Pression foncière sur les plaines argileuses à Karal de l Extrême-Nord du Cameroun
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Pression foncière sur les plaines argileuses à Karal de l'Extrême-Nord du Cameroun

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Description

Dans le nord Cameroun, les terres à Karal, qui sont de nature vertique, avec une forte composante argileuse, disposant donc d'une forte capacité de rétention hydrique, produisent de bons rendements. Cela provoque une ruée vers ce type de terre. Cet ouvrage en établit la distribution spatiale dans les plaines de la région et analyse les impacts de la pression foncière sur ces terres.

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Publié par
Date de parution 01 juin 2014
Nombre de lectures 20
EAN13 9782336349978
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Bernard Gonné
PRESSION FONCIÈRE SUR LES PLAINES ARGILEUSES ÀKARALDE L’EXTRÊMENORD DU CAMEROUN
Fondements, manifestations et configuration spatiale
Pression foncière sur les plaines argileuses àkaralde l’Extrême-Nord du Cameroun
Bernard Gonné Pression foncière sur les plaines argileuses àkaralde l’Extrême-Nord du Cameroun Fondements, manifestations et configuration spatiale
Ouvrage publié avec le soutien financier de l’École Normale Supérieure de l’Université de Maroua, Cameroun Book published with the financial support of the Higher Teachers’ Training College, The University of Maroua, Cameroon© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03373-0 EAN : 9782343033730
INTRODUCTION
Le monde rural africain connaît depuis quelques décennies de sérieuses crises d’origines diversesqui provoquent d’importants bouleversements orchestrés aussi bien par desfacteurs endogènes qu’exogènes; ce qui compromet de façon significative le développement local.
S’il est vrai que le développement ruralconstitue encore de nos jours l’un des objectifs majeurs des pays africains en général et plus particulièrement, de ceux qui sont situés au sud du Sahara, nul ne doute aussi de ce que ce développement bute contre de nombreuses contraintes. Car il passe inéluctablement non seulement par la paix sociale, le partage équitable du fruit de la croissance, l’amélioration considérable des rendements agricoles, l’affermissement de la production pastorale, la lutte contre la dégradation de l’environnement, maisaussi, et surtout, par la sécurisation foncière des paysans. Partout ailleurs, on parle des déficiences en ressources parmi lesquelles la terre cultivable (Gallais, 1994). Cette dernière manque aux paysans et lorsqu’elle existe même, l’accès à ses réserves peut être fermé ou freiné par un système foncier alambiqué.
La sécurisation foncière est le fondement même d’un développement ruralsans précédent. L’insécurité foncièredans les campagnes est orchestrée à la fois par des facteurs endogènes (accroissement naturel des populations…) et des facteurs exogènes (immigration, monétarisation…). Elle conduit à des problèmes fonciers que connaissent les paysanneries africaines en général et celles du NordCameroun en particulier. Depuis que la crise économique frappe le Cameroun (à partir de la seconde moitié des années 80), la grande majorité des citoyens de ce pays qui émargeaient dans le budget de l’Étatont vu leurs revenus mensuels s’amoindrir. Cela ne leur permettait plus de couvrir leurs charges familiales. Certains ont perdu leur emploi du fait de la compression et ont dû alors se reconvertir dans d’autres activités. Ils se sont, pour l’essentiel, résolument tournés vers l’élevage, mais davantage versl’agriculture. Cette insertion dans les systèmes de production agricole est subordonnée à une appropriationde l’espace, support de toute activité. Cela expose des régions entières aux problèmes fonciers. Ne pouvant pas effectuer une étude portant sur le foncier rural dans tout le Cameroun à cause des disparités régionales liées aux spécificités des situations foncières, une partie de la région septentrionale, notamment les plaines de l’ExtrêmeNord, aconstitué l’unité spatiale d’observation de ce phénomène.Les problèmes fonciersau Cameroun se posent avec beaucoup d’acuité dans les villes du fait de la croissance démographique (Tientchieu Njiako, 2003).
Mais, de nos jours, ils connaissent de plus en plus une évolution importante dans les campagnes. Le gouvernement camerounais a tenté, depuis le début de la période postcoloniale,de s’appesantir sur le statut de la terre. La loi du 15 janvier 1963, par exemple, réglementait le statut de la terre dans la partie francophone du pays en distinguant notamment les terres occupées par les collectivités et les individus selon la coutume des domaines public et privé de l’État, et ceux des collectivités locales de la propriété privée, et les terres considérées comme faisant partie du patrimoine collectif national.
En milieu rural, les surfaces occupées réellement et selon la coutume se distinguaient aussi des terres nécessaires à la jachère et aux pâturages, des surfaces indispensables pour étendre les cultures à l’avenir afin de nourrir la population qui ne cesse d’augmenter. De nos jours, ces surfaces n’existent pratiquement plus dans certaines régions et cela amène par conséquent des populations à coloniser des terres encore inoccupées ailleurs, que dans leur finage (Dongmo, 1981, vol. I). La dernière tentative (qui est encore en vigueur) fixant le régime foncier au Cameroun date de 1974. Cette ordonnance n°741 du 16 juillet 1974 dispose en son article premier que c’est l’État qui est le «gardien de toutes les terres» au Cameroun. Mais si l’État arrive à contrôler efficacement les terres des zones urbaines par le biais des lotissements administratifs et communaux qui se concrétisent par l’immatriculation et le bornage des parcelles, cette situation se révèle très rarissime pour ce qui est des zones rurales. Les terres rurales sont, de ce fait, gérées par les chefs coutumiers qui en disposent librement.
Si le contrôle des terres de culture était relativement facile il y a quelques décennies à cause de l’abondance des réserves foncières, la situation se révèle beaucoup plus complexe aujourd’hui où l’on enregistre partout ailleurs, avec une fréquence et une intensité effroyables, des conflits et des compétitions à propos de l’occupation, de l’exploitation et de l’appropriation des terres. Cette situation n’épargne pas la partie septentrionale du pays. Elle est encore plus dramatique dans les plaines de cette région où la croissance démographique très considérable provoque une certaine pression sur les terres de culture et partant, déclenche une saturation foncière, source de nombreux conflits (Seignobos et Teyssier, 1997, 1998).
La majorité des populations des plaines du NordCameroun vit essentiellement des activités du secteur primaire. Il s’agit notamment de l’agricultureet de l’élevage. Ces deux activités sont consommatrices d’espace dans une région où elles sont encore pratiquées, dans la grande majorité des paysanneries, en système purement extensif. Cette situation va être ainsi exacerbée par une croissance démographique effrénée qui s’accompagne toujours d’un besoin beaucoup plus élevé en espace de culture dont le principalmoteur reste les migrations des populations (Watang Ziéba, 2010). Elle constitue le premier paramètre expliquant l’évolution des pratiques foncières
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locales en général. On peut de ce fait penser aux mouvements des populations des zones saturées à l’instar du pays toupouri, à la descente des Montagnards (Boutrais, J. 1973, 1976...), à l’évolution du taux de croissance naturelle.
La croissance démographique fait aussi accroître l’effectif des jeunes qui demandent à s’affranchir de la tutelle familiale pour ainsi créer leurs propres ménages. Cela ne peut être possible que si ces derniers mettent sur pied leurs propres exploitations agricoles dans un contexte de parfaite saturation foncière. La seule issue favorable pour euxest d’espérer avoir un morceau de terre auprès de leurs ascendants (père, oncle, grandpère...), faute de quoi, ils sont obligés d’émigrer vers des régions où les problèmes d’indisponibilité en terresagricoles ne se posent pas encore avec beaucoup d’acuité. Certains d’entre eux prennent parfois la direction des centres urbains où ils pratiquent les « petits métiers ». L’on n’ignore pas cependant que le départ des jeunes en exoderural sinon fragilise, du moins amoindrit la production agricole dans un contexte de raréfaction de la maind’œuvre agricole.
Les problèmes fonciersqui font partie des thèmes d’actualité dans les régions septentrionales du Cameroun sont amplifiés par le retour à la campagne des gens qui s’étaient déplacés pour des raisons diverses (migration de travail, de formation, de recherche d’autres espaces de production, exode rural…). Mais force est de prendre surtout en considération l’insertion actuelle de l’élite locale dans le système de production agricole et pastorale. Cette intégration dans le système rural passe inéluctablement par l’appropriationterres fertiles dans des les terroirs qui se révèlent de plus en plus saturés,où le seul moyen d’accès à la terre reste l’achat. Ce paramètre exogène ne peut qu’augmenter le nombre de demandes en terres de culture par l’utilisation des capitaux venant hors des centres urbains de grande ou moyenne importance. La monétarisation du monde rural nordcamerounais a véritablement débuté avec l’introduction de la culture cotonnière. Elle s’est amplifiéeavecl’insertion en campagne,d’une catégorie d’acteurs constituée pour,l’essentiel, des urbains. Il s’agit notamment des personnes «fuyant » les villes pour cause de crise économique et ses corollaires (les licenciements, déflations, baisses de salaires des fonctionnaires, retraites normales ou anticipées), et qui rentrent de plus en plus au village pour se reconvertir en agriculteurs ; des migrants en exode rural qui reviennent s’installer en campagneet réclament leurs terresdéjà occupées… Il y en a qui sont devenus de véritables entrepreneurs ruraux et investissent abondamment dans l’agriculture. Ils se sont constitués en Groupes d’initiativecommune (GIC). La prolifération des GIC, de plus en plus soutenus par le financement de multiples ONG installées dans les plainesde l’ExtrêmeNord, en est un exemple tout à fait illustratif. Cette situation de monétarisation des campagnes africaines était devenue inévitable dans un contexte de marchandisation et de mondialisation de
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l’économie. Elle constitue de ce fait, le signe prémonitoire de cette globalisation dans les plainesde l’ExtrêmeNord du Cameroun. Les problèmes fonciers ne peuvent pas y être expliqués de façon mécanique par les seuls facteurs humains, notamment la croissance démographique et les mouvements migratoires. Les facteurs naturels y prennent aussi une part active.
Les crises climatiques,d’origine pluviométrique, sont devenues plus des contraintes que des aléas à cause de leurs récurrences et des diverses stratégies réactives développées par les paysans pour lutter contre ce fléau. Elles entraînent des baisses considérables de la production céréalière face à une population qui ne cesse d’accroître, d’où l’augmentation du nombre de bouches à nourrir.
Cette situation va ainsi s’accompagner d’une nette évolution des prix des céréales sur les marchés locaux et va amener les populations à préférer la pratique des cultures vivrières, notamment les céréales comme lemouskouari(sorgho de contresaison) désormais plus rémunérateur et peu contraignant que le coton. Cette reconversion des agriculteurs dans la culture des céréales donne une nouvelle image au monde rural actuel des plaines du NordCameroun en général. Plus que par le passé, les campagnes de cette région du Cameroun vont connaître des mouvements migratoires effrénés. Organisées ou spontanées, elles posent de véritables problèmes de gestion foncière, et par ricochet, engendrent la difficulté d’organisation, d’utilisation et d’appropriationde l’espace de production.
La dégradation des sols cultivés, longtemps observée, va s'ajouter à celle de la pluviométrie et enclencher le processus de recherche des terres encore fertiles. Il naîtra ainsi une situation qui va s’apparenter à une forme de compétition ou de course vers les terres présentant encore quelques potentialités de production céréalière, d’où la ruée vers les terres àkaral(vertisols) dans les plainesde l’ExtrêmeNord du Cameroun, déclenchant alors sur cellesci une pression foncière immodérée.
La cartographie des conflits fonciers et de la saturation foncière dans cette région montre de façon générale que la densité de ces problèmes fonciers varie d’un secteur à un autre. Cependant, la concentration est plus incontestable sur les terres àkaralet concerne davantage les zones périurbaines de la région. Ce quimontre ainsi l’intérêt que les citadinsaccordent désormais à la production agricole. Cette étude que nous avons menée a été délimitée aussi bien sur le plan thématique que sur le plan spatiotemporel.
Les plaines àkaraldel’ExtrêmeNord du Cameroun se situent entre 10°13° de latitude Nord et 11°et 15° 30’ de longitude Est. C’est une région qui couvre l’ensemble de la région de l’ExtrêmeNord, moins la zone des montagnes et les yaéré (figure 1).
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Figure 1. Situation et localisation des plaines àkaraldans les plaines de l’ExtrêmeNord du Cameroun. Depuis les dernières grandes sécheresses, on a constaté que dans les plaines du NordCameroun en général et celles de l’ExtrêmeNord en particulier, les populations s’intéressent davantage à l’exploitation des terres àkaral. La ruée vers ces terres est également considérée comme une conséquence du développement de la culture cotonnière dans le NordCameroun. C’est pourquoi Raimond (1999) la considère comme un facteur clé de la ruée sur les terres à karald'autant plus qu'il a fallu «attendre l'imposition du coton dans les terroirs pour voir se généraliser la culture du mouskouari sur les karal». Cette situation va engendrer de sérieux problèmes fonciers dont la résolution semble être difficile à négocier à cause de la superposition des droits sur la terre et la
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