Avec pas une cenne
98 pages
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Description

Sous la direction littéraire de Mélissa Verreault, avec la collaboration de Kévin Lavoie et Juliana Léveillé-Trudel
Défier la routine, confronter ses peurs, rencontrer l’âme sœur, donner un sens à sa vie, célébrer la fin d’une époque ou le début d’une autre, dépenser l’argent qu’on n’a pas, oublier ses ratages et fuir ses déceptions : voilà autant de raisons d’enfiler son sac à dos et de partir à l’autre bout de la planète pour voir si on y est.
Mais s’il y a une leçon à retirer des quatorze récits de voyage que renferme Avec pas une cenne, c’est que peu importe ce qu’on cherchait en partant à l’étranger, on risque de ne jamais le trouver, car rares sont les périples où tout se déroule comme prévu – surtout quand on est obligé de dormir dans des lieux louches, faute d’un budget adéquat pour se payer une chambre d’hôtel qui a de l’allure.
Et la deuxième leçon pourrait être celle-ci : « Tant qu’à trébucher, aussi bien le faire avec panache. »
Kadidja Haïdara
Juliana Léveillé-Trudel
Paul Kawczak
Kévin Lavoie
Jean Désy
Jean-François Provençal
Carmel-Antoine Bessard
Rodolphe Lasnes
Olivier Sylvestre
Erika Soucy
Vincent Brault
Véronique Grenier
Mélissa Verreault
Catherine Ethier
[Elle] entre dans notre zone sinistrée et en ressort presque immédiatement avec le visage le plus désemparé que j’ai jamais vu. La pauvre traîne ses petits pieds d’adolescente-qui-voulait-juste-un-job-d’été-relax jusqu’à la réception, d’où elle revient, avec le même pas lourd, un débouche-toilette à la main. Étrangement, la scène nous galvanise. C’est presque fini ; il nous suffit de patienter encore quelques minutes et notre enfant sera nourri.
Or, les minutes passent et Ado Amorphe ne donne aucun signe de vie. Quand elle émerge, c’est pour retourner à la réception et en revenir accompagnée du jardinier du motel, qui brandit un fisher de calibre industriel. Il entre alors dans la chambre numéro 3 avec l’intense détermination que les hommes affichent quand ils ont l’impression de secourir une pauvre dame en détresse. Il en ressort une demi-heure plus tard avec l’amer orgueil que les hommes affichent quand ils ont l’impression de ne pas avoir été à la hauteur.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 février 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782764437278
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0600€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Une idée originale de Kévin Lavoie
Direction littéraire : Mélissa Verreault, avec la collaboration d’Éric St-Pierre
Direction artistique : Kévin Lavoie, Juliana Léveillé-Trudel et Mélissa Verreault
Conception graphique : Claudia Mc Arthur
Mise en pages : Nathalie Caron
Révision linguistique : Sophie Sainte-Marie et Flore Boucher
En couverture : Photomontage réalisé par Claudia Mc Arthur
Conversion en ePub : Nicolas Ménard
Québec Amérique 7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010
Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L'an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l'art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d'impôt pour l'édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Avec pas une cenne / collectif sous la direction de Mélissa Verreault, Juliana Léveillé-Trudel et Kévin Lavoie.
ISBN 978-2-7644-3725-4 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-3726-1 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3727-8 (ePub)
1. Voyage - Romans, nouvelles, etc. 2. Nouvelles québécoises - 21e siècle. I. Verreault, Mélissa, éditeur intellectuel. II. Léveillé-Trudel, Juliana, éditeur intellectuel. III. Lavoie, Kévin, éditeur intellectuel.
PS8323.T7A94 2019 C843’.010832 C2018-943018-4 PS9323.T7A94 2019
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2019
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2019
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés
© Éditions Québec Amérique inc., 2019.
quebec-amerique.com



Matriarche
Kadidja Haïdara
Mononcle Jacques rentre dans le chalet avec son steak au poivre encore cru et nous annonce en grande pompe que le feu est pris dans le barbecue.
Il sait qu’il doit paraître en contrôle de la situation, parce qu’au chalet on est douze, et on est constamment à un écureuil-dans-la-maison près de l’hystérie collective. Il feint donc d’ê tre détendu et nous balance sa réplique avec le delivery d’un aîné qui joue son propre rôle dans une pub des Résidences Soleil. Tout le monde comprend immédiatement que c’est grave et se précipite vers la fenêtre pour constater que, dans le barbecue, il n’y a pas un petit feu bourgeois de gras de poulet en crapaudine, mais un vrai gros ostie de feu qui rage jusque sur la tank à propane.
Du fond de la cour, dans mon maillot encore humide d’une journée passée dans le lac, j’ai l’occasion unique d’assister à la catastrophe aux premières loges. Les pompiers, qui partent du village voisin, ont été appelés il y a une éternité. Ma mère, obsédée à l’idée qu’ils se perdent en chemin, s’est placée sur le coin de la rue pour leur faire de grands signaux quand ils vont se pointer, car, selon elle, notre brasier de quatre mètres de haut leur sera imperceptible. Mon grand cousin Mathieu distrait mon petit frère avec des jeux en attendant qu’on meure. Les adultes commencent à évoquer la possibilité que les pompiers n’arrivent pas à temps. Mononcle Jacques (pas celui qui a les sourcils brûlés, l’autre) et mononcle Dan évaluent quel sera le rayon de l’explosion, avec absolument aucune expertise en la matière. Ils sont incapables de s’entendre sur le nombre de voisins qui vont sauter avec nous, mais ils s’accordent sur le fait que M. Tessier le mérite, à cause de son maudit Winnebago qui nous a toujours caché la vue sur le lac.
Dans mon petit coin de cour, en dessous du mégasapin, je maudis le timing de mononcle Jacques qui aurait pu mettre le feu un autre jour que la veille de notre départ à Old Orchard. Mes amies vont chaque année en vacances là-bas avec leurs parents et, ce soir, j’étais si près du moment où j’allais enfin comprendre leurs références, comme ce qu’il y a de si incroyable à manger une fried dough . J’imagine que c’est ça, la fatalité : une seconde, tu chiales que t’es tannée de fouetter de la sauce au poivre, pis l’autre, t’es en stand-by pour être propulsée dans les cieux comme un missile balistique jusque dans le dép de M. Montreuil.
Le propane qui brûle crée un white noise qui est presque devenu apaisant. Sur son petit coin de rue, ma mère a arrêté de gesticuler. Mathieu porte toujours mon frère sur son dos en imitant un train, mais c’est un train qui a les idées noires, un train en fin de vie. Toute la famille attend maintenant les pompiers en silence, entrant main dans la main dans la phase « acceptation » du deuil.
Toute la famille, sauf Lise.
Lise, ma marraine, ma tante préférée, se dirige droit vers le feu. Armée du boyau d’arrosage, elle s’installe à une distance suicidaire de l’incendie. Puis, avec le swag d’une fucking Ghostbuster, elle règle le pistolet d’arrosage au maximum et asperge la bombonne de propane d’eau froide pour que son refroidissement retarde l’explosion. Pas qu’il annule l’explosion ; qu’il la retarde .
Et elle est restée là, prête à mourir pour sa famille, jusqu’à ce que les pompiers arrivent. Ils ont peut-être éteint le feu, mais c’est Lise qui nous a sauvé la vie.

— Sont où, les lingettes ?
— Tu pourrais au moins faire semblant que tu m’écoutes ! C’est comme la base, dans une vie de couple.
— Ça fait quarante-cinq fois que tu me la contes, l’histoire du feu la veille d’Old Orchard.
— C’est pas pareil, on est à Old Orchard ! C’est une plus-value de niveau « Beyoncé-chante- Freedom -dans-un-champ-de-coton » !
Guillaume m’ignore, comme c’est le cas chaque fois que je me compare à Beyoncé. Il prend des compotes de pommes dans le minifridge et les garroche dans le sac à couches. J’attrape les lingettes, qui soit dit en passant étaient drette dans sa face depuis le début, et je les ajoute dans le sac. Pendant ce temps, Idrissa, foufounes à l’air, attend qu’un de ses parents prenne ses responsabilités et lui enfile une couche.
Guillaume annonce solennellement qu’il s’en va faire son petit pipi d’avant-plage. Dès qu’il pénètre dans la salle de bains, il pousse un grognement apocalyptique.
— Câlisse, Kad ! T’as encore bouché la bol !
Depuis ma césarienne, rien ne va plus sur le plan intestinal. J’ignore ce qu’ils ont fait à mes organes internes, mais ce que je sais, c’est qu’ils ont dû tirer tellement fort pour sortir Idrissa que la table d’opération pinballait de gauche à droite et qu’à la fin ma médecin est venue me montrer sa blouse imbibée de sueur, troublée. Un an plus tard, je suis en mesure d’affirmer que, lorsque les gens te disent que « la maternité va te changer », ils veulent juste t’avertir que, dorénavant, tu vas boucher toutes les toilettes de la Terre.
J’ai à peine le temps de me rendre dans la pièce voisine pour constater l’ampleur des dégâts que j’entends la chasse d’eau retentir. La chasse d’eau de la toilette bouchée. MON CHUM 1. VIENT DE FLUSHER UNE TOILETTE BOUCHÉE.
— Oh non ! Ça coule ! Ça coule !
Guillaume reste là, affolé, à sautiller comme un farfadet dans la marde. Je me précipite vers la valve d’eau pour la fermer, mais le mal est déjà fait.
Devant nous, le carnage.
— Quessé qu’on va faire ?
— Ah-mon-Dieu-Seigneur.
— On peut pas laisser la femme de chambre ramasser ça !
— Jésus-Marie-Joseph.
— On est pas des barbares !
— Aaaaamaziiiiiing graaaaace…
Guillaume sait que, lorsque je me mets à chanter Amazing Grace , ça veut dire que j’ai perdu le contrôle de la situation. J’ai chanté Amazing Grace le lendemain de notre déménagement dans un nouvel appart, après avoir déboulé un escabeau pendant que j’avais un gallon de peinture dans les mains. J’ai déversé 3,78 litres de bleu azur sur le plancher flambant neuf de nos proprios et Guillaume a été forcé de me savonner dans la douche comme un bébé parce que j’étais incapable de le faire moi-même tellement je pleurais. Il est hors de question pour lui de revivre un évé

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