Le droit et la science politique à l
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Le droit et la science politique à l'épreuve des crises du XXIe siècle

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Description

Dans l'histoire de l'humanité, rares sont les siècles qui ont connu autant de crises dans un laps de temps aussi rapproché. 20 ans seulement après le début de notre XXIe siècle, trois crises de très grande ampleur (attentats du 11 septembre 2001, crise financière de 2008, pandémie du Covid-19 de 2020) ont déjà vu le jour. Le droit et la science politique ne peuvent rester indifférents à ces phénomènes répétés de crise. Cet ouvrage propose une lecture illustrée, savante et actualisée des ressorts mobilisés par ces deux disciplines et différentes spécialités qu'elles recouvrent pour tenter d'y faire face. Trois principaux angles d'attaque conduisent ainsi les analyses : la crise de représentation, les insuffisances étatiques et la gestion de crise par les entreprises.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 03 juillet 2020
Nombre de lectures 1
EAN13 9782336904146
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Droit privé et sciences criminelles
Droit privé et sciences criminelles
Collection dirigée par Yves Strickler
Créée fin 2011 par Yves Strickler et le Centre d’études et de recherches en droit privé (devenu le Centre d’études et de recherches en droit des procédures en 2013) de la Faculté de droit et science politique de Nice, la présente collection a pour vocation principale de publier des ouvrages en liaison avec le thème retenu pour dénomination de la collection. Cette dernière rassemble des recherches originales, tirées notamment de travaux de recherche, de manifestations scientifiques ainsi que d’ouvrages collectifs sur les interrogations actuelles que rencontre la science juridique, spécialement dans le domaine du droit privé et des sciences criminelles.
Parutions antérieures
Défiance, doute, incertitude : quelle place pour la notion de confiance dans les sociétés modernes  ? (dir. Julie Tribolo), 2019, 90 pp.
L’enfant à l’épreuve de la séparation parentale (dir. Laetitia Antonini-Cochin et Marie-Cécile Lasserre), avril 2019, 126 pp.
Les grands principes des répartitions dans les procédures collectives , Maxence Guastella, mars 2019, 300 pp.
La cession de dette , Jean-Baptiste Bottin, mars 2019, 148 pp.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Postérité et actualité (dir. Jimmy Meersman et Rémi Puigventos), février 2019, 238 pp.
Médiation et entreprises. Regards croisés Droit et Gestion (dir. Gulsen Yildirim, Isabelle Sauviat et Romain Dumas), janvier 2019, 142 pp.
La procédure (dir. Joanna Genovese et Giovanna Debernardi), octobre 2018, 138 pages
Techniques de critique d’une décision « définitive ». Imprécision sémantique et pérennité des décisions de justice en procédure civile, Tennessee Caen, juin 2018, 160 pages
Réforme de la prescription pénale (dir Christine Courtin et Jean-Raphaël Demarchi), juin 2018, 154 pages
Droit des sociétés et procédures collectives (dir. Laurence-Caroline Henry), janvier 2018, 207 pages
Comité de lecture : Pr. Yves Strickler (président)
Pr. Natalie Fricero, Mme Laetitia Antonini-Cochin (MCF-HDR),
Mme Christine Courtin (MCF-HDR), Mme Christine Pina (MCF-HDR),
Pr. Pierre-Michel Le Corre.
Titre


Responsables scientifiques : Nils MONNERIE et Cloé PONZO








L E DROIT ET LA SCIENCE POLITIQUE A L’EPREUVE DES CRISES DU XXI E SIECLE
Copyright





























© L’Harmattan, 2020
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-90414-6
Responsables scientifiques

Responsables scientifiques :
Nils M ONNERIE et Cloé P ONZO
Auteurs (ordre alphabétique) :
Anne-Laurice A NDRÉ ,
Doctorante au GREDEG, Université Côte d’Azur
Cloé P ONZO ,
Doctorante au ERMES, Université Côte d’Azur
Jean R OOS ,
Doctorant au CERDACFF, Université Côte d’Azur
Jean-Sylvestre B ERGE ,
Président de l’IFR « Interactions », membre du GREDEG, Professeur à l’Université Côte d’Azur
Jimmy M EERSMAN ,
Doctorant au CERDACFF, Université Côte d’Azur
Mohamed Zied C HAMSI ,
Doctorant au CERDACFF, Université Côte d’Azur
Morgane R ECLUS ,
Doctorante au CERDACFF, Université Côte d’Azur
Nils M ONNERIE ,
Doctorant au CERDP et au GREDEG, Université Côte d’Azur
Pierre-Claver K AMGAING ,
Doctorant au CERDP, Université Côte d’Azur
Randianina R ADILOFE ,
Docteur de l’Université Côte d’Azur, Membre du GREDEG
Victoria M OREAU ,
Doctorante au GREDEG, Université Côte d’Azur
Yves S TRICKLER ,
Président de l’IFR « Interactions », membre du CERDP, Professeur à l’Université Côte d’Azur
Sommaire
Avant-propos , par Jean-Sylvestre B ERGÉ et Yves S TRICKLER
PREMIÈRE PARTIE - LA CRISE DE LA REPRÉSENTATION : RACINE D’UNE DÉSTABILISATION INSTITUTIONNELLE ?
(In)visibilité : questionner la participation des jeunes de banlieue en temps de crise, par Cloé P ONZO
La crise de l’ethnie en Afrique centrale : échec des politiques, contribution du droit, par Pierre-Claver K AMGAING
Le nomadisme parlementaire et la crise de représentativité au sein de l’Assemblée des représentants du peuple en Tunisie (2014-2019), par Mohamed Zied C HAMSI
SECONDE - PARTIE INSUFFISANCES ÉTATIQUES : INSUFFISANCE DE MOYENS OU DE VOLONTÉ ?
Crise médiatique et responsabilité du ministre, par Jean R OOS
Le droit public français face aux migrations internationales du XXI e siècle : crise migratoire et crise des migrants, par Morgane R ECLUS
Les droits et libertés fondamentaux à l’épreuve de la crise climatique, par Randianina Radilofe
La crise du domaine public au XXI e siècle – Regards sur l’équilibre entre conservation et valorisation domaniales, par Jimmy Meersman
TROISIÈME - PARTIE UNE GESTION DES CRISES PAR LES ENTREPRISES : UNE DÉLÉGATION DES OBJECTIFS DE LA PUISSANCE PUBLIQUE ?
Les fakes news : De la manipulation d’informations financières à la crise de l’information, par Nils M ONNERIE
La régulation bancaire post-subprimes face au risque systémique, par Victoria M OREAU
Information environnementale : indicateur de performance des entreprises ou outil de lutte contre les crises écologiques, par Anne-Laurice A NDRÉ
Avant-propos
par Jean-Sylvestre B ERGÉ et Yves S TRICKLER
Cet ouvrage rassemble les contributions de doctorants et jeunes docteurs en droit et science politique de l’Université Côte d’Azur. Réunis au sein d’une même école doctorale, ces jeunes chercheurs ont accepté de confronter leurs travaux respectifs dans le cadre des activités de l’Institut Fédératif de Recherches « Interactions » qui réunit l’ensemble des équipes de recherches de la Faculté de droit et science politique de Nice.
Cette initiative est la deuxième du genre (voir pour la première édition : J. Meersman et R. Puigventos (dir.), Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – Postérité et actualité , L’Harmattan, coll. Droit privé et sciences criminelles, 2019, 234 pages). Elle porte publication des actes d’un colloque qui s’est tenu à Nice le 25 novembre 2019.
Les travaux ont été entrepris et conduits par Nils Monnerie et Cloé Ponzo. Ils rassemblent dix contributions différentes, articulées autour de trois thèmes fédérateurs.
Le premier thème porte sur la crise des mécanismes traditionnels de représentation publique et ses différentes racines. Le point des trois études proposées porte respectivement sur les jeunes de banlieues françaises (contribution de Cloé Ponzo), l’ethnie en Afrique centrale (contribution de Pierre-Claver Kamgaing) et le nomadisme parlementaire en Tunisie (contribution de Mohamed Zied Chamsi).
Le deuxième thème s’intéresse aux insuffisances étatiques en situations de crise. S’agit-il d’un problème de moyens ou de volonté ? Quatre situations différentes sont envisagées : la responsabilité du ministre en situation de crise médiatique (contribution de Jean Roos), la crise migratoire qui se meut aujourd’hui en crise de migrants (contribution de Morgane Reclus), le sort des droits et libertés fondamentaux en situation de crise climatique (contribution de Randianina Radilofe), la crise du domaine public confronté à la recherche d’un équilibre entre conservation et valorisation domaniales (contribution de Jimmy Meersman).
Le troisième et dernier thème concentre les analyses sur la gestion des crises par les entreprises et les questions que cela pose au regard des objectifs traditionnels de puissance publique. Le rôle cardinal joué par l’information dans le domaine des activités financières est confronté au spectre de la fausse information (contribution de Nils Monnerie). Les mécanismes de régulation bancaire définis après la crise financière de 2008 sont étalonnés à l’échelle du risque systémique (contribution de Victoria Moreau). Enfin, l’information environnementale est évaluée dans sa double fonction d’indicateur de performance des entreprises et d’outil de lutte contre les crises écologiques (contribution de Anne-Laurice André).
Au final, la très grande diversité et richesse des analyses est le signe tangible de l’apport de la « jeune recherche » à la construction du savoir : nos jeunes chercheurs se révèlent être ces enfants de la crise qui ont quelque chose à nous apprendre sur la manière de penser et de faire évoluer le droit et la science politique.
Qu’ils en soient grandement remerciés !
PREMIÈRE PARTIE LA CRISE DE LA REPRÉSENTATION : RACINE D’UNE DÉSTABILISATION INSTITUTIONNELLE ?
(In)visibilité : questionner la participation des jeunes de banlieue en temps de crise
Cloé P ONZO
« Ces médias qui ne trouvent pas la banlieue parmi les gilets jaunes » 1 tel est le constat posé par Sonia Devillers sur France Inter. Ce titre est le point de départ de cette communication qui s’intéresse aux interrogations quant à l’absence des jeunes des banlieues dans le mouvement des gilets jaunes. En effet, on peut s’interroger sur ces questionnements récurrents et nombreux quant à la place des jeunes dans ce mouvement, alors même que leur participation est très faible et non évidente.
La crise des banlieues et celle des gilets jaunes se distinguent sur plusieurs points : elles ont lieu à des périodes distinctes, mobilisent des acteurs, des registres d’action et des revendications qui s’éloignent. En revanche, elles ont pour point commun de questionner la participation (politique) des jeunes des banlieues, à travers les processus de mise en lumière ou d’invisibilisation de ce groupe en temps de crise.
Cette communication vise à s’intéresser aux récits des observateurs 2 , qui émergent en temps de crise, quant à la participation des jeunes des banlieues à ces crises, et leurs prises de position. En partant de deux « crises » : celle des banlieues et celle des gilets jaunes, il conviendra de s’intéresser en particulier aux hypothèses de convergence des luttes. En ce sens, il ne s’agit pas d’étudier pourquoi ces jeunes étaient présents ou absents lors de ces crises, mais plutôt comment leur participation a été questionnée, ainsi que de proposer des hypothèses sur l’émergence de ces questionnements. En effet, alors que leur participation au mouvement des gilets jaunes a été « anecdotique » 3 , la figure du jeune de banlieue a été surreprésentée dans les médias pendant le mouvement.
Le terme de « jeune de banlieue » est retenu pour cette communication, même s’il ne traduit pas une réalité homogène 4 . Ce terme est conservé puisque les sources mobilisées dans cette communication – principalement des articles de presse en ligne ainsi que des billets de blog – emploient pour l’essentiel l’expression « jeune de banlieue ». Le présent papier souhaite apporter des pistes de réflexion sur le rapprochement non évident entre les jeunes de banlieue et le mouvement des gilets jaunes. Réfléchir sur l’absence ou la présence des jeunes de banlieue en temps de crise (I) suppose de s’intéresser à la question de la convergence des luttes (II).
I. La (non)-participation des jeunes de banlieue questionnée en temps de crise
La crise des banlieues a participé à mettre au-devant de la scène politique et médiatique, les jeunes de banlieue. Ainsi la crise des banlieues a participé à rendre visible de plusieurs façons les jeunes des banlieues : par une mise au-devant de la scène médiatique, une mise à l’agenda politique et une mise à l’agenda scientifique (A). Cependant, la crise des gilets jaunes, pendant laquelle l’invisibilité des jeunes de banlieue a été largement soulignée, a été l’occasion de requestionner les revendications de ces jeunes, qui n’ont pas rejoint le mouvement (B).
A. LA CONSTRUCTION DE LA FIGURE DU « JEUNE DE BANLIEUE » EN PÉRIODE D’ÉMEUTE URBAINE
Il ne s’agit pas ici de retracer l’ensemble des événements survenus dans ce que l’on retient aujourd’hui comme la « crise des banlieues », mais plutôt de voir dans quelle mesure ces événements ont participé à construire une figure du jeune de banlieue.
La première mise en lumière de la catégorie « jeune de banlieue » est faite par les médias. En effet, après la série d’émeutes urbaines 5 se multiplient les articles de presse ou reportages dont ils font l’objet. Gregory Derville dans un article intitulé « la stigmatisation des “jeunes de banlieue” » 6 montre comment après les émeutes, les médias ont construit une figure dévalorisante des jeunes de banlieue en ayant une lecture trop simplifiée des émeutes, réduites à de simples actes de violence. De plus, en construisant la figure du « jeune de banlieue » au prisme des émeutes urbaines, les médias ont participé à occulter l’hétérogénéité des situations dans ces quartiers. Pour Cyprien Avenel, cette visibilité médiatique considérable des « jeunes de quartiers » a eu pour effet de créer une véritable catégorie sur laquelle on a projeté des représentations et des mythes simplifiés tels que les problèmes sociaux et la violence, en occultant alors une réalité qui ne se limite pas à ces questions 7 . Ces représentations perdurent encore dans les mises en récit des quartiers par les médias.
La crise des banlieues a également mis à l’agenda public les revendications formulées à ce moment-là 8 . Comme le souligne Jean-Marc Stébé, des « remèdes multiples » 9 ont été proposés et mis en œuvre après les émeutes urbaines. Parmi ces solutions on retrouve notamment les politiques de rénovation urbaine pour améliorer le cadre de vie et les politiques d’emploi et d’insertion pour lutter contre le chômage. Plus que cela, elle sert véritablement de point de départ dans la construction d’une catégorie d’analyse des problèmes sociaux mais également dans la construction d’une catégorie d’action publique, qui perdurent encore aujourd’hui 10 . L’État porte son attention sur la question des grands-ensembles d’habitat social, simplifiée par la question des « quartiers ». Ainsi, les « quartiers » bénéficient d’une double attention de la part des pouvoirs publics : les politiques sécuritaires qui se donnent pour objectif de mettre un terme aux désordres et la politique de la ville qui tente de réduire les inégalités territoriales.
Enfin, les émeutes urbaines ont aussi eu pour effet d’attirer l’attention des chercheurs en sciences sociales. En effet, un grand nombre d’universitaires cherchent à décrypter ces émeutes et les travaux ayant pour objet les banlieues et les acteurs à l’origine des émeutes se multiplient. Sans faire un inventaire des nombreux travaux qui ont pour objet cette question, il est néanmoins possible de souligner que ces travaux s’accordent à proposer une lecture de la crise des banlieues qui va au-delà de simples actes de violence mis en avant par les médias, en considérant que les émeutes et les crises urbaines sont des actions collectives guidées par des motivations politiques 11 .
Ainsi nous pouvons voir comment une crise a permis aux jeunes de banlieue de se construire comme une figure politique, médiatique mais également un objet des sciences sociales. Cette figure du jeune de banlieue sur laquelle on projette des représentations simplifiées est réinterrogée pendant la crise des gilets jaunes.
B. LA RÉACTIVATION DE LA FIGURE DU « JEUNE DE BANLIEUE » PENDANT LA CRISE DES GILETS JAUNES
Si les crises des banlieues ont permis de construire la figure du jeune de banlieue, une autre crise a permis de la réactiver et de réinterroger la participation politique de ces jeunes : la crise des gilets jaunes. En effet, à plusieurs reprises les médias ont questionné la participation des banlieues aux manifestations des gilets jaunes notamment à travers le prisme de leur absence apparente. On peut par exemple lire dans un article de BFMTV intitulé « Gilets jaunes : les banlieues, grandes absentes du mouvement ? » les remarques suivantes : « Elles sont les grandes absentes du large mouvement de contestation qui soulève les quatre coins de la France depuis quinze jours. Pourtant concernées par les inégalités, le chômage et la baisse du pouvoir d’achat, les banlieues ne se sont jusqu’ici que peu associées aux revendications des gilets jaunes » 12 . Dans cet extrait, l’absence des banlieues semble interpeller, partant du postulat qu’elles partagent les revendications des gilets jaunes.
Dans l’ensemble de ces questionnements sur l’absence des jeunes de banlieue dans le mouvement des gilets jaunes, une première interrogation réside dans l’usage du champ lexical de la visibilité ou plutôt de l’invisibilité. Cela laisse à supposer que les banlieues seraient non seulement une unité homogène, qui plus est, repérables à l’œil dans une manifestation. Pour Sonia Devillers, utiliser le terme de visibilité, ou plutôt d’invisibilité dans le cas d’espèce, participerait à réactiver les clichés médiatiques mis en avant pendant la crise des banlieues, autrement dit de réduire les banlieues « aux noirs et aux arabes » ou encore à des acteurs qui participent à créer du désordre dans les manifestations 13 . Plusieurs observateurs dénoncent alors ce questionnement de l’absence des jeunes de banlieue au mouvement des gilets jaunes, qui serait en réalité un questionnement sur la participation des minorités visibles et leur intégration à la majorité qui dénonce des problèmes sociaux.
Ces questionnements liés à l’absence de participation des jeunes de banlieue au mouvement social des gilets jaunes peuvent s’expliquer par les lectures identitaires qui ont été faites de cette crise. En effet, que ce soit dans les médias ou dans le champ scientifique, la crise des gilets jaunes a beaucoup été questionnée sous l’angle des acteurs qui la constituent, tant ce mouvement est protéiforme. En effet, les observateurs ont cherché à trouver une identité à ce mouvement sans unité, en cherchant à savoir qui sont les présents mais surtout, qui sont ceux qui ne participent pas à ces manifestations. Vincent Geisser, sociologue 14 et Ramsès Kéfi, journaliste à Libération 15 , dénoncent ce comptage quasiment systématique des jeunes de banlieue dans des manifestations. En effet, ce comptage et ces questionnements autour de la (non) participation des jeunes de banlieue ne sont pas propres à la crise des gilets jaunes, les mêmes logiques s’appliquent pour les marches pour le climat, au moment des mobilisations du mouvement « Nuit Debout », ou encore lors des marches républicaines après des attentats comme le mouvement « Je suis Charlie » par exemple.
L’ensemble de ces questionnements nombreux et répétitifs sur l’absence des jeunes de banlieue pendant la crise des gilets jaunes ne va pas de soi. Il suppose de s’intéresser à la question de la convergence des luttes entre ces mouvements.
II. Une convergence des luttes non évidente
Si des hypothèses en faveur de la convergence des luttes peuvent être formulées (A), un bon nombre d’éléments peuvent néanmoins expliquer l’absence des jeunes de banlieue aux côtés des gilets jaunes (B).
A. LES HYPOTHÈSES EN FAVEUR DE LA CONVERGENCE DES LUTTES
L’élément déclencheur de la crise des banlieues est considéré comme étant l’inaction 16 du ministre de l’Intérieur suite la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois alors qu’ils étaient poursuivis par les forces de l’ordre pour effectuer un contrôle. Du côté des gilets jaunes, l’élément déclencheur de la crise est attribué à la hausse soudaine des prix du carburant. Si de prime abord ces éléments déclencheurs sont éloignés, on peut observer plusieurs revendications communes de la crise des banlieues à celle des gilets jaunes tant elles traduisent des revendications plus profondes. Les éléments déclencheurs ne seraient que les éléments de trop, dans des crises plus profondes. Des hypothèses pourraient laisser penser à une convergence des luttes entre jeunes de banlieue et gilets jaunes.
Le premier point commun à ces luttes est la question sociale. En effet, que ce soit pendant la crise des banlieues ou pendant celle des gilets jaunes, une revendication mise en avant est liée à la question sociale. Par exemple, les réflexions de Samuel Hayat mettent en avant les points communs dans les revendications économiques et sociales de ces deux groupes en utilisant la notion d’économie morale des classes populaires 17 . Plus largement, la question territoriale touche autant les quartiers populaires que les zones rurales isolées. D’ailleurs ces espaces présentent des traits communs : ils sont marqués par un fort capital d’autochtonie 18 et un sentiment d’exclusion territoriale.
Un deuxième point commun à ces luttes est la méfiance envers les institutions. Dans les deux crises, cette méfiance s’est traduite sur le terrain par une hostilité et des confrontations avec les forces de l’ordre pendant les manifestations. Si la police et plus globalement les forces de sécurité sont visées en première ligne, ces luttes visent plus généralement les gouvernants et les institutions. Dans les deux crises, on observe des mouvements qui s’auto-organisent de façon spontanée, imprévue, qui n’ont pas véritablement de structure ni de représentants officiels. Le point commun réside également dans les moyens de luttes mobilisés. Dans les deux cas, il semble que le canal de lutte retenu au cours de ces mouvements soit non conventionnel puisque les actions visent notamment le trouble à l’ordre public.
Un troisième point commun à ces luttes est la question de la représentativité. En effet, dans les deux mouvements, les acteurs dénoncent la fracture entre ce qu’ils sont et ceux qui les représentent. Par exemple, en ce qui concerne les gilets jaunes on peut lire « ce qui a commencé comme un mouvement de protestation contre la hausse des taxes sur les carburants est devenu le symptôme d’une crise de la démocratie représentative » 19 . De même, la question des discriminations lors de la crise des banlieues s’est largement exprimée au prisme du manque de représentation des minorités visibles en politique.
Enfin, une quatrième hypothèse réside dans l’appel à la convergence des luttes mis en avant par des collectifs. En effet, des collectifs de quartiers populaires ont appelé les jeunes des banlieues à rejoindre le mouvement des gilets jaunes, ce qui aurait pu laisser entendre une convergence des luttes. Par exemple, les membres du collectif Justice pour Adama Traoré ont appelé les habitants de banlieue, en particulier les jeunes, à rejoindre le mouvement des gilets jaunes. Des gilets jaunes ont même participé à la marche contre les violences policières organisée par le collectif Adama Traoré.
Ainsi ces points communs – non exhaustifs – auraient pu laisser entendre une convergence de lutte entre la crise des banlieues et celle des gilets jaunes. Cette convergence de lutte aurait pu expliquer des interrogations légitimes quant à la non-participation des jeunes de banlieue à ces manifestations. Cependant, d’autres éléments peuvent venir déconstruire cette convergence de luttes.
B. LES ÉLÉMENTS DE DIFFÉRENCIATION ENTRE LES LUTTES
Si des points communs entre la crise des banlieues et celles des gilets jaunes sont observables, des singularités demeurent néanmoins, que les recherches en cours mettront probablement en lumière 20 .
Une première particularité réside dans les participants à ces crises. Si les observateurs et les chercheurs s’accordent à dire que les gilets jaunes sont un mouvement protéiforme, dans les revendications, dans les registres d’actions mobilisés et dans les acteurs qui participent à ces luttes, en revanche une certaine unité est observable au moment de la crise des banlieues. Comme le souligne Éric Marlière, la crise des banlieues n’a pas été soutenue en dehors des banlieues, et personne n’a rejoint le mouvement 21 .
Par exemple, lors d’un parcours commenté avec un jeune de dix-neuf ans dans un quartier populaire, réalisé dans le cadre du travail de thèse en cours 22 , je récolte les propos suivants :
Nous croisons une personne qui porte une tenue de chantier avec par-dessus un gilet jaune. Mon enquêté interpelle la personne comme suit « Oh gilet jaune, bien ? ». Je les laisse échanger 23 .
Moi : Tu suis un peu les gilets jaunes toi ?
Nasser 24 : Je regarde ce qu’il se passe, mais je [ne] fais rien moi. Je [ne] paye pas l’essence (rires) […] en vrai t’as vu je pense que chacun sa merde… même si je compatis hein, les pauvres. Mais nous aussi on a nos problèmes t’as vu. C’est la hess ici aussi hein ! (rires) Quand c’était la merde au quartier eux ils sont pas venus t’as vu.
L’analyse de cet extrait d’entretien montre plusieurs choses. Tout d’abord, il confirme les observations faites par Éric Marlière 25 . Dans le discours de cet enquêté, on voit qu’est soulignée la solitude que connaissent les banlieues quand elles sont en crise. L’enquêté rappelle que contrairement aux mobilisations pendant la crise des gilets jaunes, la crise des banlieues n’a pas suscité une adhésion au-delà des habitants de ces cités. De plus, le discours du jeune interrogé est marqué par l’usage du « nous » et du « eux ». L’emploi de ces termes souligne pour cet enquêté que les gilets jaunes et les habitants de banlieue sont deux groupes distincts confrontés à des problématiques différentes.
Que ce soit dans l’extrait d’entretien mobilisé ci-dessus, ou dans les premiers travaux ayant pour objet « les gilets jaunes » la question de l’essence – présentée en ces termes – apporte une différenciation de plus dans les luttes menées. En effet, la crise des gilets jaunes ne peut se résumer qu’à la question sociale. Les observateurs et les chercheurs soulignent l’importance du clivage urbain/rural dans les revendications portées par les gilets jaunes. Les travaux de Philippe Genestier montrent qu’une tendance marquée du mouvement des gilets jaunes réside dans la distance culturelle entre les résidents des zones périurbaines et métropolitaines 26 . Cette question au cœur du mouvement peut expliquer l’absence des jeunes de banlieue dans ces luttes qui ne les concernent pas directement. Ces deux mouvements semblent ainsi dessiner leur identité à travers les territoires de la lutte : d’un côté les quartiers ; de l’autre, les ronds-points en zones rurales.
D’autres éléments peuvent également expliquer la non-participation des jeunes de banlieue au mouvement des gilets jaunes. Par exemple, Yasmine M. déclare sur un blog « je suis assez rassurée que mes frères, sœurs, cousins et moi-même n’ayons pas participé aux manifestations. Je pense que nous aurions fait un trop beau bouc émissaire. Quand les jeunes des quartiers viennent manifester, ils sont toujours pris en exemple pour illustrer les débordements » 27 . Dans ce billet de blog, elle dénonce des amalgames qui, selon elle, sont systématiquement faits entre jeunes de banlieue et casseurs, en particulier à cause des épisodes des émeutes urbaines survenus quelques années plus tôt. Elle propose une explication de l’absence des jeunes de banlieue au mouvement des gilets jaunes dans la peur d’être assimilés aux débordements. Cette crainte de la stigmatisation se retrouve dans plusieurs discours quant à l’absence des jeunes de banlieues lors des manifestations. Pour ces acteurs, cette crainte de la stigmatisation tient à l’image des quartiers mise en lumière par la presse. Ils estiment que les médias parlent d’eux uniquement pour mettre en récit des débordements, des violences ou des émeutes. Ainsi on peut lire dans un billet de blog « Tant mieux que les quartiers ne prennent pas part aux débordements , estime Riverse, qui exprime sa méfiance : le gouvernement n’attend que cela pour nous mettre la faute sur les bras, ne leur donnons pas ce plaisir . » 28
Au terme de ces réflexions, il est possible d’affirmer que les mises en récit par les médias de l’absence des jeunes de banlieue pendant la crise des gilets jaunes ne vont pas de soi. En revanche, si les jeunes des banlieues ne rejoignent pas le mouvement, ils n’y sont pas pour autant hostiles. En effet, si ces jeunes ne participent pas, parfois ils observent ou soutiennent le mouvement à distance. Ces observations permettent de réfléchir à la lutte des classes populaires. Deux constats émergent de ces réflexions. Le premier est qu’il ne faut pas lire ces deux crises comme étant des luttes parfaitement similaires. En effet, une analyse plus fine des revendications, des acteurs et des registres d’action mobilisés montre qu’elles se distinguent sur plusieurs points. Néanmoins, ces quelques différences ne suffisent ni à opposer ces luttes ni à opposer les habitants des banlieues à ceux des zones pavillonnaires 29 .
Bibliographie indicative
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D ONADIO R., « Vu des États-Unis. En France, mieux vaut être un “gilet jaune” qu’un jeune de banlieue », Courrierinternational.com, 22 mars 2019, https://www.courrierinternational.com/article/vu-des-etats-unis-en-france-mieux-vaut-etre-un-gilet-jaune-quun-jeune-de-banlieue
H ABERT A., « “On ne se sent pas représentés” : Pourquoi les jeunes de banlieue parisienne ne rejoignent pas les gilets jaunes », Bondyblog.fr , 17 décembre 2018, https://www.bondyblog.fr/societe/ne-se-sent-pas-representes-pourquoi-ces-jeunes-de-banlieue-parisienne-ne-rejoignent-pas-les-gilets-jaunes/
H AYAT S., « Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir », samuelhayat.wordpress.com , 5 décembre 2018, : https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir/
K ÉFI R., « Gilets jaunes : “Existe-t-il sur Terre un compteur de banlieusards ?” », Libération.fr , 17 décembre 2018 : https://www.liberation.fr/chroniques/2018/12/17/gilets-jaunes-existe-t-il-sur-terre-un-compteur-de-banlieusards_1698196
M Y., « Banlieusarde, je ne suis pas gilet jaune », la-zep.fr , 4 décembre 2018, https://www.la-zep.fr/textes/banlieusarde-je-ne-suis-pas-gilet-jaune/
R UTY E., « Banlieues et gilets jaunes », Esprit.presse.fr , novembre 2019, https://esprit.presse.fr/article/erwan-ruty/banlieues-et-gilets-jaunes-42384
T IBERJ V., « Une ampleur vraiment inédite ? », Libération.fr, 5 décembre 2018, https://www.liberation.fr/debats/2018/12/05/une-ampleur-vraiment-inedite_1696223
« Gilets jaunes : les banlieues, grandes absentes du mouvement ? », BFMTV.com, 30 novembre 2018, https://www.bfmtv.com/societe/gilets-jaunes-les-banlieues-grandes-absentes-du-mouvement-1578008.html


1 D EVILLERS S., « Ces médias qui ne trouvent pas la banlieue parmi les gilets jaunes », Franceinter.fr , 3 décembre 2018, https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-m/l-edito-m-03-decembre-2018

2 Pour Vincent Tiberj un succès du mouvement des gilets jaunes réside dans la production de récits par les observateurs. T IBERJ V., « Une ampleur vraiment inédite ? », Libération.fr, 5 décembre 2018, https://www.liberation.fr/debats/2018/1 2/05/une-ampleur-vraiment-inedite_1696223

3 M AUGER G., « Gilets jaunes. Compte-rendu de Patrick Farbiaz, Les Gilets jaunes. Documents et textes , Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2019 Joseph Confavreux (dir.), Le fond de l’air est jaune. Comprendre une révolte , Paris, Éditions du Seuil 2019 Sylvain Bourmeau (dir.), « Gilets jaunes » : hypothèses sur un mouvement , Paris, Éditions la Découverte, 2019 », Savoir/Agir , vol. 47, n° 1, 2019, pp. 109-117.

4 M ARLIÉRE E., « Les “jeunes de cité”. Territoires et pratiques culturelles », Ethnologie française , vol. 38, n° 4, 2008, pp. 711-721.

5 Les premières émeutes urbaines en France ont lieu en 1979 à Vaulx-en-Velin. Cependant, la médiatisation de ces émeutes se fait véritablement à partir des années 1980 lorsqu’elles ont lieu dans la banlieue lyonnaise. On retient généralement pour la « crise des banlieues » les émeutes de 2005 qui ont fait la une de l’actualité et qui ont été qualifiées comme les plus violentes parce qu’elles ont duré le plus longtemps, simultanément sur l’ensemble du territoire. Dans cette communication la « crise des banlieues » correspond à l’ensemble des émeutes médiatisées, soit l’ensemble des violences urbaines à partir des années 1980.

6 D ERVILLE G., « La stigmatisation des “jeunes de banlieue” », Communication et langages , n° 113, 1997, pp. 104-117.

7 A VENEL C., « Les adolescents et leur cité, dans les “quartiers” », Enfances & Psy , vol. 33, n° 4, 2006, pp. 124-139.

8 En réalité, la question des banlieues n’émerge pas à cette période de crise. Elle se pose avant cela mais dans d’autres termes, principalement en termes urbanistiques.

9 S TÉBÉ J-M., « Des remèdes pluriels à la “crise des banlieues” », S TÉBÉ J-M., La crise des banlieues , Presses Universitaires de France, 2010, pp. 93-120.

10 T ISSOT S., L’Etat et les quartiers : genèse d’une catégorie de l’action publique , Paris, Le Seuil, 2007.

11 Sur ce point, voir notamment : B EAUD S., P IALOUX M., « Sur la genèse sociale des “émeutes urbaines” », Sociétés contemporaines , vol. 45-46, n° 1, 2002, pp. 215-243. ; R EA A., « Les émeutes urbaines : causes institutionnelles et absence de reconnaissance », Déviance et Société , vol. 30, n° 4, 2006, pp. 463-475.

12 « Gilets jaunes : les banlieues, grandes absentes du mouvement ? », BFMTV.com, 30 novembre 2018, https://www.bfmtv.com/societe/gilets-jaunes-les-banlieues-grandes-absentes-du-mouvement-1578008.html

13 D EVILLERS S., op cit.

14 G EISSER V., « Les gilets jaunes et le triptyque « islam, banlieues, immigration » : une machine à produire des fantasmes identitaires », Migrations Société , vol. 175, n° 1, 2019, pp. 5-16.

15 K ÉFI R., « Gilets jaunes : “Existe-t-il sur Terre un compteur de banlieusards ?” », Libération.fr , 17 décembre 2018, https://www.liberation.fr/chroniques/2018/12/17/gilets-jaunes-existe-t-il-sur-terre-un-compteur-de-banlieusards_1698196

16 Les collectifs de quartiers parlent « d’indifférence » ou du « manque de considération » du ministre.

17 H AYAT S., « Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir », samuelhayat.wordpress.com , 5 décembre 2018, https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir/

18 Le capital d’autochtonie est entendu ici comme le point de départ des réflexions de Jean-Noël Retière, à savoir « la place centrale que revêtent, pour les classes populaires, le fait et/ou le sentiment d’appartenir à l’espace local dans la participation à la vie publique, au double sens de l’engagement et de l’intérêt a minima manifesté pour la chose publique. » voir R ETIÈRE J-N., « Autour de l’autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire », Politix , vol. 63, n° 3, 2003, pp. 121-143.

19 D ONADIO R., « Vu des États-Unis. En France, mieux vaut être un “gilet jaune” qu’un jeune de banlieue. », Courrierinternational.com, 22 mars 2019, https://www.courrierinternational.com/article/vu-des-etats-unis-en-france-mieux-vaut-etre-un-gilet-jaune-quun-jeune-de-banlieue

20 Plusieurs recherches – notamment en science politique et en sociologie – sont actuellement en cours sur le mouvement des gilets jaunes.

21 M ARLIÈRE E., « Les “gilets jaunes” vus par les quartiers populaires », Slate, 9 janvier 2019, http://www.slate.fr/story/172035/gilets-jaunes-soutien-quartiers-populaires

22 La thèse de science politique en cours porte sur une analyse de dispositifs de prévention de la délinquance juvénile en région PACA.

23 Ces observations sont compilées dans un journal de terrain.

24 La modification du prénom permet de garantir l’anonymat de l’enquêté.

25 Éric Marlière récolte également des propos qui vont dans le sens d’une convergence des luttes entre les banlieues et les gilets jaunes.

26 G ENESTIER P., « Les “gilets jaunes” : une question d’autonomie autant que d’automobile », Le Débat , vol. 204, n° 2, 2019, pp. 16-34.

27 M Y., « Banlieusarde, je ne suis pas gilet jaune », la-zep.fr , 4 décembre 2018, https://www.la-zep.fr/textes/banlieusarde-je-ne-suis-pas-gilet-jaune/

28 H ABERT A., « “On ne se sent pas représentés” : Pourquoi les jeunes de banlieue parisienne ne rejoignent pas les gilets jaunes », Bondyblog.fr , 17 décembre 2018, https://www.bondyblog.fr/societe/ne-se-sent-pas-representes-pourquoi-ces-jeunes-de-banlieue-parisienne-ne-rejoignent-pas-les-gilets-jaunes/

29 R UTY E., « Banlieues et gilets jaunes », Esprit.presse.fr , novembre 2019, https://esprit.presse.fr/article/erwan-ruty/banlieues-et-gilets-jaunes-42384
La crise de l’ethnie en Afrique centrale : échec des politiques, contribution du droit
Pierre-Claver K AMGAING
Pour que vive l’Afrique des villages 1 . Au commencement de l’Afrique, berceau de l’humanité 2 , existent des groupes ethniques dotés d’une autonomie et organisés sous la forme de chefferies traditionnelles ou de royaumes : ce sont des tribus ou des ethnies 3 . Ces groupes humains, caractérisés par une unité historico-culturelle 4 , entretenaient des relations mitigées 5 . Vint ensuite l’époque de l’annexion 6 et de l’ouverture de l’Afrique au monde. Jusque-là, les « colons » 7 avaient pu, par doses homéopathiques, calmer les velléités expansionnistes ainsi que les tensions ethniques entre les différentes tribus. En effet, les puissances étrangères qui ont administré les pays d’Afrique centrale 8 ont dû faire face à une donnée majeure qui, avouons-le , n’aura pas facilité les choses. Il s’agit de la prolifération ethnique. En effet, à parcourir ces territoires, on est frappé par la présence, sur le même territoire, de nombreux groupes humains ayant chacun une histoire, une culture, une mythologie et une identité propres : ce sont des groupes ethniques. Au Gabon, l’on dénombre près d’une cinquantaine de groupes ethniques, au Tchad près d’une quarantaine, au Cameroun un peu près de 250 9 . Cette extrême diversité ethnico-culturelle est unanimement présentée par les ethnologues et les anthropologues comme un facteur d’émergence, « non seulement en termes de croissance économique, mais aussi comme moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante » 10 . En tant que source d’échanges, d’innovation et de créativité, « la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire que l’est la biodiversité dans l’ordre du vivant. (…) Elle constitue le patrimoine commun de l’humanité et elle doit être reconnue et affirmée au bénéfice des générations présentes et des générations futures » 11 . Par delà ces formules dithyrambiques, il reste que la diversité ne sera effectivement vertueuse que pour autant qu’elle débouche sur l’unité préconisée par les figures de la révolution africaine 12 . Seulement, la politique coloniale, au lieu d’œuvrer à la construction d’États-nations, a été celle du « diviser pour mieux régner » ; privilégiant certaines ethnies, vilipendant et honnissant d’autres 13 . Sont encore vifs dans les esprits ces propos tenus par un officier supérieur français au lendemain de l’indépendance du Cameroun : « Le Cameroun s’engage sur les chemins de l’indépendance avec dans sa chaussure un caillou bien gênant. Ce caillou, c’est la présence d’une minorité ethnique, les Bamiléké, en proie à des convulsions dont ni l’origine ni les causes ne sont claires pour personne » 14 . Tout était dit ! La bête noire a été identifiée et les conséquences de ce discours n’ont pas perdu leur actualité 15 .
La déconstruction nationale Au lendemain des indépendances, les États africains ont été le théâtre d’affrontements sanglants aux relents ethniques 16 . Les solidarités ethniques se sont construites au détriment de la solidarité nationale et ont infiltré les milieux les plus insoupçonnés 17 . Les groupes exhibent leur particularisme, s’affrontent et se vouent aux gémonies. C’est en ce moment-là qu’on peut parler de crise de l’ethnie ; crise dont le tribalisme, l’exclusion sociale, la discrimination et le repli identitaire sont les manifestations cinglantes, la guerre civile et le génocide les conséquences parfois inévitables 18 . Toutefois, le problème n’est pas que ces phénomènes existent, tant ils sont présents dans toute société. Le problème, c’est que les personnes mandatées pour gérer les affaires de la cité, les politiques , ne parviennent pas à les juguler, à les réduire à leur plus simple expression. Cette incapacité, mieux, cet échec de la classe politique peut s’expliquer par son refus d’aborder, avec sobriété et froideur, ces sujets brûlants qui déchirent le tissu social.
Le droit et le juriste dans tout ça … Le droit est un instrument d’ordre 19 et le juriste ne saurait vivre dans une bulle. Ce dernier doit pouvoir, au même titre que le sociologue, l’ethnologue, l’anthropologue ou le politologue, se saisir des préoccupations sociétales et suggérer la lumière de sa science 20 . Il n’est donc pas question de sublimer l’action du droit dans un contexte mondial qui s’en méfie 21 . C’est ce qui justifie d’ailleurs que la présente réflexion s’affranchira d’un trop grand juridisme afin de saisir le phénomène social sous ses différentes facettes. Il s’agira simplement de voir en quoi le droit peut aider les politiques dans la résolution de la crise de l’ethnie en Afrique centrale. Cela nous amène, après mobilisation des données de sociologie politique et juridique, à esquisser quelques pistes juridiques en vue de résolution de la crise (II). Mais avant d’y arriver, il convient de mettre en relief l’impuissance des politiques (I).
I- L’impuissance de la classe politique face à la crise
Le tribalisme, un mal connu . La classe politique africaine n’ignore pas les dangers du tribalisme. L’ayant qualifié de « pratique démoniaque » 22 , elle sait qu’il est « un sérieux obstacle [à] l’unité [à] l’évolution politique [et à] la rapide libération de l’Afrique » 23 . Cependant, les mesures politiques entreprises contre le tribalisme, ne touchant pas ses racines profondes, se sont avérées mal adaptées, voire inefficaces (A). Pis encore, les politiques surfent le plus souvent sur la fibre ethnique pour asseoir leur ambition de conquête, d’exercice ou de conservation du pouvoir (B).
A- L’INEFFICACITÉ DES MESURES POLITIQUES
La maladresse . Il est évident et de bonne logique qu’il faille, pour traiter et éradiquer un mal, identifier clairement, au préalable, ses causes profondes (1). Il faut bien savoir ce que l’on traite. Faute pour les politiques d’avoir procédé à un diagnostic de la situation, les mesures prises se sont avérées inadaptées (2).
1- L’absence d’un diagnostic réel des causes de la crise
D’abord, la crise de gouvernance . Disons-le clairement ! Les citoyens, en tant que membres de différentes ethnies n’ont pas, à proprement parler, de ressentiment ethnique. En témoignent d’ailleurs les mariages intercommunautaires ou interethniques 24 . À regarder de près, c’est la répartition inégalitaire des fruits de la croissance, résultat d’une mauvaise gouvernance reconnue 25 , qui fait naître et envenime le tribalisme. Pour le dire simplement, il n’y a pas de problème de vivre-ensemble, mais bien un problème de manger-ensemble . Une métaphore pourrait, à notre sens, rendre compte de la problématique de l’égal accès aux ressources : c’est celle de l’os et de la meute de chiens. D’ordinaire, les chiens cheminent ensemble sans aspérité, sans discrimination aucune. Si, au détour d’une ruelle, on donne à chacun d’eux un os, aucun n’en voudra, en principe, à l’autre. En revanche, si l’os n’est donné qu’à un seul d’entre eux, ils se le discuteront hargneusement. C’est exactement la même chose avec le tribalisme. En effet, c’est face à ce qu’il pourrait considérer comme une injustice sociale que l’homme peut devenir un loup pour l’homme 26 , faisant arme de tout, y compris de son identité ethnique. En Afrique centrale, bien que le niveau de développement soit peu satisfaisant dans l’ensemble 27 , quelques localités – où sont installés certains groupes ethniques – sont mieux nanties que d’autres 28 . C’est dans ce climat délétère que les représentants des communautés ethniques délaissées ne cesseront d’adresser des revendications par des memoranda 29
, non sans indexer l’Autre comme étant la cause de ses errances. Le tribalisme n’est alors que, de ce fait, l’ultime rempart de l’âme misérable.
Ensuite, la crise de la représentativité . Dans toutes les constitutions des pays d’Afrique centrale, on peut lire dès les premières dispositions que la souveraineté nationale appartient au peuple. On pourrait dès lors croire que ces États sont démocratiques selon le modèle lincolnien du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » 30 . Par le mécanisme de la démocratie représentative, le peuple – et donc les groupes ethniques qui le constituent – choisit ses représentants à différentes strates de la vie politique. Dans la mesure où les actes accomplis par ces représentants engagent le peuple, ces derniers ont obligation de lui rendre compte. Mais il se trouve qu’en ce XXI e siècle, la démocratie représentative est en crise 31 et c’est bien peu de le dire. Les représentants politiques, supposés porter en haut lieu la voix et les aspirations des communautés, se démarquent par l’inertie et la corruption 32 . Les consultations et les comptes rendus des débats parlementaires 33 sont quasiment inexistants. Les populations, notamment celles situées en périphérie, n’ont aucune information, « de ce qui s’est passé » 34 au sein des instances délibératives. Cette crise de représentativité engendre elle-même une crise de légitimité de la classe politique qui se traduit par la méfiance du peuple à l’égard du politique et de la politique 35 . Au Cameroun par exemple, le directeur général d’ELECAM 36 annonçait, sous réserve du toilettage du fichier, qu’il y a 7 116 314 électeurs inscrits. Ce qui est peu élogieux dans un pays qui tutoie les 30.000.000 d’habitants et où plus de la moitié de la population est en âge de voter. C’est cette courbe qui se dessine sur toute la sous-région où, lorsqu’ils ne sont pas « aveugles » 37 , les votes sont portés par des calculs ethniques 38 et sujets à de nombreux tripatouillages 39 . C’est la somme de ces facteurs qui attise le tribalisme de sorte qu’ « au seuil du III e millénaire, on assiste en Afrique à une sorte d’implosion, marquée par l’instabilité politique, des coups d’État, des guerres civiles » 40 . La non-identification de ces facteurs de crise a rendu inadaptés, voire vains, les remèdes apportés.
2- L’inadaptation des remèdes politiques
La mauvaise leçon camerounaise. Sans véritable soubassement, les mesures entreprises pour venir à bout de la crise, ne peuvent se présenter que sous un jour trompeur, procurant ainsi une simple accalmie. L’exemple camerounais est, à ce sujet, assez illustratif. Dans le but de réduire les inégalités causées par le taux de scolarisation, lequel varie sérieusement d’une région à l’autre, a été mise en place une politique dite « d’équilibre régional » 41 s’appliquant à l’entrée dans la fonction publique par voie de concours administratifs. Cette politique vise à affecter des quotas à chaque région du pays en fonction de la densité de sa population et du niveau de son développement infrastructurel. Elle conduirait, du moins dans son principe, à faire représenter chaque ethnie dans la fonction publique de l’État. Une telle manière de procéder semble portée par un élan d’humanisme qui renverrait à l’idée d’une égalité distributive 42 . Cependant, il faut demeurer lucide et se garder de tout angélisme pour au moins deux raisons. Dans un premier temps, dans son principe, le fait d’accorder plus de postes à la fonction publique à certaines tribus, sous le prétexte qu’elles seraient défavorisées, peut créer chez elles un sentiment de supériorité et chez les autres des frustrations. De plus, la politique de l’équilibre régional, annoncée comme concernant les zones géographiques, touche finalement les individus dans leur identité ethnique. Ainsi, pour bénéficier du privilège attribué à certaines régions en vue de leur représentation au sein de l’appareil étatique, il ne suffit pas d’y être domicilié, encore faut-il appartenir anthropologiquement à celles-ci. Et c’est là que se trouve le problème. On est bien loin du schéma d’une société fondée sur le mérite. Concrètement, à l’issue d’un concours administratif où 100 places sont ouvertes, si les 25 premiers meilleurs candidats sont par exemple natifs de la région du Centre, on n’en retiendra que les 15 premiers (la région détenant 15 % comme taux de représentation dans les concours) et on poursuivra les péréquations. C’est dire qu’on peut être très brillant et être disqualifié en raison de son appartenance ethnique dès lors que le supposé quota est atteint. Paradoxalement, un candidat médiocre pourra être favorisé par son ethnie et quand bien même il aurait bénéficié des conditions d’instruction satisfaisantes. L’on assiste à une sorte de médiocratie qui expliquerait bien la qualité déplorable de l’administration publique dans un « continent désespéré » 43 , où le sentiment nationaliste est manifestement en déroute. Dans un second temps, le fait que les ethnies évoluent dans l’espace et dans le temps rend malaisée la détermination exacte de l’appartenance ethnique d’un individu. Si l’on se fie généralement au patronyme pour ranger les citoyens dans l’une ou l’autre catégorie ethnique, il peut bien être trompeur 44 . Bien plus, la seule et véritable ethnie n’est-elle pas finalement celle que nous avons tous en partage, à savoir l’ethnie humaine ? De quel bord ethnogéographique est l’individu qui, au gré des circonstances, ne garde avec sa tribu d’origine que le simple lien historique, alors qu’il s’est parfaitement intégré dans une tribu d’accueil ? L’opération n’est pas si évidente. Il est clair qu’aucun pays ne peut émerger avec un tel modèle sociétal : « la politique de l’équilibre régional doit résolument être derrière nous, ou alors, nous lui paierons une terrible dîme de sang, de larmes et de sueurs » 45 .
L’approche idéale . Par la politique de l’équilibre régional, tout se passe comme si on avait laissé la proie pour s’en prendre à l’ombre. Si tant est que ce soient les disparités infrastructurelles qui ont justifié une telle politique, la solution du problème aurait pu se faire autrement : réduire, à défaut de les gommer complètement, ces disparités. Ainsi, les différentes zones géographiques étant sur un pied d’égalité, l’on pourra laisser libre cours au mérite et faire valoir l’égalité des citoyens 46 . Cette approche entre en droite ligne avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones de 2007 qui précise en son article 2 : « les autochtones, peuples et individus, sont libres et égaux à tous les autres et ont le droit de ne faire l’objet, dans l’exercice de leurs droits, d’aucune forme de discrimination fondée, en particulier, sur leur origine ou leur identité autochtones » . De même, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 en son article 13 alinéa 1 er affirme expressément le droit de toute personne à l’éducation en précisant que « l’éducation doit mettre toute personne en mesure de jouer un rôle utile dans une société libre, favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre (…) tous les groupes raciaux, ethniques ou religieux » . C’est clair que l’ignorance et la sous-scolarisation rendent vulnérables et constituent un terreau fertile pour l’exacerbation du tribalisme. Cette vulnérabilité, les politiques savent bien l’instrumentaliser pour en tirer un grand profit.
B- L’INSTRUMENTALISATION POLITIQUE DE L’ETHNIE
Le renversement des valeurs . Tout comme l’ethnie, l’intérêt général est en crise 47 , car l’égo surdimensionné de l’homme a pris le dessus. Tout est pensé à l’aune de l’ethnie selon une expression qui peut bien être formulée ainsi : « je suis d’abord de mon ethnie avant d’être de mon pays et pas l’inverse » . Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la présence du marqueur ethnique dans l’activité politique (1). À cela, s’ajoute le discours des acteurs politiques qui est aussi de nature à envenimer des tensions intercommunautaires (2).
1- La présence du marqueur ethnique dans l’activité politique
Départir la tribalité du tribalisme . Autant mieux le dire ici ! La tribalité, qui traduit le lien social d’un individu à la tribu à laquelle il appartient, n’est pas en soi une mauvaise chose. On vient toujours de quelque part. C’est naturellement qu’un individu, qui entend exercer le pouvoir au sommet de l’État, s’exercera d’abord à impacter positivement la vie de ses concitoyens du même clan, de la même tribu afin de gagner avant tout leur confiance ; ce qui n’est pas mauvais en soi. Le problème naît lorsque la raison d’être d’une organisation politique est la défense des intérêts d’une tribu au détriment des autres : on parle de parti ethnique. Avec de tels partis ethniques, « les élections [deviennent] de simples exercices permettant de mesurer la dimension démographique d’une ethnie, une sorte de recensement » 48 . Les partis « transethniques » , ceux qui rassemblent plusieurs ethnies, sont plutôt rares. Il ne faut surtout pas se fier aux dénominations qui, même si elles peuvent paraître aguichantes, sont une véritable tromperie sur la marchandise. Les partis ethniques, pullulant en Afrique centrale, se caractérisent par une implantation n’allant pas au-delà de l’aire géographique dont est originaire son promoteur ; la cooptation des partisans suivant également la même trajectoire 49 . Ils ne survivent que grâce au « clientélisme politique »

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