’est pas biodégradable, car le matériau finit par vieillir – mal ! – et il n’est pas facile de s’en débarrasser. Parmi les feutres et toiles dégradables, on en trouve en jute ; en jute et bois ; en jute, sisal et chanvre ; en jute et coton ; en fibres de coco et en latex naturel ; en papier gris (pour le potager) ou en amidon de maïs. Ces produits sont en général efficaces et pratiques, mais attention à ne pas vous faire avoir à l’achat. En effet, une grande partie des films et des toiles de paillage proposés dans le commerce sont composés de polyéthylène additivé, un matériau issu du pétrole et contenant des additifs permettant sa dégradation. Cependant elle peut être très longue, et même interminable. Ces toiles sont donc interdites en agriculture biologique.

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