Sortie de crise et nouvelle culture économique
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Le monde est passé d'une économie de gestion comptable simple qui évoluait lentement à une économie plus complexe pouvant présenter des crises et des retournements de situation imprévus de plus en plus nombreux et fréquents. Les élites en général n'ont pas été préparées à s'en prémunir. Le monde de la décision financière s'est éloigné de l'économie réelle, abritant des comportements irresponsables très contradictoires, réglementaristes d'une part, et joueurs fatalistes d'autre part...

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Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2010
Nombre de lectures 221
EAN13 9782296704442
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

SORTIE DE CRISE
ET NOUVELLE CULTURE ÉCONOMIQUE
Stéphane NEUVILLE


SORTIE DE CRISE
ET
NOUVELLE CULTURE
ÉCONOMIQUE
© L’H armattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12522-3
EAN : 9782296125223

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
RÉSUMÉ
Le monde est passé d’une économie à gestion comptable simple qui évoluait lentement à une économie plus complexe pouvant présenter des crises et des retournements de situations imprévus de plus en plus nombreux et fréquents. Les élites en général n’ont pas été préparées à se prémunir contre eux. On a bien vu avec les affaires KERVIEL et MADOFF que le monde de la décision financière s’est le plus souvent réfugié derrière des statistiques, des rumeurs et de la spéculation, et n’a pu réussir dans l’ensemble que sur les questions monétaires et la maîtrise de l’inflation. Pour le reste il s’est surtout éloigné de l’économie réelle, avec des comportements irresponsables très contradictoires, réglementaristes d’une part, et joueurs fatalistes d’autre part, où les désastres plus fréquents ne sont pas seulement le fait de l’environnement mondial et du hasard. Il devra s’intéresser davantage aux réalités plus complexes et se méfier des dogmes et critères qu’il s’est imposé. C’est d’abord une affaire de culture générale plus ouverte qui ne se contente pas des algorithmes enseignés à l’école et qui fait plus appel à l’initiative, à la créativité rationnelle, ainsi qu’à une meilleure communication hiérarchique et interdisciplinaire, comme on a pu parfois y aspirer déjà en mai 68. Des industries qui ignorent la crise ont pu déjà s’en inspirer.
I. AFFAIRE MADOFF POUR ILLUSTRER UNE CRISE
On a pu lire récemment dans la presse grand public certains articles parlant d’un « Mystère de l’affaire Madoff » (1). Il semblerait qu’il aurait été coupable de malversations, et qu’il se serait enrichi de manière délictueuse, en utilisant la technique de la pyramide de Ponzi, au détriment des gens qui lui faisaient confiance et qui lui avaient confié des sommes importantes pour les investir au mieux. Plus de 50 milliards de dollars ont disparu. Cet argent a-t-il été perdu ou détourné ? Apparemment nul ne le sait. Il disposerait aujourd’hui d’une fortune de 100 millions de dollars mis au nom de son épouse et de sa famille. Mais où sont donc passés les autres 50 milliards ? Cet argent là a-t-il été caché quelque part, s’est-il « volatilisé » ou a-t-il été détruit et perdu pour tout le monde, y compris pour M. Madoff ? Serait-ce une éventualité, et cela montrerait-il si oui ainsi les dérives possibles inimaginables du monde financier et des conséquences sur l’économie le fait de ne pas les maîtriser ? (2)

Au-delà de cette affaire et de savoir si oui ou non Madoff est coupable de malversations c’est tout un système qui avec ses méthodes, ne devrait jamais plus pouvoir fonctionner comme par le passé. Avec les vieilles méthodes, ce ne serait à l’avenir peut-être plus aussi facile de faire à « coup sûr » du profit et de créer du « développement économique ». Et l’affaire Madoff est peut-être l’occasion de nous le rappeler et de mettre en lumière certaines insuffisances de la décision financière, dont jusqu’à présent on n’a pas beaucoup entendu parler. Nous allons nous efforcer de développer un autre scénario que celui qui a été retenu par les tribunaux qui viennent de le condamner, mais qui selon toute vraisemblance aurait très bien pu se produire aussi et conduire aux mêmes situations de « volatilisation » d’importantes sommes d’argent, ce qui ne ferait que mettre en lumière certains mécanismes de la récession (3).
On n’avait pas eu besoin de s’attarder sur ces problèmes jusqu’à présent pour produire des résultats et des profits, que l’on considérait comme légaux et honnêtes. La situation a beaucoup changé. Et l’affaire KERVIEL (4) ici aussi a bien montré les faiblesses des méthodes boursières usuelles et les difficultés que peuvent rencontrer même des professionnels très bien rodés. Les investissements en Bourse peuvent aujourd’hui présenter à terme des risques financiers bien plus grands que n’importe quels autres, si on n’y ajoute pas d’autres savoir-faire sans doute plus difficiles à acquérir et à utiliser. Il est devenu plus que jamais nécessaire de mieux connaître et de mieux maîtriser ces aspects. A cet égard, il apparaît comme plus que probable, surtout dans l’affaire KERVIEL, que les personnes mises sur la sellette ne peuvent pas être aussi coupables que certains auraient peut-être aimé le voir pour disposer peut-être de bons boucs émissaires et ne pas avoir à reconnaître les faiblesses des méthodes employées actuellement. Pour ma part, les accusés ont surtout été entraînés dans un système de vieilles habitudes, qui en réalité ne sont pas si anciennes que cela (5), et qui n’étaient pas dans la déontologie initiale de la Bourse, dont la mission première est d’abord de financer l’économie réelle et de pouvoir retirer du profit uniquement à partir de son développement réel. Certes, ce fut un vœu pieux et les dérives perverses du boursicotage et de la spéculation sont bien vite apparues. Toutefois, on ne s’est peut-être pas rendu compte tout de suite que ces pratiques avaiient pu prendre très largement le pas sur les aspects beaucoup plus vertueux voulus au départ. Et sans doute ne s’est-on pas rendu compte non plus de la montée en puissance aussi forte de ces dérives aux effets si pervers et qui produisent des dégâts « collatéraux » qui ne sont plus du tout secondaires.

Rappelons que M. Madoff était président du NASDAQ, la Bourse des valeurs technologiques (6) où se trouvent toutes les activités industrielles et économiques qui gravitent autour de l’informatique et d’Internet, mais aussi – et en quantité beaucoup plus grande – beaucoup d’autres domaines très technologiques, qui concernent presque toutes les industries les plus modernes, et censées représenter l’avenir et les valeurs industrielles les plus dynamiques. Il n’était pas rare ici de voir des start-up connaître des progressions à la fois des revenus et des cours en Bourse de 30 à 40% par an et beaucoup plus parfois. Et dans ce contexte, si on part du principe que l’on est bien informé sur la réalité des sociétés cotées en Bourse, il n’était pas obligatoirement aberrant de pouvoir miser sur des progressions de 10 à 20% de certains titres bien sélectionnés quand on savait à quoi cela correspondait plus exactement. C’était aussi ce que pensaient beaucoup de banques en France, qui ont proposé des portefeuilles de valeurs boursières à « gestion dynamique » de rapports comparables, considérées certes comme plus risquées mais toujours dans les limites du raisonnable, et avec des profits et des valorisations souvent réalisés comme annoncés, même si ce n’était en fait que des paris effectués à partir des statistiques et des résultats antérieurs (7).

N’avait-on pas vu par exemple, au début des années 90, les valeurs des actions de APPLIED MATERIALS s’envoler de plus de 1000% en quelques années seulement (8) ? Il y avait eu de très bonnes raisons d’économie réelle à cela qui n’avaient rien à voir avec la mystique délirante, presque superstitieuse, des salles de marché en période de fièvre. On avait su magistralement « marier » le « technoscientifique » dans le domaine des plasmas de décharges électriques sous vide, l’optimisation de certains procédés de gravure qu’on utilise pour la fabrication des puces en microélectronique, avec la conception et la vente d’équipements technologiques professionnels correspondants, très uniques et très exceptionnels dans les performances d’utilisation technique, destinés à l’industrie des semi-conducteurs. Une affaire de produits « simples » bien « définis » et de brevets pertinents ? Pas vraiment, d’abord une association particulièrement bien faite de l’ensemble des aspects industriels concernés qui avaient été mis en œuvre autour d’une organisation efficace capable de réaliser un engineering de produits innovants « bien vus ». La préoccupation essentielle de la société, c’était surtout de pouvoir proposer à ses clients des équipements et des procédés uniques que l’on pouvait leur vendre à des prix et avec des marges commerciales beaucoup plus élevés que chez ses concurrents et que ceux-ci trouvaient intérêt à acheter, pour fabriquer des puces plus sophistiquées et améliorer leur productivité à travers des performances de procédés beaucoup plus élevées. Dans le cas particulier de la chaîne de production du secteur industriel considéré (ici la microélectronique), c’était parfois le fournisseur des équipements de production qui pouvait réaliser les bénéfices les plus importants avec des solutions exclusives et des marges commerciales particulièrement importantes, lorsqu’il pouvait de fait se retrouver sans réels rivaux et imposer son quasi-monopole. Ses clients réalisaient alors souvent leur profit avec de grandes quantités de puces produites et vendues avec des marges commerciales faibles, profit qui pouvait devenir très faible surtout quand régulièrement les prix des puces s’effondraient en raison d’une offre devenue surabondante, en particulier quand l’un de ses grands consommateurs au bout de la chaîne industrielle se retrouvait en situation de marasme, et tout le contraire quand les puces en raison de leur conception plus géniale pouvaient voir leur prix de vente s’envoler, tout comme pour les matières premières indispensables, en période de pénurie (9). Voilà bien typiquement le genre de « détails » dont il faut tenir compte parmi d’autres aspects complexes très techniques et très scientifiques à connaître aussi, pour être en mesure de prévoir ou non le développement réel des valeurs industrielles et des profits des sociétés impliquées et ne pas uniquement se fier aux statistiques économiques et aux résultats comptables des activités qui se retrouvent en bout de chaîne.

Mais il n’y avait pas eu besoin de comprendre cela pour constater la progression fulgurante des ventes et des profits de certaines valeurs cotées au NASDAQ, et voir la Bourse s’enthousiasmer pour celles-ci, sachant que les investisseurs pouvaient imaginer que leur bonne situation pouvait durer encore longtemps. Il y a bien d’autres exemples tout aussi réels et exemplaires, qui reposaient sur de la pertinence technologique et technico-commerciale : résultats qui pouvaient faire rêver et fantasmer aussi bien les financiers que les scientifiques, les technologues et les petits porteurs, même si chacun d’entre eux, pour des raisons différentes, pouvait ne pas savoir en quoi certains aspects techniques pouvaient conférer aux produits un succès commercial aussi important. La plupart d’entre eux pouvaient ne pas disposer de l’expertise complète nécessaire à la bonne compréhension de l’exploitation du sujet, et ce n’était alors pas grave quand par exemple dans le domaine de la microélectronique tous les acteurs pouvaient se retrouver dans une période faste, mais c’était tout le contraire et il y avait de quoi perdre « son latin » quand seulement quelques maillons de la chaîne continuaient à progresser pour des raisons plus particulières : il valait alors mieux savoir les connaître et les comprendre pour ne pas essuyer en Bourse de graves revers de fortune.

C’est un exemple parmi beaucoup d’autres qui a pu expliquer l’origine d’une mystique du développement sans limites des valeurs technologiques, quand les succès industriels commerciaux et financiers sont aussi importants, et qui ne correspondaient pas à des cas très isolés, une mystique qui a pu produire dans d’autres domaines technologiques des bulles de développement boursier, quand l’investisseur en réalité ne sait pas exactement de quoi il retourne. En particulier, elle est devenue particulièrement visible avec les valeurs en rapport avec les services d’Internet, même si ce dernier ne constitue pas l’essentiel du volume des activités industrielles plus technologiques. C’était le sommet de l’iceberg des nouveaux grands développements économiques en cours, sur fond de développements techniques à la fois les plus visibles et en rupture complète avec ce que l’on avait pu connaître avant. Il y avait eu l’arrivée du chemin de fer, puis celle de l’électricité, de l’automobile, de l’avion, de la radio, du téléphone et de la télévision, mais aucune révolution technologique n’aura pu autant faire rêver qu’Internet, du fait de son caractère mondial et de son ampleur généralisée.

Si Madoff a distribué à tous les investisseurs qui lui faisaient confiance des dividendes contractuels sans disposer des placements qui pouvaient les produire, il est bien évident que cela pouvait faire fondre rapidement les capitaux confiés, surtout si dans le contexte de la conjoncture, les incertitudes financières étant devenues plus grandes, il ne recevait plus d’apports en capitaux suffisants pour honorer ses engagements. Aura-t-il délibérément détourné l’argent confié pour aller le cacher dans des paradis fiscaux ? Mais on peut alors se poser la question suivante : pourquoi n’a-t-il pas acheté, d’abord, les valeurs au NASDAQ qu’il pouvait connaître, et en théorie d’un point de vue purement financier, mieux que personne ? Cela aurait pu lui faire fructifier le capital confié et aurait pu lui faire gagner bien plus d’argent qu’un détournement de fonds délictuel, voir criminel, et sans risque de se voir accuser de malversations ? Peut-être que, comme dans la fable du Héron, les poissons à prendre étaient devenus de plus en plus petits et qu’en attendant un peu plus longtemps que les nuages gris de la conjoncture passent, il pouvait espérer en retrouver de plus gros, comme ce fut le cas par le passé. Peut-être a-t-il seulement fait preuve de trop de négligence, persuadé qu’il n’aurait pas à s’inquiéter de voir un jour ou l’autre revenir les meilleures occasions. Ou bien était-il dans l’incapacité de comprendre les rouages industriels technico-commerciaux et technico-scientifiques de l’économie réelle du virtuel boursier correspondant ?

Au début de son procès (10) en mars 2009, il plaide coupable pour, dit-on, échapper à la vindicte d’un jury populaire qui aurait pu exprimer la colère de ceux qui lui avaient fait confiance et qui avaient tout perdu, et d’une opinion générale exprimée par une majorité de gens qui commençaient à souffrir de la crise financière. Il déclare qu’il n’a jamais investi un sou de l’argent confié. Il est difficile de le croire avec ce que nous venons d’évoquer. Mais peut-être avait-il uniquement voulu le faire par paradis fiscaux interposés, pour échapper à l’impôt. Et c’est peut-être uniquement de cela qu’il aurait été coupable et de n’avoir pas voulu révéler comment il avait pu transférer les capitaux confiés sur des comptes bancaires de paradis fiscaux, quand d’autres utilisaient peut être aussi ces mêmes filières et qu’il s’agissait peut-être pour lui de ne pas les compromettre. Même sans aucune autre intention d’escroquerie, cette malversation si courante dans certains milieux financiers pour échapper à l’impôt (11), ne lui a pas pour autant permis d’échapper au piège dans lequel il s’est retrouvé, ni la destruction et à la volatilisation des capitaux confiés, comme montré plus loin.

La crise, dit-on, avait commencé en 2008 aux Etats-Unis, avec la crise des « Subprimes » du crédit immobilier (12) et elle s’est transformée progressivement en crise économique plus générale. Mais, en réalité, les prémisses de cette crise économique plus profonde n’avaient-elles pas déjà commencé avec l’éclatement de la bulle internet (13), il y a bien plus longtemps déjà ? Comment sortir de cette crise ? C’est la question que tout le monde se pose. Cette crise est l’occasion de se poser certaines questions, qui en temps « ordinaire » ne seraient pas venues à l’esprit et qui pourront contribuer peut être à une sortie de crise plus rapide et plus durable.

Payer des intérêts de 20% par an sur les 50 milliards confiés, c’est déjà dépenser 10 milliards par an et, à ce rythme-là, on peut en cinq ans déjà dépenser tout l’argent confié, sans compter les capitaux que l’on aura dû rendre. Et les incertitudes à la Bourse n’ont-elles pas précisément commencé il y a plus de 5 ans, pour n’avoir de ce fait effectué aucun placement. Que ce serait-il passé, s’il avait placé cet argent, avec une chute des cours de plus de 50% ? Il aurait été pris à la gorge encore bien plus rapidement, rien qu’en ayant voulu tenir ses engagements. De là à se dire qu’il aurait certainement fait des placements qui auront pu produire des dividendes, mais qui n’auraient pas pu compenser les pertes liées à la chute aussi importante et imprévue des cours en Bourse… Le scandale dont on parle dans les médias, ne serait-ce pas pour servir de diversion à la crise, comme c’est sans doute aussi le cas avec la dénonciation des super-salaires des dirigeants, indépendamment du fait de savoir s’ils sont légitimes et moraux ou non ?

Il semblerait qu’il ait pu d’abord penser sans doute à ses propres intérêts en prenant d’emblée une commission sur les capitaux qui lui avaient été confiés. Mais sans vouloir le défendre plus particulièrement, s’il avait pu accumuler ainsi une fortune de près de 100 millions de dollars, sur les 50 milliards confiés, cela aurait pu ne correspondre qu’à une commission de 0,5%, et il y a bien des banques d’affaires qui demandent beaucoup plus le plus couramment du monde (14). Même en admettant qu’il n’ait pas distribué des dividendes aussi importants, il n’avait pas besoin d’être malhonnête, au sens légal du terme, pour qu’ils se soient « volatilisés ». Un peu d’inconscience, un « zeste » de négligence et un peu de malchance réunis auraient pu parfaitement suffire. Aurait-il vraiment décidé de ne pas investir les fonds qui lui avaient été confiés dans le but de les détourner à son profit ? Ici rien n’est a priori moins sûr.

En effet, beaucoup de valeurs technologiques ont pu commencer à faire du « yoyo » après l’éclatement de la bulle Internet et, même quand on est président du NASDAQ, on n’a peut-être pas su où, pourquoi et comment investir de manière plus sûre et plus profitable. Et c’était sans doute encore plus difficile à faire au cours des trois dernières années et très facile d’arriver à une impasse quand on rembourse des capitaux d’un côté et paye des dividendes de l’autre dans l’espoir de garder la confiance des investisseurs, et dans l’attente de recevoir de nouveaux capitaux, pour passer le cap des incertitudes. Et cela un président du NASDAQ ne pouvait sans doute pas le dire sans perdre la face et déchoir. Et n’aurait-il pas perdu la face aussi, s’il n’avait fait qu’investir dans des valeurs beaucoup plus moyennes, quand on a pu connaître et faire savoir qu’il y avait au NASDAQ de temps à autre des valeurs exceptionnelles qui présentaient des croissances gigantesques, et que cela avait parfaitement correspondu à une réalité industrielle et commerciale ? N-importe qui pouvait alors se sentir comme hypnotisé et faire confiance aux apparences de supériorité professionnelle et financière de M. Madoff, à savoir identifier les meilleures valeurs, d’autant plus qu’il avait été nommé président du NASDAQ par les meilleures élites professionnelles de la finance.

Tout ceci pourrait bien faire penser que la nébuleuse de la finance dispose peut-être de moins de savoir et de savoir-faire qu’on ne le croit. On y dispose d’un certain savoir-faire financier technique, mais pas nécessairement de bonnes compétences d’entreprises et de compétences économiques et technico-commerciales générales. Il suffit de constater ce que l’on enseigne dans le cadre des grandes formations universitaires et des grandes écoles qui se consacrent au management et à la gestion, de voir que les éléments d’un marketing lié à l’évolution des technologies y est singulièrement absent ou minimisé et que rien n’a été prévu pour être en mesure d’anticiper les tendances et les retournements de situation qui sont les conséquences des progrès techniques et scientifiques, alors que c’est à la base des fonds de commerce de bien des entreprises qui exploitent des savoirs technologiques complexes et qui peuvent évoluer rapidement. La plupart des financiers ne disposent que d’une formation économique générale, ou à la rigueur d’une formation technologique seulement très basique, en particulier quand ils ne disposent dans ces domaines que d’un diplôme de base d’une « grande école scientifique » avec laquelle on ne peut pas toujours tout comprendre des mécanismes plus subtils et plus complexes qui gouvernent l’activité et le développement des industries de pointe. Il convient alors surtout de ne pas le montrer ou alors d’en minimiser l’importance et de faire croire qu’on n’a pas besoin de comprendre les produits exploités pour bien faire son métier de financier, qu’il suffit de croire dans les statistiques et parfois dans les pronostics annoncés par les entreprises elles-mêmes, et de constater si au bout du compte il y aura eu ou non des bénéfices. Mais dans le monde des industries plus complexes, la gestion est une chose bien différente de la spéculation sur les cours de l’or ou du pétrole, ou des paris de courses de chevaux. C’est peut-être l’expression du fait que l’économie financière est d’abord une économie de patrimoine plus classique et d’un patrimoine financier en particulier où les propriétaires des principales richesses dans l’ensemble ne sont pas des professionnels des industries de pointe et donc de ce fait se méfieraient beaucoup plus de celles-ci, du simple fait qu’en général ils n’en comprennent pas les mécanismes plus évolués et plus subtils, et que peu d’entre eux seront prêts à le reconnaître et à y remédier en s’y intéressant d’une manière plus approfondie. Il faut préciser encore ici qu’il ne suffit pas de posséder des actions plus « technologiques » pour être un professionnel en la matière.

En conséquence de cela, on en est venu à « ritualiser » en quelque sorte la gestion financière, à ne plus s’intéresser dans l’ensemble qu’à l’économie virtuelle et à continuer à développer la financiarisation des activités économiques comme on peut le voir à nouveau un peu plus de deux ans après le début de la crise, comme ci celle ci n’avait jamais existé.

On serait tenté parfois de caricaturer le fait, comme on pouvait le voir dans certaines anciennes émissions humoristiques et burlesques de Stéphane Collaro, et d’assimiler le monde de la finance à une sorte de secte, avec ses rites incantatoires et ses gourous. Les décideurs les plus en vue ne sont-ils pas considérés comme appartenant à une nouvelle caste de grands prêtres des sociétés modernes plus riches, censés être dans la confidence des grands mouvements d’argent, et dont le grand public ne saurait rien comprendre ? Il faudra bien que ces nouvelles castes assument leurs responsabilités en remettant en question, non seulement dans l’intérêt général, mais dans leur propre intérêt aussi, les approches financières trop rudimentaires, qui ne peuvent plus convenir à l’exercice de ces métiers, quand tellement de choses seront devenues plus complexes, plus évolutives ou plus précaires, et que tellement plus de choses sont à savoir, à étudier et à prendre en compte. Le même type de comptabilité que celle utilisée par une petite épicerie de quartier ne peut plus suffire, et il y aura beaucoup de gens, qui pourront se donner des apparences de savoir et de compétences supérieures qui en réalité ne sauront rien faire d’autre que de la comptabilité et de la spéculation rudimentaires. Pour aider à lever certaines confusions et ambiguïtés sur les niveaux d’instruction et les compétences très inégales pouvant exister dans le monde de la finance, on citera l’exemple des « Mama Benz » analphabètes et des « tontines » en Afrique et en Inde où même des enfants gèrent parfois honorablement une micro-activité bancaire (15). Mais personne ne pense que ce niveau de culture rudimentaire est suffisant pour gérer raisonnablement des affaires financières, commerciales et industrielles plus modernes qui peuvent avoir des conséquences autrement plus importantes sur l’économie mondiale.

D’un côté, pour beaucoup d’activités plus banales, des élites ne feront qu’utiliser une toute petite partie de leurs compétences. Elles finiront même par les oublier quand ces activités plus « ordinaires » entraîneront de la paresse d’esprit et à ne plus utiliser leur potentiel professionnel plus élaboré, surtout quand les machines financières administratives leur imposent cette manière de travailler. D’un autre côté, il y a tellement de choses plus complexes à savoir ou auxquelles on devrait logiquement plus s’intéresser, et dont par déformation professionnelle on ne veut souvent pas même entendre parler. Ces professionnels de la finance là seront-ils en fait d’un niveau culturel si différent de celui des « Mama Benz » et seront-ils même capable de faire preuve d’autant de bon sens et de compétences pratiques ? On peut souvent en douter.

Combien de fois un chef d’entreprise allant rencontrer son banquier ou ses actionnaires, ne s’est-il pas entendre dire qu’un financier compétent ne doit pas encombrer son esprit avec des aspects plus techniques, ou technico-commerciaux, qui pour lui ne constituent que des activités secondaires et ne concerne que des catégories socioprofessionnelles subalternes ?

M. Madoff n’est peut-être pas coupable du même type de malversations qu’a pu pratiquer le surintendant Fouquet au temps de Louis XIV, en détournant sans vergogne à son profit 60% des impôts collectés (16). On sait qu’il prenait sa « commission » en toute bonne conscience et connaissance de cause, pour s’enrichir personnellement, ayant cru ne pas avoir à craindre d’être obligé de rendre des comptes aux autorités et à la justice publique. On se doute bien que devant l’énormité de ce détournement de fonds publics, bien que réalisé avec les apparences de la légalité, les sanctions qui lui ont été infligées par l’autorité suprême de l’Etat que fut LOUIS XIV ne pouvaient pas être uniquement motivées par des questions de jalousie et de préséance.

Imaginons ce à quoi cela pourrait correspondre aujourd’hui, si quelqu’un avait détourné à son profit la même proportion du budget actuel de l’état ? Cela correspondrait, en calcul théorique, en gros à un prélèvement de plusieurs centaines de milliards d’Euros par an. Cela correspondrait environ à 5 à 10 fois plus que les sommes d’argent supposées escroquées dans l’affaire Madoff, mais à une autre différence près, c’est que, dans le second cas il s’agit peut-être d’abord de « pertes », pour lesquelles il a eu, certes, une part de responsabilités individuelles. Mais cela aurait aussi très bien pu être autre chose qu’un détournement voulu et consciemment organisé. En effet, on peut considérer que M. Madoff n’aurait eu raison de se priver du même type de placements en valeurs citées plus haut, qui étaient aussi prospères au début des années 90, avec lesquels, en période « faste », il aurait parfaitement déjà pu gagner beaucoup plus en un an seulement et avec quelques valeurs bien sélectionnées, et ceci très légalement. Il aurait peut-être voulu attendre le retour d’une période plus faste, pour réaliser le profit qu’il avait promis à ses commanditaires. Mais voilà, ces jours fastes ne sont pas revenus en temps voulu assez rapidement, avant d’avoir été obligé d’honorer ses contrats de dividendes, avant qu’on lui demande de restituer certains des capitaux confiés, et avant que son capital de confiance pour se voir confier de nouveaux capitaux, ne s’épuise. S’il est coupable de quelque chose, c’est peut-être de ne pas avoir été plus prévoyant et trop laxiste, mais peut-être aussi tout bêtement d’avoir manqué d’un savoir professionnel plus élaboré et « de chance » et de s’être laissé piégé par une tourmente dont personne dans son monde n’avait prévu la violence. Et voilà aussi qui illustre les mouvements de folies de la Bourse qui peuvent dépasser l’entendement de n’importe quel individu fût-il le plus spécialisé et le plus averti. On a pu suspecter M. Madoff d’avoir caché l’argent confié dans des paradis fiscaux. Cela aurait pu être assez « banal », puisque toutes les grandes banques disposent de comptes dans ces paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. Mais cela n’aurait empêché en rien le possible déroulement de la spirale infernale décrit précédemment, quand dans ces paradis fiscaux on peut subir aussi les aléas et les caprices de la bourse.

Mais on peut ici se poser d’autres questions, sur les répercussions sur l’économie mondiale de l’argent caché dans ces paradis fiscaux quand on sait qu’il correspond à des sommes de l’ordre de grandeur de 10 000 milliards d’euros et que cette masse de manœuvre financière, virtuelle ou non, ne peut être sans influence sur l’économie mondiale et la crise financière actuelle, comme nous le verrons plus loin. Ce n’est pas seulement une affaire de manque à gagner pour le fisc, mais aussi une question d’argent qui ne serait pas assez bien et rapidement recyclé ou réinvesti.

On a célébré en 2008 le quarantième anniversaire de « mai 68 » (17) pour lire et entendre dire un peu partout que Mai 68 avait atteint l’ensemble de ses principaux objectifs de remise en question de bien des comportements sociaux plus ou moins arbitraires et archaïques hérités d’un passé beaucoup plus lointain, tout particulièrement ceux concernant l’autorité patriarcale, les droits de la femme, les relations entre catégories sociales, et les relations hiérarchiques à connotations militaires dans les administrations et le pouvoir traditionnel de droit quasi divin du patron qui existait encore à cette époque dans beaucoup d’entreprises. Avec la concordance des événements la même année en 2008, il pouvait naturellement venir à l’esprit de savoir si, dans l’esprit de contestation révolutionnaire de l’époque 68 qui avait vu remettre en question, bien des aspects liés aux castes et aux privilèges sociaux, on avait aussi abordé la question des privilèges et légitimités des castes financières, et si oui, s’il y avait eu des changements depuis. On a pu constater qu’il n’en a rien été. En fait, en mai 68, c’est d’abord d’aspects sociopolitiques et surtout socio-psychologiques, il a été question, et on n’a guère fait d’analyses économiques, sauf de manière plus marginale et d’un point de vue plus idéologique chez les plus extrémistes, qui voulaient redonner un nouveau souffle aux idées marxistes, en particulier chez les maoïstes qui voulaient promouvoir le modèle mis en œuvre par Mao en Chine à la même époque (18). Mai 68 fut d’abord un conflit de générations qui voulait remettre en question des relations psycho-sociales primaires, et les aspects économiques passèrent vite au second plan.

On aura cependant pu constater que les événements et « l’esprit de Mai 68 », ont permis d’aborder d’autres questions dont on n’avait guère parlé jusqu’à présent et qui visaient moins la contestation directe de « l’ordre établi » que celles plus générale du développement des connaissances, de leur répartition, communication et utilisation que l’on pouvait en faire, pour rendre plus efficaces les structures économiques et administratives existantes. Ces questions avaient été soulevées du fait des nombreuses incertitudes chez beaucoup d’étudiants à savoir quelle place ils allaient occuper dans la société moderne, à quoi pouvait ressembler leur avenir professionnel et à quoi ils allaient pouvoir être utiles, et ceci autant pour leur intérêt personnel particulier, que sans doute aussi concernant l’intérêt général, à travers une certaine expression des élans et idéaux de jeunesse. Dans ce domaine, beaucoup de questions plus générales, et sans doute plus difficiles, sont restées sans vraies réponses, mais redeviennent plus que jamais d’actualité dans le contexte de crise actuelle. Paradoxalement, il n’y a rien de politique ou d’idéologique dans ces questions-là qui relèvent d’une réflexion sur le rôle du savoir et de la communication dans le fonctionnement des sociétés en général, pour qu’elles puissent mieux fonctionner, mieux produire les richesses dont on a besoin et auxquelles tout le monde aspire. Cela n’a rien à voir avec des idées politiques ou une affaire de lutte des classes héritées du XIXème siècle, Ces questions peuvent tout aussi bien être posées dans le cadre des doctrines économiques aussi bien libérales, que plus dirigistes et elles ont pu inspirer la réforme « Edgar Faure » pour les universités (19).

Avec le désarroi qui est apparu par suite de la crise un peu partout et dans le monde financier en particulier, on peut se poser la question de savoir si on dispose vraiment du savoir suffisant pour durablement s’en sortir. Madoff n’était peut-être pas aussi bien armé qu’on aurait pu croire et, en ayant été mieux informé des activités cotées en Bourse, il aurait sans doute pu éviter le pire, et c’est en cela que cette affaire pourrait aussi être un élément qui illustre bien la crise actuelle.

Serait-ce utopique et absurde de penser que l’on ne s’est contenté jusqu’à présent que d’apparences bien légères et bien superficielles ? Pas si sûr, quand tant d’aspects trop peu connus de la gestion des industries technologiques, sont de plus en plus difficiles à intégrer à la prise de décisions et à la gestion courante des affaires. Quels que soient le système et le contexte, ces questions nécessiteront de plus en plus d’efforts et de savoir pour y répondre. Mais en a-t-on pris conscience et est-on prêt à les acquérir dans les milieux boursiers ordinaires où en général on aime les choses simples et bien exprimées et où il est tellement plus simple et plus profitable de boursicoter ? Ajoutons ici que c’est le cas uniquement en périodes fastes. Mais quand les bulles financières éclatent et que la crise apparaît, suffit-il de faire le dos rond et d’attendre que la crise passe, en se disant que d’une manière ou d’une autre les pouvoirs publics renfloueront les banques et remettront de l’ordre dans les affaires économiques ? On mesure ici la relativité de la maxime de Boileau, qui nous dit qu’il suffirait de concevoir clairement les choses, pour les exprimer aisément. Et quand on dit « clairement », on pense, en général à « simplement ». Mais, comme le disait en substance Paul Valéry (20), les choses simples sont toujours fausses, et les choses plus complexes, souvent impossibles, du moins beaucoup plus difficiles à bien communiquer, d’autant plus impossibles quand on veut s’en tenir aux habitudes et aux apparences traditionnelles, mais peut-être moins, si on est prêt à faire plus d’efforts de savoir, d’analyse, d’écoute, de communication et de réflexion partagée. Et pour cela l’utilisation d’une meilleure culture générale polyvalente et appliquée et d’une meilleure organisation de la communication, et l’association des intelligences et des savoirs individuels deviennent indispensables.

Les enseignements dans le domaine du management supérieur ne commencent-ils pas en général par des tests et des jeux de rôle collectifs et individuels, comme celui du « test de la NASA » (21) ? Ce dernier, de manière démonstrative et concrète, permet immédiatement de prendre conscience que c’est dans les équipes les plus soudées et les plus motivées, et qui savent le mieux partager et additionner leurs savoirs et intelligences individuelles, qu’on arrive immanquablement à créer une intelligence collective supérieure bien plus efficace. Et cela devient d’autant plus d’actualité quand il s’agit d’analyser des choses plus complexes et de produire des solutions plus élaborées et plus pertinentes et de prendre des décisions plus rapidement pour les appliquer ou pour les modifier. Si ce ne sont pas les seuls aspects à prendre en compte, ce qui est sûr, c’est qu’on peut souvent mieux y parvenir ainsi que dans les équipes qui sont davantage soumises à une discipline organisée, à des règlements et à l’autorité d’un seul chef, alors même qu’il serait censé être plus intelligent, mais qui ne peut pas tout savoir. Et ce ne sont pas les dogmes, les règlements et les habitudes plus technocratiques, ni seulement le meilleur savoir qui aura pu être développé, qui pourront compenser la paresse d’esprit, l’absence de bon sens, d’initiative, de créativité et de réactivité quand les compétences individuelles ne sont pas assez sollicitées et utilisées.

A ces problèmes de communication et d’addition des intelligences et des savoirs, il faut en plus ajouter toutes les informations sur des données économiques, industrielles et techniques nouvelles que l’on ne connaissait pas dans le passé, parfois même récent. Mais ce dont on ne parle pas ou que l’on ignore encore ne peut-il pas, pour autant exister et avoir beaucoup d’importance ? L’apparition de nouveaux grands groupes technologiques dans les pays émergents, les nouvelles technologies en rapport avec les énergies renouvelables et qui deviennent compétitives avec les énergies plus conventionnelles, les voitures hybrides, les matériaux innovants qui interviennent aussi bien pour les nanotechnologies que pour redonner un nouveau souffle à des industries vieillissantes en passe de disparaître ou d’être délocalisées, il faut tenir compte des nouvelles approches de l’organisation du travail, du rôle de l’engineering plus techno-scientifique et de tout ce qui relève de l’industrie du savoir et des produits et services plus exclusifs dans les domaines des biens d’équipement. On ne pourra alors que constater le déclin des industries de production de biens et services plus ordinaires dont le maintien ne dépend que de coûts plus faibles possibles ou non à réaliser.

Deux exemples tout récents qui le montrent particulièrement bien, quand on parle de voitures électriques, dont des concepts modernes prévoient une autonomie de 150 km environ et la brutale arrivée sur le marché de nouvelles batteries trois fois plus performantes, et de nouveaux véhicules qui assurent plus de 400 km et qui de surcroît ont des chances d’être moins chers, et qui montrent tout l’intérêt à avoir pu en mieux prévoir leur arrivée et d’anticiper d’autres alternatives pertinentes et réalistes.

Parler dans ce cas de développements économiques en ne considérant uniquement que la question des résultats du passé, des coûts et des salaires, ce serait de l’imposture ou de la naïveté très irresponsable. C’est un ensemble de choses dont il faut tenir compte, et pour lesquelles les nouvelles solutions ne peuvent pas être apportées avec un commandement plus autocratique et une application plus stricte de règlements technocratiques. Toutefois, savoir tout cela n’empêche pas de continuer trop souvent malgré tout à les utiliser dans le monde économique, avec des décisions qui viennent d’en haut, sans avoir été suffisamment instruites avant, et imprégnés de préjugés et d’idées reçues, avec des règlements et des apparences seulement de pertinence, pour les faire appliquer par des gens qui ne sont pas censés pouvoir penser par eux-mêmes et uniquement des exécutants comme « les soldats de plomb » dans les armées des anciens régimes ou chez les « bidasses » du XX e siècle. Il faut faire attention et c’est un grand danger vouloir transformer les individus en humanoïdes numérisés, à l’instar des répondeurs vocaux même les mieux programmés. Il y a toujours des situations courantes et d’une grande banalité que l’on aura oubliés de prendre en compte dans les logiciels, et les conséquences de ces oublis peuvent s’avérer dramatiques. On sait aujourd’hui que le soldat qui n’a pas le droit de prendre des initiatives intelligentes, et qui là uniquement pour obéir, ne contribue plus beaucoup à la force des armées modernes, surtout quand les situations deviennent plus difficiles. Les organisations qui reposent d’abord sur l’obéissance d’exécution des ordres, sont nécessairement plus lourdes, plus inefficaces et sont, en plus, souvent beaucoup plus coûteuses. Et quand c’est pareil pour les organisations économiques et financières, les solutions ne peuvent pas se résumer à des décrets administratifs et des lois fiscales plus ou moins appropriés. Il faut le « quelque chose en plus » avec lequel on pourra décider, agir et réagir en fonction des distinctions sur le terrain, sous peine de passer à côté de ce que l’on voulait et de galvauder les moyens engagés.

L’économie commence par les choix pertinents à faire dans les investissements, et tout particulièrement ceux qui sont faits dans l’économie réelle et dans l’industrie, faute de quoi, l’argent investi ne pourra être que gaspillé, quand il n’aura pas pu produire au moins une contrepartie équivalente de ce qui a été investi. Ce sont de l’argent et des richesses qui se détériorent parce qu’il ne produit pas des activités et des richesses économiques nouvelles, et a fortiori quand elles partent en fumée. Si on veut éviter la récession d’une part, mais aussi conserver la valeur du patrimoine économique d’autre part, en numéraire, en biens ou en valeurs immobilières et mobilières de base il faut rappeler ce qui peut apparaître comme une lapalissade, qu’il faut d’abord faire en sorte qu’il y ait plus de projets qui réussissent, que de projets qui vont à l’échec, mais aussi que les capitaux ne soient pas immobilisés, retirés des circuits économiques et qu’il y ait plus d’actifs détruits, que de nouvelles richesses produites.

On doit bien prendre conscience du fait que les capitaux non investis, qui « dorment », où qui sont investis en projets trop quelconques, vont également contribuer à faire diminuer le patrimoine économique et tout particulièrement celui qui est disponible et qui pourra faire défaut pour créer et produire de nouvelles activités surtout quand celles-ci peuvent correspondre à de nouvelles orientations économiques, plus pertinentes. On observera qu’on ne crée aucune richesse économique réelle nouvelle quand on spécule, et en particulier quand on spécule sur les fluctuations des cours de Bourse. Le boursicotage qui permet aux banques de gagner beaucoup d’argent en période économique plus prospère, et que l’on considère pudiquement, comme correspondant à un processus de « redistribution des avoirs en capital », en fait permet au bout du compte aux mieux outillés, aux plus malins et aux plus forts de subtiliser de l’argent à d’autres actionnaires, comme dans le poker, à la différence près que les joueurs de poker sont tous consentants, n’engagent que leur responsabilité, et que le jeu de poker n’a pratiquement aucune conséquence sur l’économie réelle environnante (quand ce genre de pratique reste confinée à quelques cercles de jeux seulement). Ce type de spéculation ne crée a priori aucun accroissement de richesses dans l’économie réelle (22). C’est en fait une forme d’économie de piratage ou de pillage « légal » comparable à celle de l’Espagne des conquistadors (23) et une forme d’économie virtuelle, qui n’a en réalité permis aucun développement d’économie réelle locale et ne fait qu’appauvrir le pays et le conduire à son déclin.

Avec le boursicotage, on crée des valeurs virtuelles qui, dans l’ensemble, se verront être d’abord surévaluées, par le jeu de la confiance que l’on peut avoir dans leur avenir de développement, même quand celui-ci n’est pas encore vraiment établi. Et quand ces développements tardent à se voir, alors le « retour de balancier » et la chute des cours de Bourse, entraînent également la dégradation des activités de l’économie réelle, et de ce fait entrainent aussi la destruction de beaucoup d’actifs réels, en particulier quand le niveau de l’ensemble des actifs virtuels et réels devient trop faible et trop insuffisant pour servir de garantie de solvabilité pour toute sorte de nouvelles transactions financières plus ou moins courantes, telles que prêts, garanties bancaires, autorisations de découverts etc., indispensables à la bonne marche et au développement des entreprises.

On observera aussi que faire preuve de trop de prudence statistique en s’imposant toutes sortes de dogmes et de critères plus restrictifs va également réduire les activités de l’économie réelle et affecter leurs possibilités d’autofinancement pour leur développement. Car ou bien on n’aura investit souvent que dans des activités plus courantes, plus anciennes qui « marchent », mais qui rapportent moins et qui ne présentent plus de très gros potentiels de développement, ou bien on sera passé à côté d’opportunités plus intéressantes, et tout cela pour éviter d’investir dans des projets qui ne « marcheraient » pas. D’un point de vue macroéconomique, produire des profits avec de l’économie réelle mieux identifiée et comprise c’est sans doute la seule manière de parvenir plus sûrement à du développement de patrimoine sur du long terme.

Toutefois, dans les contextes économiques plus simples du passé, les valeurs en Bourse pouvaient presque toujours correspondre à quelque chose que l’on connaissait suffisamment bien, et les sommes investies en Bourse pouvaient plus facilement correspondre à des activités et des valeurs tangibles. Ces opérations maintenaient alors un certain principe d’équivalence économique entre la somme apportée et la contrevaleur achetée expliquant ainsi pourquoi autrefois il n’était peut-être pas toujours plus difficile de gérer une activité purement financière qu’une activité économique réelle alors que ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui quand on investit dans de l’abstrait et que l’on ne sait pas exactement à quelle contrevaleur économique cela correspond plus précisément. En répétant de manière plus généralisée ces opérations abstraites, ce jeu peut devenir très dangereux, quand il ne permet plus de maintenir le principe d’équivalence des montants investis avec ce qui peut en revenir par revente des actifs ou par les revenus qu’ils peuvent assurer. Ce type de transaction peut rapidement conduire à toutes sortes de dérèglements par surévaluation, puis sous-évaluation, ou encore parfois destruction des actifs de l’économie réelle correspondante.

Avec les habitudes de gestion de l’économie financière virtuelle pour faire du profit à court terme, on s’était jusqu’à présent beaucoup moins préoccupé de ces aspects. Les pratiques étaient restées jusqu’à présent plutôt simples et certainement infiniment plus faciles que l’analyse, le management et la gestion de l’économie réelle, qui eux devenaient de plus en plus spécialisés, complexes et difficiles à suivre en particulier, quand la simple analyse des bilans comptables et des conjonctures économiques, ne peut plus suffire, pour évaluer une entreprise. Et c’est bien pourquoi la pratique de l’économie virtuelle devient de plus en plus risquée, surtout quand elle concerne, comme c’est le cas de plus en plus souvent, des biens éphémères et des marchés très évolutifs, dont on ne discerne pas suffisamment l’origine de l’évolution du fait qu’on ne connaît pas leur nature de manière assez détaillée.

Les richesses produites à partir des biens qui circulent sur les marchés plus complexes sont bien sûr toujours évaluées à travers les lois de l’offre et de la demande, qui permettent d’en optimiser la production et la distribution. Un certain seuil de spéculation a toujours pu être toléré comme moyen de régulation. Mais qu’en est-il quand on ne sait plus très bien à quoi peut correspondre la loi de l’offre et de la demande, et qu’elle est surtout fondée sur des préjugés, des rumeurs et des lubies, comme cela semble être plus souvent le cas, tout particulièrement pour les produits financiers dérivés et structurés ? Il n’y a plus que le raisonnement statistique et conjoncturel qui compte et, pour finir, plus rien d’autre que le boursicotage fondé sur les variations à très court terme des cours de Bourses. Et pourtant même pour savoir gérer « correctement » ces aspects plus complexes de l’économie virtuelle, il y a sans doute beaucoup plus de choses à savoir et à comprendre des mécanismes de création, de production et de commercialisation des produits concernés, en particulier comment est effectué le management des entreprises de l’économie réelle associée et pas simplement voir les résultats du passé affichés dans les comptabilités.

C’est sans doute encore plus vrai quand interviennent aussi les limites des ressources en matières premières les aspects écologiques et les incidences de la mondialisation du commerce. On a déjà eu à travers l’histoire et un passé récent des problèmes comparables à affronter. Ce fût le cas de l’île de Pâques (24) celui de certaines désertifications ou de la raréfaction des ressources en eau, comme chez les Mayas, ou chez les Dogons (25) en bordure du Sahara, qui eux avaient peut-être pu mieux s’adapter que les premiers aux changements climatiques et à la pénurie en eau au cours des quelques millénaires avant notre ère. C’est encore le cas plus récemment, avec l’épuisement de toutes sortes de mines (or ou autres minerais de fer, de charbon et de potasse etc.), et d’autres exemples actuels particulièrement évocateurs et dramatiques, apparus tout récemment dans certaines îles du Pacifique, comme Nauru (26) qui disposait, il y a quelques décennies encore, des plus importants revenus par habitant de la planète après le Koweït, et qui est aujourd’hui dans le dénuement le plus total. D’une manière moins contrastée, c’est un peu aussi la même chose avec certains bassins d’emplois industriels sinistrés comme en Lorraine, qui n’ont pas su organiser leur reconversion en temps voulu et indiquent que ces questions à des niveaux divers, peuvent se poser partout.

Donc si on veut que les investissements à faire puissent faire l’objet de spéculations financières moins hasardeuses, on ne peut plus s’en remettre aux seules analyses boursières, faute de quoi on serait vite victime des effets d’annonces et de la désinformation, dont profiteraient en fait seulement les mieux informés. Ne parle-t-on pas déjà des délits d’initiés ? Cela concerne les informations qui permettent de savoir avant d’autres ce qui pourra influencer les cours en Bourse, ce qui pourrait revenir à exploiter de manière abusive le maintien dans l’ignorance organisée des autres. Mais il y aura toujours ici une grande ambiguïté entre les divers types d’informations que l’on a le droit ou non d’exploiter en Bourse : ceux auxquels la grande majorité des actionnaires n’aura pas pu avoir accès pour des raisons voulues et qui permettront à une minorité de retirer du profit au détriment des premiers et ce qui est interdit, et les informations auxquelles en théorie tout le monde pourrait avoir accès, mais pour lesquelles ce serait trop compliqué et trop difficile pour une majorité, et une faille que l’on a le droit d’exploiter très légalement. Dans le premier cas on parle d’escroquerie, et dans le second on parlera de « compétences et d’habiletés professionnelles ». Il y a encore une autre grande différence, quand on sait qu’avec ce jeu de la « redistribution des actifs » avec lequel certains gagnent beaucoup d’argent, le profit réalisé ne l’aura pas été en ayant apporté un bien ou un service recherché par d’autres en retour.

En fait on devrait distinguer deux aspects fondamentaux dans les informations qui influencent les décisions et les résultats financiers : ceux qui permettent d’en faire un usage tactique et spéculatif, qui correspond à du virtuel économique, à des transactions financières où l’argent doit travailler pour faire de l’agent, sans se préoccuper de ce à quoi de plus tangible elles peuvent correspondre, et les informations qui permettent d’en faire un usage stratégique fondé sur une vraie prévision à plus long terme, du développement des activités économiques réelles et des dividendes qui en résultent. Nous verrons pourquoi le premier usage ne peut aboutir à terme qu’à une crise, dans la mesure où cela va créer un différentiel entre économie virtuelle et économie réelle, entre ce que l’on croit avoir comme richesse et ce que l’on a en réalité, et qui correspond à une bulle financière. Quand ce différentiel s’étend à tout un secteur d’activité, la bulle risque alors d’imploser au moindre événement qui permet de la mettre en évidence. Et c’est aussi pourquoi, dans le deuxième cas, il est plus facile d’échapper aux crises financières, comme en particulier on a pu le voir avec certaines banques « islamiques » dont les activités reposent beaucoup moins sur du virtuel financier (27).

Les décisions tactiques à court terme n’ont pas toujours besoin d’une connaissance intime et complète de l’économie réelle. Pour gagner de l’argent en bourse en « jouant » à la hausse comme à la baisse, il suffisait de « surfer » sur les mouvements d’opinion et de les « anticiper ». Certains initiés diront qu’il suffirait uniquement de savoir les manipuler. Même si les rumeurs peuvent aussi dépendre de quelques événements et résultats concrets et réels, elles dépendent d’abord d’aspects subjectifs qui pourront ignorer beaucoup de réalités économiques importantes ou ce qui se passe dans les entreprises au niveau commercial et technique. Comment alors dans un tel contexte pouvoir spéculer sans risques énormes ? Cela devient la même chose que pour les paris de courses de chevaux, où des initiés pourront améliorer les probabilités de gains, et où les autres n’auraient plus que des réflexes de moutons de Panurge, ou de miseraient sur l’irrationnel. Il n’y a pas que certaines malversations à dénoncer, mais aussi tout un ensemble de lacunes et de pratiques qui sont liées à des habitudes dont on serait resté prisonnier, des habitudes qui pouvaient pousser à une certaine paresse d’esprit, à la résignation quasi superstitieuse, à négliger tout un ensemble de savoirs plus détaillés et plus professionnels, et à faire preuve de manque d’esprit critique et de discernement, de manque de décisions plus logiques et cartésiennes fondées sur une bonne information et des initiatives créatives et pertinentes. C’est encore plus vrai en période d’incertitudes, quand les résultats du passé ne vont pas obligatoirement augurer ceux du futur et que les préjugés sont encore plus sensibles aux moindres rumeurs. Pour savoir à quoi s’en tenir, on ne pourra plus autant ignorer le contenu plus détaillé de leurs activités, de leurs organisations, de leur management, de leurs produits, la manière de les prévoir, de les élaborer, de les produire et de les vendre. Mais pour le béotien ou le généraliste trop peu spécialisé, ce sera très difficile d’y voir clair quand les marchés et les produits seront plus complexes, et qu’il ne les connaîtra pas assez bien.

Et constatant la folie de certaines opérations financières menées avec le recours au crédit « sans limites », on ne peut que frémir et se poser des questions sur la pertinence des méthodes de travail et d’évaluation utilisées, et même jusqu’à remettre en cause les réelles compétences économiques et industrielles de certains opérateurs. Et comment est-il possible que des gens choisis parmi les élites les mieux sélectionnées, diplômées et réputées les mieux instruites, censées savoir réfléchir et savoir « beaucoup de choses », aient pu en arriver là ?

C’est sans doute parce que jusqu’à présent on pouvait se contenter des estimations fournies par les analyses macroéconomiques et que cela suffisait pour intervenir efficacement sur les valeurs industrielles plus classiques, surtout quand en général les positions économiques des entreprises ne pouvaient pas changer brutalement, du simple fait aussi que les durées de vie commerciales des produits étaient plus longues, et que l’on pouvait avoir le temps de voir venir les tendances, et de les extrapoler d’une manière fiable, à partir des résultats du passé. Une société prospère et riche n’allait pas aller à une débâcle du jour au lendemain, et inversement une société en difficulté n’allait pas non plus se redresser rapidement d’un coup de baguette magique.

Mais les industries les plus prospères comme les plus en difficultés peuvent connaître aujourd’hui des revirements spectaculaires inattendus, sans pour autant que cela ne relève du miracle. Ces revirements économiques spectaculaires peuvent très bien ne pas dépendre des tendances macroéconomiques, quand sur les marchés apparaissent soudainement des produits innovants exclusifs très pertinents élaborés par d’autres sociétés, qui vont bousculer les ordres économiques établis. Les anciennes approches de gestions financières ne pourront devenir de ce fait souvent que de moins en moins pertinentes. Tant que l’on pouvait gagner beaucoup d’argent avec le boursicotage ordinaire, on ne se posait pas trop de questions sur ces nouveaux risques. Comment s’étonner alors de certaines dérives aux conséquences aussi funestes, quand on refuse de prendre en compte tous les aspects du développement économique, parce que ce serait trop compliqué et trop fastidieux ?

On a commencé à s’en inquiéter et à en discuter au cours du G20 de Londres en mars 2009 (28). Mais il faudra bien être conscient des limites des premières réglementations trouvées et qui ne répondent qu’à très peu des problèmes révélés par la crise. Pour montrer les limites de certains dispositifs légaux et réglementaires, il suffit par exemple de mentionner la question des petits actionnaires minoritaires, dont les apports servent à financer le lancement de certaines opérations, les apports en capital que l’on dit correspondre à certains risques entrepreneuriaux et qui sont parfois délibérément prévus pour être « extorqués » avec les procédures de réduction et d’augmentation du capital, par déduction des pertes d’exploitation du capital, puis augmentation du capital avec de nouveaux apports qui auront été effectués par d’autres investisseurs plus puissants. Comment légiférer sur ce point et faire la différence entre une manœuvre cynique et délibérée de spoliation des premiers petits actionnaires et le fait de perdre son capital par le simple jeu du hasard et de l’adversité ?

Ce « petit » exemple montre une fois de plus combien il est important de savoir faire preuve de discernements, entre ce qui peut être considéré uniquement comme un « contretemps » et ce que l’on désignera par un « échec définitif » sur lequel on jettera l’éponge. Et ce n’est pas seulement une question de transparence, mais aussi de culture générale plus grande et de meilleures compétences polyvalentes et mieux utilisées. C’est sur ces derniers terrains que nous allons nous efforcer d’attirer l’attention, sachant qu’avec la crise et les récessions on n’avait pas encore beaucoup abordé le problème de la crise, sous cet angle.

Au cours de l’histoire des sociétés et des développements économiques, on a souvent pu constater que c’est précisément après certaines périodes de crises et de désordres que l’on voit se développer les efforts d’imagination et d’initiative et une plus grande rigueur intellectuelle. C’est en général pendant et après les crises que l’on assiste à des progrès dans les connaissances, dans le raisonnement et les compétences professionnelles et souvent après avoir remis en cause une certaine paresse d’esprit à laquelle on avait fini par s’habituer, et d’une manière générale après avoir remis en question ce que l’on pouvait considérer comme acquis, évident et normal, et qui ne l’était pas toujours en réalité.

Mais quand il s’agit de l’appréciation de l’économie réelle qui est derrière l’économie virtuelle, visiblement ce que l’on enseigne le plus couramment à Harvard ou dans les autres grandes écoles de commerce et de gestion ne suffit pas à la compréhension et à la maîtrise des décalages qui existent si souvent de fait entre l’économie réelle et virtuelle et pour la maîtrise et la prévention des nouveaux problèmes économiques actuels. Nous nous efforcerons avec toute la prudence requise quand on aborde des sujets aussi difficiles de suggérer pour y remédier quelques pistes que les professionnels pourront à loisir adapter, modifier ou contester, mais dont on peut souhaiter alors qu’elles inciteront à trouver d’autres moyens pour éviter les dérèglements financiers si dévastateurs que nous avons pu connaître en 2008 et 2009.

Il ne suffira pas de légiférer de manière autoritaire, administrative et fiscale pour essayer d’interdire et de réprimer plus sévèrement les abus, ou d’établir de nouvelles règles plus ou moins bien achevées et appropriées pour limiter les risques des dérives et de certains effets « boomerang ».

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