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L'entrepreneuriat et l'innovation au Congo-Brazzaville

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Description

Les actions innovantes des entrepreneurs au Congo sont analysées dans cet ouvrage sous de multiples aspects: produits, marchés, stratégies. De même, les contraintes sont mises en évidence. Ainsi, divers sujets abordés par différents auteurs, chercheurs au CERAPE (ONG spécialisée dans la recherche sur les questions économiques et sociales), traduisent la richesse et l'originalité de la vision de l'entrepreneuriat et de l'innovation, au coeur des mutations sociales et du développement.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2007
Nombre de lectures 590
EAN13 9782296945777
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’ENTREPRENEURIAT ET L’INNOVATION
AU CONGO-BRAZZAVILLE
Cet ouvrage a été réalisé grâce à une subvention
du Centre de Recherches
pour le Développement International (CRDI) du Canada


© L’HARMATTAN, 2007
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris


http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr


ISBN : 978-2-296-03286-6
EAN : 9782296032866


Fabrication numérique : Socprest, 2012
Sous la direction de
Jean-Christophe BOUNGOU BAZIKA


L’ENTREPRENEURIAT ET L’INNOVATION
AU CONGO-BRAZZAVILLE


Centre d’Études et de Recherche
sur les Analyses et Politiques Économiques
(CERAPE)


L’Harmattan
Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa


Déjà parus

Simon-Pierre E. MVONE NDONG, Bwiti et christianisme , 2007.
Simon-Pierre E. MVONE NDONG, Imaginaire de la maladie au Gabon , 2007.
Claude KOUDOU (sous la direction de), Côte d’Ivoire : Un plaidoyer pour une prise de conscience africaine , 2007.
Antoine NGUIDJOL, Les systèmes éducatifs en Afrique noire. Analyses et perspectives , 2007.
Augustin RAMAZANI BISHWENDE, Ecclésiologie africaine de Famille de Dieu , 2007.
Pierre FANDIO, La littérature camerounaise dans le champ social , 2007.
Sous la direction de Diouldé Laya, de J.D. Pénel, et de Boubé Namaïwa, Boubou Hama-Un homme de culture nigérien , 2007.
Marcel-Duclos EFOUDEBE, L’Afrique survivra aux afro-pessimistes , 2007.
Valéry RIDDE, Equité et mise en œuvre des politiques de santé au Burkina Faso , 2007.
Frédéric Joël AIVO, Le président de la République en Afrique noire francophone , 2007.
Albert M’PAKA, Démocratie et société civile au Congo-Brazzaville , 2007.
Anicet OLOA ZAMBO, L’affaire du Cameroun septentrional. Cameroun /Royaume-Uni , 2006.
Jean-Pierre MISSIÉ et Joseph TONDA (sous la direction de), Les Églises et la société congolaise aujourd’hui , 2006.
Albert Vianney MUKENA KATAYI, Dialogue avec la religion traditionnelle africaine , 2006.
Guy MVELLE, L’Union Africaine : fondements, organes, programmes et actions , 2006.
Claude GARRIER, Forêt et institutions ivoiriennes , 2006
Nicolas MONTEILLET, Médecines et sociétés secrètes au Cameroun , 2006.
LISTE DES CONTRIBUTEURS (par ordre alphabétique)

Balongana Christian : chercheur au CERAPE détenteur d’une maîtrise en macro-économie appliquée. Il mène des travaux de recherche sur les institutions de microfinance et le développement humain durable.
Boungou Bazika Jean-Christophe : chercheur et Directeur du CERAPE, docteur en Sciences Économiques. Il mène des travaux de recherche sur l’entrepreneuriat, l’intégration régionale et la pauvreté.
Dumont Dominique : docteur en sciences économiques. Elle effectue des recherches sur le financement de l’agriculture.
Dzaka-Kikouta Théophile : chercheur au CERAPE, membre du Comité de Direction et docteur en sciences économiques. Il réalise des travaux de recherche sur l’économie solidaire, l’entrepreneuriat et les échanges transfrontaliers.
Makosso Bethuel : chercheur au CERAPE, Directeur Administratif et Financier, docteur en sciences économiques. Il mène des recherches sur la microfinance et les politiques industrielles.
Mafouta Bertrand : chercheur au CERAPE détenteur d’une maîtrise en économie du développement. Il réalise des travaux de recherche sur l’impact économique du VIH/SIDA.
Moulemvo André : chercheur au CERAPE, docteur en sciences économiques. Il effectue des travaux de recherche sur l’agriculture péri-urbaine, le secteur pétrolier et la dette extérieure.
Mouko Félix : chercheur au CERAPE, docteur en sciences économiques. Il réalise des travaux de recherche sur l’entreprise et l’économie sous-régionale.
Nkouika Dinghani Nkita Gaston : chercheur au CERAPE, détenteur du diplôme d’Études Supérieures Spécialisées en économie. Il mène des travaux de recherche sur le secteur informel, l’agriculture et le rôle de l’État.
Pongui Martine Béatrice : chercheuse au CERAPE, docteur en médecine. Elle mène des recherches sur le VIH/SIDA et le travail des enfants.
Samba René : chercheur au CERAPE, Directeur Adjoint. Il est docteur en sciences économiques. Il effectue des travaux de recherche sur la gestion durable de l’environnement et l’entrepreneuriat.
Liste de sigles et abréviations

AEF : Afrique Équatoriale Française
ADPME : Agence de Développement des PME
ANA : Agence Nationale de l’Artisanat
ARV : Anti Rétroviraux
ATC : Agence Transcongolaise de Communications
AVOBRA : Action pour la Valorisation des Ordures de Brazzaville
BCC : Banque Commerciale Congolaise
BIDC : Banque Internationale de Développement du Congo
BNDC : Banque Nationale de Développement du Congo
BRASCO : Brasserie du Congo
CAPPED : Caisse de Participation à la Promotion des Entreprises et à leur Développement
CAR : Cellule d’Appui Rurale
CAU : Cellule d’Appui Urbaine
CCCE : Centre Congolais du Commerce Extérieur
CFCO : Chemin de Fer Congo Océan
CIB : La Congolaise Industrielle de Bois
CEMAC : Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale
CMS : Centre médico-social
CNLS : Conseil national de Lutte contre le Sida
CNSEE : Centre National de la Statistique et des Études Économiques
CNTF : Compagnie Nationale de Transport Fluvial
COBAC : Commission Bancaire de l’Afrique Centrale
CRF : Croix Rouge Française
CRRP : Centre Rural de Ressources Professionnelles
CTA : Centre de Traitement Ambulatoire
DIGENAF : Direction Générale de Navigation Fluviale
DGMC : Direction Générale de la Monnaie et du Crédit
FAO : Organisation pour l’alimentation et l’Agriculture
FEDAR : Fonds Européen de Développement des Activités Rurales
FJEC : Forum des Jeunes Entreprises du Congo
FMI : Fonds Monétaire International
IDE : Investissements directs étrangers
IDH : Indicateur de Développement Humain
IMF : Institutions de Microfinance
IST : Infections Sexuellement Transmissibles
MUCODEC : Mutuelle Congolaise d’Épargne et de Crédit
OAPI : Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle
OCV : Office des Cultures Vivrières
ODI : Office du Développement Industriel
OIT : Organisation Internationale du Travail
OHADA : Organisation pour l’Harmonisation du Droit des Affaires
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONUSIDA : Organisation des nations Unies contre le SIDA
ORSTOM : Office de Recherche Scientifique des Territoires d’Outre-Mer
PACE : Programme d’Action Communautaire
PCM : Programme Ceinture Maraîchère de Brazzaville
PNB : Produit National Brut
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PVVIH : Personnes vivant avec le VIH
SA : Société Anonyme
SEP : Secrétariat Exécutif Permanent
SCOT : Société Congolaise de Transport
SNAVIE Société Nationale Assurance Vie
SOTELCO Société des télécommunications du Congo
TIC Technologies de l’Information et de la communication
TVA Taxe sur la Valeur Ajoutée
UNOC Union Nationale des opérateurs Congolais
INTRODUCTION L’ENTREPRENEURIAT ET L’INNOVATION REVISITÉS Jean-Christophe Boungou Bazika
Les pays de l’Afrique subsaharienne ont besoin que des perspectives soient apportées à la crise économique qui les frappe. Cette crise aujourd’hui se traduit par ce que l’on a appelé la marginalisation de l’Afrique dans le marché mondial (Banque Mondiale, 2000 ; Hugon, 2000). Le développement de l’Afrique subsaharienne est une préoccupation majeure qui semble avoir été abandonnée avec la mise en place des programmes d’ajustement structurel pendant les décennies 1980-1990. Avec les défaillances de l’État et la mise en relief du rôle du secteur privé, l’entrepreneuriat acquiert de plus en plus une importance particulière.

Mais cet entrepreneuriat doit remplir un certain nombre de conditions pour jouer le rôle d’impulsion du développement que l’on attend de lui. Il doit être entre autres innové. Selon Schumpeter, l’entrepreneur est l’agent économique par excellence capable d’innover afin de modifier les conditions de production et du marché. Sa conception se base sur un type d’entrepreneur particulier, le capitaine de l’industrie, qui modifie de façon permanente, dans un processus de destruction et de création, la fabrication des biens. Il agit comme une locomotive pour le reste de l’économie.
Schumpeter écrit à propos des nouvelles combinaisons qui traduisent les innovations entrepreneuriales :
« Ce concept englobe les cinq cas suivants :
1) Fabrication d’un bien nouveau, c’est-à-dire encore non familier au cercle des consommateurs, ou d’une qualité nouvelle d’un bien.
2) Introduction d’une méthode de production nouvelle, c’est-à-dire pratiquement inconnue de la branche intéressée de l’industrie ; il n’est nullement nécessaire qu’elle repose sur une découverte scientifiquement nouvelle et elle peut aussi résider dans de nouveaux procédés commerciaux pour une marchandise.
3) Ouverture d’un débouché nouveau, c’est-à-dire d’un marché où jusqu’à présent la branche intéressée de l’industrie du pays intéressé n’a pas encore été introduite, que ce marché ait existé avant ou non.
4) Conquête d’une source nouvelle de matières premières ou de produits semi-ouvrés ; à nouveau, peu importe qu’il faille créer cette source ou qu’elle ait existé antérieurement, qu’on ne l’ait pas prise en considération ou qu’elle ait été tenue pour inaccessible.
5) Réalisation d’une nouvelle organisation, comme la création d’une situation de monopole (par exemple la trustification) ou l’apparition brusque d’un monopole. (p. 95)

Dans les analyses contenues dans le présent ouvrage, les auteurs élargissent le concept de l’innovation. L’innovation est perçue comme un procédé nouveau contribuant à améliorer les conditions de la production de biens et services, comme un produit nouveau modifiant le marché, mais aussi au-delà de la conception schumpetérienne, comme une démarche nouvelle depuis l’idée de la création de l’entreprise jusqu’à la matérialisation de celle-ci en projet et en entité agissante sur le marché. L’innovation se situe à l’amont comme à l’aval de l’entreprise, dans les actes de production et de vente, mais aussi dans les services d’appui à l’entrepreneuriat, services qui créent un environnement favorable à l’émergence des entreprises et à la consolidation de celles-ci L’innovation, c’est aussi une stratégie nouvelle, permettant à l’entrepreneur d’améliorer et à diversifier son positionnement sur le marché, de s’adapter à un environnement fluctuant profondément marqué par le risque et l’incertitude dans le contexte de la mondialisation, qui est examiné ici.

Oliver Torres (2004) définit la stratégie comme « un ensemble d’actions de long terme et finalisées en vue de s’insérer dans l’environnement » (p. 113). L’auteur montre les apports de l’économie industrielle dans la compréhension de l’innovation stratégique à travers la séquence Structure-Comportement-Performance (SCP). Cependant les limites de cette analyse consistent à polariser la réflexion non sur l’entreprise et l’entrepreneur, mais sur le secteur industriel en tant que système d’interactions entre plusieurs entreprises et leur environnement. L’analyse stratégique va réellement progresser lorsque les modèles vont placer l’entreprise au centre de l’analyse (Torres, 2004). Dans ces conditions, la stratégie devient un processus décisionnel concernant l’avenir de l’entreprise, le choix de ses activités, l’organisation de ses fonctions et son insertion dans le marché amont et aval. De même, les services d’accompagnement de l’entrepreneur, l’approche adoptée pour la création de l’entreprise, les décisions prises pour préserver ses ressources principalement humaines, sont des actions à caractère stratégique qui vont peser sur la pérennité de l’acte d’entreprendre. Le comportement innovateur touche tous ces domaines et étend son influence bien au-delà du champ initial décrit par Schumpeter, dans un contexte fortement marqué par la libéralisation et l’accentuation du risque.

Une approche nouvelle de l’innovation est apparue récemment. Elle intègre la dimension sociétale en ce sens qu’elle tente de montrer que l’innovation est une démarche qui vise à remédier aux insuffisances du marché et aux défaillances de l’État par la création d’organisations socio-économiques des exclus et des marginalisés de l’économie de marché. Les innovations introduites par l’économie solidaire contribuent à la survie des acteurs face aux déficiences du marché et de l’État. Cette approche se fonde sur le principe d’entraide des acteurs économiques qui mettent en place des institutions solidaires dans le domaine de la microfinance et de la micro-assurance où « sont inventées des pratiques novatrices et créatrices d’équité sociale » (Alcouffe et Parienté, 2004). Les innovations sociales se distinguent des innovations technologiques et institutionnelles de Schumpeter sur au moins deux points : ce sont des innovations secondaires parce qu’elles n’entraînent pas de rupture radicale. Elles combinent la sphère marchande et non marchande, le producteur et le consommateur (Prades, 2004).

Un autre aspect important de l’innovation concerne son financement. L’innovation a un coût. Elle représente un risque que prend l’entreprise et on estime que dans 50 % de cas, le risque aboutit à l’échec. Selon Lachmann (1996), le financement de l’innovation obéit à l’approche théorique de la « cheminée ». On peut distinguer 5 phases dans ce processus évoluant en fonction du cycle du produit :
la phase de faisabilité ou de définition du projet innovant (seed stage) qui sera financée par une combinaison des ressources découlant de l’autofinancement et des fonds publics ;
la phase de création (start-up). Le financement est assuré par le capital de départ et éventuellement des fonds publics ;
la phase de première croissance (early stage). Le financement public demeure important. Mais, il cède progressivement le pas aux financements privés spécialisés dans le haut du bilan (capital risque) ou à des prises de participation industrielle ;
la phase de développement financée principalement par les ressources bancaires à cause de la visibilité du projet et des garanties de chiffre d’affaires qu’il donne.
le dernier étage de la cheminée est le déclin. La sortie est nécessaire pour les entreprises qui veulent préserver leur développement : soit le produit est amélioré, soit, un nouveau cycle démarre avec un produit nouveau qui nécessite un financement à l’échelle transnationale.
On voit à travers ces différentes phases, le rôle déterminant du financement de l’État, notamment pendant la période de conception et de démarrage de l’innovation. De nombreux auteurs montrent que la subvention est l’un des moyens utilisés par l’État pour tenter d’encourager l’innovation technologique (Stiglitz, 2000, Lachmann, 1996 ; Lipsey, Purvis et Steiner, 1988). En outre, il faut souligner comme le fait Stiglitz (2000) que l’innovation est un bien collectif parce que ses externalités sont souvent importantes. Elle procure à travers l’imitation par les autres entreprises et l’amélioration du bien-être un avantage global pour l’ensemble de la société appelé bénéfice social.

Parler de l’innovation au Congo, pays faiblement développé pourrait sembler une gageure. En général, l’innovation est associée aux pays industrialisés dans lesquels les Pouvoirs Publics et les firmes mettent un accent particulier sur la recherche-développement. À chaque instant, de nouveaux produits et procédés technologiques sont lancés sur le marché. Cette approche restrictive de l’innovation peut s’expliquer par l’apparent immobilisme des pays africains, le marasme de leurs économies et les difficultés de réaliser leur décollage économique et leur industrialisation. L’invasion de leur marché par les produits occidentaux et asiatiques semble confirmer l’idée d’une absence d’innovations dans les pays de l’Afrique subsaharienne. Enfin, cette opinion découle du fait que l’innovation est perçue comme une rupture. Les changements mineurs que celle-ci peut engendrer ne sont pas pris en considération (Prades, 2004).

Les auteurs de cet ouvrage collectif ont voulu se démarquer de cette conception restrictive qui semble dénier à l’africain, l’esprit créatif et les capacités intrinsèques de changer ses conditions matérielles en appliquant des idées nouvelles. Même si les innovations radicales dans le secteur industriel sont rares en Afrique du fait du faible développement de l’industrie, les acteurs économiques et sociaux réalisent au quotidien des innovations mineures sous peine de disparaître. En plus, la simple observation empirique du marché congolais révèle l’existence de l’innovation : apparition de nouvelles approches et de nouveaux produits dans l’alimentation, la médecine traditionnelle, la vannerie, la couture, la menuiserie, les matériaux de construction, la microfinance, les services d’appui à l’entrepreneuriat, la création d’entreprise, la lutte des entreprises contre le VIH/SIDA, etc.

Les communications contenues dans le présent ouvrage illustrent ces exemples et traduisent cette vision large de l’innovation. Elles ont fait l’objet de beaucoup de débats, car présentées aux 8 e et 9 e aux journées scientifiques du réseau Entrepreneuriat de l’Agence Universitaire de la Francophonie à Rouen (2003), à Cluj-Napoca (2005) au cours desquelles la thématique de l’entrepreneuriat et de l’innovation a engendré des débats féconds. Ils ont été revus par les auteurs, rediscutés dans les ateliers méthodologiques organisés par le Centre d’Études et de Recherche sur les Analyses et Politiques Économiques (CERAPE) auquel appartiennent les auteurs des communications sélectionnées.

L’ouvrage est le résultat du programme de recherche mis en place depuis 2002 par le CERAPE dont l’un des thèmes est l’entrepreneuriat et l’innovation. Il est subdivisé en deux grandes parties et en 10 chapitres.

Le plan de l’ouvrage est organisé comme suit : la première partie comprend 5 chapitres qui mettent en évidence les stratégies innovantes des entrepreneurs et leurs limites. La deuxième partie est aussi composée de 5 chapitres qui abordent les innovations de produits, de procédés et de marché.
Dans le chapitre 1, J.C. Boungou Bazika aborde les services d’appui à l’entrepreneuriat dans le contexte de la mondialisation. Il s’appuie sur l’exemple d’une Organisation Non Gouvernementale, le Forum des Jeunes Entreprises du Congo. Il montre en quoi, cette structure réalise des innovations dans la combinaison des services d’appui financiers et non financiers, dans la combinaison des services d’appui en milieu urbain et rural, dans la mise en place d’un réseau d’entrepreneurs. Ce faisant, le Forum se démarque des structures d’appui du secteur public caractérisées de plus en plus par une crise sans précédent qui les paralyse.

Dans le chapitre 2, André Moulemvo met en relief l’approche innovante de l’Institut de développement AGRICONGO dans le soutien apporté à l’agriculture urbaine. Alors que les cultures vivrières en milieu rural tendent à décliner du fait de l’enclavement des campagnes, que l’exode rural s’intensifie, l’agriculture urbaine et péri-urbaine apparaît comme une alternative à l’alimentation de la population et à la lutte contre la pauvreté à des coûts supportables. L’approche entrepreneuriale innovante se traduit par cette forme d’incubation à savoir la formation des maraîchers, leur financement et implantation dans des sites négociés avec l’État ou les propriétaires fonciers, sites dotés d’équipements communautaires.

Félix Mouko , dans le chapitre 3, analyse la création d’une entreprise de transport et dégage le caractère innovant de la démarche adoptée par les créateurs. Celle-ci est fondée sur la mise en commun de compétences diversifiées en vue de constituer une société anonyme, forme juridique nouvelle dans le contexte congolais marqué auparavant par la création par les nationaux d’entreprises individuelles et de quelques sociétés à responsabilité limitée. Dans la filière du transport fluvial, 27 entrepreneurs congolais décident de mettre ensemble leur « capital social » au sens de Boutiller et Uzunidis (1999) et de constituer pour la première fois une société anonyme. Il leur faut surmonter les contraintes juridiques, psychologiques, culturelles et environnementales.

Dans le chapitre 4, Jean-Christophe Boungou Bazika examine les stratégies entrepreneuriales innovantes des transporteurs fluviaux face au risque constitué par le marché, l’environnement interne et externe. Il indique les limites de ces stratégies, car l’environnement fluctuant peut amener l’entrepreneur opportuniste à échouer s’il n’est pas capable de s’adapter rapidement à de nouvelles contraintes.

Martine Pongui dans le chapitre 5, présente les stratégies innovantes déployées par les entreprises du secteur privé face à la propagation du VIH/SIDA. Cette pandémie engendre d’importants coûts pour les entreprises : coûts en soins, en frais d’obsèques, en absentéisme, en turnover. Les innovations de caractère organisationnel, juridique, institutionnel sont les principales composantes des stratégies mises en place pour faire face à l’infection en lien avec la stratégie de riposte multisectorielle mise en œuvre par l’État.

La deuxième partie du livre aborde les innovations de produits, de procédés, de marché ainsi que les contraintes auxquelles les entrepreneurs doivent faire face. Elle examine aussi le rôle joué par l’État.

Dans le chapitre 6, René Samba montre que les ateliers de menuiserie réalisent des performances en fonction des innovations introduites dans le processus de production au niveau de la qualité et de la vente du produit. Les ateliers qui innovent sont ceux qui ont des équipements modernes et qui s’inspirent des catalogues. Ils font plus de l’imitation que de l’innovation. Dans certains cas, les entrepreneurs menuisiers peuvent innover. Mais, ceux-ci représentent une minorité. En se basant sur une enquête de terrain, il constate que l’incidence de l’innovation sur le résultat se traduit par l’amélioration du résultat de l’entreprise.

Théophile Dzaka-Kikouta et Dominique Dumont abordent dans le chapitre 7 l’incidence du projet fruitier de Boko, localité située à 150 km de Brazzaville, sur les entrepreneurs ruraux. Ils observent que ce projet a contribué à introduire des innovations sur le plan technique, cultural, commercial, financier et social. Le contexte de l’économie solidaire a favorisé l’appropriation par les acteurs de ces innovations. Le résultat est l’accroissement de la productivité et des revenus des agriculteurs. Une des conditions de la propagation de l’innovation en milieu rural est la réussite de celle-ci.

Bethuel Makosso dans le chapitre 8 traite de l’innovation et de la microfinance. Il montre que les crédits octroyés par la microfinance aux entrepreneurs ont peu d’impact sur leurs capacités innovantes. Les micros crédits sont plus destinés au secteur commercial et à l’aide sociale. Le montant destiné au secteur productif est dérisoire et les délais sont courts. C’est pourquoi, l’incidence sur l’innovation est très faible voire nulle. Ainsi, la microfinance tend à développer un entrepreneuriat de survie.

Dans le chapitre 9, Christian Balongana et Bertrand Mafouta traitent du transfert de fonds par l’entreprise Maouéné. Ils montrent en quoi, cette entreprise de microfinance réalise une innovation en lançant sur le marché un nouveau produit, le transfert de fonds, qui connaît aujourd’hui un grand succès. L’innovation porte aussi sur le procédé avec la contribution des technologies de l’information et de la communication. La clientèle constituée entre autres de petits entrepreneurs qui transfèrent des fonds pour les transactions commerciales représente une innovation de marché.

Enfin, Gaston Nkouika examine le rôle de l’État et sa politique en matière de soutien à l’entrepreneuriat et à l’innovation dans le chapitre 10. En dehors d’actions ponctuelles pour faire connaître quelques innovations réalisées par les entreprises, il n’existe pas de politique d’innovation à proprement parler. Aucun fonds public destiné à financer l’innovation n’est mis en place. Cette situation ne crée pas un climat incitatif pour les PMEs. Le faible nombre d’inventions enregistrées à l’OAPI le montre nettement.

Dans la mesure où les contributions contenues dans cet ouvrage peuvent susciter de nouvelles réflexions et de fructueux débats auprès des lecteurs, les auteurs auraient alors atteint leur but.

Bibliographie

Alcouffe A., Parienté J. , 2004, Innovation et économie solidaire, Terminal n° 91, pp. 29-43, L’Harmattan, Paris.
Banque Mondiale , 2000, L’Afrique peut-elle revendiquer sa place au 21 e siècle ? Washington DC.
Boutillier S et Uzunidis D, 1999, Entrepreneur, esprit d’entreprise et économie : un enseignement (supérieur) base sur la triptyque structures-comportements-performances, Lille France.
Hugon Ph, 2000, Économie de l’Afrique, 4 e édition, La découverte, Paris.
Lachmann J. 1990, Financer l’innovation des PME, Economica, Paris.
Lipsey R. G., Purvis D. D., Steiner P. O .1988, Microéconomique, Gaëtan Morin, Québec.
Schumpeter J, 1999, Théorie de l’évolution économique, Dalloz, Paris.
Stiglitz E.J. 2000, Principes d’économie moderne, De Boeck Université, Bruxelles.
Prades J. , 2004, Économie solidaire, technologies de l’information et territoire, une mise en perspective socio-économique, Terminal, n° 91, pp. 19-27, L’Harmattan, Paris
Tores-Blay O , 2004, Économie d’entreprise : organisation, stratégie et territoire à l’aube de la nouvelle économie, 2 e édition, Economica, Paris.
PARTIE I. STRATÉGIES INNOVANTES DES ENTREPRENEURS ET LIMITES
Chapitre 1
SERVICES D’APPUI À L’ENTREPRENEURIAT ET INNOVATION DANS LE CONTEXTE DE LA MONDIALISATION : L’EXEMPLE DU FORUM DES JEUNES ENTREPRISES DU CONGO (FJEC)


Jean-Christophe Boungou Bazika

Introduction

La libéralisation économique intervenue à la fin des années 1980 représente un tournant important pour l’économie congolaise longtemps marquée par l’intervention massive de l’État. Cette orientation fondée sur le dirigisme étatique est devenue désuète dans le contexte de la mondialisation des flux de financement et de la baisse notable de l’aide publique au développement. En même temps, ont émergé de nouveaux acteurs lesquels, à côté des entreprises privées, déploient des initiatives économiques qui retiennent l’attention des bailleurs des fonds. Ces nouveaux acteurs sont englobés dans le terme de société civile : associations, ONG, confessions religieuses, syndicats, etc.

Pour les pays africains, cette période correspond à un moment particulier de leur évolution économique et sociale. Si au moment des indépendances, l’État avait à jouer un rôle central en tant que principal pourvoyeur de ressources, d’emplois et de compétences face à un secteur privé faible et embryonnaire, au début de la décennie 1990, les choses ont été inversées. Les échecs successifs de l’intervention économique de l’État, ses médiocres résultats ont de plus en plus amené les théoriciens à penser qu’il était temps de le dessaisir de certaines de ses missions, notamment celles consistant à créer des entreprises agricoles, industrielles et commerciales. Le secteur privé devrait désormais prendre le relais et devenir le moteur de la croissance et du développement. Cette approche néolibérale de l’économie a pu s’imposer à cause des mauvais résultats de la politique économique de l’État.

Au Congo, les échecs de la gestion étatique avaient déjà fait l’objet d’intenses débats. En 1986, fut organisée la conférence des entreprises d’État. À ce forum, le bilan négatif ne conduisit pas malheureusement au changement de cap. Il fut encore décidé de ressourcer ces entreprises déficitaires en leur octroyant d’importantes subventions publiques. Plusieurs années par la suite, le constat était encore amer. Les négociations menées avec les institutions de Bretton Woods notamment au début des années 1990, eurent comme préalable la privatisation des entreprises publiques, la réduction du poids économique de l’État et la promotion du secteur privé. On voit déjà comment la mondialisation agit pour façonner l’économie nationale. Car, s’il existe des vecteurs de la mondialisation, ce sont bien des institutions internationales comme le FMI et la Banque Mondiale.

C’est dans ce contexte que fut créé en 1989 le Forum des Jeunes Entreprises par quatre jeunes diplômés sans emplois avec l’appui du Père Christian De la Bretesche et de l’Église catholique. Le pays était encore au début du processus de libéralisation économique et l’objectif visé était l’appui aux initiatives entrepreneuriales, initiatives perçues comme vitales face à la réduction des emplois publics.

L’objectif de la présente étude est double :
analyser comment la mondialisation et la libéralisation influencent le processus de promotion de l’esprit d’entreprise au Congo à travers l’exemple du FJEC ;
montrer en quoi cette expérience revêt un caractère innovant dans les formes de financement et les activités d’appui aux PME.

Nous tenterons de vérifier deux hypothèses
a) Le FJEC est une initiative qui est née dans le contexte de la mondialisation. Ainsi, au niveau de ses financements et de son expertise, le FJEC a bénéficié des apports étrangers (Union Européenne, Banque Mondiale, financement catholique, ONGs internationales, etc.). Il s’est donc inséré dans le réseau mondial des flux de capitaux et de connaissances, les connaissances étant considérées comme un facteur déterminant de croissance et de développement (Meier et Stiglitz, 2002)
b) La promotion de centres de ressources professionnelles, de la microfinance, de l’appui-conseil et de la formation sont des actions entrepreneuriales innovantes. En outre, le FJEC, en travaillant en réseau et en instaurant un système de centres professionnels fonctionnant en réseau développe une synergie qui est radicalement différente de celles des organismes d’appui publics. Cette différence fait du FJEC une institution véritablement innovante.

La méthodologie utilisée est basée sur une série d’entretiens avec les responsables du FJEC ainsi que les institutions internationales travaillant avec le Forum (Banque Mondiale, Union Européenne, ONG, etc.). Des données collectées par une enquête effectuée en 2001 permettront de marquer la différenciation.

La démarche comprend deux points : le premier montre la liaison intrinsèque entre la mondialisation et le FJEC. Le deuxième analyse les innovations apportées par le FJEC dans ses stratégies entrepreneuriales et dégage les limites de ces innovations.

1. La politique d’appui à l’entrepreneuriat dans le contexte de la mondialisation

La politique d’appui se base sur deux types d’institutions : publiques et privées. Le FJEC en tant qu’organisation non gouvernementale fait partie de la catégorie des institutions privées.

a) Caractéristiques des organismes publics d’appui aux PME et du FJEC

Le FJEC est un acteur de la société civile. Il agit en appui à l’action entrepreneuriale et comme un catalyseur des initiatives économiques et sociales locales. Philippe Hugon (2003) montre comment les faiblesses de l’État ont fait surgir de nouveaux acteurs économiques et sociaux. « Face aux défaillances de l’État, écrit-il, il y a montée de la « société civile », ensemble de forces ayant des potentialités de production et d’organisation élevées hors des sphères étatiques : églises, ONG, syndicats, confrérie, collectivités décentralisées correspondant pour l’essentiel aux intérêts des classes moyennes… » (p. 69).

Le FJEC est né du souci des jeunes insérés dans le mouvement de jeunesse catholique de réaliser l’insertion économique dans un contexte où l’emploi qui auparavant était garanti par la fonction publique, n’était plus assuré par cette institution. Seul le secteur privé pouvait créer des opportunités d’insertion professionnelle pour les jeunes sans emploi. Dans le cadre des activités de la pastorale des jeunes, organisation de jeunesse catholique, il fut organisé de façon systématique des débats pour trouver une issue à cette situation difficile. Ces débats structurés en exposés, constituaient un forum de discussions et portaient sur le thème de l’emploi des jeunes. Ces débats constituaient pour ainsi dire le premier forum où vont naître des réflexions et des initiatives pour mieux structurer les services d’appui à l’entrepreneuriat en partant de l’idée que seules les actions entrepreneuriales du secteur privé et non étatique pouvaient aider les jeunes à s’insérer dans le tissu économique et social. La vision de l’État pourvoyeur d’emplois et acteur de l’insertion professionnelle qui dominait dans le passé n’était plus de mise.

Pour matérialiser cette approche innovante, il fut décidé de mieux structurer le Forum sous la forme d’une organisation non gouvernementale d’utilité publique. Ainsi, le FJEC « conformément à ses statuts, développe six domaines de compétences : la communication, le conseil, l’appui technologique, l’ingénierie sociale, l’appui financier, la gestion des projets et de programmes » (article 1 du règlement intérieur).

Selon l’article 4, les centres de compétence du FJEC sont :
le Conseil aux entreprises urbaines ;
Le Conseil aux entreprises rurales ;
L’ingénierie sociale (PROBA : Promotion des Organisations de Base) ;
La Caisse de Participation à la Promotion des Entreprises et à leur Développement (CAPPED)
Selon le même article, chaque centre jouit d’une autonomie de programmation et de gestion et doit tendre à l’autofinancement de ses activités.

Le FJEC est dirigé par un Conseil d’Administration dont la mission est d’appliquer les orientations prises en Assemblée Générale.

Pour comprendre les traits distinctifs du FJEC, il importe de présenter de façon synthétique les caractéristiques des organismes d’appui aux PME en république du Congo. Une étude récente en dresse le tableau {1} . Quatre organismes parmi les plus importants sont cités. Il s’agit de l’Agence D’appui aux PME (ADPME), l’Agence Nationale de l’Artisanat (ANA), le Centre des Formalités des Entreprises (CFE), le Forum des Jeunes Entreprises du Congo (FJEC). Alors que les trois premiers organismes ont un statut d’institution publique ayant la forme d’une administration publique, seul le Forum des Jeunes Entreprises est une ONG à caractère privé. On peut alors dire que les services d’appui aux PME au Congo sont dominés par des structures à caractère public, cette caractéristique fondamentale est un déterminant de leur efficacité et performances qui en général diffèrent de celles du FJEC. L’étude déjà évoquée montre que cette dernière institution est la seule qui possède des équipements (matériel informatique, mobilier, véhicules) et la seule dont le budget destiné à l’appui est plus équilibré comparativement à celui consacré à la gestion administrative.

Tableau n° 1. Caractéristiques des principaux organismes d’appui aux PME au Congo



Sources : données d’enquête (Mwaziby, 2002)

Quand on analyse le champ d’intervention des organismes d’appui à l’entrepreneuriat, il apparaît également de fortes différenciations. Si les organismes publics interviennent exclusivement en milieu urbain, le FJEC étend son action en milieu rural, complétant ainsi son intervention en milieu urbain. De même, les structures publiques ne fournissent aucun service financier aux promoteurs d’entreprises, le FJEC par contre a ajouté à la gamme de ses produits, des services de la microfinance. Le tableau ci-dessous en est une illustration.

Tableau n° 2. Champ d’intervention des organismes d’appui à l’entrepreneuriat



Source : auteur

Mais il importe de souligner un autre aspect : les pays africains reçoivent des bailleurs de fonds des ressources pour les aider à développer le tissu de leurs entreprises. Ces ressources transitent par l’aide publique au développement. Les fonds sont en général confiés aux Pouvoirs Publics. Ces derniers dépourvus de compétences nécessaires utilisent une assistance technique provenant des pays donateurs. Les experts étrangers ont la mission d’assister les États à monter les projets, à former les cadres nationaux, à assurer le suivi de ces projets. Mais dans ce domaine également, les résultats atteints sont médiocres. L’assistance technique a contribué à la constitution « d’éléphants blancs ». S’agissant de l’expertise locale, celle-ci ne s’est pas développée. L’assistance technique a englouti d’importantes sommes d’argent et les effets multiplicateurs attendus n’ont pas suivi (Banque Mondiale, 1989).

La création du FJEC répond donc à un besoin : asseoir une expertise locale tout en bénéficiant de ressources externes, car l’épargne locale ne répond pas toujours aux besoins de financements des PME.

La diversification des compétences du FJEC et l’expérience acquise sur le terrain lui ont permis de répondre directement aux besoins exprimés par les petits entrepreneurs, ceux qui avaient des idées mais manquaient d’informations, d’expérience et de fonds pour les concrétiser.

Les domaines d’intervention du FJEC en dix ans d’activités sont les suivants :
le conseil aux PME ;
l’appui aux centres de ressources professionnels en zone rurale et urbaine ;
l’ingénierie sociale ;
les appuis financiers diversifiés aux initiatives économiques des citoyens et des communautés de base.

b. Comment la mondialisation influence-t-elle les actions d’appui à l’entrepreneuriat ?

Il importe de voir comment le phénomène de la mondialisation agit sur l’entrepreneuriat. La mondialisation est basée sur la libéralisation commerciale et la globalisation du marché des capitaux. Celle-ci accentue la concurrence sur le marché, ce qui pousse les entrepreneurs locaux à améliorer leur compétitivité afin de résister à la concurrence étrangère devenue plus forte dans un contexte de déprotection des entreprises nationales.

La mondialisation revêt aussi un caractère industriel. C’est la mondialisation industrielle (D’Arvisenet et Petit, 1999). Elle est définie comme l’intégration croissante entre grandes entreprises à travers le renforcement des liens de coopération, et l’accroissement des investissements directs étrangers (IDE). S’agissant des IDE, les formes qui se sont développées à partir des années 80 privilégient les fusions-acquisitions au détriment de la création de filiales nouvelles. Les premières facilitent le contrôle du marché comparativement aux secondes.

Un troisième vecteur de la mondialisation est constitué par la globalisation financière. Elle signifie l’internationalisation croissante des marchés de capitaux et des flux financiers. La microfinance par exemple est de plus en plus engagée dans un processus de mondialisation à travers l’appui dont elle bénéficie des institutions financières internationales (Gentil et Servet, 2003). Dans l’objectif de lutte contre la pauvreté, la Banque Mondiale envisage atteindre des dizaines de millions de ménages pauvres dans le monde en utilisant les structures de la microfinance implantées dans les pays en développement. Par ailleurs, une partie de l’aide publique au développement pourrait désormais transiter par les ONG, institutions jugées plus efficaces et plus proches de la population que les administrations publiques.

c) Lien au niveau des financements

Au niveau des financements, il existe un lien étroit entre le FJEC et les flux de capitaux étrangers, résultante de la globalisation et de la mondialisation de l’économie. Cette liaison comporte deux formes, le financement direct et le financement indirect. Elle est fondée sur le développement des partenariats avec diverses institutions extérieures. Les partenaires du FJEC sont l’Ambassade de France, l’Union Européenne, les agences du système des Nations Unies (PNUD, UNESCO, Banque mondiale, FAO), les ONG internationales (SOS Faim Luxembourg, Comité Français pour la Solidarité Internationale), des instituts internationaux de formation (Centre National des Arts et Métiers de Nantes, l’École de Management de Bordeaux), etc.

Financement direct

Il comprend les fonds qui sont fournis sous forme de dons au FJEC pour son fonctionnement et la réalisation de ses missions. Ces fonds servent soit au fonctionnement de cette institution, soit au lancement de certaines activités de microfinance ou d’appui direct aux projets économiques. Ainsi le FJEC a reçu de certaines fondations religieuses implantées en Europe ainsi que d’ONG internationales, des sommes importantes pour la réalisation de ses activités. Elle a aussi obtenu de l’Union Européenne des financements pour ses activités d’appui aux PME.

Financement indirect

Cette forme de financement tend à se développer. Elle consiste à confier la gestion des fonds à une agence locale pour le compte des organismes financiers internationaux. Le FJEC joue alors, selon la théorie de l’agence, un rôle de délégation de pouvoir. Il est chargé de procéder à la distribution de ces fonds conformément à des procédures préétablies de commun accord avec le bailleur de fonds, l’agent principal, en lieu et place du bailleur de fonds. Ainsi, le FJEC vient d’obtenir de la Banque Mondiale la gestion d’un fonds japonais de 700.000 $ consacré à soutenir les actions entreprises par les ONG congolaises et les communautés de base. Un autre fonds devrait être géré par le FJEC et financé par l’Union Européenne visant à renforcer les initiatives de la société civile. Son objectif est d’apporter un appui aux projets initiés par les organisations de la société civile. De même, l’ONG Comité Français pour la Solidarité Internationale (CFSI) a contribué en collaboration avec le FJEC au lancement d’un projet d’appui relatif au dialogue politique de la société civile avec les Pouvoirs Publics. La gestion de ce financement a été confiée au Forum. Ce financement d’un montant de 70 millions de francs CFA est assuré par le Ministère français des Affaires Étrangères.

d) Lien au niveau de l’expertise internationale

Le FJEC a bénéficié de l’appui des experts internationaux pour sa constitution et son fonctionnement. Ainsi, un accord avec l’ONG SOS Faim lui a permis de bénéficier d’un appui pour la formation de ses compétences. Cet appui technique a servi aussi à améliorer la gestion des projets et les activités d’appui-conseil et financiers auprès des petits entrepreneurs. De même, les cadres internationaux du CIDR ont prodigué des formations spéciales aux cadres du FJEC dans le domaine de l’appui aux entreprises.

On peut affirmer dans une certaine mesure que le FJEC a bénéficié de transfert de technologie, ici la technologie est un ensemble de connaissances techniques se rattachant au montage de projets et à l’appui aux PME. Cette question revêt une grande importance dans le contexte actuel de l’économie de la connaissance (Hugon, 2003). La complexité des phénomènes propres à l’entreprise, l’existence de domaines nouveaux dans lequel le pays ne possède pas suffisamment d’expertise comme celui de la microfinance nécessite un important transfert de connaissances et de compétences pour faire face aux difficultés d’organisation et aux situations nouvelles qui se présentent. N’oublions pas que les connaissances fournies par le système scolaire sont souvent incomplètes et inadaptées au contexte local.

Le FJEC apparaît comme une structure apprenante : elle apprend du travail de terrain, elle apprend de l’expertise internationale, elle apprend de ses propres erreurs. Cette vision lui permet de toujours s’adapter à la réalité et de déployer une stratégie de proximité innovante et diversifiée.

2. Approche du développement, stratégies innovantes du FJEC et limites

Le FJEC pour asseoir son activité et se différencier davantage des organismes publics en proie à des difficultés de toutes sortes, a mis en œuvre des stratégies innovantes. Il a été guidé par une vision, celle du développement durable et intégrée.

a) L’approche du développement durable et intégré comme fondement des stratégies entrepreneuriales du FJEC

Le concept de développement durable et intégré fait l’objet depuis les années 1990 de nombreuses études et analyses {2} . Le développement durable est un concept issu du rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement publié en 1987 et intitulé « notre avenir à tous ». Ce rapport autrement appelé « Rapport Bruntland » a comme objectif de réconcilier le développement économique avec la protection de l’environnement.

Selon Michel Prieur (2004), le développement durable comprend deux idées directrices contenues dans la déclaration de Rio de 1992 :
« le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures » (principe 3) ;
« pour parvenir à un développement durable, la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément » (principe 4).

La Banque Mondiale consacre son rapport sur le développement dans le monde de 2003 à la question du développement durable. Elle montre que le développement durable dépend d’une vision de l’exploitation des ressources d’un pays qui intègre les besoins des générations actuelles avec ceux des générations futures. À ce sujet, elle estime qu’il est possible de mesurer le développement durable en calculant un indicateur : l’épargne nette corrigée qui représente la capacité d’un État à conserver un stock de biens disponibles pour le présent et le futur dans une optique intergénérationnelle. Cette prise en compte de la durabilité temporelle du développement renvoie à la nécessité d’une utilisation précautionneuse et équitable des ressources naturelles partagées (Michel Prieur, 2004).

S’agissant du développement intégré, cette notion véhicule l’idée selon laquelle les activités de développement doivent être réalisées dans plusieurs champs afin de conduire à des effets d’entraînement dont devrait bénéficier l’ensemble de l’économie nationale à travers les canaux de transmission et les interactions sectorielles. C’est ainsi qu’il est recommandé d’agir sur l’industrie et l’artisanat sans négliger l’agriculture, de développer les ressources financières et matérielles tout en renforçant aussi les ressources humaines.

Toute l’action menée par le FJEC suit l’orientation définie par l’approche du développement durable et intégré. {3} Mais, dans un contexte social où les échecs des structures étatiques sont patents, où les infrastructures sont déficientes, les services publics défaillants, les services privés limités, les institutions politiques instables, l’appui aux actions entrepreneuriales exige une grande dose de créativité et d’imagination de la part des acteurs. On sait le rôle que jouent les institutions dans la croissance et le développement. L’innovation doit commencer au niveau des institutions, au niveau de leur organisation et de leur stratégie.

b) Stratégies innovantes déployées par le FJEC

Stratégie innovante d’appui à l’entrepreneuriat dans la privatisation du cadre institutionnel

Avoir pensé et mis en place une institution privée d’appui à l’entrepreneuriat sous la forme d’une organisation non gouvernementale dans un contexte où dominaient les structures publiques créées par l’État est en soi une grande innovation à caractère institutionnel. Une telle innovation est le fruit d’une réaction judicieuse à l’échec des agences publiques de soutien aux PME, sur l’inefficacité de leur action et sur la conviction que la privatisation de l’institution d’appui à l’entrepreneuriat était un gage de réussite et un moyen d’alimenter et de renforcer la créativité qui a permis la naissance du FJEC. En 1989, la libéralisation en république du Congo était encore à ses débuts et à ses balbutiements. L’État demeurait omniprésent et sur le plan politique, le régime était caractérisé par le monopartisme. Sur le plan économique, les entreprises d’État étaient dominantes. L’État avait instauré une planification des activités économiques. L’économie congolaise s’apparentait à une économie administrée. Or l’économie administrée est source de rente et d’absence d’innovation (Hugon, 2003).

La création du FJEC dans ce contexte était donc pour les promoteurs un important risque qui a fini par montrer sa légitimité et son efficacité. Même après les destructions et pillages que cette institution a connus pendant la guerre de 1997 et 1998, elle a réussi à se relever bien plus vite que les organismes publics. L’étude faite en 2002 sur les organismes d’appui à l’entrepreneuriat souligne cet aspect en montrant le fait que le FJEC détient des équipements et du matériel assurant un fonctionnement normal pendant que les structures d’appui publiques manquent de tout (bureaux, chaises, ordinateurs, etc.)

Stratégie innovante dans la combinaison des services financiers et non financiers d’appui aux PME

Le contexte national est caractérisé par la forte exclusion d’un grand nombre de PME aux services financiers des banques classiques. En général, les financements de ces entreprises ont comme origine l’épargne personnelle ou familiale. Les banques commerciales estiment que cette clientèle est trop risquée. C’est pourquoi, elles mènent à leur égard une politique restrictive du crédit.

Pour remédier à cette situation, le FJEC a mis en place une stratégie innovante. Celle-ci est axée sur la constitution, en plus de structures d’appui non financier aux petites et moyennes entreprises, d’un organisme de microfinance spécialisé uniquement dans le financement des activités économiques des PME et des micro entreprises. C’est la Caisse de Participation à la Promotion des Entreprises et à leur Développement (CAPPED). Ce qui distingue cette microfinance des autres institutions de ce genre est le fait qu’elle axe son intervention exclusivement auprès des promoteurs d’entreprise. Cela signifie que les crédits octroyés ne portent pas sur l’aide sociale comme c’est le cas pour la plupart des institutions de la microfinance. Cette stratégie financière innovante montre tout l’intérêt que les promoteurs du FJEC accordent à la consolidation d’un tissu de PME viable pouvant bénéficier de capitaux pour leur expansion.

Ainsi, la CAPPED est une institution financière de proximité au service des PME. Ses missions sont les suivantes :
collecter l’épargne des petits épargnants ;
octroyer aux PME des micro-crédits et aux femmes et jeunes voulant se lancer dans les affaires des micro-crédits solidaires ;
réaliser des transferts de fonds à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Le FJEC est la seule institution d’appui à l’entrepreneuriat qui revêt ce caractère multidimensionnel. Les structures publiques ont reproduit le modèle classique marqué par la nette séparation des services financiers et non financiers. Il a fallu instaurer une stratégie innovante, en rupture avec ce modèle traditionnel d’appui aux PME et pour ce faire, combiner les services non financiers avec les services financiers dans un cadre institutionnel unique.

Stratégie innovante dans la formation et la valorisation des compétences en milieu rural et urbain

Le FJEC a instauré une institution spécialisée dans la formation des dirigeants des micro-entreprises et dans le conseil. Cet organisme est la Cellule d’Appui Urbaine (CAU). Il est engagé dans une démarche de suivi et d’accompagnement des petits entrepreneurs. Le renforcement des compétences de la CAU avec la constitution d’un « pool comptabilité » a contribué à améliorer ses prestations en l’endroit des PME dans les domaines de l’étude des projets, le conseil aux entreprises ainsi que dans la formation de base auprès des porteurs d’initiatives économiques. Une innovation importante a été l’intéressement des femmes au cours de l’année 2002 aux activités entrepreneuriales. Le pourcentage des entrepreneurs féminins a sensiblement augmenté de 2001 à 2002. Il est passé pendant cette période de 11 % à 17 %.

La CAU organise de façon cyclique des formations destinées aux initiateurs de projets de création d’entreprises déjà opérationnels. Ces formations ont comme objectif de permettre l’appropriation des techniques de base à l’esprit et à la démarche d’entreprise, la maîtrise des outils de gestion et la capacité de rédiger un projet bancable. 170 personnes parmi lesquelles des étudiants, des fonctionnaires, des retraités et des employés d’entreprises ont suivi cette formation. Celle-ci s’est déroulée en 12 cycles répartis en modules (FJEC, 2002).

Les thèmes abordés lors de la formation sont les suivants :
connaissance et maîtrise des documents comptables ;
élaboration du compte d’exploitation et du plan de trésorerie par période d’exploitation ;
détermination du prix de revient et du prix de vente des articles ;
gestion des stocks dans les ateliers ;
organisation de l’atelier ;
marketing et techniques de vente.
suivi-encadrement permanent des agriculteurs ;
formation permanente des agriculteurs par des sessions modulaires.

Un autre programme de formation concerne l’éducation primaire avec le projet PACE visant la réhabilitation des écoles en milieu rural en prenant comme référence le modèle pédagogique Viluka basé sur la contribution des communautés dans le fonctionnement et la gestion du système éducatif.

Alors que les organismes publics d’appui sont cantonnés dans les zones urbaines et notamment à Brazzaville, le FJEC articule les actions d’appui dans les zones urbaines avec celles dans les zones rurales. Cette double intervention relève d’une approche innovante de la politique d’appui à l’entrepreneuriat qui consiste à stimuler l’entrepreneuriat dans les zones rurales et urbaines dans le cadre d’un développement intégré où les campagnes ne sont pas laissées à l’abandon.

Stratégie innovante dans la promotion d’un entrepreneuriat de réseau

Tout d’abord, l’organisation du FJEC s’apparente à une structure en réseau : relations résiliaires entre diverses structures implantées dans les secteurs de la finance, la formation, la production de biens et services, l’ingénierie sociale, l’éducation, le conseil en entreprise, etc. Cette constellation de relations entre différents acteurs représente une force dynamique pour cette institution et lui confère une organisation relativement originale et innovante.

Le père Christian de Labretesche, le principal initiateur du FJEC explique le caractère solidaire de cette institution. « Nous disons économie sociale solidaire parce que, au sein de tout système économique (système de production et d’échange), les acteurs économiques ont à établir entre eux des rapports de solidarité dont la valeur est à la fois technique, économique, sociale et culturelle et dans lesquels ils investissent des compétences professionnelles, mais aussi des motivations philosophiques et spirituelles » (p.45).

Le FJEC a mis en place un réseau de centres professionnels en zones rurales implantés dans la région du Pool, du Niari, de la Bouenza et du Kouilou particulièrement dans les localités de Dolisie, Bouansa, Voka, Kinkala, Kindamba, Pointe-Noire. Ces centres ruraux de ressources professionnels (CRRP) bénéficient de l’appui technique que leur apporte son organe, la Cellule d’Appui Rurale (CAR). Cet appui se structure autour de divers programmes lancés en collaboration avec les bailleurs de fonds locaux, à savoir :
la distribution des semences avec la FAO ;
la réinsertion des jeunes en zone rurale avec l’Ambassade de France ;
l’appui aux producteurs avec le PNUD.

Il faut remarquer que le CRRP est un organisme pris en charge par le collectif des associations paysannes. Le concept de CRRP est fondamental dans les appuis que le FJEC apporte aux initiatives économiques et sociales et les actions qu’il mène en faveur de l’insertion professionnelle et de la réinsertion en milieu rural. Cette structure représente une véritable innovation institutionnelle structurant le milieu de l’entrepreneuriat agricole et rural. En effet, c’est un dispositif comportant un milieu d’entreprises concernées et un centre de services se développant en réponse aux besoins identifiés avec la participation des professionnels intéressés. Les actions menées par les centres ruraux de ressources professionnelles s’articulent autour des axes suivants :
fourniture des intrants et des services appropriés de traitement phytosanitaire ;
appui à l’organisation et à l’auto-promotion des groupements coopératifs ;
appui à la commercialisation des produits ;
appui à la multiplication des semences et à la vulgarisation des espèces et variétés à forte valeur nutritive ou intéressantes pour l’élevage du petit bétail ;
appuis financiers et juridiques,
formation, etc.

La mise en réseau des CRRP permet de valoriser la diversité des compétences dont ils disposent, de renforcer les effets d’apprentissage et d’obtenir des économies d’échelle dans le domaine de l’insertion économique. L’objectif poursuivi est de bâtir des projets en milieu rural s’inscrivant dans le développement durable.
Plusieurs centres de ressources en zones urbaines chargées d’apporter leur appui à l’artisanat ont été également constitués.

c) Limites

Nous avons vu plusieurs stratégies innovantes mises en œuvre par le FJEC. Elles ont produit des résultats positifs. Ainsi, s’est structuré autour des actions d’appui, un réseau de PME dynamiques, capables de rembourser leurs crédits et de plus en plus demandeuses des services d’appui. Cependant, l’activité du Forum possède quelques limites qu’il importe de mettre en évidence.

La première limite que l’on peut indiquer est relative aux défaillances de la structure de microfinance. Celle-ci a su jouer son rôle important dans la collecte de l’épargne. Le volume des dépôts collectés par la CAPPED est passé de 600 millions de FCFA en 2000 à plus de 3 milliards de francs CFA en 2001, soit un accroissement vertigineux de 400 % en l’espace d’une année. Cependant, s’agissant des crédits, les résultats sont mitigés comme le montre le tableau ci-dessous.

Tableau n° 2. État du portefeuille des crédits de la CAPPED (en FCFA)



Source : CAPPED, rapport d’activités 2000-2001.

L’ensemble global des crédits s’élève à 270.238.964 FCFA (hors prêts investissement) dont 46 % sont sains et 54 % sont considérés comme défaillants. Un tel taux est considérable et témoigne d’importants risques de défaut des emprunteurs de la microfinance. Mais cette situation peut également s’expliquer par l’instabilité politique du pays pendant cette période. Les guerres qui ont frappé le Congo de 1997 à 1999 ont laissé des empreintes profondes et engendré la ruine des milliers de petits entrepreneurs dont un grand nombre était les clients de la CAPPED.

L’environnement macro-économique et juridique représente un facteur exogène limitant. Les guerres successives, les pannes fréquentes d’électricité et les coupures d’eau, les pénuries de carburant, la quasi-paralysie du chemin de fer pendant plusieurs mois, etc. sont des éléments qui concourent à créer un environnement macro-économique incertain. Les conséquences sur les PME sont catastrophiques. Leurs résultats ne sont pas bons et le taux de remboursement des créances a chuté du fait de la réduction des chiffres d’affaires entraînée par la mauvaise qualité et la forte perturbation des services publics.

En outre, l’incertitude entraîne une attitude attentiste des entrepreneurs. Les demandes de crédits supérieurs à 12 mois d’échéance ont été faibles. L’essentiel des demandes s’est orienté dans le sens du commerce ou encore dans le renforcement des fonds de roulement

Outre ces difficultés économiques, les faiblesses du système judiciaire en matière de recouvrement des créances sont un facteur non négligeable dans la réduction du taux de remboursement des emprunteurs. L’appareil judiciaire congolais est caractérisé par une incapacité notoire à rendre les jugements et surtout à les faire appliquer. Une importante corruption gangrène le système judiciaire. En plus, le manque d’indépendance de celui-ci vis-à-vis du pouvoir politique entraîne un discrédit des autorités judiciaires. De profondes réformes seront nécessaires pour redresser le système judiciaire afin qu’il contribue à l’émergence d’un véritable État de droit

La deuxième limite se rattache à l’autonomie du FJEC. On sait que celui-ci vient d’acquérir son autonomie juridique et administrative. Il constitue désormais une institution bien distincte de la conférence épiscopale qui représente son organe géniteur. Maintenant, il lui reste d’acquérir une autre autonomie, l’autonomie financière. Dès son origine, des financements divers provenant d’institutions extérieures ont contribué à la constitution du FJEC, aidé à assurer ses missions. Jusqu’à présent, le FJEC continue à bénéficier des subventions pour son fonctionnement. Or il est important qu’il soit en mesure de financer ses activités grâce à l’autofinancement. Cet objectif, une fois atteint marquera une nouvelle étape dans son fonctionnement, celle de la maturité et surtout de la pérennité de son action, inscrivant celle-ci dans le cadre d’un développement durable. L’évolution récente des recettes d’exploitation est un pas vers l’autonomie financière du FJEC. Elles représentent en 2003 65,11 % des financements extérieurs contre 7,90 % en 1998.

Tableau n° 2. Structure des sources de financement du FJEC (en millions de FCFA)



Sources : données d’enquête (Mwaziby 2002), rapport d’activités 2003 et calculs de l’auteur

Les données contenues dans le tableau ci-dessus montrent clairement la grande faiblesse des ressources propres comparativement aux ressources extérieures : 7,90 % en 1998 et 11,96 % en 1999. Même si on note une légère progression des ressources propres, leur poids demeure encore très faible. Il importe d’accroître la part des fonds propres pour garantir à terme la pérennité de cette institution en réduisant sa dépendance et en améliorant son degré d’autonomie face aux financements extérieurs. C’est d’ailleurs un des objectifs visés par le règlement intérieur du Forum en son article 4.

Conclusion

Nous avons mis en relief les stratégies d’appui innovantes du FJEC dans le contexte de la mondialisation. Ces stratégies comprennent trois aspects essentiels :
combinaison des services d’appui non financiers et financiers ;
articulation de l’appui aux initiatives entrepreneuriales en milieu urbain et rural sur la base d’une approche du développement durable et intégrée dans un cadre résiliaire ;
utilisation de ressources extérieures et des ressources propres découlant des subventions internationales et des recettes d’exploitation.

Ces trois aspects en plus de celui de la privatisation du cadre institutionnel d’appui représentent des innovations de grande importance qui distinguent le FJEC des autres institutions publiques d’appui à l’entrepreneuriat.

Deux limites émergent : la première est liée au taux de remboursement des crédits. L’activité de microfinance nécessite que le remboursement des crédits s’opère de façon efficiente. La deuxième se rattache à l’autonomie face aux ressources extérieures. Il est vrai que des progrès substantiels ont été faits dans ce sens. Ils doivent être poursuivis dans l’objectif d’atteindre un autofinancement complet des activités.

Le FJEC joue un rôle croissant et ses services sont de plus en plus demandés par les petits entrepreneurs dont une proportion grandissante de femmes. S’il conserve la logique qui a présidé à sa naissance ainsi que sa conception globale du développement, cette institution devrait occuper une place de choix dans le domaine de l’appui à l’entrepreneuriat au Congo.

Bibliographie

Banque Mondiale (2003) : Rapport sur le développement du monde, Washington.
Banque Mondiale (1989) : L’Afrique subsaharienne, de la crise à une croissance durable, Washington.
D’Arvisenet Ph et Petit J.-P. (1999) : Économie internationale, la place des banques, Dunod Paris.
FJEC (2001) Pour un développement intégré durable en République du Congo, rapport d’activités.
FJEC (2002) : Règlement intérieur du Forum des Jeunes Entreprises du Congo, 12 janvier, Brazzaville.
FJEC (2003) : L’expertise au service du développement local durable, rapport d’activités.
Gentil D. et Servet J.-M. : (2002) : Entre localisme et mondialisation : la microfinance comme révélateur et comme levier des changements socio-économiques, Revue tiers-Monde, n° 172, octobre-décembre, pp.737-760
Hugon Ph. (2003) : Économie de l’Afrique, 4 e édition, La découverte, Paris.
Meier G. M. et Stiglitz J. (2002) (eds), Aux frontières de l’économie du développement, le future en perspective, Banque Mondiale, Ed. Eska.
Olingoba Mwaziby (2002) : L’efficacité des services non financiers d’appui aux petites et moyennes entreprises et aux micro-entreprises : cas du Congo-Brazzaville, dans Hénault G (eds) : L’appui à la petite entreprise francophone : une analyse comparée des services d’aide non financiers, 2 e chapitre, AUF.
Prieur M. (2004) : Droit de l’homme à l’environnement et développement durable, colloque développement durable, leçons et perspectives, tome 1, 1-4 juin, Ouagadougou, pp.707-719.
Chapitre 2 DÉVELOPPEMENT DES MICRO-ENTREPRISES DANS L’AGRICULTURE URBAINE, CONTRAINTES ET PERSPECTIVES : CAS DE LA CEINTURE MARAÎCHÈRE DE BRAZZAVILLE André Moulemvo
Introduction

Le concept de développement durable dont la définition canonique est donnée par le rapport Brundtland (1987) à savoir : « répondre aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs », vise trois objectifs majeurs à savoir :
a) Maintenir l’intégrité de l’environnement, c’est-à-dire intégrer, dans l’ensemble des actions des communautés humaines, la préoccupation du maintien de la vitalité et de la diversité des gènes, des espèces et de l’ensemble des écosystèmes naturels terrestres et aquatiques ;
b) Améliorer l’équité sociale, c’est-à-dire permettre la satisfaction des besoins essentiels des communautés humaines présentes et futures et l’amélioration de la qualité de vie, et ce, notamment, par l’accès pour tous à l’emploi, à l’éducation, aux soins médicaux et aux services sociaux, à un logement de qualité, ainsi que par le respect des droits et des libertés de la personne, et par la participation, pour l’ensemble des groupes de la société, aux différents processus de prise de décision ;
c) Améliorer l’efficacité économique, c’est-à-dire favoriser une gestion optimale des ressources humaines, naturelles et financières, afin de permettre la satisfaction des besoins des communautés humaines (CMED, 1988).

La mise en oeuvre de ces trois objectifs est plus que d’actualité pour le Congo Brazzaville qui est confronté à une détérioration de sa situation économique, sociale et environnementale.

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