Nouveaux territoires touristiques : Invention, reconfigurations, repositionnements
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Français

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Description

Le tourisme est créateur de richesses. Cette activité, qui constitue une des voies de développement des territoires, fait face aux divers changements profonds que vit notre société : montée de l’individualisation des pratiques et sacralisation de l’expérience, effacement entre le quotidien et l’ailleurs, augmentation des préoccupations environnementales,etc. Devant ces transformations, l’offre en tourisme n’a d’autre choix que de sans cesse se renouveler. Parfois, ce sont les nouveaux acteurs qui sont à l’origine de ce renouvellement. À certains moments, ce sont plutôt de nouveaux lieux qui font l’objet d’une valorisation touristique. Si ces nouvelles valorisations touristiques sont complémentaires à d’autres activités sur le territoire, elles sont également génératrices de conflits avec ces dernières. Comment créer un équilibre entre elles ?
Selon les auteurs du présent ouvrage, il s’agit de repenser l’offre et la coordination au sein du territoire entre les différentes parties prenantes. Ce sont certaines des dimensions permettant ce processus que cet ouvrage se propose d’explorer. En faire la lecture permettra aux étudiants et aux professionnels du domaine du tourisme de s’intéresser à l’invention, aux reconfigurations et aux repositionnements des nouveaux territoires touristiques.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760546271
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0800€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

collection TOURISME
La collection Tourisme propose une lecture novatrice du tourisme travers le prisme des sciences humaines et sociales. S adressant aux chercheurs et tudiants autant qu aux gestionnaires et professionnels de l industrie, cette collection offre un large panorama de livres fondamentaux et de recherches empiriques touchant le d veloppement du tourisme au Qu bec et dans le monde.
Par la pr sentation de recherches rigoureuses, de th ories et de cas concrets, les ouvrages qui la composent souhaitent alimenter les chercheurs et les d cideurs en leur proposant une lecture scientifique des principaux enjeux du tourisme, de mani re nourrir la planification et l action des gouvernements tout comme celles des entreprises touristiques.
Bruno Sarrasin
C OMIT SCIENTIFIQUE DE LA COLLECTION
Oliver Dehoorne , Universit des Antilles et de la Guyane (Martinique)
Christiane Gagnon , Universit du Qu bec Chicoutimi
Alain A. Grenier , Universit du Qu bec Montr al
Mimoun Hillali , Institut sup rieur international du tourisme (Maroc)
Katia Iankova , Memorial University of Newfoundland
Louis Jolin , Universit du Qu bec Montr al
Marie Lequin , Universit du Qu bec Trois-Rivi res
Franck Michel , Universit de Corte
Bernard Sch ou , Universit de Perpignan
Georges Tanguay , Universit du Qu bec Montr al
Xuan Lan Vo Sang , Universit Van Lang (Vi t-Nam)
Nouveaux
territoires touristiques
Presses de l Universit du Qu bec Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2 T l phone : 418 657-4399 T l copieur : 418 657-2096 Courriel : puq@puq.ca Internet : www.puq.ca
Diffusion / Distribution:
C ANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
F RANCE
AFPU-D - Association fran aise des Presses d universit Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
B ELGIQUE
Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119, 1030 Bruxelles, Belgique - T l.: 02 7366847
S UISSE
Servidis SA, chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.32

La Loi sur le droit d auteur interdit la reproduction des uvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autoris e - le "photocopillage - s est g n ralis e, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la r daction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L objet du logo apparaissant ci-contre est d alerter le lecteur sur la menace que repr sente pour l avenir de l crit le d veloppement massif du "photocopillage .
Sous la direction de MARIE DELAPLACE et MARIA GRAVARI-BARBAS
Nouveaux
territoires touristiques
Invention, reconfigurations, repositionnements
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Nouveaux territoires touristiques: invention, reconfigurations, repositionnements
(Tourisme)
Comprend des r f rences bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-4625-7
ISBN EPUB 978-2-7605-4627-1
1. Tourisme. 2. Tourisme - Aspect conomique. 3. Tourisme et urbanisme. 4. Am nagement du territoire. I. Delaplace, Marie. II. Gravari-Barbas, Maria. III. Collection: Collection Tourisme (Presses de l Universit du Qu bec).
G155.A1N68 2016 338.4 791 C2016-941882-0

R vision Isabelle Canarelli
Correction d preuves C line Bouchard
Conception graphique Richard Hodgson et Mich le Blondeau
Mise en pages Alphatek
Images de couverture iStock
D p t l gal: 4 e trimestre 2016 Biblioth que et Archives nationales du Qu bec Biblioth que et Archives Canada
2016 - Presses de l Universit du Qu bec Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada D4625-1 [01]
Liste des figures
Introduction
Marie Delaplace et Maria Gravari-Barbas
Bibliographie
PARTIE 1 - LE TOURISME: ENTRE VALORISATION ET CONFLITS DANS LES NOUVEAUX LIEUX TOURISTIQUES
Chapitre 1 Les logiques de la construction d une destination polaire: l exemple de la ville d Ilulissat (Groenland)
Antoine Delmas
1. Le cryotropisme, l attrait principal de l le
1.1. La sacralisation de l attrait pour les glaces
1.2. L exp rience de l aventure
1.3. Le cryotropisme, un attrait charg de valeurs
2. La conversion touristique d Ilulissat
2.1. Des infrastructures qui font le choix du luxe
2.2. Un entrepreneuriat touristique structur
2.3. L accessibilit au service du succ s touristique
3. Les fronts pionniers du tourisme
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 2 Le tourisme extr me en Antarctique: un besoin de r gles pour un march d aventures
Anne Choquet
1. Un indispensable renforcement du cadre r glementaire
1.1. L Antarctique, une destination touristique tablie
1.1.1. Le tourisme d aventure, un march de niche?
1.1.2. Des risques majeurs pour l environnement et la s curit des personnes
1.2. La n cessit d une r glementation internationale
1.2.1. Une autor glementation insuffisante
1.2.2. Un risque d lection de juridiction
2. L int r t d une approche globale confort e par une approche sectorielle
2.1. Les atouts d une approche globale
2.1.1. Une d finition du tourisme d aventure qui devient secondaire
2.1.2. Un processus r glementaire d approche plus simple
2.2. Le crit re du risque, un outil propice la gestion du tourisme d aventure
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 3 La protection de la nuit d un haut lieu touristique de montagne: la R serve internationale de ciel toil du Pic du Midi comme nouvelle ressource territoriale
R mi B nos, Samuel Chall at, Dany Lapostolle, Pierre-Olivier Dupuy, Thomas Pom on, Johan Milian et Fr d rique Girard
1. La mise en tourisme du Pic et des vall es dans le temps long, ou comment la RICE s tablit dans la d pendance au sentier
1.1. La fabrique du syst me touristique territorial des Hautes-Pyr n es
1.2. L am nagement de l Observatoire du Pic du Midi comme soubassement de la RICE: entre tourisme et science
2. La RICE, produit d une controverse sociotechnique et de proximit s
2.1. Une controverse constitutive d un acteur-r seau
2.2. La RICE, le produit de proximit s organis es et institutionnelles
3. La RICE renouvelle l action publique: en dehors des sentiers battus
3.1. Une m diatisation en dehors des sentiers battus du tourisme
3.2. La constitution d un r pertoire de mobilisations
Conclusion
Bibliographie
PARTIE 2 - LES NOUVELLES VALORISATIONS TOURISTIQUES ET LE RENOUVELLEMENT DES TERRITOIRES TOURISTIQUES
Chapitre 4 Les convergences et les divergences des repr sentations touristiques: le cas des les Vertes du Bas-Saint-Laurent au Qu bec
Dominic Lapointe, Florine Gueugneaud et David Guimont
1. L attractivit , au-del de la dotation factorielle
2. Une attractivit en volution: Notre-Dame-des-Sept-Douleurs et L Isle-Verte
3. Les objectifs et les m thodes de recherche
4. Le profil des r pondants et du s jour
5. Les motivations des visiteurs et la notori t de la destination
6. La repr sentation de la destination
7. Les attraits du village de L Isle-Verte
8. Les freins per us par les acteurs
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 5 Les stations pyr n ennes: des syst mes territoriaux en transition
Vincent Vl s
1. Les effets de la "d connexion des temps et les modifications de l ancrage temporel des stations
1.1. L utilisation d un corpus photographique
1.2. Les trois images les plus repr sentatives
1.3. Les villages touristiques des Pyr n es r pondent une logique de plus en plus internationale, norm e et standardis e
1.4. Une situation de transition, de sortie des sentiers battus de l imaginaire de la montagne
1.4.1. Un r f rentiel des images d sormais bien connues
1.4.2. Des transformations de la mobilit , des pratiques, de la demande en services
2. Le "management des interd pendances et les modifications de l ancrage territorial des stations
2.1. Un territoire de gouvernance largi
2.2. La lente apparition d une diversification des activit s touristiques et de leur durabilit
3. L immobilier de loisirs: "fuite en avant ou gestion de l obsolescence?
3.1. L ext nuation de l offre en h bergements marchands
3.2. Des tentatives d interventions publiques en chec
3.2.1. L chec des op rations de r habilitation de l immobilier de loisirs dans les Pyr n es
3.2.2. La r sidence de tourisme par d fiscalisation a aussi produit des surcapacit s et des friches neuves
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 6 Le tourisme, voie originale de red ploiement strat gique des acteurs de l offre agroalimentaire locale - Le cas de Midi-Pyr n es
Jacinthe Bessi re
1. La multiplicit des formes agroalimentaires locales destination des touristes: diversit des acteurs et pluralit d interactions entre touristes et socioprofessionnels
1.1. La profusion, l miettement et la dispersion des offres agroalimentaires propos es aux touristes
1.2. Les parcours et les trajectoires des acteurs engag s dans des strat gies touristiques de patrimonialisation alimentaire
1.3. Les raisons de l ouverture au tourisme et les logiques d interactions entre acteurs de l offre agroalimentaire et touristes-mangeurs
2. Les strat gies d adaptation des socioprofessionnels engag s dans le champ des patrimoines alimentaires devant l augmentation du tourisme
2.1. La variabilit des strat gies d adaptation des socioprofessionnels face des comportements touristiques encore m connus: un besoin d accompagnement
2.2. Le refus des mutations ou le d sir de rester ce que l on est
2.3. La cr ation et l innovation: s loigner de l h ritage
2.4. L adaptation: composer et conjuguer le pass au pr sent
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 7 La red finition des "identit s amazighes en dehors des sentiers battus: perspective critique postcoloniale sur des projets touristiques "alternatifs men s dans l Atlas marocain
Mari Oiry-Varacca
1. Le tourisme hors des sentiers battus dans l Atlas: d crypter la rh torique de l "alternative
2. La marginalisation, les dynamiques identitaires et le tourisme patrimonial
3. Le couple tourisme-identit s au prisme des tudes postcoloniales et subalternes
4. La territorialisation des identit s collectives et le remaniement des imaginaires touristiques
4.1. Des imaginaires refl tant l id ologie coloniale
4.2. Des projets d ancrage des territoires
4.3. Des projets modifiant les imaginaires touristiques h rit s de la p riode coloniale
5. La n gociation des identit s mises en avant par le tourisme et la reconfiguration des groupes sociaux
5.1. La n gociation avec les autres acteurs touristiques et la naissance timide d un groupe professionnel
5.2. La difficile n gociation avec des autorit s qui contr lent l expression des identit s infranationales
5.3. La n gociation avec des acteurs locaux peu concern s et l mergence d identit s de groupe
Conclusion
Bibliographie
PARTIE 3 - LES HABITANTS ET LES TOURISTES AU C UR DU RENOUVEAU DU TOURISME EN VILLE
Chapitre 8 Le tourisme et les randonn es urbaines dans la ville rose: Toulouse, loin d tre monochrome
Sylvie Christofle et Driss Boumeggouti
1. La randonn e dans les grandes villes fran aises
1.1. La mobilit et le tourisme travers le quotidien et le non-quotidien
1.2. La randonn e urbaine: un autre regard sur la ville
2. Des randonn es urbaines Toulouse: projet La Gargouille et mode d action
2.1. Les l ments contextuels: de l importance du quartier Le Mirail
2.2. La d marche scientifique, le mode op ratoire et les principaux r sultats
2.2.1. La m thodologie
2.2.2. Les randonn es urbaines tudi es
2.2.3. La structuration de l offre
2.2.4. La discussion
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 9 La ligne esth tique du tramway: une approche touristique de l urbain
Belinda Redondo
1. Le parcours du tram: nouvel outil touristique?
1.1. La promotion du parcours et les outils communicationnels
1.2. Le tramway, une entit culturelle
2. La ligne artistique du tramway: pour une ville-mus e?
2.1. Une ville-mus e, une ville ludique, une ville festive
2.2. Des regards politiques
3. La mise en sc ne des villes pour une attractivit des territoires
3.1. Le r cit urbain et la narration po tique
3.2. Des regards crois s
Conclusion
Bibliographie
Notices biographiques
Figure 1.1 - Ilulissat: une destination au nord du cercle polaire arctique
Figure 1.2 - Ann es 1990: les routards, initiateurs de la mise en tourisme
Figure 1.3 - Ann es 2000: les routards, ces touristes prescripteurs
Figure 1.4 - Ann es 2010: entre processus d imitation touristique et d sir de distinction
Figure 3.1 - Cartographie des diff rentes zones de la R serve internationale de ciel toil du Pic du Midi
Figure 3.2 - Cartographie de la zone d tude, mettant en vidence les diff rentes zones de protection, les stations de ski et les stations thermales
Figure 3.3 - Fr quentation mondaine sur le sentier du Pic du Midi
Figure 3.4 - Guide pratique de l clairage - Ciel toil
Figure 4.1 - Territoire des collectivit s de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs et de L Isle-Verte par rapport l ensemble du Qu bec: carte de l est de la MRC de Rivi re-du-Loup
Figure 4.2 - Principaux attraits de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs selon les r pondants
Figure 4.3 - Principaux attraits de L Isle-Verte selon les r pondants
Figure 4.4 - Principaux attraits de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs selon les acteurs de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
Figure 4.5 - Principaux attraits de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs selon les acteurs de L Isle-Verte
Figure 4.6 - Attraits du village de L Isle-Verte selon les acteurs de L Isle-Verte
Figure 4.7 - Attraits du village de L Isle-Verte selon les acteurs de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
Figure 6.1 - Offres agroalimentaires destination des touristes
Figure 7.1 - Situation des terrains de recherche
Figure 7.2 - Affiche des Lignes a riennes Lat co re desservant la France, l Espagne et le Maroc
Figure 7.3 - Affiche intitul e Le Maroc. Le Grand Atlas. Vall e d Ounila
Figure 7.4 - Panneau indicateur dans le village de Tafza
Figure 7.5 - Visite de la salle des tapis de l comus e berb re de l Ourika par Khalid ben Youssef, responsable de l comus e
Figure 7.6 - Mjid Mourad, le guide de l Association des Amis du Zat, dans la descente du plateau du Yagour vers le village d A t Ali
Figure 7.7 - Grenier d Ifri
Figure 7.8 - Affiche de la campagne "Il y a des pays qui font grandir l me
Figure 7.9 - Remont es m caniques permettant aux skieurs et aux touristes qui ne skient pas de profiter de la station de l Ouka meden
Figure 7.10 - Agdal de l Ouka meden
Figure 7.11 - Grenier de Sidi Moussa
Figure 8.1 - P rim tre du Grand Projet de Ville de Toulouse
Figure 8.2 - Itin raire de la visite du site Mirail Universit
Figure 8.3 - Itin raire de la randonn e historique et artistique dans le quartier de la Reynerie
Figure 9.1 - Extrait du d pliant "Archi-Tram
Figure 9.2 - Extrait du d pliant "Les id es malignes du T7
Figure 9.3 - Affichage th matique: les uvres d art du tramway (Paris, station de m tro H tel de Ville)
Figure 9.4 - (De haut en bas) Parc de la Butte du Chapeau-Rouge: l uvre 2551913 de l artiste Bert Theis (au premier plan). Porte d Aubervilliers: l uvre Tu me fais tourner la t te de l artiste Pierre Ardouvin
Figure 9.5 - Extrait de l uvre Je vis de l eau, elle s coule de l artiste Emmanuel Saulnier au Centre op rationnel du tramway (Nice, station Las Planas)
Figure 9.6 - bord du tramway de Nice
Marie Delaplace et Maria Gravari-Barbas
En tant qu activit attirant des flux de revenus et susceptible ce faisant de produire des richesses, le tourisme est un levier de d veloppement des territoires. l chelle internationale, le tourisme mondial repr senterait 1 9% du PIB mondial, 1 emploi sur 11 et 1500 milliards de dollars d exportation en 2014, soit 6% des exportations et 30% pour celles relatives aux services (United Nations World Tourism Organization - UNTWO, 2015). La France figure la premi re place mondiale en termes de visiteurs 2 (84,7 millions d arriv es internationales en 2014) et elle est en troisi me position en termes de recettes touristiques internationales (42 milliards de dollars) derri re les tats-Unis (130,4 milliards de dollars) et l Espagne (47,2 milliards de dollars). En outre, ces recettes doivent tre ajout es les recettes du tourisme interne qui est, dans certains pays, extr mement important.
En France, la consommation touristique int rieure (consommation des r sidents et des visiteurs internationaux) repr sente pr s de 7,5% du PIB en 2013, en hausse de 1,4% par rapport 2012, dont plus de 5% par les visiteurs r sidents. Cela repr sente un montant plus important que la totalit des d penses alimentaires hors boissons alcoolis es sur cette m me ann e (152,7 milliards). En 2013, l exc dent procur par le tourisme est d environ 12 milliards d euros, soit plus que l ensemble des industries agroalimentaires (11,5 milliards), qui est pourtant l un des fleurons de l industrie fran aise. En outre, on compterait en France plus de 1,2 million d emplois directs dans le secteur du tourisme (dont au moins les deux tiers dans l h bergement et la restauration). C est deux fois et demie l emploi salari dans l industrie agroalimentaire ou IAA (hors artisanat). ce million vient s ajouter un million d emplois indirects (les emplois dans les activit s fournissant des produits aux activit s du tourisme). Enfin, le tourisme regrouperait plus de 285 000 entreprises (pour l essentiel des PME ou des TPE).
Le nombre de touristes devrait continuer de cro tre. Ainsi, la fin des ann es 2000, on estimait qu l chelle mondiale, le nombre de touristes devait atteindre 1,5 milliard en 2020, soit un taux de croissance annuel moyen de plus de 4%. Pr s de 106 millions de touristes internationaux seraient attendus en France d ici 2020.
une chelle infranationale, par exemple dans certains territoires (ruraux, de montagne, etc.), le tourisme est une activit permettant de compl ter les revenus tir s de l activit agricole ou d levage. Par exemple, l notourisme est un moyen d largir son aire de march et de d velopper ses ventes en faisant venir chez soi les clients (Dubrule et al ., 2007; Lignon-Darmaillac, 2009). Ainsi, en Alsace, la vente de vins la propri t repr sente plus de 20% du total des ventes pour 8% en moyenne dans les autres vignobles (Dubrule et al ., 2007). Chez certains viticulteurs, notamment en Gironde, l notourisme peut repr senter jusqu 50% des ventes d une exploitation viticole (Dubrule et al ., 2007). Le tourisme peut ainsi conforter un processus de patrimonialisation des ressources existant sur les territoires. Si c est le cas depuis longtemps des ressources de certains terroirs vinicoles (Gatelier, Delaplace et Barr re, 2014), ce processus de patrimonialisation s tend aujourd hui d autres ressources telles que le patrimoine industriel. Nous sommes ainsi entr s dans une poque du "tout patrimoine . Tout est patrimoine ou peut le devenir (Hartog, 1998): biens mat riels, mais aussi paysages, culture et savoir-faire. Au-del des formes traditionnelles, tout ou presque peut faire l objet d une patrimonialisation des fins de mise en tourisme: de la centrale nucl aire aux territoires de m moire les plus sombres, en passant par les franges p riurbaines et les quartiers populaires que l on cherchait autrefois cacher.
En outre, au-del de la sph re du tourisme elle-m me, le tourisme peut devenir une activit susceptible d entra ner l implantation d autres activit s et de participer des dynamiques productives. Ainsi, le plaisancier qui amarre son bateau dans un port charentais est-il l origine d une demande de bateaux, de r parations et contribue la sant de la fili re "nautisme (Bouba-Olga et al ., 2008). Le tourisme peut alors participer de la construction de clusters au-del des clusters touristiques 3 . Nouvel eldorado en ces temps de d sindustrialisation et de remise en cause des services publics, comme c est le cas en France, le tourisme donne alors lieu des strat gies de d veloppement dans les territoires. Ainsi, l chelle urbaine, des politiques de d veloppement des activit s li es au tourisme, initialement conduites dans les plus grandes villes, se d veloppent galement dans d autres types de villes (Cazes et Potier, 1996). Le tourisme est ainsi pr sent comme "une opportunit pour dynamiser les villes moyennes (F d ration des maires des villes moyennes - FMVM, 2010).
C est donc un secteur conomique porteur (Le Garrec, 2008; Ferrand et B cot, 2011) et l importance des enjeux qui lui sont associ s est aujourd hui reconnue. Mais le tourisme est confront de nouveaux d fis r sultant des changements profonds qui affectent nos soci t s.
La mont e des pr occupations environnementales et l l vation du co t des carburants (Ringbeck, Gautam et Pietsch, 2009) remettent en question le tourisme, sa consommation nerg tique et les d gradations environnementales auxquelles il peut conduire. On voit ainsi appara tre de nouvelles formes de tourisme: slow tourism , "tourisme de proximit ou encore "tourisme chez soi ( staycation , selon Germann Molz, 2009).
L effacement progressif des fronti res entre tourisme et activit s sportives, et plus largement entre tourisme et activit s quotidiennes, qui caract rise ce que Philippe Bourdeau appelle le post-tourisme (Bourdeau, 2009), conduit d passer l conomie touristique et raisonner en termes d conomie pr sentielle (Davezies, 2008; Terrier, 2009).
Le d veloppement de l conomie collaborative ou conomie du partage conduit promouvoir de nouvelles formes d habitat temporaire, dont l essor du site Airbnb est embl matique, de nouvelles fa ons de voyager, qui viennent concurrencer l offre touristique marchande.
L usage croissant des TIC modifie les pratiques touristiques, en termes de r servation, et ensuite au sein m me de la destination. De surcro t, en facilitant la recherche d informations, ces TIC contribuent renforcer la concurrence entre destinations.
L entr e dans le tourisme de masse de populations (des pays mergents) qui taient jusque-l exclues de la consommation touristique, mais aussi le vieillissement de la population 4 , conduisent galement revisiter l offre touristique.
Enfin, dans une conomie toujours plus individualis e, l acte de consommation est de fa on croissante li des composantes h donistes et immat rielles, notamment s miotiques, qui passent par la recherche d exp riences (Hirschman et Holbrook, 1982; Holbrook et Hirschman, 1982; Pine et Gilmore, 1998). Le touriste recherche des sensations, des motions, des pratiques qui s inscrivent dans son v cu personnel, mais galement dans un cadre spatialis . C est en effet dans l interaction entre le client et le prestataire localis que va tre produite l exp rience de consommation (service d h bergement, de restauration, de transport, etc.). L utilit devient idiosyncrasique, parce que produite dans un contexte relationnel, social et spatialis qui est propre au touriste, rendant les demandes des touristes de plus en plus h t rog nes (Gatelier, Delaplace et Barr re, 2014).
Ces changements soci taux sont autant d injonctions - parfois contradictoires - qui viennent interroger l offre touristique que proposent les territoires dans un contexte extr mement concurrentiel. D s lors, les territoires touristiques doivent se diff rencier, se renouveler et sortir de la trajectoire dans laquelle ils s inscrivaient, et ceux qui ne l taient pas ou peu, trouver la voie de valorisation des attraits touristiques dont ils disposent. L offre touristique se diversifie, se diff rencie, se fragmente et se sp cialise pour r pondre ces demandes h t rog nes et toujours plus individualis es. En effet, si dans le cadre du tourisme de masse, le prix reste un d terminant essentiel du choix de la destination de la part des touristes, dans le cadre d un tourisme individualis , c est la capacit se diff rencier, innover, proposer des potentialit s d exp rience touristique qui est d terminante. Suivant la distinction maintenant traditionnelle de Schumpeter, l innovation peut ainsi porter sur les produits, mais aujourd hui plus fondamentalement sur les services, les processus, les mati res premi res, l organisation ou la qu te de nouveaux march s.
Mais cette volont de d velopper le tourisme se heurte parfois aussi des conflits entre diff rentes valorisations possibles du territoire ou entre touristes et habitants. Toute activit conomique qui se d ploie mobilise en effet des ressources diverses (foncier, immobilier, ressources naturelles, paysages, etc.) qui, pour certaines, peuvent tre affect es d autres usages (biens non exclusifs), mais qui pour d autres ne peuvent l tre, ou de fa on limit e. Ainsi les activit s touristiques peuvent-elles entrer en concurrence avec d autres activit s conomiques sur le plan de l espace et des ressources disponibles 5 .
Le d veloppement d activit s agricoles et d activit s industrielles peut nuire l activit touristique par le biais d externalit s n gatives. Ainsi, la pollution g n r e par les activit s agricoles et d levage intensives (p. ex. les algues vertes en Bretagne), les difficult s associ es l industrie dans la ville argentine de Mar del Plata (Duhamel et Violier, 2009) ou encore la pollution a rienne et aquatique g n r e par le complexe industrialo-portuaire de Dunkerque (Dewailly, 1974) mettent en p ril l activit touristique. Et la diff rence d autres activit s, le touriste est par d finition, un pr sent temporaire qui risque de ne pas revenir si le site ne lui convient pas Le touriste est en effet en situation de proximit choisie et non subie (Caron et Torre, 2002), ce qui n est pas le cas des activit s pr sentes demeure sur le territoire.
Inversement l activit touristique peut mettre en p ril d autres activit s (agricole, piscicole, etc.) qui ne sont pas mobiles:
Le tourisme est toujours l activit dynamique, celle qui polarise capitaux, initiatives et nergies et qui est en position dominante. Le vocabulaire employ par les chercheurs est r v lateur, on parle d agression touristique, de ru e, d invasion, de fascination du littoral, de prolif ration, voire de colonisation (Renard, 1984, p. 46).
Le d veloppement du tourisme dans les zones littorales met ainsi en danger la r alisation d autres activit s. Le rapport r alis par Bouba-Olga et al . (2008) sur les conflits d usage sur le littoral picto-charentais est riche d enseignements. Ainsi, le tourisme, qui est un consommateur important d eau, entre en conflit la fois avec les agriculteurs qui ont recours l utilisation d engrais dont les nitrates, et avec les conchyliculteurs, dont l activit d pend galement de la disponibilit et de la qualit de l eau. Par ailleurs, le tourisme peut emp cher les entreprises d autres secteurs de recruter parce qu il est impossible de loger des travailleurs, d tendre son activit en raison de la chert du foncier. De m me, le d veloppement de la flotte de plaisance peut tre l origine de conflits importants avec l activit piscicole. En effet, ce d veloppement de la navigation de plaisance depuis le d but des ann es 1960 g n re non seulement une saturation des capacit s d accueil, mais galement une contamination des eaux li e au nettoyage et l entretien des bateaux et une d gradation des fonds marins (Bouba-Olga, Chauchefoin et Math , 2006) pr judiciable d autres activit s, dont la p che. De la m me fa on, la navigation de plaisance sur des canaux est difficilement compatible avec le transport fluvial de marchandises (p. ex. les conflits sur le canal du Midi 6 ). Les promenades en 4 4 propos es dans le cadre d une exploitation d veloppant l notourisme peuvent g ner le vigneron de la parcelle contigu .
Par ailleurs, le tourisme, d s lors qu il est d velopp par des capitaux ext rieurs, peut conduire remettre en question le fonctionnement politique du territoire et les compromis institutionnalis s sur lesquels il se fonde. Ainsi le cas de la Corse est-il embl matique. Selon Dressler (1985, cit dans Martinetti, 2007), "la brutale irruption d une logique conomique bas e sur la modernisation capitaliste de l agriculture et du tourisme d stabilise les pyramides client laires et repose le probl me de la reproduction du pouvoir et du mode d articulation l tat 7 .
Enfin, les conflits peuvent exister lorsque la collectivit d cide d investir ou de privil gier des infrastructures touristiques au d triment d autres activit s, ou des lieux touristiques au d triment d autres lieux. la r novation des centres historiques s oppose parfois la d gradation des banlieues. Mais dans certains cas, ce sont des investissements multifonctionnels, susceptibles de b n ficier la fois aux touristes et la population locale qui sont privil gi s. Les investissements dans des projets la fronti re entre loisirs et tourisme, voire entre tourisme et activit professionnelle tels que les festivals ou d autres formes d v nementiel, peuvent ainsi tre au c ur de politiques b n ficiant la fois aux r sidents et aux touristes.
Il s agit alors de repenser l offre et la coordination au sein du territoire entre les diff rentes parties prenantes. En effet, le tourisme pr sente la caract ristique d impliquer des acteurs publics (office du tourisme, comit d partemental du tourisme, etc.) et priv s ou associatifs (associations de sauvegarde de site, associations sportives, prestataires, etc.). Le caract re fragment de l industrie du tourisme n cessite une coordination et une collaboration importante entre les acteurs pour assurer le succ s de la destination (Wang et Fesenmaier, 2007; Jones, Singh et Hsiung, 2013), collaboration dans laquelle le r le des pouvoirs publics est primordial (Vernon et al ., 2005). Cette coop ration entre acteurs priv s et publics l int rieur d un m me secteur (par exemple, la culture) ou entre secteurs diff rents (par exemple, la culture et la restauration) est ainsi une des conditions qui permettent une r gion touristique de d gager un avantage comp titif (Czernek, 2013).
Ce sont certaines de ces dimensions que le pr sent ouvrage, divis en trois parties, se propose d explorer.
Dans la premi re partie, un ensemble de textes montre combien le tourisme a contribu et contribue "d fricher certains territoires. Il montre galement qu en cela, il est un vecteur de d naturation, voire de possible destruction des territoires qu il investit, et contient ainsi en son germe la disparition de ce qui fait leur essence touristique. Les auteurs rappellent que des r gles sont n cessaires pour encadrer des pratiques dont les cons quences peuvent tre n fastes pour les territoires concern s et leurs habitants.
Ce sont ainsi "Les logiques de la construction d une destination polaire , travers l exemple de la ville d Ilulissat (Groenland), que nous pr sente Antoine Delmas. Le cas pr sent est embl matique de cette qu te du tourisme en dehors des sentiers battus li e la recherche d une exp rience limite. Longtemps r serv une minorit de routards la recherche d aventures, le cryotropisme s tend socialement et spatialement. Si cette mise en tourisme est productrice de richesses pour les habitants, elle soul ve n anmoins des questions, dans la mesure o ce sur quoi elle se fonde risque de dispara tre.
De m me, c est dans une destination polaire que nous conduit Anne Choquet dans son texte "Le tourisme extr me en Antarctique: un besoin de r gles pour un march d aventures . La qu te de l exp rience limite est l aussi ce qui fonde le renouveau du tourisme en Antarctique. Mais ces activit s entrent tr s clairement en conflit avec d autres activit s, notamment scientifiques, et sont susceptibles de nuire la fois l environnement et la s curit . C est alors une r glementation internationale, fruit d une coop ration entre les tats concern s, qui doit tre mise en uvre pour encadrer ces nouvelles offres actuelles mais aussi futures.
Enfin, dans leur texte intitul "La protection de la nuit d un haut lieu touristique de montagne: la R serve internationale de ciel toil du Pic du Midi comme nouvelle ressource territoriale , R mi B nos et ses coauteurs nous montrent combien la protection d un "commun (Hardin, 1968; Ostrom, 1990) doit tre encadr e institutionnellement, mais aussi comment le processus de pr servation de cette ressource peut conduire cr er de l organisation parmi les acteurs locaux. Ils soulignent enfin comment cette pr servation mise en uvre par des acteurs ext rieurs au champ du tourisme conduit renouveler l action publique en mati re de tourisme, la R serve internationale de ciel toil du Pic du Midi sortant de la trajectoire touristique des territoires dans lesquels elle s inscrit.
La deuxi me partie de cet ouvrage d cline les changements affectant les valorisations touristiques des territoires ruraux, littoraux ou de montagne et la fa on dont des acteurs publics, priv s mais aussi des r sidents renouvellent ces valorisations et parfois m me les territoires.
Dominic Lapointe et ses coauteurs nous emm nent tout d abord au Qu bec dans la r gion du Bas-Saint-Laurent. Les auteurs montrent que face la diminution de la fr quentation touristique, deux municipalit s, le village c tier de L Isle-Verte et Notre-Dame-des-Sept-Douleurs sur l le Verte, doivent s associer pour repenser leur offre touristique de fa on partenariale. Mais pour ce faire, il est n cessaire de tenir compte des repr sentations diff renci es qu ont les touristes mais aussi les acteurs m mes de ces destinations.
Vincent Vl s nous pr sente ensuite les tensions auxquelles font face ces syst mes territoriaux en transition que sont les stations pyr n ennes. Si celles-ci ont particip la dynamique ayant conduit au renouveau conomique de la montagne, cette dynamique est aujourd hui questionn e dans le contexte actuel marqu par de profonds changements soci taux (effacement des fronti res entre tourisme et vie quotidienne, recherche d exp riences, notamment). Face ceux-ci, c est une r organisation profonde de l action en mati re de tourisme tant publique - et ce, diff rentes chelles - que priv e qui est demand e, de fa on que la p rennit de ces stations soit assur e en ces temps d apr s-ski (Bourdeau, 2009).
Puis c est la d couverte du tourisme comme voie originale de red ploiement strat gique des acteurs de l offre agroalimentaire locale que Jacinthe Bessi re nous convie. partir de l analyse de quatre territoires ruraux en r gion Midi-Pyr n es, elle montre comment les acteurs socioprofessionnels, institutionnels ou associatifs de l offre agroalimentaire locale font de l alimentation et de la gastronomie destination des touristes une nouvelle strat gie de valorisation patrimoniale. Vente la ferme, boutiques de vente de produits du terroir, fermes-auberges, tables d h te, go ters la ferme, march nocturne ou festival consacr un produit du terroir sont autant de formes de valorisation, pour les unes anciennes, pour les autres renouvel es, des patrimoines alimentaires locaux. L auteure met en vidence la diversit des strat gies conduites par ces acteurs de l offre alimentaire, l origine de ces strat gies et la fa on dont, en ce qu elles loignent ces acteurs de leur c ur de m tier, elles sont v cues par ceux-ci comme des pratiques innovantes.
Enfin, Mari Oiry-Varacca nous invite d couvrir comment les projets touristiques "alternatifs men s dans l Atlas marocain conduisent r inventer les "identit s amazighes en dehors des sentiers battus. Ce sont en effet les soci t s locales qui vont revisiter l offre touristique afin de pouvoir tirer davantage parti des retomb es conomiques du tourisme en vitant leur d naturation. Elle montre qu en investissant le champ du tourisme, ces soci t s se red finissent, voire r inventent leur identit .
Dans la troisi me et derni re partie, c est un renouveau du tourisme en ville que nous convient les deux derniers chapitres.
C est tout d abord la d couverte d une nouvelle offre urbaine Toulouse que Sylvie Christofle et Driss Boumeggouti nous emm nent dans leur texte intitul "Le tourisme et les randonn es urbaines dans la ville rose: Toulouse, loin d tre monochrome . partir d une analyse des randonn es urbaines propos es par l association La Gargouille dans le quartier du Mirail - quartier parfois qualifi de sensible - Toulouse, ils montrent comment les habitants participent de ce renouvellement de l offre touristique en proposant des exp riences qui sortent des sentiers battus. Ce renouvellement traduit l aussi l effacement des fronti res entre tourisme et quotidiennet et le d veloppement d un tourisme non marchand, dans lequel l change est plus important que l objet ou le service chang .
Pour conclure, Belinda Redondo montre comment un mode de transport comme le tramway peut en lui-m me tre utilis pour proposer aux touristes qui l empruntent une image touristique singuli re de la ville qu il traverse. Au-del de "l espace du quotidien qu il invite d couvrir, son parcours et les travaux li s la construction de ses lignes sont un moyen de valoriser des patrimoines existants. De fa on encore plus significative, dans le cadre de commandes publiques adress es au monde de l art, il est parfois appropri par celui-ci, le trac devenant "sc naris . C est alors le parcours lui-m me qui devient un produit touristique, faisant ce titre l objet d une communication promotionnelle au service d une image renouvel e de la ville et de ses quartiers - m me p riph riques - et plus g n ralement, de son attractivit .
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1 . L valuation de l activit touristique est cependant sujette caution, d une part, en raison de la d finition m me de ses fronti res et, d autre part, en raison du poids de l activit informelle dans de nombreux pays en d veloppement, mais aussi de son poids croissant dans les conomies industrialis es.
2 . Place qui lui est disput e par l Espagne. Cela tant, les modes de calcul induisent un biais important. En effet, un touriste venant des Pays-Bas et passant une nuit en France pour se rendre en Espagne est comptabilis comme un touriste en France
3 . Pour une pr sentation de la sp cificit des clusters de tourisme, voir Fabry et Zeghni (2012).
4 . Les projections r alis es par l INSEE pour la France montrent un vieillissement de la population en 2030 avec une part des plus de 60 ans de 29,3% et de 7,2% pour les plus de 80 ans.
5 . Nous nous focalisons ici sur l aspect conomique des conflits qui reposent dans un certain nombre de cas sur des d gradations environnementales.
6 . Voir https://www.canal-u.tv/video/canal_geo_universite_toulouse_ii_le_mirail/le_canal_du_midi_un_avenir_incertain_pour_un_canal_historique.840 .
7 . Voir http://www.herodote.org/spip.php?article308 .
LE TOURISME: ENTRE VALORISATION ET CONFLITS DANS LES NOUVEAUX LIEUX TOURISTIQUES
Antoine Delmas
R SUM
Aux limites de l coum ne terrestre, 10 millions de visiteurs d couvrent annuellement les espaces polaires, soit moins de 1% des touristes internationaux (Delmas, 2014, p. 70). En p riph rie de ces marges, le Groenland accueille 100 000 touristes principalement au cours de la saison estivale, qui s tend de la mi-juin la mi-ao t (Statistics Greenland, 2015a, 2015b). Cette faible fr quentation l chelle mondiale repr sente toutefois pr s du double du nombre d habitants, qui s levait 56 000 en 2015 (Statistics Greenland, 2015c). Dans cette le, les visiteurs satisfont leur cryotropisme, ce d sir de d couvrir les paysages de glace. La ville d Ilulissat, symbole de cet attrait, est devenue la principale destination de l le. Depuis les ann es 1970, la conversion touristique est en marche, la fili re se structure. Une transformation que confirme la diffusion du tourisme par l tablissement de fronts pionniers perp tuellement repouss s.

Les icebergs, la figure de l explorateur dano-groenlandais Knud Rasmussen ou les crits de Paul- mile Victor fascinent les touristes polaires. Tout en construisant une repr sentation de ces espaces, ces r alit s fa onnent leur voyage. la poursuite de ces images, ce sont quelque 100 000 touristes int rieurs et trangers (Statistics Greenland, 2015a, 2015b) qui d couvrent annuellement le Groenland. Une faible fr quentation qui en fait une destination l cart des flux de visiteurs internationaux estim s plus de un milliard en 2014 (United Nations World Tourism Organization - UNTWO, 2015, p. 4). Marginalis l chelle mondiale, le Groenland l est tout autant l chelle des mondes polaires qui accueillent annuellement un peu plus de 10 millions de visiteurs (Delmas, 2014, p. 70). Toutefois, ce statut de destination en dehors des sentiers battus ne doit pas occulter la croissance du tourisme au Groenland. Entre 2004 et 2014, le nombre de visiteurs a augment de pr s de 20% (Statistics Greenland, 2015a, 2015b). Cette hausse conf re au tourisme une importance conomique et politique grandissante et induit des transformations g ographiques majeures dans les hauts-lieux du tourisme comme Ilulissat ( figure 1.1 ). Situ e sur la c te ouest du Groenland, cette ville accueille annuellement 25 000 visiteurs, soit cinq fois plus que ses 4500 habitants, selon les donn es de 2015 (Statistics Greenland, 2015c). Ce succ s touristique repose sur l esth tisme des paysages offerts par le fjord glac d Ilulissat, class au patrimoine mondial de l UNESCO depuis 2004.
Immersion au pays des glaces, ce chapitre dessine les contours de l exp rience touristique au Groenland et les processus d mergence d une nouvelle destination. Quels sont les principaux attraits de l le? Quels sont les m canismes structurels induits par l arriv e de visiteurs en si grand nombre? Quelles logiques g ographiques contribuent la mise en tourisme d une destination sortant des sentiers battus comme le Groenland?
Pour r pondre ces questions, l auteur s appuie sur un travail de terrain r alis dans le cadre d une recherche doctorale lors des t s 2011 et 2012. Sur place, trois m thodes d investigation diff rentes ont t men es conjointement. La premi re s appuie sur 36 entretiens r alis s aupr s de professionnels du tourisme afin de recueillir leur regard sur leur secteur d activit . La deuxi me d signe la compr hension des formes de l exp rience touristique acquise par la passation de 84 questionnaires aupr s des visiteurs et une s rie de quelques entretiens d approfondissement. La troisi me englobe les temps d observation n cessaires pour comprendre le tourisme de l int rieur, que ce soit par la participation des activit s collectives ou la pr sence bord de navires de croisi re.

Figure 1.1 - ILULISSAT: UNE DESTINATION AU NORD DU CERCLE POLAIRE ARCTIQUE

Source: Delmas, 2014.
En utilisant cette exp rience de terrain, ce chapitre voque en premier les contours du cryotropisme: cet attrait pour les paysages de glace constituant le principal motif de la venue des visiteurs. Il d taille ensuite les signes de conversion touristique qui ont fait d Ilulissat la principale destination de l le. Il observe pour finir les m canismes de diffusion du tourisme qui ont positionn la ville la t te d un r seau touristique r parti dans un territoire plus vaste, celui de la baie de Disko.
1. LE CRYOTROPISME, L ATTRAIT PRINCIPAL DE L LE
Le cryotropisme est de loin l attrait num ro un du Groenland. Ce n ologisme fond sur le m me principe que l h liotropisme, l attrait pour le soleil et la chaleur, d signe son pendant polaire.
1.1. La sacralisation de l attrait pour les glaces
Au c ur de la notion de cryotropisme se situe le d sir de d couvrir les paysages de glace. L Office touristique national groenlandais, Visit Greenland, a d ailleurs fait des paysages de glace l un des l ments constitutifs du Big Arctic Five aux c t s des aurores bor ales, des baleines, du tra neau chiens et de la population. Calqu sur le Big Five africain - ces cinq grands mammif res chasser ou observer: le lion, l l phant d Afrique, le buffle d Afrique, le l opard et le rhinoc ros noir -, le Big Artic Five dessine l identit touristique du Groenland. Dans cette strat gie de marketing territorial, les paysages de glace sont ce que le lion est au Big Five africain, un embl me. Les professionnels du tourisme les rigent ainsi comme un symbole de l exotisme polaire. Cette valorisation rappelle la th orie de sacralisation des attraits touristiques d crite par Dean MacCannell (1999, p. 43-45). Par cette expression liturgique, ce g ographe am ricain d signe les diff rentes tapes selon lesquelles un lieu ou un objet devient touristique. Apr s une phase de reconnaissance, les attraits sont lev s un statut d ic ne pour tre ensuite consacr s dans les guides de voyage ou comme objets souvenirs. Le fjord glac d Ilulissat a suivi cette trajectoire: d j consid r comme l embl me de la ville, son inscription au patrimoine mondial de l UNESCO a renforc ses singularit s et son caract re unique l chelle du monde. Identifi par les guides, d voil lors des excursions propos es aux touristes et griff sur la plupart des objets souvenirs, le fjord incarne aujourd hui un site immanquable de l le.
Comme une confirmation de cette importance, les brochures des agences de voyage sur le Groenland esth tisent les paysages de glace 1 . Dans les pages consacr es l le, ils sont lev s au rang d ic nes. Les photographies ouvrent sur de grands espaces. La nature y est sauvage, immacul e, vierge de toute empreinte humaine. Que ce soit un randonneur, un kayakiste ou un navire de croisi re de plus d une centaine de m tres de long, l angle de vue submerge l humain dans la nature sauvage. Les paysages de glace engloutissent les tres humains et leurs artefacts.
1.2. L exp rience de l aventure
Plus que le seul attrait pour les paysages de glace, le cryotropisme consacre une mani re de vivre son s jour dans l le, il sacralise l aventure. V cue par les premiers explorateurs et scientifiques d s le XVIII e si cle, poursuivie par les conqu rants polaires contemporains, elle accompagne d sormais les touristes d aujourd hui. "Mythologie occidentale , selon les propos de David Le Breton (1996, p. 13), l aventure "c l bre surtout la rencontre entre l Homme et l impr vu (Le Breton, 1996, p. 9). Le sociologue canadien et sp cialiste du tourisme polaire Alain Grenier (2009, p. 16), consid re l histoire de l aventure et de l exploration comme des marqueurs indissociables de l exp rience polaire. Au Groenland, quel que soit le degr d engagement de leur voyage, des croisi res les plus luxueuses au tourisme sportif, les visiteurs se plaisent s immerger dans une nature per ue comme inhospitali re et hostile. Pour mieux conforter cette repr sentation sauvage et non ma tris e, les visiteurs veulent faire l exp rience physique et sensuelle de cet environnement au cours de leur voyage.
Une analyse d taill e des textes figurant dans les brochures propos es par les principaux voyagistes polaires 2 d montre la multiplication des r f rences faites l histoire de l exploration comme pour mieux voquer l aventure. Ces crits qui citent de grands noms de la conqu te polaire tentent d tablir une filiation entre les pionniers d hier et les lecteurs d aujourd hui, de potentiels touristes. Cette immersion provoqu e lors de la p riode pr c dant le voyage conditionne les visiteurs ne pas simplement faire une excursion polaire, mais vivre leur s jour sur les traces d illustres pr d cesseurs. Fid le cette strat gie commerciale, la compagnie de croisi re norv gienne Hurtigruten (2013) rappelle dans sa brochure ses contributions l exploration polaire. Au d but de ses documents promotionnels, dans une double page aux allures de frise chronologique, sont tour tour voqu s Fridtjof Nansen, l explorateur polaire norv gien et Prix Nobel de la paix en 1922 ou Harald Sverdrup, l oc anographe ayant laiss son nom l unit de mesure des courants. Autant de scientifiques que la compagnie a accompagn s lors de leurs exp ditions polaires.
Sans pouvoir invoquer cet h ritage, d autres acteurs touristiques inscrivent sciemment leur communication dans cette tradition de l exploration. La Compagnie du Ponant, reconnue pour ses croisi res o s entrem lent luxe et exp dition ou encore l agence de voyage Grand Nord Grand Large, sp cialis e dans les destinations polaires, se r approprient la figure de scientifiques polaires. Les portraits ou les textes du chef des explorations polaires fran aises du d but du XX e si cle, Jean-Baptiste Charcot, ou ceux du m diatique Paul- mile Victor illustrent leurs brochures de voyage (Compagnie du Ponant, 2013; Grand Nord Grand Large, 2013a). Invoquer ce pass , c est faire ressentir l motion et les sensations v cues par ces pionniers. Valoriser ces figures h ro ques, c est faire de leurs clients des h ritiers des explorateurs d antan.
Pr sente lors de l avant-voyage, l aventure est un l ment constitutif de tout s jour. bord des navires de croisi re, des rites de passage marquent le d but du s jour. D s leur embarquement, les passagers de la Compagnie du Ponant se voient offrir une parka rouge portant le logo Polar Expedition . Un terme qui ne laisse planer aucun doute sur le sens donn par le croisi riste son produit: plus qu un simple s jour touristique, il s agit d une aventure. Une fois qu ils ont rev tu leur veste, les passagers forment un groupe. Tous semblables, ils partagent une m me aspiration: vivre l aventure. Comme le d note Pierre Bourdieu (1982), cette c r monie distingue un avant et un apr s; de simples touristes, les visiteurs deviennent des aventuriers. La Compagnie du Ponant n est pas la seule instituer un tel rite, Hurtigruten remet galement aux touristes une parka. Le message inscrit ne fait pas appel la notion d exp dition, mais joue sur la multiplicit des destinations possibles: Groenland, Antarctique ou le de Spitzberg en Norv ge. Plus qu une vocation de terres polaires, cette liste r sonne comme une invitation au voyage pour les touristes qui les portent.
Comme pour renforcer la filiation entre les scientifiques pionniers d hier et les touristes d aujourd hui, les acteurs touristiques proposent de visiter les vestiges du pass . Cette d couverte possible en Antarctique (Roura, 2009) existe aussi au Groenland, o les visiteurs font escale Port Victor, situ quelques heures de navigation au nord d Ilulissat. Situ en face du glacier Eqi, ce site doit son nom l explorateur fran ais Paul- mile Victor qui le choisit comme camp de base lors de ses explorations de l inlandsis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Devenu le Camp Eqi, la beaut du front du glacier et les vestiges laiss s par les quipes scientifiques attirent les touristes qui viennent s impr gner de l ambiance et de l engagement physique des campagnes d exploration. Conditionn s prouver les motions des pionniers d autrefois, les touristes ne marchent pas dans le sillage des autres visiteurs, mais dans celui de Paul- mile Victor en personne.
Ainsi, au lieu de diff rencier les exp riences touristiques, l aventure les rapproche; toutes les prestations propos es en sont p tries. Mais si cette aspiration est unanime, tous les visiteurs ne souhaitent pas l exp rimenter de la m me mani re. La distinction s op re alors sur des seuils d aventure, qui distinguent des engagements diff rents. Si les touristes sportifs comme certains routards n ont foi qu en l engagement et les risques (Elsrud, 2001; Larsen, gaard et Wibecke, 2011, p. 693-694), pour d autres, l aventure se vit dans un cocon luxueux. Des formes de voyage bien diff rentes qui soulignent tant la singularit des aspirations individuelles que le fil conducteur jou par l aventure travers toutes les exp riences de voyage.
1.3. Le cryotropisme, un attrait charg de valeurs
Attrait pour les paysages de glace, statut de d nominateur commun jou par l aventure, le cryotropisme se charge galement de valeurs qui refl tent les diff rentes mani res de vivre le s jour au Groenland. S il est possible de les identifier, chaque visiteur semble se les approprier; chaque s jour correspond une charge motionnelle propre et personnelle.
Pour la majorit des touristes, la contemplation des paysages de glace s inscrit dans un ensemble de valeurs associ es la nature. Le s jour au Groenland s apparente une qu te motionnelle. La monotonie des paysages de glace et de montagne permettrait la m ditation et la lib ration de son esprit. Dans une vie jug e trop remplie, le s jour dans l le devient charg d motions et un moyen de faire le vide comme en attestent les propos de ces visiteurs.
- J ai l impression que a me permet de pouvoir faire le point sur moi .
- Quand j ai vu mon premier iceberg, j en ai pleur [Entretiens avec deux visiteurs rencontr s dans les rues d Ilulissat, ao t 2012].
Fuite personnelle, la nature se pr sente comme une chappatoire au travers d une soci t jug e par quelques-uns comme trop consommatrice et d r gl e. Avec une certaine clairvoyance, ric Dardel (1990, p. 115) synth tisait d j dans la soci t des ann es 1950, les vertus d une nature qui donne "rafra chir sa sensibilit , revigorer son nergie, mieux comprendre son humaine condition terrestre . Plus que toute autre destination, le Groenland est une terre d esp rance, comme en t moignent les propos de cet autre touriste.
C est l occasion d tre au calme, loin de notre soci t de consommation . [Entretien avec un visiteur rencontr au camping d Ilulissat, 19 ao t 2011]
Pour les touristes sportifs et quelques routards, le s jour est le plus souvent v cu comme une confrontation avec la nature. Vision prom -th enne de l espace et accomplissement personnel poussent les visiteurs se confronter aux difficult s du milieu. Plus que par la contemplation, c est en repoussant leurs limites que ces touristes veulent prouver toute la dimension corporelle de leur existence. Un retour sur soi acquis dans l effort et parfois la souffrance.
Enfin, et plus rarement, certains touristes associent immanquablement paysages de glace et vuln rabilit . Dans l le, ces visiteurs viennent observer ce qui pourrait tre les derniers icebergs, ils veulent tre les t moins privil gi s d une nature menac e. Loin d tre une sp cificit de la fr quentation du Groenland, ce tourisme dit "de la derni re chance ( last chance tourism ) (Lemelin, Dawson et Stewart, 2012) est une aspiration mondiale. Cette pratique exploite la raret de certains sites ou de certaines traditions pour en souligner la vuln rabilit et ainsi accro tre leur fr quentation. Un voyeurisme climatique encourag par la recrudescence de reportages sur les changements en cours en Arctique. La ville d Ilulissat est devenue un lieu phare de ce tourisme empreint d inqui tude. Chaque ann e, de nombreuses personnalit s politiques y viennent d ailleurs mesurer l ampleur de ces transformations et s en meuvent devant les m dias qui les accompagnent. Jos Manuel Barroso, Jean-Louis Borloo, Angela Merkel, Jim Prentice ont, entre autres, pr c d la visite de Ban Ki-moon, le Secr taire g n ral de l Organisation des Nations Unies, en septembre 2014. En mars 2015, Laurent Fabius s y est galement rendu afin de pr parer, avec les dirigeants danois, la Conf rence de Paris sur les changements climatiques de d cembre 2015.
2. LA CONVERSION TOURISTIQUE D ILULISSAT
Chaque ann e, 25 000 visiteurs se pressent Ilulissat qui est devenue un haut-lieu du cryotropisme. Cette fr quentation fait de la ville la premi re destination de l le et du tourisme, la deuxi me conomie de la ville derri re la fili re halieutique. En l espace de quatre d cennies, de nombreux am nagements ont marqu la conversion touristique d Ilulissat et ont fait du tourisme un outil de d veloppement r gional (Grenier et M ller, 2011).
2.1. Des infrastructures qui font le choix du luxe
L activit touristique Ilulissat a d but dans les ann es 1970. L h tel Hvide Falk fut le premier tablissement h telier ouvrir ses portes, en 1971. Situ en plein centre-ville, cet h tel b n ficiait d une situation de monopole jusqu l ouverture en 1984 de l h tel Arctic. Propri t de la compagnie a rienne nationale Air Greenland, cette deuxi me infrastructure s adressait initialement aux passagers en transit l a roport d Ilulissat sans viser la client le touristique. Cette offre d h bergement fut tr s rapidement compl t e par l ouverture du premier Bureau de tourisme revendant des excursions touristiques: promenade en mer, rencontre de familles groenlandaises, etc.
Cette p riode de d marrage de l activit a t suivie par l tablissement d une r elle dynamique touristique marqu e par la multiplication des services et de la mont e en gamme des infrastructures. En 1992, l h tel Arctic a d laiss la client le cible des passagers en transit l a roport d Ilulissat pour se concentrer sur une client le de luxe, plus exigeante. Fort de cette transformation, l h tel vise encore aujourd hui une client le ais e pr te d bourser en haute saison au minimum 180 euros par nuit e. Il a, pour ce faire, proc d une r orientation des prestations d sormais consacr es par quatre toiles dans le syst me de classification des h tels, et jouit d une table, le restaurant Ulo, reconnue pour le raffinement de ses plats. En 2009, l h tel Arctic s est dot d une fastueuse salle de conf rences qui accueille le plus souvent de nombreux congressistes la fin de la saison touristique. Un tourisme d affaires florissant dont le succ s d passe le cadre de l h tel pour b n ficier aux autres infrastructures d h bergement collectives. L h tel Icefiord, derni re infrastructure ouverte en 2001 et distingu par trois toiles, s inspire de ce succ s. En plus d un restaurant gastronomique renomm , ses dirigeants ont am nag une salle de conf rences afin de capter leur tour une part de ce tourisme d affaires et de congr s.
Cette strat gie de tourisme haut de gamme se remarque galement dans les excursions propos es aux visiteurs par les bureaux de tourisme. Que ce soient les excursions en mer ou les survols a riens des paysages, les tarifs des excursions la journ e ne sont pas inf rieurs une centaine d euros, les plus longs survols de paysages pouvant parfois atteindre les 600 euros. Au Camp Eqi, le camp de base de Paul- mile Victor, les cabanes d pourvues de tout confort ont d sormais laiss la place deux pavillons de luxe disposant de l lectricit , de douches et des commodit s de la vie moderne. Ces b timents permettent d accueillir une client le d sireuse d un plus grand confort. De nouveaux am nagements qui ont pour but d accro tre la rentabilit du site et t moignent une nouvelle fois de la mont e en gamme des prestations.
2.2. Un entrepreneuriat touristique structur
Cette mise en tourisme progressive a induit l arriv e de nouveaux acteurs qui assurent diff rentes prestations touristiques. Guides, chambres d h te ou capitaines de navire sont au service des visiteurs. Interm diaires entre ces professionnels et leurs clients, les bureaux de tourisme f d rent cet ensemble de prestataires de services. Ils proposent l ensemble des excursions touristiques. Parmi ces professionnels, certains entretiennent des partenariats privil gi s avec les capitaines de navire pour des promenades en mer. Une collaboration fructueuse qui assure non seulement aux bureaux de tourisme de disposer de navires libres de passagers, mais galement aux professionnels de la mer de rentabiliser chacune de leurs excursions. Informelle lors de ses d buts, la prestation offerte par les capitaines de navire s est progressivement professionnalis e. Auparavant, nombre de p cheurs offraient des excursions en mer en marge de leur activit principale, une prestation d sormais interdite pour des raisons de s curit et qui assure de surcro t un meilleur contr le du secteur d activit par les pouvoirs publics. Ces bureaux emploient galement temporairement des guides touristiques pour effectuer des visites d Ilulissat et ont tiss des relations avec des familles. Ces derni res accueillent le temps d un repas les visiteurs d sireux de s immerger dans la culture groenlandaise. L hiver, ce sont les mushers - meneurs de meute de chiens de tra neau - qui travaillent en troite collaboration avec les bureaux de tourisme. Des hommes pluriactifs, pour qui le tra neau chiens est un compl ment de revenus tant la bri vet de la saison et la faiblesse des flux des visiteurs ne leur permettent pas de vivre de cette seule activit .
Ce mod le d entrepreneuriat touristique dans lequel les bureaux de tourisme sont les catalyseurs de toute l activit touristique est en mutation. Certains acteurs ne se contentent plus de ce seul r le de prestataire. Une compagnie a rienne et une compagnie maritime tentent de s en affranchir en vendant leurs propres excursions touristiques. La premi re, Air Zafari, dispose de ses propres locaux ouverts au public dans lesquels elle vend ses excursions. Quant la seconde, Ilulissat Water Taxi, si elle ne dispose d aucun point de vente ouvert au public, elle poss de un site Internet gr ce auquel elle vend ses prestations.
En plus de ces deux initiatives individuelles qui t moignent d un changement, le secteur a galement t marqu par la constitution d une fili re touristique domin e par deux acteurs: la compagnie a rienne nationale de l le, Air Greenland, et un voyagiste danois, le Topas Group. Avec leurs agences de voyage, Air Greenland et Topas Group assurent la promotion de l le, transportent les passagers par le biais de leurs compagnies a rienne et maritime, organisent l h bergement et l offre touristique locale gr ce leurs bureaux de tourisme et leurs h tels. De l amont l aval, ils ma trisent ainsi toute la fili re touristique. Air Greenland et Topas Group sont engag s dans chacune des strates de l conomie touristique. Une strat gie commerciale qui a fait de Air Greenland et du Topas Group des acteurs h g moniques ind niables, et qui d montre l arriv e maturit du march touristique local.
2.3. L accessibilit au service du succ s touristique
La cr ation de nouvelles soci t s et le succ s touristique de certains acteurs sont indissociablement li s au renforcement de l accessibilit d Ilulissat. Depuis les ann es 1980, les pouvoirs publics aid s de partenaires priv s s efforcent de favoriser la mobilit des populations locales. Cette politique nationale a galement profit au secteur touristique en favorisant l arriv e de visiteurs (Hegelund, 2009, p. 27). Depuis l ouverture de l a roport d Ilulissat en 1984, des vols quotidiens relient la ville Kangerlussuaq, la principale porte d entr e du Groenland, et Nuuk, la capitale de l le. Des vols saisonniers vocation principalement touristique compl tent ces liaisons en reliant la ville d Ilulissat l a roport de Reykjavik en Islande. Des liaisons a riennes r gionales et internationales auxquelles s ajoute un nombre important de dessertes locales r parties dans la baie de Disko et le nord du Groenland. L a roport chapeaute ainsi un r seau de lignes nationales sillonnant un territoire de plus de 700 000 kilom tres carr s.
Au transport a rien s ajoute une offre de transport maritime qui dessert toute la c te sud-ouest du Groenland, l Arctic Umiaq Line. Pour un co t de 40% inf rieur en moyenne la desserte a rienne en 2014, ce trajet effectu en un peu plus de trois jours est ponctu de 11 escales entre Ilulissat, au nord, et la ville de Qaqortoq, au sud. Apr s avoir fait faillite en 2006, la soci t maritime qui exploite cette ligne a t refond e par la Royal Arctic Line - soci t qui a l exclusivit du march du transport maritime de marchandises dans l le - et Air Greenland. elles deux, elles d tiennent parts gales le capital de l Arctic Umiaq Line. Le navire de 274 passagers de la compagnie, le Sarfaq Ittuk - le bruit des flots contre la coque - est une fiert nationale dans l le.

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