Monnaie et finance
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Description

Incapable de brider une finance dont le seul objectif est le faire à court terme, les Etats déclarent leur impuissance face aux forces des marchés. Afin de comprendre le présent et se projeter dans le futur, il est nécessaire de recourir à des outils d'analyse en rupture avec les paradigmes dominants et de tirer les enseignements de ce qui s'est réellement passé, avant d'en arriver au désastre actuel qui risque de compromettre l'avenir de plusieurs générations.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 novembre 2014
Nombre de lectures 108
EAN13 9782336362311
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Camille Sari








Monnaie et finance

Du boom au krach
Copyright

© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

EAN Epub : 978-2-336-71242-0
REMERCIEMENTS
Mes remerciements vont tout d’abord à mes parents et à ma grand-mère maternelle qui m’ont appris la droiture, la générosité, l’esprit d’ouverture sur les autres et l’envie d’apprendre.
Nadia, Michaël, Sarah et Adam sont ma source d’énergie et mon stimulant quotidien.
Je remercie Gilles et Inès Bonafi pour tous leurs efforts au service de notre Institut IEMEP et nos publications.
Yves-Michel Pattegay m’a prodigué conseils et soutien permanent au cours de mon parcours professionnel, qu’il en soit remercié.
Michaël accomplit à mes côtés un immense travail de communication et de diffusion de mes publications.
Ma gratitude va à toutes les chaînes de radios et de télévisions ainsi que la presse écrite qui m’ont fait confiance :

France 24, Africa24, BFM Business, Aljazeera, Dubai Tv, Saudia Al Ekhbaria, Saudia Al Eqtissadia, MBC, BBC, Qatar Tv, Radio Monte Carlo Doualya, Radio Plus-Maroc, Koweit tv, Medi1 Tv, Radio Atlantic, Radio Orient, Qarra Tv, TVMaroc, RTMaroc, 2M, Beur Tv, Radio Canada, Radio Soleil, Radio Algérie Internationale, Radio Algérie1, Tamazight tv, TRT arabic, Liban tv. Ennahar TV Algérie, M6, Radio Plus
Sommaire Couverture 4e de couverture Titre Copyright REMERCIEMENTS Sommaire LES ORIGINES DE MES RÉFLEXIONS SOUVENT PRÉMONITOIRES INTRODUCTION PREMIÈRE PARTIE – Valeur de la monnaie et taux de change Les fondements d’une analyse CHAPITRE 1 – Quelles politiques de changes et quels niveaux des taux ? SECTION 1. TAUX DE CHANGE D’ÉQUILIBRE ET NORMES DE CHANGE § 1. La PPA une autre norme de change ? § 2. Normes de change, taux de change de référence : quel équilibre et à quel niveau ? § 3. Déterminants structurels du change : quelles mesures ? CHAPITRE 2 – De la valeur propre de la monnaie à sa valeur relative SECTION 1. DE LA DÉTERMINATION DE LA VALEUR PROPRE DE LA MONNAIE § 1. Une présentation générale § 2. De la monnaie à l’expression de sa valeur § 3. Monnaie, production et échanges marchands SECTION 2. DE LA VALEUR RELATIVE DE LA MONNAIE AU TAUX DE CHANGE § 1. Quelques préalables § 2. La valeur relative de la monnaie : quelques notions § 3. De la valeur propre de la monnaie : quelques points de repère § 4. La valeur relative de la monnaie : formalisation § 5. Différenciations nationales et éléments constitutifs de la valeur relative de la monnaie § 6. Régulations salariales et disparités nationales des productivités § 7. Accumulation du capital et valeur relative de la monnaie § 8. Les autres déterminants de la valeur relative de la monnaie § 9. Le passage de la valeur relative de la monnaie au taux de change CHAPITRE 3 – Déséquilibres structurels, taux de change et politique de change SECTION 1. LA MONTÉE DE LA FINANCE INTERNATIONALE § 1. Déséquilibre et système monétaire international § 2. La finance internationale : la faillite de l’ultra-libéralisme § 3. Un système à bout de souffle § 4. Les acquis et les attentes du G20 § 5. Après la crise bancaire, la crise du surendettement des Etats européens SECTION 2. PLANS D’AJUSTEMENT STRUCTUREL ET DÉVALUATION : QUEL BILAN ? § 1. Différentes approches § 2. Les PAS : quels soubassements théoriques ? Quelle efficacité ? § 3. PAS et croissance extravertie § 4. PAS : le débat dans les années 1990 et 2000 SECTION 3. L’INCONVERTIBILITÉ DES MONNAIES § 1. Dette, interdépendance et marché parallèle § 2. Monnaie-marchandise, monnaie convertible et monnaie inconvertible § 3. Inconvertibilité et développement § 4. Inconvertibilité et marché parallèle des devises SECTION 4. POLITIQUES DE CHANGE ET MARCHÉS PARALLÈLES DES DEVISES § 1. Le modèle d’Agenor § 2. La réforme des marchés parallèles : la position d’Agenor et Flood § 3. Marchés noirs des devises et dévaluations § 4. Dollarisation et statut de la monnaie DEUXIÈME PARTIE – Déséquilibres monétaires et financiers internationaux : quid des fondamentaux ? CHAPITRE 1 – La crise financière internationale de 2011 : un été meurtrier SECTION 1. LA CRISE DE LA DETTE EN EUROPE : UNE CRISE STRUCTURELLE § 1. A propos de la crise grecque et l’accord de Bruxelles le 21 juillet 2011 § 2. La finance internationale en 2011 : un été meurtrier § 3. Le sommet Merkel-Sarkozy du 16 août 2011 SECTION 2. L’INTERNATIONALISATION DE L’ENDETTEMENT AMÉRICAIN § 1. A propos de l’accord du 1er août 2011 sur le relèvement du plafond de la dette américaine § 2. Situation de la dette US § 3. La dette américaine et ses conséquences sur toute la planète § 4. Crise de la finance internationale : des politiques non coopératives § 5. A propos du G7, des plans européens d’austérité versus le plan de relance étatsunien CHAPITRE 2 – La résolution des crises en Europe et dans le monde : des atermoiements fort coûteux § 1. L’accord de Bruxelles du 26 octobre 2011 : étape ou début de la fin de la crise en Europe ? § 2. L’accord européen du 9 décembre 2011 : 16e round pour sortir de la crise ? § 3. Le rôle de la Chine § 4. Le communiqué du G20 du 4 novembre 2011 : une lecture entre les lignes CHAPITRE 3 – Les crises monétaires, financières et économiques : mon analyse depuis 30 ans SECTION 1. DES IDÉES DESTINÉES AU FUTUR PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE § 1. La désindustrialisation dure depuis quarante ans § 2. La formation § 3. L’échec de l’ultralibéralisme § 4. Soutien aux PME (petites et moyennes entreprises) § 5. Le modèle allemand peut-il être la seule référence ? SECTION 2. LA DÉGRADATION DE LA NOTATION DE LA FRANCE PAR MOODY’S LE 20 NOVEMBRE 2012 : QUELLE CRÉDIBILITÉ ? SECTION 3. L’EURO : QUELLES CONDITIONS DE SURVIE ? L’ANALYSE FONDAMENTALE SECTION 4. LA MONNAIE UNIQUE IMPOSE-T-ELLE DES POLITIQUES BUDGÉTAIRES ET ÉCONOMIQUES SEMBLABLES ? § 1. Quelles convergences budgétaires ? § 2. De l’intégration par le marché à l’intégration par la production § 3. Le plan de relance de Jean-Claude Juncker : est-ce crédible ? CHAPITRE 4 – Sortie des crises ou tempêtes à venir ? SECTION 1. LA FED SUR LES TRACES DE LA BCE ? SECTION 2. LE DOLLAR FACE À L’EURO : LES LIMITES DES ACCORDS DE MAASTRICHT SECTION 3. LES RECOMMANDATIONS DU G20 SONT-ELLES VAINES ? SECTION 4. LA DETTE AMÉRICAINE : PROCHAINE SOURCE D’EXPLOSION FINANCIÈRE ? SECTION 5. DE LA FALAISE BUDGÉTAIRE À L’IMPASSE POLITIQUE : QUEL IMPACT SUR LA PREMIÈRE ÉCONOMIE DU MONDE ? SECTION 6. LES MARCHÉS DOPÉS PAR LES BANQUES CENTRALES SECTION 7. LA FED MET EN HALEINE LES MARCHÉS SECTION 8. POUR DE NOUVELLES RELATIONS EST-OUEST § 1. L’Ukraine n’appartient ni à la Russie ni à l’Union européenne § 2. Les ex-pays socialistes : faillite d’un modèle et échec de la transition vers l’économie de marché ÉPILOGUE CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE LEXIQUE ET ABRÉVIATIONS ÉCONOMIE ET ENTREPRISE AUX ÉDITIONS L’HARMATTAN Adresse
LES ORIGINES DE MES RÉFLEXIONS SOUVENT PRÉMONITOIRES
Dès que j’ai obtenu, en 1982 mon DEA (diplôme d’études approfondies) option monnaie-finance-banque à l’Université Paris-X Nanterre, j’avais le souhait de connaître le monde économique réel et en même temps poursuivre mes études doctorales. Ainsi j’ai mené de front une activité de développeur économique territoriale dans plusieurs localités de la Seine-Saint-Denis et une thèse de doctorat de 3 e cycle sur le thème : « taux de change, rôle économique de l’Etat : à propos de modèle » que j’ai soutenue en janvier 1987. Ensuite j’ai poursuivi mes recherches universitaires en tant qu’enseignant dans différentes Universités et grandes écoles tout en poursuivant mon activité d’appui aux entreprises ; des PME pour la plupart. En décembre 2000, j’ai soutenu une deuxième thèse de doctorat intitulée : « Politiques des taux de changes au Maroc et en Algérie : une étude comparative ».
En tant que conseiller des élus locaux dans le domaine du développement économique et la défense de l’emploi, j’ai assisté à la désindustrialisation du tissu économique de la région parisienne sans pour autant que cela profite à la province comme c’était voulu par la DATAR (Délégation inter-ministérielle à l’Aménagement accompagner les sociétés est-parisiennes dans leur développement à l’international dans 62 pays répartis sur tous les continents.
INTRODUCTION
La définition d’un taux de change exprimant la valeur relative des monnaies est une recherche d’un point d’ancrage qui se confond avec les fondamentaux. Les théories dominantes engagent une réflexion sur un taux d’équilibre qui est le plus souvent celui du marché.
Les différentes versions de la Parité des Pouvoirs d’Achat (PPA) orientent leurs investigations sur une définition du taux de change en termes de pouvoir d’achat de la monnaie lui assurant une stabilité, loin des fluctuations erratiques. Le débat tourne autour de la relation prix-taux de change. Le sens de causalité reste à définir de même que la vérification empirique de la PPA. La définition la plus séduisante est celle de Tsiang (1959) qui suggère que la déviation d’un taux de change flottant par rapport à la PPA est un indicateur de l’ampleur de l’activité spéculative sur le marché des changes. En clair, l’équilibre sur le marché des changes est intimement lié à l’équilibre sur le marché du travail (moindre rigidité des salaires que des prix). L’efficacité des politiques monétaire et budgétaire dans un régime de taux de change flexible dépend du processus de fixation du salaire et de la part du profit.
A propos des normes de change et des taux de change d’équilibre, deux grandes écoles s’affrontent :
– 1) Celle prônant le régime de taux de change fixes suppose implicitement ou explicitement des interventions étatiques coordonnées afin d’assurer au taux de change une stabilité permanente et pour éviter les fluctuations erratiques ;
– 2) Celle qui a plaidé pour un régime de taux de change flexibles fait davantage confiance au marché et à sa capacité de trouver son point d’équilibre par ses propres mécanismes. Elle est dans la lignée des théories monétariste et néoclassiques. Ces deux conceptions n’ont pas résisté aux faits. Les cours des monnaies ne peuvent rester durablement déconnectés des fondamentaux et plus précisément des expressions monétaires des principales variables réelles ; PIB, salaire, profit. Les taux de changes flexibles n’ont pas généré les évolutions convergentes vers l’équilibre escompté. Dans cette analyse, il est avancé une interaction entre les différents marchés, chacun transmettant ses tendances vers l’équilibre à l’autre : le marché du travail par exemple s’équilibre à la faveur d’une flexibilité des salaires ; il en va de même du marché des biens et services qui retrouve son sentier d’équilibre grâce à la flexibilité des prix. Les partisans des taux de change flexibles sont de moins en moins nombreux. Le constat est fait, ce système des changes est à l’origine d’une grande instabilité des balances des paiements et du système monétaire international.

Je pars de la définition d’un statut de la monnaie lui conférant une valeur pour aboutir à une détermination de la valeur relative (VRM) de la monnaie qui n’est rien d’autre que le rapport entre les valeurs propres de deux monnaies. Dès lors le taux de change est exprimé en fonction de deux variables, la valeur relative de la monnaie et une variable εt qui exprime les comportements spéculatifs et aléatoires. Dans la définition de cette monnaie commune, celle-ci serait nulle. εt est positive dans le cas de monnaie convertible cotée librement sur les marchés des changes.
En refusant de considérer le taux de change comme un prix qui, comme tous les prix, serait en fin de compte déterminé par l’offre et la demande, on se situe d’emblée dans un autre champ d’analyse qui confère à la monnaie un statut particulier, celui de marchandise exprimant l’unité de temps de travail afin de servir d’équivalent général aux marchandises. D’où le lien entre valeur propre de la monnaie VPM et valeur ajoutée. Tout se passe comme si la monnaie nationale se présentait sur le marché international des devises avec un certain nombre d’acquis ou de handicaps qui sont mesurés par les fondements économiques, le différentiel de taux d’inflation, le différentiel de taux de croissance, le différentiel de productivité, etc. De cette confrontation, le marché des changes valide ou non la parité fixée. Quel que soit le jugement porté sur le comportement des cambistes, les informations (news) qui apparaissent sur leurs téléscripteurs ont une signification réelle, hormis les mouvements spéculatifs. Les fondements économiques président à la fixation du taux de change, mais les anticipations et spéculations sur l’évolution future de ces fondements entraînent la très grande variabilité des taux de change à très court terme (courbe en dents de scie).
Comment passer d’une détermination de la valeur propre de la monnaie VPM à sa valeur relative ? En reprenant la définition de la valeur de la monnaie en fonction de la valeur ajoutée (VA) et après avoir décomposé celle-ci, on peut aller plus loin dans l’évaluation des liens valeur de la monnaie/profit, valeur de la monnaie/salaire, valeur de la monnaie/capital circulant ou inputs, valeur de la monnaie/capital, etc.
Ainsi peut-on évaluer l’impact des fluctuations du prix des biens intermédiaires sur le taux de profit et par-là même sur la valeur de la monnaie. Nous supposons en effet qu’une monnaie s’apprécie, c’est-à-dire que son pouvoir d’achat augmente, proportionnellement à l’accroissement du taux de profit et de l’efficacité d’une économie. Donc tout ce qui peut altérer l’évolution du taux de profit a un impact négatif sur la valeur propre de la monnaie. Les effets des fluctuations du salaire sur les prix et partant sur la valeur propre de la monnaie connaissent de notre point de vue un cheminement différent que celui décrit par la théorie dominante.
Je ne considère pas les revalorisations salariales comme l’explication univoque des hausses de prix. Il convient d’intégrer la productivité comme facteur pouvant justifier les augmentations de salaires. La monnaie est comme un miroir reflétant les rapports sociaux de production et les modes de répartition des richesses. Toutes choses restant égales par ailleurs, il peut y avoir une croissance simultanée du profit et du salaire. A contrario, une hausse de l’expression monétaire du salaire, à plus-value monétaire et à prix du capital constants, pourrait se traduire soit par une baisse du taux de profit, soit par une augmentation du prix de marché des marchandises. Dans ce dernier cas, la VPM diminue. La monnaie en tant que rapport social entre les entrepreneurs et les salariés joue un rôle de régulation du taux de profit en présence de fluctuations importantes des salaires. Outre les relations causales réciproques entre la monnaie et les mouvements de profits, des salaires, des moyens de production et de la productivité, la monnaie ajoute à cette articulation-contradiction une articulation à préciser entre monnaie et crédit.
Celle-ci met en exergue la capacité de remboursement d’une dette avalisée par le système bancaire hiérarchisé (Banque Centrale =====> banques de second rang). Si les crédits distribués ne trouvent pas de contreparties dans la création des richesses, il y a de fortes chances qu’une partie de ceux-ci ne soit pas remboursée. Dans ce cas, la monnaie se déprécie, car il y a création monétaire excessive.
Une fois définis les facteurs influençant la VPM, on aura à déterminer la valeur relative de la monnaie (VRM). Celle-ci est influencée par les dynamiques de comparaison entre les salaires du pays A et ceux du pays B soit W A /W B . Il en va de même pour le différentiel de profit ПA /ПB, de la production Q A /Q B , des inputs et moyens de production MP A /MP B , des taux d’intérêts tiA/tiB et du travail direct agrégé dans chacun des deux pays LA/LB. La VRM serait la mesure la plus objective et réaliste du taux de change qui représente les comportements spéculatifs. Elle se déduit à partir d’un processus dynamique de comparaisons internationales de données présentes et futures (leur anticipation) entre deux ou plusieurs pays.
Le projecteur sera mis sur les évolutions différenciées selon les pays, aussi bien structurelles (organisation du travail, niveau de productivité, rythme de croissance, degré de spécialisation, modalités de répartition des revenus) que conjoncturelles (politiques économique, monétaire et financière). Il existe des évolutions structurelles différenciées selon les pays qui touchent pour l’essentiel les éléments qui entrent dans la détermination de la valeur propre de la monnaie à savoir le salaire, le profit, la productivité et le capital. La conversion de la monnaie domestique en monnaie étrangère est soumise aux tensions internes de chaque espace national et aux distorsions qui naissent des différenciations nationales. La variabilité des taux de profit domestique et étranger imprime aux rapports économiques internationaux un caractère mouvementé et instable et commande par-là les déplacements incessants des capitaux pour la recherche du meilleur rendement physique et financier possible.
Si la valeur relative de la monnaie reflète le rapport entre les valeurs propres des monnaies nationales, il s’y ajoute une variable qui mesure l’incertitude, les anticipations et les comportements spéculatifs sur le marché. On a au total :

txc = VRM + εt
avec
txc = taux de change.

Une fois le cadre général tracé avec la définition de la VPM et de la VRM, le taux de change s’en déduit par la suite. Nous avons cherché à comprendre la formation d’un taux de change « dépollué » des comportements spéculatifs. L’inconvertibilité se caractérise par une situation de déséquilibre en ce sens que les monnaies non soumises aux mécanismes de marché des changes, sauf à de rares exceptions, ne peuvent refléter les équilibres fondamentaux puisqu’elles sont fixées de façon administrative. Il n’est pas certain que la rationalité de l’interventionnisme étatique soit supérieure à l’efficience présumée des marchés. Les crises financières et économiques mondiales de 2008 et 2011 nous apprennent néanmoins à nous méfier davantage des « lois immuables du marché » tout en préconisant des politiques mixtes publiques-privées.
Il paraît nécessaire de traiter le problème de l’inconvertibilité en tant que système de fixation des taux de change en dehors des mécanismes de marché.
Pour certains (McKinnon, 1988), l’inconvertibilité est un privilège octroyé aux PVD afin qu’ils puissent protéger leurs économies. Pour d’autres, c’est un handicap qui limite singulièrement les échanges avec leurs partenaires étrangers. S’il est vrai qu’on ne peut pas forger une théorie abordant le système de fixation des monnaies non convertibles, on peut néanmoins en discuter les conséquences et les effets.
Il convient de cerner comment un taux de change répondant uniquement à une décision des autorités publiques (sans connexion avec le marché et la valeur relative de la monnaie qui résulterait de données économiques objectives) est à l’origine de déséquilibres financiers et d’une activité soutenue sur le marché parallèle des changes.
La montée de la Finance Internationale traduit la crise de l’endettement et la non-correspondance entre les crédits distribués et les richesses créées.
Cette tendance est aggravée par une dérégulation illimitée des marchés financiers.
Nous retrouvons le même schéma développé au niveau national sur la relation endettement =====> insuffisance de la croissance de la valeur ajoutée =====> dépréciation de la VPM.
Les pays en développement qui ont emprunté une masse considérable de capitaux ont été incapables de les rembourser car leur croissance a été freinée et leur potentiel économique déséquilibré voire déstructuré. Les pays développés n’ont pas échappé à la crise financière qui obère leurs équilibres. Les déficits s’accumulent et le cercle vicieux : endettement =====> restrictions budgétaire et monétaire =====> récession =====> chômage =====> endettement, s’auto-entretient.
Le poids de la dette, les déséquilibres des paiements extérieurs et la faiblesse de la production nationale à répondre aux besoins des ménages sont à l’origine du développement du marché parallèle des devises. En Algérie, celui-ci prit tellement d’ampleur que le taux qui s’y exprima commanda le taux officiel. Dès lors, le discours sur la convertibilité parait peu crédible. Cela justifie d’aborder la question de l’inconvertibilité en liaison avec les marchés noirs des devises. Le débat est ouvert sur le lien entre l’inconvertibilité et les marchés parallèles.
On peut s’interroger sur les choix à adopter en la matière. Deux positions extrêmes s’affrontent. La première repose sur une conception néo-libérale et monétariste qui appelle à l’autorégulation par les forces des marchés grâce au développement des différentes flexibilités (des prix, des salaires et des taux de change). La seconde prône une fixation administrative des taux de change.
Dans la deuxième partie, je ferai un compte rendu de mes interventions dans les médias depuis le déclenchement de la crise de 2011 en Europe et aux Etats-Unis. A chaque fois j’ai rédigé des notes qui reprenaient les thématiques qui ont fait l’objet d’interviews et des émissions radiophoniques et audiovisuelles. Les textes seront insérés sans aucune modification afin de re plonger la Lectrice et le Lecteur dans le contexte de chaque phase. L’objectif est double : comprendre ce qui s’est réellement passé à chaque étape de la crise en décortiquant les positions des acteurs publics et privés et mettre à l’épreuve des faits mes analyses et ma lecture des évènements sans les modifier, ni les adapter au gré des circonstances qui les ont suivis. J’assume les erreurs mais j’aimerai aussi que l’on apprécie à sa juste valeur mes pronostics et mes propositions avant-gardistes. Mon apport principal fut de tenir informé le public arabophone à travers les médias internationaux et d’éclairer les dirigeants politiques et les investisseurs, notamment arabes sur la pérennité de la zone euro et par là-même de celle de la monnaie unique européenne
Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernements de Bruxelles du 21 juillet 2011 a tenu en haleine les opinions publiques du monde entier. La crise grecque et « l’été meurtrier boursier » faisaient craindre à une déflagration mondiale de la finance et l’économie réelle.
J’ai mis en avant le rôle décisif de la Banque Centrale Européenne qui a les moyens de jouer son rôle de prêteur de dernier ressort.
Une lecture en profondeur des prises de position des dirigeants européens permet de dégager deux axes :
– 1. Celui de l’Allemagne et ses alliés du Nord qui défendent la réduction de la dette publique des pays membres de la zone euro par l’application d’une politique draconienne d’austérité,
– 2. Celui mené par la France et les pays du sud de l’Europe qui tentent de naviguer à vue entre défense de leurs modèles économiques et les attaques des marchés visant à faire monter les taux d’intérêts sur leurs obligations.

Le couple franco-allemand avalise les positions allemandes selon l’agenda économique et politique d’Angela Merkel.
Lors du sommet Merkel-Sarkozy du 16 août 2011 la création des eurobonds chers aux Français fut abandonnée et enterrée dans l’accord Bruxelles du 26 octobre 2011. Les banques devront assumer leurs parts du risque grec en subissant volontairement une décote sur les obligations en leur possession.
Le 8 et 9 décembre 2111, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’UE se réunirent pour la 16 e fois depuis la crise de la dette fin 2009. Il sera question d’une grande coordination des politiques budgétaires et fiscales et des convergences économiques.
La Banque centrale européenne (BCE) limitera à 20 milliards d’euros le montant hebdomadaire qu’elle peut consacrer à des rachats indirects d’obligations souveraines de la zone euro.
François Hollande fraichement élu président de la République Françaises défendra le plan de relance de la croissance économique à l’échelle européenne lors du Conseil européen des 28 et 29 juin 2012. Il aura le soutien de l’Italien Mario Monti et l’Espagnol Mariano Rajoy qui ont voulu faire baisser les tensions sur leurs émissions obligataires.
L’élan est de courte durée, la croissance ne sera pas mise en exergue et la France se verra dégrader sa note par Moody’s le 20 novembre 2012.
Pris dans le feu de l’action j’ai résumé mes prises de position sur l’économie française dans une note envoyée au candidat à l’élection présidentielle François Hollande et à mes Amis Pouria Amirshahi et Razzy Hammadi ; secrétaires nationaux du PS ainsi qu’à Philip Cordery Secrétaire général du Parti socialiste européen. Mes contributions ont retenu leur attention :
– L’Euro : quelles conditions de survie ? L’analyse fondamentale ;
– Pourquoi l’euro est en crise : mon analyse depuis 30 ans de la valeur de la monnaie.

Par ailleurs, un vrai document-programme, portant le titre : « des idées destinées au futur Président de la République Française », aborde les thématiques suivantes :
– La désindustrialisation dure depuis quarante ans ;
– La formation ;
– L’échec de l’ultralibéralisme ;
– Le soutien aux PME (petites et moyennes entreprises) ;
– Le modèle allemand peut-il être la seule référence ?

Contrairement aux tenants de la pensée unique j’ai constamment lié la crise en Europe à celle venant des Etats-Unis en 2008 et celle de la dette américaine fin juillet 2011. La chute des bourses l’été 2011 a été déclenchée par ce débat surréaliste entre républicains et démocrates sur le relèvement du plafond de la dette.
Le 30/07/2011, j’ai déclaré au Journal télévisé de France 24 en français qu’il y aura un accord entre B. Obama et les élus républicains. C’est ce qui fut fait le 1 er août 2011.
La FED, Federal Reserve n’a pas lancé un 3 e programme d’assouplissement monétaire dénommé QE3 (Quantitative easing 3) afin de calmer les marchés. De la même manière le G8 ainsi que le G20 n’ont pas pris de décisions de nature à brider la spéculation. Les gouvernements des pays les plus industrialisés se sont portés au secours des Banques sans engagements de ces dernières, aggravant ainsi l’endettement public.
Le sommet du G20 du 4 novembre 2011 n’a pas non plus élaboré une stratégie de relance des économies mondiales, alors que le chômage demeure un fléau inacceptable pour les populations.
La réunion des ministres des Finances du G20 le 15 février 2013 à Moscou devait préparer le Sommet du G20 qui s’est tenu en septembre 2013 à Saint-Pétersbourg au niveau des chefs d’Etat, l’accent n’est plus mis sur les restrictions budgétaires et la réduction de la dette des pays développés. C’est une rupture par rapport aux objectifs fixés au G20 de Toronto en 2010, qui prévoyaient la réduction de moitié des déficits publics d’ici 2013 et le début du dégonflement de la dette à partir de 2016.
Les joutes politiciennes aux Etats-Unis amplifient l’instabilité qui règne à l’échelle planétaire. L’absence de plan d’envergure pour résorber la dette publique avant le 31 décembre 2012 est à l’origine de la « falaise budgétaire ». Le non-accord entre républicains et démocrates a mis au chômage des centaines de milliers de Fonctionnaires et paralysé les administrations et fait suspendre les contrats des sociétés privées avec le secteur public.
L’année 2014 est celle de l’apaisement entre le congrès et l’administration Obama. Les dirigeants européens et notamment les Allemands ont avancé vers des solutions de nature à rassurer les opérateurs économiques. Les Banques Centrales ont été en première ligne en injectant d’énormes liquidités auprès des banques.
La Fed a annoncé le ralentissement des achats d’actifs par la FED fin 2013 à raison de 10 Mds de dollars par mois jusqu’à l’automne 2014.
Cela explique la baisse de l’indice de volatilité des marchés, ces derniers mois. Cela explique les variations moins fortes des bourses face aux bouleversements géostratégiques en Ukraine, en Irak ou à Gaza.
Mais les fragilités sont toujours présentes. L’occurrence de Krachs ou mini-krach n’est pas à exclure.
Les relations compliquées entre les Etats-Unis et l’Union européenne, d’une part et la Russie, d’autre part sur fond de crise ukrainienne posent la question du renouvellement du paradigme de la coopération est-ouest, dans un esprit constructif en faisant abstraction des comportements étatsuniens visant à imposer la pax americana.
PREMIÈRE PARTIE Valeur de la monnaie et taux de change Les fondements d’une analyse
CHAPITRE 1 Quelles politiques de changes et quels niveaux des taux ?
Dans ce chapitre, l’accent sera mis sur le rôle des fondamentaux quant à la fixation du taux de change. Cela vise à chercher à conforter l’analyse qui impute aux variables réelles la prépondérance dans la fixation du taux de change. Les valeurs relatives des monnaies reflètent les différenciations de structures, de prix et des équilibres monétaires et financiers tant intérieurs qu’extérieurs entre les différents pays. La valeur relative de la monnaie D domestique contre la monnaie étrangère F passe par une dynamique de comparaisons des valeurs propres ou intrinsèques des deux monnaies considérées. Il sera démontré que la stabilité de la valeur propre de la monnaie est fondamentalement liée à l’évolution de la valeur ajoutée. Les distorsions que connaît celle-ci affectent celle-là. La difficulté de convertir dans une même unité des grandeurs initialement exprimées en monnaie de chaque pays montre à quel point les taux de changes ne reflètent d’aucune manière les valeurs des « quantités physiques » même s’ils sont « téléguidés » par celles-ci dans le cas des monnaies convertibles. Cela pose un problème de l’utilisation des monnaies nationales par les banques et les commerçants dans les affaires internationales. La théorie de la parité des pouvoirs d’achat sous-tend implicitement que le taux de change d’équilibre intervient entre les marchandises et les monnaies.
Par ailleurs, le taux de change sert à relier le niveau des prix intérieurs aux prix des marchandises étrangères. Au-delà des fluctuations à court terme des changes McKinnon suggère une correction d’un ordre de grandeur différent, afin de comparer les revenus nationaux des pays riches et pauvres. Le prix relatif des biens non échangeables (…) constate-t-il, est beaucoup plus faible dans les pays pauvres que dans les pays riches. Cette constatation n’est pas nouvelle. Les termes de l’échange entre PVD et pays développés sont en effet défavorables aux premiers. Mais McKinnon rajoute « en raison du fait que les dépenses de biens non commercialisables s’élèvent à environ 40% du PNB dans la plupart des pays, une conversion directe fondée sur les taux de change (qui tendent à aligner les prix des biens échangeables) sous-estime largement les revenus « réels par habitant des pays les plus pauvres par rapport à ceux des pays les plus riches ».
Les déterminants structurels du change seront priorisés.
SECTION 1. TAUX DE CHANGE D’ÉQUILIBRE ET NORMES DE CHANGE
§ 1. La PPA une autre norme de change ?
Afin de ne pas rester cantonné dans l’hypothèse exclusive de la substitution entre devises, Mc Kinnon (1988, p. 83-103) suggère d’utiliser d’autres instruments intermédiaires, tels que les taux d’intérêt qui serviraient à contrôler l’inflation mondiale. Les pays utiliseraient les écarts des taux d’intérêt afin de suivre des objectifs en matière de taux de change nominal. Même si la proposition de Mc Kinnon affiche la simplicité de calculs et des normes de change qui font converger les politiques monétaires des pays à positions symétriques, les critiques sont nombreuses. D’abord celles venant de ceux qui s’opposent aux taux de change flexibles donne une marge de manœuvre aux pays dans l’arbitrage entre croissance et inflation. La PPA qui est à l’origine de cette proposition est contestée car les biens ne sont pas substituables et leur acquisition ne se fait pas uniquement sur la base de leurs prix.
En outre, des taux d’inflation divergents apparaissent si les taux de change sont fixes et les productivités sont différentes. Dans ces conditions l’objectif d’une inflation mondiale nulle semble difficilement réalisable. R. Dornbusch (1988) reproche à Mc Kinnon de ne pas prendre en compte le taux de change réel comme facteur influençant la balance courante. Le déficit courant des USA vis-à-vis du Japon correspond aux écarts entre l’épargne et l’investissement dans chaque pays et entre pays. De ce point de vue la balance extérieure serait guidée par la politique budgétaire. Alors que d’après Dornbusch, le taux de change réel et le rôle des prix relatifs dans l’ajustement extérieur sont aussi importants, Mc Kinnon ne prend en considération dans la détermination des taux de change, que les mouvements non anticipés de demande de monnaie entre pays.
Les anticipations concernant l’inflation déterminent la substitution entre devises. La proposition de Mac Kinnon qui s’inspire de la théorie monétaire au niveau mondial, appelée par lui-même « étalon or sans or » est réfutée par les contradicteurs de l’approche monétaire. L’approche monétaire de la PPA n’est pas comme le soulignent Krugman et Obstfeld (1994) la plus représentative. Des approches plus réalistes permettent de faire de la PPA une pierre angulaire.
Les échecs de la PPA doivent donner des indications sur la façon de construire des modèles plus proches de la réalité. Ces deux auteurs citent les motifs d’insatisfactions résultant de l’application de la théorie des taux de change basée sur la loi du prix unique.
– Il ne saurait y avoir de prix unique, en raison des coûts de transport et des restrictions aux échanges. Ces barrières peuvent constituer des limitations sérieuses à la circulation internationale des biens.
– Le lien entre les prix des biens échangeables peut être rompu du fait des pratiques monopolistiques ou oligopolistiques sur le marché des biens.
– Les changements des taux de change ne peuvent compenser les différences dans les relevés officiels de l’inflation car les statistiques d’inflation publiées dans les différents pays ne sont pas basées sur les mêmes paniers de biens. Par ailleurs beaucoup de prix dans l’économie sont rigides et leur ajustement demande du temps. Les écarts par rapport à la PPA sont plus importants à court terme qu’à long terme. En cas de variations brutales des taux de change, les prix ne s’ajustent pas instantanément.

Mussa, de l’Université de Chicago, a établit une comparaison des déviations de la PPA sous des changes fixes et des changes flottants. Il conclut que les taux de change flottants conduisent plus systématiquement à des déviations plus fréquentes et plus importantes par rapport à la PPA
§ 2. Normes de change, taux de change de référence : quel équilibre et à quel niveau ?
Bergsten et Williamson (1983) et Williamson (1985), distinguent trois concepts d’équilibre :
– Le taux de change de marché qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande, sans intervention publique. Cette notion d’équilibre, on la retrouve dans les modèles monétaires et concerne le taux de change nominal.
– Le taux de change d’équilibre courant TCEC correspond au taux qui résulterait d’un marché efficient et rationnel. Le TCEC dépend dans certains modèles de variables macro-économiques.
– Le taux de change d’équilibre fondamental indique si une monnaie est sur ou sous-évaluée.

Le TCEF est selon Williamson « un taux susceptible de créer un excédent ou déficit courant égal aux flux de capitaux sous-jacents correspondant au meilleur niveau d’équilibre interne que peut atteindre le pays sans prendre des mesures protectionnistes ». Il s’agit d’une notion d’équilibre de long terme où on parle de taux de change réel, c’est à dire du différentiel d’inflation entre les pays. Le TCEEF peut varier en cas de mouvements de capitaux sous-jacents aux fluctuations de l’offre et de la demande de produits échangés, telles les évolutions de productivité ou les variations des termes de l’échange. Le TCEF correspond à une situation d’équilibre de long terme et donc plus stable, tandis que le TCEC est influencé par des variables comme les taux d’intérêt, la politique macro-économique, ce qui le rend instable. Alors que le TCEF est fondé sur des normes concernant les flux de capitaux sous-jacents et la situation d’équilibre interne, le TCEC découle d’un modèle d’anticipation rationnelle dans un monde caractérisé par le cloisonnement et l’asymétrie de l’information.
Le TCEF est une proposition de Williamson dans le cadre de sa définition d’une zone cible comme étant « une marge de fluctuation des taux de change de part et d’autre d’un taux d’équilibre fixé en fonction de données économiques réelles, cette marge ayant fait l’objet d’un accord entre les différents pays ». Cela a le mérite d’énoncer clairement le lien étroit entre taux de change d’équilibre et variables réelles ainsi que les marges de fluctuation autour de cette valeur du taux de change. Le taux de change d’équilibre fondamental est le taux effectif réel qui est centré sur la compétitivité et la balance des paiements. Il est pondéré par la structure du commerce du pays et les différentiels d’inflation. Il n’y a pas de relation univoque prix-taux de change, le TCEF étant déterminé à partir de facteurs réels, sert de référence à la PPA. Le calcul d’un TCEF va au-delà d’une extrapolation de la PPA, en considérant comme variables réelles permanentes les variations des termes de l’échange et des tendances de productivité.
Ayant obtenu un niveau d’équilibre fondamental de la balance des paiements, Williamson essaye de calculer, pour une période de base, les taux de change nécessaires pour équilibrer la partie de la balance courante non couverte par les flux de capitaux. La Balance courante CB est fonction des termes de l’échange TT, de la pression de la demande D et du taux de change effectif réel REX.

CB = f (TT, D, REX)

Le taux de change d’équilibre est le taux de change effectif réel nécessaire pour atteindre des objectifs de balance courante. En extrapolant par rapport à la période de base (1976-1977), Williamson intègre des variables réelles dont il juge l’impact sur le TCEF comme étant important.
Afin qu’un pays réussisse son intégration au sein d’une zone cible, il faut qu’il ait la volonté d’atteindre le « bon » taux de change qui participe à la réalisation d’une compétitivité durable. En outre, ce pays doit disposer d’un « ancrage » en termes de prix afin d’éviter les distorsions inflationnistes.
La mise en place d’un système de change convergent suppose un accord multilatéral dont les modalités sont les suivantes :
– 1. Nécessaire volonté des pays de s’engager. Les zones-cibles de Williamson n’exigent pas des marges « dures » avec obligation d’intervenir pour éviter que le taux de marché ne s’écarte du taux central. Il s’agit au contraire de « marges souples » qui permettent aux autorités de s’abstenir de défendre leur monnaie si elles le souhaitent. Néanmoins le pays dont la monnaie dépasserait les marges autorisées doit entamer des consultations internationales afin d’assurer le retour des taux de change à l’intérieur des marges prévues. La coordination peut prendre la forme de convergence des politiques afin de réduire les déséquilibres majeurs. L’ajustement peut être plus mesuré en évaluant si les perturbations sont autres qu’économiques et/ou si l’impact sur la politique économique n’est pas négatif ;
– 2. Les marges de fluctuations sont de + 10% autour des taux centraux, ce qui peut être en soi une parade contre les crises centrales en cas d’écart par rapport au taux central. La marge de 10% peut correspondre à la marge d’erreur quant au calcul du TCEF ;
– 3. La modification des zones cibles est possible avec respect de méthodes de révision des taux centraux qui tiennent compte du différentiel d’inflation observé et des données fondamentales des économies ; à chaque fois que cela est nécessaire. Ce ne sera pas comme le système de Bretton Woods ou le SME, où les modifications interviennent par à coups. Williamson définit la cible nominale comme une « zone glissante » ;
– 4. Si les autorités affichent une totale transparence quant à leur estimation du « bon » niveau de taux de change, le marché dispose d’informations rendant la spéculation moins vigoureuse. Le pays qui poursuit des objectifs politiques spécifiques à sa situation est invité à ne pas pratiquer la stratégie du secret. C’est ce qu’a pratiqué le gouvernement hongrois au milieu des années 90. Les marchés seront orientés par une information complète et guidés par un point d’ancrage stabilisateur ;
– 5. La gestion du taux de change impose le recours à des instruments de politique économique adéquats.

Contrairement à l’approche monétaire Williamson suggère que le taux de change ne doive pas être utilisé comme l’objectif exclusif de la politique monétaire. Il défend l’intervention coordonnée des deux pays concernés par les variations de leur taux de change. Le contrôle des capitaux permet d’influencer le taux de change indépendamment des taux d’intérêt. Mais le degré d’utilisation d’un tel instrument se heurte à la libération des marchés financiers au niveau international. La politique budgétaire peut mieux modifier la demande intérieure qu’influencer la balance extérieure. Cet instrument peu flexible selon Williamson est peu apte à orienter le taux de change. Une combinaison simultanée de ces différentes politiques serait plus judicieuse.
Le système de zones cibles présenté par Williamson essaye de se situer entre un régime de taux de changes fixes et des changes flottants. Les différentiels d’inflation sont atténués pour maintenir la cible réelle constante. Des marges souples facilitent l’ajustement de balance des paiements suite à des chocs réels permanents et permettent à la politique monétaire de gagner en indépendance. La notion de zone si elle permet de corseter les marges de fluctuation des monnaies, ne saurait être assimilée à un système de taux de change fixes. Le mérite de la proposition Williamson est de diversifier les intervenants dans la détermination du taux de change d’équilibre en intégrant les structures économiques et les changements réels touchant à la production et à la balance courante.
On est loin du matraquage du FMI sur l’obligation de dévaluer la monnaie pour réaliser les ajustements extérieurs. Ceci ne doit pas dissimuler les difficultés inhérentes au mode de calcul des taux d’équilibre interne et le « bon » taux. Le cas des Etats Unis pose problème. Le pays devenu emprunteur net de capitaux dispose d’une monnaie qui joue un rôle international. La prise en compte du dollar dans les calculs et les pondérations peut influencer les résultats relatifs à la définition des taux réels. Autre problème non négligeable, la place des PVD dans un tel système, l’exclusion implicite des monnaies non convertibles qui sont plus ou moins administrées.
Ne faudrait-il pas privilégier des zones géographiquement biens définies mais avec une coordination inter zones ?
Il est certain que l’esprit de domination de certaines, –si ce n’est pas de toutes les devises-clé-est anti-coopératif et de nature à perpétuer les perturbations monétaires internationales. Il faut souligner que les systèmes monétaires régionaux ne résistent pas à l’hétérogénéité des structures économiques des pays qui en font partie. Même lorsqu’il y a des efforts de convergence des politiques économiques et monétaires avec des sacrifices énormes en termes de croissance et de chômage, une union monétaire peut capoter. Ce fut le cas du SME en août 1993.
C’est pour cela qu’une politique de change d’un pays, en l’occurrence peu développé économiquement et subissant les dominations internationales les plus diverses (économique, politique, monétaire, financière), devrait reposer sur des objectifs (des normes ou des références) de taux de change qui seraient liés aux fondements structurels.
C’est l’efficacité économique et sociale ainsi que la capacité de créer des richesses en quantité et en qualité appréciables qui fondent la solidité d’une monnaie. Nous proposerons notre méthodologie propre, mais il serait intéressant de connaître les tentatives de mesurer le taux de change par des déterminants structurels.
§ 3. Déterminants structurels du change : quelles mesures ?
Certains organismes internationaux fournissent des taux de PPA au niveau des PIB et de la demande finale. L’indice du taux de change réel pour un pays A et un agrégat i, XR Ai est égal au rapport entre le taux de change nominal et le taux de parité internationale des prix (PPP) de cet agrégat :

Le calcul des normes de change se fait selon la prise en compte de l’équilibre interne et externe des pays. Lafay (1985) a proposé une approche où l’aspect normatif est déterminant. Pour définir les taux de change de référence, il s’appuie sur le mode de répartition des déséquilibres entre pays en tenant compte de leurs propres structures économiques. Ces déséquilibres ne disparaissent pas à la faveur de l’interdépendance croissante entre les principaux pays de l’OCDE, car chaque économie présente des spécificités différentes qui sont aggravées par le dysfonctionnement du système monétaire international.
Une zone est considérée par Lafay comme un ensemble à somme nulle du fait que les déséquilibres de balances extérieures ou de chômage se répercutent sur les autres pays de la zone OCDE. Afin d’empêcher l’apparition de déséquilibres déstabilisants, il propose des indicateurs permettant une répartition proportionnelle de ces désajustements au sein de l’OCDE au prorata du PIB. Il en va de même de la répartition du chômage. Lafay montre que les écarts des soldes courants et des taux de chômage sont fonction des conditions de partage du produit intérieur brut au sein de l’OCDE. Les distorsions de revenus entre les pays de l’OCDE commandent les écarts relatifs des soldes courants, tandis que les écarts relatifs de chômage sont liés aux distorsions de production. De ceci, il déduit des parts « normales » de chaque pays tant dans le revenu que dans la production globale de l’OCDE, d’où découlent des indices de taux de change réel « normal ». Si l’on prend un ensemble de pays de référence, l’indice de change réel d’un pays exprime l’écart entre sa part dans le revenu en tant que celui-ci est le PIB mesuré en valeur internationale et sa part dans la production (PIB mesuré à la PPA).
Krugman (1989) met en parallèle croissance rapide et déficit avec en prime une bonne combinaison d’élasticités – revenu et une tendance à l’excédent.
CHAPITRE 2 De la valeur propre de la monnaie à sa valeur relative
Depuis l’abandon de toute indexation des monnaies sur l’or, la recherche d’un taux de change « réel » d’équilibre est définie tantôt en termes réels (théorie de la PPA) tantôt en termes monétaire et financier. La conception orthodoxe cherche à établir un prix d’équilibre ou prix unique stable pour une marchandise.
Nous avons examiné les différentes conceptions relatives au « taux de change d’équilibre », aux normes de change et au taux de change qui coïncident avec les fondamentaux (Camille SARI, 1987). Le flottement des monnaies a imposé une recherche constante d’un ancrage réel ou monétaire et financier (celui des taux d’intérêt sur les actifs financiers par exemple). Depuis la fin de l’étalonnage des monnaies en or, la connexion des deux circulations, domestique et internationale a donné lieu à un débat qui s’est achevé sur la mise en place du système de Bretton Woods en 1944.
Aux tenants du libéralisme, qui prônent le flottement des monnaies les « interventionnistes » répondent par des taux de change gérés collectivement (exemple l’Euro) ou par une institution supranationale (monnaie internationale), Guttmann (1994). Forcer les mécanismes économiques et monétaires peut s’avérer désastreux pour la croissance et l’emploi. L’analyse qui suit essaye d’analyser la valeur de la monnaie reflétant les fondamentaux sans que les comportements spéculatifs du marché ne l’emportent. La difficulté d’aboutir– et ce quelques soient les méthodologies et les voies d’analyses qui seront empruntées – réside dans deux types de contradictions :
– 1. La monnaie nationale, qui doit acquérir une valeur au niveau national, subit l’épreuve de l’articulation entre la circulation intérieure et la circulation internationale des monnaies.
– 2. L’articulation entre « circulation industrielle » et « circulation financière », selon les expressions de Keynes (la dernière déterminant le taux de change) ne se fait pas sans douleur.

En même temps que les monnaies nationales expriment les prix des biens et services elles sont aussi considérées comme actifs financiers. En principe, même en changes flexibles, la confrontation des offres et des demandes de devises, en liaison avec les ajustements des prix domestiques devrait déterminer un taux de change « réel » d’équilibre des transactions courantes entre pays. Mais ce taux n’existe pas. Les facteurs financiers jouent pleinement. La monnaie unité de compte et moyen de circulation des marchandises est liée au crédit et à la finance. En l’absence donc de cette monnaie internationale, il convient de déterminer les variables qui influencent de près ou de loin la valeur intrinsèque ou propre de la monnaie ainsi que sa valeur relative. Le taux de change est l’addition de celle-ci et d’une variable représentant des facteurs non fondamentaux et dont on parlera plus loin.
Nous cherchons à définir le taux de change qui répondrait le mieux aux conditions d’échanges marchands équitables reflétant le plus fidèlement possible les rapports de prix des marchandises échangées par deux pays A et B, en supposant qu’il existe des prix de référence des biens échangeables.
SECTION 1. DE LA DÉTERMINATION DE LA VALEUR PROPRE DE LA MONNAIE
§ 1. Une présentation générale
Trois types d’analyses sont possibles :
– 1. Celle qui considère le taux de change le plus approprié comme étant celui qui reflète le mieux les rapports des prix aux valeurs. Cette conception marxiste est conditionnée par la vérification sur les plans théorique et empirique du processus de transformation de ceux-ci en celles-là (si tant est qu’il existe une mesure de la valeur travail). Cette détermination se ferait selon les mécanismes du marché.
– 2. Celle qui recommande une centralisation et une fixation autoritaire de la relation prix valeur et partant de la valeur externe de la monnaie. Ces deux conceptions d’inspiration marxiste sont très minoritaires.
– 3. Celle (keynésienne et néo-keynésienne) qui recommande une combinaison tout d’abord des mécanismes de marché et de la rationalité publique, collective qui s’exprime par une intervention efficace de l’Etat sur les marchés.

Suite aux travaux de Foley exposés précédemment, nous proposons de définir la valeur de la monnaie de la façon suivante :


m = Valeur de la monnaie
P.S.N = Produit social net
L = Travail direct abstrait agrégé pour produire les biens
VA = Valeur ajoutée
W = Salaire
П = Profit
Cette définition de la valeur de la monnaie synthétise la relation valeur ajoutée/valeur de la monnaie.
La valeur ajoutée agrégée est égale à la valeur monétaire des biens consommés ajoutée la valeur monétaire du changement dans les stocks des biens entre le début de l’année et sa fin, incluant les stocks des moyens de production. La VA agrégée est la valeur du produit net marchand. Le travail abstrait agrégé est égal à la somme du travail incorporé dans la production et plus clairement c’est la valeur travail du produit marchand net.
La valeur travail abstrait agrégée L est la somme du travail indirect et direct de toutes les firmes et la valeur travail du produit marchand net. En décortiquant VA, on peut aller plus loin, dans l’évaluation des liens valeur de la monnaie/profit ; valeur de la monnaie/salaire ; valeur de la monnaie/inputs ; valeur de la monnaie/capital, etc. L’essentiel est de vérifier empiriquement les liens valeurs de la monnaie et des agrégats comme le salaire, le profit, les inputs, etc.
En liant taux de profit et masse de profits, on crée une passerelle entre VPM et taux de profit. Ce faisant, on peut disposer d’une relation VPM, taux d’intérêt via le taux de profit. On peut supposer que l’intérêt se déduit du profit, son taux est celui du taux du marché financier. Il est également fonction de l’offre et la demande de crédit. Au total lier la VPM à la VA c’est lier la monnaie au total des marchandises produites, à la richesse nouvellement créée. Afin de stabiliser sa monnaie nationale le Peso, l’Argentine a gagé l’émission de sa monnaie sur les entrées en devises, ce qui est forcément réducteur. Les contreparties monétaires ne peuvent se résumer au seul poste de la balance des paiements or et devises.
L’aboutissement de nos recherches devrait déboucher sur l’évaluation des facteurs qui influencent la valeur intrinsèque ou propre de la monnaie. La monnaie sera-t-elle reliée exclusivement aux marchandises produites ou plus précisément aux richesses générées par l’activité économique dans leur globalité y compris les services ? Même si la réponse tend à être positive, on ne peut négliger le rôle de facteurs multiples aussi bien monétaires que financiers et les contraintes extérieures.
La VRM en tant que rapport des VPM du pays A et VPM du pays B, sera déterminée par les comparaisons de leurs composantes respectives. Ainsi :

La VRM est alors influencée par les dynamiques de comparaisons entre les salaires du pays A par rapport au pays B soit W A /W B , il en va de même pour le différentiel de profit П A/ П B, de la production Q A /Q B , des inputs et moyens de production MP A /MP B , des taux d’intérêts tAi/ t iB et du travail direct concret dans chacun des deux pays lA / lB. La VRM peut être considérée comme une mesure objective et réaliste du taux de change qui exclut par définition les facteurs représentant les comportements spéculatifs. Ce qui règlera le problème de l’inconvertibilité des deux monnaies et garantira une stabilité monétaire certaine, dans la mesure où les agrégats qui influencent l’évolution de la VRM sont beaucoup plus rigides que les comportements spéculatifs et/ou une détermination par le marché. Le choix d’un déflateur se justifie par le souci d’écarter l’influence négative que pourrait exercer l’inflation sur la VRM. Mais le risque est de voir le pays à fort taux d’inflation exporter moins car si ses prix intérieurs augmentent alors que le taux de change est constant, il sera moins compétitif. Dans le même temps, on peut laisser à chaque pays le soin d’ajuster ses prix à l’export sur ceux de son partenaire étranger avec un taux de change constant.
Un autre problème à régler dans le calcul de la VPM serait d’intégrer la comparaison prix/valeur en d’autres agrégats empiriques. Ainsi W, П, MP, Inputs, influencent la VPM lorsqu’il y a un écart entre W constant ou déflaté et W en prix courant, idem pour le П, MP, Inputs... Dans ce cas la VRM doit refléter l’évolution des VPM telles qu’elles se présentent de cette manière. Deux solutions sont possibles :
– 1. VRM enregistre toutes les variations des VPM en tant que celles-ci sont des boîtes d’enregistrement des variations des prix des agrégats par rapport aux mêmes agrégats déflatés.
– 2. VRM serait définie comme précédemment mais grosso modo selon l’évolution des PIB déflatés des deux pays. Mais afin de simplifier l’analyse, la question de la transformation est supposée réglée.

La valeur de la monnaie externe ou VRM refléterait dans ces conditions les niveaux et l’évolution des productivités de ces pays.
Lorsqu’on arrive au taux de change, il est défini comme l’addition de la valeur relative de la monnaie VRM et une variable ε exprimant l’incertitude, les anticipations déstabilisantes, la spéculation et autres facteurs irrationnels.
On aura alors :

e = VRM + ε
§ 2. De la monnaie à l’expression de sa valeur
J’ai donné une définition de la valeur de la monnaie se rapprochant de celle donnée par Foley. Dans nos développements ultérieurs nous essayerons de décrire avec un peu plus de détails les facteurs qui la font varier. Les motivations d’un recours à la monnaie pour définir le taux de change sont les suivantes :
– Quel que soit le jugement que l’on peut porter sur le niveau de rationalité régnant sur les marchés des changes, la monnaie est jugée d’après ses caractéristiques propres et son rendement financier actuel et/ou futur.
– Si l’on fait une lecture plus fine des réactions des cambistes aux informations qui tombent sur leurs téléscripteurs, le taux de change ne réagit pas forcément aux seules nouvelles financières mais aussi au dollar US, le deutschmark, le franc français ou le yen répondent à des phénomènes réels. Ces devises clés ne varient pas seulement à l’annonce d’une hausse ou d’une baisse des taux d’intérêt, mais également aux chiffres du chômage, de l’inflation, de la pression salariale actuelle ou anticipée, des prix de gros ou de détail, du solde de la balance commerciale entre autres.

Depuis plusieurs mois les variations du dollar sont analysées à la lumière de l’évolution de la conjoncture états-unienne et plus précisément le niveau de sa croissance économique. Comme l’écrit le journaliste de « La Tribune » du 25 mars 1997 : « la rémunération relative d’une monnaie ne constitue que l’un des déterminants des taux de change ». En effet la maîtrise des conséquences d’une surchauffe présente ou prévisible impose une manipulation des taux. Leur anticipation par les agents donne lieu à des pressions sur la monnaie dans un sens haussier (baisse des taux d’intérêt) ou baissier (hausse des taux d’intérêt). Dans le même article cité ci-dessus, peut-on lire : « Enfin, les anticipations d’essoufflement de la croissance états-unienne que provoquerait immanquablement une hausse des taux feraient perdre au dollar l’un de ses principaux pouvoirs d’attraction : ce sont essentiellement les décalages conjoncturels en sa faveur qui ont alimenté sa reprise ». L’action sur les taux et/ou par la politique monétaire répond à des impératifs fondamentalement économiques. Il n’est donc pas étonnant qu’un travail sur le taux de change soit assorti d’un développement plus détaillé sur les variables qui influence la valeur de la monnaie.
Le point de départ est la relation simple d’équivalence entre la monnaie– qui a une valeur qui lui donne un pouvoir d’achat et la somme des marchandises en circulation. Outre la PPA, la relation est d’équivalence entre monnaie et marchandises. Elle est présente aussi bien dans la théorie marxiste que dans la théorie keynésienne et post-keynésienne.
Afin d’isoler les effets de la valeur de la monnaie sur les différentes composantes de la VA, considérons dans un premier temps les hypothèses restrictives H1, H2, H3, H4. Une fois qu’on a reconnu à la monnaie un statut (marchandise particulière) qui lui confère une valeur, on est en droit de se demander sur les raisons qui font fluctuer cette dernière. L’impuissance des théories traditionnelles à intégrer la monnaie dans l’économie de façon satisfaisante n’empêche pas d’autres tentatives en ce sens.
Dans ce travail, nous avançons deux arguments clés pour définir les contours d’une approche de la valeur intrinsèque ou propre de la monnaie : 1– suivant une conceptualisation empruntée à S. de BRUNHOF, la monnaie est un « rapport social » ce qui est contraire à la thèse de sa neutralité, 2- la monnaie est intégrée dans les procès de production et dans la répartition des richesses.
La monnaie est un « rapport social » se manifestant à tous les stades de la production (achat de matières premières, machines, force de travail...) et dans la circulation des marchandises, cela est compatible avec l’insertion de la monnaie dans les différentes phases du procès de production et de circulation marchande. La monnaie exprime, tout en les amplifiant, la distribution des richesses.
La monnaie et sa valeur sont reliées à la marchandise.
Afin de déterminer une substance commune aux différentes marchandises, il convient de leur trouver un dénominateur commun. La qualité commune des marchandises est d’incarner des valeurs exprimant le travail présent ou passé contenu en elle au terme du processus complexe de sa production.
Dans une économie monétaire, il est difficile de concevoir un échange de marchandises sans monnaie. Dès lors, la monnaie est introduite comme rapport social (de Brunhoff 1979. La marchandise-monnaie sert d’expression directe de la valeur des marchandises. Elle est la seule à pouvoir devenir échangeable avec toutes les marchandises. La monnaie –intermédiaire quasi incontournable dans l’échange– ne doit cependant pas être perçue comme un simple moyen de circulation des marchandises.
La monnaie est présente dans tous les stades de la production et de la circulation. Dès lors que nous avons admis la non-neutralité de la monnaie et sa nécessaire intégration dans le processus productif, reconnue par la théorie keynésienne et marxiste, on peut développer les influences réciproques entre la valeur de la monnaie et les variables réelles. A chaque stade du procès de production et de circulation marchande correspond un rapport monétaire. Supposons, dans un premier stade, qu’il y a transformation de l’argent en marchandises. Cela passe par une acquisition d’une part des moyens de production Mp et d’autre part le paiement d’un salaire W. Toute modification en effet, dans la valeur de la monnaie, affecte à la fois Mp et Lw (le travail salarié) quantitativement et vise-versa. Autrement dit, une baisse de la valeur de la monnaie influe sur le salaire et renchérit les moyens de production importés, ce qui modifie le capital K productif de valeur. Tout dépend dès lors de la réaction des salariés face à la baisse de leur pouvoir d’achat consécutive à une dépréciation de la monnaie. Pour maintenir le taux de profit, les entrepreneurs disposent de mécanismes d’ajustement tels que les prix. De tels mouvements sont susceptibles de faire varier la valeur de la monnaie et par-là même sa valeur relative et donc le taux de change. Si Lw apparaît comme fonction du capital engagé, ce n’est pas uniquement parce que la monnaie intervient sous sa forme de paiement rémunérant une activité humaine.
La dépense de l’argent sous cette forme est une nécessité dictée par la séparation entre Lw et Mp. Ce n’est pas de la nature de la monnaie que ce rapport résulte. C’est au contraire l’existence de ce rapport qui conditionne cette fonction monétaire qui sera fatalement conditionnée par une modification du rapport d’échange de la monnaie. L’insertion de celle-ci dans la composition et le déroulement du premier stade du processus productif se fait sous l’hypothèse d’une économie monétaire (versus système de troc).
La monnaie est un rapport social de production qui doit être insérée dans les procès de production, et dans la circulation des marchandises. La détermination de sa valeur est liée aux mouvements qui affectent ces mêmes procès et toute variation de son rapport d’échange modifie les différentes phases du processus productif. Il s’agit d’un circuit en parfaite continuité. Ainsi, au fur et à mesure qu’on avance dans l’enchaînement traduisant le renouvellement continu de l’avance monétaire et son retour sous forme monétaire, on ne peut guère éluder les effets des rapports monétaires et donc l’impact de leur variation. On a alors une immixtion permanente de la monnaie dans tout le cycle répété. La monnaie rapport social intervient également dans les relations d’affaires entre un entrepreneur et un autre entrepreneur avec dans certains cas des tentatives de domination de l’un par rapport à l’autre (entre donneurs d’ordre et sous-traitants par exemple).
La monnaie équivalent général ne peut pas rester neutre ni indifférente au déroulement de la production marchande et aux modifications qui affectent celle-ci. Lorsqu’en effet la valeur de la marchandise se modifie, on est dans l’incertitude quant à la cause principale ; s’agit-il d’une modification dans les conditions de sa production ou d’un changement dans la valeur de sa forme valeur (la monnaie) et dans quelle proportion ? La monnaie considérée comme un rapport social est comme une chambre d’échos des différentes tensions qui se font jour autour de la répartition des richesses entre agents économiques. Il s’agit de mettre en relief la position de la monnaie au sein de rapports conflictuels entre salariés et entrepreneurs et entre industriels et banquiers.
Etant donné que la monnaie est aussi un rapport social, la détermination de sa valeur est liée aux mouvements qui affectent les éléments constitutifs de la totalité des valeurs des marchandises. Mais l’enseignement le plus important est le lien qu’entretient la valeur de la monnaie avec à la fois la totalité des prix des marchandises, la valeur ajoutée et ses composantes W, profit, Mp, et Q (l’Output). La monnaie définie comme étant une marchandise particulière requiert le statut d’équivalent général et suppose une identité de substance avec l’ensemble des marchandises en circulation, à savoir le quantum de travail présent ou passé qui y est contenu. Mais en tant qu’équivalent général, étalon des prix, elle est mesure des valeurs.

Etant donné la supposition de la réciprocité dans les relations causales entre variables, on peut dire que les variations de П, Mp, T, Q, Lw et W impliquent des changements dans la valeur de la monnaie.
Les variations des prix de Mp, W, П, T, Q, et Lw ont des répercussions sur la valeur de la monnaie, toutes choses restant égales d’ailleurs.
Afin de mieux appréhender ces différents mouvements influençant la valeur de la monnaie et donc le taux de change, il faudrait intégrer celle-ci dans les différents procès de production (qui inclut la force de travail et les biens capitaux), de circulation marchande et de répartition des richesses (qui commande la formation des revenus et un nouveau cycle de capital).

ΔП = – ΔW

C’est à partir de là que se fait notre analyse de détermination de la VPM (valeur propre de la monnaie). En outre, les mouvements de Mp, W, Q, Lw influencent le niveau du taux de profit, c’est en fin de compte des fluctuations du taux de profit que proviennent toutes les perturbations affectant les rapports monétaires entre entrepreneurs et salariés et au sein de la classe des entrepreneurs. Le comportement de l’Etat aussi bien dans la gestion de la monnaie que dans celle de l’économie est également altéré. Ces perturbations bouleversent la valeur propre de la monnaie.
Les déséquilibres fondamentaux sont à l’origine des distorsions monétaires. Voilà le postulat qui sous-tend les développements qui vont suivre. La valeur de la monnaie se déprécie (les prix augmentent lorsque le prix des moyens de production s’accroît ou si les coûts salariaux augmentent plus vite que la productivité du travail). Inversement la création de richesses nouvelles sans augmentation du travail salarié Lw, ni des biens capitaux, contribue à l’appréciation de la VPM (les prix baissent).
S l’on écrit la valeur de la monnaie comme suit :

Vm = L/Y
Y = PQ D’où :

Avec :

Q : quantité (volume) de la production
P : niveau général des prix
L/Q : inverse de la productivité physique du travail
1/P : inverse du niveau général des prix

Lorsque Q/L s’accroît L/Q fléchit.
Les prix varient avec les valeurs des biens.
Si la productivité augmente la valeur des biens baisse. Si les prix monétaires reflètent les valeurs, les prix baisseront.
Mais si la productivité physique du travail s’accroît, la valeur baisse au même titre que les prix, dans ce cas Vm reste constante.
La baisse de L/Q sera compensée par une hausse de 1/P car P baisse.
La valeur de la monnaie ne se déprécie pas. Cependant si les prix ne baissent pas, on est en déséquilibre structurel. L’égalité entre ΣPrix = ΣValeurs est dès lors rompue.
Si la valeur de la monnaie reste constante et la productivité du travail augmente, les prix baisseront moins que proportionnellement.
Par ailleurs on pourrait inverser l’égalité :

C’est la variation de la valeur de la monnaie qui induit une variation du niveau général des prix.
La relation valeur/prix dépend également de la composition organique du capital. En expliquant l’écart entre Σ valeurs et Σ prix par la variation de la valeur de la monnaie, notre développement dans le document III trouve toute sa justification.
Pour saisir les fluctuations de la valeur de la monnaie, il est plus que nécessaire d’intégrer celle-ci dans les différents stades du procès de production et de circulation marchande.

La monnaie intervient dans l’évolution de Mp, Lw, W et le capital K et en fin de compte de П, en liaison avec les prix de ces derniers. La monnaie est, à cet égard, considérée comme un catalyseur de rapports sociaux conflictuels qui se font jour dans les fluctuations de ces différentes variables. C’est aussi un moyen de diffusion directe ou indirecte de ces différentes tensions. La monnaie agit directement sur les mouvements de W, MP, Lw lorsque l’Etat ou des groupes de pression tentent de peser sur sa valeur pour modifier le rapport monétaire en leur faveur. Le biais par lequel transitent les perturbations sont les prix. Nous aurions à aborder par exemple l’influence des fluctuations du prix des matières premières et des produits semi-finis sur le prix de MP et sur le taux de profit et par-là même sur la VPM, la VRM et le taux de change.
En intégrant la monnaie dans les procès de production et de circulation nous disposons d’un outil supplémentaire pour analyser le mouvement de la VPM dans la mesure où celle-ci subit les perturbations repérées dans les différents stades du cycle. Dans une phase ultérieure, on introduit l’Etat. Celui-ci apparaît là où les tensions engendrent des situations difficilement gérables. Il y a alors une reconnaissance implicite d’une action régulatrice de l’Etat en faveur de la résorption des conflits afin d’éviter les déséquilibres sociaux. Mais quelle que soit la solution qui est préconisée, les contradictions demeurent toujours et on peut se demander si elles ne sont pas elles-mêmes sources d’instabilité et de tensions permanentes qui nient toute possibilité de réaliser l’équilibre macro-économique dit général ou l’équilibre partiel puisque chaque secteur économique est rongé par des antagonismes d’intérêts. C’est de cette situation de déséquilibre économique que résultent les perturbations monétaires qui affectent la valeur propre de la monnaie.
Enfin, l’analyse du rôle économique de l’Etat doit embrasser aussi bien la politique monétaire, que la politique budgétaire mais aussi l’intervention réglementaire qui joue un rôle important dans le fonctionnement économique (régulation de certains prix, restrictions douanières et commerciales, fiscalité directe et indirecte, accompagnement économique, réglementation du marché du travail, etc.).
La pratique étatique du cours forcé a expulsé la monnaie métallique de l’enceinte nationale de circulation, les billets émis par la Banque Centrale, devenus inconvertibles en or, fonctionnant comme moyens de paiement parce que l’Etat impose leur acceptation sans restriction par obligation légale. Cette transformation profonde du système monétaire va modifier la gestion des crises ; c’est l’Etat qui devient le gérant de l’équivalent général ». Cela pose d’emblée le problème du statut de la monnaie et incite à un effort d’insérer la monnaie avec ses trois fonctions ; mesure des valeurs, moyen de circulation et réserves des valeurs et de n’en négliger aucune. Cela est supposé être conforme aux relations positives entre valeur de la monnaie/valeur ajoutée et entre valeur de la monnaie et les différentes composantes et dérivées de la VA. Nous proposons d’emblée ceci : la valeur interne d’une monnaie s’apprécie (i.e. son pouvoir d’achat augmente en termes d’unité de travail à commander) lorsque la valeur ajoutée s’élève.
La solidité d’une monnaie provient de la bonne santé de son économie. Nous examinerons comment concrètement la monnaie enregistre les mouvements des différentes composantes du procès de production et de répartition. La monnaie ne se résigne pas à ce rôle passif mais agit elle-même sur ces variables.
La monnaie subit l’influence des tensions économiques du fait qu’elle est rapport social. Cette constatation doit renforcer l’idée que la monnaie intégrée aux différents stades du procès de production voit sa valeur varier, dans la mesure où elle accomplit trois fonctions distinctes. Il sera nécessaire d’introduire le problème du crédit et plus généralement la question du financement de l’accumulation du capital et leur rôle dans l’appréciation (ou la dépréciation) de la VPM. L’intervention de l’Etat comme régulateur de ces conflits peut se faire sur les plans monétaire et budgétaire.
La principale proposition qui conditionnera tous les développements ultérieurs est que la valeur de la monnaie subit l’influence de l’économie réelle ou de ce qu’on appelle communément les fondamentaux.
§ 3. Monnaie, production et échanges marchands
La question du taux de change optimal ou d’équilibre obsède tous les économistes spécialistes de la question mais aussi les dirigeants politiques qui ne savent pas comment concilier des politiques économiques et monétaires avec des niveaux de taux de change compatibles avec les équilibres tant internes qu’externes.
A. Prix des biens intermédiaires, taux de profit et valeur de la monnaie
En reprenant l’équation relative à la VPM :
m = L/VA
En considérant VA dans sa définition conventionnelle :
VA = Q-CI
Avec :
Q = Production totale,
CI = Biens intermédiaires,
On en déduit une relation entre m et CI.

On peut supposer que l’action des prix des matières premières, et des produits semi-finis, sur la valeur des marchandises produites est instantanée. Si les producteurs veulent maintenir leurs taux de profits ils doivent élever les prix de ces marchandises. Les entreprises peuvent donc augmenter la masse de profit en augmentant le prix de vente de leurs marchandises. Mais ils seront confrontés à deux écueils liés entre eux. D’une part cela pourrait susciter une réaction négative des salariés, d’autre part, la concurrence impose une limite à l’action sur les prix s’agissant en outre d’un marché ouvert et large, la pression sur les prix est plus que jamais vive. Plus généralement, cette situation qui décrit un choc exogène, résultant de fluctuations des prix des matières premières ou de produits semi-finis sur le procès de production et de reproduction du capital met en lumière le rapport monétaire et alimente les distorsions que génère ce rapport. L’instabilité de ces prix engendre une incertitude quant à la prévision des coûts de production et par-là même des prix praticables et susceptibles de reconquérir les marchés perdus ou sauvegarder les acquis présents. Cette position est en effet incompatible avec tout projet d’optimisation du capital pouvant générer une reproduction élargie basée sur l’innovation technologique. Cette situation n’est pas sans conséquence sur le rapport monétaire et influence la valeur de la monnaie. Toute incertitude quant à l’évolution des fondements économiques, crée un climat de non-confiance et constitue un facteur d’aggravation des anticipations déstabilisantes. L’évolution incertaine des prix est un autre facteur qui joue en faveur de réajustements décidés par l’Etat ou par le marché pour sanctionner un écart important des prix de marché par rapport à leurs valeurs en agissant sur la valeur propre de la monnaie.
La hausse des matières premières et des produits semi-finis n’influence pas que MP mais conditionne dans une certaine mesure la valeur de W. Dans les matières premières importées, il faut distinguer celles utilisées pour l’industrie et celles qui sont utilisées comme biens de consommations finales. Les premières servent à la mise en œuvre de machines qui sont transformées pour être utilisées directement comme une des composantes de MP, les autres agissent sur le niveau général des prix. L’instabilité soulignée ci-dessus en plus qu’elle engendre incertitude et fausse les prévisions de réalisation de l’échange et de reproduction du capital se traduit par les évolutions erratiques des prix, des équilibres extérieurs et de la valeur propre de la monnaie.
B. Salaire, prix et valeur propre de la monnaie
En reprenant l’équation relative à la VPM :
m = L/VA et en posant W comme composante de VA on peut envisager un lien entre m et W.
On aura alors :

Le salaire est perçu par certains, notamment les tenants de la théorie néo-classique, comme un coût et dans ce cas il est antinomique du taux de profit. Nous avons assisté à des mini-krachs boursiers suite à l’annonce, en octobre 1996, de créations massives d’emplois aux Etats-Unis ; la Bourse craignant une recrudescence des revendications salariales subséquemment à une croissance économique génératrice d’emplois. Le travailleur n’est plus rémunéré au niveau minima qui lui assurait sa subsistance ainsi qu’à celle de sa famille dans l’objectif de faciliter la reproduction de la force de travail. Toutes choses restant égales par ailleurs, il peut y avoir une croissance simultanée du profit П et du salaire W. Ce n’est pas dans les entreprises pratiquant des bas salaires que le taux de profit est le plus élevé. On a pu constater une innovation insuffisante et un avenir incertain. Des salaires élevés vont ensemble avec une recherche de modernisation de l’appareil productif et d’amélioration de la qualité.
L’industrie allemande a pu prendre un avantage certain sur le plan de l’exportation et de l’intégration de ses filières avec les salaires les plus élevés au monde et une monnaie surévaluée. La qualité et la fiabilité est le maître mot. Par ailleurs, pour certains produits manufacturés un travailleur bien rémunéré et disposant d’une plus grande qualification peut produire trois fois plus qu’un salarié moins bien rémunéré et moins qualifié.
La hausse de la productivité du travail se traduit par une hausse du profit. La valeur propre de la monnaie peut rester stable si le salaire, en prix incorporé dans la marchandise, baisse. Autrement dit les salaires réels n’augmentent pas. Mais si les salariés revendiquent une élévation de leurs rémunérations ΔW en contrepartie de l’amélioration de la productivité ΔTE.
Plusieurs situations se présentent :
– Si ΔW / ΔTE > 0 =====> Δm < 0 ; d’après cette configuration le salaire s’accroît plus vite que la productivité, ce qui réduit la rentabilité de l’économie qui perd de son efficacité. La monnaie se déprécie suivant la supposition que sa valeur propre est positivement liée au taux de profit.
– Si ΔW / ΔTE < 0 =====> Δm > 0 ; la valeur propre de la monnaie s’apprécie car l’économie bénéficie de mouvements positifs autour du taux de profit.
– Si ΔW / ΔTE = 0 =====> Δm = 0 ; l’effet sur la VPM est neutre, si aucun changement n’intervient sur les déterminants de la valeur propre de la monnaie à savoir le salaire et le taux de profit.

Les variations combinées du salaire et de la productivité produisent des effets certains sur la valeur propre de la monnaie. Le profit étant relié directement au salaire cela traduit un rapport salarial monétaire entre les entrepreneurs et les salariés. On peut penser que la valeur de la monnaie est affectée par les variations de ces deux agrégats économiques. La monnaie boîte d’enregistrement des tensions autour de la répartition des richesses a joué un rôle important dans l’orientation des avantages acquis en faveur d’une catégorie sociale au détriment de l’autre. De ce fait, la monnaie est fondamentalement insérée aux procès de production et d’accumulation du capital, elle sert à réguler les prix. Une hausse du salaire monétaire est neutralisée par une baisse de la valeur propre de la monnaie (ce qui entraîne une baisse du salaire réel).
Delaunay suggère que « les modifications qui se sont introduites, depuis environ un siècle dans les modalités de détermination de la valeur d’échange de la monnaie, ont profondément changé les formes de la relation qui existait antérieurement entre le domaine des prix et celui des valeurs ». La variabilité de la productivité et des salaires régulée par la monnaie autorise le maintien voire l’élévation du profit. Sur le plan macro-économique, le salaire est générateur de pouvoir d’achat et donc de consommation. C’est pour cela que le capitalisme a su créer les conditions d’un développement de ses débouchés, en soutenant la demande de consommation par l’augmentation des salaires réels. Mais une hausse de l’expression monétaire du salaire à plus-value monétaire et à prix du capital constant se traduirait soit par une baisse du taux de profit, soit par une augmentation du prix de marché des marchandises. La monnaie, rapport social entre les entrepreneurs et les salariés joue un rôle de régulation du taux de profit en présence de fluctuations importantes des salaires. La valeur propre de la monnaie se déprécie.
Dans un système économique développé, les revenus salariaux incluent les salaires directs et des prestations sociales sans compter des transferts versés par l’Etat ou les collectivités territoriales. Cette redistribution des richesses se fait, en grande partie, grâce à des prélèvements sur les entreprises. Il ne faut cependant pas oublier qu’un salarié perçoit un salaire net (déduction faite des cotisations sociales) auquel il faut soustraire les impôts directs. Le salaire est fondamentalement une donnée des rapports sociaux de production qui se transforment en rapports monétaires.
C. Taux de profit, accumulation, salaire et valeur propre de la monnaie

Nous avons vu que la politique salariale répondait à un impératif de développement des marchés intérieurs. La relance keynésienne côté demande par des politiques économiques adéquates va dans ce sens. On est loin de la théorie de paupérisation. Nécessité d’adaptation et de pérennité du système capitaliste oblige. L’échappatoire à la crise est le développement de la consommation qui a permis la généralisation de la productivité à l’ensemble de la production des marchandises. Nous suggérons que la crise trouve son origine dans une substitution excessive du capital au travail afin de modifier le rapport salarial. Sans renier l’impératif de modernisation et d’innovation technologique, une automatisation sans fin, limite singulièrement la profitabilité de l’économie si l’on admet que seul le travail vivant est générateur de profit. L’accélération de la suraccumulation, limite les débouchés et réduit la gestion économique à une lutte pour le partage de la valeur ajoutée.
L’instabilité créée par ces phénomènes contradictoires et déséquilibrants joue en faveur d’une modification de la valeur propre de la monnaie. La monnaie qui est un miroir reflétant la valeur, diffuse sa perte et parfois l’amplifie lorsque les déséquilibres s’expriment avec beaucoup de violence.
La monnaie –à travers la variation de sa valeur-permet le rétablissement du taux de profit après une baisse de la productivité du capital. L’expression monétaire de l’heure de travail est dépréciée en attendant la reconstitution des trésoreries. L’aspect fondamental qui est à l’origine des changements de tous les rapports monétaires est le taux de profit. La valeur de la monnaie reste stable dès lors que le profit n’est pas altéré par un excès de rapport capital/travail ni par un problème de réalisation de l’échange. En cas de baisse soutenue du taux de profit, plusieurs moyens sont utilisés pour contrecarrer cette baisse. Chacun d’eux devant transiter par ce catalyseur des tensions sociales et économiques qu’est la monnaie laissant des traces qui en s’accumulant modifient sa valeur :
– La réduction du salaire au-dessous de sa valeur réelle par une hausse de l’indice général des prix ;
– La baisse de prix des éléments du capital ;
– La création du sous-emploi ;
– Des transferts opérés sur l’initiative de l’Etat ;
– La mondialisation de l’économie.

Au total, la stabilité ou l’instabilité de la monnaie dépend grandement de l’économie. L’origine en est la variabilité du taux de profit. Donnons quelques précisions sans avoir la prétention d’en faire un exposé exhaustif ou une nouvelle formulation.
D. La variabilité du taux de profit
Lorsque le capital fixe productif augmente plus vite que la valeur ajoutée alors que « la productivité apparente du travail » ou plus exactement de la V.A brute/effectifs ; Q/N ne diminue pas, c’est qu’il y a substitution du capital au travail et un surinvestissement relatif, le taux de croissance du rapport « capital/effectifs » tend à se relever.

Le relèvement de K/N est plus important que celui de Q/N. On passe à une phase où il faut de plus en plus de capital fixe par tête pour un même accroissement de « produit » par tête. Autre symptôme de cette tendance à la suraccumulation du capital lorsqu’il y a une élévation du rapport CI/VA brut (avec CI = consommations intermédiaires) accompagnée d’une baisse du rapport « valeur ajoutée brut/K fixe ». Cette élévation est d’autant plus importante que les mouvements des prix tendent vers le haut.
Pour développer la production marchande, l’action de l’Etat, en soutien au marché, prend des mesures susceptibles de modifier les rapports monétaires entre agents économiques de plusieurs manières :
– Aides directes ou indirectes aux entreprises ;
– Une gestion de la monnaie qui modifie les comportements des agents économiques et/ou crée des illusions monétaires atténuant les tensions autour du partage des richesses ;
– Des incitations fiscales assurant une redistribution des revenus et provoquant des transferts en faveur des entrepreneurs.

La baisse de la valeur de la monnaie est voulue par les forces du marché pour créer une dévalorisation du capital compensant l’excès d’accumulation et instituée par l’Etat pour créer les conditions d’une meilleure profitabilité.
La monnaie est utilisée comme échappatoire à l’incapacité des forces du marché à s’autoréguler mais en même temps constitue la voie de passage ; le révélateur de toutes les vicissitudes qui transcendent le rapport salarial et les rapports marchands. La monnaie rapport social est témoin de tous les conflits qui transcendent le procès de production, elle est également facteur de redistributions des richesses et amplificatrice des échos qui en résultent. La fracture dans l’évolution du taux de profit peut être la cause de l’instabilité monétaire et financière internationale.
L’influence qu’exercent les pouvoirs publics sur les revenus est de plusieurs ordres :
– Fixation du salaire minimum (le SMIC) ;
– Politique salariale dans la fonction publique qui sert de référence au secteur privé (ceci est de moins en moins vrai) ;
– Accompagnement des procédures de concertations entre salariés et entrepreneurs dans l’objectif d’atténuer les tensions ;
– Modulation de la taxation sur les salaires ;
– Réglementation du marché de travail.

Le transfert par l’Etat vers les ménages d’une partie importante de ses ressources, afin de relancer la consommation caractérise bien le système fordiste. Dans la période actuelle, on assiste au contraire à des réductions drastiques des dépenses sociales. Les allègements fiscaux au bénéfice des sociétés et les transferts en leur faveur répondent aux impératifs de la politique de l’offre, d’inspiration néo-classique`et libérale.
Une politique industrielle de soutien à l’appareil productif est souhaitable, mais cela doit se faire avec beaucoup de discernement afin que ce ne soit pas seulement les grands groupes ceux qui en profitent au détriment des PME-PMI. Nous expliquerons plus loin le lien entre taux de change et industrie.
Enfin, l’Etat est propriétaire d’entreprises industrielles qui représentent en 1994 dans le cas algérien 67% de la valeur ajoutée de l’industrie nationale, 49% des effectifs, 79% des investissements et 97% des exportations. L’importance de ces sociétés dans l’économie nationale ne se limite pas à ces chiffres mais les déborde pour embrasser l’influence qu’elles exercent sur le tissu économique. Chaque groupe nationalisé entretient des rapports économiques complexes avec toute une panoplie de sous-traitants, de fournisseurs. Il façonne autour de lui une vie économique et sociale qui peut concerner des régions entières.
E. Crédit, taux d’intérêt et valeur propre de la monnaie
Notre objectif est de comprendre le degré d’autonomie des facteurs financiers par rapport aux fondamentaux ? De la réponse à cette question découle la vérification ou non de la détermination du taux de change par les variables réelles. Dans ce paragraphe nous nous situons dans l’hypothèse d’une économie fermée. Nous ignorons pour l’instant les interférences avec les taux de change.

Posons ti = f ( π ) (*)

D’après cette relation le taux d’intérêt est une fonction positive du taux de profit. Cette relation peut trouver une justification dans le fait qu’une entreprise ne peut rémunérer le capital financier que si elle dégage un bénéfice en terme réel. Si le taux d’intérêt est égal à O, le capital de prêt sera assimilé à un capital propre. Si le taux de profit est égal au taux d’intérêt, cela signifie que l’industriel travaille à 100% pour le banquier, ce qui est inconcevable. Le taux d’intérêt est obligatoirement inférieur au taux de profit.
Nous avons analysé les relations causales réciproques entre la monnaie et les variations du taux de profit, des salaires, des moyens de production et de la productivité. Il convient à présent d’essayer de comprendre l’articulation non moins importante entre la Banque Centrale, les banques de second rang et les entreprises, ce qui met en relief les rapports étroits entre l’Etat, le capital financier et le capital industriel. L’enjeu essentiel est le partage du profit entre différentes composantes de la société.
Le taux de profit a été analysé en lien avec la monnaie. Une forte substitution du capital au travail sans compensation par une hausse de la productivité du travail altère sensiblement les différents rapports monétaires. Si des conflits peuvent naître entre les entrepreneurs et les salariés, des contradictions peuvent s’exprimer entre les premiers et les banquiers. Avec la montée des tensions, la valeur de la monnaie est de plus en plus chahutée eu égard aux rapports conflictuels entre agents.
Une fois donc décrite comme rapport social, la monnaie est supposée enregistrer les différentes tensions qui se font jour autour de la distribution des richesses entre agents économiques. L’altération du rôle de réserve de valeur de la monnaie par les dysfonctionnements du système de crédit résulte de perturbations affectant les fondements économiques. Il paraît incompréhensible, de ce point de vue, de parler de marché de la monnaie en arguant d’une adéquation de l’offre et de la demande aboutissant à la fixation du taux d’intérêt. Le partage du profit en intérêt et profit d’entreprise est réglé de façon secondaire par l’offre et par la demande, c’est-à-dire par la concurrence. Il a été montré en effet que la demande de crédit est insensible aux variations du taux d’intérêt.
Les efforts des différents gouvernements européens en faveur d’une relance de la croissance par une baisse des taux d’intérêt demeurent vains. Les entreprises contrairement aux prétentions de la politique de l’offre n’investissent pas en raison des bas taux d’intérêt, mais seulement s’il y a des débouchés commerciaux, donc si la demande le permet. Cependant on peut admettre que le taux d’intérêt devient un élément d’évaluation de la rentabilité de l’investissement. L’intérêt s’élève ou baisse avec le profit total qui est déterminé par le taux général de profit et ses fluctuations. La grandeur du taux de profit est inversement proportionnelle au taux d’intérêt, à condition de production et d’échange invariants. Le taux d’intérêt est déterminé par le taux général de profit et non par des taux de profit spécifiques à chaque branche. Le taux d’intérêt peut varier en fonction de la durée et du risque.
Comme il existe un taux de profit moyen, il y a aussi un taux d’intérêt moyen qui n’est pas à confondre avec le taux d’intérêt naturel. Il est permis de penser que l’intérêt n’est qu’une partie du profit, c’est-à-dire de la plus-value, que le capitaliste actif doit payer au propriétaire et prêteur de ce capital car l’entreprise ne peut pas payer à la banque plus que ce qu’elle génère comme surplus. Il est clair que la variabilité du taux de profit affecte la répartition du profit en taux d’intérêt et profit d’entreprise. Plus cette baisse s’accentue, plus l’entrepreneur fait appel à des capitaux externes et plus le taux d’intérêt s’élève. La compensation a de fortes chances de se faire par une dépréciation de la VPM.
La déréglementation de la monnaie et du système bancaire outre qu’il a considérablement accru l’instabilité financière, a accentué la pression sur les taux d’intérêt. Les niveaux élevés des taux d’intérêt depuis 1981, résultat de la déréglementation, reflètent la volonté des créanciers de réclamer des primes contre le risque. Il en résulte une redistribution des revenus au détriment des salaires, des profits et en faveur de l’intérêt. Une politique de monnaie forte, notamment en Europe, et des taux d’intérêt réels élevés ont affecté défavorablement les conditions d’accumulation du capital industriel. La monnaie de crédit relance les investissements et facilite la circulation des marchandises, tout en remodelant les rapports monétaires et opère par-là même des transferts de valeur.
Par ailleurs, les taux d’intérêt élevés ont poussé les grands groupes industriels à accroître leurs actifs financiers comme source alternative de revenu au moment ou les profits fléchissent. L’équilibre entre les actifs financiers et les actifs productifs (réels) dans les économies occidentales s’est fait au détriment des derniers. L’arbitrage se fait sur la base du différentiel taux de profit (industriel) et taux d’intérêt (financier). Nous pourrions évoquer le poids excessif des frais financiers dans les bilans des PME-PMI. Dans des cas non négligeables une telle situation se traduit par une faillite et/ou des difficultés croissantes.
D. Plihon (1996) explique la baisse du taux d’investissement par la diminution du taux de « profitabilité », mesuré par l’écart entre le taux de rentabilité du capital et le taux d’intérêt réel.

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