Escalades dans les Alpes (suivi de :) Voyage dans les grandes Andes
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Description

En 1860, à vingt ans, Edward Whymper découvre les Alpes ; dès l’année suivante, il les parcourt en tous sens jusqu’à sa grande première : l’ascension du Mont-Cervin, en 1865, ascension dont le retour, tragique, lui vaudra, une notoriété sulfureuse et, longtemps, de nombreuses et injustes polémiques.


Dessinateur et aquarelliste, il s’intéresse également au Groënland et à la cordillère des Andes dont il gravira de nombreux sommets. Auteur de guides fameux sur Zermatt et Chamonix, il est célèbre comme étant un irascible original, et meurt à Chamonix en 1911, dans sa chambre d’hôtel, en refusant tout secours médical... Pourtant, un des très grands alpinistes du XIXe siècle et un écrivain accompli. A découvrir ou redécouvrir absolument.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782824050089
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

isbn

Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2002/2010/2013/2015/2017
Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0166.1 (papier)
ISBN 978.2.8240.5008.9 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.



Edward Whymper jeune.






AUTEUR
EDWARD WHYMPER





TITRE
escalades dans les alpes suivi de voyage dans les grandes andes






Edward Whymper (Chamonix 1908)


Première partie : ESCALADES DANS LES ALPES




Ascension du Mont Pelvoux
L a contrée dont le mont Pelvoux et les montagnes qui l’entourent sont les points culminants est une des plus intéressantes des Alpes, sous le double rapport historique et topographique. Comme le berceau et la résidence des Vaudois, elle a droit à une célébrité durable ; les noms de Waldo et de Neff vivront encore dans la mémoire de la postérité, quand leurs contemporains plus célèbres seront oubliés ; le souvenir du courage héroïque et de la piété naïve de leurs disciples durera aussi longtemps que l’Histoire.
Les sommets les plus élevés forment presque un fer à cheval. Le plus haut de tous, celui qui occupe une position centrale, est la Pointe des Ecrins ; le second pour la hauteur, la Meije, est situé au nord ; et le mont Pelvoux, qui donne son nom au massif tout entier, se dresse sur la limite extérieure, presque entièrement isolé.
En juillet 1861, j’allai de Briançon à la Bessée pour y retrouver mon digne ami Jean Reynaud, qui était agent voyer du canton.
De la Bessée on voit parfaitement tous les pics du mont Pelvoux, le point culminant aussi bien que celui sur lequel les ingénieurs avaient érigé leur pyramide. Ni Reynaud ni personne n’en était instruit. Quelques paysans se rappelaient seulement que les ingénieurs avaient fait l’ascension d’un pic d’où ils avaient aperçu un point plus élevé, qu’ils avaient appelé la pointe des Arcines ou des Ecrins. Ils ignoraient si ce dernier pic pouvait être vu de la Bessée, et ne savaient pas désigner celui sur lequel la pyramide avait été élevée. Dans notre opinion, les pics que nous découvrions nous cachaient le sommet le plus élevé, et, pour l’atteindre, il nous fallait d’abord les escalader. L’ascension de M. Puiseux était complètement inconnue des paysans, et, à les en croire, le point culminant du Pelvoux n’avait été gravi par personne. C’était justement ce point que nous voulions atteindre.
Rien ne nous empêchait plus de partir, si ce n’est l’absence de Macdonald et le manque d’un bâton. Reynaud nous proposa de faire une visite au maître de poste, qui possédait un bâton célèbre dans la localité. Nous descendîmes au bureau, mais il était fermé ; nous appelâmes à grands cris à travers les fentes de la porte : point de réponse. À la fin cependant nous trouvâmes le maître de poste, au moment où il s’efforçait, avec un remarquable succès, de se griser. À peine était-il capable de s’écrier : «  La France ! c’est la première nation du monde !  » phrase favorite du Français quand il est dans cet état où l’Anglais commence à hurler ; «  Nous ne rentrerons à la maison qu’au matin  » — la gloire nationale occupant le premier rang dans les pensées de l’un et la maison dans celles de l’autre. Le bâton fut exhibé ; c’était une branche d’un jeune chêne, longue d’environ 1 mètre 50, noueuse et tordue. «  Monsieur, dit le maître de poste en nous la présentant, la France ! c’est la première... la première nation du monde pour ses... » ; il s’arrêta. «  Bâtons ?  » lui soufflai-je. «  Oui, oui, monsieur ; pour ses bâtons, pour ses... ses... » mais il fut incapable d’en dire davantage. En regardant ce maigre support, j’eus un instant d’hésitation ; mais Reynaud, qui connaissait tout dans le village, choses et gens, me dit qu’il n’y en avait point de meilleur. Nous partîmes donc avec le fameux bâton, tandis que son propriétaire marmottait en titubant sur la route : «  La France ! c’est la première nation du monde !  »
Le 3 août, Macdonald n’étant pas arrivé, nous partîmes sans lui pour Vallouise. Notre expédition se composait de Reynaud, de moi, et d’un porteur, Jean-Casimir Giraud, le cordonnier de la Bessée, surnommé “Petit-Clou” (1) . En une heure et demie d’une marche rapide, nous atteignîmes Ville-Vallouise, le cœur réjoui par la vue de ces beaux pics de Pelvoux qui resplendissaient au soleil dans un ciel sans nuages.
Reynaud eut la complaisance de s’occuper des provisions ; mais, au moment de partir, je vis à ma grande contrariété que, en me déchargeant de ce soin, j’avais consenti tacitement à ce qu’il emportât un petit baril de vin qui fut un grand embarras dès le début du voyage. Il était excessivement incommode de le tenir à la main ; Reynaud essaya de le porter, puis il le passa à Giraud ; ils finirent par le suspendre à l’un de nos bâtons dont ils placèrent les deux extrémités sur leurs épaules.
Après nous être reposés près d’une petite source, nous reprîmes notre marche en avant jusqu’à ce que nous fussions presque arrivés au pied du glacier de Sapenière ; là, Sémiond nous fit tourner à droite pour gravir les pentes de la montagne. Nous grimpâmes donc pendant une demi-heure à travers des pins épars et des débris de roches éboulées. La nuit approchait rapidement ; il devenait temps de chercher un abri. En trouver un n’était pas difficile, car nous étions alors au milieu d’un vrai chaos de rochers. Quand nous eûmes choisi un bloc énorme qui avait plus de quinze mètres de longueur sur six mètres de hauteur, nous nettoyâmes un peu notre chambre à coucher future, puis chacun alla à la récolte du bois nécessaire pour le feu.
Ce feu de bivouac est pour moi un agréable souvenir. Le petit baril de vin avait échappé à tous les périls ; il fut mis en perce, et les Français semblèrent trouver quelques consolations dans l’exécrable liquide qu’il contenait. Reynaud chanta des fragments de chansons françaises, et chacun fournit sa part de plaisanteries, d’histoires et de vers. Le temps était superbe, et tout nous promettait une bonne journée pour le lendemain. La joie de mes compagnons fut à son comble quand j’eus lancé dans les flammes un paquet de feu de Bengale rouge. Après avoir sifflé et crépité un instant, il répandit une lueur éblouissante. L’effet de cette courte illumination fut magnifique ; puis les montagnes d’alentour, éclairées pendant une seconde, retombèrent dans leur solennelle obscurité. Chacun de nous s’abandonna à son tour au sommeil, et je finis par m’introduire dans ma couverture-sac. Cette précaution était à peine nécessaire, car la température minima resta au-dessus de 4° 44 centigrades, bien que nous fussions à une hauteur d’au moins 2.130 mètres.
À 3 heures nous étions réveillés, mais nous ne partîmes qu’à 4 heures et demie. Giraud n’avait pas été engagé pour aller au-delà de ce rocher ; toutefois, comme il en manifesta le désir, il obtint la permission de nous accompagner. Gravissant les pentes avec vigueur, nous atteignîmes bientôt la limite des arbres, puis nous dûmes grimper pendant deux heures à travers des roches éboulées et des parois raides. À 7 heures moins un quart, nous avions atteint un étroit glacier, le Clos-de-l’Homme, qui descend du plateau situé au sommet de la montagne, et nous étions bien près du glacier de Sapenière.
Nous nous efforçâmes d’abord d’incliner à droite, dans l’espoir de n’être pas obligés de traverser le Clos de-l’Homme ; toutefois, contraints de revenir à chaque instant sur nos pas, nous reconnûmes qu’il était nécessaire de nous y aventurer. Le vieux Sémiond, qui avait une antipathie remarquable pour les glaciers, fit de son côté de nombreuses explorations pour tâcher d’éviter cette inquiétante traversée ; mais Reynaud et moi nous préférions la tenter, et Giraud ne voulut pas nous quitter. Le glacier était étroit (on pouvait jeter une pierre d’un bord à l’autre), et il nous fut facile d’en escalader le côté ; mais le centre formait un dôme escarpé où nous dûmes tailler des pas. Giraud marchait en tête, et, sous le prétexte qu’il aimerait à s’exercer la main, il s’empara de notre hache qu’il refusa de nous rendre. Ce jour-là et toutes les fois qu’il fallut traverser ces couloirs remplis de neige durcie qui sont si abondants dans la partie supérieure de la montagne, il fit à lui seul toute la besogne, dont il s’acquitta admirablement.
Le vieux Sémiond vint nous rejoindre quand nous eûmes traversé le glacier. Nous escaladâmes, en décrivant des zigzags, quelques pentes de neige, et bientôt après nous commençâmes à gravir l’interminable série des contreforts qui sont la grande singularité du Pelvoux. Très abrupts sur certains points, ils offraient généralement une base solide, et, dans de telles conditions, une ascension ne peut jamais être qualifiée de difficile. Entre ces contreforts s’étendent de nombreux ravins dont quelques-uns sont très larges et très profonds. Ils étaient pour la plupart encombrés de débris, et un homme seul eût eu de la peine à les traverser. Ceux d’entre nous qui tenaient la tête étaient continuellement obligés de déplacer des blocs de rochers et de harponner leurs compagnons avec leurs bâtons. Néanmoins, ces incidents rompaient la monotonie de notre ascension, qui autrement nous eût paru fort ennuyeuse.
Nous escaladâmes ainsi pendant des heures cheminées et couloirs, croyant toujours atteindre un but auquel nous n’arrivions jamais. Nous étions au pied d’un grand contrefort élevé d’environ 60 mètres, et nous le regardions de bas en haut : il ne nous semblait pas se terminer en pointe, car nous ne pouvions en apercevoir la partie supérieure ; cependant, dans notre conviction, derrière cette frange de bastions il devait se trouver un sommet, et ce sommet était le bord du plateau que nous désirions si vivement atteindre. Nous grimpions avec ardeur, et nous escaladions une dentelure de bastion ; mais, hélas ! nous en découvrions un autre, puis un autre, et toujours d’autres ; enfin quand nous en atteignions le point culminant, ce n’était que le sommet d’un contrefort, et nous devions redescendre 12 ou 15 mètres avant de recommencer à monter. Renouvelée quelques douzaines de fois, cette évolution nous parut d’autant plus assommante que nous ne savions plus très bien où nous étions. Cependant Sémiond nous encourageait, sûr, disait-il, que nous suivions le bon chemin. Nous repartions donc à l’assaut de notre terrible forteresse.
Nous étions presque au milieu du jour, et nous ne nous voyions pas plus près du sommet du Pelvoux qu’au moment de notre départ. À la fin, nous nous réunîmes tous pour tenir conseil. «  Sémiond, mon vieux, savez-vous où nous sommes maintenant ? — Oh oui ! parfaitement ; à trois mètres près. — Très bien, continuons  ». Une demi-heure s’écoula, puis une autre, et nous étions toujours dans la même situation. Bastions, contreforts, ravins s’offraient avec profusion à nos regards, mais le plateau ne se montrait pas. Sémiond venait de jeter autour de lui un regard effaré, comme s’il n’était pas parfaitement sûr de la direction à suivre. Appelé de nouveau, je lui répétai la question : «  A quelle distance sommes-nous du plateau ? — A une demi-heure, répondit-il. — Mais vous nous l’avez déjà dit ; êtes-vous bien certain que nous sommes dans la bonne voie ? — Mais oui, je le crois  ». Il ne faisait que croire ; ce n’était pas assez. «  Êtes-vous sûr que nous montons directement au pic des Arcines ? — Le pic des Arcines ? s’écria-t-il tout étonné, comme s’il entendait ces mots pour la première fois. Le pic des Arcines ! non ! mais nous allons en ligne droite à la pyramide  », à la fameuse pyramide qu’il avait aidé le grand capitaine Durand a construire, etc. etc.
Ainsi, nous lui avions parlé de ce pic pendant un jour entier, et maintenant il avouait qu’il ne le connaissait pas. Je me tournai vers Reynaud, qui semblait frappé de la foudre. «  Que conseillez-vous ?  » lui demandai-je. Reynaud haussa les épaules. «  Eh bien ! dîmes-nous après avoir dit notre façon de penser à Sémiond, plus tôt nous rebrousserons chemin, mieux cela vaudra, car nous ne nous soucions guère de voir votre pyramide  ».
Après une halte d’une heure, nous commençâmes à descendre. Il nous fallut près de sept heures pour revenir à notre rocher ; mais je ne prêtai aucune attention à la distance, et je n’ai gardé aucun souvenir de cet insupportable trajet. À peine descendus, nous fîmes une découverte dont nous fûmes aussi troublés que Robinson à la vue de l’empreinte d’un pied humain sur le sable de son île : un voile bleu gisait à terre près de notre foyer. Il n’y avait qu’une seule explication possible : Macdonald était arrivé ; mais où était-il ? Vite nous emballons notre petit bagage et dégringolons à tâtons dans l’obscurité, à travers le désert pierreux, jusqu’à Ailefroide, où nous arrivons vers 9 heures et demie. «  Où est l’Anglais ?  » telle fut notre première question. Il était allé passer la nuit à Ville.
Nous nous logeâmes comme nous pûmes dans un grenier à foin, et, le lendemain matin, après avoir réglé le compte de Sémiond, nous descendîmes la vallée à la poursuite de Macdonald. Notre plan d’opérations était déjà arrêté : nous devions le décider à se joindre à nous, et recommencer notre tentative sans aucun guide, en prenant simplement le garçon le plus robuste de la vallée comme porteur. J’avais jeté les yeux sur Giraud, brave garçon sans prétention, quoique toujours prêt à tout faire. Mais nous fûmes bien désappointés : il était obligé d’aller à Briançon.
La promenade devint bientôt passionnante. Les paysans que nous rencontrions nous demandaient quels avaient été les résultats de notre expédition, et la politesse la plus vulgaire nous commandait de nous arrêter. Cependant je craignais de manquer Macdonald, car il ne devait, nous avait-on dit, nous attendre que jusqu’à dix heures, et le moment fatal approchait. À la fin, je me précipitai sur le pont de Ville, une heure et un quart après avoir quitté Ailefroide ; mais un cantonnier, m’arrêtant, m’apprit que l’Anglais venait de partir pour la Bessée. M’élançant à la poursuite de mon ami, j’enfilai rapidement l’un après l’autre tous les tournants de la route sans l’apercevoir ; je le vis enfin qui marchait très vite. Fort heureusement il entendit mes cris. Nous revînmes à Ville, où nous fîmes de nouvelles provisions, et le soir même nous dépassions notre premier rocher, à la recherche d’un autre abri. Nous étions bien décidés, comme je l’ai dit, à ne pas prendre de guide, mais, en passant à la Pisse, le vieux Sémiond nous offrit ses services. Il marchait bien, malgré ses années et son manque de sincérité. «  Pourquoi ne pas le prendre ?  » dit Macdonald. Je lui proposai donc le cinquième de son premier salaire et il s’empressa d’accepter mon offre, mais cette fois il nous accompagnait dans une position bien inférieure : c’était à nous de le conduire, à lui de nous suivre. Notre second compagnon était un jeune homme de vingt-sept ans, qui laissait beaucoup à désirer. Il buvait le vin de Reynaud, fumait nos cigares et cachait tranquillement nos provisions quand nous étions à moitié morts de faim. La découverte de ses aimables procédés ne le déconcerta nullement ; il y mit le comble, au contraire, en faisant faire à notre note de Ville quelques petites additions que nous refusâmes de payer, à son grand déplaisir.
Le soir venu, nous campâmes au-dessus de la limite des arbres, et nous nous imposâmes la tâche salutaire de monter à notre gîte le bois qui nous était nécessaire. Notre rocher était bien moins confortable que celui de la veille. Pour pouvoir nous y installer, il nous fallut en débarrasser la base d’un gros bloc qui nous gênait ; ce bloc était très obstiné, mais il finit par se décider à se mouvoir lentement d’abord, puis de plus en plus rapidement ; à la fin, prenant son élan, il bondit dans l’air, lançant, chaque fois qu’il retombait sur un autre rocher, des gerbes d’étincelles qui brillaient dans l’obscurité de la sombre vallée au fond de laquelle il roulait ; longtemps après l’avoir perdu de vue, nous l’entendîmes rebondir de roc en roc et s’arrêter sur le glacier, qui assourdit le bruit de sa dernière chute. Comme nous revenions à notre gîte, après avoir assisté à ce curieux spectacle, Reynaud demanda si nous avions jamais vu un torrent enflammé ; la Durance, quand elle est gonflée par la fonte des neiges, charrie quelquefois, au printemps, tant de rochers que, à la Bessée, où elle passe dans une gorge très étroite, on ne voit plus l’eau, mais seulement les blocs qui roulent l’un sur l’autre, se heurtant de façon à se réduire en poudre, en lançant dans l’air une telle masse d’étincelles que le torrent paraît être en feu.
Nous passâmes une joyeuse soirée qu’aucun contretemps ne vînt gâter ; le temps était parfaitement beau ; étendus sur le dos, nous goûtions un repos délicieux en contemplant le ciel étincelant de ses milliers d’étoiles.
Macdonald nous raconta ses aventures. Il avait voyagé jour et nuit depuis plusieurs jours, afin de nous rejoindre, mais il n’avait pu trouver notre premier bivouac, et il avait campé à quelques centaines de mètres de nous, sous un autre rocher, à une plus grande altitude. Le lendemain matin, il nous aperçut longeant une crête à une grande hauteur au-dessus de lui, et, comme il lui était impossible de nous rattraper,


(1) En route, la cordée s’adjoint le concours du vieux guide Sémiond, qui a fait quelques années plus tôt l’ascension du Pic de la Pyramide du Pelvoux.



La tente au col du Lion
résigné à son sort, il nous suivit des yeux le cœur bien gros jusqu’à ce que nous eûmes, au tournant d’un contrefort, disparu à sa vue.
La respiration pesante de nos camarades, déjà profondément endormis, troublait seule le calme solennel de la nuit. C’était un de ces silences qui impressionnent. N’avez-vous rien entendu ? Écoutez ! quel est ce grondement sourd au-dessus de nous ? Me suis-je trompé ? Je l’entends encore, et cette fois plus distinctement ; il se rapproche de plus en plus... C’est un bloc de rocher détaché des hauteurs qui nous dominait. Quel fracas effroyable ! En un instant nous sommes tous debout. Il descend avec une furie terrible. Quelle force peut en arrêter la violence ? Il bondit, il saute, il se brise, il vole contre d’autres blocs, il rugit en descendant. Ah ! il nous a dépassés ! Non ! le voici de nouveau. Nous retenons notre haleine au moment où, lancé par une force irrésistible, avec des explosions semblables aux décharges d’une puissante artillerie, il tombe au-dessous de notre retraite comme un trait, suivi d’une longue traînée de débris. Enfin, nous respirons plus librement au bruit de sa chute finale sur le glacier.
Nous regagnons enfin notre abri, mais j’étais trop surexcité pour dormir. À quatre heures et quart, chacun de nous reprenait son sac et nous nous remettions en route. Nous convînmes cette fois de nous tenir plus sur la droite, pour tenter d’atteindre le plateau sans perdre notre temps à traverser le glacier. Décrire notre route serait répéter ce que j’ai déjà dit. Nous montâmes rapidement pendant une heure et demie, marchant quelquefois, mais grimpant le plus souvent à l’aide des mains, et nous constatâmes à la fin qu’il était nécessaire de traverser le glacier. La partie sur laquelle nous y entrâmes offrait une pente très raide et très crevassée, Le mot de crevassé exprime mal son aspect : c’était une masse de formidables séracs. Nous éprouvâmes plus de difficultés à y pénétrer qu’à le traverser ; mais, grâce à la corde, nous gagnâmes l’autre bord sans accident. Au-delà, les interminables contreforts se succédèrent de nouveau. Nous continuâmes à monter pendant de longues heures, nous trompant souvent et nous voyant obligés de redescendre.
Cependant la chaîne de montagnes, qui s’étendait derrière nous s’était abaissée depuis longtemps, et notre vue, passant par-dessus, allait se reposer jusque sur le majestueux Viso. Mais les heures s’écoulaient et la monotonie restait à l’ordre du jour. À midi, nous nous arrêtâmes pour déjeuner, en contemplant avec satisfaction le spectacle. À l’exception du Viso, tous les sommets que nous apercevons étaient au-dessous de nous et nos regards embrassaient un espace immense de pics et de champs de neige. Toutefois, les bastions du Pelvoux nous dominaient toujours, et, selon l’opinion générale, qui s’exprimait sans contestation, nous ne verrions pas ce jour-là le sommet désiré. Le vieux Sémiond était devenu un vrai cauchemar. Si par hasard l’un de nous, s’arrêtant un instant, essayait de s’orienter, il ne manquait pas de dire avec un gloussement satisfait : «  N’ayez aucune crainte, suivez-moi  ». Nous atteignîmes enfin un très mauvais passage, un amas de débris escarpés, sans aucun point d’appui solide. Reynaud et Macdonald, se déclarant fatigués, parlèrent de s’installer pour dormir. Nous parvînmes à sortir d’embarras, et je ne sais plus qui s’écria : «  Regardez donc le Viso !  » Il nous apparaissait presque au-dessous de nous. Nous nous mîmes



Les rochers du Cervin pendant l’orage du 10 août 1863
donc à grimper avec un redoublement d’énergie, et nous aperçûmes enfin le glacier à l’endroit où il se déverse hors du plateau. Ce spectacle ranima nos espérances, qui ne furent pas trompées ; un cri de joie simultané salua l’apparition de ces neiges si longtemps désirées. Une large crevasse nous en séparait encore ; mais nous trouvâmes un pont, et, nous attachant à la file, nous y marchâmes en toute sûreté. Pendant que nous le traversions en ligne droite, un beau pic tout blanc de neige se dressa devant nous. Le vieux Sémiond s’écria :
— La pyramide ! je vois la pyramide !
— Où, Sémiond, où donc ?
— Là, au sommet de ce pic.
Là, en effet, s’élevait la pyramide qu’il avait aidé à construire plus de trente ans auparavant. Mais où donc était le pic des Arcines que nous devions voir ? Il n’était visible d’aucun côté. Un peu découragés, nous nous avançâmes vers la pyramide, regrettant de n’avoir rien à conquérir ; mais à peine avions-nous fait deux cents pas que se dressa sur notre gauche un superbe cône blanc, caché jusqu’alors par une pente de neige.
« Le pic des Arcines ! » nous écriâmes-nous, et nous demandâmes à Sémiond s’il savait que l’ascension de ce pic eût été faite. Il ne savait qu’une seule chose : le pic que nous voyions devant nous s’appelait la Pyramide, à cause du cairn qu’il avait aidé, etc., etc., et personne depuis n’en avait fait l’ascension. «  Alors tout va bien, volte-face  », m’écriai-je, et immédiatement nous tournons à angle droit en nous dirigeant du côté du cône, pendant que le porteur fait de timides efforts pour nous attirer vers sa chère pyramide.
Notre marche fut arrêtée à peu de distance par l’arête de la chaîne qui reliait les deux pics et qui se recourbait en une charmante volute. Force nous fut de battre en retraite. Sémiond, qui formait l’arrière-garde, saisit cette occasion pour se décorder et refusa de nous suivre plus loin ; nous courrions, disait-il, trop de dangers, et il parlait vaguement de crevasses. Après l’avoir rattaché, nous nous remîmes en marche. La neige était très molle, nous enfoncions toujours jusqu’aux genoux et quelquefois jusqu’à la ceinture, mais un violent coup de corde venant de devant et de derrière nous sortait du mauvais pas. Nous arrivâmes ainsi au pied du pic le plus élevé. L’arête de gauche nous paraissant plus praticable que celle sur laquelle nous nous trouvions, nous décrivîmes une courbe pour l’atteindre. Quelques rochers surgissaient hors de la neige à cinquante mètres au-dessous du sommet ; nous les escaladâmes en rampant, après avoir abandonné notre porteur qui disait avoir peur. Je ne pus résister à la tentation de me retourner vers lui, quand nous le laissâmes seul, et de lui faire signe de venir nous rejoindre en ajoutant : «  N’ayez pas peur, suivez-moi  », mais il ne répondit pas à cet appel et ne voulut jamais s’aventurer jusqu’au sommet. Ces rochers aboutissaient à une courte arête de glace sur laquelle il nous fallait passer, en ayant d’un côté le plateau, de l’autre une paroi presque verticale. Macdonald se mit à tailler, et, à deux heures moins un quart, nous nous serrions la main sur le sommet le plus élevé du Pelvoux vaincu.
Le temps continuait à nous être aussi favorable que nous pouvions le désirer. De près et de loin, d’innombrables pics se dressaient dans le ciel, sans qu’un seul nuage vînt les cacher. Nos regards furent d’abord attirés par le roi des Alpes, le Mont-Blanc, à plus de 112 kilomètres de distance, et plus loin encore, par le groupe du Mont-Rose. Vers l’est, de longues rangées de cimes inconnues se déroulaient l’une après l’autre dans une splendeur idéale ; de plus en plus pâles de ton, elles conservaient cependant la netteté de leurs formes, mais le regard finissait par les confondre avec le ciel, et elles s’évanouissaient à l’horizon lointain dans une teinte bleuâtre.
Le mont Viso se dressait devant nous dans toute sa grandeur, mais, comme il était à peine éloigné de 45 kilomètres, nous voyions se dérouler par-dessus ses contreforts une masse brumeuse qui devait être les plaines du Piémont. Au sud, un brouillard bleu semblait nous révéler l’existence de la lointaine Méditerranée. À l’ouest, notre vue atteignait les montagnes de l’Auvergne. Notre panorama s’étendait ainsi à plus de 160 kilomètres, dans toutes les directions. Ce ne fut pas sans peine que nous parvînmes à détacher notre attention des points les plus éloignés pour regarder ceux dont nous nous trouvions le plus rapprochés. Mont-Dauphin était parfaitement visible, mais nous eûmes quelque peine à découvrir la Bessée. Aucune autre habitation humaine ne pouvait être aperçue ; tout était roc, neige ou glace. Bien que nous sussions à l’avance qu’ils étaient fort grands, les champs de neige du Dauphiné nous offraient une étendue qui surpassait encore toutes les prévisions de l’imagination la plus ardente.
Immédiatement au sud de Château-Queyras, presque entre nous et le Viso, s’élevait un beau groupe de montagnes d’une grande hauteur. Un peu plus vers le sud un pic inconnu semblait encore plus élevé ; et nous étions étonnés de découvrir près de nous une autre montagne qui paraissait plus haute encore que celle dont nous foulions aux pieds le sommet ; telle était du moins mon opinion ; Macdonald ne croyait pas cette montagne aussi élevée que le Pelvoux, et Reynaud pensait qu’elle avait à peu près la même altitude.
Cette montagne n’était guère qu’à trois kilomètres de distance et un abîme effroyable, dont nous ne pouvions apercevoir le fond, nous en séparait. De l’autre côté de l’abîme se dressait un grand pic aux flancs pareils à des murailles, trop escarpé pour que la neige pût y séjourner, noir comme la nuit, hérissé d’arêtes vives et terminé par un sommet aigu. Nous ignorions complètement quelle était cette montagne, n’ayant jamais voyagé de ce côté. Dans notre opinion, la Bérarde se trouvait au fond de l’abîme qui s’ouvrait à nos pieds, mais elle était en réalité au-delà de l’autre montagne (2) .
Nous quittâmes enfin le sommet pour redescendre aux rochers vers notre porteur. Je fis bouillir de l’eau pour le thé avec la neige fondue. Après avoir bu notre thé et fumé nos cigares (allumés sans difficulté avec une allumette ordinaire), nous constatâmes qu’il était trois heures dix minutes, et par conséquent grand temps de nous remettre en route.
La traversée de la neige exigea vingt-cinq minutes, à toute vitesse, en pataugeant et en glissant, puis, vers quatre heures, nous commençâmes la longue descente des rochers. À huit heures la nuit serait noire ; nous n’avions donc pas une minute à perdre, et nous redoublâmes d’efforts. Cette partie de la descente n’offrit rien de remarquable. Nous côtoyâmes de plus près le glacier que nous traversâmes au même endroit que le matin. La sortie en était aussi difficile et aussi dangereuse que l’entrée. Le vieux Sémiond s’en était tiré sans accident, ainsi que Reynaud ; Macdonald qui les suivait glissa en s’efforçant d’escalader un gros bloc de glace, et il eût disparu en un instant dans une profonde crevasse, s’il n’eût été attaché à la corde.
La nuit était presque venue au moment même où nous nous retrouvâmes tous sur la terre ferme ; mais j’espérais encore que nous pourrions bivouaquer sous notre rocher. Macdonald n’était pas si optimiste, et il avait raison, car nous finîmes par nous égarer tout à fait, et pendant une heure nous errâmes à l’aventure, tandis que Reynaud et le porteur ne cessaient de se quereller. À notre grand ennui, ne pouvant plus descendre, il nous fallut absolument rester où nous étions.
Nous étions alors à plus de 3.200 mètres d’altitude, et, si la neige ou la pluie commençait à tomber comme nous en menaçaient les nuages qui se rassemblaient sur le Pelvoux et le vent qui s’élevait, notre situation pouvait devenir assez désagréable. Nous étions affamés, n’ayant presque rien mangé depuis trois heures du matin, et le bruit d’un torrent voisin, que nous ne pouvions apercevoir, augmentait notre soif. Sémiond entreprit d’aller y puiser un peu d’eau, il parvint à y descendre, mais il ne lui fut plus possible de remonter vers nous, et nous dûmes le consoler de son absence forcée en l’appelant par intervalles dans les ténèbres.
Il serait difficile d’imaginer un endroit moins confortable pour passer une nuit à la belle étoile ; il n’offrait aucune espèce d’abri ; il était trop escarpé pour nous permettre de nous réchauffer en nous promenant. Des pierres brisées couvraient le sol, et nous dûmes les enlever avant de pouvoir nous asseoir à notre aise.
Ce travail forcé avait son avantage, que nous ne sûmes pas apprécier d’abord, car il entretenait une circulation salutaire. En une heure de cet intéressant exercice, je parvins à me faire une petite plate-forme longue d’environ trois mètres, sur laquelle il était possible de marcher, Reynaud commença par se mettre en colère et par accabler d’injures le porteur, dont les avis avaient été suivis de préférence aux siens ; puis il finit par tomber dans un accès de désespoir dramatique ; il se tordit les mains avec un geste frénétique en s’écriant : «  Oh ! malheur, malheur ! oh ! misérable !  »
Le tonnerre se mit à gronder, les éclairs se succédèrent sans relâche parmi les pics qui nous dominaient, et le vent qui avait fait descendre la température presque à 0°, commençait à nous glacer jusqu’aux os. Nous examinâmes nos ressources. Il nous restait six cigares et demi, deux boîtes d’allumettes, le tiers d’une pinte d’eau-de-vie mélangée d’eau, et une demi-pinte d’esprit-de-vin, maigre pitance pour trois touristes à demi morts de faim et de froid, qui avaient sept heures à passer avant le retour de l’aube.
La lampe fut allumée et nous fîmes chauffer le reste de l’esprit-de-vin, l’eau-de-vie et un peu de neige. Bien que ce breuvage fût un peu fort, nous eussions souhaité d’en avoir davantage. Quand il fut consommé, Macdonald entreprit de sécher ses chaussettes à la flamme de la lampe ; puis, couchés sous mon plaid, nous essayâmes tous trois de dormir. Les infortunes de Reynaud s’aggravèrent d’un mal de dents, et Macdonald s’efforça de son mieux de fermer les yeux.
Les nuits les plus longues ont une fin ; la nôtre se passa comme tant d’autres. Nous descendîmes en une heure et un quart à notre rocher, où nous trouvâmes notre drôle fort surpris de notre absence. À l’en croire, il avait allumé un feu gigantesque pour nous éclairer à la descente et poussé des cris d’appel pendant toute la nuit. Nous n’avions ni aperçu son feu ni entendu ses cris. Nous ressemblions, nous disait-il, à une troupe de revenants. Quoi d’étonnant, c’était la quatrième nuit que nous passions en plein air.
Nous nous restaurâmes avec nos provisions et chacun de nous accomplit quelques ablutions fort nécessaires. Les habitants de ces vallées sont toujours infestés par certaines petites créatures dont l’agilité égale le nombre et la voracité. Il est dangereux de les approcher de trop près, et il faut avoir soin d’étudier le vent, afin de les accoster du côté où il souffle. En dépit de toutes ces précautions, mes infortunés compagnons et moi nous étions menacés d’être en quelques instants dévorés tout vifs. Nous n’espérions d’ailleurs qu’une trêve temporaire à nos tortures, car l’intérieur des auberges fourmille, comme la peau des indigènes, de cet insupportable échantillon de la nature vivante.
À en croire la tradition, un voyageur, trop candide, fut transporté hors de son lit par un essaim de ces bourreaux, tous également affamés ! Mais ce fait mérite confirmation. Encore un mot et j’en aurai fini avec ce misérable sujet. Au retour de nos ablutions, nous trouvâmes la conversation engagée entre les Français. «  Ah ! disait le vieux Sémiond, quant aux puces, je ne prétends différer de personne ; moi, j’en ai  ». Cette fois du moins il disait certainement la vérité.



(2) Cette montagne est le point culminant du groupe, et la carte française lui donne le nom de la Pointe des Ecrins.


Ma première tentative au Cervin
« Quelle force n’a-t-il pas fallu pour rompre et pour balayer tout ce qui manque à cette pyramide ! Car on ne voit autour d’elle aucun entassement de fragments ; on n’y voit que d’autres cimes qui sont elles-mêmes adhérentes au sol et dont les flancs, également déchirés, indiquent d’immenses débris, dont on ne voit aucune trace dans le voisinage. Sans doute ce sont ces débris qui, sous la forme de cailloux, de blocs et de sable, remplissent nos vallées et nos bassins, où ils sont descendus, les uns par le Valais, les autres par la vallée d’Aoste, du côté de la Lombardie ».
(De SAUSSURE, Voyages dans les Alpes. )
P armi les sommets des Alpes qu’aucun pied humain n’avait encore foulés deux surtout excitaient mon admiration. L’un avait été très souvent attaqué sans succès par les plus hardis montagnards ; l’autre, que la tradition déclarait inaccessible, restait encore vierge de toute tentative. Ces montagnes étaient le Weisshorn et le Cervin.
Après avoir visité en 1861 le grand tunnel des Alpes, je rôdai pendant dix jours dans les vallées voisines, résolu de tenter sans retard l’ascension de ces deux pics. Le premier venait, disait-on, d’être conquis, et le second allait être bientôt attaqué. Ces bruits se confirmèrent à mon arrivée à Châtillon, à l’entrée du Val Tournanche. L’intérêt que m’avait inspiré le Weisshorn s’affaiblit, mais, quand j’appris que le professeur Tyndall était au Breuil, dans l’intention de couronner sa première victoire par une autre plus grande encore, je désirai plus vivement que jamais escalader le Cervin.
Les guides que j’avais employés jusqu’à ce jour dans mes courses ne m’avaient nullement satisfait, et je me sentais disposé, bien à tort, à en rabaisser singulièrement la valeur. Dans mon opinion ce n’étaient pour ainsi dire que des limiers hors de la piste, et de robustes consommateurs de provisions solides ou liquides. Mes souvenirs du mont Pelvoux m’eussent fait de beaucoup préférer la société d’un couple de mes compatriotes à n’importe quel nombre de guides. Quand je demandai un guide à Châtillon, je vis défiler devant moi une série d’individus, dont la physionomie exprimait la malice, l’orgueil, l’envie, la haine, enfin toutes les variétés de la friponnerie, et qui me semblaient dépourvus de toute bonne qualité. L’arrivée de deux touristes avec un guide, qu’ils me présentèrent, non seulement comme l’incarnation de toutes les vertus, mais comme le guide spécial qu’il...

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