L argent des pauvres, les milliards des banques
286 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

L'argent des pauvres, les milliards des banques , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
286 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Existe-t-il d'autres voies de sortie de crise que les sacrifices pour le peuple et la croissance exponentielle des dividendes et des profits pour une minorité ? Des mesures, faisant prévaloir des transformations profondes de la société apparaissent dans tous les domaines et, principalement, dans la maîtrise des banques privées et des marchés financiers afin de disposer de tous les moyens nécessaires pour combattre efficacement le capitalisme.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 mai 2012
Nombre de lectures 29
EAN13 9782296491793
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’ARGENT DES PAUVRES, LES MILLIARDS DES BANQUES
© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http ://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.f

ISBN : 978-2-296-96988-9
EAN : 9782296969889
Jacques ATLAN
L’ARGENT DES PAUVRES, LES MILLIARDS DES BANQUES
Alternatives financières et politiques
Collection « L’esprit économique »

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996
dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis

Si l’apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L’esprit économique » soulève le débat, textes et images à l’appui, sur la face cachée économique des faits sociaux : rapports de pouvoir, de production et d’échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement…Ces ouvrages s’adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu’aux experts d’entreprise et d’administration des institutions.
La collection est divisée en six séries :
Dans la série Économie et Innovation sont publiés des ouvrages d’économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l’accent sur les transformations économiques et sociales suite à l’introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L’innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles.
La série L’économie formelle a pour objectif de promouvoir l’analyse des faits économiques contemporains en s’appuyant sur les approches critiques de l’économie telle qu’elle est enseignée et normalisée mondialement. Elle comprend des livres qui s’interrogent sur les choix des acteurs économiques dans une perspective macroéconomique, historique et prospective.
Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d’économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l’étude des ressorts fondamentaux de l’économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications.
La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d’aujourd’hui liés aux métamorphoses de l’organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d’ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d’histoire de la pensée et des faits économiques.
La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d’une situation donnée. Le premier thème directeur est : mémoire et actualité du travail et de l’industrie ; le second : histoire et impacts économiques et sociaux des innovations.
La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s’adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l’application du vieil adage chinois : « le plus long voyage commence par le premier pas ».
« Il y a un autre monde et il est dans celui-ci »
Paul ELUARD
CHAPITRE 1 : Avant-propos pour libérer la parole et permettre le débat
Ce livre a pour ambition de présenter de façon simple et accessible un éclairage sur le comportement des banques et des marchés financiers et de s’interroger sur leurs responsabilités dans la crise que nous traversons, crise présentée souvent comme excessivement complexe par certains, afin que nous leur abandonnions notre liberté de jugement et d’appréciation et que nous nous rendions à leurs discours de spécialistes étant eux les seuls capables de la décrypter et de l’interpréter.
Démocratisons la parole pour démocratiser l’économie.
Endetter les pauvres, parce qu’ils sont les plus nombreux…
Cette crise fut d’abord immobilière et financière.
Elle a comme point de départ, les USA, où un matin d’une belle journée du début février 2007 éclata un véritable séisme financier se développant comme une traînée de poudre.
Un doute incontrôlable sur la solvabilité de millions d’emprunteurs américains qui avaient contracté des prêts immobiliers pour devenir propriétaires de leur logement principal, était né et se propageait à la vitesse de la lumière.
Il apparut très vite qu’il devenait impossible de maîtriser cette rumeur sur les impossibilités de remboursement d’emprunteurs découverts subitement insolvables.
On fit vite les comptes, il s’agissait de volumes énormes représentant des milliers de milliards de dollars, plombant les plus grandes banques américaines et étrangères et les plus grandes compagnies d’assurance du monde.
Le premier acte fut l’effondrement, alors impensable quelques semaines plus tôt, de Lehman Brothers, quatrième grande banque américaine avec ses 25 000 collaborateurs, et vieille de 160 années, qui constituait la plus grosse faillite des États-Unis d’Amérique.
Ces crédits immobiliers dits « subprimes » véritables phénomènes de société, concoctés par d’ingénieux banquiers experts en ingénierie financière, bénéficiaient des meilleures notes de toutes les Agences de notation, de garanties hypothécaires, de contrats d’assurances des meilleures compagnies d’assurances mondiales.
Mais le problème fut, qu’ils avaient été accordés sciemment à des populations en proie aux pires difficultés, résultant principalement du chômage et de la grande précarité.
Le crédit était instauré comme véhicule de promotion et comme finalité de la société. Ces crédits hypothécaires relativement bien garantis se présentaient, aux yeux de tous, comme sans risques et offraient la garantie implicite de l’État le plus puissant du monde, aux investisseurs et aux rentiers du monde entier, assortis surtout d’une très forte profitabilité.
Un séisme qui ébranla le monde capitaliste…
Et, malgré ces multiples garanties, malgré les meilleures cotations fournies par les Agences de notation les plus prestigieuses, malgré l’État le plus puissant du monde avec son dieu dollar, ce fut la panique générale. D’abord aux USA, et de proche en proche dans tout le reste du monde capitaliste et plus précisément celui très lié au capitalisme financier américain avec comme conséquence immédiate un tarissement généralisé des trésoreries des banques en situation de quasi-faillite : plus de cash.
Le gouvernement américain de Bush, aveugle sur la réalité du précipice qui s’ouvrait sous ses pieds, dans un premier temps refusa de porter secours à la Banque Lehman Brothers qu’il laissa déposer son bilan, alors qu’ensuite, il apportera aux autres banques toutes aussi gravement atteintes, la coquette somme en aides publiques de 175 milliards de dollars (Source ; enquête procureur de New York, M. Abdew Cuomo).
Il est vrai qu’après avoir tremblé et passé quelques nuits sans sommeil, les banquiers américains eurent vite retrouvé leur sourire, rassurés qu’ils étaient par l’appui total reçu du pouvoir politique, quel qu’en fût le prix exigé, prenant soudain conscience de la mise en danger systémique du capitalisme, dans une faillite des banques et des compagnies d’assurances, bases fondamentales du système économique et politique américain.
Le mot d’ordre d’un monde aux abois : « Nationalisons les banques!! »
Contre leurs propres convictions profondes, les dirigeants américains pour sauver la finance mondiale prononcèrent même le mot tabou de « nationalisation » afin de s’autoriser, aux yeux de tous, à insuffler tout le capital public nécessaire pour remettre à flot le système bancaire et financier, gravement ébranlé.
Le lobby de Wall Street fut décrié, vilipendé par des milliers et des milliers d’américains en colère dans les rues de New York. Mais, il a, maintenant, repris le dessus et est parvenu à imposer au Président Obama, par lobby interposé, des réformes à minima.
Y compris en France, les banques ont retrouvé du tonus, de l’influence dans tous les rouages de la société et de l’administration, quelques procès, ici ou là, n’entamant pas leurs optimismes ni les prévisions de résultats en très nette progression en dépit de la crise.
Elles ont repris leur activité comme par le passé, (« as usual » terme américain) trop soucieuses de sauver les activités les plus juteuses et les plus spéculatives, ce qui leur permit de restaurer leurs marges bénéficiaires plus vite que prévu et de confirmer les salaires indécents des patrons et leurs bonus, suspendus pendant une année seulement.
Tous les États ont suivi l’exemple du grand frère américain apportant des milliards en fonds propres ou en crédits. Appliquant l’adage bien connu : « socialiser les pertes, privatiser les profits » , d’une part et d’autre part, les banquiers ont retenu la leçon suivante : ils sont trop importants et indispensables à l’économie et quoi qu’ils fassent, les États ne les abandonneront pas : en anglais « too big, to fail ».
La hantise mondiale a parcouru le monde capitaliste, à la vitesse des e-mails vers tous les ordinateurs : « C’est la même crise qu’en 1929… peut-être plus grave! »
Cette crise dont la profondeur et l’ampleur ne peut se comparer qu’à celle de 1929 dont les conséquences immédiates furent, d’abord, un chômage massif entraînant l’ascension au pouvoir d’Hitler en Allemagne, de Mussolini en Italie, d’Hiro Ito au Japon, des colonels en Grèce, etc… Elle eut comme conséquence inéluctable la Seconde Guerre Mondiale dont le bilan fut monstrueux avec 45 millions de morts dont la moitié de victimes civiles.
Les très lourds sacrifices consentis par des centaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants, survivants, français, allemands, russes, américains, japonais, chinois, etc… eurent comme effet immédiat le serment solennel que firent les peuples, un peu partout, au nom de l’humanité tout entière : « plus jamais ça ! ».
Ils souhaitèrent agir, sous des formes diverses, pour une société commune des nations du monde en faveur de la paix et de la justice qui aurait dû pouvoir répondre aux immenses espoirs nés de la guerre en faveur de sociétés nouvelles démocratiques et pluralistes prônant un monde réconcilié de paix et de solidarité. Serment, qui malheureusement, ne fut pas tenu.
Si l’histoire est riche d’enseignements, elle nous enseigne que les solutions des crises doivent être recherchées au niveau de leurs causes profondes et non au niveau des effets dramatiques constatés.
Ils n’ont rien appris, ils continuent comme avant…
C’est en quoi la page de la crise actuelle n’est pas encore tournée, elle n’a pas encore développé toutes ses conséquences négatives en matière financière, économique, écologique et culturelle.
Les puissants de la terre veulent en faire payer le prix aux peuples, alors qu’ils n’en sont pas responsables.
En dépit de la résistance qui s’oppose à ces politiques rétrogrades, ils tentent d’infliger à l’ensemble des salariés, des retraités, des jeunes, l’application généralisée de plans d’austérité (exigés par les marchés) réduisant les acquis sociaux, le pouvoir d’achat, avec des plans de licenciements, des délocalisations industrielles.
Tandis que les banques, elles, ont retrouvé très vite et même dépassé leur taux de profitabilité d’hier qui dépasse, encore une fois, largement celui de l’économie réelle toujours en crise.
À la différence de l’ensemble des acteurs de l’économie, la rentabilité des sociétés du CAC 40 en affichant des profits énormes est d’une indécence insupportable, car certaines ne payent aucun impôt et d’autres le font à un taux dérisoire entre 8 et 10 % seulement.
Les banques françaises ont presque toutes remboursé les participations financières ou prêts que l’État, en s’endettant, leur avait accordés pour les sauver au moment de leur panne de « liquidités » en 2009 afin d’avoir les « mains libres » pour offrir à nouveau à leurs dirigeants et à leurs traders des salaires exorbitants et des bonus sans limite.
Les grands patrons du secteur bancaire, au bord de la faillite, ont également voulu très vite tourner la page pour faire oublier leur gestion catastrophique d’hier et pouvoir continuer à s’octroyer de royales augmentations de salaires qu’ils refusent à leurs personnels. Ils ont rétablis leurs bonus sans oublier ceux de leurs traders, de façon indécente, pour maintenir une « juste » concurrence de rémunérations avec leurs congénères au niveau mondial.
Les distributions de dividendes ont augmenté pour rémunérer le capital investi, pour rassurer l’actionnariat sur l’avenir, impérieuse obligation de soutien apporté aux marchés, pour rétablir la confiance, maître mot, des actionnaires (on les appelle les « investisseurs », cela fait plus noble).
Les bonus des traders et des patrons des banques qui devaient être supprimés ont été rétablis, gravés dans le marbre, par un décret paru au Journal officiel le 17.12.10, à la faveur de la transposition de « la directive européenne dite « CRD3 » en matière d’encadrement de la rémunération des opérateurs de marchés » .
Ces règles sont inscrites directement dans le corps de l’arrêté, à savoir « versement d’au moins 40 % des bonus, et jusqu’à au moins 60 % pour les plus hautes rémunérations, de manière différée sur une durée minimale de trois ans. Elles prévoient également le versement de 50 % de rémunération variable sous forme d’actions, ou d’instruments équivalents. »
Les spéculateurs et les grands patrons des banques ont encore de beaux jours devant eux, comme on les vit à la manœuvre en ce début d’août 2011. Ils ont, de plus en plus, d’outils performants, complètement automatisés, utilisant l’informatique et les calculs d’algorithmes pour spéculer à l’aise et aggraver les déséquilibres des marchés à leur profit.
Le « trading à haute fréquence » 1 est une forme de négoce très juteuse en période de grande instabilité. Dans la période du 4 au 10 août 2011, cette forme de transactions a représenté 65 % des volumes outre-Atlantique contre 53 % les mois précédents. Sur le Vieux Continent on estime à 40 % le volume quotidien du trading à haute fréquence. Les traders opérant sur ce marché ont engrangé des profits record sur cette période qui s’élèveraient, selon le « Wall Street Journal » à un gain de 15 milliards de dollars en tendance annualisée. En matière de spéculation, la machine est plus puissante que l’homme, car les transactions automatisées peuvent traiter des volumes importants en éliminant la notion de temps et de matérialité des ordres.
Le danger que fait courir au secteur bancaire et à toute l’économie la pratique du « trading haute fréquence » s’est illustré par le « krach éclair » de Wall Street du 6 mai 2010, où l’on a assisté à une chute brutale de 9 % du Dow Jones, en quelques minutes, du fait d’un ordre de vente passé par un opérateur, pour une exécution automatique, via un programme informatique (algorithme) d’un montant de 75 000 contrats à terme sur l’indice S & P 500 (mini). Cet ordre automatisé transmis aux autres traders à haute fréquence déclencha une telle pression à la vente qu’elle créa deux crises de liquidité, l’une sur le marché des contrats à terme, l’autre sur le marché au comptant. Les intervenants durent se retirer du marché.
Les marchés et les banques s’attaquent à l’économie réelle… et maintenant aux États souverains…
Mais les conséquences non maîtrisées de la crise, ce sont, la crise de l’euro et des dettes souveraines où l’Irlande hier, la Grèce et l’Italie aujourd’hui et demain l’Espagne et le Portugal et d’autres, servent ou serviront de champ de bataille pour les spéculateurs des marchés et des banques.
C’est encore la guerre des monnaies où les États-Unis imposent, sans concertation aucune, la dictature du dollar qui constitue encore l’arme commerciale par excellence contre toutes les autres monnaies et contre l’euro en particulier, pour « tenter » de relancer la croissance interne américaine en instaurant une concurrence commerciale déloyale qui devrait leur permettre d’exporter leur chômage qui devient maintenant structurel chez eux.
Tous ces éléments et bien d’autres nous créent l’obligation urgente de nous interroger sur les mécanismes et sur les hommes qui ont conduit à un tel séisme mondial.
Il faut alerter l’opinion sur le grand danger qui nous guette dans la mesure où rien de sérieux n’a été envisagé et rien n’a été entrepris pour échapper au renouvellement d’événements aussi extrêmes qui mettent dramatiquement en cause l’organisation de la société et peuvent se traduire par les pires violences .
Seule l’Islande a traîné plus de 200 personnes devant les Tribunaux dont son ancien Premier ministre Geir Haarde, pour « avoir contrevenu à ses devoirs par négligence concernant le système financier de l’île », en 2008, avec la faillite de la banque en ligne Icesave qui avait pulvérisé l’épargne de quelques 340 000 citoyens néerlandais et britanniques.
1 Trading haute fréquence : mode de négociation sur les marchés financiers dont la caractéristique principale est de permettre une très grande rapidité de transactions grâce à un recours à des technologies informatiques puissantes pouvant se passer de l’intervention humaine.
CHAPITRE 2 : Il faut ouvrir les livres comptables des banques et faire le bilan de la catastrophe et chercher les responsables …
Les banques, sur lesquelles ce livre voudrait apporter un certain nombre d’éclairages, sont un monde à la fois simple et complexe surtout depuis qu’on s’est employé à l’obscurcir à loisir, en développant une véritable ingénierie financière à l’aide de produits très sophistiqués, d’outils de placements, rendus complexes, pour justifier l’emploi de « génies » de l’informatique qui ont cultivé l’opacité des marchés financiers mondialisés. On présente ces produits de placements, complexes pour le commun des mortels, assortis de formules algébriques, pour faire « innovant » mais qui ne cherchent qu’à abuser le chaland ou à le culpabiliser.
Toute cette mauvaise littérature vise à justifier de la part d’un petit nombre d’« happy few » une prétendue maîtrise des risques alliée à une rentabilité juteuse, justifiant la commercialisation mondiale de ces produits labellisés et leur circulation très rapide dans le cadre d’une finance déstructurée de l’économie réelle, existant pour elle-même, spéculant par elle-même, pour un profit aléatoire et dangereux pour tous, de plus en plus vite, de plus en plus loin.
Les contrats proposés aux clients que nous évoquerons brièvement, plus loin, sont faits sur-mesure par la banque ou par une filiale en assurances ou par ses multiples fonds communs de placements pour le client-ciblé, comme une marchandise dotée d’un potentiel d’investissement à moyen terme.
Le client, s’il est un peu curieux, découvrira, en caractères très fins, quasiment illisibles, que la banque n’assume aucune responsabilité dans la promesse de la réalisation de gains importants et, encore moins de responsabilité dans le cas contraire, y compris celui de la perte complète du capital investi . La banque envisage de gagner, ainsi , beaucoup d’argent, sans assumer de responsabilité vis-à-vis de son client en matière de gains ou de pertes.
Ni responsable, ni coupable.
La banque a toujours raison, le client a toujours tort. Il signe un contrat « en bonne et due forme », cautionnant l’irresponsabilité du banquier.
La banque a toujours entretenu un épais mystère sur une grande partie de son activité, patrimoniale en particulier, frappée par le secret professionnel et friande du secret parfois sulfureux attaché aux affaires familiales, (comme les notaires). Ces activités patrimoniales constituent un domaine réservé à certains cadres triés sur le volet, avares d’informations privilégiées dont certaines pouvaient leur avoir été confiées par les Pouvoirs Publics eux-mêmes, selon les circonstances.
Les banques, orfèvres dans les conflits d’intérêts et dans les délits d’initiés…
De plus, de nombreuses informations reçues de leurs clients, censées être confidentielles, rendent toujours les banquiers complices, soit de délits d’initiés soit de conflits d’intérêts.
Les coups tordus des milliardaires en matière de prises de participations, de fusions-acquisitions à l’encontre d’entreprises concurrentes convoitées rendent les banquiers complices des pires turpitudes de leurs clients les plus riches et les plus influents.
Comment sont-ils devenus milliardaires les Bernard Arnaud, François Pinault, Vincent Bolloré entre bien d’autres… ? Tout simplement, en se servant des banques, toutes dévouées à leur service, pour acheter, vendre, des sociétés concurrentes dans des conditions qui défrayèrent les chroniques judiciaires, à la limite de la légalité…
L’existence des paradis fiscaux dans les pays exotiques et autres petits pays discrets comme la Suisse ou le Luxembourg permet d’héberger avec toute la discrétion voulue dans les filiales de nos grandes banques les comptes de leurs riches clients qu’elles soignent très particulièrement sous l’anonymat de comptes numérotés.
C’est là qu’on mesure les limites des contrôles exercés par la Banque de France, la Commission bancaire et l’Autorité des Marchés sur les banques.
Mais, depuis que les banques se sont engagées dans une désintermédiation croissante de leurs activités de crédits à l’économie pour se repositionner à corps perdu dans la folle explosion des marchés financiers structurés à l’international comme dans les marchés de gré à gré, sans contrôle aucun, elles ont créé les conditions de leur impossible contrôle.
Comme le pouvoir politique s’est engagé, par choix idéologique, dans un libéralisme à tout crin, il s’est résigné au recul de sa tutelle sur les banques, accordant aux lois du marché le soin de la régulation qu’il avait cessé d’exercer. Les Agences de notation ont fait office de contre-pouvoir pour noter les banques, les grandes entreprises et les États et servir les marchés financiers. Les banques se sont installées en pleine harmonie dans ce nouveau paysage financier, mondialisé, le rendant inintelligible aux yeux de tous, y compris d’elles-mêmes. Le marché, par ses prétendues vertus régulatrices, était censé remédier à tout.
C’est pourquoi, aujourd’hui, les banques restent si hostiles à tout retour en arrière, à tout contrôle de principe, à toutes règles ; comment pourraient-elles renoncer à un environnement sans borne et sans limite permettant d’établir, hors de la vue de tous, des constructions si rémunératrices ?
Les banques se sont employées à forger durant une vingtaine d’années un nouveau marché du profit à court terme, organisé grâce à l’avènement du néo-libéralisme européen dans lequel leur privatisation trouvait sa place, favorisant des concentrations bancaires sans logique économique d’où découlèrent, logiquement, les lois de la dérégulation et de la déréglementation financières.
Mais elles continuèrent à collecter l’argent de l’épargne publique et à l’utiliser à leur guise, sans contrôle. Auront-elles encore longtemps le droit de l’utiliser sans que les citoyens et les salariés du secteur puissent dire leur mot ?
Elles créent de la monnaie, fonction régalienne par excellence, pour l’affecter à quoi, et pendant combien de temps encore ?
La spéculation financière va-t-elle demeurer longtemps une activité licite et privilégiée ?
La responsabilité des États et de l’Europe dans la crise
La responsabilité des États, en matière de dérégulation et de déréglementation, ne peut pas être éludée, tout comme les nombreuses mesures favorables aux plus fortunés français ou étrangers, dans le but, prétend-on, d’attirer leurs capitaux étrangers en France, à la Bourse de Paris, pour « financer » l’économie ou pour faire croître l’endettement de l’État, ou pour mieux encore pour piller l’économie.
Ces capitaux très « volatils » passent, sans passeport, les frontières pour déstabiliser l’un par rapport à l’autre, pour dégager des marges bénéficiaires, ici et ensuite là, et, jettent une lumière crue sur les connivences souterraines qui unissent le pouvoir politique aux puissances d’argent, pour spéculer juste au bon endroit, grâce aux informations recueillies auprès de ceux qui sont censés les détenir pour se forger une opinion, un diagnostic sur une action, une obligation, une entreprise et un pays.
Aujourd’hui, il faut dénoncer l’échec complet de la privatisation des banques comme celle des compagnies d’assurances. Il faut dénoncer cette architecture financière ouverte à la concurrence « libre et non faussée » née des traités comme des directives européennes que quelques banquiers repentis mettent en cause, tardivement, aujourd’hui. Ils écrivent même des livres, il en paraît dans le monde entier, pour fustiger des pratiques qui ont ruiné des millions de modestes épargnants, enfoncé l’économie mondiale dans une crise la plus grave depuis 1929 selon les économistes et qui se limite simplement à défrayer la presse sans aller jusqu’à des poursuites judiciaires à l’encontre des principaux responsables.
Ainsi, l’euro vacille sur ses bases et risque d’exploser ou d’imploser, parce que l’on joue, tous les jours, l’euro contre le dollar tantôt à la baisse, tantôt à la hausse et les traders valorisent ainsi leurs bonus par les plus-values réalisées pour les clients ou pour les banques spéculant sur fonds propres en se positionnant à la vente ou à l’achat d’euros pour des millions et des millions d’euros.
L’intervention sans limite des banques privées sur les marchés de l’endettement des États à des taux prohibitifs s’est avérée très juteuse pour elles, néanmoins risquée, et de plus en plus catastrophique pour les pays en difficulté comme la Grèce et l’Irlande et conduisent tout le monde à la faillite.
Il faut que les salariés contestent les orientations spéculatives de leurs banques et s’imposent dans leur gestion…
Le bilan catastrophique de l’Europe est cruel pour les peuples.
Les peuples doivent se faire entendre, ne pas accepter les plans d’austérité qui fleurissent partout, se soulever et crier leurs colères dans les rues, dans les assemblées, dans les urnes.
Une nouvelle séquence historique va peut-être s’ouvrir pour les peuples visant à échapper à la crise profonde qui s’annonce avec le chômage, la misère et l’avenir bouché pour leurs enfants.
Des millions de salariés, des classes moyennes prennent, plus nombreux chaque jour, conscience que des limites ont été franchies et qu’il va falloir trouver des solutions novatrices, structurelles, en particulier prendre en mains la gestion de leurs propres affaires, celles de l’entreprise comme celles de l’État afin de « changer la vie ».
Sans perspective d’avenir, sinon une croissance de plus en plus rapide de toutes les inégalités, on assiste à un recul du pouvoir d’achat, des salaires et des retraites, une hausse des précarités et des licenciements, un chômage à un niveau de plus en plus élevé et au contraire une augmentation des profits des sociétés du CAC 40 et des banques, ainsi que des salaires des grands patrons et des dividendes des actionnaires.
La situation devient de moins en moins acceptable : l’austérité pour les salariés : la réduction des couvertures sociales, la remise en cause des services publics, la dégradation de l’enseignement, de la santé et de l’emploi.
Une oligarchie sans foi ni loi qui s’est enrichie de façon exponentielle, qui a conduit tout le système à la faillite, doit céder la place, disent les manifestants dans les rues.
Il s’agit bien, là, d’un enjeu de civilisation : l’alternative devrait être simple, il faut que les salariés interviennent et prennent des responsabilités dans les gestions pour faire naître un autre monde portant très haut les exigences d’une société pour l’homme contre la finance, ils doivent se rassembler, formuler haut et fort leurs besoins et leurs exigences. C’est encore dans les limbes mais cela est perceptible partout. L’intervention citoyenne, au quotidien, est une exigence démocratique de notre époque pour que la société retombe sur ses pieds.
Qui ne ressent pas le besoin de voir se restaurer la démocratie et de faire en sorte que soit rendu aux salariés d’abord c’est-à-dire au plus grand nombre et à tous les autres citoyens ce qu’on leur a volé au fil des années, par les amputations de pouvoir d’achat et par la négation de leur dignité d’êtres humains sans cesse mise en cause. Les injustices et les inégalités ont atteint de nouveaux sommets inimaginables et sont devenues humainement intolérables.
L’Histoire semble parfois balbutier mais c’est au moment où on l’attendait le moins qu’elle accouche d’un changement de société qui était en gestation en son sein depuis plusieurs années.
Nous vivons un moment historique où l’on s’interroge parfois de façon confuse sur toutes les grandes questions de société et deux d’entre elles émergent de toutes : Comment concevoir une meilleure répartition des richesses entre le travail et le capital ? Comment organiser un partage réel des responsabilités entre les salariés et les patrons dans la gestion des entreprises ?
Ces deux questions sont indissociables et incontournables.
Il apparaît de plus en plus, même si cela sera contesté jusqu’au bout, que ces mesures de justice parce qu’elles sont en même temps économiquement indispensables vont s’imposer et devenir une nécessité démocratique, historique. Elles grandiront lentement mais sûrement jusqu’à être partagées majoritairement au niveau national comme au niveau européen sinon mondial.
Il importe que les salariés eux-mêmes formulent des propositions audacieuses et exigeantes, en rapport avec leur vécu, afin d’asseoir de nouvelles relations dans le travail dans le cadre d’échanges démocratiques et humanistes renouvelés, vivants, sans cesse perfectibles, du local à l’entreprise jusqu’à l’État.
Une démocratisation des institutions et de l’économie comme de l’ensemble du corps social semblent pointer son nez et accompagner les réformes économiques en gestation, toujours en discussion.
Ouvrir le débat, donner libre cours à l’imagination, rendre confiance à l’autre…
Dans le cadre d’un processus de débats et de luttes sociales, surgit déjà la nécessité : de faire reculer la gestion managériale et la gouvernance anglo-saxonne des entreprises et de modifier les critères financiers qui prévalent dans la gestion des entreprises. Il s’agit d’imposer l’émergence de nouveaux pouvoirs conduisant vers un nouveau partage de la valeur ajoutée avec comme choix économique immédiat l’augmentation des salaires et des dépenses de formation, d’éducation et de recherches favorables à l’emploi.
Un déséquilibre dans le partage de la valeur ajoutée entre le salaire et le revenu du capital a été introduit durant plusieurs années, qu’il va être nécessaire de corriger.
Cela va apparaître, peu à peu, indispensable pour éclairer l’avenir de l’humanité, pour la relance de l’économie, gravement attaquée par la crise économique mondiale, par la politique de libre-échanges et d’austérité des gouvernements européens qui s’enfoncent, les uns après les autres, un peu plus dans une nouvelle crise dont ils sont les artisans, croyant en ce faisant pouvoir sauver le capitalisme moribond et leurs intérêts égoïstes.
Cessons de subir… devenons des acteurs…!
Il faut le répéter, seule une intervention significative des salariés eux-mêmes avec des pouvoirs réels dans la gestion des entreprises peut faire reculer les évolutions négatives de l’économie en France en matière d’emplois et de pouvoir d’achat.
Cette intervention citoyenne devrait s’exercer d’abord et dans l’immédiat à l’encontre de la gestion négative des banques toutes tournées vers la rentabilité immédiate et la spéculation. Une nouvelle organisation du secteur bancaire et financier s’impose. Nous développerons plus loin des propositions précises en la matière. Mais la situation actuelle impose impérativement des transformations profondes des structures bancaires actuelles héritées d’une crise qui a failli faire sauter la planète et qui donne l’occasion d’instaurer un véritable statut public du crédit fondé sur des critères de distribution du crédit novateur en faveur des hommes et non plus de la rentabilité et la spéculation.
Changer des structures héritées du passé pérennisant une organisation en classes sociales favorisant l’héritage et le pouvoir de l’argent mérite un débat approfondi sans passion ni tabous.
Il s’agit de modifier, structurellement, le rapport de forces dans la société tout entière entre les salariés et le capital et entre les salariés et l’État… Il faut revisiter et revaloriser la valeur travail en tant qu’activité humaine créatrice de richesses individuelles et collectives.
Il s’agit d’une longue route dans un contexte actuel pétri par l’individualisme exacerbé, marqué par le mal-être, par des suicides au travail, des désespérances… mais en même temps, il s’agit d’une prise de conscience de la nécessité partagée par le plus grand nombre que nous sommes à l’aube d’une nouvelle étape exaltante dans la lutte pour l’émancipation humaine qui va mobiliser de très nombreux citoyens. Demain sera différent d’hier si nous le voulons.
Nous vivons dans une organisation de la société de plus en plus rejetée par le plus grand nombre, parce qu’elle enregistre un recul profond des fondements de la démocratie, dont la manifestation principale est : le renforcement d’un pouvoir central limitant les libertés fondamentales, contrôlant administrativement les citoyens y compris dans leur vie privée comme eurent à en souffrir ces derniers mois des journalistes, des juges, des syndicalistes, de simples citoyens en garde à vue, des sans-papiers…
Les lois coercitives sur la circulation des citoyens, sur les libertés d’expression, sur internet, sur la justice, mettant en cause les libertés individuelles, s’empilent les unes sur les autres, embouteillent les tribunaux et remplissent les prisons.
Dans le même temps, dans le domaine financier et économique, certaines lois sont amendées afin de répondre à des exigences liées aux seuls intérêts de la classe au pouvoir, pour satisfaire par le jeu de la loi un laxisme juridique et fiscal, soudain devenu nécessaire, toujours plus important, au bénéfice des plus riches.
On déclasse ainsi certains crimes économiques de nantis en délits, par exemple, avec des amnisties conséquentes ou avec des arrangements favorables aux mêmes milliardaires de connivence qui, de plus, peuvent échapper aux lois de la République, en se réfugiant à l’étranger ou en utilisant les paradis fiscaux pour continuer à spéculer à loisir contre leur propre pays, en toute impunité. C’est là que l’on mesure la profonde dégradation morale des mœurs politiques quand le Parti au pouvoir opère la confusion des genres, la mainmise par la même personne du poste de trésorier du Parti et de celui de Ministre du Budget, c’est à dire du fisc. La main gauche peut ainsi ignorer ce que fait la main droite. On n’avait jamais atteint un tel niveau de cynisme décomplexé en faveur de l’Argent-roi porté jusqu’au niveau le plus élevé de l’État.
On assiste à la naissance d’une profusion d’avocats d’affaires spécialisés dans l’évasion fiscale au service des plus riches. Une certaine consanguinité s’entretient entre certains élus et hommes d’affaires, amis de longue date, dans un climat très propice au développement de relations étroites entre des hommes politiques de droite avec l’oligarchie au pouvoir à la tête des grandes affaires.
Une circulation permanente a été instituée entre hommes d’affaires et certains élus effectuant un pantouflage des uns chez les autres, d’abord dans les cabinets ministériels où l’on se constitue un carnet d’adresses qu’ensuite on valorise dans les hautes directions des plus grandes affaires, comme à la tête des grandes banques privées, cotées en Bourse avec fenêtre sur l’international.
Toutes ces manœuvres financières et fiscales au profit d’un petit nombre d’hommes d’affaires sont amenées à défrayer régulièrement l’actualité judiciaire, malgré la volonté du pouvoir d’éteindre ces incendies qui se succèdent, les uns après les autres. Mais l’exemple vient d’en haut.
Dans ce climat délétère où le chômage est l’horizon indépassable pour de millions de jeunes et de moins jeunes, la désespérance et le découragement développent un courant grandissant en faveur de l‘abstention aux élections qui ne contribue pas à une prise de conscience citoyenne. Le pouvoir exploite ce recul de l’exercice démocratique des moins favorisés pour tenter de les infantiliser et d’exercer sur eux une domination culpabilisante, les renvoyant pour toute leur existence à un statut de citoyen de seconde zone.
Le citoyen, dans le meilleur des cas, est « autorisé à déléguer » tous ses droits, une fois, tous les 5 ans à un homme ou à une femme, qui en fera l’usage qu’il ou qu’elle jugera bon d’en faire. Au nom de la « démocratie ».
Cette présidentialisation des institutions et de la République entre en contradiction avec le besoin grandissant des citoyens à exercer des responsabilités à tous les niveaux de la société, (le président pense pour tous et agit à la place de tous), cela est foncièrement antidémocratique. Cela se traduit par une réduction de l’expression du suffrage universel dans sa diversité et dans le pluralisme des opinions des citoyens. Cela vise à maintenir, ad vitam aeternam , le pouvoir des nantis même quand s’organise l’alternance des élus de la nation.
Elle constitue une hérésie dans le bon fonctionnement d’un État moderne, cette conception étant très largement rétrograde, datant de Napoléon III et risquant de finir de la même façon, c’est-à-dire tragiquement. En Europe, la plupart des Présidents sont élus par les Parlements et non au suffrage universel direct. Le jour où l’on restaurera la démocratie des élus de la nation en la matière, sera un très grand jour pour notre pays.
De plus en plus, élection après élection, des Français prennent conscience que le pouvoir démocratique du peuple est bafoué, du fait de lois électorales, de modes de scrutin, au profit d’une oligarchie de l’argent qui garde jalousement son pouvoir et d’une technocratie de hauts fonctionnaires mise à son service. La démocratie du spectacle s’est installée dans les allées du pouvoir au profit de l’Argent.
Dans les entreprises et les administrations le problème du pouvoir se trouve posé également avec une acuité jamais atteinte dans l’histoire de notre pays.
C’est insupportable. Le plus grand nombre a cependant son mot à dire.
Le peuple souverain est-il encore la source de tout pouvoir démocratique ?
Ce pouvoir confisqué par l’oligarchie de l’argent doit être restauré au profit du peuple dans un cadre démocratique renouvelé afin qu’il puisse l’exercer effectivement.
Si on veut faire évoluer démocratiquement la société, il faut s’attaquer aux pouvoirs structurels de l’argent faire reculer le pouvoir des banques et des marchés financiers
On ne peut pas faire l’impasse sur le rôle grandissant et incontournable que jouent les banques dans la société car il est évident qu’aujourd’hui comme hier celui qui possède l’argent possède le pouvoir et encore plus, dans le cadre d’une économie mondiale financiarisée, dominée par le déficit terrifiant américain financé par les excédents asiatiques qui plane négativement sur le monde entier.
Face à la crise, financière, économique, écologique, sociale, culturelle et morale qui nous est imposée, nos gouvernants jouent la comédie de la surprise. Ils emploient des mots durs, parfois complaisants, stigmatisant les banques et leurs « patrons voyous », leur avidité, etc… ils font semblant de découvrir, hypocritement, les banques avec à la fois, la spéculation financière, les paradis fiscaux, les parachutes dorés, leur amoralité, leurs rémunérations personnelles fabuleuses, les bonus, les stock-options, la défiscalisation organisée, un monde failli qui avait cru détenir la potion magique avec « l’économie de marché » et « la concurrence libre et non faussée » et dont toutes les valeurs s’écroulent.
Comment, alors que la crise n’a pas épuisé tous ses développements, nos dirigeants peuvent-ils être crédibles et proposer des solutions de sortie de crise, eux qui ont fermé les yeux sur le développement éhonté des inégalités ou les ont même encouragées, eux qui ont favorisé l’enrichissement incessant, devenu obscène, d’un petit nombre de milliardaires, eux, qui ne plaident pas coupables et se font toujours les chantres incorrigibles du libéralisme ?
De G8 en G20, les dirigeants de la planète, quand ils se réunissent, font état de leurs inquiétudes et sont contraints de constater leur impuissance à imposer de nouvelles règles de régulation et de stabilisation au monde alors qu’ils s’étaient employés, pendant plusieurs années, à abolir ces mêmes règles afin d’asseoir, ad vitam aeternam , la domination économique et financière, sans partage et sans retenue, des multinationales industrielles et financières, des plus riches sur les plus pauvres. Ils ne peuvent que renvoyer à des experts des mesures mise à l’étude avec le lobby bancaire international.
Les peuples prennent de plus en plus conscience d’un avenir inquiétant et de l’impuissance des gouvernements au pouvoir qui se sont disqualifiés en prétendant, à la fois pouvoir redresser la situation des inégalités sociales les plus flagrantes et réduire les déficits qu’ils ont eux-mêmes creusés et qu’ils poursuivent à aggraver en persévérant dans leur volonté de favoriser les riches par la spoliation des pauvres.
La bataille syndicale unitaire en France qui, en rassemblant tous les syndicats, en cet automne 2010 contre les réformes des retraites, a constitué un événement historique d’importance au vu du très large soutien reçu de l’opinion publique. Pendant de longues semaines, des millions de français de tous les âges et de toutes conditions sociales, se sont sentis contraints à descendre dans la rue pour se faire entendre et pour défendre des acquis de haute lutte. Indépendamment de son issue immédiate, cette bataille exemplaire fera référence dans l’histoire et témoignera de la combativité du peuple français.
Ce mouvement a largement contribué, au-delà, des revendications immédiates, à faire prendre conscience de la nécessité de s’interroger sur le rapport capital-travail et sur les rapports des classes sociales dans la société actuelle, qu’on avait rangés, un peu vite, dans le placard des accessoires. Cette bataille militante active a favorisé les interrogations sur l’objectif poursuivi par le pouvoir en imposant par tous les moyens cette « réforme » qui vise à satisfaire les agences de notation et, par-delà, les marchés financiers, et avec cynisme les appétits des compagnies d’assurances toujours en quête de recherche de capitaux pour alimenter les fonds communs de placements « pour la retraite par capitalisation ». Et cela en dépit, des pertes incommensurables qu’ont subies dans la crise boursière les fonds de pension par capitalisation.
Les milliards des fonds de retraite par répartition font saliver certains financiers qui s’emploient activement avec le pouvoir pour tenter de s’en emparer en faveur de la capitalisation.
Une résistance à la déshumanisation du travail, une volonté de comprendre les crises financières récurrentes pour s’en prémunir, la lutte engagée contre les profits fulgurants des plus riches gagnés sur la multitude des pauvres sont les enjeux d’aujourd’hui.
Une clameur parcourt le monde, les peuples se soulèvent partout face au développement exponentiel, à l’échelle mondiale, des injustices et chaque jour, une aspiration historique à un monde meilleur grandit, avec l’humain au centre, libre et volontaire, aspirant à s’émanciper d’un capitalisme à bout de souffle. Mais le capitalisme mis en accusation dans le monde entier ne cédera jamais rien sans y être contraint et il cherchera toujours à renaître de ses cendres. C’est pourquoi la mobilisation sociale est indispensable pour faire accoucher l’avenir d’une autre société.
Le Capital-roi et les marchés financiers se servent des conglomérats bancaires comme pivots pour faire transiter vers eux les flux bancaires, financiers et monétaires mais également les flux informationnels. Ces conglomérats bancaires sont devenus des entités multinationales énormes, imposant leurs lois aux États, drainant des masses de capitaux incommensurables, omniprésents et très puissants, de plus en plus virtuels, ayant renoncé à leurs relations premières avec l’économie réelle. Ils disposent de moyens et d’organisations puissantes pour déstabiliser les économies et mettre en cause les libertés individuelles.
Les Marchés ont été érigés en tables de la Loi par les idéologues du néo-libéralisme et les technocrates européens, pour favoriser la constitution de fortunes folles au profit de certains individus aux ambitions maladives pour dominer le monde.
Mais sur le terrain économique comme sur celui des idées et de la politique, le comportement de ceux qui dominent le monde, sont de plus en plus contestés, et, de plus en plus, clairement désignés comme la source de toutes les inégalités sociales et de tous les dérèglements économiques conduisant à des mesures antisociales extrêmes et à des périls pour l’humanité entière.
Les Organisations internationales de régulation sont en échec et restent les victimes du diktat américain qui continue à dicter sa loi avec son dollar contesté mais toujours souverain.
La situation est tellement grave et plus particulièrement pour les moins favorisés que seules des réformes structurelles concernant la société tout entière devront s’imposer à tous. Il faut qu’elles fassent l’objet de mille discussions, de palabres, de séminaires, de rencontres houleuses, de colloques, de tables rondes, de conférences, de nombreux débats pour déboucher enfin sur des propositions communes à proposer ensemble à la société. Ces mesures devront être largement débattues, à tous les niveaux de la société, par toutes les structures intermédiaires, par le plus large public, popularisées par tous les moyens favorisant l’expression de chacun. Nous sommes dans une phase de transition. Ce livre voudrait y apporter une modeste contribution.
CHAPITRE 3 : La finance contre l’humain
Aujourd’hui, en France, on peut constater combien s’approfondit la perte de confiance qui ne cesse de croître entre la population dans son ensemble et les grandes banques et les marchés financiers.
En pleine crise, alors que des plans d’austérité fleurissent partout, les bénéfices des banques s’annoncent en milliards d’euros, les salaires très importants de leurs dirigeants ne cessent de croître, avec des bonus exorbitants, avec des stocks options, des retraites chapeaux 2 , des jetons de présence multiples et divers, etc… sans oublier les bonus et les salaires élevés des « traders » (les opérateurs sur les marchés financiers). Les seuls oubliés sont les personnels des banques à ne pas confondre avec les premiers.
Ces divers éléments contribuent à illustrer ce que signifie le néo-libéralisme dans le cadre du capitalisme mondialisé chancelant où s’agite une poignée d’individus dont la cupidité est sans limite et qui s’enrichissent, sans scrupules.
Et, on aurait tort de croire qu’il ne s’agisse que d’une simple image fugace.
Les banques font partie de l’environnement quotidien de chacun d’entre nous, nous sommes contraints dans notre vie privée ou professionnelle, à utiliser leurs services. Les banques utilisent ces passages obligés de nos salaires, de nos retraites ou d’autres prestations, par leurs Caisses, pour les utiliser à leur guise en parfaite opacité. Elles offrent un petit intérêt pour les dépôts quand elles y sont contraintes, dans le cadre de l’épargne réglementée (Livret A ou autres). Sinon, elles exercent toutes les pressions imaginables pour convaincre le petit épargnant, en lui faisant miroiter, un intérêt modique et pas garanti, d’investir, à ses risques et périls, son épargne, dans des Fonds commun de placement, indexés sur des indices boursiers internationaux, donc très risqués.
Donc, cette activité bancaire très soutenue de placements sur les marchés financiers, aujourd’hui, a fait passer au second plan l’activité traditionnelle de la banque distributrice de crédits aux PME. La création d’emplois et le développement des entreprises produisant sur notre territoire des produits industriels ou des denrées agro-alimentaires, ont été perdus de vue.
L’introduction en bourse des entreprises pour se financer et pour réaliser des délocalisations industrielles vers les pays émergents est une opération fructueuse pour les banques, mettant tous les salariés en concurrence.
Cette situation devrait inquiéter les dirigeants politiques, mais également les banques, car l’activité bancaire repose sur le capital de confiance que se témoignent les parties : si le client craint pour son épargne qu’il avait cru pouvoir laisser sur son compte bancaire, s’il peut être pris de doute, parce qu’il peut craindre qu’on se serve de ses économies pour jouer à la roulette de la bourse ou au bonneteau de la spéculation, un nouveau crash n’est jamais loin.
La crise de 2008 est montée en puissance quand cette confiance entre banques s’est dissoute d’elle-même et que ces vénérables établissements se sont regardés en chiens de faïence et se sont refusé, eux-mêmes, à s’accorder le moindre sou pour leur trésorerie courante. Le système s’est grippé de lui-même, bloqué au niveau des banques mais également au niveau de toutes les transactions financières commerciales et économiques.
La situation de crise profonde de la finance implique un sursaut, un appel à la mobilisation générale des citoyens pour échapper à l’engrenage vers lequel les politiciens autistes et les banquiers aussi cupides que leurs homologues des multinationales, nous conduisent.
Malgré des ressources financières très bon marché fournies par les dépôts gratuits de la clientèle et par les concours de refinancement des banques à 1 % auprès de la Banque centrale européenne, le coût du crédit est prohibitif en particulier celui à la consommation, les frais bancaires non identifiables et parfois injustifiés sont excessifs, (les banques françaises se sont vues condamnées à de lourdes amendes pour coûts non justifiés et exagérés), les crédits de trésorerie aux PME ou TPE 3 sont distribués avec parcimonie quand ils ne sont pas refusés sous des motifs fallacieux et elles acculent ainsi des entreprises viables qui ne peuvent plus financer leur cycle de production au dépôt de bilan.
Cette évolution, en faveur de la désintermédiation bancaire pour se positionner à l’international et pour y rechercher des sources de profit renouvelées, est mortifère pour l’économie tout entière. Il semble qu’on mesure mal les effets négatifs induits par cette évolution qui fait prévaloir les marchés financiers sur l’exercice du vrai métier de banquier qui ne peut s’exercer pleinement que dans le cadre d’un service public réglementé dans l’intérêt économique et social de la nation.
Il faut se souvenir que les banques sont autorisées à recevoir les dépôts et l’épargne des français qui servent de socle à leur activité pour assurer leur fonction première qui est la « transformation » des dépôts en crédits. Pour cela, avec un but précis, implicite, celui de financer l’économie et les investissements productifs de valeur ajoutée dans l’intérêt bien compris de tous les citoyens de ce pays. Les banques ont perdu conscience de leurs responsabilités et n’ont plus de boussole, sauf une volonté acharnée de gagner beaucoup d’argent, n’importe comment et n’importe où.
Une prise de conscience semble naître chez nos concitoyens y compris chez de nombreux Européens sur la réalité historique qui s’est opérée par la mutation dans l’activité des banques qui jouent avec notre argent précipitant la société dans une évolution tragique.
Les échecs répétés et les crises récurrentes du capitalisme provoquent, au niveau idéologique, les plus grandes difficultés pour lui permettre d’asseoir sa pérennité et de laisser croire qu’il est encore en capacité de défendre l’intérêt collectif.
L’expérience de la dérégulation et de la déréglementation financières, de la concurrence « libre et non faussée » assorties de la privatisation du secteur bancaire et financier en France ont conduit au désastre actuel.
Il s’agit d’une des crises les plus profondes du système capitaliste qui appelle des changements profonds de « la société de l’argent-roi » vers une société qui doit orienter l’émancipation humaine dans ses objectifs, en particulier dans l’entreprise, dans la commune, dans les quartiers, dans les rapports humains, renouvelés dans tous leurs aspects les plus profonds, mais également dans les rapports économiques, financiers, sociaux et culturels, sans commune mesure avec les réformes imaginées dans le passé, très largement et rapidement dépassées.
Essayons de rendre familiers au plus grand nombre la nature de quelques notions d’économie politique. Il ne faut pas abandonner aux « spécialistes » la gestion dans l’entreprise, les options dans les choix stratégiques, les choix à opérer dans les échanges commerciaux entre États, dans l’Europe ou dans le Monde. Il faut essayer de donner du sens aux rouages et au jeu économique et financier des soldes excédentaires ou déficitaires des États entre eux. Il faut décrypter le rôle que jouent les banques dans la régulation économique comme dans les règlements internationaux. L’indépendance économique et financière d’un pays n’aurait-elle plus de sens face aux profits ? On essaie d’exercer un chantage sur le niveau d’endettement des États et sur les déficits budgétaires pour imposer des politiques d’austérité visant surtout les salariés, les retraités, les chômeurs, les malades et s’appliquant à toutes les dépenses sociales.
Il faut essayer d’être crédibles dans nos explications sur cette société complexe, inégalitaire, de la marchandisation généralisée, en vulgarisant quelques notions simples d’économie et de finance, car la production n’a pas qu’un seul sens, la richesse de certains correspond à l’exploitation au travail du plus grand nombre, et la monnaie, par ambivalence, peut servir les plus riches comme toute la population et même l’intérêt général. La société capitaliste est le siège, par excellence, de tous les paradoxes et de toutes les contradictions.
Dans notre démocratie libérale actuelle, ce n’est pas l’intelligence que l’on cherche à voir s’épanouir, au contraire, c’est le lavage permanent de cerveaux qui vise à imposer l’intensification du travail, la servitude volontaire (dénoncée par La Boétie il y a plusieurs siècles déjà), faisant passer des « réformes régressives » pour des avancées progressistes, des aliénations pour la liberté et le présidentialisme pour la démocratie la plus avancée.
Serge Lelay un des patrons de Bouygues puis celui de TF1 pour le compte du leader du BTP, exprimait clairement ses objectifs à la tête de sa chaîne de télévision en réaffirmant vouloir mobiliser « du cerveau disponible » dans la tête du téléspectateur pour le vendre aux marchands de lessive, ses annonceurs, et à la bêtise politique entretenus par ses commanditaires.
De l’institution des conflits d’intérêts aux délits d’initiés…
De plus, comme toujours, en système capitaliste, où pour faire fructifier l’argent toujours plus vite, toujours plus loin, il faut être inventif, mettre les techniques les plus sophistiquées à son service, il faut faire preuve d’inventions sans cesse renouvelées.
Certains individus investis des plus hautes responsabilités à la tête des plus grandes banques du monde et de grands groupes industriels s’ingénient et se vantent d’être des créateurs de génie en matière financière comme Madoff (en prison), Jean-Marie Messier (en quasi-exil), à côté des plus grands patrons américains et étrangers, employés ou transfuges de la multinationale Goldman Sachs ou de l’ex-Lehman Brothers (en faillite) et de nombreux autres dont on trouvera les noms dans les pages de ce livre, mais qui auraient pu briguer l’honneur d’être aux côtés des plus grands spéculateurs que la terre ait portés. Certains sont déjà en prison, d’autres se défendent intelligemment et avec entregent devant les Tribunaux.
Ces prédateurs des temps modernes, riches à milliards, essaiment sur tous les continents de la finance, sans foi ni loi, et se targuent de dominer le monde.
L’argent, la politique et le pouvoir ont toujours constitué un cocktail dangereux et explosif. Ces spéculateurs de haut vol réunis dans des grandes banques internationales surent profiter de ces situations de dysfonctionnement et de déséquilibres de la société pour s’engouffrer dans toutes les failles qu’elle leur offrait pour s’en mettre plein les poches et ensuite se prévaloir d’un savoir-faire auprès de ces mêmes politiques pour les conseiller en jouant aux redresseurs de crise.
Goldman Sachs, la banque américaine , un État dans l’État aux USA, mais également dans de nombreux pays du monde, par exemple sut montrer son savoir-faire dans la crise grecque où elle organisa à son profit la spéculation contre la Grèce dont elle était pourtant chargée de défendre les intérêts. Cette même banque, « Maîtresse du Monde », est capable de s’attaquer aux États, en l’occurrence à l’État français pour soustraire à la France par une OPA 4 réussie, le groupe sidérurgiste européen Arcelor à base française avec toute la brutalité de l’argent. Sarkozy avait dit vouloir s’y opposer mais il céda en définitive aux exigences du leader mondial de l’acier, l’indien Mittal.
C’est en ces circonstances, que l’on peut constater combien les fondements de notre démocratie et de l’intérêt national ont gravement reculé avec cette confusion entretenue entre les intérêts privés et ceux censés défendre l’intérêt général.
En la matière, je ne résiste pas au plaisir de présenter des extraits du livre de Martin Hirsch, ancien membre du gouvernement entre 2007 et 2010 : dont le titre « Pour en finir avec les conflits d’intérêts » (Éditeur Stock) illustre bien les turpitudes quotidiennes des grands oligarques du régime :
Martin Hirsch écrit page 24 : « Conflit d’intérêts : l’expression de l’année 2010 ? Les termes sont abscons, techniques, mais ils soulèvent des questions concrètes. Henri Proglio peut-il être rémunéré à la fois par Edf et Veolia quand ces deux entreprises sont tantôt concurrentes, tantôt susceptibles de s’échanger des filiales ou de monter des projets communs ? Les experts qui ont recommandé, au niveau mondial, la vaccination massive contre le virus de la grippe A ont-ils pu faire abstraction des liens financiers que certains d’entre eux entretenaient avec les laboratoires pharmaceutiques, fabricants de vaccins ? Le ministre du budget, responsable de la lutte contre la fraude fiscale et de la réglementation des impôts, peut-il exercer ses responsabilités sans interférence quand son épouse travaille à la gestion d’une des toutes premières fortunes de France, susceptible d’être en délicatesse avec le fisc et quand il est trésorier d’un parti politique ? Et Xynthia ? »
Martin Hirsch poursuit pages 77, 78 et 79 :
« Paris Match , numéro 3098 du 2 au 8 octobre 2008…
« …Citons la légende de la photo : « Mardi 30 septembre, 2h 40 du matin. » À Bercy, plusieurs bureaux restent allumés toute la nuit, dont celui de la ministre de l’Économie. Dans le sens des aiguilles d’une montre, après Christine Lagarde, Xavier Musca, directeur du Trésor, Antoine Gosset-Grainville, directeur de cabinet adjoint à Matignon, Hervé de Villoché, haut fonctionnaire à Bercy, Michel Pébereau, président de BNP Paribas, François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Élysée et Bernard Delpit, conseiller économique de Nicolas Sarkozy. »
« Cherchez l’erreur. Associé à la décision publique de sauvetage des banques, le président de BNP Paribas. Il est dans le bureau au moment où se décide la stratégie du gouvernement français, l’intervention sur Dexia et Fortis. Il est appelé comme conseil. Or, que se passe-t-il deux jours après ? BNP Paribas fait une offre sur Fortis… et finira, un an après, par mettre la main dessus.
« Nul doute que Michel Pébereau est d’une grande compétence. Il a probablement donné des conseils tout à fait avisés. Il n’y a aucune raison que les autorités publiques se privent de l’éclairage de professionnels en exercice au plus fort d’une crise. Il vaut mieux d’ailleurs qu’elles le fassent, plutôt que de faire de mauvais choix. On se plaint ? à raison parfois ? des fonctionnaires qui agissent en circuit fermé en prenant des décisions qui ignorent la réalité des acteurs privés.
« En l’occurrence, la situation est un peu particulière. Les autorités publiques auraient pu avoir affaire au président de la Fédération bancaire. Mais, c’était à l’époque le président du Crédit Agricole ; pas celui de la BNP, qui présidait le « syndicat des banques ». Elles auraient pu consulter Michel Pébereau , intuitu personae , mais celui-ci n’aurait-il pas dû alors s’abstenir de racheter l’un des établissements qui allait être sauvé par les efforts des gouvernements français et belge ? »
« Cette photo révèle une situation dans laquelle l’un des dirigeants d’entreprise peut participer aux décisions publiques, sans règle spécifique, sans code défini, sans qu’on sache quelles sont les précautions prises pour que son intervention soit bien destinée à conseiller la meilleure décision publique et non, au passage, à faire coup double, en faisant avancer les intérêts de sa propre entreprise, ou pire, à favoriser une décision qui profite à son entreprise au détriment de l’intérêt général. »
« Ceci est favorisé par une proximité très grande entre le monde politique, celui de la haute fonction publique et celui de la finance et des grandes entreprises. »
Témoignage éloquent d’un homme du sérail, qui en siégeant récemment au gouvernement, a pu approcher les uns et les autres et dont on ne peut pas contester les observations.
Il est connu que les Français se méfient de la Bourse et ils ont raison : 15 % seulement d’entre eux déclarent posséder quelques actions cotées contre 57 % qui sont propriétaires de leur logement. Et la plupart, détiennent ces actions dans le cadre de l’épargne salariale distribuée par les patrons pour les assujettir à l’économie de marché ou acquises à l’occasion de la privatisation de leur entreprise anciennement nationalisée. Ces « propriétaires malgré eux » pour leur plus grand nombre ne détiennent qu’une seule ligne de valeurs.
C’est pourquoi certains économistes envisagent sans que l’on puisse crier au scandale de fermer la Bourse. Un jour, la bourse s’avérera aux yeux de tous, comme inutile et dangereuse et sera fermée.
2 Retraite chapeau : octroyée à titre exceptionnel sans relation avec la rémunération et avec l’ancienneté.
3 TPE : très petites entreprises de moins de 20 salariés.
4 OPA : Offre Publique d’Achat (amicale ou hostile). Il s’agit pour une société de se propose d’acheter avec son accord ou contre sa volonté ses actions en Bourse pour en prendre le contrôle.
CHAPITRE 4 : La course effrénée des banques, pour être toujours plus internationales, toujours plus multinationales, toujours plus puissantes ?
Au-dessus des États ? ( Too big to fail ? : Trop grosses pour disparaître ?)
Pour quoi faire ? Pour plus de croissance financière à l’international ?
Pour plus de capital mondialisé ?
Il ne serait pas sérieux de prétendre porter un jugement sur l’état actuel du secteur bancaire seulement par rapport à ce qu’il fut en 1945 ou en 1982.
En premier lieu, le secteur bancaire et financier de l’époque accompagna les importantes transformations du monde et les efforts de reconstruction, suite à une Europe dévastée et meurtrie, consécutive à la seconde guerre mondiale.
Dès 1970, une nouvelle page historique s’écrivit qui se traduisit pour les banques par une expansion sans précédent corrélative au développement des marchés financiers et des mouvements de capitaux à travers tous les continents, dans l’euphorie de la plus complète liberté de circulation des capitaux.
La démesure spéculative de la finance
Selon le magazine The Banker, les activités des 1.000 premières banques mondiales totalisaient, début 2010, 95 500 milliards de dollars, soit près de deux fois le produit intérieur brut (PIB) mondial (PIB =production mondiale). Cela dépasse l’imagination.
C’est là que réside le cancer financier qui ronge toutes les économies.
Selon la Commission Européenne, les États européens entre octobre 2008 et octobre 2010 ont apporté aux Banques européennes un volume d’aides publiques qui s’est élevé à environ 4 589 milliards d’euros, cela représente l’équivalent des PNB (Produit intérieur brut) de la France et de l’Allemagne confondus.
En France, les activités de l’ensemble BNP-Paribas-Crédit Agricole-Société Générale pèsent, à elles seules, près de 3 fois le PIB français… La proportion en France est encore plus grande qu’au niveau mondial. Les banques, États dans les États, présentes dans le monde entier ne connaissent plus que l’enflure et la démesure…
Cela n’émeut pas nos dirigeants qui les craignent et qui les sollicitent de leurs conseils pour réguler « modérément ».
Il y a urgence, dans l’immédiat, à les contenir, à les contrôler, à les maîtriser, et, ensuite à construire un service public du crédit au profit de la société tout entière.
La BNP Paribas, étend son influence petit à petit sur le monde entier, en ayant absorbé Fortis, banque belge. Cela lui a donné des ailes ; elle tend à s’installer aux États-Unis où les banques tombent en faillite par centaines, en Pologne, en Ukraine, etc… Au Brésil, pays émergent, elle veut se placer comme une des toutes premières banques du monde, et pilote, aujourd’hui, un projet de financement de 5 milliards d’euros pour reconstruire une centrale nucléaire désaffectée, de la 2éme génération, abandonnée, pour le compte d’Areva ; elle met en place un autre crédit de 5 milliards d’euros en Inde pour 2 réacteurs EPR avec HSBC, la Société Générale et le Crédit Agricole, 2 projets dénoncés par Greenpeace comme ne respectant pas le traité de non-prolifération et qui n’offrent pas toutes les garanties de sécurité suffisantes.
N’y aurait-il plus d’investissements à financer en France ou en Europe ? Le chômage aurait – il disparu ? Et ces PME qui déposent leur bilan faute de recevoir le soutien de banques, comme la BNP Paribas qui refuse le maintien de leur crédit de trésorerie ?
Plus de 60 000 PME déposent tous les ans leur bilan en France et sont contraintes de licencier leur personnel. Quel gâchis!
Que font les banques pour les soutenir et les empêcher de disparaître ?
À quoi sert notre propre argent déposé dans leurs caisses ? Il sert le financement des entreprises étrangères qui seront demain nos concurrentes ? Des financements à taux plus élevés, plus rentables à l’étranger qu’en France ? Les dépôts de la clientèle dans les banques françaises s’élèvent à environ 1.500 milliards d’euros, c’est énorme, à quoi servent-ils ? Ils servent à spéculer, à endetter l’étranger à des taux rémunérateurs et spéculatifs ? Il faut exiger de rendre des comptes à la nation, à sa propre clientèle, à ses propres salariés.
Notre importante épargne publique explique la grande exposition des banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole) au premier rang de la crise des dettes souveraines et privées en Grèce, en Italie en Espagne où elles ont gagné beaucoup d’argent au point d’acculer ces pays à la faillite.
Les pertes qu’elles vont être contraintes d’assumer seront encore à la charge des contribuables français comme les aides que le gouvernement a accepté de verser dans le pot commun pour sauver l’euro chancelant.
Sauf, si les citoyens disent non et demandent des comptes aux dirigeants de ces grandes banques en exigeant qu’ils assument leurs responsabilités avec toutes leurs conséquences.
Globalement, les échanges financiers internationaux ont crû de façon vertigineuse depuis que le libéralisme a cassé les règles, démantelé et réduit les contrôles.
En 2007, à l’aube de la crise, les échanges financiers internationaux représentaient 5 fois les échanges commerciaux pour l’Allemagne et le Japon , 10 fois plus pour la France et les États-Uni s et même 17 fois plus pour le Royaume Uni. C’est pourquoi il est urgent de taxer ces échanges financiers qui ont qu’un caractère spéculatif et n’ont aucune relation avec l’économie réelle. On a institutionnalisé la spéculation financière. Veut-on réellement échapper à la spéculation sur les monnaies, sur l’endettement des entreprises, sur celui des particuliers et sur celui des États ? Y a-t-il une volonté dans ce sens ou les spéculateurs continueront-ils à dominer le monde et à faire la loi ?
CHAPITRE 5 : Le désamour des Français pour la banque
En général, les Français prétendent ne rien comprendre à ces problèmes financiers réputés complexes qui se trouvent posés, à un moment donné, à leur entreprise, à eux-mêmes, et nécessitant, selon eux, une culture technique qui ne serait pas à la portée du commun des mortels.
Les Français rejettent les explications sur le rôle des banques qui leur apparaissent trop loin de leurs préoccupations immédiates, et délèguent à leur patron ou à un technocrate le soin de négocier avec les banquiers parfois le sort de l’entreprise, alors que, les solutions à ces « problèmes bancaires » posent souvent le problème du financement et ses conditions ou simplement le refus de financer mettant l’existence même de l’entreprise et les emplois, en question.
On prétend ne pas avoir la formation suffisante et qu’il y aurait de bons spécialistes pour résoudre ces problèmes-là. Souvent le prétendu caractère technique n’est avancé que pour éloigner les salariés des questions centrales de la gestion de l’entreprise.
Les syndicats s’emploient souvent à faire prendre conscience qu’il s’agit de problèmes qui concernent les salariés personnellement, directement et collectivement.
Il est nécessaire d’insister, car ces problèmes ne peuvent être résolus que directement par les intéressés eux-mêmes et ils doivent accepter de s’y impliquer.
Dernièrement, j’ai lu dans la presse que des élus et des syndicats avaient saisi le Préfet de leurs difficultés avec une grande banque de la Région PACA dans le financement d’une entreprise en lui demandant d’intervenir au nom de la puissance publique. Je suppose que la collectivité territoriale avait préalablement interpellé la banque et l’avait mise face à ses responsabilités, sans doute, sans résultat. Les salariés n’ont pas besoin d’un préfet pour interpeller une banque où leurs dépôts sont la marchandise qu’utilise la banque pour gagner beaucoup d’argent.
Il faut développer l’information sur la matière première qu’utilisent les banques, c’est dire sur notre argent déposé à leurs guichets ou viré chez elles par nos employeurs. Les moyens informatiques devraient permettre à chacun de connaître qui reçoit quoi, combien et l’emploi qu’en fait la banque, au
niveau local, régional, national.
Ce sont nos dépôts, notre épargne qui fait la richesse de la banque.
Les relations clients/banques doivent se transformer fondamentalement.
Les banques doivent s’expliquer sur l’utilisation de l’argent que nous leur confions, (en utilisant par exemple les statistiques de la Banque de France) afin de porter une critique constructive sur leur politique des emplois financiers, aux niveaux local, départemental et régional conduisant, démocratiquement, à la mise en place d’un véritable service public du crédit, sous contrôle citoyen.
C’est pourquoi, il est plus important que jamais, de s’intéresser aux fonctionnements des banques, de ne pas laisser la technique bancaire dans le cabinet noir des spécialistes, il faut aller au-devant de l’information : connaître le pourquoi et le comment, connaître les dirigeants locaux des agences et succursales en les responsabilisant sur l’emploi et sur la formation.
Il est également important de se rapprocher du personnel des banques pour formuler des revendications communes dans l’intérêt commun des salariés d’une localité : défendre le pouvoir d’achat et l’emploi dans une perspective dynamique de développement économique où les patrons ne seraient plus les seuls décideurs.
La démocratie locale, c’est l’intervention également des salariés sur les finances locales, départementales et régionales en y intégrant les activités des banques.
Dans un premier temps, des Conférences Régionales du financement devraient être instaurées pour examiner avec les élus, les syndicats et les citoyens les états des lieux des financements (Montant des dépôts/ Montant des emplois) au niveau le plus propice, commune, département, région, afin d’être une force citoyenne de contrôle et de propositions des besoins à satisfaire.
Il est indispensable d’interroger les dirigeants des petites comme des grandes entreprises sur l’intérêt commun, pour la société tout entière, à faire prévaloir de nouvelles priorités dans l’entreprise. Les salariés doivent s’intéresser au montant des frais financiers payés aux banques par leur entreprise, interroger sur la répartition de la valeur ajoutée et exiger l’amélioration de la part affectée à la masse salariale et aux charges sociales en réduisant les charges financières et la distribution de dividendes. On doit proposer le désengagement progressif du financement de la « société » par la Bourse, en le remplaçant par des crédits bancaires moins coûteux. Il est nécessaire d’établir le bilan exact des coûts financiers (frais financiers + dividendes + rachats d’actions) et de son incidence sur le compte d’exploitation et sur le Plan de trésorerie. La banque nationalisée, socialisée, démocratisée, sera sensible à cette approche nouvelle.
Le désengagement vis à vis de la bourse vise à réduire la pression actionnariale et de sauvegarder l’indépendance de l’entreprise du risque des prédateurs qui sont à l’affût permanent sur les marchés par fonds de pension interposés pour s’approprier le contrôle d’une entreprise performante au détriment de ses propriétaires et du personnel. Le dogme du renforcement des « fonds propres » est un piège tendu aux PME par les banques, les institutions financières (Oseo en tête) pour asseoir leur tutelle et leur priorité de rentabilité financière.
Le temps du choix est venu : au « toujours plus » pour l’actionnaire doit succéder l’intérêt du client et celui du salarié. Au « personnel réduit à la variable d’ajustement » doit se substituer « le personnel reconnu, enfin, comme partenaire à égalité ». Ce sont des questions qu’il faut vulgariser, qui doivent obtenir des réponses différentes de celles d’hier, parce que le monde a changé fondamentalement en un demi-siècle.
Les marchés financiers, dont on parle sans arrêt, qui sont-ils ? Ils servent à quoi, à qui ? Peut-on envisager leur dépérissement dans un laps de temps pas très éloigné ?
Il est vrai que quand on parle des banques et des marchés financiers, de la capitalisation boursière, des gains incommensurables ou des pertes énormes qui virent au désastre dans les spéculations, quand on évoque les risques, les endettements, les salaires des dirigeants et des traders, les bonus, les retraites-chapeaux, il y a tellement de zéros, que ça dépasse l’imagination, le perceptible. C’est comme pour les salaires et les bonus des grands patrons des banques et des traders, en millions d’euros, c’est de la fiction, du cinéma, c’est comme pour les salaires des footballeurs et des grands tennismen versés en Suisse : c’est un autre monde…on ne veut pas s’en mêler…Et pourtant ?
On y croit, sans y croire… les paradis fiscaux, c’est quoi, c’est où ? Fictions ou réalités ?
Y a-t-il deux mondes dans cette société ? L’un pour ceux qui sont habités de lancinants cauchemars pour faire fructifier leur immense fortune. L’autre pour ceux qui n’ont rien et souffrent pour l’avenir de leurs enfants.
Un monde pour ceux qui voient leur fortune croître, de plus belle, pendant leur sommeil et un autre monde sans espoir où le chômage barre l’horizon de tous.
CHAPITRE 6 : Les banques et les marchés financiers acteurs de la croissance effrénée des inégalités…
Nous avons déjà évoqué les mutations que les banques ont opérées dans leur activité première pour développer, de façon obsessionnelle, leur croissance internationale et leurs profits mondiaux et pour gérer des organisations toujours plus complexes. Il s’est opéré une opposition de plus en plus manifeste entre la banque de détail et la banque de gros, entre la banque de dépôts traditionnelle et la banque d’investissements ou des fonds d’investissements. La banque a même la prétention d’avaler la Compagnie d’Assurances, pour devenir la bancassurance.
La maximalisation des profits oriente de plus en plus les banques vers l’internationalisation des marchés de capitaux où les foyers de la rentabilité immédiate ne connaissent pas de limites favorisant toujours plus le développement de cette globalisation mondiale des marchés où s’entretient une véritable jungle financière, terrain béni des grands prédateurs.
Ces diverses mutations de l’activité bancaire ont été facilitées par les applications provenant des nouvelles technologies imposées à l’économie, par l’accompagnement des banques vers les marchés boursiers et la financiarisation systématique imposée aux entreprises cotées. La pression des marchés et des agences de notation se sont imposées à toute l’économie, à l’État comme aux collectivités territoriales. C’est-à-dire que la dictature des agences de notations et des marchés est devenue chaque jour plus puissante.
Une imbrication nouvelle, plus étroite que jamais, s’établit entre les banques et les marchés financiers permettant d’offrir des gisements énormes d’argent, de profits, qui déstabilisent, une entreprise ou un État, en toute légalité.
Ces milliards en quête de rentabilité se déplacent dans le monde en toute liberté à grande vitesse cherchant la valorisation la meilleure à l’instant « t », sur les conseils informatisés des banques et des agences de notation. Les prédateurs financiers achètent ou revendent des actions et des obligations d’État pour préparer des coups en permanence pour conforter leurs fortunes. Il n’y a pas d’argent dit-on et tous les matins on ouvre la radio on est informé de la Bourse avec ses milliards d’euros ou de dollars venus principalement de l’étranger (environ 50 %) qui fragilisent la finance et l’économie nationale.
Les grands milliardaires français , très bien classés dans l’échelle des plus riches du monde, s’inscrivent comme intervenants, en bonne place, dans ce grand mouvement à l’enrichissement sans limites des plus riches. Et quand ils défraient la chronique comme Liliane Bettencourt (3 ème fortune de France avec 14 milliards d’euros de patrimoine) ou Bernard Arnaud (1 ère fortune d’Europe avec 22 milliards d’euros de patrimoine), il ne s’agit que de la part immergée de leur incroyable fortune réalisée grâce à quelques coups tordus dont leurs gestionnaires de fortune sont coutumiers et dont la presse fait parfois état.
Les dix premiers salariés en France en 2010

Carlos Ghosn le patron le mieux payé du Japon
Dans ce tableau des 10 salariés français les mieux payés, il y a un grand absent qu’il serait injuste d’ignorer.
Il faut évoquer le cas particulier de Carlos Ghosn le patron de Renault et de Nissan (Japon). En France, il perçoit 1,2 million d’euros de salaire fixe au titre de Renault et 8,4 millions d’euros (+ 10 % par rapport à l’an passé) au titre de PDG de Nissan, soit au total 9,6 millions d’euros.
L’année dernière, le très impopulaire Premier ministre japonais Naoto Kan s’était étonné du montant élevé du salaire de M. Ghosn qu’il a justifié de la façon suivante : « Pourquoi est-ce que le salaire de M. Ghosn est si élevé ? Parce qu’il est très fort pour licencier des gens. » (Les Échos du 30 juin 2011). C’est rare d’entendre de telles vérités dans la bouche d’un homme politique de droite.
En effet, la rémunération de M. Carlos Ghosn pour un temps partiel chez Nissan au Japon, fait jaser, à juste titre, car elle est 7 fois plus importante que celle du patron de Toyota. Les Japonais s’indignent et ils ont raison.
Mais ce grand patron sait reconnaître ses torts, c’est ainsi qu’il a renoncé à la part variable de son salaire de 1,7 million d’euros chez Renault à la suite de la fausse et lamentable affaire d’espionnage dont il a « assumé la responsabilité » devant l’Assemblée Générale. Ainsi, il n’aura pas pu dépasser la barre des 10 millions d’euros en 2010. Qui dit mieux pour deux mi-temps ? Qui parle de crise de l’automobile et de chômage en France et au Japon ? Le premier salarié de Renault se porte très bien. Renault délocalise de plus en plus ses fabrications à l’étranger, la part d’une automobile fabriquée en France se réduit sans cesse, c’est ce qui lui vaut toute la reconnaissance de l’État français, actionnaire de Renault (!).
La rémunération des patrons américains a bondi de 18 % en 2010 (Les Échos du 9 juin 2011)
Les 10 dirigeants les mieux rémunérés aux États-Unis en 2010 (Rémunération globale – fixe +titres-stock-options, actions gratuites – les avantages en nature + sommes provisionnées pour retraite chapeau en dollars )

Aux États-Unis, certains s’inquiètent de voir que les salaires de l’élite patronale augmentent à un rythme plus important que le PIB américain. Le gendarme de la Bourse américaine a adopté début 2011 une règle « say on pay » qui contraint les entreprises à soumettre régulièrement les enveloppes de rémunérations des dirigeants au vote de l’assemblée générale. Pourquoi ne pas les soumettre à une Assemblée Générale du personnel ou de leurs représentants ?
Les niveaux des rémunérations des dirigeants anglais des plus grandes entreprises du FTSE 100 (l’équivalent du CAC 40) sont aussi scandaleux. Ils ont augmenté de 32 % en 2010, trois fois plus vite que les cours de Bourse de leurs sociétés.
Le niveau médian de rémunération annuelle des patrons anglais du FTSE 100 est de 3,5 millions de livres sterling, soit 3,9 millions d’euros.
Le Ministre du Commerce, Vincent Cable , conservateur, a estimé que les « salaires au sommet ont atteint des niveaux ridicules, notamment dans le secteur bancaire, mais pas seulement. » Il a promis « des mesures pratiques pour résoudre ce problème ». Comme on le voit, partout dans le monde, ces plans d’austérité s’appliquent à tous sauf aux dirigeants des grandes entreprises parmi lesquels les grands patrons du secteur bancaire et financier.
Chacun sait que le gouvernement conservateur a mis en place un plan d’austérité très sévère qui va aboutir, lit-on dans la presse anglaise, « à une des premières baisses réelles depuis longtemps du pouvoir d’achat. » Pas de risques pour les banquiers ni des dirigeants des grandes entreprises de Sa Majesté.
La France se classe au 3 e rang mondial des millionnaires.
La France est la troisième terre d’asile des millionnaires, selon La Tribune , avec 2,2 millions de millionnaires, soit 9 % du total mondial. Loin devant l’Italie (6 %), la Grande-Bretagne (5%), l’Allemagne (5 %), le Canada (4 %) et la Chine (3 %) mais derrière le Japon (10 %) et surtout derrière les États Unis (41 %), qui compte 9,94 millions de millionnaires.
Qui raconte qu’ils veulent partir d’un pays comme la France où ils sont si bien traités ?
0,5 % de la population de la planète possède 35,6 % des richesses mondiales.
Selon cette même enquête, 24,4 millions d’individus (0,5 % de la population) détiennent plus d’un million de dollars de richesses, soit 35,6 % des richesses mondiales. L’étude révèle que 3,03 milliards d’humains disposent moins de 10 000 dollars de richesses, ce qui signifie que 68,4 % de la population mondiale ne possède que 4,2 % de la richesse totale. Si l’on prend en compte la richesse moyenne par adulte, les Suisses sont à la première place. Ils se placent devant la Norvège, l’Australie et Singapour. La France se classe cinquième et les États-Unis septièmes.
Par pays, les États-Unis restent en tête (avec une richesse évaluée à 54 600 milliards de dollars), devant le Japon (21 000 milliards de dollars) et la Chine (16 000 milliards de dollars). (« Le Monde » du 11.10.2010)
D’autre part, les paradis fiscaux, ce n’est pas fait pour les chiens, ils existent spécialement pour les plus grandes fortunes. Les banques leur apportent tout leur concours pour leur permettre d’ouvrir des comptes personnels numérotés (anonymes), des « trusts », des fiducies dans des sociétés fiduciaires au Luxembourg, en Suisse, à l’Ile de Man, aux Bahamas, à Panama, à Jersey, à Guernesey, à Singapour, etc… où les banques sont installées pour gérer les patrimoines dissimulés, où résident les hedge funds (les fonds à risques), les sociétés off shore , et également des fondations.
Que du beau monde, je vous dis, ma chère !
C’est de là que seront instrumentés les coups tordus que ces grands capitalistes concoctent pour, par exemple, mettre la main de la façon la plus discrète possible sur des sociétés concurrentes, en achetant leurs actions à partir de 2 ou 3 paradis fiscaux en utilisant le meilleur instrument spéculatif que sont les achats ou ventes à terme pour s’assurer du meilleur cours garanti.
C’est ainsi qu’a agi, avec l’aide de 2 de ses banques, par voie d’achat à terme (en anglais : equity swaps ), le milliardaire Bernard Arnault, via Sofidiv, une de ses sociétés holding, pour tenter de mettre la main sur la société de luxe Hermès, en contournant habilement les règlements des marchés qui exigent des déclarations publiques de franchissement de seuils d’acquisition fixés à 5 %, 10%, 15 % du capital, d’autant que la participation totale acquise s’élèverait à 17,07 % pour 12 801 246 actions à 84,40 euros soit pour plus d’un milliard d’euros.
Cela devrait valoir à Bernard Arnault une enquête de l’AMF (l’Autorité des Marchés financiers) qui ne l’inquiète pas trop, lui, une des premières fortunes mondiales acquises en 3 ou 4 décennies et dont les relations avec le Président de la République actuel sont étroites.
L’action d’Hermès fin octobre était cotée 162,95 euros et a enregistré une plus-value de + 93 %. La famille propriétaire d’Hermès s’est déclarée hostile à l’intrusion dans son capital du géant du luxe LVMH, bien connu comme prédateur, sans scrupule, en matière d’affaires.
Alors, on peut toujours s’interroger sur l’efficacité des gendarmes des marchés, les Autorités régulatrices en France et à l’étranger pour empêcher la transgression des règles de transparence des opérations, sur leur efficacité pour éviter les fraudes et empêcher tous les abus divers, en particulier, ceux relevant de manipulations de cours assez faciles à réaliser en utilisant ces outils spéculatifs que sont les achats et ventes à terme ( equity swaps ) et les CDS ( crédit défault swaps ).
Le capitalisme peut-il encore être moralisé, peut-il s’amender ?
Les « gendarmes », mis en place par les États, un peu partout, semblent sceptiques, compte tenu que le lobbying bancaire et financier est très puissant, très riche, présent dans le monde entier et qu’il est parvenu à décourager toutes les meilleures bonnes volontés visant à l’amender en le réglementant.
Voyons ce qui se passe au niveau de l’Europe qui n’est guère très différent des USA.
L’exemple vient, d’ailleurs, de là-bas, du grand frère. Le mimétisme est impressionnant. Pour influer sur le pouvoir politique, il faut le phagocyter de l’intérieur. La consanguinité aux États-Unis des hommes d’affaires et des hommes politiques est patente et effrayante, que cela soit le fait des Démocrates ou des Républicains Mais l’influence coûte cher : 23 entreprises du CAC 40 déclarent dépenser au total 8 millions d’euros par an pour être présentes à Bruxelles au niveau des divers centres de décisions officiels ou officieux.
Que peut peser l’eurodéputé Pascal Canfin qui vient de créer un « Greenpeace de la finance » pour compenser l’influence omniprésente des banquiers et des grands industriels à Bruxelles ?
Que pèse également la revendication (légitime) d’honorables économistes pour que la BCE (la Banque centrale européenne) infléchisse ses critères de distribution du crédit en faveur d’une ligne de crédit pour financer à taux réduit les services publics et l’emploi en Europe ? Alors que dans ses statuts la BCE n’a comme fonction que celle d’endiguer l’inflation à la différence de la FED (banque centrale américaine) qui, elle, doit se soucier, également de la croissance et de l’emploi.
Un comble, les Américains nous font la leçon.
Mais même, si l’on obtenait ces financements « vertueux » de la BCE à coût quasiment nul, qui peut nous assurer que les banques les affecteraient sur critères aux bénéficiaires et qu’elles leur transféreraient le bénéfice du taux privilégié ? Sans relais bancaire socialisé et démocratisé à tous les niveaux de la société, aucun financement n’est sécurisé. Quand la France aura un secteur bancaire et financier « fortement socialisé et démocratisé » , elle pourra alors peser plus efficacement sur le fonctionnement de la BCE.
Pendant toute la période de crise aiguë les banques ont eu le privilège de pouvoir se refinancer à des taux très bas, proches de zéro auprès de la BCE. Ont-elles répercuté ces taux à leur clientèle ? Elles n’ont pas été gênées de prêter à des taux proches des 20 % à la Grèce, au Portugal et à l’Espagne ?
La crise économique dont elles sont responsables, est en train de leur faire gagner beaucoup d’argent, des sommes folles. C’est pourquoi, les démocrates grecs ont raison d’exiger d’elles, la baisse des taux, l’allongement des prêts et l’abandon de plus de 50 % de ces dettes contestables.
Michel Barnier, le commissaire européen en charge des services financiers, se plaint lui-même de l’influence des banquiers au sein des « groupes d’experts » officiels composés de lobbyistes qui conseillent la Commission et pré formatent ses propres projets de directives.
La Commodity Futures Trading Commission , qui est l’agent régulateur américain, se plaint également par la bouche de Bart Chilton l’un de ses commissaires :
« Je pense qu’il y a eu tentatives répétées pour influencer les cours sur le marché de l’argent, je pense que la loi (le Commodity Exchange Act ) a été violée et que ces violations doivent faire l’objet de poursuites ».
Les amendes aux États-Unis sont très importantes : elles peuvent atteindre un million de dollars ou le triple des bénéfices réalisés. Elles ne sont pas, pour autant, dissuasives.
L’Europe a mis également en place une autorité européenne des marchés : l’european securities and markets authority (l’ESMA) qui en était, il y a quelques mois, encore à rechercher son président et son équipe de direction exécutive, mais devrait procéder à une mise en place de directives européennes qui interviendront dans le cadre de la révision de la directive Marchés d’instruments financiers (MIF).
Face à ces privilégiés de la fortune et de l’influence qu’ils exercent dans tous les lieux de pouvoir, il y a ceux qui ont des fins de mois de plus en plus difficiles pour payer les loyers, pour remplir quotidiennement les assiettes des enfants et pour régler les frais de leurs études, ou sont contraints de leur demander d’arrêter leurs études pour chercher du travail, tout de suite.
Comment peut-on se constituer de pareilles fortunes si rapidement quand des millions d’hommes de femmes d’enfants souffrent et sont en dessous du seuil de pauvreté ? Quand tant d’êtres humains, en 2012, meurent de faim ? Comment justifier un monde aussi injuste et cruel à des enfants qui ont faim ?
L’explosion des inégalités en France
Toutes les statistiques le démontrent depuis les dix dernières années, on a assisté à une véritable explosion des inégalités entre le pouvoir d’achat des salaires et les revenus du capital.
Une étude récente constate que le pouvoir d’achat des Français les plus aisés, entre 1998 et 2005, a progressé de 20 % en moyenne pour les 1 % les plus riches, plus de 40 % pour le 0,01 % les plus riches encore, alors que 90 % des Français les moins aisés ont connu une progression d’à peine 4 % sur ces 7 années.
Tout indique que ces évolutions se sont poursuivies, voire amplifiées, entre 2005 et 2009.
Il s’agit d’un phénomène nouveau, inconnu au cours des décennies précédentes, et massif : la tendance est d’une ampleur comparable à celle observée aux États-Unis depuis les années 1980, avec pour conséquence un transfert de l’ordre de 15 points du revenu national américain en direction du 1 % le plus riche, et la stagnation du pouvoir d’achat du reste de la population.
Les exemples sont multiples, les bénéfices s’envolent, les dividendes croissent chaque année et les salaires sont bloqués, alors que le pouvoir d’achat des salariés et des plus démunis s’effrite sans cesse.
« Le temps des dividendes est arrivé » s’exclame Jean-Françoi s Boulier , Président du Directoire d’Aviva Investors France , dans les Échos du 9 Juin
« Les dividendes sont de retour, pour un montant total de 270 milliards d’euros, contre 240 milliards l’année dernière (chiffres du Stoxx 600) »
Donc, les dividendes en 2010 ont progressé de 12,5 % pour une progression du PIB 5 de 1,5 % (PIB : ensemble de la richesse produite) après une chute du PIB en 2009 de 2,7 %. Donc, la crise profite aux plus riches et le montant des dividendes à un tel niveau constitue un prélèvement cancérigène sur l’ensemble de l’économie réelle.
Rapprocher ce que l’Argent rapporte à l’Argent, en période de crise, rend encore plus insoutenable la cruauté de voir des femmes avec des enfants, des vieillards, dormir dans la rue, aller à la soupe populaire ou aux restaurants du cœur. Sans parler de la famine dans le monde et des dépenses militaires dont on ne parle pas ou si peu, quand on veut faire des économies. La réalité dépasse la fiction, cela est bien connu. Ainsi, quand le nouveau Pdg d’EDF, Henri Proglio (salaire annuel 1 600 000 d’euros) a hésité, un bon moment, le temps que la presse s’émeuve sur sa double rémunération EDF et Veolia : devait-il renoncer à une double rémunération ? (dont celle de 450 000 euros chez Veolia ex Générale des eaux) ?
On croit rêver parfois, on croit que les journalistes racontent n’importe quoi ou que nous ne vivons pas sur la même planète.
Ce M. Henri Proglio avait rêvé pouvoir gagner 2 050 000 Euros… à la tête des 2 entreprises!
Il serait de mauvais goût de rapprocher son salaire à 2 050 000 € ou à 1 600 000 € à la tête d’EDF de l’augmentation brutale de la quittance d’électricité…
Cela étant, le Conseil d’Administration de Veolia, moins sensible que le commun des mortels à une certaine bienséance, l’avait confirmé dans ses fonctions de Président de son Conseil de surveillance (et dans sa « légitime » rémunération) même si cette double fonction était génératrice de conflits d’intérêts patents sur de grands projets d’intérêt général et national.
Au même moment où PSA Peugeot Citroën veut fermer 3 sites dont celui historique d’Aulnay-sous-Bois,

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents