Voir, sentir, goûter le monde : Une globe-trotteuse à l aventure
155 pages
Français

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Description

Ce livre a été écrit dans le but de voyager sans se déplacer, de sentir les odeurs, de voir les gens, les paysages, la ville qui s’anime et dévoile ses charmes ou ses laideurs.
Pour découvrir les merveilles du monde et goûter des mets inconnus, exotiques, colorés ou épicés grâce à la magie des mots.
Apprendre la vie et la culture de peuples différents. Apprécier l’humanité sous ses diverses formes. Respirer la vie, la liberté. Pousser le rêve à devenir réalité. Comprendre que tout est possible.
Partir seule ? Pourquoi pas ! Je vous invite à m’accompagner et à découvrir l’inconnu. Et si le récit de mes pérégrinations vous incite à partir un jour, alors j’aurai atteint mon but.
Bon voyage…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 juin 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782925144427
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Julie Turcotte
 
 
 
Voir, sentir, goûter le monde
 
 
Une globe-trotteuse à l’aventure
 
 
 
 

Conception de la page couverture : © Essor-Livres Éditeur
Image originale de la couverture : Shutterstock 246198118
Sauf à des fins de citation, toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, est interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur ou de l’éditeur .
 
Distributeur : Distribulivre   www.distribulivre.com   Tél. : 1-450-887-2182 Télécopieur : 1-450-915-2224
© Essor-Livres Éditeur Lanoraie ( Québec) J 0K 1E0 Canada apotheose@bell.net www.leseditionsdelapotheose.com
 
 
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2020 Dépôt légal — Bibliothèque et Archives Canada, 2020
 
ISBN papier : 978-2-925014-73-7
ISBN epub : 978-2-925144-42-7       
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Merci à mon compagnon de vie pendant vingt-sept ans, à celui qui a été mon meilleur ami et le père de mes enfants, Raynald Brunet, qui m’a toujours encouragée dans mes rêves les plus fous. Son soutien inconditionnel m’a toujours propulsée vers l’avant. Il nous a quittés hélas, avant l’achèvement de ce projet, mais son étoile brille et sourit là-haut, j’en suis certaine.
 
Mille mercis à ma fille Rachel d’avoir partagé mes aventures à plusieurs reprises et d’être venue me trouver alors que la solitude me pesait. Du fond du cœur, un grand merci à mon fils Alexandre pour son appui et ses encouragements alors que j’en avais le plus besoin. Quelle chance d’avoir des enfants qui ont respecté mes choix et soutenu mes aventures.
 
 
Notice biographique
 
 
 
Passionnée des mots et des lettres depuis son adolescence, Julie Turcotte est devenue traductrice. Elle a ouvert son cabinet de traduction à la sortie de l’université, il y a de cela trente-cinq ans. Chaque demande de traduction constitue pour elle un nouveau défi et elle adore toujours son travail.
Adolescente, elle écrivait des poèmes et des histoires romantiques et caressait déjà le rêve de publier un jour un de ses écrits. Lorsqu’elle est devenue maman, elle s’est mise à écrire des histoires pour le grand plaisir de ses enfants.
Les enfants ont quitté le nid et elle a poursuivi un autre de ses rêves : voyager pendant quelques années en Asie avec son sac à dos, en solo. Elle avait eu la piqûre des voyages dans la vingtaine lorsqu’elle était partie seule pour découvrir l’Europe et le monde au-delà des frontières de son Québec natal.
Jusqu’à présent, elle n’a fait aucune démarche pour publier ses écrits, mais c’est avec grand plaisir et conviction qu’elle propose un récit pas comme les autres de cette tournée en Asie.


Table des matières
 
Introduction
Chapitre 1 - La cité des anges
Chapitre 2 - Autostop vers le sud
Chapitre 3 - Lilly Bolero
Chapitre 4 - Action   ! On tourne   !
Chapitre 5 - Tribus, éléphants et longs cous
Chapitre 6 - Le pays aux mille sourires
Chapitre 7 - Un pays qui se refait
Chapitre 8 - Bali la magnifique
Chapitre 9 - Mon jardin d’Éden
Chapitre 10 - Un voyage en bus inusité
Chapitre 11 - Architecture étonnante
Chapitre 12 - Chaussures 101 et plus
Chapitre 13 - Tant à découvrir
Chapitre 14 - Le pays où tout est possible
Chapitre 15 - Inoubliable merveille du monde
Chapitre 16 - Ville sacrée, ville mystique
Chapitre 17 - La sagesse des moines
Chapitre 18 - Le petit Tibet
Chapitre 19 - Le Temple d’or
Chapitre 20 - Le pays des Seigneurs
Chapitre 21 - Le mariage
Chapitre 22 - Montagnes imposantes
Chapitre 23 - Au pays du thé et des montagnes et visite top secrète
Chapitre 24 - Si Dieu existe, il est ici
Chapitre 25 - Suis-je toujours en Inde   ?
Chapitre 26 - Apprivoiser la mort dans la ville mouroir
Chapitre 27 - Au service des autres
Chapitre 28 - Klaxons et camions 101
Chapitre 29 - Le pays des Seigneurs revisité
Chapitre 30 - Un safari en Inde   ?
Chapitre 31 - Rencontres précieuses dans les montagnes
Chapitre 32 - Le toit du monde et le reste
Chapitre 33 - Noël avec Rachel dans mon paradis
Chapitre 34 - Toute bonne chose a une fin
Remerciements 57
Bibliographie
 

 


 
Introduction
 
 
 
Le voyage habite mon corps et meuble mon esprit depuis mon adolescence. J’ai fait mon premier grand voyage à l’âge de treize ans. Un voyage en famille pour visiter la France. Et ce fut le début d’une histoire d’amour entre le monde et moi. Ce premier regard jeté sur un autre pays, d’autres lieux et d’autres gens éveille en moi un désir d’en connaître davantage. Le rêve de voyager était né. Après avoir vécu quelques événements émotionnels difficiles, j’ai décidé, à dix-neuf ans, d’agir et de vivre plutôt que rêver. Je me suis envolée vers ma destinée pour découvrir l’Europe. J’étais jeune et brave et je suis partie avec pour seul compagnon un guide de voyage dans mon sac à dos.
Les expériences se sont succédé. L’apprentissage de la vie en accéléré s’est poursuivi. Les souvenirs se sont imprégnés dans mon esprit. Sans le carcan imposé par la société dans laquelle je vivais, sans les attentes des membres de ma famille, sans les responsabilités et les devoirs filiaux, je découvrais qui j’étais vraiment. Je goûtais à une liberté enivrante, attirante. Mais ce n’était qu’une belle parenthèse dans ma vie, car bien sûr l’appel du devoir et de la vie quotidienne se fit se ntir au fil des mois. Travailler   ? Retourner aux études   ? Il fallait se rendre à l’évidence : la vraie vie n’était pas celle que je vivais, mais celle qui m’attendait chez moi. Il fallait décider quoi en faire.
Entrer dans le moule après avoir ouvert mes horizons n’était pas chose facile, mais je savais que c’était la chose responsable à faire. C’était ce qu’on attendait de moi. N’avais-je pas toujours répondu aux attentes   ? Bien sûr que si. Depuis ma tendre enfance, je prenais mon rôle d’aînée très au sérieux et je tentais toujours de donner l’exemple à mes sœurs cadettes et d’agir de façon responsable comme l’exigeaient mes parents. Mon année de globe-trotteuse tirait à sa fin. Il fallait rentrer. Études, travail et rencontre de l’homme qui allait partager ma vie. Après le mariage, il y a eu l’achat de la maison, la venue des enfants, la création de mon entreprise et toutes les obligations qui s’ensuivent. Il y avait peu de place et de fonds pour les voyages. Alors, je me suis mise à lire les revues spécialisées qui me parlaient d’endroits exotiques à visiter, de peuples retirés à découvrir et je rêvais doucement à un avenir où je pourrais une fois de plus mettre les voiles pour explorer moi-même ces terres éloignées.
Et l’avenir est devenu le présent. Et le rêve, réalité.


 
Chapitre 1
La cité des anges
 
 
Partir seule à plus de quarante ans ce n’est pas comme partir à dix-neuf ans. Je n’avais plus cette insouciance de mes jeunes années. J’étais bien consciente de tous les dangers qui me guettaient. L’inquiétude et la peur faisaient partie de mon bagage, cette fois-ci. Mais, ma témérité ne m’a jamais quittée et munie de mon sac à dos et d’un guide de voyage, tout comme la première fois, j’ai fait le grand saut vers l’Asie. Seule.
Je suis arrivée, épuisée, à Bangkok. J’avais anticipé les difficultés en passant une semaine en Thaïlande, à la plage, avant de me rendre en Inde.
Bangkok est vivante et bruyante avec ses dix millions d’habitants. Elle s’étend sur des kilomètres. Le moderne y côtoie le traditionnel. Il y a les grands hôtels pour les touristes plus fortunés ou les gens d’affaires, les centres commerciaux immenses, la rue des boutiques huppées, les auberges modestes dans le ghetto des visiteurs moins fortunés et surtout jeunes, des pagodes dorées ici et là, ces temples pointus qui habitent à tous les coins de rue où les gens vont allumer un cierge et déposer des guirlandes de fleurs aux pieds de leur dieu préféré.
J’avais réservé ma première nuit d’hôtel depuis le Canada par l’entremise d’un agent de voyage puisque j’arrivais en pleine nuit. Avant de partir, j’avais préparé une liste des mesures de sécurité à respecter. L’une d’elles était de réserver ma première nuit dans un hôtel ou une auberge si j’arrivais dans un nouveau lieu après treize heures. Ainsi, je partais tranquille en sachant qu’un toit m’attendait à destination. Il est important de ne réserver que la première nuit, car parfois la publicité sur internet, principale source d’information, ne reflète pas la réalité. Si l’endroit me plaisait, j’ajoutais quelques nuits sinon, je partais le lendemain à la recherche d’un meilleur endroit. Une autre mesure que j’ai adoptée pour assurer ma sécurité et ma tranquillité est de porter mon anneau de mariage. J’avais lu cela dans un livre et ça me semblait être une bonne idée. Cependant, certains peuples portent l’anneau dans la main gauche et d’autres dans la main droite. Alors est-ce vraiment utile pour se préserver des hommes indésirables   ? Je ne sais pas, car après un moment j’ai enlevé tout bijou. Une autre suggestion qui me paraissait sage afin d’éviter d’exciter la convoitise. En effet, le rapport à l’argent est universel et même un anneau en or modeste indiquant mon état matrimonial pouvait attirer les gens les plus démunis.
Réserver une chambre avant de partir peut avoir ses désavantages. Le lendemain matin après mon arrivée, je suis allée dans la salle à manger pour déjeuner et j’ai réalisé que les tables étaient occupées presque uniquement par des hommes cinquantenaires ou plus avec de jeunes Thaïlandaises dont la plupart n’étaient pas majeures. J’avais en pleine face la preuve que le tourisme sexuel dont les médias parlent tant existe vraiment. J’étais dans la zone d’hôtels réservés aux prostituées et à leurs riches clients occidentaux. J’ai décidé dès ce moment de ne me fier qu’à mon jugement et non à celui d’une quelconque agence. J’ai quitté les lieux le matin même en quête d’une chambre dans la zone des touristes-routards.
Je ne pouvais être témoin de cette exploitation de jeunes filles par des hommes riches, souvent vieillissants, bedonnants et chauves. J’avais juste envie de leur crier : « Et si vos femmes, vos filles ou vos fils vous voyaient   ! Vous devriez avoir honte   ! » J’avais honte pour eux, mais je n’ai rien fait, je n’ai rien dit. Je me sentais impuissante devant cette réalité. Que pouvais-je faire   ? Changer le monde   ? Toute seule   ? Il fallait aussi penser que ces filles amélioraient leur qualité de vie et parfois celle de leur famille avec l’argent qu’elles recevaient de ces hommes.
Étant donné la prolifération d’endroits à petit budget pour dormir à Bangkok, les hôteliers ne prennent pas de réservation. J’en suis venue à faire comme les autres jeunes voyageurs et réserver au jour le jour. Cette façon de voyager s’apprend avec le temps. Nos inquiétudes et notre manie de vivre organisés vo nt à l’encontre de ce principe. Savoir que je pouvais quitter mon auberge quand je voulais et que jamais on ne me mettrait à la porte si je payais pour la prochaine nuit avant midi la journée même était réconfortant. Une opportunité pouvait se présenter pour le lendemain et rien ne me retenait.
Ces premières journées dans la première grande métropole asiatique que j’ai connue, je les ai passées à déambuler dans le labyrinthe de rues et de ruelles de la zone touristique des routards. On y trouve des boutiques vendant toutes sortes de marchandises, incluant des imitations d’articles de grandes marques : sacs Gucci, montres Cartier, lunettes de soleil Ray Ban, vêtements Calvin Klein et tout cela à prix dérisoires. Entre les commerces, s’alignent aussi des restaurants, des petits hôtels, des chambres d’hôtes, des salons de massage et de coiffure. La chaleur est accablante, le soleil étouffant. De l’asphalte et des trottoirs monte un air suffocant et la sueur perle mon front. Les rues sont remplies de gens et cette humanité grouillante qui passe à mes côtés me frôle : des Thaïlandais pressés, des touristes nouvellement arrivés et émerveillés qui regardent partout les yeux écarquillés ou des habitués qui avancent blasés et indifférents.
Je suis seule sans être seule. Les touristes abondent dans Khao San Road et aux alentours. Il y a des jeunes surtout, ceux qui voyagent avec leur sac à dos, mais je rencontre tout de même beaucoup d’ex-hippies et des quadragénaires qui, comme moi, préfèrent sacrifier le luxe pour prolonger l’expérience. Des auberges à petit et très petit budget bordent les ruelles et sont remplies de jeunes et de vieux routards. Pour sympathiser, il suffit de s’asseoir à une terrasse et sourire. La communauté de voyageurs est solidaire. Il y a toujours quelqu’un qui souhaite partager ses expériences et ses connaissances, heureux de te donner un bon tuyau ou te suggérer une visite ou un lieu qu’ils ont apprécié. Ainsi, le véritable routard s’alimente d’anecdotes et d’information et saisit l’occasion quand elle se présente. De bouche à oreille, on roule sa bosse, on explore des lieux connus ou hors des sentiers battus, selon sa témérité et sa curiosité. On forme aussi des amitiés et on fait un petit bout avec l’un ou l’autre rencontré sur sa route. C’est devant un Seven Eleven , une chaîne de petites épiceries où l’on vend de tout et qui sont ouvertes jusqu’à très tard la nuit que j’ai rencontré Eduardo et Giovanni. Le premier est Argentin et le deuxième est Italien. Ils vivent en Thaïlande depuis quelques années et semblent bien connaître le pays. Ils m’ont suggéré d’aller à une plage secrète que les touristes ne connaissent pas et qui est fréquentée seulement par les Thaïlandais. J’adore aller hors des sentiers battus alors je les ai convaincus de m’y emmener et nous y avons passé quelques jours. Nous étions les seuls touristes sur la plage et nous sommes rapidement devenus une curiosité pour les locaux qui venaient nous voir, mais repartaient sans nous adresser la parole. C’était un bel endroit, mais j’ai constaté tristement que les Thaïlandais n’avaient aucun intérêt à se lier d’amitié avec nous. Je retourne à Bangkok avec mes deux amis après cette escapade à la mer.
Après avoir exploré le quartier touristique de Khao San Road pendant plusieurs jours, je quitte la familiarité de ce coin pour les ruelles moins touristiques. De vieilles Thaïlandaises abîmées par la vie et l’effort sont accroupies devant leur maison et frottent des chaudrons dans une eau trouble provenant sans doute de la rivière. De jeunes enfants s’amusent tout près avec une branche ou une cannette de boisson gazeuse. Des chats émaciés étendus au soleil ouvrent un œil de temps à autre. Des échoppes offrent des repas à emporter ou à manger sur place. J’ai rencontré un Espagnol qui travaille à Bangkok. Il m’a dit que de nombreux Thaïlandais vivant à Bangkok n’ont pas de cuisine à la maison et qu’ils mangent à leur étal préféré ou se font préparer leurs plats qu’ils emportent à la maison. Les cuisiniers ambulants sont installés dans les ruelles et offrent chacun leur spécialité. Il y a celui qui fait le riz avec toutes sortes de viandes et légumes, puis celui qui offre les Tom Yam, ces soupes très ép icées qu’il faut découvrir avec prudence et enfin celui qui offre les nouilles. Pas de menu, juste les produits et le cuisinier qui attend les commandes.
Je me risque en précisant avec mon petit dictionnaire que je ne veux pas de viande. Je m’efforce pour tenter de parler thaï et après avoir répété une quinzaine de fois la même chose, enfin un signe de compréhension : « Ah ! végétarienne   ? » « C’est ce que j’essayais de vous dire monsieur   ! » On me sert alors une soupe aux mille ingrédients à la texture un peu bizarre, mais si savoureuse... C’est un bon début.
La nourriture a l’air appétissante, mais souvent l’hygiène fait peur. Nous sommes habitués à un monde aseptisé et craignons les maladies, mais il faut oser, car la cuisine thaïlandaise est savoureuse. Bien sûr, le riz est omniprésent. Le poulet a la faveur des gens, mais il faut faire attention, car toutes les parties de l’oiseau servent, rien n’est gaspillé. Le porc aussi a ses adeptes. Quant à moi, je privilégiais les légumes et parfois le poisson. Les soupes épicées sont légion, mais, attention elles se mangent au déjeuner   ! Comme le reste d’ailleurs. Et au dîner et au souper. Les cuisines ambulantes offrent une panoplie de choix. Le pad thaï, ce plat fait de nouilles au riz avec du tofu, du poulet, des crevettes et des fèves germées, le tout couronné de coriandre fraîche, reste un de mes favoris. Il y a aussi la salade de mangues vertes si rafraîchissante puis les fruits exotiques coupés et décorés   ; irrésistibles. Certes, après avoir mangé un de ces classiques, impossible d’éviter les dérangements intestinaux. L’estomac et le corps doivent s’adapter aux contraintes culinaires. Aux nouvelles épices et aux mélanges de saveurs inusités. Les papilles se réveillent, les goûts se bousculent dans la bouche, explosent et s’éparpillent. Le sucré côtoie l’épicé, rien n’est jamais fade. Une telle intensité doit être apprivoisée. Une bouchée à la fois, un repas à la fois. Je suis de nature curieuse et j’aime essayer des aliments nouveaux, mais en Thaïlande, il y a des choses à l’apparence bien étrange, gélatineuse, douteuse que je n’ai pas osé goûter, dont les insectes frits, ou des cubes qui ressemblent à de la réglisse noire mouillée, des trucs moelleux trempant dans une sorte de gélatine, des poissons de tout acabit, séchés ou en brochette. Enfin, il y avait une limite à ma capacité d’intégration et à ma curiosité.
Pour se désaltérer, plusieurs optent pour la bière, douce et peu coûteuse. Je préfère un jus de fruits frais exotiques avec des glaçons broyés. Bien sûr, je fermais les yeux sur la propreté hasardeuse du mélangeur utilisé pour préparer ma boisson. Mieux valait se concentrer sur les saveurs des fruits mûrs, juteux et sucrés. Un vrai délice.
Déambuler tantôt dans les ruelles où vivent les Thaïlandais tantôt sur les artères principales me donnait une vision différente de la ville. La circulation dans les grandes rues est dense et bruyante. Les voitures et les motos côtoient les tuk-tuks, ces véhicules motorisés à trois roues faisant office de taxi dans plusieurs pays asiatiques, et les taxis aux couleurs vives. La pollution de l’air et du bruit est très présente. Les édifices modernes du quartier des affaires et des ambassades surplombent les temples traditionnels ornés de feuilles d’or. Si on s’éloigne du centre touristique, on trouve le quartier des marchés à ciel ouvert. Certains sont si grands qu’une journée ne suffit pas pour les visiter. On trouve de tout. Des articles de maison, des outils, des livres, des vêtements bon marché, des copies des principales grandes marques de toutes sortes de biens de consommation à des prix ridicules incluant des lunettes de soleil, des vêtements, des bijoux. On peut même y acheter de la nourriture, des oiseaux et des animaux.
Je continue de tâter le pouls de la ville. Il y a une abondance de temples. Je rentre me recueillir, prier et remercier les dieux, quels qu’ils soient, de ma chance. À la manière bouddhiste (et hindoue) en m’inclinant trois fois devant Bouddha, à genoux. Le moine m’observe. Il attend en voyant que je prie. Je me lève sans tourner le dos à Bouddha et je m’apprête à sortir lorsque le moine d’office vient me voir. Dans son anglais médiocre, il tente de me questionner... « Tu es bouddhiste   ? » Je ne sais que répondre, car je s uis catholique et le Chemin de Compostelle m’a réconciliée un peu avec ma religion, mais j’aime beaucoup les principes bouddhistes et hindous alors disons que je suis citoyenne du monde et des religions du monde. Pour simplifier la conversation, je lui dis : « Oui. » Il dit : « Je l’ai vu, car tu as honoré Bouddha comme nous l’honorons. Il n’y a pas beaucoup de farangs (expression utilisée en Thaïlande pour désigner les étrangers blancs) qui savent le faire. » Et il m’a invitée à prendre le thé. Nous avons échangé comme nous pouvions et il m’a expliqué certains principes de sa religion. Il m’a aussi parlé de sa vie de moine. Ce fut une rencontre intéressante. Ensuite nous avons mangé ensemble le riz qu’il avait reçu ce matin-là.
Parmi les plus de trois cents temples dans la cité des anges, celui qu’on appelle le Grand Palace remporte la palme. C’est un endroit merveilleux, où le doré domine et où l’on trouve un art extraordinaire. Le fameux Bouddha d’émeraude qui est en fait en jade est majestueux dans son enceinte, entouré de statues dorées. Sa présence impressionne même s’il s’agit d’un objet inanimé. Je me suis sentie toute drôle en dedans comme si Bouddha était là juste pour moi et qu’il me parlait. Les Thaïlandais vénèrent l’endroit et viennent offrir à Bouddha encens, fleurs et prières. L’odeur des fleurs mêlée à celle d e l’encens qui flotte dans l’air crée une atmosphère empreinte de sérénité propice à l’introspection spirituelle. Ici, toute la beauté du monde s’exprime à travers l’art et les statues. L’architecture même est soignée et invite au calme intérieur avec ses structures aux pignons multiples, bordées d’or et décorées de corniches sculptées.
Ces lieux sont habités par des moines vêtus d’un drap orange cintré à la taille, chaussés de gougounes, les cheveux rasés près du crâne. On dit qu’ils passent chaque matin vers cinq heures dans les rues pour demander l’aumône avec leur bol en étain et qu’ils se nourrissent seulement de ce qu’ils reçoivent   ; ils vivent de la générosité des gens. Bien entendu, dans leur religion, une personne qui fait des offrandes à un moine gagne les faveurs de Bouddha.
Les temples abondent dans ce pays, mais le protocole est le même dans tous les temples : avant d’entrer dans la maison de Bouddha, il faut se déchausser   ; tu ne peux lui tourner le dos   ; tu ne peux lui montrer la plante de tes pieds   ; il n’y a pas de bancs ni de chaises alors on s’assoit par terre en tailleur, en prenant soin de tourner la plante des pieds vers soi ou à genoux, les fesses appuyées sur les talons. Des clochettes entourent souvent la statue de Bouddha qui est différente selon la région du pays. Il a tantôt la tête pointue, le ventre plat et un visage serein avec un regard perçant, ou la tête arrondie, le corps plus en chair et un visage plus souriant. Bref, l’idée que se fait chaque peuple du Bouddha est représentée dans son temple. De plus, pour chaque jour de la semaine, il y a une représentation bien spécifique du Bouddha. Il y a celui qui est assis en position du lotus et qui semble méditer, puis celui qui debout tient un bol d’aumônier, l’autre aussi à la verticale avec les mains sur le cœur et un sourire empreint de sérénité. Je ne connais pas les raisons de ces différentes représentations du Bouddha. Je prends note de m’informer là-dessus quand je pourrai.
Les gens viennent rendre hommage à leur Bouddha, présentent leur offrande en demandant des faveurs ou en le remerciant pour celles accordées. C’est un peuple très fervent et je me surprends à les envier. Ils sont aussi superstitieux et lorsqu’ils visitent leur temple, ils ne manquent pas de prendre un des petits récipients circulaires contenant une trentaine de bâtons numérotés et de l’agiter dans tous les sens, en le penchant un peu pour faire tomber un seul des bâtons. Le chiffre qui apparaît sur le bâtonnet correspond à une prédiction précise et constitue en quelque sorte un horoscope divin. Dans certains temples, les prédictions viennent aussi en version anglaise et je me suis amusée à tirer des bâtons… jusqu’à ce que le message me plaise.
Bangkok n’est pas seulement la ville des temples. Outre la zone où j’ai passé ma première nuit, il y a une multitude de bars remplis de travailleuses du sexe souvent très jeunes au service de qui veut bien les payer. Voir ces hommes matures se pavaner avec une jeune fille m’écœurait et m’attristait à la fois. J’avais juste envie de les insulter et de sauver ces filles de leur triste sort. C’est peut-être le fait d’avoir été élevée dans la religion catholique qui me causait tant d’émotions et d’inconforts, je n’en sais rien. J’en ai discuté avec un ami voyageur et il avait un tout autre point de vue. Selon lui, cet intérêt des hommes occidentaux envers ces jeunes filles était, aux yeux des Thaïlandais, presque une bénédiction puisque toute la famille de la jeune fille profitait des bontés de l’homme occidental en question. J’ai aussi constaté que la vie de ces gens était en effet améliorée lorsqu’une jeune fille devenait la copine et même la femme d’un Occidental plus âgé. Souvent l’homme achetait un hôtel ou un commerce qui aidait à faire vivre la famille ou qui donnait à plusieurs membres de cette famille un emploi bien rémunéré. Alors, je détournais le regard comme bien des gens et je continuais mon chemin, consciente que je ne pouvais rien y changer malgré la pitié que j’éprouvais pour ces jeunes filles au regard souvent triste.
Plusieurs soirs, on m’a approchée en murmurant ping-pong show . Je ne savais pas exactement ce que c’était et j’ignorais les invitations. Cependant, alors que j’étais avec un groupe de jeunes voyageurs, ceux-ci se sont laissés tenter et je les ai accompagnés. Nous avons pris un tuk-tuk . Le chauffeur nous fait un très bon prix… Je sens l’arnaque, mais bon, la curiosité l’emporte et je suis le groupe. Nous allons donc voir ce fameux spectacle de ping-pong . C’est loin, on arrive dans un coin sombre et peu fréquenté. J’ai une petite crainte, mais je ne suis pas seule. Nous sommes deux filles et trois jeunes hommes bien costauds. Nous entrons dans un restaurant vide, le type nous indique un escalier tout au fond. On monte et on arrive dans un bar. C’est ici qu’a lieu le ping-pong show . Je comprends très vite qu’on ne parle pas du jeu avec la table verte, les palettes et la petite balle blanche.
Il s’agit d’un spectacle XXX. Les filles montent sur scène, une à la fois. Elles sont habillées de façon très osée. Elles se tortillent, frétillent, enlèvent leurs petites culottes au son d’une musique sensuelle. Puis elles présentent leur numéro. Chacune a sa spécialité, la première insère une bouteille vide de cola dans son vagin à la vue de tous… la bouteille disparaît. Après quelques minutes, la bouteille ressort et à notre grande surprise elle est remplie à moitié d’un liquide brun semblable au coca-cola   ! Je n’ai aucune idée comment elle a fait ça   ! La deuxième se met à danser et sort de son… une guirlande de fleurs de trois mètres. De plus, elle demande à un type de l’assistance de tirer sur la guirlande pour faire sortir les fleurs. La suivante sort de son vagin une série de lames de rasoir reliées ensemble comme un chapelet et pour montrer que les lames sont bien coupantes, elle prend une feuille de papier et la tranche en mille petits morceaux avec une des lames dudit chapelet. Une autre se met effectivement une balle de ping-pong , vous savez où maintenant. Elle l’expulse de son vagin d’un coup pour la faire tomber dans un verre. La suivante ouvre une bouteille de bière avec son sexe tandis qu’une autre y insère un dard qu’elle fait ensuite voler pour crever un ballon. Enfin, la prochaine y entre une banane qui ressort sans la pelure   ! Ensuite, elle fait manger la banane à un spectateur. Difficile de croire qu’un homme mange le fruit, je suppose qu’il était dans un état d’ébriété avancé. Le dernier numéro en met plein la vue et donne des haut-le-cœur. Un couple monte sur scène et fait l’acte complet de 101 façons sans jamais perdre contact. La fille pourrait être embauchée par le Cirque du Soleil tellement elle est souple et élastique. Et l’homme a dû prendre une substance illicite pour être en érection si longtemps. Tout en baisant la demoiselle, il faisait des pompes, à deux mains, à une main, en se tortillant, en se tournant et retournant sans jamais sortir son membre de l’intérieur de sa compagne. Ça n’arrêtait pas   ! Quand ils ont enfin fini, j’ai été soulagée. Il a quitté la scène, son pénis aussi dur qu’au début… au moins, ils ne sont pas allés jusqu’à se soulager complètement   ! J’en avais assez vu. Abasourdis, nous sommes tous sortis presque en courant. Ce fut un spectacle au-delà du réel, unique et qu’on ne peut tout simplement pas oublier. La recherche d’un tuk-tuk pour le retour s’est avérée difficile et bien sûr, comme je m’y attendais, le retour était hors de prix   ! Comme il n’y avait rien d’autre dans les parages, ni bus ni taxis, nous nous sommes résignés à payer le prix exorbitant demandé. Je savais bien qu’il y avait une arnaque à cette sortie, mais bon. Les garçons de notre petit groupe étaient impressionnés tandis que les filles quelque peu scandalisées par ce spectacle inusité.
 


 
Chapitre 2
Autostop vers le sud
 
 
J’ai quitté Bangkok où je reviendrai plusieurs fois et j’ai fait un petit bout hors des sentiers battus avec un couple d’Australiens, Chris et Lindsay. Ces jeunes trentenaires ont quitté leur pays pour parcourir le monde pendant un an avant de se marier. Ils sont convaincus que s’ils peuvent voyager ensemble pendant un an tout en étant toujours en amour à la fin, leur mariage sera inévitablement une réussite.
Nous avons décidé de nous rendre tranquillement vers le sud, mais en prenant les bus locaux, pas les bus super bien organisés pour touristes.
J’ai connu de cette façon une nouvelle facette de ce pays. Nous avons marché environ 4 km pour sortir un peu de la ville et prendre un bus local. Et quand je dis local, cela veut dire un vieux bus tout défait, muni de sièges minuscules, sans air climatisé bien sûr, rempli de bagages n’importe où et même de quelques poules.
Les gens nous souriaient et s’ils ne riaient pas de nous, je vous jure qu’ils avaient une bien belle façon. On nous fixait sans gêne. On a essayé d’échanger, mais ces gens-là, ceux qui n’ont pas de contact avec les touristes, ne parlent pas anglais. On essaie de parler thaï, mais même avec toute la bonne volonté au monde, on n’arrive pas à se faire comprendre. Pourtant j’ai bien fait mes devoirs et j’ai lu mon petit guide de thaï du début à la fin en insistant sur la section de prononciation. Mais, rien à faire. Alors on fait comme eux : on sourit, on hoche la tête et on fait le signe typique de politesse, les paumes de la main ensemble et placées juste en haut de la poitrine, sous le menton.
On ne sait pas où s’arrête le bus ni s’il va bien dans notre direction mais peu importe, on s’amuse et ça sort de l’ordinaire.
Finalement, le bus arrête et tout le monde descend. Alors on les imite. On finit par comprendre qu’il nous faudra marcher environ 8 km pour arriver sur la route où il y aura peut-être un bus vers le sud.
Alors on avance les trois à la queue leu leu. Il fait incroyablement chaud. Le soleil nous tape dessus. Surprise   ! Après moins de cinq minutes, un pick-up s’arrête : «  Where you go ? » nous dit le gentil et souriant monsieur. « South » « Oh South, OK . » Il nous fait signe d’embarquer dans la boîte du pick-up . On n’a rien à perdre, on y va.
Installés les trois sur nos sacs à dos dans la boîte du camion on voit le paysage défiler de chaque côté. Le vent dans les cheveux et le soleil qui nous chauffe la couenne, on éprouve un sentiment de liberté et d’insouciance. À trois on se sent en sécurité.
Le monsieur arrête sur le bord de la route après environ vingt minutes. Il y a des échoppes où l’on vend des repas et des boissons. Il nous demande si on a mangé... « Euh... pas vraiment... » Alors, il commande des plats pour nous et achète de l’eau. Nous sortons notre argent, mais impossible de payer notre part, il insiste pour nous offrir ce repas. On mange un plat de riz qui contient des ingrédients bizarres que je ne peux identifier. Je crois déceler des morceaux de viande... que je cache sous le riz. Je mange le reste. À grands coups de signes, on tente d’échanger avec notre monsieur mais vraiment, il n’y a rien à faire. Un peu frustrant. J’arrive toujours lors de mes voyages à me faire comprendre. Entre le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, les gestes et les sourires, on arrive toujours à quelque chose, mais pas ici.
On rembarque dans notre limousine climatisée au naturel. On ne sait pas où on va précisément. Mais il est tôt. Après une heure , no tre bon samaritain s’arrête et nous invite à descendre. Il nous fait signe de marcher devant et on croit comprendre qu’on croisera un chemin où il est possible de trouver un bus pour le sud.
Ben voyons donc ! Ça ne fait pas dix minutes qu’on marche qu’un autre bon samaritain s’arrête. Même scénario. « Montez, montez... » Alors, on monte.
Encore une fois le conducteur s’arrête à la première occasion pour nous offrir à manger. Non, non merci, on a déjà mangé. Il insiste et il nous paie lui aussi un autre bol de choses étranges avec du poulet. J’offre le poulet à Chris et Lindsay en douce. On mange, on boit de l’eau et on reprend la route. Tout le monde est content et on a le ventre rempli. Enfin, presque rempli. À vrai dire, les Thaïlandais mangent une tonne de riz et quelques onces à peine de protéines. Heureusement qu’on a mangé deux fois. On a de grandes carcasses à nourrir, nous.
Vous ne me croirez pas, mais ce petit manège a continué toute la journée et on a mangé quatre fois   ! Je ne peux plus manger un seul grain de riz   ! Les Thaïlandais se sentent personnellement responsables de nous. C’est leur devoir, prescrit par leur religion bouddhiste, d’aider leur prochain surtout s’il est étranger. Leur honneur en dépend.
Enfin vers la tombée du jour, on arrive dans une ville. Le conducteur nous dépose au terminus et nous prenons finalement un bus pour Krabi, une ville côtière au sud située près de Phuket et des îles Phi Phi.
À Krabi, on baigne dans une foule de touristes, de petits hôtels, de cafés et de restaurants qui rivalisent tous pour attirer les farangs que nous sommes. Ici on veut notre argent et on essaie de profiter de notre ignorance des prix pour nous soutirer le maximum. Quel étrange contraste entre ces gens et les bons samaritains qui nous ont permis de faire un bout de chemin avec eux.
Je découvre plusieurs plages dans la région, dont Ao Nang, Noppharat et surtout Railay beach. Pour rejoindre ce paradis, il faut prendre un long tail boat , une grande chaloupe bien longue et mince munie d’un moteur à longue queue. Pas d’autre moyen d’y arriver.
Le sable fin est magnifique et l’eau vert émeraude. Des rochers sortent de la mer, pointant leurs pics vers le ciel azuré. Les fanatiques de l’escalade viennent ici en grand nombre. C’est ce qui fait la renommée de l’endroit. Et la mer et le fait qu’il n’y a aucun resto ni aucune boutique de souvenirs sur la plage. Juste du sable et des Thaïlandais qui veulent te faire un massage ou un pédicure sur-le-champ, sur la plage.
Des bateaux-restaurants sont installés au fond de la baie. On y va, et les deux pieds plantés dans l’eau, on commande ce qu’on veut, pour moi pad thaï aux crevettes, pour les autres, pad thaï au poulet. J’ajoute aussi un bon jus de mangue bien frais. La gentille dame s’active à son poêlon et nous prépare en quelques minutes un succulent plat que nous mangeons sur le bord de la mer. Devant nous, ces formations rocheuses inusitées, quelques touristes en kayak, le vert de la mer, les clapotis des vagues... je ferme les yeux... je suis au paradis.


 
Chapitre 3
Lilly Bolero
 
 
Au loin, un voilier se berce au gré des vagues. Je me mets à rêver, car j’ai vu au début de la semaine une petite affiche : le capitaine d’un voilier cherche des membres d’équipage pour continuer son périple. J’ai très envie de communiquer avec lui, mais je me souviens que je n’ai pas trop le pied marin. En effet, je suis déjà montée à bord de plusieurs bateaux pour faire de la plongée sous-marine et presque chaque fois, je vomissais jusqu’au site de plongée. Mais ça me tente...
 C’est un des rêves sur ma très longue liste de choses à faire dans ma vie. Alors, je me décide et j’appelle le capitaine. Manque de chance, c’est complet pour le moment. Mais, il souhaite me rencontrer, car plus tard il aura peut-être besoin de gens, si je suis toujours intéressée. Bien sûr que cela m’intéresse   ! On se donne donc rendez-vous et je le rencontre avec sa copine qui, imaginez-vous donc, vient de Québec, plus précisément de Saint-Augustin-des-Desmaures où j’ai habité pendant deux ans.
 Kieran est Britannique. Il a 36 ans et il a acheté le Lilly Bolero pour voguer sur les océans. En chemin, il a rencontré Nathalie, la Québécoise, et voilà. Ils vivent sur leur voilier et voyagent au gré du vent. Ils aiment rencontrer les gens pour s’assurer que ça clique ... et nous cliquons bien entendu   ! Si jamais il y a une annulation pour le départ du 14 janvier (dans deux jours), ils m’appelleront. Sinon lorsqu’ils auront une place en route et je verrai où j’en suis.
 Je songe à quitter Krabi pour découvrir d’autres endroits et tandis que je réfléchis à tout ça, je reçois un courriel du capitaine. Il y a eu un désistement et on m’invite à faire partie de l’équipage   ! Je n’ai aucun détail, ni la destination, ni la durée. Tout ce que je sais, c’est que je monte à bord dans deux jours.  
Je ne sais rien, je n’ai aucune connaissance de la voile, mais on m’apprendra. Pour eux, c’est un mode de vie et ils m’invitent à partager cette vie à bord de leur «   maison flottante   » – quelle chance   ! Ce sera une expérience formidable, je crois.
 On me donne rendez-vous sur la plage et je réalise que le voilier qui était devant moi toute la semaine, flottant au gré des vents et des vagues, celui qui était amarré tout là-bas, tandis que je me dorais au soleil, ce voilier sera ma destinée. Il était là devant mes yeux, tentant, invitant, m’appelant. 
Je laisserai les flots me porter et quand le moment sera venu de vivre autre chose, je le ferai. 
J’ai eu beaucoup de difficulté à dormir la veille de mon départ. J’étais trop excitée de savoir que je partais pour une autre aventure.
Je me suis rendue à la plage bien avant l’heure convenue. J’ai fixé le voilier qui serait mon abri, ma maison pour les prochaines semaines.
Les chaloupes sont sur la plage et je retrouve facilement Kieran, le propriétaire du voilier, sa compagne Nathalie et Steve, le papa de Kieran, un vieux marin au teint buriné, arborant une pleine chevelure et une barbe blanches, avec un œil vif et un sourire narquois aux lèvres. Je suis étonnée de savoir qu’il a 72 ans   !
 Ma première responsabilité est de surveiller les chaloupes pendant qu’ils partent à la recherche d’eau. Ils reviennent avec une douzaine de cruches de vingt litres que nous devons transporter jusqu’aux chaloupes puis monter à bord.
Une fois les chaloupes pleines, nous partons. Je suis assise en avant et la première vague, je la reçois de plein fouet. Je suis déjà toute mouillée. Il faudra que je range mes vêtements et que je porte mon maillot.
 On monte l’eau sur le voilier et Kieran retourne sur la terre ferme chercher l’autre couple qui complétera l’équipage : un frère et une sœur de Vancouver. Calvin a 28 ans et Bromwin en a 26. Ils ont l’air bien sympathiques.
 On visite les lieux. Bien que nous soyons très à l’étroit, je tombe en amour avec Lilly. Lilly a de la gueule. C’est un voilier en bois de vingt ans, réplique des voiliers d’il y a cent ans. Il n’y a rien d’automatisé, nous n’avons pas d’électricité, donc pas de réfrigérateur et aucun des conforts auxquels nous sommes habitués.
Kieran nous présente son voilier   ; on dirait qu’il nous parle de la femme de sa vie. Il nous montre les différentes voiles en les nommant ainsi que les différents nœuds marins qu’il faudra apprendre à nouer et à défaire.
 Une fois les présentations faites, nous nous installons comme nous pouvons. Je dormirai dans la salle à manger-salon-chambre à coucher. J’ai un petit casier pour y mettre mes affaires et je devrai transformer le salon en dortoir chaque soir.
Nous montons sur le pont et je me pince pour m’assurer que ce n’est pas un rêve. Je suis sur un voilier et je pars vers l’inconnu   ! Nous attendons que le vent se lève pour hisser les voiles. Je sens une petite brise sur mon visage. Le vent souffle légèrement et notre capitaine nous indique que le moment est venu : il faut monter les voiles. Je me rends compte que ce n’est pas une tâche facile et mes mains tendres de traductrice sont très vite irritées, rouges et sensibles   !
 Et voilà   ! Il faut travailler vite et fort pour hisser toutes les voiles et bien ranger les cordes comme nous a montré Kieran. Ça y est   ! C’est le début d’une belle aventure, j’en suis convaincue.
 Une sensation de pur bonheur m’envahit. Un sentiment de liberté totale. Quelle chance j’ai de vivre cette expérience   ! Je suis tellement reconnaissante à la vie de pouvoir réaliser un autre beau rêve.
Nous voguons quelques heures et nous nous blottissons entre deux petites îles. Maintenant, c’est le temps de jouer : on part pour une petite séance de plongée en apnée avec masque, tuba et palmes. Je saute à l’eau. La visibilité est décevante, mais je vois des poissons que je n’ai encore jamais vus. Et quelques coraux mous intéressants.
 Ce soir, Kieran et Nat feront le souper. Je suis en équipe avec le vieux loup de mer, Steve, et demain ce sera à nous de faire les repas. On est de corvée à tour de rôle et en équipe de deux.
On mange un pad thaï, tous ensemble, sur le pont. Une jolie brise nous caresse et les flots nous bercent. Nous passons quelque temps ensemble à échanger des anecdotes puis chacun se prépare pour aller dormir.
Le lendemain, chacun se lève à son rythme. Comme je suis dans la pièce principale, dès six heures du matin je me suis fait réveiller. Moi qui aime dormir, je devrai m’adapter et aussi tenter de m’endormir plus tôt à l’avenir. Savoir s’adapter, c’est la clé du succès en voyage.
Après le déjeuner, on saute à l’eau pour un peu de plongée libre et du plaisir. Les gars, pour nous impressionner, montent les échelles de corde rattachées aux voiles et se laissent tomber dans les eaux turquoise à qui mieux mieux. On joue comme des enfants.
Ensemble on décide de passer un moment ici, isolés, avant de repartir. On prend la chaloupe pour aller explorer la plage de sable blanc fin et doux presque déserte. Ensuite, on fait encore un peu de plongée en apnée. Je suis comblée, moi qui adore ça   ! Je peux rester immobile et laisser défiler les poissons des heures durant sans jamais m’ennuyer. Pour moi, c’est encore plus divertissant que de regarder le tout dernier film au cinéma. Après un bon moment, nous retournons à bord. Il est temps de lever les voiles. La mer est calme. Le soleil est très fort, alors on installe une petite toile pour se protéger des rayons solaires.
 Nous voguons quelques heures jusqu’à notre prochaine destination. Nous baissons les voiles. Nous sautons à l’eau pour nous rafraîchir un peu. Je suis épuisée. Le grand air, la natation et le soleil... c’est fatigant. Il n’y a pas de stress pour le moment car le temps est radieux mais il y a quand même cette fatigue. D’ailleurs à 20 h tout le monde dort sauf moi... ça me prendra une petite heure de plus avant d’avoir assez sommeil.
En attendant que Morphée me prenne dans ses bras, je vous emmène sur mon voilier... Le pont mesure cinquante-deux pieds. Lilly a quatre voiles. La roue de gouvernail est à l’arrière. Un banc se trouve derrière la roue de gouvernail où le capitaine tient le cap. De chaque côté sont disposés aussi des bancs pour nous, les membres de l’équipage. Dans le centre se dresse une jolie table de bois bien pratique où nous prenons nos repas par beau temps. Le soir, on y installe un beau vieux fanal, ce qui donne une belle ambiance.
Pour se rendre à l’intérieur, on descend un minuscule escalier. Il faut faire attention pour ne pas se frapper la tête en descendant. Je ne suis pas encore habituée, mais, à force de me heurter, j’y arriverai. Bref, on entre dans la cuisine. Elle est petite, mais très, très fonctionnelle. Au fond derrière, on aperçoit un endroit pour dormir. C’est la chambre de Steve, notre vieux loup de mer. À la gauche de la cuisine est dissimulée une petite toilette manuelle. Il y a deux pompes, une pour faire couler l’eau dans la cuvette et l’autre pour évacuer le tout. C’est un bon exercice pour les bras. La pièce principale pourrait s’appeler la salle à manger (qu’on utilise seulement par mauvais temps). Un banc fait un lit à deux places d’un côté de la table puis dans le corridor, un autre banc se transforme en lit à une place. C’est le mien. Chaque soir, j’installe mes draps et je dors là. Le matin je range tout. Quand on vit sur un bateau à six, il faut se ramasser et tout ranger. C’est un très bon apprentissage pour moi qui ai l’habitude de laisser traîner mes choses un peu partout.
De l’autre côté de la salle à manger se situe la chambre du capitaine et de Nathalie. On y voit un lit, une table et des tablettes pour ranger les vêtements. La chaîne de l’ancre trône en plein milieu de leur chambre entourée de mille objets. C’est bordélique et minuscule.
 Il faut s’habituer à vivre dans un endroit restreint, à plusieurs personnes. Cependant, on a quand même nos moments d’intimité et de solitude. Certains vont à la plage, pendant que d’autres vont nager, un ou deux restent à bord du bateau et celui qui a envie d’être vraiment seul se dirige vers la proue.
Troisième jour en mer : les filles vont faire du yoga sur la plage très tôt. Je paresse un peu, moi qui aime bien faire le point et méditer avant de me lever. Steve est parti seul avec la barque qu’il a laissée sur le bord de la plage. Kieran dort encore   ! Je ne suis pas la dernière levée. Calvin fait des croquis dans son cahier. Je me fais un chocolat chaud et je monte sur le pont écrire et télécharger mes photos.
Tout est calme, je n’entends qu’une ou deux mouettes, le vent qui froisse les vêtements suspendus pour sécher et le clapotis des vagues qui frappe le voilier et les rochers au loin. J’apprécie beaucoup le vent, puisque je souffre énormément de la chaleur. Je suis toujours trempée de sueur, car les rayons du soleil sont omniprésents et la seule façon de se rafraîchir, c’est de sauter à l’eau. Pour le moment, j’adore cette vie sur l’eau.
Lilly continue son avancée sur les flots avec Julie à son bord. Nous y sommes depuis plus de deux semaines. Ce n’est pas un voyage facile. Pourquoi   ? Parce que c’est un voyage au fond de moi-même. Plus que l’Inde et Compostelle, il me met face à moi-même. Il me force aussi à apprendre et à vivre hors de ma zone de confort. Comment ça   ? D’abord la voile est un monde que je ne connais absolument pas. Il y a toutes sortes de choses à apprendre pour le bon fonctionnement du navire. La vie à bord implique aussi beaucoup de travail physique : hisser les voiles, ramer la barque, apprendre à faire des nœuds, sauter dans la barque et ramer jusqu’à terre pour s’étendre sur une plage déserte. Il faut aussi grimper sur le navire avec la force de ses bras sur une minuscule échelle de corde branlante ou en passant par le filet à l’avant du voilier.
Puis, il faut se faire confiance   ; être seule à la barre du navire en pleine nuit pendant que les autres dorment, en me guidant seulement avec le compas et les étoiles pour ne pas frapper un bateau de pêcheurs ou détruire les filets qu’ils installent est un exploit pour moi.
Ensuite, vivre à l’étroit avec cinq étrangers n’est pas une sinécure. Ne pas avoir un espace personnel, dormir dans la salle à manger, ce qui signifie se coucher lorsque tous se retirent même si on a sommeil des heures avant, ou après. Se changer là où l’on dort, dans le passage de la salle à manger, entourée de mon paréo comme seule discrétion.
Cuisiner dans un espace réduit et tenter de créer des repas sains et nourrissants avec des ingrédients limités. Parce que nous n’avons pas de frigo à bord. Apprendre aussi à cuisiner les céréales (qui ne nécessitent pas de réfrigération), haricots Mung, lentilles vertes, jaunes ou noires que l’on doit faire tremper une journée entière avant de les utiliser, protéines végétales texturées, moi qui ne cuisine plus depuis que j’ai entrepris mes voyages... cela m’a demandé des efforts constants. Ce n’est pas le fait que je devais cuisiner qui m’embêtait mais plutôt de devoir cuisiner avec des ingrédients que je ne connaissais pas, sans instruction sur le paquet puisque tout était dans des pots de verre. Il fallait rendre les plats appétissants, intéressants avec très peu sous la main.
Heureusement nous étions en équipe de deux et devions cuisiner une journée sur trois. Je vous avoue que la veille de ma journée de «   chef   » je stressais pas mal pour trouver des idées originales et goûteuses. Il faut dire que les autres connaissaient bien les céréales, savaient les préparer et mélangeaient pleins d’épices, de noix et de lentilles pour faire des repas savoureux et cela m’intimidait. J’ai dû demander conseil et de l’aide et j’ai donc appris à cuisiner les céréales, ce qui est pratiquement essentiel quand on est végétarien. J’ai aussi appris à faire le pain. Chaque jour Steve, le papa de Kieran, faisait du pain. Il utilisait toujours des ingrédients différents, il faisait des essais et ma foi son pain était bon à tous coups.
Malgré les conditions difficiles, j’ai vécu des moments riches et inoubliables. En effet, quelle façon magique de se lever chaque matin en sautant à l’eau pour visiter la faune et la flore marine... quelle chance   ! Quand nous sommes arrivés dans les îles Similan, je me croyais au paradis (marin)   ! Chaque fois c’était comme sauter dans un aquarium   !
J’ai nagé parmi des poissons de toutes les couleurs, de toutes les formes, venimeux ou non. Autour de moi, ils me frôlaient, puis arrivaient subitement face à face devant mon masque. J’ai aussi eu la très grande joie de nager pendant près d’une heure avec une tortue. Je nageais et j’ai senti que quelque chose m’effleurait le ventre. À mon grand étonnement, ce n’était pas un poisson mais une tortue   ! Elle m’a regardée tout doucement et a continué sa route, avec un regard qui me semblait dire : « Viens avec moi. » ... « Je vous le jure. » Alors je l’ai suivie. On aurait dit qu’on dansait ensemble un ballet aquatique. Elle me précédait toujours de quelques mètres, regardait derrière elle comme si elle voulait s’assurer que je la suivais. Puis elle partait sous l’eau, toujours plus loin, vers les profondeurs où je ne pouvais la suivre, comme pour me narguer. Je la suivais de la surface, puis elle remontait se frôler encore sur moi. À un moment donné, nous étions côte à côte, je pouvais compter les taches autour de son œil, elle me jetait un regard si serein, c’était vraiment un moment magique très fort, un moment qui te fait oublier tout, un instant de connexion intime avec la nature et la beauté de la vie.
Un peu moins belle et plus menaçante a été ma rencontre avec une murène. Elle mesurait au moins deux mètres. Son cou était énorme et son regard, féroce. J’ai préféré ne pas trop m’approcher, mais j’étais contente de l’avoir vue.
Faire de la plongée en apnée trois ou quatre fois par jour a été un beau cadeau de la vie.
Malheureusement, mon périple s’est terminé plus tôt que prévu, car un bon matin vers 5 h, nous nous sommes réveillés en catastrophe. La corde sur laquelle nous étions ancrés s’est brisée et les vagues nous ont portés vers la rive et la marée a baissé. Nous nous sommes donc échoués sur le sable. Il a fallu trois bateaux pour nous tirer de là et nous remettre à l’eau et Lilly a subi des dommages importants. Kieran a donc écourté notre voyage pour aller faire les réparations et chacun a repris sa route de son côté.


 
Chapitre 4
Action   ! On tourne   !
 
 
Peu importe, j’ai eu l’occasion de remplacer cette aventure par une autre tout aussi palpitante. J’ai fait de la figuration dans un film qui s’appelle THE IMPOSSIBLE dont les acteurs principaux sont Naomi Watts et Ewan Mc Gregor.
Vous vous demandez peut-être comment il se fait que je sois une figurante dans ce film qui a pris l’affiche un peu partout au monde, incluant aux États-Unis et au Canada ? C’est tout simplement un coup de chance qui m’a fait vivre cette expérience.
Après mon voyage en voilier écourté, je suis retournée à Krabi, un endroit que j’aime bien. Je sirotais un thé glacé dans un de mes cafés préférés et pour me désennuyer j’ai mis la main sur une petite revue destinée aux touristes qui présentait les activités mensuelles ainsi que les principaux attraits de la place.

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