Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises
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Description

Les études rassemblées dans cet ouvrage visent à présenter les facteurs et les mécanismes à l'origine de la transformation de l'économie chinoise, considérée aujourd'hui comme "l'atelier du monde". Comment une économie en transition où les principaux préceptes du "consensus de Washington" sont absents a-t-elle pu connaître une si forte croissance, avec une montée en gamme qui en fait aujourd'hui une économie redoutée y compris parmi les économies le plus développées ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2005
Nombre de lectures 280
EAN13 9782336271583
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2005
9782747580564
EAN : 9782747580564
Sommaire
Page de Copyright Page de titre LISTE DES AUTEURS Collection M ouvements E conomiques et S ociaux Dirigée par Claude ALBAGLI INSTITUT CEDIMES INTRODUCTION ENTRE BUREAUCRATIE ET MARCHE - LES FIRMES CHINOISES A LA RECHERCHE D’UN NOUVEAU GOUYERNMENT D’ENTREPRISE UNE FORME DE CAPITALISME MANAGERIAL ? - L’ENTREPRISE CHANGHONG ELECTRONIC GROUP LE CAPITALISME PAR EN BAS - LE DEVELOPPEMENT DU GROUPE XIN XTWANG (NEW HOPE) LA PRIVATISATION DES PME D’ETAT ET COLLECTIVES URBAINES EN CHINE MANAGEMENT DE LA DISTANCE CULTURELLE - DANS LES FILIALES COMMUNES SINOFRANCAISES FOREIGN DIRECT INVESTMENT IN THE CHINESE AUTOMOTIVE INDUSTRY - A CASE STUDY OF A SINO-FRENCH VENTURE LES FIRMES ASIATIQUES DANS LE NOUVEL ENVIRONNEMENT CONCURRENTIEL REGIONAL INSTITUT CEDIMES CAHIERS DU CEDIMES N° 2 - GOUVERNANCE, COOPERATION ET STRATEGIE DES FIRMES CHINOISES
Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises
CAHIERS DU CEDIMES N°2

Jean-François Huchet
Xavier Richet
LISTE DES AUTEURS
(Par ordre alphabétique)
HUCHET Jean-François, Maître de conférences, Université de Rennes 2, ancien chercheur au Centre Français d’Etude sur la Chine Contemporaine, Hong Kong
PATUREL Robert , Professeur, Directeur de l’IAE de l’Université de Toulon-Var, Membre du Bureau Exécutif de l’Institut CEDIMES
RICHET Xavier, Professeur, Université Sorbonne Nouvelle, Paris III, Chaire Jean Monnet, Membre du Bureau Exécutif de l’Institut CEDIMES, professeur invité, Université de commerce international et d’économie de Pékin, Université de Wuhan
SU Zhan , CEDIMES-Québec, Professeur, Université Laval, Québec, Canada
WANG Wei, Chercheuse, Institut d’Econonnie Mondiale et de Politique, Académie Chinoise des Sciences Sociales, Pékin
Collection M ouvements E conomiques et S ociaux Dirigée par Claude ALBAGLI
La collection « les M ouvements E conomiques et S ociaux » présentées par L’HARMATTAN et l’INSTITUT CEDIMES se propose de contribuer à l’analyse des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant les phénomènes économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des contributions originales sur les mutations du développement et de la mondialisation.
ALBAGLI Claude, « Le surplus agricole, De la puissance à la jouissance », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2001
DELIVANIS-NEGREPONTI Maria, « La mondialisation conspiratrice », L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2002
RUBY Marcel (sous la direction) « Une mondialisation humaniste », Préface du Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André WILTZER L’Harmattan, Coll. M.E.S., 2003
RAJEMISON Sahondravololona et ALBAGLI Claude, (sous la direction) « Mutations contemporaines et développement », Préface du Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Jean-Théodore RANJIVASON, L’Harmattan, Coll. MES, 2003
MAYOUKOU Célestin, ALBAGLI Claude, TORQUEBIAU Emmanuel et THUILLIER Jean-Pierre (Coordonnateurs), « Gouvernance du Développement local », CIRAD, L’Harmattan, Coll. M.E.S. 2003
ALBAGLI Claude, (Coordonnateur) « Alter-Développements, et développements altérés, Hommage à Jacques AUSTRUY », L’Harmattan, Coll. M.E.S. 2003
KIM Yersu & ALBAGLI Claude (Coordonnateurs), « Corée du Sud, le modèle et la crise » , Commission Nationale Coréenne pour l’UNESCO, Coll. MES, L’Harmattan, 2004
TREMBLAY Rodrigue « L’Amérique impériale » Coll. MES L’Harmattan, 2004
HUCHET Jean-François & RICHET Xavier (Coordonnateurs), «Gouvernance, coopération et stratégie des firmes chinoises» Coll. MES, L’Harmattan, 2004
AUSTRUY Jacques, «Islam face au Développement » Coll. MES, L’Harmattan, 2004
En préparation
DUPRIEZ Pierre et VANDERLINDEN Biandine (sous la direction) « Balises pour le management interculturel » , Coll. MES L’Harmattan
DELIVANIS-NEGREPONTI Maria et ALBAGLI Claude (sous la direction) « Euro, convergences et divergences européennes» AELF, Coll. MES, L’Harmattan
ALBAGLI Claude « Inventaire et itinéraire de la pensée en développement, De Bandung à Cancún » Coll. MES, L’Harmattan
DUPRIEZ Pierre (sous la direction) « Perspectives latinoaméricaines du management interculturel » Coll. MES L’Harmattan
INSTITUT CEDIMES
Réseau Francophone d’Economistes et Gestionnaires Membre du Researchers Alliance for Development (RAD) de la Banque Mondiale Partenaire de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF)
Président d’Honneur Fondateur : Jacques AUSTRUY
Président : Claude ALBAGLI Vice-Président : Yves-Marie LAULAN Secrétaire Général : Célestin MAYOUKOU
CEDIMES Directeurs, Membres du Conseil d’Administration ALGERIE : CEDIMES-ORAN Abdelkader DERBAL AUSTRALIE: CEDIMES-SYDNEY Tim DYCE BELGIQUE : CEDIMES-BRUXELLES Pierre DUPRIEZ BULGARIE : CEDIMES-SOFIA Zhelyu VLADIMIROV CAMEROUN : CEDIMES-DOUALA Claude BEKOLO CANADA : CEDIMES-QUEBEC Yvon GASSE CHINE : CEDIMES-KUNMING Jian Hua ZHANG COLOMBIE : CEDIMES-SANTA FE de BOGOTA Ricardo ROMERO CONGO : GEDfINES-BRAZZAVILLE Jean-Raymond DIRAT CROATIE : CEDIMES-RIJEKA Vinko KANDZIJA FRANCE : CEDIMES-PARIS Alain REDSLOB FRANCE Outre-Mer : CEDIMES-LA REUNION Christian DAVE GRECE : CEDIMES-KOMOTINI Maria NEGROPONTI-DELIVANIS HAÏTI : CEDIMES-PORT-AU-PRINCE Narcisse FIEVRE HONGRIE : CEDIMES-BUDAPEST Jenö KOLTAY ITALIE : CEDIMES-TURIN Sergio CONTE JAPON : CEDIMES-TOKYO Seiji YOSHIMURA KAZAKHSTAN : CEDIMES-ALMATY Yerengaïp OMAROV LIBAN : CEDIMES-BEYROUTH Ibrahim MAROUN MACEDOINE (ERY) : CEDIMES-SKOPJE Mileva GUROVSKA MADAGASCAR: CEDIMES-ANTANANARIVO Sahondravololina RAJEMISON MALI : CEDIMES-BAMAKO Issa SACKO MAROC : CEDIMES-MARRAKECH Mohamed EL FAIZ POLOGNE : CEDIMES-WROCLAW Léon OLSZEWSKI ROUMANIE : CEDIMES-TÂRGOVISTE Ion CUCUI RUSSIE Occ.: CEDIMES-SAINT-PETERSBOURG Nína SLANEYSlCAYA RUSSIE Ori.: CEDIMES-BARNAOUL Vitali MITCNENKO SUISSE : CEDIMES-NEUCHATEL Jean-Pierre GERN SYRIE : CEDIMES-ALEP Hassan HAZZOURI TUNISIE : CEDIMES-TUNIS Abderrazak ZOUARI TURQUIE : CEDIMES-IZMIR Neçati TASKIRAN UKRAINE : CEDIMES-KIEV Petro SAPOUN VIETNAM : CEDIMES-HANOÏ Vu Luan PHAM
INTRODUCTION
Les textes rassemblés dans ce n° 2 des Cahiers du CEDIMES sont issus de recherches et d’enquêtes de terrain conduites en Chine au cours de ces dernières années par deux équipes de chercheurs, l’une d’économistes franco-chinois (Wei Wang, Jean-François Huchet et Xavier Richet), l’autre de gestionnaires franco-canadiens (Robert Paturel, Zhan Su). Les deux équipes, indépendamment, ont mené des recherches sur des problématiques qui sont aujourd’hui au cœur des réflexions et des interrogations sur la dynamique de ce capitalisme atypique qui est en train de se développer et qui ne cesse d’interpeller les spécialistes, tant sinologues, « transitionnistes », comparatistes des systèmes, gestionnaires, ainsi que le simple lecteur qui s’interroge sur les raisons de cette fantastique transformation qui se déploie sous nos yeux.

En ce plaçant au cœur de l’entreprise, là où prennent forme les transformations, les travaux rassemblés dans ce Cahier essaient de répondre à plusieurs questions : - au regard des analyses sur le gouvernement d’entreprise, le contrôle des firmes, les incitations, comment une économie où les droits de propriété sont flous, le système bancaire notoirement inefficace, peut-elle afficher de tels résultats ? - comment l’hybridation des formes de contrôle crée un espace pour le développement de nouvelles activités, notamment en poussant des firmes privées à entrer sur le marché ? - comment le relâchement du contrôle du centre sur les firmes, la quasi-privatisation d’une partie d’entre elles, peut-elle s’opérer sans que ne se reproduise le « vol du siècle » comme cela s’est produit en Russie ? En d’autres termes, est-il possible de mettre en place une forme de contrôle d’un type particulier (« multi-principaux, un agent ») sans ouvrir la brèche à une corruption massive ?
Le capital étranger continue à jouer un rôle moteur dans la transformation. Une grande partie des succès des firmes chinoises à l’exportation est imputable à la présence des firmes étrangères implantées en Chine. Il y a cependant un double revers à ce succès : l’importance des coûts de transaction associés au transfert du savoir-faire (aussi bien technique que culturel), l’appropriation du savoir-faire: y a-t-il endogénéïsation des technologies étrangères présentes, comment leur appropriation se traduit-elle en termes d’offre domestique ? En bref, les firmes chinoise peuvent-t-elles s’ approprier ces technologies et les utiliser en proposant une offre concurrentielle non seulement sur le marché chinois mais aussi sur le marché mondial sur lequel la Chine a décidé de s’engager de manière dynamique ?

Ce sont à ces questions que les analyses et les études de cas rassemblées dans ce Cahier essaient de répondre.
ENTRE BUREAUCRATIE ET MARCHE
LES FIRMES CHINOISES A LA RECHERCHE D’UN NOUVEAU GOUYERNMENT D’ENTREPRISE
Jean-François HUCHET
Université Rennes Il
Xavier RICHET
Université Sorbonne nouvelle -Paris III

La décision du conseil ministériel de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) d’accepter la Chine comme membre de plein droit peut être considérée comme le point d’orgue du mouvement de réformes économiques développées dans ce pays, qui est à l’origine des succès économiques impressionnants que la Chine a enregistrés au cours du dernier quart de siècle de manière quasiment continue depuis leur lancement en 1979. S’abritant derrière une monnaie non convertible au cours de la crise financière asiatique de 1997 qui a bouleversé l’Asie, la Chine apparaît de plus en plus comme un des grands moteurs de la croissance dans la région. Toutefois, l’adhésion à l’OMC et les contraintes et obligations qui en découlent, font ressortir les faiblesses structurelles de la croissance chinoise, et notamment la nature de la spécialisation qui s’est développée au cours des deux dernières décennies avec l’ouverture sur l’extérieur et l’apport du capital étranger. En même temps, elles déplacent les conditions de la concurrence en ouvrant d’importantes parts de marché aux firmes étrangères qui peuvent entrer dans des secteurs jusqu’ici fortement protégés, et affaiblir les positions de certaines firmes qui doivent leur succès à un degré élevé de protectionnisme et à des conditions avantageuses d’accès au financement. La montée de la concurrence, en outre, conduit le gouvernement chinois à clarifier le système des droits de propriété dont le flou, avec la poursuite d’une politique financière laxiste (Lardy, 1998), a facilité l’entrée de nouvelles firmes, permis de maintenir en activité de nombreuses firmes qui auraient dû quitter le marché en présence d’une contrainte budgétaire plus dure. Cet accroissement de la concurrence aura pour conséquence notable d’accélérer la restructuration des grands groupes industriels chinois. La croissance rapide d’un secteur d’entrepnses privées, échappant totalement au contrôle de l’Etat devrait accompagner les changements institutionnels dans le secteur d’Etat dont les formes de contrôle comme le modus operandi devraient se modifier de manière conséquente. L’adhésion à l’OMC inscrit donc la dynamique des réformes dans un autre contexte en poussant les dirigeants chinois à modifier à la fois la nature du système de contrôle, à décentraliser le système financier et à rendre plus transparentes les pratiques des différents acteurs.
L’idée que l’on soutient dans cet article 1 est que l’institution du capitalisme en Chine, dans la nouvelle période qui s’ouvre, va se réaliser à la fois par en bas et par en haut : par en bas en libérant le droit d’entrée et de développement des firmes de novo sur l’ensemble du territoire, en assurant des conditions identiques d’accès aux sources de financement; par en haut en restructurant à la fois la propriété et l’organisation des grands groupes et des grandes entreprises d’Etat, soit par l’Etat, soit par le marché (vente, distribution), ou encore par la sortie (faillites). Un capitalisme d’Etat, protégé, subsistera parallèlement au développement d’un ‘corporate capitalism’ contrôlé par différentes institutions et un capitalisme familial des petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, l’Etat aura à trouver et à mettre en place des nouvelles régulations permettant de gérer cet ensemble économique de plus en plus complexe en assurant à la fois la pérennité de son pouvoir sur les firmes qu’il contrôle et celle de la stabilité sociale, gage de sa survie à moyen terme.
Cet article est basé sur des recherches conduites en Chine dans plusieurs régions au cours desquelles nous avons pu faire des enquêtes dans différents types d’entreprises (entreprises d’Etat, collectives, conjointes, privées) et rencontré les autorités en charge du contrôle des firmes d’Etat (bureaux économiques de municipalité, sociétés de gestion des actifs d’Etat). Sur la base de ces enquêtes et de l’analyse de la littérature économique, nous avons cherché à introduire une typologie des firmes opérant sur le territoire chinois en évaluant, pour chacun des groupes que nous identifions, d’une part, leurs capacités à s’adapter au nouvel environnement qui va résulter des nouvelles formes de concurrence, et d’autre part le nouveau type de régulation des firmes qui devrait émerger dans les prochaines années.

Dans une première partie, on rappelle la dimension organisationnelle de la réforme économique chinoise au cours des différentes phases de son développement récent. On énumère ensuite les caractéristiques du gouvernement d’entreprise en Chine en faisant ressortir ses principaux traits qui sont à l’origine des dysfonctionnements actuels.

La seconde partie présente une typologie des entreprises chinoises sur la base de leur mode de contrôle, sur leur capacité à affronter le nouvel environnement concurrentiel, face aux nouvelles contraintes découlant l’adhésion de la Chine à l’OMC.

A - Une hybridation des formes de contrôle et la montée de la concurrence
L’hybridation des formes de propriété et de contrôle des entreprises chinoises ne résulte pas de l’application d’un concept de réforme qui aurait envisagé - ex ante - les différentes phases de la transformation des entreprises parallèlement à l’application de la stratégie d’ouverture et d’appel au capital étranger (Lemoine 1994). Elle résulte plutôt de contraintes politiques et de la juxtaposition de réformes successives sensées régler à des moments donnés des problèmes concrets; elle est également due au caractère segmenté de la réforme au cours de deux dernières décennies. Si les firmes se sont développées « hors du plan » (B. Naughton, 1995), leur contrôle par le Centre (i.e. les différentes instances à Pékin de l’Etat et du Parti communiste chinois (PCC) et des institutions économiques sous leur contrôle direct) est demeuré inchangé, donnant lieu, dans les faits, à un modèle de contrôle original que l’on pourrait qualifier, en se référent à la théorie de l’agence, à un système « multi-principaux, un agent » dans lequel le propriétaire (l’Etat-parti au centre) délègue à des instances intermédiaires et subalternes (provinciales, municipales), le droit de gérer en son nom les actifs des entreprises. Ces différentes instances poursuivent, à l’instar du Centre, d’autres objectifs que le simple contrôle de la firme 2 .

1. Décentralisation et autonomie croissante de la gestion des entreprises
Depuis la mise en œuvre de la réforme de l’économie chinoise en 1979, l’autonomie de gestion des entreprises d’Etat a connu plusieurs phases (Woo, 1998) : - 1979-1983 : Les entreprises ont été autorisées à conserver une partie du profit pour l’utiliser à leur discrétion. Un système de bonus a été mis en place pour récompenser les entreprises dont les résultats étaient supérieurs aux normes fixées par le plan ; à partir de 1983, les entreprises d’Etat ont commencé à payer le coût d’utilisation du capital ; les dotations budgétaires inscrites au plan ont été remplacées par des prêts bancaires. - 1984-1993 : une plus grande autonomie a été accordée aux entreprises pour fixer les prix de vente, décider de l’assortiment de leur production, du volume de l’investissement et l’utilisation du profit. Plusieurs types de contrats stipulant les engagements des parties ont été introduits entre l’entreprise et les organismes de tutelle. Cette nouvelle vague de réformes n’a pas affecté les droits de propriété. - à partir de 1993, la décision a été prise de transformer les entreprises d’Etat en sociétés anonymes (corporatization). Une partie des petites et moyennes entreprises d’Etat ont été placées en leasing, louées à des personnes, d’autres ont été vendues aux employés des entreprises ou à des personnes individuelles.
Dans ce contexte, marqué par la forte croissance du PIB chinois, le comportement des entreprises s’est modifié de différentes manières. Les entreprises d’Etat, notamment dans le secteur non concurrentiel, ou celles qui bénéficiaient d’un pouvoir de marché relativement important, ont continué à recevoir leurs inputs par les procédures habituelles, sans innover outre mesure; celles qui se sont trouvées en concurrence avec les nouveaux entrants (nouvelles entreprises collectives, J.V. avec des capitaux étrangers, entreprises privées) ont vu leurs parts de marché menacées et ont été conduites à adapter leur stratégie en conséquence, le plus souvent par l’adoption de nouvelles technologies de production ou de marketing ( tableaux 1 et 2).

Tableau I
Part du PIB dans différents secteurs (en %)

Source: bureau d’Etat des statistiques 2000
La position de monopole de beaucoup de firmes d’Etat, au départ, a constitué un atout, soit pour maintenir les sources de financement provenant du centre (subventions, prêts bancaires), soit pour conserver leurs parts de marché arguant à la fois de leur position stratégique ou encore de leurs obligations sociales (logement, protection sociale, retraite) qui représentent un coût élevé que les municipalités ne peuvent pas assurer à elles seules. Le développement du marché, par contre, les a obligées à intégrer le nouvel environnement concurrentiel et à développer des stratégies nouvelles, différentes que celles qui consistaient à maximiser le niveau des inputs et à limiter celui de l’output, bien que la menace de sortir du marché était très faible en raison de la non application de la loi sur la faillite adoptée en 1986.

Tableau II
Distribution de l’emploi par type de propriété (en millions)

Source: Bureau d’Etat des statistiques 2000
Les firmes produisant des biens relativement standards avec une technologie pas trop élaborée, d’un côté, et se trouvant près du marché final, de l’autre, ont d’avantage subi l’impact de la réforme et ont été plus perméables à la pression concurrentielle.

A l’inverse, les entreprises produisant en amont des biens de production ou des semi-produits, donc dans des secteurs moins exposés à la concurrence, possédant souvent des actifs très spécifiques, n’ont pas modifié leurs comportements en s’appuyant sur l’imbrication très forte des liens unissant la direction de ces entreprises et l’appareil politico-administratif soit au niveau local (bureaux économiques au niveau de la municipalité) ou central (Ministère de branche). Dans ce nouvel espace induit par la réforme, les firmes du secteur collectif en milieu rural (TVE) 3 , c’est-à-diredes entreprises non directement soumises au contrôle de l’Etat par opposition aux firmes du secteur collectif urbain qui opèrent à peu de choses près comme des entreprises d’Etat ( figure 1 ) ont progressivement accru leurs parts de marché.

Paradoxalement, ces firmes sont des réminiscences des tentatives d’industrialisation reposant sur le principe maoïste du « compter sur ses propres forces ». Cette stratégie a conduit à la démultiplication et la prolifération à l’entrée des petites unités industrielles souvent avec de fortes déséconomies d’échelle. Xu et Wang (1997) y voient un défi au paradigme des droits de propriété avancé par les principaux théoriciens de la transition post-socialiste. L’application de droits de propriété stricts, dans ce contexte, n’apparaît pas comme le moyen le plus pertinent pour faciliter l’entrée et la création de nouvelles firmes. Ces nouvelles organisations se sont montrées plus efficaces en termes de croissance du volume de la production, d’investissement, d’emploi, de productivité des facteurs, d’entrée sur de nouveaux marchés que beaucoup d’entreprises d’Etat, bien que voyant leur part diminuer dans le PIB, attirent encore près des deux tiers des crédits bancaires et retiennent plus de la moitié de l’emploi. A contrario, il faut souligner la grande hétérogénéité du secteur collectif, celui-ci étant peuplé d’une grande variété d’entreprises, certaines ayant été créées avec peu de financement, pour des raisons sociales, d’autre, par de véritables entrepreneurs cherchant à tirer profit du statut que confère ce statut d’entreprise (qui évite à ses dirigeants d’apparaître comme un capitaliste).

Avec de faibles barrières à l’entrée, la prolifération qui en résulte, sans contrepartie de sanction rapide pour les firmes non performantes, fait apparaître une grande variétés de situation 3 .

Tableau III
Distribution des entreprises par formes de propriété (1999)

Source: Bureau d’Etat des statistiques, 2000
Ce type d’entreprises s’est progressivement étendu aux zones urbaines, allant jusqu’à intégrer des activités de services ou encore, des activités dans le secteur des hautes technologies (cf. dans les quartiers nord-ouest de Pékin, proches des universités, dans le secteur de l’électronique).

Le revers de la réforme économique chinoise tient à la difficulté de rationaliser le comportement des entreprises d’Etat dont la fonction-objectif des managers est de maximiser à la fois le niveau de ses inputs et les objectifs sociaux et politiques et éventuellement économiques qui lui sont assignés et le niveau de profit compatible avec le degré de concurrence acceptable notamment pour les firmes d’Etat en situation de concurrence. Ces objectifs ne peuvent pas toujours être atteints simultanément.

Parallèlement, les fonctions associées à l’extension des mécanismes de marché se développent difficilement. Elles restent plutôt formelles et leur impact sur le comportement des entreprises, en conséquence, reste limité ( figure 1 ): - Le système bancaire n’a pas été modifié en ce qui concerne l’analyse des risques et l’acceptation des crédits. Les banques d’Etat, en outre, en s’appuyant sur le modèle anglo-saxon, n’ont pas la possibilité d’acquérir des actifs des entreprises d’Etat. Les mécanismes d’affectation des crédits demeurent très administratifs et le projet de réduire le nombre des succursales de la Banque Centrale afin d’échapper au pouvoir des lobbys provinciaux paraît difficile à réaliser, et est contesté de fait par les responsables économiques provinciaux et des municipalités qui voient leur pouvoir de marchandage se réduire avec les autorités bancaires sous leur juridiction. - Les managers associent plusieurs objectifs contradictoires à atteindre: objectifs quantitatifs en termes de production, avec la création de stocks, le maintien du plein emploi (en raison de l’interdiction de licencier), la prestation de nombreux services sociaux que les municipalités ne sont pas en mesure d’assurer. Dans beaucoup de cas, pour ce qui concerne les entreprises du secteur d’Etat, les incitations pour remplir les objectifs quantitatifs l’emportent sur celles qui sont censées accroître le profit. Certaines entreprises d’Etat reçoivent des subventions en contrepartie de quotas de production vendus à l’Etat en dessous du prix de production. Le niveau des subventions est généralement plus élevé que l’écart de prix entre prix de production et prix de marché.

Figure 1
Les différentes formes de propriété et de contrôle des entreprises chinoises

La baisse régulière des performances des entreprises d’Etat et l’incapacité du gouvernement à y faire face, en raison de l’existence d’une contrainte budgétaire douce, ont accru l’endettement des entreprises de ce secteur. Le succès du secteur non-étatique supportant le risque a compensé le statu quo des entreprises d’Etat quant à leurs performances notamment financières. Le coût élevé du maintien en activité de ces dernières est compensé par le poids de la contrainte budgétaire douce.

La baisse des performances des firmes appartenant au secteur d’Etat peut s’expliquer par deux raisons opposées : la première, par l’entrée de concurrents domestiques et étrangers qui prennent des parts de marché, la seconde par le pouvoir de disposition des insiders qui accroissent les coûts de fonctionnement et réduisent les profits.

La coalition que leurs dirigeants forment avec les instances locales de contrôle (bureaux économiques, représentants du parti, responsables des municipalités) favorise l’obtention des ressources additionnelles nécessaires pour couvrir les frais de fonctionnement de ces firmes. La première raison n’est pas partout démontrée : les secteurs dans lesquels les entreprises d’Etat dominent et ne subissent pas de concurrence directe enregistrent une baisse de leur profitabilité.

L’objectif de la nouvelle vague de réformes décrétée à la suite du dernier congrès du PCC en octobre 1997 était ambitieux : il s’agissait de rationaliser l’organisation industrielle chinoise et d’instaurer un système efficace de gouvernement d’entreprise. L’organisation industrielle du pays est particulièrement hétérogène à la fois en termes de structures et de contrôle. En termes de structures, cette hétérogénéité tient à la superposition de réformes successives introduites au cours des dernières décennies, bien avant le lancement de la reforme de 1979. Elle s’explique aussi par la division fonctionnelle et territoriale des entreprises. Deux conséquences importantes en découlent : l’existence d’un très grand nombre d’entreprises, notamment de petites dimension dans le secteur d’Etat et un enchevêtrement des firmes de propriété et de contrôle différents.

La prolifération des entreprises, notamment au sein du secteur socialiste, trouve son origine dans la stratégie de développement poursuivi par le gouvernement et le système de responsabilité qui incombait aux différents échelons de contrôle. La firme socialiste, dont les objectifs de production, les volumes d’inputs étaient déterminés centralement par le plan, était souvent dans l’incapacité de remplir ses missions. Les planificateurs locaux ont naturellement poussé les firmes sous leur contrôle à assurer leur approvisionnement et donc la régularité de leur production en renforçant l’autarcie au niveau local, soit en développant au sein des entreprises d’Etat des unités chargées de produire les inputs en pénurie, soit en créant des entreprises en amont ou en aval chargées de les approvisionner en inputs ou bien de distribuer la production. La création de ces firmes a permis de réduire les pénuries mais elle a eu aussi un effet contre-productif car la plupart d’entre elles n’ont pas atteint la taille critique suffisante et ont contribué à créer des capacités redondantes.

La division territoriale (entre l’Etat et les provinces, les provinces et les municipalités) avec les pouvoirs de décision qui étaient attachés à chacune de ces instances, ont contribué à accroître le nombre d’entreprises, notamment celles pour lesquelles le niveau d’investissement initial était bas (en fait, phénomène bien connu en économie socialiste, le niveau initial d’investissement était toujours volontairement bas afin que le projet puisse être retenu et donc inscrit au plan). Le taux de croissance de ces firmes était d’autant plus fort que les contraintes pour leur création étaient faibles et que l’accumulation des pertes ne constituaient pas une menace pour sortir du marché. L’interaction de mécanismes de marché imparfaits et des décisions prises par les différents niveaux intermédiaires de la bureaucratie, souvent avec des objectifs divergents, a induit un niveau élevé d’investissement et la prolifération d’entreprises (Hussain & Chen, (1998) avec, comme conséquence, des surcapacités dans la plupart des secteurs et un taux de concentration relativement faible.

L’enchevêtrement de différents types de propriété se traduit par une multiplicité de modes de contrôle avec principalement trois types : le contrôle étatique lâche, l’auto-contrôle des firmes coopératives et privées domestiques, le contrôle externe par les actionnaires pour les entreprises sino-étrangères.

Le premier type de contrôle est lâche pour plusieurs raisons : - la démultiplication des instances de contrôle et la délégation des pouvoirs de contrôle à des organisations qui n’ont pas nécessairement les compétences financières et stratégiques requises pour décider des orientations futures de l’entreprise. - la multiplicité des objectifs poursuivis par les différents échelons de fappareil de l’Etat-Parti propriétaire (plein emploi, pouvoir des représentants locaux). - le faible pouvoir de décision de l’actionnariat des entreprises d’Etat dans lesquelles une partie des actions a été distribuée aux salariés. - une faible partie des actions de la firme sont cotées en bourse une fois que l’émission en bourse a été réalisée.
La pression du marché financier est également limitée et il ne contribue que faiblement à discipliner les entreprises d’Etat en raison des mécanismes spécifiques à la fois administratifs et politiques d’allocation des ressources par les banques d’Etat. Dans ces conditions, la position des insiders est forte et la firme s’apparente, de facto, à une entreprise managériale (i.e. gérée par ses managers) en raison de la faiblesse du contrôle exercé par les actionnaires — le système multi-principaux - (et non pas en raison de la forte dispersion de l’actionnariat dans le cas de la théorie de Berle et Means) (X. Richet, 2001).
L’auto-contrôle concerne différents types d’entreprises : les entreprises du secteur socialiste dans lequel les actions sont détenues par les salariés (coopératives) mais qui ne peuvent pas être vendues, les petites entreprises privées dont le capital est détenu par les propriétaires.

Les discussions en Chine sur le changement du mode de contrôle des entreprises ont largement évolué au cours de ces dernières années. Initialement concentrées sur les questions des droits de propriété, sur la répartition des tâches de contrôle entre les différents échelons de la bureaucratie, sur le statut du secteur privé, celui des entreprises conjointes sino-étrangères, elles se concentrent à présent sur la rationalisation des entreprises, la privatisation d’une partie des actifs, les différentes formes de contrôle, enfin, sur la création de groupes industriels. On a mentionné le syndrome de l’appartenance au classement des 500 plus grandes entreprises mondiales pour justifier la politique de création de grands groupes industriels, d’autres ont évoqué la constitution de ‘réserves’ pour le Parti-Etat que traduirait le slogan « s’accrocher aux grandes firmes, abandonner les petites » (Zhuadafangxiao). La réalité est plus complexe.

2. Vers une plus grande hétérogénéité du système productif chinois,
La nouvelle vague de réformes introduites en 1997 a accentué l’hétérogénéité des firmes chinoises en mettant en place un nouveau mode de régulation assurant à la fois la protection des grands groupes non-concurrentiels et stratégiques et en plaçant en position concurrentielle les autres entreprises du secteur d’Etat avec les entreprises d’un secteur privé croissant composé des firmes domestiques et sino-étrangères ( tableaux 4 et 5).

Cette dernière vague de réforme est motivée par les raisons suivantes : - L’accumulation de pertes croissantes par les firmes d’Etat et, en conséquence, des banques d’Etat qui les financent. Plus du tiers des firmes d’Etat enregistrent des pertes qui ont été multipliées par 18 au cours des 20 dernières années. On estime que les dettes cumulées représentent près de 4 fois les fonds propres des entreprises. La contrainte budgétaire douce atteint ses limites ; elle ne peut plus s’appliquer sans compromettre l’équilibre des dépenses publiques du pays. - La nécessité d’assurer à l’Etat des revenus fiscaux suffisants en ciblant les principales entreprises stratégiques.

Tableau IV
Distribution des entreprises par taille (1999)

Source: Bureau d’Etat des statistiques 2000 - La décentralisation du système de gestion, couplée au pouvoir des coalitions locales constituées par le management des firmes d’Etat et les autorités locales montre ses limites. Les autorités locales n’arrivent pas à restructurer durablement les firmes sous leur juridiction. - Les changements économiques au niveau régional et la globalisation, avec l’adhésion de la Chine à l’OMC qui entraîne l’ouverture de la plupart des industries chinoises à la concurrence étrangère. - Mettre en place une nouvelle division des tâches entre l’Etat et le marché. Le premier devant se concentrer sur des industries de base nécessitant des aides spécifiques, le marché devant réguler le reste de l’activité.

Tableau V
Valeur de la production industrielle des entreprises à capitaux étrangers en % de la production industrielle totale

Source: Bureau d’Etat des statistiques 2000

B - Différenciation et évolution du gouvernement d’entreprise dans les groupes industriels chinois
A la fois en termes de forme de contrôle (gouvernance), de dimension, de structure de marché, d’exposition à la concurrence, la typologie ci-dessous reflète l’état de différenciation de l’organisation industrielle chinoise qui devrait s’accentuer au cours des années qui viennent avec les changement du mode de régulation, la montée des forces concurrentielles et les changements du mode de propriété.

1 — Les protégés : les grands groupes du secteur d’Etat contrôlés par le contre dans les secteurs non-concurrentiels
En 1997, on dénombrait 2097 grandes entreprises d’Etat gérées directement par le gouvernement central. Un peu plus d’un tiers étaient déficitaires, et un autre tiers en équilibre. Bien qu’elles représentent seulement 0,4% du total des entreprises industrielles, elles pèsent encore près de 16% de la production industrielle totale et 19% du total du capital des entreprises industrielles. Ces entreprises restent dans leur grande majorité hors limite pour les investisseurs étrangers avec seulement 2% de leur capital contrôlé par des entreprises étrangères 4 . Un examen du classement des 1000 plus grandes firmes du pays en 1997, indique qu’une grande majorité de ces 2097 firmes opèrent dans des secteurs encore fortement réglementés et largement protégés de la concurrence intérieure et internationale 5 . En ce qui concerne l’évolution des droits de propriété, l’Etat a annoncé à plusieurs reprises qu’il conserverait une majorité du capital dans les grandes entreprises d’Etat. Dans le texte adopté lors du 3ème plénum du XVème Congrès du PCC en septembre 1999, le gouvernement a déclaré vouloir se désengager des activités non stratégiques, sans pour autant délimiter clairement cette catégorie. Bien qu’ils aient un besoin urgent d’être restructurés, les groupes appartenant à cette catégorie ne devraient pas sentir l’influence des réformes de la propriété, si ce n’est peut-être une simplification des relations avec leurs ministères centraux de tutelle. Ceux-ci ont été regroupés depuis 1998, et les anciens bureaux de gestion des entreprises à l’intérieur des ministères ont été réorganisés en holdings financières ( guoyou zichan konggu gongsi ) .

Parallèlement, pour les plus grandes entreprises de cette catégorie, le Conseil des affaires de l’Etat a approuvé, depuis 1994, la création de 156 groupes qui ont reçu le droit de gérer directement pour le compte de l’Etat, les actifs d’Etat ( shouquan ) et de rapporter directement aux ministères centraux de tutelle sans passer par l’intermédiaire d’une holding financière. Il y a donc peu à attendre de ce type de réforme administrative dans la mesure où même si les entreprises mettent en place de nouvelles institutions visant à améliorer le gouvernement d’entreprise comme un conseil d’ administration ou un conseil de surveillance, la structure du pouvoir reste totalement dominée par les ministères centraux directement (dans le cas des 156 groupes) ou indirectement via les holdings financières qui continuent d’agir comme les anciens bureaux des ministères.

Par ailleurs, le comportement des managers de ces firmes s’inscrit dans la tradition des grandes firmes socialistes (E.S. Steinfeld, 1998). Les managers continuent de jongler avec des objectifs contradictoires : certains sont politiques comme le respect des objectifs du PCC qui débordent souvent sur des questions liées à la défense de l’industrie nationale, à de la promotion de “ champions technologiques nationaux ” aux dépends de l’efficience technologique et financière. D’autres objectifs sont plus sociaux comme la croissance de l’unité de travail et le maintient des avantages des salariés. Enfin, leur carrière est avant tout essentiellement politique puisque la direction d’une entreprise est souvent un tremplin pour avancer dans la hiérarchie du PCC et de l’Etat. Ces objectifs contradictoires favorisent les gaspillages et autres détournements de ressources, la pérennisation de rentes, soit en faveur des dirigeants, soit en faveur des salariés dont les augmentations de revenus (salaires et autres bénéfices sociaux supportés directement par 1 ‘entreprise) sont restés jusqu’à une période récente bien supérieurs aux gains de productivité.

Du point de vue du financement, ces entreprises sont les plus grandes bénéficiaires du système financier officiel. Bien qu’étant loin de la situation coréenne où les chaebols ont longtemps monopolisé toutes les sources de financements, les 1 000 plus grandes entreprises d’Etat chinoises détiennent 63 % des actifs dans l’industrie et procment encore 70 % des revenus fiscaux à l’Etat central 6 . Les grandes entreprises d’Etat ont eu accès à toutes les sources de financement officielles. Elles ont profité de leurs accointances politiques pour obtenir un accès privilégié aux grandes banques commerciales d’Etat et sécuriser toutes les formes existantes de crédits (K.J. O’Brien, 1992) (prêts subventionnés, crédits à court terme, accès aux devises étrangères pour les importations de technologie). A partir du début des années 1990, elles se sont massivement portées sur le marché boursier. Elles constituent aujourd’hui presque l’intégralité des 1100 entreprises cotées sur les 2 bourses domestiques, à Shanghai et Shenzhen, ainsi que celles cotées à Hong Kong (actions de type “H”) ou à New York (actions de type “N”). L’impact du marché financier sur leur gouvernement d’entreprise a été limité. L’Etat a verrouillé le capital de ces entreprises dans lequel il maintient une participation moyenne proche de 60% 7 , décourageant ainsi les prises de contrôle par des actionnaires privés ou étrangers. A plus forte raison, lorsque l’on sait qu’une partie non négligeable des actions de type A et B sont également détenues par institutions publiques (entreprises d’Etat, banques, entreprises contrôlées par les administrations locales), on perçoit à quel point le capital des entreprises cotées en bourse est encore très largement contrôlé par l’Etat. Les investisseurs privés ont investi pour des raisons uniquement spéculatives, portant peu d’intérêt à la gestion de l’entreprise. Les bourses domestiques sont constamment secouées par des scandales relatifs à la dissémination d’informations confidentielles avant des opérations d’élargissement du capital ou des offres publiques d’achat et au manque de transparence dans les comptes des entreprises. Enfin, la façon dont les lois sont appliquées ne permet pas aux actionnaires minoritaires (même s’ils obtenaient des informations stratégiques sur l’entreprise) de défendre leurs droits auprès des tribunaux.

Ces entreprises ont été les uniques bénéficiaires du programme de recapitalisation des banques d’Etat : ce programme permet une transformation des dettes des entreprises d’Etat en actifs pour les banques d’Etat. La banque élimine de son bilan le montant du prêt non performant et l’actif correspondant de l’entreprise d’Etat est repris par des sociétés de défaisance créées à cet effet qui se chargent de le revendre sur le marché. Les 4 sociétés de défaisance ont récupéré un total de près de 1400 milliards de yuans de prêts non performants et s’apprêtent aujourd’hui à revendre ces actifs sur le marché. La différence entre la valeur initiale de la dette et le montant récupéré lors de la vente de l’actif devrait être financée par des obligations d’Etat. Par exemple, les aciéries Shougang de la capitale ont signé en avril 2000 un accord avec 3 sociétés de défaisance récupérant les actifs non-perform

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