Sorcellerie et arts martiaux en Afrique
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Description

Cet ouvrage, première synthèse du genre sur le sujet, apporte des éléments de réponse sur l'existence d'une sorcellerie sportive africaine. L'auteur étudie plus particulièrement la pratique des arts martiaux et révèle par de nombreuses enquêtes de terrain, les différentes perspectives théoriques illustrant les techniques d'acquisition de la sorcellerie sportive. C'est une véritable observation analytique et interprétative de la culture sorcellaire africaine.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de lectures 224
EAN13 9782296710238
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sorcellerie et arts martiaux en Afrique
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diftusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13192-7
EAN : 9782296131927

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Olivier P. Nguema Akwe


Sorcellerie et arts martiaux
en Afrique

Anthropologie des sports de combat


L’Harmattan
Je dédie ce travail dont je n’ai été au final qu’un simple exécutant à :

Mon père, HYNEME EZEBUS Okori qui m’a donné le goût de l’effort et la ténacité pour m’accomplir physiquement, moralement et intellectuellement ;

Ma mère, MEYIE M’OWONO Marie Louise et ma tante NAME EYOGUE Rébecca pour leur soutien car elles ont su me redonner courage, confiance et m’ont appris la persévérance et m’on inculqué la volonté de toujours aller au bout de mes désirs ;
Remerciements
En premier lieu, je tiens à exprimer ma gratitude à Monsieur Julien Bonhomme anthropologue au Département de la recherche et de l’enseignement au Musée du quai Branly qui m’a « initié » au monde difficile mais non moins exaltant de la Recherche scientifique. Sans ses précieux conseils, ce livre n’aurait jamais vu le jour.


Mes remerciements vont aussi à l’endroit du Professeur anthropologue Francois Laplantine, du Professeur anthropologue Lionel Obadia (Lyon 2) et à messieurs Medzegue Joël jadot enseignant au département d’anthropologie (UOB), Kialo Paulin anthropologue, chercheur à l’IRSH (CENAREST), et l’anthropologue Ludovic Mba Ndzeng enseignant au département d’anthropologie pour leurs encouragements.

Toute ma gratitude, à Mlle Jocktane Nwenanga Dominique micro biologiste à l’université Lyon 1 pour son concours matériel

Un merci particulier au Professeur Daniel Colson, qui a bien voulu préfacer ce modeste travail.
Préface
Mes recherches et mes centres d’intérêt portent sur l’anarchisme, l’anarchisme ouvrier et la pensée libertaire. Il peut donc paraître étonnant qu’Olivier Nguema Akwe m’ait fait l’honneur de me demander une préface. En effet, quels rapports les sports de combat et la sorcellerie des Fangs du Gabon pourraient-ils bien entretenir avec un projet politique né en Europe, au lendemain des Lumières et au moment où cette même Europe se préparait, au nom des lumières justement, au nom du progrès et de la raison, à imposer à l’ensemble de l’Afrique la morgue et la bassesse mercantile de sa domination ?
Dans un livre qui est loin de tenir les promesses de son titre ( Les bannières de la révolte, Anarchisme, littérature et imaginaire anti-colonial, la naissance d’une autre mondialisation {1} ) l’historien anglais Bénédict Anderson perçoit bien cependant l’idée dont le livre d’Olivier Nguema Akwe est lui-même un des signes avant-coureurs, une double idée en l’occurrence :
celle d’une affinité intime et profonde entre l’anarchisme et la diversité et la complexité infinies des cultures et des expérimentations humaines, leur capacité à composer et recomposer sans cesse de manière singulière toutes les pratiques et tous les éléments matériels et culturels disponibles ;
mais aussi, historiquement cette fois, la façon dont le refus de l’exploitation et de l’oppression coloniales a pu prendre sens quelques temps dans une inspiration libertaire beaucoup plus large, au centre comme à la périphérie de la domination capitaliste, dans la résistance des populations colonisées comme dans les vastes mouvements de révolte ouvrière, au cœur même des puissances coloniales en voie d’industrialisation. Et ceci avant que la chape de plomb et les impasses des modèles et des représentations étatiques et nationalistes ne viennent partout travestir et interdire toute véritable émancipation.

L’anarchisme est apparu au XIXe siècle, en Europe. Et on perçoit mieux, avec le temps, en quoi, de par son lieu, son époque et sa nature, il a constitué, à l’échelle de l’ensemble des expérimentations humaines, une alternative radicale au monde où il naissait, l’affirmation et l’espérance d’une altérité à la fois intérieure et extérieure, dans les soutes et les coursives de l’Europe et des Amériques comme dans l’intensité des résistances à l’impérialisme et aux dominations des entreprises coloniales. Pendant que les Fangs du Gabon et d’ailleurs, aux côtés de beaucoup d’autres et de multiple façon, mobilisaient tous leurs savoirs magiques et guerriers pour résister à la domination française, des millions d’ouvriers, un peu partout dans le monde, déracinés de leurs bourgs et de leurs villages et soumis en masse à l’exploitation de l’industrie naissante, s’efforçaient eux aussi d’en briser les ressorts, d’inventer d’autres savoirs et d’autres rapports, fondés sur l’égalité, la libre association, l’autonomie et le refus de toute domination.

Entre luttes ouvrière et lutte contre l’impérialisme et le colonialisme, la rencontre a donc failli se faire. Et de cette possibilité il existe des traces. Benedict Anderson en explore quelques unes principalement sur le terrain de l’imaginaire et de la littérature. Il y en a d’autres beaucoup plus pratiques et concrètes : Louise Michel en Nouvelle Calédonie prenant le parti des kanaks dans la révolte de 1878 ; l’anarchiste et le révolutionnaire italien Malatesta, partant en Egypte, en 1882, pour participer au soulèvement contre les colonisateurs britanniques ; ou encore les luttes et la prise de conscience des anarcho-syndicalistes face à l’impérialisme espagnol au Maroc, en 1909 et au début des années vingt.
La rencontre aurait pu se faire, mais ce ne fut pas le cas, par manque de temps et pour de multiples raisons, dont le premier conflit mondial qui, partout dans le monde justement, devait mettre un terme à l’anarchisme ouvrier. Malgré l’intensité de leurs résistances les fangs furent vaincus, vaincus par une armée en partie composée d’ouvriers et de fils d’ouvriers enrégimentés dans les mensonges nationalistes et impérialistes de l’aventure coloniale et de l’école de Jules Ferry. Ils furent cruellement vaincus ; comme le furent les syndicalistes révolutionnaires (IWW) de l’Amérique du Nord, en 1917, et avec eux leur tentative étonnante de construire un mouvement émancipateur ouvert à tous les aspects de la culture, à tous les êtres humains quelles que soient leurs origines, leur sexe ou leur couleur de peau. Ils furent vaincus comme devaient l’être vingt ans plus tard et tout aussi cruellement, les anarcho-syndicalistes espagnols écrasés sous les coups des fascistes et d’une armée en partie composées de mercenaires marocains, ces marocains que les ouvriers espagnols pouvaient alors amèrement regretter de ne pas avoir d’avantage soutenus dans leur lutte commune pour la liberté.
Dans cette rencontre avortée entre anarchisme et luttes anticoloniales et anti-impérialistes, il ne s’agit pas pour autant d’histoire ancienne, comme le montre, sur le terrain de l’anthropologie, le livre d’Olivier Nguema Akwe. Ce qui était vrai hier l’est encore aujourd’hui, deux choses principalement : - l’existence absurde et mensongère d’un ordre et d’une logique explicative hégémonique et réductrice, prétendant vainement se soumettre la totalité de ce qui est ; - la richesse infinie d’une réalité humaine (et « cosmique » disaient Reclus et Malatesta) qui échappe à cet ordre, qui le menace sans cesse et qui porte en elle-même, dans sa diversité et dans sa capacité infinies de rencontres, d’associations et d’agencements nouveaux et improbables, la possibilité d’un monde radicalement différent.


Daniel Colson
Professeur desUniversités
Université Jean Monnet
Avant-propos
Le présent ouvrage est le fruit de notre observation participante et de notre formation universitaire qui a aboutît à la soutenance d’un master 2 recherche d’anthropologie soutenue à l’Université lumière Lyon 2.

Le présent ouvrage porte sur l’analyse du rapport entre la sorcellerie du mesing , lutte traditionnelle fang, et la pratique des Arts martiaux au Gabon. Cette étude porte exclusivement sur l’ethnoculture fang (A75 dans la classification de Guthrie, 1958, voir carte) du Nord du Gabon. Cette question met en jeu un double champ théorique. Celui des études portant sur les processus sorcellaires et celui des travaux dédiés au concept des « techniques du corps ». Cet ouvrage est donc une mise en rapport entre l’utilisation du mesing ou « art martial fang », et celle des arts martiaux importés d’Asie tels que pratiquer au Gabon par des Fang du Woleu Ntem. Seulement, parce que ce travail interroge les phénomènes symboliques et imaginaires, cela nous impose une certaine prudence. Laquelle doit être exclusivement scientifique. Aussi, nous sommes nous efforcé de nous départir des conceptions subjectives, et celles qui portent sur l’abstrait et ensuite sur le contenu des récits de nos interlocuteurs. Car beaucoup reste à dire sur la question.
♦ EXERGUE


« La sorcellerie est une tradition primordiale de l’humanité, car, dans la nuit des temps : Un homme hirsute, couvert des peaux de bêtes, achève sur une paroi rocheuse, la représentation d’un auraclis (…) le premier acte Magique est posé. La Sorcellerie est née. »


Julien TONDRIAU , L’occultisme , Paris, Mouton, 1964.
Introduction
« Nous n’avons donc pas de raison de supposer chez les Africains (…) quelque chose de spécifiquement différent, au point de vue logique, de ce qui se passe chez nous. Il suffit de savoir que les croyances et les expériences mystiques communes à son groupe rendent raison de ses paroles et de ses actes. Une fois donné leurs idées de la spiritualité, de la guerre, de l’anormal, de la mort, de la puissance et des maléfices des sorciers, le reste s’ensuit ».

Lucien Lévy-Bruhl, Les carnets, Paris, PUF, 1949, p.58.
Le sujet de notre livre porte sur une analyse du rapport entre la sorcellerie du mesing et la pratique des Arts martiaux au Gabon. Cette étude porte exclusivement sur l’ethnie fang du Nord du Gabon. Pour l’essentiel, le peuple Fang est un peuple négro-africain que l’on retrouve aujourd’hui en Afrique centrale. On le rencontre au Cameroun, au Congo, au Gabon {2} , en Guinée-Equatoriale et même en République du Sao Tomé. La structure interne du peuple fang se présente de la manière suivante : au sommet de la pyramide se situe l’ethnie Fang. Celle-ci se divise en principaux sous-groupes (ou ayong) notamment Mvaien, Mékê, Ntoumou, Betsi, Nzaman, Boulou, Mekién, Okak, Eton, Ewondo, etc …. Les sous-groupes à leur tour se divisent en tribus telles que agonavèign, essabock, nkodjeign, efak, yendzok essangui ou odzipe….Les tribus se scindent quant à elles en clans (ou nda bot) parmi lesquels le mvoc, (qui a pour sens « famille élargie »).

Ce lien entre les arts martiaux et de la sorcellerie met enjeu un double champ théorique. Celui des études portant sur les processus sorcellaires et celui des travaux dédiés au concept des « techniques du corps ». La perspective qui résulte de la mise en convergence des deux domaines d’étude est cependant inédite. Certains aspects de cette question ont été abordés par un certain nombre d’auteurs, qui en ont relevé des aspects pertinents. Parmi ces auteurs, nous avons particulièrement tenu compte des travaux de Philippe Laburthe-Tolra (1985) qui fait état d’une dualité chez des guerriers africains. Il affirme que le guerrier beti {3} (ethnie du Cameroun apparentée aux fang) par le Mebia ŋ (le fétiche) scelle une alliance avec toute autre conscience qui n’est pas humaine et qui constitue son double. Georges Balandier en 1955 précisément chez le peuple Fang, montre aussi que l’expansion coloniale a transformé les Fang en conquérants contrariés dans leur développement des techniques de combats. Ludovic Mba Ndzeng {4} en 2006 surenchérit en déclarant que l’ eseneya est un esprit de lutte que l’homme met à son service. Ainsi, notre travail de recherche vise à expliciter les modalités d’inclusion de cette sorcellerie dans la pratique des arts martiaux chez les Fang du Nord Gabon. Pour comprendre la pratique magique ou sorcellaire des arts martiaux dans le contexte actuel du Gabon, nous partirons des pratiques martiales indigènes telles que le mesing des Fang. Dans le processus du métissage, la pratique des arts martiaux asiatiques est fortement influencée par la pratique autochtone : le mesing. En effet, l’utilisation de la magie ou fétiche ( Mebia ŋ ) ou encore de sorcellerie ( Mbo ) dans la pratique des arts martiaux implique chez les Fang un système de représentations et de pratiques spécifiques qui place l’homme au centre du monde et de l’univers.
Notre étude est une mise en rapport entre l’utilisation du mesing ou « art martial fang », et celle des arts martiaux importés d’Asie. Cette mise en rapport part d’un constat : les adeptes des différentes pratiques traditionnelles arrivent à réaliser des prouesses analogues à celles réalisées par les pratiquants d’arts martiaux asiatiques dans l’accomplissement de leurs œuvres. Il s’agit notamment de la réalisation de la lévitation {5} , des casses {6} , des coupes {7} et des sauts de haute voltige {8} . Notons que pour les Asiatiques, ces prouesses sont le plus souvent le résultat d’un très long apprentissage de l’équilibre des forces naturelles. Les asiatiques considèrent que : « le corps serait le résultat de l’harmonie des trois éléments intérieurs (…) et trois extérieurs (…) {9} » d’après Kim Minh Ho.


Sachant que la conception selon laquelle la sorcellerie serait à l’origine de toute activité physique est présente dans la mentalité fang, nous voulons donc comprendre la relation existant entre cette dernière et la pratique des arts martiaux importés d’Asie. Généralement le mot bia ŋ (magie ou sorcellerie) renvoie à deux réalités : celle d’un support thérapeutique, quand il s’agit notamment de sauver une vie humaine et celle d’un support magique. Dans le cadre du mesing , le bia ŋ est à la base de la transformation des potentialités sportives des pratiquants Fang. Les rituels d’acquisition de forces sorcellaires se pratiquent avec des objets précis dont seuls les adeptes connaissent le sens. Le bia ŋ est souvent perçu chez les Fang comme un élément incontournable, voire fondamental de toute activité socioculturelle. De ce fait, il semble être incontournable dans l’« émergence de la personnalité ». L’association du bia ŋ et du mesing ou la pratique des arts martiaux sorcellaires est employée par les pratiquants initiés aux rites des arts de la guerre (tels que eyala mboloso odjen, bedulu, abéré akan ou ayan eian ) {10} . Cette pratique permet d’accroître les capacités physiques et spirituelles du pratiquant et de le rendre indomptable par l’acquisition de reflexes de la rapidité, de l’agressivité et du « blindage {11} ».
La littérature anthropologique et de manière générale, le problème de la puissance occulte donc de la sorcellerie se traite différemment de la conception pionnière inaugurée par Evans Pritchard.
« En effet, dès 1937, les anthropologues tendaient majoritairement à localiser les rituels sorciers an sein des sociétés rurales dites traditionnelles, et à expliquer la fonction par la nécessité du maintien de l’harmonie (…). Cette approche fonctionnaliste a pour conséquence de rétrécir le champ d’analyse du phénomène de la sorcellerie. Au cours des années 1990, le renouveau des études scientifiques ayant pris également sa source parmi les anthropologues et les sociologues, met en relief la vitalité de la sorcellerie au sein des instances les plus modernes des sociétés africaines {12} ».
Pour mieux s’imprégner de la réalité de notre objet d’étude, nous avons mené une enquête de terrain sur les questions liées au mesing et aux arts martiaux. Pour ce qui est de la pratique ancestrale fang, c’est-à-dire le mesing , nous avons basé premièrement notre enquête à Oyem (Nord du Gabon) du 02 au 28 mars 2006, et du 24 mars au 30 juin 2007 avec un échantillon de 47 personnes composé de 36 hommes et 11 femmes. Nous y avons rencontré des interlocuteurs qui nous ont évoqué l’art du mesing relié à la présence de la force occulte, donc de la sorcellerie (ou eseneya ). Ils nous sont également relaté sa transmission dans le processus de transformation de la personnalité de base de l’initié. Par la suite, nous nous sommes rendus à Libreville (capitale politique du Gabon) avec un échantillon de 28 personnes dont 1 une femme et 27 hommes. Les personnes interrogées sont pour la plupart des maitres d’arts martiaux et certains pratiquants de renoms d’ethnie fang et originaires du Nord Gabon. Ils nous ont expliqué le mécanisme par lequel la sorcellerie sportive se déclenche sur le sportif et surtout comment ce dernier percevait son pouvoir. Cette zone d’étude nous a ainsi, permis d’assister à quelques démonstrations de mesing et de la pratique sorcellaire des arts martiaux. Les résultats obtenus avec l’enquête de terrain sont représentés dans l’histogramme suivant.

Figure 1a : Répartition par sexe des interlocuteurs




, Figure 1b Répartition par âge des interlocuteurs.



(Conception et réalisation Nguema Akwe Olivier P.)

L’intérêt des histogrammes est de mieux nous informer sur la population qui a été ciblée par l’enquête de terrain. Ainsi, la figure la représente la répartition par sexe des enquêtés sous forme d’histogramme. L’enquête effectuée portait sur des questions en rapport avec la transformation de la personnalité liée au mesing et de la pratique sorcellaire des arts martiaux. Ce premier histogramme montre le nombre élevé des hommes par rapport aux femmes interrogées sur le sujet.

Ce qui peut se traduire par une maîtrise de l’information relative à la sorcellerie du mesing par les hommes. Cela se justifie quand on sait la place réservée à chaque sexe au sein de nos sociétés dites traditionnelles. Cette division traditionnelle du travail par sexe fait en sorte que les hommes dans leur grande majorité étaient destinés à combattre. Notons que les connaissances relatives à cette discipline guerrière n’étaient transmissibles qu’aux initiés et à quelques rares personnes fréquentant le corps de garde ( Abaa ) {13} . La figure 2, représente la répartition par âge des enquêtés en histogramme. Cette répartition tient compte des tranches d’âges allant de 50 à 70 ans. On remarque une différence nette d’espérance de vie entre les hommes et les femmes. Les femmes semblent plus résister au temps par rapport aux hommes. Cela s’expliquerait toujours grâce a la division traditionnelle du travail. Les hommes ont toujours eu les travaux les plus ardus tels que défricher, abattre les arbres pour les champs, ou couper du gros bois pour le corps de garde. De tels travaux affaiblissent l’organisme rapidement. Telles seraient en partie les causes liées à la mortalité prématurée des hommes. A cela s’ajoute l’alcool et le tabac qu’ils consomment régulièrement et en grande quantité.

Nos interlocuteurs nous ont fait comprendre que le mesing tout comme les arts martiaux se répartissent en deux genres : le premier genre est l’art simple ou naturel (innocent) et le second, l’art sorcier. Chacun de ces deux types de combat obéit à une formation physiologique de base commune. La différence se situe au niveau de l’initiation pour distinguer le naturel du surnaturel.

Nous avons utilisé comme techniques de collecte de données, la méthode par entretien, des enregistrements audio phoniques, des photographies faites sur les besing et les pratiquants d’arts martiaux. La localisation de la zone d’enquête est représentée sur les cartes 1 a et b, 2 a et b ci-dessous.
Carte : 1 a



Catre : 1 b



Les cartes (1a et 1b) circonscrivent la première zone d’enquête au Gabon. La carte la nous présente la province du Woleu Ntem d’où sont issu les Fang interrogés par rapport à notre étude. La carte 1b, elle, représente la localisation des quartiers d’enquêtes dans la ville d’Oyem à savoir : Tougou-tougou, Adzougou, Nguoéma et Eyénassi. C’est dans ces quartiers que nous avons interrogé (47) personnes (les maîtres initiateurs et lutteurs de mesing ).

Carte : 2 a



Catre : 2 b



Les cartes 2a et 2b présentent la seconde zone d’étude à savoir la province de l’Estuaire pour la carte 1 a. La ville de Libreville pour la carte 2 b. C’est dans cette ville que nous avons assisté à des démonstrations d’arts martiaux et de combats de lutte traditionnelle. Nous y avons également interrogé (28) personnes (maîtres et pratiquants d’arts martiaux) dans cette ville notamment aux quartiers Olumi, Akébé plaine, Mindoubé, Meléne, Alibading, charbonage, Nzeng ayong, Akourounam, Louis et les Haut de Guégué.
Notre problématique va s’intéresser aux propriétés mystiques ou occultes du mesing dans la pratique des arts martiaux en tant que comportement pourvoyeur de forces physique et spirituelle à travers l’ eseneyca (esprit ou pouvoir). Nous cherchons aussi à comprendre comment mais surtout pourquoi ces pratiquants introduisent-ils le pouvoir de la magie ( mebia ŋ ) dans la pratique contemporaine des arts martiaux, au lieu de s’accorder au long processus d’apprentissage des principes de l’équilibre des forces naturelles comme le font les Asiatiques. Comment en effet, l’ eseneya arrive-t-il à modifier le comportement du pratiquant ? Quelles sont les manifestations de l’ eseneya pendant le combat ?
Nous entendons apporter des réponses à ces interrogations grâce à l’analyse et à l’interprétation des données recueillies sur le terrain au moyen de l’observation directe et du guide d’entretien.


Pour conduire notre étude et pour énoncer nos hypothèses de recherche, nous allons établir un rapport entre le culturalisme parce qu’il comporte « le processus de transmission d’une culture singulière {14} » et la théorie dynamique parce que toute société est soumise à des changements sociaux avec le processus de globalisation.
Notre première hypothèse est de dire que si chez les Fang, la transposition culturelle du mesing s’infiltre dans la pratique contemporaine des arts martiaux à travers l’ eseneya , c’est que ces derniers pensent sûrement que les arts martiaux importés ne sont que le « prolongement » de la pratique du mesing d’où la compatibilité par des techniques de combats. De même, ils estimeraient que l’art martial asiatique n’est que le mesing sous une autre forme purgée de son pilier central qui est l’ eseneya qu’ils veulent restaurer. Si tel est le cas, l’ eseneya du mesing se révèle alors être un aspect positif non seulement pour le sportif lui-même mais aussi pour l’implantation des arts martiaux chez les Fang du Gabon.
La deuxième hypothèse est que dès lors que l’on peut transposer le pouvoir du mesing ( eseneya ) dans la pratique des arts martiaux, nous avons alors la preuve qu’il existerait selon la conception fang dans les arts de la guerre un agent déterminant de la puissance martiale que tout pratiquant porterait et apporterait en naissant. Il revient simplement à la société le rôle de l’éveiller et de le façonner en fonction de son art (ou discipline sportive) ou autres activités.
En abordant le thème des forces sorcellaires dans la pratique des arts martiaux et la lutte traditionnelle fang, nous avons voulu montrer que les forces occultes constituent le support de toute valeur pour asseoir la personnalité du nsing (ou lutteur). Chez les Fang, la pratique du mesing ou des arts martiaux s’actualise avec leur évolution culturelle. Ce faisant, ce peuple réinterprète sa culture, en fonction de la dynamique sociale actuelle amorcée depuis la colonisation.


Lexique
La nécessité d’expliquer au début de ce mémoire les différents concepts qui composent la sorcellerie fang est d’un intérêt capital. Leur compréhension détermine la cohérence de l’ensemble du sujet traité. En effet, seul le déploiement de tous les concepts endogènes fang relatifs au mesing permettra de mesurer sa sphère d’influence réelle dans la pratique des arts martiaux au Gabon.


Mesing

Etymologiquement, mesing provient du verbe asing (lutter) qui dérive du terme asíng (haïr, détester). Mesing (lutte) dérive ainsi de zing (haine). Par glissement, c’est la haine ( zing ou síng ) qui entraine la lutte ( asing ). Cette haine va donc entraîner la personne à asing (lutter), contre la personne haïe. Le mesing peut ainsi se pratiquer dans le meyirane (sorte de bagarre de rue) sans aucune technique de frappe élaborée et spécifiée. Le mesing , d’après Tsira Ndong Ndoutoume dans le Mvett n’est autre chose que « La volonté de la pratique déterminante des méthodes de combats traditionnelles {15} , ». A l’origine, le mesing était, d’après Tsira Ndong Ndoutoume {16} une activité guerrière et réservée spécialement aux grands guerriers tels que : Asseng Mbane Ona, Elone Kam Afé, Engouang Ondo, Obiang Medza, Nguema Ekan, Akue Nguema, Nzé Medang, Ntoutoume Mfoulou, Angone Nzok, Nguema Nsing Béré, Ondo Biyang et Medza me Mfoulou. Cette tradition s’est perpétuée de génération en génération. Le mesing consiste, en effet, à terrasser l’adversaire par de saisies, de projections et des enfourchements.
Un exercice de force musculaire et de stratégie liée à une capacité spirituelle imprégnée d’une très forte présence occulte lié au phénomène de l’ eseneya qui sert de lien entre le nsing et le monde des esprits de la nature ( misissim ou bekon ). Cet esprit favorise également le contact entre le nsing et les guerriers morts aux combats ( mbot meluman ) dont les esprits errent dans la nature.


Eseneya

L’ eseneya ou ésenga désigne pour Philippe Laburthe-Tolra {17} , l’alliance qu’un individu scelle avec toute autre conscience qui n’est pas humaine et qui constitue un double de son allié. Il serait mis au service du guerrier comme moyen d’attaque et/ou de défense. Leur intimité est si profonde que toute atteinte faite à l’animal touche fatalement son allié humain. L’ eseneya renvoie de façon générale à un animal (souvent un léopard, mais aussi une panthère ou un serpent, un gorille ou une civette, etc.) que l’on détient dans le plus grand secret et qui sert à commettre des forfaits de tous genres.
L’ ésenga
« […] chasse pour lui, le venge, le protège au combat et contre tout evu adverse il cumule les caractéristiques du chien, du léopard, de l’evu {18} et du nkuk {19} . Si le maître est en palabre avec un chef ou avec un village, il conduit son léopard dans ce village, où il attaque les villageois. Si le maître veut que l’animal attaque les hommes en général, ou des moutons, des poules, il jette un os de l’être correspondant dans la zone de forêt où habite le léopard, et celui-ci obtempère à ce signal;. Dans ce cas, il laisse à son maître, dans un coin précis de la forêt, la queue de ces animaux {20} ».
Cette catégorie d’ eseneya est alors appelé eyeng Pour paraphraser Ludovic Mba Ndzeng, l’ eseneya est à la fois un esprit avec lequel une personne est liée mystiquement. Lien dont on remarque la manifestation. L’ eseneya est en même temps est esprit qui habite l’homme au moment de se battre.
Ngenga ŋ
Le mot ngenga ŋ viendrait de ngan qui signifie remède, amulette porteuse de forces occultes. Le ngenga ŋ serait donc le détenteur des forces occultes propres à la sécurité et à la défense d’une communauté et/ou d’un territoire donnés.
Le ngenga ŋ est aussi le personnage central dans la médecine traditionnelle. Spécialiste des plantes, il détient la connaissance des remèdes naturels ou symboliques, transmis de ngenga ŋ à ngenga ŋ , et de génération en génération notamment au cours de longues années d’initiation et d’apprentissage auprès d’un maître. Le ngenga ŋ est dans le monde fang, le redresseur de torts, l’homme doué de puissance, interprète des phénomènes cachés, dépisteurs de sorciers (et parfois lui-même sorcier). Il est capable de voir dans l’invisible, au-delà des apparences sans l’intermédiaire d’aucune technique particulière.
Personnage omniprésent et ambivalent se situant dans l’univers des vivants et des morts maîtrisant les forces surnaturelles, le ngenga ŋ exerce un réel pouvoir au sein de la société. Il est le « réservoir » des énergies et donateur de pouvoirs (puissances) occultes dont l’ eseneya en fait partie à ce titre, il a donc un rôle éminent dans la société. Non seulement il administre au cours des soins un traitement organique, mais encore, il sait que lorsqu’un patient a mal à la tête ou au ventre (par exemple), c’est son univers tout entier qui est atteint et qu’il faut soigner. Le traitement peut relever soit de l’ordre organique, soit de l’ordre surnaturel et parfois des deux ordres.
La préoccupation première du ngenga ŋ consiste de ce fait à trouver les causes du malaise familial et social dont un grave accroc de santé est un symptôme tangible, et obtenir la réconciliation qui s’impose.


Biai ŋ

Ainsi, selon Philippe Laburthe-Tolra, « est bia ŋ , tout ce qui conserve, augmente ou restaure la force et l’efficacité d’un homme, d’un groupe {21} ». Il y inclut les médicaments de la médecine moderne. Il appelle « charmes magiques » les mebia ŋ « qui servent à obtenir le bonheur et à détourner les ennemis {22} ». Cependant le bia ŋ a un corollaire : l’eki (chose interdite, à éviter, à repousser). Les deux sont liés comme l’envers et le revers d’une médaille. L’acquisition de tout bia ŋ se paye ( ayàan ) normalement par le respect d’un eki (interdit) correspondant qui est imposé par le ngenga ŋ (au nom des puissances invisibles) en même temps que le privilège qu’il confère.
Le bia ŋ peut aussi être entendu comme une force, une puissance qui se présente généralement comme un esisim (esprit) dont l’ eseneya est un « aliment » que l’on absorbe ou que l’on s’incorpore. Il peut également se présenter comme un objet doté d’une puissance surnaturelle que l’on conserve en secret soi à l’intérieur ou à l’extérieur de sa maison. Mais la force d’un bia ŋ est caractérisée par son ambivalence. On croit pouvoir l’orienter comme on veut ; suivant les besoins du moment, il peut servir à construire ou à nuire. C’est ainsi que « […] les mêmes lianes entrelacées serviront tantôt à postuler une étroite communion amoureuse avec une personne aimée, tantôt à faire nouer les entrailles d’un ennemi jusqu’à ce que mort s’ensuive {23} ».


Art martial
Selon Louis FREDERIC « Il est convenable de donner le nom d’arts martiaux à toutes activités physiques et mentales dont le but était autrefois l’entraînement aux arts et techniques de la guerre avec ou sans armes. » (Le Dictionnaire des Arts Martiaux). Au sens littéral selon Kim Min-Ho dans L’Origine Et Développement Des Arts Martiaux (1999), les asiatiques eux-mêmes ont une conception globale des arts martiaux. Celle-ci tient compte « des aspects sociaux, militaires, sportifs, médicaux, philosophiques {24} ». Cependant le terme martial sous-entend une origine asiatique. Le mot art définit une aptitude, une habilité à faire quelque chose. Le mot martial vient lui du latin ( martialis ), avec « mars » pour racine et renvoie au dieu de la guerre . Le mot martial dénote un caractère de ce qui manifeste des dispositions combatives, belliqueuses ou guerrières. L’utilisation du terme martial concernait initialement les disciplines martiales japonaises. Celles-ci utilisent dans leurs pratiques une part de technique et une part très développée de philosophie. Philosophie se rapprochant d’une religion préparant à la mort. L’appellation « art martial » s’est ensuite vue appliquée à toutes disciplines de guerre de tous pays, même si celles-ci ne possèdent pas de dimension spirituelle. Bien que l’utilisation du terme « art martial » se soit généralisée, il ne faut pas l’interpréter comme un « sport de combat ». Toutefois, il y a lieu de faire une nette distinction entre les termes « sport de combat » et « art martial ». « Sport de combat » signifie activité physique pratiquée sous forme de jeux, d’exercices individuels ou collectifs en observant certaines règles. Cet aspect ludique distingue les arts martiaux des sports de combat dont les techniques dangereuses ont été expurgées. Le sport se distingue donc à l’art martial à cause des dispositions belliqueuses et guerrières.
Je ne s’aurai clore cette définition sans préciser que le nom ancestral de l’art martial nous viens de l’Egypte Antique qui est véritablement le berceau des arts martiaux. Le nom réel est le Kuta appeler aujourd’hui le Sawa Ra (boxe des pharaons rénové). Les techniques martiales les plus anciennes sont représentées dans des tombes de la V dynastie soit plus de 4000 ans avant JC. Ce qui donne à l’Egypte le droit de porter une fois encore le nom de berceau de l’humanité. En effet, comment concevoir l’Egypte Pharaonique aussi puissante quelle fut sans une théorie et une technique de défense guerrière. Un royaume tel que celui de l’Egypte Antique a-t-il existé sans armée ? Sachant que l’art martial est l’art de la guerre, peut on alors infirmer que l’origine des arts martiaux vient de l’Afrique ? Pour l’origine kamite des arts martiaux voir le magazine Karate Bushido de Janvier 2010 (page 66 a 68).


Sorcellerie
Chez les Fang la tradition ne considère donc pas la sorcellerie comme un bloc ou un monolithe inamovible. Ils la considèrent comme une sorte de triptyque autour duquel s’articulent trois éléments : le sorcier, la sorcellerie et la semence de la sorcellerie.
Le sorcier apparaît comme l’élément fondamental, la base et l’assise du phénomène de la sorcellerie. C’est une personne physique dotée de connaissance et des pouvoirs particuliers. Ces derniers le désignent par le terme de mbia-nnem. Nnem signifie littéralement qui possède la connaissance et le savoir. Ils désignent la sorcellerie par le terme mbo , qui signifie au-delà de la réalité physique et l’ordre naturel des choses. La sorcellerie est définie comme un savoir sacré, permettant de connaître la réalité fondamentale et substantielle des choses. La sorcellerie chez les Fang n’est pas seulement perçue comme un pouvoir de destruction mais aussi comme le fait magique support de toute réalisation.
La sorcellerie est un ensemble de connaissances occultes donnant accès à des pouvoirs spécifiques qui seront utilisés de manière bénéfique ou maléfique selon l’intention

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