Investir sans criser
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Description


Ce livre a pour ambition de ne pas se laisser atteindre par les discours pessimistes et d'affirmer haut et fort qu'il est encore et toujours possible d'investir en Bourse pour gagner.



Manuel du parfait investisseur, il offre le fruit de recherches et réflexions, ainsi que les meilleures clés pour :




  • Comprendre les marchés financiers à travers l'analyse fondamentale, qu'il invite aussi à dépasser pour mieux analyser les facteurs psychologiques inhérents au monde de la finance.


  • Interpréter la Crise et les enjeux à venir, notamment en ce qui concerne le capitalisme et la stagflation.


  • Élaborer sa propre boîte à outils pour décrypter la psychologie des foules, utiliser l'analyse technique, s'initier à l'analyse chartiste et déterminer les indicateurs techniques à observer.


  • Anticiper les retournements majeurs.


  • Se forger sa propre opinion sur les perspectives des marchés boursiers, du pétrole et de l'or.



Pédagogique, riche de références, de modèles et d'exemples, ce livre constitue un manuel anti-morosité pour tous les investisseurs qui veulent continuer à gagner en bourse !




  • Comprendre les marchés financiers : y a-t-il une logique derrière les mouvements en apparence aléatoires des cours boursiers ?


    • L'analyse fondamentale est incontournable


    • Méfiez-vous des fondamentaux


    • La psychologie récupère ses lettres de noblesse en finance


    • Bulles spéculatives et psychologie des foules


    • Crise financière et principaux enjeux du XXIe siècle


    • Les origines de la crise financière actuelle


    • Le capitalisme a-t-il encore un avenir ?


    • Sommes-nous entrés dans une ère de stagdéflation ?


    • Les principaux enjeux du XXIe siècle




  • Anticiper : la boîte à outils de l'investisseur


    • Décrypter la psychologie des foules


    • L'analyse technique, une méthode efficace ?


    • Initiation à l'analyse chartiste


    • Initiation aux indicateurs techniques


    • Anticiper les retournements majeurs en tendance




  • Quelles perspectives pour les marchés boursiers ?


    • Quelles perspectives pour le marché actions ?


    • Quelles perspectives pour le pétrole


    • Quelles perspectives pour l'or




Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 380
EAN13 9782212865431
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0142€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Thami KABBAJ
Investir sans criser
Éditions d’Organisation
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris cedex 05
www.editions-organisation.com
www.editions-eyrolles.com
Directeur de collection : Thami Kabbaj
Dans la même collection :
Investir en Bourse : peut-on battre le marché ? ,
Didier S AINT -G EORGES , 2007.
Le Code de la propriété intellectuelle du 1 er juillet 1992 interdit en effet expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est généralisée notamment dans l’enseignement provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée. En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2009 ISBN : 978-2-212-54339-1
Pour tout contact avec Thami Kabbaj : tkabbaj@hotmail.com
Sommaire
Introduction
Partie 1
Comprendre les marchés financiers : Y a-t-il une logique derrière les mouvements en apparence aléatoires des cours boursiers ?
Chapitre 1 – L’analyse fondamentale est incontournable
La théorie de l’efficience des marchés financiers
Définition
Les conditions d’un marché efficient
Nul ne peut battre le marché
Les mesures mises en place pour améliorer l’efficience des marchés
Des conditions propices au développement des marchés financiers
Les réformes structurelles menées dans les années 1980
L’analyse fondamentale dispose d’atouts de taille
Un appui solide du monde académique et professionnel
L’analyse fondamentale cherche à valoriser au mieux un actif financier
Les marchés financiers sont-ils efficients même en présence d’investisseurs irrationnels ?
La spéculation est stabilisatrice
Comment mener une analyse fondamentale pertinente ?
Conclusion
Chapitre 2 – Méfiez-vous des fondamentaux
Un bilan en demi-teinte des experts financiers
Le bêtisier des experts financiers
Les experts financiers sont-ils malhonnêtes ?
Les fondamentaux sont parfois impuissants
La permanence des délits d’initiés
La quasi-impossibilité d’obtenir une transparence parfaite de l’information
Enron : un cas d’école en matière de délits d’initiés
Les fondamentaux sont souvent imprévisibles
La Bourse, le meilleur placement à long terme ?
Conclusion
Chapitre 3 – La psychologie récupère ses lettres de noblesse en finance
Le sacre de la finance comportementale
Le dogme néoclassique ébranlé
Une école dynamique
Les arguments de la finance comportementale
Les investisseurs sont victimes de biais psychologiques
Les biais émotionnels
Les biais cognitifs
Niederhoffer : victime de son ego
Les marchés sont rarement efficients
Un arbitrage risqué et limité
Le risque fondamental
La présence des investisseurs irrationnels
Quelques anomalies
Tout ce qui brille attire
Les actions jumelles
Conclusion
Chapitre 4 – Bulles spéculatives et psychologie des foules
La théorie néoclassique incapable d’expliquer les bulles spéculatives
L’exubérance irrationnelle selon A. Greenspan
Une expérience en laboratoire aux résultats surprenants
Keynes et le concours de beauté
La Bourse ne reflète pas systématiquement l’économie réelle
La finance peut influencer les fondamentaux
La présence de phénomènes de mode sur les marchés financiers
Qu’est ce qu’une convention ?
La mise en évidence d’une rationalité mimétique
Les bulles spéculatives peuvent être rationnelles
La formation d’une convention
Les modes ne sont pas éternelles
Les principales étapes d’une bulle spéculative
Étude de plusieurs cas d’école : application de la théorie des conventions aux marchés financiers
La bulle technologique des années 1990 : un cas d’école
Les statistiques économiques victimes de la mode : le cas de l’euro
Partie 2
Crise financière et principaux enjeux du XXI e siècle
Chapitre 5 – Les origines de la crise financière actuelle
Les origines de la crise
Des déséquilibres économiques difficilement tenables
Rappel théorique
Étude chronologique des principaux déséquilibres
Une dette pléthorique des États-Unis auprès du reste du monde
Un déséquilibre difficilement tenable
Pourquoi l’épargne est-elle massivement investie aux USA ?
Les États-Unis : l’économie la plus innovante de la planète
Un taux d’épargne élevé des pays émergents
Des marchés financiers américains liquides et profonds
Le dollar, monnaie de l’économie la plus puissante de la planète
Les conséquences
Une pression à la baisse sur les taux d’intérêts
Comment remédier au gâchis de l’épargne mondiale ?
Conclusion
Chapitre 6 – Le capitalisme a-t-il encore un avenir ?
Qu’est-ce que le capitalisme ?
Définition
La main invisible d’Adam Smith
Le libéralisme, le système le plus performant ?
Des mécanismes incitatifs pervers
Un accès asymétrique à l’information
Qu’est-ce qu’une asymétrie d’information ?
Les dirigeants ne cherchent pas nécessairement l’intérêt des actionnaires
Des solutions erronées
Des lois pour réduire les asymétries d’information
Motiver les dirigeants à l’aide des stock-options
Le mécanisme des parachutes dorés
Le scandale des parachutes dorés
La myopie du court terme
Innovations financières et crise des subprimes
Titrisation et subprimes
Les subprimes ou l’art de prêter aux personnes peu solvables
Les banques se sont muées en super Hedge Funds
Et maintenant ?
La fin du capitalisme ?
Vers une nouvelle régulation mondiale ?
La crise financière va-t-elle perdurer ?
Conclusion
Chapitre 7 – Sommes-nous entrés dans une ère de stagdéflation ?
Des banques centrales obsédées par le spectre de l’inflation
L’incontournable courbe de Phillips
Stagflation et inefficacité des politiques économiques
Toute politique monétaire expansionniste est vouée à l’échec
La nécessaire autonomie des banques centrales
Une politique monétaire à réinventer
Une mondialisation désinflationniste ?
Des politiques désinflationnistes menées dans les années 1980
Le danger inflationniste a-t-il pour autant disparu ?
La mondialisation source de désinflation
Sommes-nous entrés dans une ère de stagdéflation ?
Le cercle vicieux de la déflation
La crise actuelle est-elle un remake de 1929 ?
Comment contrecarrer la spirale déflationniste ?
Les conséquences possibles de la crise
Conclusion
Chapitre 8 – Les principaux enjeux du XXI e siècle
Un bouleversement démographique
Les enseignements de la théorie du cycle de vie
De nombreux problèmes liés au vieillissement rapide de la population
Quels financements pour les retraites ?
Quels impacts pour les marchés financiers ?
Capitalisme contre capitalisme
L’Europe et les États-Unis en perte de vitesse ?
Une montée en puissance des BRIC
Les fonds souverains à la conquête des marchés boursiers mondiaux
Vers un nouveau capitalisme ?
La crise actuelle n’épargne pas les BRIC
Les inégalités mondiales
Un accroissement des inégalités mondiales
Une augmentation des inégalités au sein des pays riches
Un accroissement des inégalités entre pays
La solution du microcrédit
Les inégalités, un fléau mondial
L’urgence alimentaire
Une volatilité extrême des matières premières agricoles
Comment répondre à cette urgence alimentaire ?
Partie 3
Anticiper : la boîte à outils de l’investisseur
Chapitre 9 – Décrypter la psychologie des foules
Y a-t-il une logique derrière les mouvements boursiers
La réaction du marché surprend souvent les opérateurs
Le marché a souvent raison
Les déterminants des cours boursiers
La réaction du marché peut être contraire aux nouvelles publiées
Le marché peut évoluer sans raison apparente
Le point de vue des grands traders
Keynes et les esprits animaux
Comment les professionnels de marché décryptent-ils l’information ?
Quelles informations faut-il privilégier ?
Les nouvelles de type institutionnel
Les événements géopolitiques et les catastrophes naturelles
Les principales statistiques économiques
L’analyse psychologique donne une cohérence au chaos apparent qui règne sur les marchés
Quelques concepts importants
L’analyse psychologique
Le Tape Reading
Étude de quelques cas concrets
Le rebond de Yahoo en avril 2001
L’effondrement du yen malgré l’intervention de la banque du Japon
Conclusion
Chapitre 10 – L’analyse technique, une méthode efficace ?
Présentation de l’analyse technique ?
Bref historique de l’analyse technique
Les principes de base de l’analyse technique
La dimension stratégique de l’analyse technique
Comment expliquer le succès actuel de l’analyse technique ?
Une égalité de traitement pour tous les intervenants
Une approche plébiscitée par les grands traders
L’analyse technique est-elle efficace ?
Un débat souvent virulent entre techniciens et fondamentalistes
Une complémentarité évidente
L’analyse technique est mieux acceptée par le monde académique
L’efficacité de l’analyse technique repose-t-elle sur les prophéties autoréalisatrices ?
La prise en compte de la dimension psychologique
L’analyse technique n’est pas une méthode infaillible
Conclusion
Chapitre 11 – Initiation à l’analyse chartiste
Initiation à l’analyse chartiste
Les supports
Les résistances
Les cours ont une mémoire
Les principales configurations du marché
L’importance de repérer l’état du marché
Le marché en tendance haussière
Le marché en tendance baissière
Le marché sans tendance
Comment se forme une tendance ?
La théorie de Dow
Les principales leçons tirées de la théorie de Dow
La première phase : accumulation par les mains fortes
La deuxième phase : participation des professionnels et du public
La troisième phase : distribution des titres par les mains fortes ( astute investors ) qui précède le retournement du marché
Chapitre 12 – Initiation aux indicateurs techniques
Quelques concepts essentiels
Les indicateurs de surachat-survente
Zone de neutralité et équilibre du marché
La notion de divergence haussière et baissière
Étude du RSI
Description
Déterminer la tendance du marché à l’aide du RSI
Détecter les retournements majeurs à l’aide du RSI
Description
Illustration
Chapitre 13 – Anticiper les retournements majeurs en tendance
La tendance en cours est-elle encore saine ?
Abby Cohen : le gourou désavoué par les marchés
Le krach larvé des années 2000
Peut-on anticiper un krach boursier ?
Étude des principaux krachs boursiers
Le krach de 1929
Le krach de 1998
Le krach de mars 2000
11 septembre et effondrement des cours boursiers
La crise des subprimes était-elle prévisible ?
Préambule
Configuration graphique avant le krach
Le plan Paulson boudé ?
Conclusion
Partie 4
Quelles perspectives pour les marchés boursiers ?
Chapitre 14 – Quelles perspectives pour le marché actions ?
À quel moment la Bourse va-t-elle repartir ?
Les principaux cycles économiques
Les différentes phases du cycle d’affaires
Des cycles exacerbés avec la mondialisation
Adapter son style à la configuration des marchés modernes
Quelles évolutions possibles pour le marché actions ?
Un départ immédiat ?
Étude historique
Quelle stratégie privilégier ?
Un marché sans tendance
Étude historique
Quelle stratégie privilégier ?
Un krach larvé
Étude historique
Quelle stratégie privilégier ?
Un krach boursier d’une ampleur inégalée ?
Étude historique
Perspectives du Dow Jones
Chapitre 15 – Quelles perspectives pour le pétrole ?
Brève étude des fondamentaux
Les déterminants des cours du pétrole à court terme
Une bulle spéculative sur le pétrole ?
Le pétrole peu cher posera-t-il des problèmesà l’avenir ?
Pétrole et croissance économique
Les risques géopolitiques majeurs
Évolutions possibles du marché pétrolier
Étude du pétrole à long terme
Le pétrole ne fait rien
Le pétrole reprend le chemin de la hausse
Chapitre 16 – Quelles perspectives pour l’or ?
L’or, une valeur refuge ?
L’or, le grand oublié des années 1980 et 1990
Le retour en grâce de l’or
Quelles perspectives pour le métal précieux ?
1 er scénario : essoufflement
2 e scénario : poursuite du mouvement ascendant
Bibliographie
Introduction
Après la forte baisse des marchés, entamée en 2007, j’ai reçu un nombre important de sollicitations de la part de collègues, amis, membres de ma famille, etc. A partir de mars 2008, beaucoup souhaitent savoir si la période est idéale pour se positionner à l’achat. Il faut rappeler qu’à l’époque de nombreux « experts financiers » militaient dans ce sens, expliquant que le marché était sur des niveaux historiquement bas. Une anecdote me vient à l’esprit pour illustrer cette période. Un collègue ouvre un PEA début 2008. Il souhaite à tout prix investir sur les marchés et vient me voir pour me demander conseil. Il avait jeté son dévolu sur les valeurs bancaires. Je lui fais part de mon scepticisme et l’incite à ne rien faire. Il décide malgré tout de ne pas suivre mon conseil et achète plusieurs actions bancaires. Apparemment, il ne recherchait pas un conseil mais avant tout une confirmation de sa conviction. Malheureusement pour lui le marché s’effondre… Par la suite, je le surprends régulièrement en train de scruter l’effondrement des cours boursiers et sa déprime est palpable… Il me confiera par la suite que sa confiance dans les fondamentaux reste solide et que son investissement est réalisé dans une optique de long terme et ne manquera pas de mentionner la célèbre croyance : « À long terme, la bourse est le placement le plus rentable ». Depuis mars 2008, les valeurs bancaires ont encore perdu du terrain…
C’est sans doute l’une des raisons qui m’ont incité à écrire ce livre. J’ai exercé le métier d’analyste avec un certain succès et j’ai conseillé un grand nombre de professionnels. Toutefois, il est délicat pour moi de prodiguer des conseils à une personne ne maîtrisant pas suffisamment les marchés. Il m’est moimême arrivé d’avoir un point de vue sur l’évolution des marchés et d’en changer radicalement quelques jours après.
Conseiller un investisseur novice est donc une tâche délicate et comporte un risque non négligeable. En effet, comment l’investisseur va-t-il appliquer le conseil et sera-t-il suffisamment prudent lors de sa mise en application ? C’est pour cette raison que je refuse généralement de donner des conseils sur les marchés. Pour le grand public, les marchés financiers sont un monde mystérieux et opaque. Il y a une véritable méconnaissance des déterminants des cours boursiers et des comportements qui animent les opérateurs. La crise actuelle rend encore plus difficile la tâche qui consiste à décrypter l’évolution des marchés financiers. Elle suscite également de multiples interrogations sur l’évolution future des marchés. Certains analystes expriment l’idée d’un retour imminent de la hausse du marché actions. D’autres militent pour un scénario beaucoup plus pessimiste notamment une situation catastrophique pour les marchés boursiers.
Avec cet ouvrage, mon objectif est avant tout de vous fournir une grille de lecture et non de vous livrer des prévisions gravées dans le marbre. Il s’agit avant tout de vous imprégner de l’idée selon laquelle le marché constitue un indicateur puissant qui intègre des informations capitales extrêmement utiles pour les personnes qui savent en tirer profit.
Le livre est scindé en quatre grandes parties :
• La première partie constitue une critique de l’analyse fondamentale traditionnelle. Nous reviendrons tout d’abord sur les limites de l’analyse fondamentale. Nous verrons que cette approche, prisée par les investisseurs, présente plusieurs limites. Elle néglige la dimension psychologique, capitale à notre sens, et se révèle totalement inefficace dans certaines situations de marché (délits d’initiés, anticipation des retournements majeurs, etc.). Cette partie sera également l’occasion de revenir sur les inefficiences des marchés et par ricochet sur les nombreuses anomalies existantes. Nous étudierons également la formation des bulles spéculatives et les mouvements de panique comme les krachs boursiers. Enfin, nous montrerons l’importance des phénomènes de mode sur le plan boursier.
• La deuxième partie se propose de donner une lecture critique de la crise actuelle qui, à notre sens, trouve ses origines dans un déséquilibre marqué : la plupart des pays de la planète y ont contribué en prêtant massivement aux ménages américains. Par ailleurs, le principe de base du capitalisme, selon lequel le profit constitue la contrepartie d’une prise de risque assumée, a été totalement détourné de son but originel. Dans cette partie, nous reviendrons également sur les principaux enjeux économiques du XXI e siècle et nous insisterons sur les risques majeurs en matière de démographie, d’inégalités économiques, de bouleversement de la hiérarchie des puissances économiques avec l’émergence de puissances du sud comme la Chine et l’Inde…
• La troisième partie révèle l’importance de la psychologie pour anticiper l’évolution des cours boursiers. Plusieurs études de cas permettent à l’investisseur de mieux décrypter la psychologie dominante au sein de la communauté des investisseurs à un moment donné. Dans cette partie, nous aborderons également une approche prisée par les investisseurs et les traders à savoir « l’analyse technique ». Nous démontrerons en quoi cette approche est indispensable dans la boîte à outils de tout investisseur sérieux mais également comment elle s’est révélée efficace pour anticiper les principaux krachs boursiers, notamment celui entamé en 2007.
• La quatrième et dernière partie se focalise sur les perspectives des principaux marchés boursiers. Dans cette optique, nous avons réalisé une étude historique de l’évolution des marchés financiers et nous en avons tiré des leçons instructives pour l’avenir. Notre point de vue est le suivant : l’évolution des marchés est par nature aléatoire mais la lecture du passé comporte de nombreuses leçons pour décrypter l’avenir. Il faut éviter de tomber dans le piège classique qui consiste à privilégier un scénario plutôt qu’un autre. L’investisseur doit avoir l’esprit ouvert et laisser le marché lui dicter la marche à suivre. Nous avons donc envisagé plusieurs scénarios possibles pour chaque marché.
Partie 1
Comprendre les marchés financiers :
Y a-t-il une logique derrière les mouvements en apparence aléatoires des cours boursiers ?
Les marchés boursiers semblent totalement aléatoires pour le commun des mortels. Or, il y a une logique propre à ces mouvements boursiers qu’il s’agit de comprendre et que nous tenterons de révéler dans cette partie.
Chapitre 1
L’analyse fondamentale est incontournable
« Les économistes font rarement de bons spéculateurs, ils réfléchissent mal. »
Paul Krugman 1
Les marchés financiers modernes doivent tout à la théorie de l’efficience des marchés :
• la comptabilité en juste valeur,
• les stock-options,
• la libéralisation des marchés financiers,
• même l’analyse fondamentale s’inspire fortement des principes établis par cette théorie.
Il est donc indispensable, pour comprendre les marchés modernes et certains enjeux actuels 2 , de revenir sur les principales thèses de cette école. Nous aborderons l’importance de l’analyse fondamentale dans cet édifice.
La théorie de l’efficience des marchés financiers

La victoire idéologique des économistes néoclassiques a mis en avant la nécessité sur un plan économique d’avoir des marchés efficients. Dans cette partie, nous définirons tout d’abord l’efficience des marchés, puis nous montrerons son importance dans un second temps.
Définition
Pour Pierre Vernimmen 3 , un marché est efficient si le prix des titres financiers reflète à tout moment toute l’information disponible. Le prix est un condensé de toutes les anticipations sur les événements futurs. Ainsi, il est totalement impossible de prévoir les variations à venir d’un titre financier puisque tous les éléments connus ou anticipés sont déjà intégrés dans les prix actuels.
L’économiste Eugène Fama (1965) confirme : « Sur un marché financier où interviennent un grand nombre d’opérateurs, le prix d’un actif financier intègre en temps réel toute l’information disponible et ne peut s’éloigner durablement de sa juste valeur ou valeur fondamentale. Sur un marché efficient, les prix sont les meilleures estimations possibles de la valeur des entreprises. » Pour l’analyse fondamentale, les cours boursiers tendent à long terme vers leur valeur fondamentale, et les économistes orthodoxes vont défendre l’idée selon laquelle l’analyse fondamentale va contribuer à l’efficience des marchés. De nombreuses mesures seront mises en place dans les années 1980 pour améliorer cette efficience.
Les conditions d’un marché efficient
La théorie de l’efficience repose sur deux hypothèses de la théorie néoclassique, à savoir la rationalité des individus et la concurrence pure et parfaite. Un marché efficient doit respecter les conditions suivantes :
• les intervenants sont rationnels (ils sont bien informés et disposent de toute l’information nécessaire au même moment que les autres intervenants). Ils réagissent de façon appropriée aux informations qu’ils reçoivent et prennent les bonnes décisions ;
• la concurrence est pure et parfaite avec des intervenants nombreux, une information parfaite, des marchés liquides et des coûts de transaction minimes :
1) l’information doit être transparente. Elle doit circuler librement, être gratuite et disponible simultanément pour tous les opérateurs, ce qui leur permet de la traiter en temps réel. Nul ne peut tirer profit d’une information privilégiée. Ce comportement est sévèrement banni par la loi (cas des délits d’initiés) ;
2) l’atomicité ou la présence de nombreux intervenants sur le marché. La théorie de l’efficience des marchés justifie la présence de spéculateurs qui favorisent la liquidité du marché. Cette hypothèse importante souligne qu’aucun intervenant ne peut et ne doit influencer les cours, et ainsi accaparer une rente de monopole ;
3) la présence de nombreux intervenants sur les marchés améliore également la liquidité du marché, à savoir la possibilité d’y rentrer et d’en sortir très rapidement. La liquidité est d’autant plus forte que les coûts de transaction sont nuls ou très faibles. Dans ce cas, les frais de courtage doivent être négligeables et l’impôt de bourse réduit au minimum.
Selon les économistes, un marché efficient permet une allocation optimale des ressources. Sur un marché financier efficient, le prix des actifs cotés offre une information précieuse aux apporteurs de capitaux, et permet ainsi une allocation optimale des ressources financières au coût le plus faible possible. Pour la théorie néoclassique, le prix joue le rôle de signal. Il fournit toute l’information dont ont besoin les agents économiques pour leur prise de décision. Les prix fournis par les marchés financiers permettent aux investisseurs de connaître les secteurs porteurs, donc de s’y investir. Pour cette approche, il est important que les prix reflètent la réalité économique, qu’ils ne soient pas fixés par l’État ou par une autre institution.
Les fonds s’orientent vers les activités les plus productives et contribuent ainsi au développement économique. Cette thèse est vraie aussi bien au niveau national qu’international. Un pays en retard sur le plan économique devrait rattraper les autres en raison d’une productivité marginale supérieure. Les investisseurs vont spontanément y investir, car la rentabilité est supérieure. Ceci explique l’engouement des investisseurs internationaux pour certaines places boursières émergentes. Néanmoins, le rattrapage n’est jamais total. La théorie de la croissance endogène, popularisée par les travaux du prix Nobel Lucas, explique l’importance des externalités positives dégagées par certains secteurs. Dans ses travaux, il montre que certains pays en développement ont du mal à émerger, car ils n’investissent pas suffisamment dans les secteurs porteurs que sont la recherche et le développement, l’éducation et les infrastructures. L’Europe, décimée après la deuxième guerre mondiale, a rattrapé son retard par rapport aux États-Unis en partie grâce au plan Marshall…
Nul ne peut battre le marché
Pour les économistes néoclassiques, il est impossible de battre les marchés financiers, donc de prédire l’évolution des cours boursiers avec précision. Il n’est pas possible de se baser sur des historiques de cours ou sur une information quelconque pour battre le marché. Seules les informations non anticipées sur un marché efficient provoquent un décalage du cours des titres. L’arrivée d’informations imprévisibles et sans aucune régularité est à l’origine des fluctuations boursières. Dans ces conditions, l’investisseur ne peut réaliser une performance supérieure à celle du marché et doit se contenter de dupliquer la performance de l’indice boursier. Cette propriété a fortement encouragé la gestion indicielle qui vise à composer un portefeuille dont l’objectif principal est de réaliser des performances similaires à celles de l’indice boursier de référence. Ainsi, un gérant de portefeuille sur le marché français constituera son portefeuille avec des valeurs du CAC 40, ou d’un autre indice boursier, et utilisera les mêmes pondérations. Son objectif principal sera avant tout de faire légèrement mieux que le marché, mais pas forcément de réaliser une performance positive.

En résumé
Sur un marché efficient, le cours d’un actif financier doit avoisiner sa valeur fondamentale. Les économistes néoclassiques sont favorables aux mesures prises pour accroître l’efficience des marchés, car cette dernière permet une meilleure allocation des ressources et un accroissement du bien-être de l’ensemble de la société.
Les mesures mises en place pour améliorer l’efficience des marchés

Les nombreuses réformes entreprises durant les années 1980 ont permis de libéraliser les marchés financiers et d’accroître leur efficience. Elles ont été fortement influencées par les travaux des économistes néoclassiques.
Des conditions propices au développement des marchés financiers
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l’État a joué un rôle important en matière de politique économique 4 comme par exemple la politique des grands travaux. Cependant, la crise des années 1970 a remis au goût du jour les idées d’inspiration libérale. De nombreuses réformes structurelles ont été menées, favorisant le développement et la libéralisation des marchés financiers. Deux facteurs permettent d’expliquer cette montée en puissance des marchés financiers :
• le premier facteur est la hausse de l’endettement des pays développés à économie de marché (PDEM) suite à la crise des années 1970 qualifiée de stagflation. Durant les Trente Glorieuses (période de l’après-guerre), la croissance économique était élevée (en moyenne 5 % par an) et l’inflation maîtrisée. Les politiques d’inspiration keynésienne avaient une efficacité certaine, et permettaient de contrer les situations de sous régime et de surchauffe. La période des années 1970 marque une rupture, qualifiée de stagflation, puisqu’elle combine une faible croissance et une inflation élevée. Cette crise va obliger les États à trouver des sources de financement auprès des marchés internationaux, et notamment à l’époque, auprès des pays de l’OPEP qui disposaient de ressources financières en abondance ;
• le deuxième facteur explicatif est la montée en puissance de la doctrine libérale. Cette dernière a fragilisé les thèses keynésiennes 5 et exercé une influence déterminante sur les hommes politiques. Parmi les préconisations de cette école de pensée, on trouve : l’introduction de la concurrence, une diminution de la présence de l’État dans l’économie et la libéralisation des marchés financiers. Pour les néoclassiques, l’efficience des marchés est considérée comme un objectif prioritaire pour toute économie cherchant à devenir performante. L’efficience permet une allocation des ressources financières vers les secteurs les plus porteurs (ceux dont le potentiel de croissance est le plus élevé). Elle joue donc un rôle important dans la compétitivité des économies, permet d’attirer les capitaux du monde entier et de financer les investissements les plus prometteurs. De nombreuses réformes d’inspiration libérale ont été menées dans les années 1980, essentiellement en Grande-Bretagne et aux États-Unis, (dirigées respectivement par le Premier ministre Margaret Thatcher et le président Ronald Reagan.
Les réformes structurelles menées dans les années 1980
Durant les décennies 1970 et 1980, les idées libérales sont défendues par d’éminents économistes, dont de nombreux prix Nobel comme Milton Friedman, la nouvelle école classique (Lucas, Barro, Romer), l’école des choix publics (Buchanan et Tullock), etc. Ces économistes influenceront considérablement les réformes mises en place dans les pays développés à économie de marché pour libéraliser les marchés financiers. Elles ont été qualifiées de 3D (déréglementation, décloisonnement, désintermédiation) par Henri Bourguignat 6 :
• le décloisonnement a provoqué une déspécialisation 7 des activités financières, l’ouverture des marchés à tout opérateur, l’abolition du contrôle des changes et du monopole des agents de change dans les années 1980 ;
• la déréglementation a favorisé la liquidité du marché, c’est-à-dire la possibilité de rentrer et de sortir rapidement d’une position, donc une forte baisse de la prime de risque 8 . En effet, un investisseur peut désormais se défaire rapidement d’un actif financier s’il n’est pas satisfait par la gestion de l’entreprise en question. Un marché liquide est plus facilement efficient, puisque toute l’information disponible est intégrée rapidement dans les cours boursiers. La spéculation est jugée stabilisatrice par l’approche néoclassique et contribuerait à la liquidité du marché ;
• la désintermédiation permettra aux agents ayant un besoin de financement important (entreprises, États) de se financer directement auprès des marchés financiers sans passer par le système bancaire. Cette désintermédiation accroît également la concurrence en exerçant une pression sur les banques qui seront incitées à accorder des conditions de crédit beaucoup plus favorables 9 .
Ces réformes favoriseront l’efficience des marchés financiers. L’État n’est plus maître de la fixation des taux d’intérêt 10 devant résulter de l’égalisation entre l’offre et la demande de capitaux sur les marchés financiers. Ces réformes ont permis de coller au mieux aux préceptes néoclassiques :
• accroître la rationalité des opérateurs en leur permettant d’accéder à l’information la plus complète possible (transparence de l’information et diffusion à tous, délits d’initiés sévèrement réprimés, etc.) ;
• favoriser la liquidité et la concurrence sur les marchés financiers avec, en ligne de mire, l’élimination des situations de monopole.
Paradoxalement, malgré ces réformes, on a assisté à un accroissement important de la volatilité dans les années récentes. Les réformes entamées n’ont pas réussi à éliminer totalement les inégalités d’accès face à l’information comme les délits d’initiés par exemple. Toutefois, l’analyse fondamentale reste l’approche de référence, car elle contribuerait à l’efficience des marchés.
L’analyse fondamentale dispose d’atouts de taille

L’analyse fondamentale est extrêmement suivie par de nombreux opérateurs (gérants, traders, analystes, etc.), car elle dispose d’un appui solide au sein du monde académique et professionnel.
Un appui solide du monde académique et professionnel
La plupart des gérants de portefeuille et analystes financiers ont été formés aux méthodes classiques d’analyse économique et d’analyse financière sur les bancs de l’université. L’analyse financière permet par exemple d’estimer la solvabilité d’une entreprise, donc pour une banque de jauger sa capacité de remboursement dans le cas où un prêt lui serait accordé. Par ailleurs, les banquiers d’affaires ont recours aux principales méthodes de valorisation mises en avant par l’analyse financière pour estimer la valeur d’une entreprise, l’opportunité d’un rachat ou d’une fusion. Enfin, les dirigeants d’un pays vont se baser sur certains indicateurs économiques pour mettre en œuvre des politiques économiques appropriées. L’analyse fondamentale s’impose donc naturellement car elle est indispensable.
Pour la théorie de l’efficience des marchés, l’analyse fondamentale joue un rôle informationnel important. Elle permet une évaluation des principaux actifs financiers et favorise l’efficience des marchés financiers en permettant un retour des cours boursiers vers leur valeur fondamentale. Les fondamentalistes jouent un rôle déterminant, car leur travail d’analyse permet de contribuer à la vérité des prix, donc à l’efficience des marchés.
En outre, l’analyse fondamentale exige une maîtrise des mécanismes économiques et financiers, et requiert un certain degré de technicité et de nombreuses années d’études. Son utilisateur peut donner l’illusion d’être « brillant » intellectuellement. Ceci est important sur le strict plan du marketing et de la communication. Le gérant de portefeuille doit être capable de justifier ses positions, mais également ses performances (surtout ses contre-performances 11 ). Il doit défendre sa stratégie en évoquant des arguments solides sur le plan fondamental. Par exemple, un gérant a tout intérêt à dire : « J’ai acheté un titre en raison de fondamentaux solides » (résultats attendus très positifs, entreprise bien gérée, conjoncture économique au beau fixe, demande potentielle importante, bon positionnement stratégique, management solide, etc.). Il doit donc faire preuve de rigueur dans le processus de sélection de valeurs et éviter de laisser transparaître des failles comme, par exemple, le fait de recourir à son intuition 12 .
L’analyse fondamentale cherche à valoriser au mieux un actif financier
L’analyse fondamentale se fonde sur l’hypothèse de l’efficience des marchés selon laquelle les investisseurs sont supposés être rationnels. Ainsi, en moyenne, les cours boursiers tendent, ou du moins avoisinent la valeur fondamentale ou intrinsèque de l’actif financier, car les investisseurs rationnels se chargent d’éliminer rapidement tout écart.
L’analyse fondamentale s’applique à tout type d’actif financier (devises, matières premières, obligations, actions etc.). Elle est réalisée par des analystes financiers, des économistes et autres spécialistes de la finance. Ces experts vont déterminer la valeur d’un actif financier et estimer s’il est sous-évalué ou surévalué. Dans le cas d’une surévaluation (cours supérieur à la valeur fondamentale), les analystes recommandent de vendre l’actif en question. Inversement, lorsque l’actif est sous-évalué (cours inférieur à la valeur fondamentale), ils vont le conseiller à l’achat.
La valeur fondamentale du cours boursier d’une entreprise peut être mesurée par la somme actualisée des profits futurs 13 estimés sur la base du potentiel de l’entreprise, la qualité de son management, la stratégie mise en place, les avantages détenus par rapport à la concurrence, etc. Les analystes financiers réalisent cette tâche en épluchant les comptes des entreprises, mais également en visitant et en questionnant le management.
Pour évaluer une parité ou une obligation d’État, les économistes vont s’intéresser aux fondamentaux d’un pays et vont par exemple estimer le taux de croissance futur, évaluer l’endettement du pays, la solidité de ses institutions, les réformes structurelles menées, les infrastructures, la qualité de son enseignement, etc.
Pour le pétrole, un intérêt particulier sera porté aux facteurs d’offre et de demande. L’offre est constituée par l’offre actuelle (stocks existants) et l’offre potentielle (puits et champs pétroliers pouvant être exploités dans un délai bref). Les analystes vont évaluer les investissements nécessaires pour trouver de nouveaux puits et les exploiter. Quant à la demande, les analystes vont se baser sur les demandes actuelle et potentielle qui dépendent étroitement de plusieurs facteurs : la croissance économique mondiale, la démographie, les énergies de substitution, etc. Cette analyse fournira aux opérateurs une information précieuse pour estimer le bon prix du pétrole.

En résumé
L’analyse fondamentale contribue de manière déterminante à l’efficience des marchés financiers en mettant à la disposition des investisseurs des informations cruciales pour évaluer un actif financier. Les investisseurs rationnels vont rapidement intervenir pour éliminer les anomalies existantes.
Les marchés financiers sont-ils efficients même en présence d’investisseurs irrationnels ?
Ce résultat est extrêmement puissant, car il répond aux nombreuses critiques adressées aux hypothèses peu réalistes de la théorie de l’efficience des marchés. Il appuie l’idée selon laquelle la finance serait neutre. Certains investisseurs peuvent être irrationnels (achat d’un actif surévalué ou vente d’un actif sous-évalué), mais cela ne provoquera pas nécessairement de déviation marquée des cours boursiers par rapport à la valeur fondamentale. Pour la théorie néoclassique, les investisseurs sont rationnels. Ils sont capables d’évaluer correctement la valeur fondamentale d’un actif financier et de se positionner en conséquence 14 .
Dans les faits, les exemples de traders irrationnels (ou prenant des décisions irrationnelles) sont légion. Ainsi, le fonds LTCM, géré notamment par deux prix Nobel d’économie, a fait faillite en raison d’une prise de risque démesurée. Pourtant, ces investisseurs sophistiqués se sont basés sur un raisonnement fondamental classique : ils s’attendaient à un retour des cours boursiers vers leur valeur fondamentale qui n’a jamais eu lieu. L’effet de levier étant extrêmement important, il a suffi qu’un événement exceptionnel survienne pour provoquer la ruine du fonds spéculatif.
Cette hypothèse de rationalité parfaite des opérateurs est donc pour le moins discutable. Pourtant, les théoriciens néoclassiques réussiront à démontrer que les marchés financiers restent efficients (c’est-à-dire qu’ils ne dévient jamais très longtemps de la valeur fondamentale) même en présence d’investisseurs irrationnels. Pour ce faire, ils raisonnent à partir des deux hypothèses suivantes :
• les anticipations des investisseurs irrationnels ne sont pas corrélées 15 : en raison de la loi des grands nombres 16 , les positions des investisseurs se neutralisent et ne provoquent pas de déviation importante et durable des cours par rapport à la valeur fondamentale. Les anticipations des intervenants irrationnels vont se compenser et tout écart ne sera que le fruit du hasard ;
• les anticipations des investisseurs irrationnels sont corrélées : les investisseurs vont se positionner dans le même sens, car ils suivent les mêmes indicateurs ou les conseils des mêmes gourous. Ces investisseurs naïfs vont donc se positionner à l’achat dès la survenance d’une nouvelle positive ou à la vente dans le cas inverse. Les investisseurs intelligents (arbitragistes) savent saisir ces opportunités. Ils vont chercher à profiter du décalage existant entre le cours d’un titre et sa valeur fondamentale en se fondant sur le principe de l’efficience des marchés selon lequel les cours boursiers vont irrémédiablement revenir vers leur valeur fondamentale. En effet, les investisseurs irrationnels voyant les cours boursiers évoluer de manière adverse seront forcés de déboucler leurs positions avec des pertes. Cela aura comme effet d’accélérer le retour des cours boursiers vers la valeur fondamentale : l’intervention des arbitragistes réduira à néant l’action des investisseurs irrationnels.

En résumé
La présence d’investisseurs irrationnels ne remet pas en cause l’hypothèse de l’efficience des marchés financiers.
La spéculation est stabilisatrice
Pour la théorie néoclassique, les marchés financiers restent efficients malgré la présence d’investisseurs irrationnels. L’écart entre un cours boursier et sa valeur fondamentale ne sera jamais durable. Les interventions des investisseurs irrationnels s’élimineront d’elles-mêmes ou seront corrigées par les arbitragistes. Un arbitragiste est un intervenant qui prend des positions non risquées, en tirant profit des inefficiences de marché. Par exemple, si l’or vaut 400 dollars à New York et 380 dollars à Londres, l’arbitragiste achètera l’or à Londres à 380 dollars et le vendra aux États-Unis à 400 dollars. Il réalisera ainsi un profit de 20 dollars sur une opération sans risque. Ainsi, la spéculation ne peut provoquer de décalage important par rapport à la valeur fondamentale. Elle est stabilisatrice. Les crises sont des événements momentanés liés à un événement imprévu, mais en aucun cas la conséquence d’une quelconque irrationalité des investisseurs. Selon le célèbre théoricien de l’efficience des marchés Burton Malkiel 17 , l’existence d’anomalies est rapidement éliminée sur les marchés, car la simple révélation publique de ce phénomène attirera spontanément les forces concurrentielles.
Comment mener une analyse fondamentale pertinente ?
Utilisée correctement, l’analyse fondamentale peut constituer un outil puissant sur les marchés financiers. Néanmoins, pour mener un diagnostic fondamental pertinent, plusieurs règles devront être respectées :
• L’horizon retenu est le long terme. L’analyse fondamentale est inopérante à court terme. Une période de deux à trois ans nous semble correcte pour ce type de méthode. Le court terme est sujet à des phénomènes totalement déconnectés des fondamentaux et étroitement lié à la psychologie des foules. Toutefois, même à court terme, il est important de prendre en compte l’information de type fondamental, notamment la réaction des opérateurs après la publication d’une nouvelle économique ou financière.
• L’analyse fondamentale est peu pertinente dans les périodes d’euphorie ou de pessimisme. L’investisseur devra éviter de tomber dans le piège des effets de mode. Durant la bulle technologique, Warren Buffet a préféré rester à l’écart, car il ne maîtrisait pas ce secteur. Sa performance en a pâti et au premier trimestre de l’année 2000, beaucoup d’observateurs annonçaient sa fin et l’ont même violemment critiqué le traitant de « has been ». Pourtant, Buffet a su garder son sang-froid et a continué à appliquer rigoureusement les préceptes qui ont fait son succès. En analyse fondamentale, il est important de fonder son approche sur des critères simples mais rigoureux. Certains critères classiques comme la surévaluation ou la sous-évaluation d’un titre sont importants, mais ils ne sont pas suffisants pour élaborer une stratégie d’investissement digne de ce nom.
• L’analyse fondamentale classique ne suffit pas et devra être complétée par une étude approfondie de la psychologie du marché. Dans un marché baissier, une action peut être sous-évaluée et poursuivre malgré tout sa chute. Par ailleurs, la finance n’est pas neutre et influence dans certaines situations les fondamentaux. Une entreprise dont le titre baisse en bourse peut se retrouver en difficulté financière malgré des fondamentaux solides. L’action est bien sous-évaluée, mais ne représente en aucun cas une opportunité d’achat… L’investisseur doit en être conscient et éviter de se positionner uniquement sur des critères d’ordre fondamental. Il devra également soigner son timing afin de rentrer au meilleur moment sur un titre, c’est-à-dire lorsqu’une accélération haussière est imminente au lieu d’immobiliser son capital inutilement.
• Enfin, une entreprise bien gérée et affichant de bons résultats ne constitue pas nécessairement une opportunité d’achat. En effet, les fondamentaux ne sont qu’un élément parmi tant d’autres et cet aspect devra être pris en compte par l’investisseur dans le processus de sélection de valeurs.
Conclusion

L’analyse fondamentale devra être menée de manière indépendante, car il est dangereux de fonder sa prise de décision en se basant uniquement sur la recommandation d’un analyste financier, d’un journaliste ou même d’un gourou. Ces analyses ne sont pas toujours pertinentes et les analystes financiers sont souvent victimes de certains phénomènes moutonniers. Comme l’explique le prix Nobel d’économie 2008 Paul Krugman, pour réussir dans le domaine de l’investissement boursier, il ne faut pas nécessairement coller aux fondamentaux : « L’investisseur doit penser à court terme, être cupide, compter sur le plus bête, courir avec le troupeau, généraliser à outrance, être tendance et jouer avec l’argent des autres… » L’analyse fondamentale n’est pas toujours un outil d’aide à la décision efficace comme nous le verrons au chapitre 2.

1 . L’Amérique dérape, éditions Flammarion, 2004.
2 . La crise financière actuelle s’explique pour beaucoup par certaines hypothèses fausses avancées par ce paradigme dominant comme l’hypothèse de la parfaite rationalité des investisseurs.
3 . Finance d’entreprise , éditions Dalloz, 2002.
4 . Les politiques économiques d’inspiration keynésienne ont été dominantes.
5 . Prônant la nécessaire intervention de l’État.
6 . Henri Bourguignat, Finance internationale , éditions PUF, 1992.
7 . Par exemple, le Glass Steagall Act établi aux États-Unis en 1933 avait imposé une séparation entre les banques commerciales et les banques d’investissement. Cette spécialisation n’a plus cours aujourd’hui.
8 . Un marché peu liquide est risqué au sens où l’on peut se retrouver avec des titres dont personne ne veut.
9 . Dans les faits, de nombreuses banques interviennent dans ce processus de désintermédiation notamment à travers les opérations de conseil mais aussi les activités de courtage.
10 . Au moins à long terme car à court terme c’est la banque centrale qui fixe les taux d’intérêt.
11 . Les investisseurs lui demanderont des comptes et risquent de retirer leur argent s’ils ne sont pas satisfaits par la manière dont il est géré.
12 . L’expérience montre que de nombreux gérants sont biaisés psychologiquement et ne prennent pas toujours des décisions rationnelles.
13 . Les analystes financiers utilisent généralement le dividende futur comme mesure du profit.
14 . À l’achat pour un actif sous-évalué et à la vente pour un actif surévalué.
15 . Les prises de position des opérateurs sont indépendantes les unes des autres.
16 . On parle de loi des grands nombres lorsque l’échantillon est suffisamment important.
17 . Malkiel est l’auteur du livre « A Random Walk Down Wall Street », best-seller aux Etats-Unis qui a été vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.
Chapitre 2
Méfiez-vous des fondamentaux
Malgré les nombreuses interventions publiques et lois votées par le législateur, les délits d’initiés sont toujours présents. La persistance des nombreuses asymétries d’information 1 montre qu’il est difficile pour un investisseur particulier ou professionnel d’obtenir une information parfaite sur la valeur d’un actif financier. Le recours à l’analyse fondamentale est souvent insuffisant pour anticiper certaines situations exceptionnelles et les critiques sont de plus en plus nombreuses sur la pertinence de cette méthode d’analyse.
Un bilan en demi-teinte des experts financiers

Le bêtisier des experts financiers
Peu avant le krach de 1929, le célèbre économiste Irving Fisher affirmait : « Le prix des actions a atteint ce qui paraît être un haut plateau permanent. La Bourse tremble à cause de la folie de quelques-uns et les cours boursiers n’ont pas encore atteint leur vraie valeur et devraient continuer à croître. » Plusieurs mois après le krach, I. Fisher continuait à marteler le même discours…
Durant la bulle Internet, de nombreux analystes financiers sont devenus de véritables vedettes avec des salaires de plusieurs millions de dollars :
• Henry Blodget analyste vedette chez Merrill Lynch, était extrêmement haussier sur les titres eToys Inc. et Pets.com. Malgré la chute de ces titres, il persiste dans son analyse, et attend août 2000 et une perte de plus de 85 % sur les titres recommandés avant de baisser sa note.
• Mary Meeker analyste au sein de la banque d’affaires Morgan Stanley est devenue célèbre grâce à un rapport très positif sur les valeurs Internet publié en 1995, qui lui a même valu le surnom de « Reine du Net ». Elle s’est entêtée après le krach de mars 2000 en continuant à recommander à l’achat des valeurs, notamment Priceline.com Inc. et Drugstore.com Inc. , qui se sont littéralement effondrées.
Les experts se trompent souvent et l’actualité financière le prouve régulièrement de manière fracassante. En 2007, peu d’économistes ont évoqué l’imminence d’une crise financière majeure. En juillet 2007, malgré la baisse des marchés financiers et certains signaux annonciateurs, les experts ont minimisé le phénomène en évoquant une simple exagération qui n’était pas justifiée sur un plan fondamental.
En avril 2008, après la forte baisse du marché, de nombreux économistes ont même pointé l’imminence d’un retournement haussier et l’impératif de profiter de cette situation exceptionnelle avec des titres anormalement bradés 2 (car fortement sous-évalués). L’économiste Patrick Artus, interrogé par l’hebdomadaire Challenges , a même affirmé : « Le pire est fini 3 . » Pourtant, les marchés ont poursuivi brutalement leur chute contredisant tous ces experts financiers.
Nous voyons la dangerosité qu’il y a de suivre certains conseils. La prévision des marchés reste un art délicat et c’est pour cette raison que l’investisseur doit établir différents scénarios possibles et se tenir prêt à toutes les éventualités. Il ne doit en aucun cas se laisser aveugler par ses certitudes. En matière économique, l’aléa joue un rôle extrêmement important…
De là à parler d’une malhonnêteté des experts financiers, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. Comme dans tous les corps de métiers, il existe des personnes malhonnêtes, mais la grande majorité ne l’est pas. Il est donc dangereux et contre-productif de généraliser et de jeter l’opprobre sur toute une profession. Toutefois, nous verrons que les erreurs grossières commises par ces experts peuvent être justifiées.
Les experts financiers sont-ils malhonnêtes ?
Cette question récurrente 4 méritait une réponse. Après un krach boursier, il est fréquent d’évoquer la fameuse théorie du complot. Cette suspicion est d’ailleurs exacerbée par les nombreux scandales qui ont écorné l’image du monde financier ces dernières années (affaires Enron, Parmalat, Madoff, etc.). Certains analystes financiers et cabinets d’audit 5 y ont d’ailleurs été étroitement liés. Peut-on dès lors se fier à leurs recommandations ?

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