Wilmots
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Description

17 juin 2002. Sur un terrain lisse comme un billard, quelque part à l’autre bout de monde, Jacky Peeters envoie un centre parfait sur le front de Marc Wilmots. 1-0. Nous sommes au Mondial de football et l’adversaire est l’imbattable formation brésilienne. L’histoire s’écrit... furtivement car l’arbitre Peter Prendergast annule le but. Les Belges accusent le coup, le Brésil l’emporte et deviendra plus tard le vainqueur du tournoi. C’était le goal qui devait couronner la carrière de Wilmots. Le solide attaquant aurait sans nul doute échangé bien volontiers ses vingt-sept buts internationaux contre celui-ci. Wilmots mit fin à sa carrière internationale et raccrocha définitivement ses crampons l’année suivante.

Mais l’appel du ballon était plus fort. En-dehors des terrains, il se révéla bien vite un redoutable analyste et un infatigable meneur d’hommes. L’ironie du destin l’entraîne à nouveau au Brésil mais cette fois en tant que coach fédéral d’une équipe nationale belge retrouvée.

Dans cet ouvrage, Frederik De Backer s’enquiert de l’homme derrière la légende. Il en profite pour esquisser du même coup trente années de football belge. L’auteur retrouve les moments clés de la vie d’un joueur exemplaire avec une seule question en fil rouge : Qui est Wilmots ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782507052478
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

WILMOTS
Frederik De Backer
Wilmots
Renaissance du Livre
Avenue du Château Jaco, 1 – 1410 Waterloo
www.renaissancedulivre.be
COUVERTURE: EMMANUELBONAFFINI
PHOTODECOUVERTURE: ©XIXINXING-FOTOLIA
MAQUETTE:CWDESIGN
TRADUCTION: MARCVANSTAEN
Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.
Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est strictement interdite.
FREDERIK DE BACKER
WILMOTS
L’homme derrière la légende
Traduit du néerlandais par Marc Van Staen
Introduction
Dans les classes des écoles primaires, deux types de garçons se distinguaient : ceux qui jouaient au football et ceux qui choisissaient l’académie de musique. Bon, certains gamins avaient d’autres centres d’intérêt, mais, à vrai dire, nous ne les évoquions que rarement, tant nous avions opté pour ce séparatisme simpliste : les footeux et les musiciens. Entre les deux groupes, un antagonisme résistant s’était formé et, donc, ceux qui ne s’y trouvaient pas rattachés n’avaient tout simplement pas droit au chapitre. Pour apprendre à quelle catégorie j’appartenais, il suffit de préciser que mes talents avaient choisi de s’exprimer plus au bout de mes doigts que sur la courbe de mon coup de pied. Le goût du football ne me vint que plus tard, lors des jeux dominicaux avec les mouvements de jeunesse, chaque semaine pendant deux bonnes heures. La troisième heure s’écoulait à ingurgiter des tonnes de bonbons et à observer avec curiosité la puberté naissante de nos camarades de l’autre sexe. Les filles étaient manifestement maladroites au foot et leur jeu de position laissait à désirer, mais telles n’étaient pas les qualités premières que nous attendions d’elles. Comme je ne baignais pas dans l’abondance de talents techniques, je m’appliquai donc à devenir un honnête défenseur.Je pris peur aux premiers contacts, mais, bien rapidement, je commençai à éprouver le plaisir de voir l’adversaire s’écorcher la jambe sur l’asphalte. Nous allions jusqu’à considérer que, si la blessure ne saignait pas, il n’y avait pas de faute commise.
Voilà ce qu’était le football à cette époque pour moi. Faisant fi des fantaisies techniques et du dribble, je n’étais fasciné que par les joueurs marchant à la mentalité. Des joueurs comme Philippe Albert, Franky Van der Elst et Marc Wilmots. Pas de piètres techniciens, loin de là, mais des sportifs qui tiraient le meilleur d’eux-mêmes moins par des pirouettes de jongleurs que par un engagement physique à toute épreuve. C’étaient des fonceurs, des battants, qui ne s’estimaient satisfaits que lorsqu’ils quittaient le terrain vannés, rompus et qu’ils avaient donné le maximum. Ce genre de joueurs impose le respect, naturellement.
Quand mon éditeur me mit sur la piste d’un ouvrage sur Marc Wilmots, il ne me fallut que peu de temps pour accepter. N’attendez ici aucune forme d’hagiographie. J’éprouve une grande sympathie pour le footballeur, mais, avant tout, il n’en reste pas moins un être humain avec ses imperfections. N’espérez pas non plus une biographie d’historien dans l’acception habituelle du terme, car j’ai l’habitude de vouloir systématiquement sortir des sentiers battus et de rendre les choses plus ludiques, plus futiles, en un mot, plus intéressantes. De même que je me permets régulièrement de m’attarder sur quelques interludes buissonniers. J’espère que l’ensemble plaira. Si cela ne devait pas être le cas, rappelez-vous que, moi aussi, je suis un fonceur. Je vous souhaite une excellente lecture !
FIFA-Belgique 1-0
« Jamais je n’ai insulté quelqu’un comme je l’ai fait ce jour-là entre la e e 40 et la 43 minute de jeu. J’aurais pu le gifler, cet homme-là. »
Marc Wilmots
Le cuir venait à peine de faire gonfler les filets des buts brésiliens que déjà retentissait le coup de sifflet. Alors que, dans une modeste demeure située sur la frontière entre le Brabant flamand et la Flandre-Orientale, les chips étaient propulsées à travers la salle de séjour, Marc Wilmots se retourna, interdit, le regard plus qu’interrogateur. Partout dans le pays, des cris de joie avaient retenti alors que boissons et nourriture se voyaient éparpillées sur le sol. Des milliers de mamans et de grand-mères, attirées par ces cris sauvages, avaient fait irruption dans les livings, marchant ici sur un débris de verre, là sur une canette dont le contenu s’écoulait lentement sur le tapis. Avant de constater les reliefs étalés sur les sols, elles avaient observé avec curiosité le spectacle de quelques spécimens masculins aux joues marquées des couleurs noire, jaune et rouge. Toute la Belgique avait vu la suite. Le but était annulé. La Belgique, la petite Belgique, avait mis à genoux le Brésil, le grand Brésil, la meilleure nation de l’histoire du football mondial. Mais non ! Le but était annulé. Et tandis que Marc Wilmots avait repris le jeu, de l’autre côté de la planète, tout un peuple se demandait ce qui avait bien pu se passer. Le ralenti le démontrait : il n’y avait rien à siffler. Pas de hors-jeu. Pas de contact avec le défenseur. Rien. Un coup de sifflet incompréhensible, dont personne ne soupçonnait la cause. Personne sauf Peter Prendergast, un enseignant jamaïquain qui, pour agrémenter ses loisirs, arbitrait ce jour-là un petit match de quart de finale de Coupe du Monde.
De quoi se poser des questions sur la compétence du bonhomme de la FIFA, endimanché dans son costume sentant la naphtaline, ayant pris la décision de proposer cet homme pour la direction d’un tel match. Le 5 juin 2002, il avait déjà été sélectionné pour siffler la rencontre Russie-Tunisie et reconnaissons-le, il ne fut pas mauvais. Le penalty sifflé contre Radhi Jaïdi pour une faute contre Dmitri Sytsov était justifié. A priori, on pouvait raisonnablement penser que les Belges n’avaient rien à craindre de cet arbitre. Et pourtant.
Dans le duel qui avait vu s’affronter le Costa Rica et les États-Unis en 2001, celui qui était un des innombrables beaux-fils du prolifique Bob Marley avait déjà marqué le football de deux bourdes manifestes en sanctionnant une faute de main imaginaire et en ignorant, par contre, un penalty flagrant.
Soit. L’arbitrage n’est pas un travail aisé. On est fait pour l’arbitrage ou on ne l’est pas, et cela se vérifie très rapidement. Même jeunes, les futurs arbitres montrent des dispositions. Je me souviens que, dans les cours de récréation, il y avait toujours un gamin, le regard incertain, qui ne demandait pas mieux que de jouer au football, lui aussi. Un jour, il avait eu sa chance, car il faut avouer qu’il avait une bonne frappe. Mais il commit l’improbable en shootant violemment sur l’oreille de « la madame » de
cinquième année avec, à la clé, une commotion cérébrale et, également, en guise de dommage collatéral, l’interdiction pour nous tous d’encore pratiquer le noble art à l’école. Depuis ce jour, nous pratiquions le football à l’insu de notre surveillant, et notre petit gars fut désigné comme guetteur pour éviter que Wesley, le pion des « quatrièmes », s’improvise footballeur pour envoyer notre ballon sur les toits des classes. Ce genre de garçon, qui lève le doigt très vite lorsque l’institutrice demande un volontaire pour frotter le tableau, était fait du bois dont on fait les arbitres. Celui qui ne s’y connaît pas en football, observant des sportifs qui ont l’air de prendre du plaisir, peut légitimement se demander ce que fabrique ce bonhomme en tee-shirt fluo. De temps en temps, il sort de sa poche un ridicule carton de couleur qu’il exhibe de manière théâtrale, comme un Mussolini de pacotille. On espère presque qu’il s’étouffe pour de bon dans ses sifflements excessifs. L’arbitre est un personnage tragique, s’essoufflant sur le terrain sans ballon, alors que les joueurs s’amusent à frapper la balle magique pour l’envoyer valser, par une frappe brossée, dans un filet ou, encore, d’un passement de jambes, à donner le mal de mer à leur adversaire. Non, sans ballon, le football ne serait pas aussi plaisant. Et pourtant, les arbitres s’en passent sans problème. Soyons honnêtes, les arbitres sont utiles. Celui qui a assisté un jour à une rencontre de l’Africa Cup en sera le premier témoin. Cette compétition ressemble plus à une convention charcutière qu’à un prestigieux tournoi de football. C’est un miracle si, à chaque match, on ne déplore pas plus de blessés.
Belgique-Brésil, donc. C’était la mi-juin, la période des examens, mais pas un seul étudiant qui n’était planqué devant son poste de télévision sauf, peut-être, un jeune violoniste mal informé ou des enfants brimés par des parents sectaires. Quelques amateurs d’hosties, pétris d’un sentiment de culpabilité. « Étudiez, étudiez ou bien le diable viendra vous châtier. Impies ! » Ces gamins qui ne rigolaient pas aux blagues vaches de leurs congénères, peut-être ne se trouvaient-ils pas devant leur téléviseur ce jour-là, lorsque Wilmots marqua ce but annulé. Mais tous les autres étaient rivés à 8 mm de l’écran, la pupille dilatée et, après l’annulation du but de Wilmots, les larmes abondantes jusqu’à tremper le tee-shirt. À la pause, un bref regard en passant devant le miroir suffisait à comprendre qu’un drame venait de se dérouler. Quelle expérience ! Gosses, nous avions tous expédié un ballon dans une vitre. De notre faute, durant trois semaines, nous ne pouvions plus jouer avec un vrai ballon de football, mais avec une espèce de pelote en mousse, comme expurgée d’un vieux coussin du divan de grand-mère et qui, après quelques averses, en arrivait à peser 2 kg. Le talent consistait alors à envoyer cette éponge improvisée en l’air ou carrément à la tête d’un camarade. C’était l’époque où chaque cartable comportait un essuie permettant de sécher ces attentats humides. Nous n’avions pas de talent. Non pas que la volonté n’y fût pas, mais nous savions que, jamais, nous n’aurions la possibilité de nous pavaner sur l’écran de télé dans une magnifique tenue d’un rouge vif, même si la culotte se trouvait un peu trop haut à notre goût, au-dessus des genoux. Et nous savions aussi que les chaussettes remontées jusqu’au-dessous des genoux, c’était bon pour les fillettes. O.K., dans Braveheart, on assistait à la combinaison de barbes et de muscles avec des cheveux longs et des jupes. Mais cette époque était révolue. Un de mes compagnons de classe avait, un jour, dérobé des affaires dans la garde-robe de sa sœur et s’était affiché, ainsi accoutré, dans la cour de récréation. Nul doute sur l’issue de ce spectacle ! L’insolent se retrouva le soir même dans le bus scolaire avec quelques dents dans un pot de verre.
Kobe, destination inconnue. La cité portuaire japonaise serait donc le havre du duel de nos garçons face au puissant Brésil. Du Japon, nous ne savions pas beaucoup de choses, si ce n’est par l’entremise des albums de Tintin qui nous firent croire un
moment que chaque Asiatique était dopé à l’opium et que les rues pullulaient d’hommes agitant dans l’air des sabres aiguisés. Nous ne savions rien de plus si ce n’est que leur cuisine était savoureuse, qu’on pouvait « l’emporter » et la déguster à la maison. Comme si c’était la chose la plus normale du monde. D’accord, nous avions les cornets de frites à emporter, mais un vrai repas ne se mange pas avec une fourchette de plastique dans un morceau de papier sulfurisé enroulé en cornet.
À la veille du Mondial, les usines spécialisées en maquillage avaient fait des fortunes, soumettant leurs employés à un rythme de travail insoutenable. La couleur rouge était particulièrement demandée. Chez l’épicier, au supermarché, au service des pompes funèbres, le rouge était partout. La Belgique se passionnait pour les Diables Rouges. Ils avaient survécu au premier tour, chose que nous considérions déjà comme une vraie performance en soi, et avaient l’insigne honneur (et tâche périlleuse, voire impossible) de rencontrer le Brésil. La meilleure formation du monde.
Un premier sentiment négatif s’insinua lors de l’interprétation des hymnes nationaux. On connaît la musique. L’hymne brésilien est une joyeuse envolée écrite un jour par un musicien qui s’était probablement réveillé le matin même aux côtés de la plus belle femme de Rio. Il avait alors rejeté les draps, fumé un cigare sous les premiers rayons printaniers et puis, dans l’attente du réveil de son amante et d’un second tour d’ébats, il avait composé l’hymne national du Brésil, un air qui pourrait accompagner chaque achat compulsif au distributeur de préservatifs. Un air qui accompagne les jongleurs de ballon. En revanche, la Brabançonne est une marche qui évoque plutôt les jours pluvieux de novembre. Une fanfare trempée par l’averse qui retentit dans l’ambition de maintenir l’intérêt d’une braderie locale. Quatorze bonshommes dans un uniforme bigarré portant fièrement un képi trop petit et se régalant d’une saucisse grillée. Durant l’hymne brésilien, la caméra balayait les visages des stars du ballon rond : Ronaldo, Ronaldinho, Lucio, Roberto Carlos, Rivaldo, Cafu… Des visages détendus. Aucun stress. Normal, car, en face, c’est la Belgique. Pas de quoi chiffonner leurs magnifiques maillots jaunes. Ronaldo n’avait probablement pas pris la peine de se raser pour regarder Jacky Peeters dans le blanc des yeux.
Quelle différence dans les rangs opposés ! L’interminable Brabançonne s’envola et, au pays, nous nous étions tous levés de nos fauteuils, les visages maquillés de rouge et coiffés d’un superbe casque de Viking sur la tête. La main sur le cœur, nous espérions un match nul au bout du temps réglementaire car défaire le Brésil, nous n’y pensions pas et, donc, une défaite honorable après prolongations suffirait à contenter notre patriotisme. On pouvait presque lire le même espoir sur les visages de nos Diables Rouges. La caméra passait en revue Jacky Peeters, Nico Van Kerckhoven, Johan Walem, Yves Vanderhaeghe, Gert Verheyen, Mbo Mpenza, Daniel Van Buyten, Timmy Simons, Bart Goor, Geert De Vlieger et Marc Wilmots. Les Flamands de l’équipe barbouillaient l’hymne dans tous les tons et, donc, dans une belle cacophonie alors que les francophones ne chantaient pas et regardaient droit devant eux. Tous semblaient avoir la trouille. Tous sauf un : Marc Wilmots. Sûr de lui, il fixait un point indéterminé. Loin devant. Le buste altier d’un empereur romain, la détermination d’un général avant d’être coulé dans le plâtre d’une statue célébrant sa soif de victoires. Ce regard, qui portait loin, était celui d’un Alexandre le Grand. Si le Brésil souhaitait vaincre ce jour-là, il lui faudrait passer sur le corps de Wilmots, le Taureau de Dongelberg.
Marc Wilmots était l’incontestable leader des Diables Rouges. Un leader qui vit donc son but refusé par Peter Prendergast. Et alors qu’en Belgique, un jeune ado, dans une
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