Spécialisation touristique et vulnérabilité
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Description

Très tôt, le tourisme est apparu comme la solution la plus pertinente pour instaurer une croissance dynamique et permettre le développement des petits espaces insulaires. Les études empiriques ont fait apparaître un lien positif significatif entre les recettes touristiques et la croissance du PIB pour les petites économies insulaires touristiques. De manière plus précise, « la stratégie touristique pourrait-elle être un facteur de développement durable pour les petites économies insulaires ? ».

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 février 2016
Nombre de lectures 22
EAN13 9782140001000
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0225€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Tourismes et Sociétés
Collection dirigée par Franck Michel

Déjà parus

Franck MICHEL, Le voyage à la croisée des routes, Chroniques d’un monde en mouvement qui marche gravement sur la tête , 2016.
Franck MICHEL, Au détour des routes. Chroniques d’Asie et d’Amérique , 2015.
Aude CREQUY, Identité, tourisme et interculturalité au Groenland , 2014.
Erick LEROUX et Philippe CALLOT, Regards croisés sur le management du tourisme durable , 2013.
Niels MARTIN, Philippe BOURDEAU & Jean-François DALLER (sous la direction de), Du tourisme à l’habiter : les migrations d’agrément , 2012.
Isabel BABOU et Philippe CALLOT, Que serait le tourisme sans pétrole ? , 2012.
Stéphane COURANT, Approche anthropologique des écritures de voyage. Du carnet à la correspondance, petit inventaire des productions scripturales de la fin du XX e siècle au début du XXI e siècle, 2012.
Vincent BASSET, Du tourisme au néochamanisme , 2011.
Frédéric REICHHART, Tourisme et handicap. Le tourisme adapté ou les loisirs touristiques des personnes déficientes , 2011.
J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.), Tourisme, patrimoines & mondialisations , 2011.
J.-L. MORETTI, Tourisme et aménagement du territoire en Corse , 2010,
J. SPINDLER, D. HURON, L’évaluation de l’événementiel touristique , 2009.
J. CHAUVIN, Les Colonies de vacances , 2008.
IANKOVA K. (dir.), Le tourisme indigène en Amérique du Nord, 2008 .
LAMIC J.-P., Tourisme durable : utopie ou réalité ? Comment identifier les voyageurs et voyagistes éco-responsables ? , 2008.
D. FASQUELLE et H. DEPERNE (dir.), Le tourisme durable , 2007.
Titre
Sous la direction de
Jean-François Hoarau





Spécialisation touristique
et vulnérabilité


Réalités et enjeux pour le développement soutenable
des petits territoires insulaires



Préface de François Taglioni
Copyright

© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

EAN Epub : 978-2-336-75336-2
AVANT-PROPOS
Cet ouvrage est un recueil d’articles visant à cerner et à expliquer le lien existant entre le choix de la spécialisation touristique et l’état de vulnérabilité économique et environnementale pour une petite économie insulaire. Les contributions constituent une version écrite et actualisée d’une sélection de papiers présentés oralement lors d’une conférence internationale pluridisciplinaire organisée les 4, 5 et 6 décembre 2014 conjointement par le CEMOI (Centre d’Economie et de Management de l’Océan Indien) et l’IRT (Île de La Réunion Tourisme), à Saint-Denis de La Réunion.
PRÉFACE La durabilité du tourisme en milieu insulaire
FRANÇOIS TAGLIONI
(CREGUR/UMR Prodig, Université de La Réunion)

Un des huit objectifs du millénaire pour le développement des Nations unies est de « réduire l’extrême pauvreté et la faim ». L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) ajoute que « La contribution potentielle du tourisme à cet objectif est de plus en plus reconnue, en partie parce qu’il s’agit d’un des rares secteurs où, grâce à leurs ressources culturelles et naturelles, les pays pauvres ont comparativement un avantage économique » (PNUE, OMT, 2006). Ainsi, le tourisme est une donnée fondamentale et générale de l’économie mondiale d’aujourd’hui et de demain, notamment en termes d’emplois. Il constitue, en particulier, une option de développement économique incontournable pour la majorité des pays et en particulier pour les petits espaces insulaires. Ces derniers fondent ainsi majoritairement leur devenir économique sur le tourisme. En ce qui concerne la main d’œuvre ou la contribution à leur produit intérieur brut, l’activité touristique est omniprésente.
Se pose néanmoins, la question des conditions de la durabilité du tourisme en tant qu’activité économique. Autrement dit, il faut s’interroger sur les conditions préalables au développement de cette activité et sur les conditions de sa durabilité intrinsèque. Il y a sans doute ici un intérêt primordial à évaluer l’impact du tourisme sur les sphères sociales, économiques et environnementales. D’ailleurs, de nombreux chercheurs et professionnels du tourisme s’emploient à élaborer des indicateurs, pas toujours convaincant du reste dans leur portée et leur mise en pratique, de tourisme durable. Selon l’OMT, « Le tourisme durable peut être défini comme étant un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ». On peut également définir la durabilité par la possibilité pour la fréquentation touristique et les dépenses afférentes dans un pays donné de se maintenir à un niveau équivalent ou supérieur au fil des années. Il apparaît ainsi que les fondements de ce développement touristique sont partout fragiles, et la durabilité, bien qu’à nuancer, est toujours incertaine tant elle dépend d’un grand nombre de paramètres endogènes et exogènes qui forme un système complexe. Il n’apparaît pas, a priori, de hiérarchie de nature à considérer ces paramètres isolément et à les appréhender analytiquement. Ils sont largement interdépendants, perméables, et se combinent en produisant des interactions qui n’ont pas la même intensité selon les relations considérées.
Il est donc très difficile de tendre vers un modèle explicatif de la durabilité touristique et encore moins prédictif. Cette durabilité est intrinsèquement liée aux conditions structurelles de mise en tourisme des territoires ainsi qu’aux risques qu’ils soient naturels ou anthropiques, exogènes ou endogènes. Ainsi, « Le tourisme est particulièrement vulnérable à de nombreux types de crise, notamment les maladies, les catastrophes naturelles, la guerre et le terrorisme, qui peuvent survenir sans prévenir et qui ont des conséquences immédiates » (PNUE, OMT, 2006). Cette affirmation résume bien les menaces qui pèsent sur la durabilité du tourisme. A titre d’exemple, en novembre 2007, une étude de l’Institut Pasteur menée avec l’Institut français d’opinion publique (Ifop) révèle que plus d’un Français sur trois (36 %) se déclare prêt à renoncer à une destination dont la situation sanitaire est jugée risquée. Une autre étude (Croutsche et Roux, 2005), nous révèle que l’insécurité, la guerre, le terrorisme et les risques sanitaires « s’imposent en priorité dans l’esprit du consommateur ». Cette perception du risque est d’ailleurs bien souvent amplifiée au-delà des réalités. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter la page Internet du site du ministère français des affaires étrangères intitulée « conseils aux voyageurs 1 ». Ce site fait référence en la matière auprès des voyagistes et des voyageurs. Les risques y sont passés en revue par le menu. Toutefois, les mises en garde sont très souvent largement au-delà du principe de précaution pour un touriste qui ne part pas en quête d’aventure et de sensations fortes. Il est néanmoins sûr, que certains aléas peuvent porter sérieusement préjudice au développement du tourisme. Sur les années récentes, nous pouvons citer pêle-mêle l’épidémie de chikungunya dans l’océan Indien, la dengue aux Antilles, Ebola en Afrique de l’Ouest, les attentats terroristes en Tunisie, l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull, les contestations politiques et un attentat à Bangkok en Thaïlande, les actes de piraterie dans l’océan Indien, les fluctuations du pétrole et du transport aérien, la marée noire dans le Golfe du Mexique, les attaques de requin à La Réunion, les révolutions dans les pays arabes. Si bien qu’en dépit de la croissance continue du nombre de touristes internationaux, le monde de ces touristes est perçu comme un espace en contraction et non pas en expansion comme il le fut à partir des années 1950. Ces évènements ont tous peu ou prou affecté, de façon directe ou indirecte, la situation économique, le commerce, le tourisme et la stabilité sociale et politique des pays concernés.
Les aléas et le niveau de vulnérabilité des territoires et des sociétés semblent donc être déterminants sur la durabilité du tourisme. Ainsi, pour essayer de caractériser le niveau de précarité des économies nationales et régionales, des indices de vulnérabilité ont été développés à partir des années 90. Ils concernent surtout la vulnérabilité économique. Il existe actuellement plusieurs indices dont ceux plus particulièrement dévolus aux petits espaces insulaires et développés par Briguglio (Kaly et al., 1999 ; Briguglio et al., 2008), le Commonwealth secretariat (Atkins, Mazzi et Easter, 2000) et Garabedian et Hoarau (2011). Ces indices, sans entrer dans les détails, ne se calculent pas de la même façon, mais ils prennent en compte tous les trois des indicateurs de diversification économique, de dépendance vis-à-vis des exportations, de vulnérabilité aux catastrophes naturelles, de dépendance vis-à-vis de l’aide internationale, ainsi que quelques autres données macro-économiques. Dans l’ensemble, ces indices insistent sur le fait que les petits États, et plus particulièrement les petits États insulaires, tendraient à être plus vulnérables que des territoires plus grands.
Toutefois, les économistes s’entendent pour reconnaître, qu’en dépit d’un certain nombre de contraintes structurelles, les petits États connaissent globalement des PNB par habitant élevés en comparés à ceux des autres pays en développement. De fait, ces PNB/h ramenés à la parité pouvoir d’achat (ppa), à l’exception de la Jamaïque, des Salomon, du Vanuatu ou des Comores, sont toujours supérieurs à la moyenne des pays en développement et plus encore des pays les moins avancés. En tout état de cause, la relation superficie/PNB/h ne présente pas une corrélation significative pas plus que celle population/PNB/h (Taglioni, 2006). Le classement de l’Indice de développement humain (IDH), avec les réserves que l’on peut apporter à cet indice, fait apparaître que les problèmes de développement des Petits États insulaires en développement (PEID), bien qu’ils existent, ne sont en rien comparables à ceux des pays les moins avancés d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine. Ainsi, on constate que la majorité des PEID dans le monde sont considérés par le PNUD comme ayant un développement élevé ou moyennement élevé et qu’un seul d’entre eux (l’Union des Comores) s’inscrit dans la catégorie du faible développement humain. Cependant, cette impression de relatif bon niveau de développement économique masque, selon les auteurs des indices de vulnérabilité, une grande fragilité et une dépendance économique importante. Ceci nous indique que l’indice de vulnérabilité n’est pas conçu pour mesurer la pauvreté ou le retard économique mais plutôt pour contribuer à appréhender le risque d’instabilité économique.
L’ouvrage "Spécialisation touristique et vulnérabilité" dirigé par Jean-François Hoarau comble un vide scientifique car, en dépit de toute l’importance que revêtent les questions relatives à la durabilité touristique dans les petits espaces insulaires, peu d’études existent à ce jour en langue française. Le regard porté par les auteurs relève tout autant de l’économie, que de la politique, de l’anthropologie ou encore de la géographie et les territoires ont toute leur place dans les analyses. Une précision méthodologique s’impose pour dire que les auteurs ont axé leurs analyses sur les îles de petites dimensions nommées dans le titre de l’ouvrage « petits territoires insulaires ». En dépit de l’évidence de l’objet géographique, il n’y a pas de limitation universelle des contours de l’île. C’est pourquoi le directeur de la publication, Jean-François Hoarau, prend soin dans son introduction de discuter de la définition possible de l’appellation de petits territoires insulaires en précisant qu’une « définition scientifique consensuelle n’existe pas ». Il préfère donc dépasser les normes de seuils de population ou de superficie en insistant, et c’est le cœur de cet opus, sur la vulnérabilité économique et environnementale de ces îles notamment quand il s’agit de l’activité touristique. Cette activité, hautement polymorphe à la rencontre des secteurs économiques primaires, secondaires et tertiaires, est en perpétuelle recomposition et redéfinition au gré des pays et des époques.
Les 14 articles de l’ouvrage se répartissent en 5 parties et couvrent un large éventail de questions sur la vulnérabilité touristique dans les petites économies insulaires en montrant parfois que les pays que l’on croit les plus vulnérables ne sont pas toujours les plus touchés face aux risques qui affectent la durabilité et que la résilience n’est pas un vain mot. Cela permet du reste de nuancer une approche, parfois observée dans des articles ou des ouvrages, trop déterministe qui enferme les petits espaces insulaires dans un misérabilisme économique que rien ne justifie. Cette résilience est au demeurant largement conditionnée par des politiques plus ou moins volontaristes d’accompagnement du développement touristique selon les pays.
Références
PNUE, OMT (2006). Vers un tourisme durable , Madrid/Paris, OMT/PNUE, 238 p.
CROUTSCHE, J.-J., ROUX, M. (2005). « Risques et tourisme : vers un modèle causal d’évaluation de l’impact des risques sur le comportement des touristes ». Téoros , 24(1), 63-70.
ATKINS, J., MAZZI, S., EASTER, C. (2000). « Commonwealth Vulnerability Index for Developing Countries : The Position of Small States ». Economic Paper, n° 40 , Londres, Commonwealth Secretariat, 64 p.
BRIGUGLIO, L., CORDINA, G., FARRUGIA, N., VIGILANCE, C. (2008). Small states and the pillars of economic resilience , Londres, Commonwealth Secretariat and the University of Malta, 304 p.
KALY, U., BRIGUGLIO, L., MCLEOD, H., SCHMALL, S., PRATT, C., PAL, R. (1999). « Environmental Vulnerability Index (EVI) to Summarise National Environmental Vulnerability Profiles ». Technical Report , n°275, Suva, South Pacific Applied Geoscience Commission, 67 p.
GARABEDIAN, S., HOARAU, J-F. (2011). « Un indicateur de développement humain soutenable pour les petits espaces » in Taglioni, F. (dir.) Insularité et développement durable . Marseille, IRD Editions, 269-294.
TAGLIONI, F. (2006). « Les petits espaces insulaires face à la variabilité de leur insularité et de leur statut politique ». Annales de Géographie , 652, 664-687.
1 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs_909/index.html .
PARTIE 1 Evaluer la vulnérabilité dans le cadre des petites économies insulaires
Les petites économies insulaires à spécialisation touristique, des entités certes vulnérables mais également résilientes : Une introduction
JEAN-FRANÇOIS HOARAU
(CEMOI, Université de La Réunion)

Depuis la conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement en 1972, l’intérêt de la communauté internationale pour les petites économies insulaires (PEI) n’a cessé de grandir. Dès lors, l’enchainement des évènements internationaux dédiés à ces dernières, en l’occurrence le Sommet de la Terre de Rio en 1992, la conférence de la Barbade en 1994, le Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002, la conférence de Maurice en 2005 et récemment la 3 ème conférence internationale des petites états insulaires en développement (PEID) des Nations Unies aux Îles Samoa en septembre 2014, a permis de faire émerger un message partagé par tous : ces économies représentent un cas particulier pour l’environnement et le développement et doivent donc à ce titre faire l’objet d’un traitement spécial de la part des instances internationales (Goavec et Hoarau, 2015a).
L’aspect le plus problématique lorsque l’on désire étudier les PEI porte sur la définition même de l’objet d’étude. Aucun consensus n’existe aujourd’hui sur ce que l’on entend par « petite » économie insulaire. Encontre (2004), en se focalisant sur les institutions centrées sur le développement, identifie pas moins de quatre listes différentes de PEID dans la littérature : (i) une liste politique de 39 PEID (32 pays et 7 territoires reconnus comme PEID par l’Alliance of Small Island States – AOSIS), (ii) une liste économique de 48 PEID (34 pays et 14 territoires implicitement reconnus comme PEID par les Nations Unies selon l’AOSIS), (iii) une liste institutionnelle de 46 PEID (34 États insulaires, 4 États continentaux et 8 territoires non indépendants qui constituent ensemble la liste officielle selon le Secrétariat des Nations Unies), et (iv) une liste pragmatique de 29 PEID (tous de véritables États insulaires indépendants dotés d’une population ne dépassant pas cinq millions, à l’exception de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et des caractéristiques socio-économiques ne laissant aucun doute sur leur statut de pays en développement selon la classification de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement – CNUCED). Comme l’a noté Taglioni (2006), il est difficile de trouver des éléments scientifiques permettant de définir avec certitude l’île et ses limites. Tout dépend du point de vue où l’on se place : culturel, politique, économique ou social. L’auteur propose alors une définition relativement souple de ce qu’il appelle les « petits espaces insulaires » comme « des terres entourées d’eau de tous côtés, d’un seul tenant, dont la superficie est inférieure à 11000 km² et la population inférieure à 1,5 million d’habitants » (Taglioni, 2006, p.668). Cette conception a le mérite d’intégrer dans l’ensemble des PEI des entités à la fois indépendantes et affiliées, à la fois avancées et en développement, et à la fois mono-insulaires et archipélagiques, mais exclut d’emblée les territoires continentaux qui ont pourtant des caractéristiques économiques et géographiques manifestement très proches des territoires insulaires au sens pur du terme.
Même si aucune définition scientifique consensuelle n’existe sur les délimitations de l’ensemble des PEI, tout le monde s’accorde sur le fait que celles-ci sont confrontées plus que tout autre économie à une forte vulnérabilité économique et environnementale (Briguglio, 1995, 2004 ; Andrianto et Matsuda, 2004 ; Bayon, 2007 ; Guillaumont, 2010 ; Garabedian et Hoarau, 2011 ; Blancard et Hoarau, 2015). Plusieurs handicaps structurels sont en cause : (i) les caractéristiques géographiques (petite dimension, éloignement, enclavement, exposition à des risques majeurs, fragilité des écosystèmes, etc.), (ii) le contexte historique (dépendance vis-à-vis de l’extérieur, relations privilégiées avec les anciennes tutelles politiques, etc.), (iii) la situation sociale (moindre intensité et volatilité du capital humain, précarité du marché du travail, insécurité, etc.) et (iv) la structure économique (déséconomies d’échelle, étroitesse des marchés locaux, faible diversification des activités, coûts d’accès aux ressources extérieures, etc.). Toutefois, Goujon, Hoarau et Rivière , tout en précisant qu’en tant que groupe les PEI sont fortement vulnérables, montrent qu’il existe une grande hétérogénéité au sein de cet ensemble. Les auteurs étudient plus particulièrement le caractère vulnérable des départements et collectivités d’outre-mer (DCOM) français à travers la construction de deux indicateurs synthétiques, l’indice de vulnérabilité économique structurelle (IVE) et l’indice de vulnérabilité physique au changement climatique (IVPCC). Même si globalement les DCOM font partie des économies insulaires les moins vulnérables, une grande disparité persiste au sein du groupe. En effet, La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion présentent une vulnérabilité économique relativement plus faible, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie une vulnérabilité modérée, la Guyane une vulnérabilité économique élevé. De son côté, l’IVPCC indique que les territoires antillais sont particulièrement vulnérables au changement climatique (particulièrement la Guadeloupe et Saint-Martin), suivies de la Guyane puis de la Polynésie.
Dans le même temps, et de manière surprenante, les PEI sont généralement associées à des performances de développement relativement satisfaisantes au regard de leur vulnérabilité avérée. Peu d’entre eux font partie des pays les moins avancés (PMA). Un certain nombre de PEI affichent même des PIB réels par habitant et des niveaux d’indicateur de développement humain (IDH) parmi les plus élevés du monde. Ces bons résultats semblent en plus globalement soutenables sur le long terme (Garabedian et Hoarau, 2010 ; Blancard et Hoarau, 2013). Ce qui peut paraître au départ paradoxal, trouve une explication dans une forte capacité de résilience émanant des PEI (Briguglio, 2004 ; Bayon, 2007 ; Briguglio et al. , 2009). En effet, si la résilience s’entend comme « la capacité d’une économie à faire face à une vulnérabilité inhérente grâce à la mise en œuvre de politiques délibérées » (Briguglio et Galea, 2004, p.3), la petite taille, principale source de la grande vulnérabilité des pays insulaires, peut aussi être le vecteur d’avantages comparatifs susceptibles de compenser cette fragilité originelle. Celle-ci favorise la cohésion sociale, facilite l’instauration de politiques éducative, sanitaire, écologique et de redistribution, et assure que les transferts publics bénéficient réellement aux populations locales (Bayon, 2007). C’est dans cette idée que s’inscrit l’article de Goavec . L’auteur se propose d’enrichir l’indicateur synthétique de résilience développé initialement par Briguglio et al. (2009), à la fois d’un point de vue conceptuel en intégrant une nouvelle dimension, celle des transferts publics, et d’un point de vue méthodologique, en substituant le système de pondération ad hoc égalitaire standard par un système de poids endogène déterminé à partir de la méthode « data envelopment analysis » (DEA). Le score obtenu par le groupe des PEI (en développement dans cette étude) ne laisse planer aucun doute sur leur capacité de résilience comparée aux autres de regroupements de pays retenus.
Face aux nombreuses contraintes structurelles lourdes, nourries par l’érosion des préférences commerciales liées au processus de libéralisation multilatérale des échanges, toute stratégie de développement externe par l’industrialisation s’est avérée impossible pour le monde insulaire, à l’exception de quelques économies. Très vite, la spécialisation touristique est apparue comme la seule alternative économique viable et en phase avec les avantages comparatifs que ces économies pouvaient dégager (OMT, 2005 ; Logossah et Maupertuis, 2007). Certains auteurs vont même plus loin en posant que la spécialisation touristique serait le principal facteur à l’origine de leur résilience économique (Armstrong et Read, 2002 ; Scheyrens et Momsen, 2008). Les économies spécialisées dans le tourisme croitraient ainsi plus vite que les autres (Brau et al. , 2003 ; Brida et al. , 2008 ; McElroy et Parry, 2010). En particulier, en introduisant le terme SITE ("Small Island Tourist Economies") pour caractériser les pays ayant adopté un modèle de développement dont le tourisme est l’activité principale, McElroy (2006) et Oberst et McElroy (2007) montrent que ces économies présentent des performances économiques bien meilleures que leurs homologues MIRAB (« Migration, Remittances, Aid and Bureaucracy ») 2 . Bertram et Poirine (2007) consolident ce résultat en mettant en évidence la stratégie SITE comme celle associée aux meilleurs résultats en termes de développement parmi l’ensemble des stratégies existantes dans le monde insulaire 3 . L’article de Cerveaux et Labondance poursuit les investigations dans ce domaine. En mettant en œuvre des estimations en panel dynamique sur un échantillon d’économies insulaires, ils mettent en évidence un impact positif du tourisme sur la croissance économique et l’investissement et un impact négatif sur le chômage, confirmant donc l’effet pro-croissance du tourisme. Toutefois, ils font apparaître également l’absence d’effet de l’activité touristique sur la consommation des ménages, suggérant ainsi que les revenus du tourisme ne bénéficient pas à tous les résidents. L’article de Mathouraparsad, Maurin et Montauban étudient le lien croissance économique et tourisme à travers la construction d’une matrice de comptabilité sociale et de comptes satellites du tourisme pour la Guadeloupe. Aussi, même dans une économie où le tourisme est en perte de vitesse, sa valeur ajoutée économique et donc sa contribution en termes de création de richesse restent importantes.
Par ailleurs, « en plus de ces valeurs économiques (...) le tourisme offre des bénéfices sociaux, culturels et environnementaux » (Higgins-Desbiolles, 2006). L’activité touristique tend en effet à favoriser la préservation des cultures, dans un monde où l’homogénéisation prédomine. Les effets sociaux positifs du tourisme peuvent inclure l’amélioration du bien-être individuel, la favorisation de la compréhension entre cultures, la protection culturelle, la promotion d’une conscience globale, etc. Les motivations des touristes sont parfois principalement relatives à la curiosité de la culture du pays hôte. Le tourisme peut ainsi être perçu comme facteur de stabilité sociale, de compréhension et de connaissance mutuelle. La préservation des ressources naturelles, devenant « obligatoire » à la durabilité de ce secteur, représente évidemment une autre externalité positive au développement de cette activité. Le tourisme n’aurait donc pas qu’une valeur quantitative. Cet attribut est étudié par l’article de Bellec dans le cadre du tourisme local en Nouvelle-Calédonie. L’auteur montre que la stratégie du tourisme local a l’avantage de favoriser le développement de l’interconnaissance entre les groupes sociaux vivant sur ce territoire insulaire en situation de « décolonisation négociée ». L’expérience menée actuellement par la province Nord de ce territoire, en mettant en œuvre des initiatives telles que l’accompagnement aux porteurs de micro-projets touristiques, la valorisation d’un tourisme culturel, des opérations évènementielles, incite les habitants calédoniens, quelles que soient leurs origines sociales et « ethniques », à mieux se connaître, une condition importante pour garantir la cohésion sociale post décolonisation.
Aussi, il est indéniable que la spécialisation touristique apporte des gains importants à court terme pour les PEI. Néanmoins, les gains à long terme sont beaucoup moins évidents à cause de la présence d’un certain nombre de fuites, d’externalités négatives et d’incertitudes 4 (Nowak et Sahli, 2010 ; Goavec et Hoarau, 2015b). L’article de Rochoux illustre bien le caractère vulnérable et instable des destinations touristiques insulaires. L’auteur montre dans le cas de l’économie réunionnaise que tout décollage dans ce secteur peut être remis en question à tout moment par des évènements externes imprévisibles tels que la crise sanitaire du chikungunya et plus récemment « la crise requin ». Des chocs ponctuels de ce type exercent des effets permanents capables de déstabiliser durablement le secteur. L’article de Nicolas-Bragance et Saffache met en évidence dans le cas des Antilles qu’un développement non réfléchi et incontrôlé du tourisme, en favorisant la détérioration de l’environnement, peut faire disparaître les principaux attraits à la base du succès de la destination. Les auteurs concluent sur la nécessité d’entreprendre une réflexion sérieuse sur l’attractivité de ces territoires qui dépassent la stratégie traditionnelle du « sea, sand and sun ». En poursuivant dans la même voie, l’article de Blancard et Hoarau postule qu’il existe un niveau de développement au-delà duquel l’activité touristique devient la cause de sa propre destruction. Il existerait donc un « optimum touristique » déterminé par la capacité de charge du territoire, une capacité par nature limitée dans les espaces insulaires. En s’appuyant sur la théorie du cycle de vie de la destination touristique de Butler (1980, 2011) et les travaux empiriques de McElroy (voir McElroy et Hamma, 2010), les auteurs déterminent cet optimum par le biais d’un niveau seuil d’un indice de pénétration touristique multidimensionnel. Ce dernier peut alors servir de base à la construction d’un système d’alerte avancée afin de guider les décideurs en charge de la politique touristique territoriale.
Malgré les nombreuses critiques qui lui ont été attribuées (Prideaux, 2000 ; Aguilo et al. , 2005 ; McKercher, 2006, parmi d’autres), la théorie du cycle de vie de la destination touristique de Butler (voir Coles, 2007) a le mérite de montrer que, quel que soit le degré de maturité de la destination, la politique économique tient une place prépondérante dans son processus d’évolution (succès ou échec) courant et à venir. Celle-ci peut intervenir au double niveau interne, en l’occurrence à l’intérieur même de la destination, et externe, c’est-à-dire par le biais d’une coopération entre destinations. Dans cet ouvrage, trois modes d’intervention de la politique économique sur le plan interne ont été abordés. L’article de Casabianca et Furt insiste sur le fait que les investissements publics peuvent fragiliser le secteur s’ils sont mal orientés. En étudiant les aides accordées par l’Agence du Tourisme Corse sur la période récente, par le biais d’une analyse exploratoire multidimensionnelle, les auteurs arrivent à la conclusion que des aides publics dans le domaine de l’hébergement, s’enracinant dans une simple logique d’accueil, sans vision de production ou d’adaptation à de nouvelles demandes, sont susceptibles d’augmenter fortement les fractures territoriales et la vulnérabilité de la destination. L’article de Jean-Pierre et Perrain fait ressortir la nécessité de dépasser les stratégies traditionnelles fondées sur le rattrapage structurel pour adopter une stratégie de positionnement plus global différenciant ces destinations comme fournisseurs de solutions touristiques expérientielles différenciées. En prenant comme cas d’étude la Réunion, les auteurs introduisent une notion nouvelle, celle de l’innovation comme facteur de réussite touristique dans le contexte économique mondial contemporain. Enfin, l’article de Garabedian met en avant l’impact potentiel de la réglementation fiscale sur le développement du secteur touristique et les retombées sur l’activité économique globale de la Réunion. Dans le cadre d’un modèle d’équilibre général calculable, l’auteur évalue l’efficacité d’une baisse de trois types de taxes portant sur le travail, la production et les produits. Il apparaît alors que la politique la plus pertinente en termes de création de richesse et de réduction du chômage relève de la diminution de la taxe sur le travail.
Sur le plan externe, un concept clé caractérise le rôle de la politique économique en milieu insulaire, celui de la coopération régionale. Pour bon nombre de PEI, même si le tourisme occupe une part importante dans l’économie du territoire, les flux entrants ne représentent finalement qu’une petite partie des flux entrants mondiaux (OMT, 2014). Aussi, elles ont tout intérêt à faire valoir leur complémentarité afin d’augmenter leur capacité de résilience sur ce secteur plutôt qu’à exacerber une rivalité qui ne peut que les affaiblir. En développant cette idée, l’article de Combeau-Mari et Vincent s’interroge sur le modèle de coopération touristique récemment mis en place dans la zone sud de l’Océan Indien, celui des « îles vanilles ». Après avoir discuté des limites de ce dernier, les auteurs proposent une stratégie de coopération touristique régionale plus efficace et plus bénéfique aux régions ultrapériphériques européennes de l’océan Indien, élaborée autour de l’axe Réunion-Mayotte. L’article de Mondou et Pébarthe-Désiré analyse le problème de la coopération dans le secteur aérien pour quatre îles de l’océan indien (les Maldives, les Seychelles, Maurice et la Réunion). Les auteurs partent du constat que les contraintes géographiques qui pèsent sur ces îles ont fait de l’accès aérien une condition majeure du développement touristique. Cette dépendance, associée à l’apparition d’une nouvelle géographie du tourisme dans la zone avec l’émergence de la clientèle asiatique, a favorisé une structuration de la coopération régionale dans le domaine de l’aérien, à l’exception de la Réunion, notamment entre les compagnies locales et celles du Golfe Persique. Cette nouvelle forme d’organisation est présentée comme une alternative efficace pour se protéger et pour relever le défi économique imposé par la nouvelle donne touristique mondiale.
En conclusion, au moins deux enseignements majeurs ressortent de cet ouvrage collectif portant sur lien entre spécialisation touristique et vulnérabilités en milieu insulaire. En premier lieu, les PEI à spécialisation touristique sont des entités doublement vulnérables. D’abord, elles sont structurellement fragiles de par les nombreux handicaps qui frappent leur économie, ce qui risque de peser fortement sur les perspectives de poursuite d’un développement économique satisfaisant sur la longue période. Ensuite, malgré ses effets d’entrainement et ses retombées positives indéniables pour la croissance économique, la spécialisation touristique se révèle être une activité particulièrement vulnérable, et la dépendance par rapport à ce secteur peut être un frein à la mise en œuvre d’un processus de développement soutenable. En second lieu, la politique économique, tant aux niveaux interne et externe, par sa capacité à fixer des limites au développement du tourisme compatibles avec la capacité de charge territoriale, d’une part, et à coordonner l’action des différents acteurs dans le domaine, d’autre part, est l’un des principaux facteurs permettant l’édification d’un modèle de développement touristique durable.
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2 Le modèle MIRAB (Bertram et Watters, 1985) est une stratégie particulière de développement insulaire dans lequel le financement des importations, et donc les principales ressources financières de l’économie, reposent sur la migration, les transferts de revenu de la part de la diaspora, le contrôle étatique et l’aide extérieure principalement en provenance de l’ancienne tutelle coloniale.
3 Bertram et Poirine (2007) ont mis en évidence que l’ensemble des petites économies insulaires pouvait être séparé en neuf groupes distincts selon la stratégie de développement adoptée : (i) les exportations à forte valeur ajoutée, (ii) les exportations primaires plus une rente ou une aide géo-stratégique, (iii) une forte dépendance touristique, (iv) une dépendance touristique modérée, (v) une finance "offshore" plus du tourisme, (vi) une rente géo-stratégique exclusive, (vii) du tourisme plus exportations, (viii) des exportations primaires avec des aides et ou des transferts de revenus, et (ix) les économies MIRAB pures.
4 Goavec et Hoarau (2015b) recensent cinq catégories de nuisances potentielles : (i) l’existence d’un ensemble de fuites internes, externes et invisibles, (ii) l’instabilité du secteur aux variations conjoncturelles dans les pays émetteurs et aux évènements internationaux majeurs, (iii) l’introduction d’une dynamique de type « dutch disease » conduisant à un déséquilibre entre activités à travers le déclin de secteurs pourtant prospères au départ, (iv) l’apparition d’une trappe à sous-éducation et de croissance faible, et (v) la détérioration de l’avantage comparatif touristique, et donc de l’attractivité du territoire, à travers la remise en cause des équilibres écologique et culturel.
Vulnérabilités économique et environnementale comparées des économies ultramarines françaises
MICHAËL GOUJON
(CERDI, CNRS-université d’Auvergne, et FERDI)

JEAN-FRANÇOIS HOARAU
(CEMOI, université de la Réunion)

FRANÇOISE RIVIÈRE
(Direction Études, recherches et savoirs, AFD)
1. Introduction
Situés dans l’océan Indien, les Caraïbes ou en Amérique latine, les départements et les collectivités d’Outre-mer (DCOM) partagent certaines caractéristiques, notamment géographiques et structurelles, avec les autres petites économies insulaires (PEI) de leur environnement régional. Au sein de cet ensemble, ils se distinguent toutefois par des parcours historiques, sociopolitiques et économiques singuliers, en raison de leur appartenance à un ensemble national (la France) voire, pour les régions ultrapériphériques, supra-national (l’Union européenne [UE]).
Les DCOM ont globalement connu une forte croissance du PIB par habitant au cours des trois dernières décennies, avec une particularité : l’origine en grande partie exogène de cette croissance (puisqu’elle provient pour une large part des transferts publics). Cette performance contraste avec une structure économique potentiellement fragile. En effet, l’insularité, la faible taille de leur économie mais aussi l’éloignement des grands centres d’approvisionnement et de consommation sont autant de facteurs de vulnérabilité économique (Bayon, 2007 ; Goavec et Hoarau, 2015).
En outre, ces espaces sont particulièrement vulnérables aux aléas et au changement climatique, d’autant que la combinaison des caractéristiques physiques et humaines confère aux territoires – qui sont pour la plupart des îles situées en zone tropicale – des niveaux d’exposition variables aux risques littoraux. Selon un rapport de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC b, 2012), la plupart des risques actuels vont rester identiques à l’avenir, ou s’amplifier. Ces changements auront pour effet d’exacerber des tensions déjà à l’œuvre sous l’effet de la pression humaine (croissance démographique et urbaine, modes de vie) avec des conséquences indéniables sur la biodiversité (sachant que ces territoires représentent 80 % de la biodiversité française) et pour de nombreux secteurs d’activité, au premier rang desquels le tourisme, la pêche ou l’agriculture.
Grâce à la présence d’instituts de statistiques et d’instituts d’émission (l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer [IEDOM] et l’Institut d’émission d’Outre-mer [IEOM]) dans les cinq départements d’Outre-mer (DOM) et les deux collectivités d’Outre-mer (COM) du Pacifique, nous disposons souvent de données plus fines que pour les régions de l’Hexagone 5 . Par ailleurs, la distance et l’insularité rendent plus faciles l’observation et la quantification de certains phénomènes non mesurables dans les régions continentales (Rivière, 2009).
Paradoxalement, il n’existait jusqu’à tout récemment que peu d’indicateurs permettant d’appréhender la réalité socio-économique et les vulnérabilités des économies ultramarines et de les comparer à d’autres territoires. Les indicateurs composites du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) calculés pour la France n’étaient pas désagrégés par territoires infranationaux. Des travaux ont ainsi permis de disposer des indices de développement humain (IDH) des DCOM (INSEE-Antilles-Guyane, 2005 ; CEROM, 2008 ; Goujon, 2008 et 2009 ; Goujon et Hermet, 2012 ; et Sudrie, 2013) et de les comparer avec d’autres territoires de l’Hexagone ou d’autres pays de la planète.
S’agissant de la mesure synthétique de la vulnérabilité économique et géo-climatique, ces dernières années ont vu un développement rapide des indicateurs internationaux (Briguglio et al. , 2006 ; Guillaumont, 2010). Un premier indicateur de vulnérabilité économique a été calculé par Bayon (2007) pour les quatre DOM « historiques ». Ces indicateurs sont cependant établis sur la base de mesures de résultats qui dépendent également des politiques appliquées et affectant la résilience des pays, alors que l’objectif est de véritablement mesurer une vulnérabilité ou des handicaps structurels 6 . C’est ce que permettent en revanche l’Indicateur de Vulnérabilité Economique (IVE) (UN-CDP 7 ; Guillaumont, 2009 ; Cariolle et Goujon, 2013) et l’Indicateur de Vulnérabilité Physique au Changement Climatique (IVPCC) (Guillaumont et Simonet, 2011 a et 2011 b ), même s’ils ne couvrent cependant que partiellement les petits territoires insulaires et, a fortiori , les DCOM.
Nous nous proposons d’appliquer ces deux indicateurs à l’ensemble des territoires ultramarins français, dans la perspective d’une comparaison entre eux et avec d’autres PEI. L’IVPCC permet de mesurer la vulnérabilité aux impacts des évolutions climatiques ponctuelles (cyclone, sécheresse) ou graduelles (élévation des températures moyennes de l’air ou du niveau de la mer), afin d’éclairer les politiques d’adaptation visant à réduire la vulnérabilité des territoires, des populations et des secteurs d’activité sur le long terme.
La suite de l’article est organisée de la manière suivante. La section 2 analyse la vulnérabilité économique d’un ensemble de PEI dont les DCOM en appliquant l’IVE. La section 3 se propose de mettre en évidence la vulnérabilité au changement climatique pour le même échantillon en mobilisant l’IVPCC. Enfin, la section 4 conclut.
2. Analyse de la vulnérabilité économique des territoires ultra-marins à travers l’indicateur de vulnérabilité économique (IVE) 8
2.1. Définition de l’IVE
La vulnérabilité économique est le risque pour un pays de voir son développement entravé par des chocs naturels ou externes. En 2000, la vulnérabilité économique mesurée par l’IVE devient l’un des trois critères d’identification des pays les moins avancés (PMA), à côté du niveau de revenu (produit intérieur brut [PIB] par habitant) et du niveau de capital humain (mesuré par l’indicateur du capital humain [ou Human Asset Index – HAI] ; voir UN-CDP et Guillaumont, 2009).
La vulnérabilité économique d’un pays peut être envisagée comme le résultat de trois composantes : la taille et la fréquence des chocs exogènes , l’ exposition aux chocs et la résilience ou la capacité à réagir aux chocs. Si les deux premières composantes sont pour l’essentiel liées à des caractéristiques structurelles (situation géographique, degré de diversification économique, etc.), la résilience est dépendante de la politique économique adoptée par le pays.
L’IVE est un indicateur mesurant la vulnérabilité structurelle des pays en développement, indépendante de la politique actuelle, et se présente donc comme un indicateur synthétique de l’importance des chocs et de l’exposition à ces chocs. Deux sources principales de chocs exogènes sont prises en considération : celles liées aux phénomènes naturels ou climatiques (séismes, éruptions volcaniques, sécheresses ou cyclones) et celles découlant de l’environnement économique externe, plus spécifiquement commercial (chute brutale de la demande externe, crises commerciales, etc.). Les chocs internes liés à l’instabilité politique et sociale ne sont pas pris en compte, puisque pouvant être considérés comme dépendants de la politique économique en cours. Quant à l’exposition aux chocs, elle est probablement plus grande quand le pays est petit, spécialisé dans les biens primaires et/ou éloigné des marchés mondiaux.
L’IVE est composé de huit sous-indices (voir Graphique 1), construits à partir de variables normalisées, pour être compris entre 0 et 100, le score augmentant avec le degré de vulnérabilité (exposition ou importance des chocs) 9 . Ils font l’objet d’une première agrégation en utilisant des moyennes pondérées pour produire deux indices : un indicateur d’exposition et un indicateur des chocs. L’IVE est une moyenne simple de ces deux indices.

Graphique 1. Indicateur de vulnérabilité économique

Notes : le chiffre entre parenthèse indique le poids de l’indice ou de la composante dans l’IVE.
Source : UN-DESA / DPAD / CDP (2012, Addendum).
2.2. Principaux résultats de l’application aux DCOM de l’Indicateur de Vulnérabilité Economique
Nous utilisons la dernière formule de l’IVE 2012 avec les données les plus récentes possibles. Le Comité des politiques de développement (CDP) des Nations Unies a publié en 2012 les données nécessaires au calcul de l’IVE pour un certain nombre de petites îles. Notre travail a consisté à reconstituer ces données et les calculs, afin de mettre à jour ces évaluations et de les adapter aux données disponibles pour les DCOM. Nous avons également augmenté le nombre de petits territoires couverts par ces calculs 10 . La base méthodologique utilisée est celle du CDP (UN-DESA / DPAD / CDP, 2012 ; Zhou, 2012), complétée par les travaux menés à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) (Guillaumont, 2009 ; Cariolle, 2011 et 2012 ; Cariolle et Goujon, 2013).
Les détails relatifs aux bases de données utilisées (et à la disponibilité de ces données), ainsi qu’aux calculs et estimations qui ont été nécessaires sont disponibles auprès des auteurs. Un premier enregistrement dans le cadre de cette étude donne une liste d’environ 120 PEI et petits territoires côtiers. Nous avons pu réunir toutes les données nécessaires pour les huit composantes (sous-indicateurs) de l’IVE pour environ la moitié d’entre eux, principalement en utilisant des bases de données primaires internationales (parfois nationales pour les DOM). Notre travail a également consisté à actualiser les estimations, le CDP n’ayant utilisé pour sa dernière revue que des données couvrant la période jusqu’en 2010, alors que des données 2011, voire 2012, ont été publiées depuis.
Notre recherche et notre utilisation des données sont hiérarchisées afin de nous assurer au mieux de la comparabilité DCOM-autres PEI : nous privilégions les bases de données internationales généralistes utilisées par le CDP (Nations Unies), puis régionales (Eurostat) et enfin nationales (INSEE).
Les résultats restent partiels car beaucoup de données manquent pour les trois régions ultrapériphériques (RUP) portugaises (Madère et Açores) et espagnole (Canaries), Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Martin et Saint-Barthélemy et, dans une moindre mesure, pour Mayotte et Wallis-et-Futuna. En revanche, des informations complètes et relativement sûres ont été rassemblées pour les 4 DOM historiques (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion) et pour les deux grandes COM (Polynésie et Nouvelle-Calédonie). Pour chacune des huit composantes de l’IVE, nous présentons les résultats en annexe.
Pour l’ensemble PEI (incluant DCOM-RUP), ce sont les indices de chocs (nécessitant des séries longues) qui sont contraignants (chacun des trois indices a pu être calculé pour environ 80 PEI). Au total, l’indice d’exposition a pu être calculé pour 75 PEI, l’indice de chocs pour 64 PEI et l’IVE pour 62 PEI (dont 6 DCOM).
Pour les DCOM, la vulnérabilité économique est proche de celle des pays voisins (Graphique 2). Nos résultats indiquent que la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion présentent une vulnérabilité relativement faible (IVE autour de 25), la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, une vulnérabilité modérée (IVE autour de 30, les chocs subis étant modérés malgré une exposition forte), et la Guyane, une vulnérabilité relativement forte (IVE autour de 50, principalement du fait d’une forte concentration et de l’instabilité des exportations engendrées par l’activité aéronautique).

Graphique 2. Résultats des calculs de l’IVE


Sources : calculs des auteurs

Par ailleurs, les IVE des économies ultramarines sont souvent proches de ceux des îles ou pays voisins et même parfois supérieurs. C’est le cas notamment en Guyane (49), dont l’IVE est supérieur à celui du Guyana (mais inférieur à celui du Surinam), en Martinique (27) et en Guadeloupe (23), dont l’IVE est supérieur à celui de Trinidad-et-Tobago, de la République dominicaine ou de la Barbade. L’IVE de la Réunion (23) est légèrement supérieur à celui de l’île Maurice (21), les Comores et les Maldives ayant la vulnérabilité économique la plus forte. Dans le Pacifique, l’IVE de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie sont inférieurs à celui calculé pour les îles Samoa, Vanuatu ou Tuvalu.
Rappelons que la vulnérabilité associée à l’instabilité des exportations n’a pas la même incidence pour une PEI indépendante ou une COM que pour un DOM, outre le fait que l’activité dans les DOM est moins extravertie, dans le sens où le taux d’exportation est bien moindre comparé aux autres PEI. Intégrés au territoire économique national depuis 1998, les DOM ne sont pas soumis à la contrainte d’équilibre externe. Et même si l’on calcule un solde du commerce extérieur pour les DOM, la réduction du déficit commercial (généré pour une large part par le commerce entre les DOM et la France métropolitaine) constitue une contrainte bien moindre que pour les COM du Pacifique ou les États indépendants. Pour certaines productions agricoles, les DOM bénéficient en outre de quotas européens d’exportation garantis dans le cadre de l’organisation commune des marchés (OCM) du sucre et de la banane. Cependant, l’instabilité de la production constitue bien un indicateur de la vulnérabilité de l’économie de ces territoires, dans la mesure où elle ne provient pas d’une instabilité de la demande ni de celle des prix, mais d’une instabilité de l’offre liée aux conditions climatiques. Il est d’ailleurs rare que les DOM atteignent les quotas de sucre fixés par l’Europe.
3. Analyse de la vulnérabilité physique au changement climatique (IVPCC) des DCOM 11
Le calcul de cet indicateur permet d’évaluer de manière synthétique et comparative la vulnérabilité des DCOM et des PEI au changement climatique sous ses différents aspects (hausse des températures, désertification, élévation du niveau de la mer, augmentation de la récurrence et de l’intensité des événements extrêmes…). Les PEI montrent à première vue une forte vulnérabilité au changement climatique, mais sous certains aspects seulement. En effet, la hausse des températures est moins élevée sur les océans que sur les continents (ou sur les grandes îles comme Madagascar) et les PEI présentent une exposition au risque de sécheresse relativement faible, sinon inexistant. En revanche, ces PEI sont plus exposées à l’élévation du niveau de la mer et à l’intensification des événements extrêmes (chocs pluviométriques, cyclones).
3.1. Définition de l’indicateur physique de vulnérabilité au changement climatique
Nous utilisons l’indicateur de vulnérabilité physique (ou structurelle) au changement climatique IVPCC développé à la FERDI (Guillaumont et Simonet, 2011 a et 2011 b ; Guillaumont, 2013) 12 . Cet indicateur est préférable à d’autres à plusieurs égards. Premièrement, il évalue une vulnérabilité structurelle, qui dépend de l’exposition aux chocs et de leur intensité, indépendamment de la résilience. L’IVPCC est donc « exogène » dans le sens où il est construit à partir de variables géo-climatiques, indépendantes du niveau de développement ou de la politique suivie par le pays. Deuxièmement, en l’absence de données de projection fiables (et spécifiques à chaque territoire), la prévision des chocs futurs est déduite de l’histoire des chocs passés. L’IVPCC informe donc sur les conditions climatiques passées qui ont pu constituer un handicap pour atteindre le niveau de développement actuel, et qui peuvent continuer à être un obstacle. Troisièmement, cet indicateur composite, tout en restant simple et transparent, agrège les principaux aspects du changement climatique. Sa construction ne nécessite qu’un nombre limité de données, généralement disponibles pour les DCOM et les PEI. Enfin, la formule d’agrégation utilisée (moyenne quadratique) reflète une substituabilité limitée entre les composantes (une île exposée à l’élévation du niveau de la mer et à des chocs pluviométriques peut présenter un niveau de vulnérabilité aussi élevé qu’un pays aride souffrant d’une tendance à la hausse du niveau des températures).
Indicateur de vulnérabilité, l’IVPCC s’appuie sur les principes appliqués, et reconnus internationalement, pour mesurer la vulnérabilité économique à travers l’IVE établi aux Nations Unies 13 . Indicateur environnemental, l’IVPCC repose sur des composantes reflétant les principales conséquences physiques du changement climatique qui peuvent potentiellement affecter le bien-être et l’activité des populations, telles qu’elles ont été relevées dans la littérature sur le sujet. Indicateur structurel ou physique, l’IVPCC vise à évaluer la vulnérabilité qui ne dépend pas de la volonté présente des pays. Il laisse de côté la résilience, souvent intégrée dans d’autres indicateurs, qui dépend largement de la politique des pays ou de leur capacité à faire face aux chocs, laquelle dépend elle-même de leur niveau de développement. Enfin, l’IVPCC est basé sur un nombre restreint de composantes, ce qui lui permet de rester transparent.
Les composantes de l’IVPCC saisissent deux types de risques liés au changement climatique :
– ceux qui correspondent à des chocs permanents, progressifs et irréversibles,
– ceux qui correspondent à une intensification des chocs récurrents.

Pour ces deux types de risques, les composantes évaluent l’amplitude probable des chocs et le degré d’exposition à ces chocs.
Les chocs récurrents sont reflétés par la variation dans la valeur moyenne de variables climatiques (températures et précipitations) et par le changement dans leur instabilité. La vulnérabilité aux chocs futurs peut être mesurée ex ante (modèle de prévision) quand cela est possible (notamment pour l’élévation probable du niveau de la mer), ou ex post (sur la base des tendances passées, ce qui est fait ici pour les températures et la pluviométrie).
Chaque composante de l’IVPCC fait l’objet d’une normalisation et peut, plus ou moins indépendamment du niveau des autres, être cruciale pour un pays. Dans ce cas, la méthode d’agrégation doit donc refléter une substituabilité limitée entre les composantes, ce qui est possible avec l’emploi d’une moyenne quadratique (ou une moyenne géométrique inverse 14 ). Résultat, une île avec une large partie de son territoire en zone inondable et un pays aride souffrant d’une tendance à la hausse du niveau des températures auront tous deux une composante proche du maximum, et donc un IVPCC élevé.

Graphique 3. Les composantes de l’IVPCC

Source : Guillaumont et Simonet (2011 a et 2011 b ) .
3.2. Principaux résultats de l’application aux DCOM de l’indicateur de vulnérabilité physique au changement climatique
Le résultat final des calculs pour l’IVPCC est reporté dans le graphique 4 et les résultats sur les composantes sont disponibles auprès des auteurs.
Les risques liés à l’élévation du niveau de la mer sont limités dans les DCOM, à l’exception de Saint-Martin, de la Polynésie, de Wallis-et-Futuna et de Saint-Pierre-et-Miquelon. La Polynésie présente un IVPCC supérieur à celui d’autres îles du Pacifique comme Vanuatu ou Samoa.
Les risques relatifs à la sécheresse (ou à la désertification) sont logiquement faibles, mais certains territoires se distinguent par une hausse importante des températures (notamment dans les Antilles). La quasi-totalité des petites îles (y compris les DCOM) et des petits pays côtiers présente une vulnérabilité à la sécheresse nulle, à l’exception de quelques territoires (comme Aruba, le Cabo Verde, Sainte-Hélène, Chypre et des PEI du golfe Persique). Aucun des DCOM ni des PEI comparateurs ne présente donc un risque de sécheresse au regard des données utilisées dans la construction de l’IVPCC.
L’instabilité des précipitations constitue en général le risque le plus important dans les DCOM et leurs comparateurs. Ce risque est particulièrement prégnant en Guyane, ce que traduisent également certaines composantes de l’IVE (victimes de catastrophes naturelles, instabilité des exportations et de la production agricole). L’IVPCC de la Guyane est supérieur à celui du Suriname. Les Antilles qui, pour rappel, ont subi une forte hausse des températures, apparaissent également parmi les territoires connaissant une augmentation marquée des précipitations. Les risques liés à l’instabilité des températures sont importants (notamment en Guadeloupe). Si la Réunion a des résultats modérés en termes de moyenne des précipitations et de tendance (positive), elle présente de loin l’instabilité la plus forte.
Au total, après agrégation des composantes, l’IVPCC indique que les Antilles sont la région la plus vulnérable au changement climatique (particulièrement la Guadeloupe et Saint-Martin), suivie de la Guyane puis de la Polynésie.

Graphique 4 : Indice de vulnérabilité physique au changement climatique (moyenne géométrique)


Source : Calculs des auteurs
4. Conclusion
Situées dans le troisième quartile du classement des territoires selon l’indicateur de vulnérabilité économique publié par les Nations Unies, les petites économies insulaires, au rang desquelles les économies ultramarines françaises, sont structurellement plus vulnérables que la moyenne des autres économies de la planète.
L’IVE et l’IVPCC, que nous avons calculés dans le cadre de notre étude, mettent en évidence une hétérogénéité des situations entre les DCOM, d’une part, et entre les DCOM et les îles environnantes, d’autre part. Au sein de l’ensemble PEI, les DCOM font partie des économies les moins vulnérables. La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion présentent une vulnérabilité économique relativement plus faible, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie une vulnérabilité modérée, la Guyane étant le territoire ultramarin où l’indicateur de vulnérabilité économique est le plus élevé. L’agrégation des composantes de l’IVPCC indique que les deux régions antillaises sont plus vulnérables au changement climatique (particulièrement la Guadeloupe et Saint-Martin), suivies de la Guyane puis de la Polynésie. Une analyse des composantes désagrégées permet de mettre en évidence les fragilités de chaque territoire – des spécificités que les politiques d’adaptation au changement climatique doivent notamment prendre en considération.
Les politiques d’adaptation à mettre en œuvre pour atténuer ces vulnérabilités devraient permettre de réduire l’exposition aux chocs que subissent ces territoires, notamment celle liée à la concentration des exportations (le sucre et la banane pour les DOM), en poursuivant l’effort de diversification de la production agricole et de recherche de niches, et celle liée à la présence de populations en zone littorale basse, par des politiques d’aménagement du territoire visant à protéger les populations « à risque » et les activités situées dans ces zones.
Par ailleurs, l’effort doit être poursuivi en faveur d’une meilleure prévision des « chocs » progressifs ou récurrents liés aux différents types de risques (sécheresse, inondations dues à l’élévation du niveau de la mer, hausse des températures, fréquence des catastrophes naturelles tels que les cyclones) grâce à une coopération accrue au niveau régional.
Au niveau local, trois principaux domaines doivent plus particulièrement attirer l’attention des acteurs nationaux et locaux en matière d’adaptation aux impacts du changement climatique et d’atténuation de la vulnérabilité structurelle des territoires insulaires 15 :
– la gestion des ressources naturelles, qui comprend la gestion des ressources en eau, la préservation de la biodiversité terrestre et marine, les sols…
– les secteurs économiques : agriculture, forêt, tourisme, énergie, transport, construction…
– la gestion des risques, au sens large, qu’il s’agisse de la santé humaine, de la gestion des inondations et des zones côtières ou des autres risques climatiques en lien avec l’aménagement du territoire.
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Annexes
Sous-indice de taille : population


Notes : Indice = (log 1.108 – log pop)/(log 1.108 – log 1.103). pop est la population en 2011.

Sources des données : Nations-Unies-DESA, World Population Prospects, CIA World Factbook, Eurostats, Insee.

Sous-indice de situation : éloignement


Notes : Indice = (log distance – log 1584)/(log 11261 – log 1584). Distance est la distance moyenne pour atteindre 50% des marchés mondiaux (Nations Unies, EVI 2012). Le minimum observé est de 1584 kms (Jersey) et le maximum de 11261 kms (Pitcairn).
Sources données distance kilométriques : CEPII et CERDI ; parts dans le commerce (2008-2011) : UN Statistics National Accounts Main Aggregates Database.

Sous-indice de structure économique : concentration des exportations de marchandises


Notes : Indice = (concentration – 0,10)/(0,95 – 0,10). Concentration est l’indice de concentration type Herfindahl-Hirschmann (2009-2011).

Sources indice CNUCED (ONU-COMTRADE) pour les COM ; traitement des données douanes françaises pour les DOM.

Sous-indice de structure économique : part de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche dans le PIB


Notes : Indice = (agri – 1)/(60 – 1). Agri est la part de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche dans le PIB (2008-2011).

Sources des données : Nations Unies, Statistics Division, Base de données National Account Main Aggregates, Eurostats, Insee, CEROM, IEDOM.

Sous-indice environnemental : part de la population vivant en zone littorale basse


Notes : Indice = (popLECZ – 1,3)/(100 – 1,3). popLECZ est la part de la population vivant dans une zone littorale en dessous de 10m d’altitude (2010).

Sources des données : CIESIN-Columbia University PLACE II and III datasets.

Sous-indice des chocs commerciaux : instabilité des exportations de biens et services


Notes : Indice = (InstExports – 5)/(35 – 5). InstExports est l’écart-type des écarts à la tendance, calculés sur les séries d’exports en dollars courants déflatées de la valeur unitaire des importations, couvrant la période 1993-2007.

Sources des données : CNUCED – UNCTADstat, UN-Statistics Division’s National Account Main Aggregates Database, IMF-International Financial Statistics, INSEE- comptes définitifs.

Sous-indice des chocs naturels : victimes de catastrophes naturelles


Notes : Indice = (Victimes – 0,005)/(10 – 0,005). Victimes est la moyenne de la part de la population affectée par les catastrophes naturelles, sur la période 1993-2012.

Sources des données : EM-DAT du WHO-CRED, Nations-Unies-DESA, World Population Prospects.

Sous-indice des chocs naturels : instabilité de la production agricole


Notes : Indice = (InstAgri – 1,5)/(20 – 1,5). InstAgri est l’écart-type des écarts à la tendance, calculés sur les séries d’indice de production net agricole, couvrant la période 1992-2011.

Sources des données : FAOstat.

Indice d’exposition


Notes : Indice Exposition = 1/4 Sous-indice Population + 1/4 Sous-indice Eloignement + 1/8 Sous-indice Concentration Exports + 1/8 Sous-indice Part Agriculture + 1/4 Sous-indice Population en zone littorale basse.

Indice de chocs


Notes : Indice Chocs = 1/2 Sous-indice Instabilité des exportations + 1/4 Sous-indice Victimes catastrophes + 1/4 Sous-indice Instabilité de la Production Agricole.

Indice de vulnérabilité économique


Notes : Indice Vulnérabilité Economique = 1/2 Indice Exposition + 1/2 Indice Chocs.
5 À l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Wallis-et-Futuna, où il n’existe pas d’institut de statistique équivalent à ceux présents dans les autres DCOM.
6 Citons par exemple pour la vulnérabilité climatique l’indicateur du Global Adaptation Institute, le Climate Vulnerability Monitor de DARA ou l’indicateur de Wheeler (2011).
7 Se reporter au site consacré aux pays moins avancés :
8 Les calculs qui suivent ont nécessité la collaboration d’un certain nombre de spécialistes. Nous adressons nos remerciements à Martine Bouchut, CERDI (calcul de l’éloignement) ; Joël Cariolle, FERDI (conseils et assistance sur l’IVE, méthodes de calculs) ; Fabien Candau, CATT-université de Pau (traitement données douanes) ; Claire Goavec, CEMOI-université de la Réunion (traitement données douanes) ; Olivier Santoni, CERDI (traitement données géographiques et climatiques) ; Thierry Latreille, IEDOM et AFD (accès aux données DOM). Les auteurs restent cependant les seuls responsables des erreurs que présenterait ce travail.
9 Il s’agit de la composition établie d’après la définition 2012 de cet indice, qui diffère de la définition 2009 (UN-CDP ; Cariolle et al. , 2014).
10 Les résultats de nos calculs ne sont donc pas directement comparables à ceux publiés par le CDP sur son site ( http://www.un.org/en/development/desa/policy/cdp/ldc/ldc_data.shtml ). Les données du CDP montrent bien que les petites îles ont une vulnérabilité plus forte (mesurée par un niveau d’IVE plus élevé) que les grands pays émergents comme la Chine ou l’Inde.
11 Les calculs qui suivent ont nécessité la collaboration d’Olivier Santoni, CERDI (traitement données géographiques et climatiques) et Catherine Simonet, FERDI (conseils et assistance sur l’IVPCC, méthodes de calculs).
12 Voir http://www.ferdi.fr/indicateurs-innovants.html
13 L’IVE inclut d’ailleurs les composantes « populations affectées par les catastrophes naturelles » et « instabilité de la production agricole » et des composantes sur l’exposition à ces chocs (comme la population).
14 La différence de résultats (en termes de rang des pays) entre ces types de moyenne est négligeable.
15 Voir notamment ONERC (2009) et CDC-Climat (2011) .
Mesurer la résilience économique des petites économies insulaires en développement : une nouvelle analyse à travers le développement d’un indicateur synthétique « optimal »
CLAIRE GOAVEC
(CEMOI, Université de La Réunion)
1. Introduction
« Les Petites Économies Insulaires en Développement [PEID] 16 représentent un cas particulier pour l’environnement et le développement » (extrait du programme Action 21, Sommet de Rio, Nations Unies, 1992). L’enchaînement des différentes conférences sur le développement organisées par les Nations Unies ne fera que renforcer ce sentiment. Un consensus émerge ainsi aujourd’hui parmi les institutions internationales sur le fait que les PEID seraient toutes frappées par un certain nombre d’handicaps structurels forts, liés à leur condition d’insularité, rendant compliquée la mise en place à terme d’un processus de développement durable (Garabédian et Hoarau, 2011). Les conditions géographiques, l’histoire, la situation sociale, la structure économique sont autant d’éléments révélateurs d’une vulnérabilité potentielle à l’origine des difficultés de développement rencontrées par ces territoires. Ce problème de vulnérabilité est d’autant plus important qu’il peut être à l’origine de troubles évidents en termes de stabilité et durabilité de la croissance, mais également en termes de pauvreté (Guillaumont et Wagner, 2012). Au sein des travaux portant sur ce thème, les résultats convergent tous vers une constatation : le groupe des PEID serait significativement plus vulnérable sur le plan économique que les autres groupes de pays en développement.
Il parait dès lors crucial d’examiner la performance économique de ces petites économies à la lumière des challenges de croissance auxquels elles se doivent de faire face. Beaucoup de microéconomies prospèrent de nos jours, grâce au fait qu’elles se sont détachées du modèle classique, modèle non-adaptable à leurs économies singulières, poussées ainsi vers des alternatives de développement par le manque de ressources exploitables de manière traditionnelle (Baldacchino, 2000). Cette théorie se veut en soi représenter une explication de la réussite des petites économies, pourtant apparemment vouées à l’échec. On admet dans ce cas précis que si les handicaps peuvent affecter ces économies, celles-ci peuvent être pleines de ressources et savent généralement mettre à profit des capacités de politique endogènes (faites donc sur mesure) pour compenser haut la main cette faiblesse (Baldacchino, 2006). Une caractéristique clé de l’architecture de cette théorie est le rôle crucial joué par les acteurs du système, ainsi que la reconnaissance de la ressource économique que représentent le droit et la politique.
Certaines économies, bien que reconnues comme étant fortement exposées aux différents chocs économiques, réussissent donc néanmoins à générer de hauts niveaux de PIB par tête. Le cas des petites économies insulaires en développement représente un bon exemple de ce paradoxe, liant vulnérabilité et performance économique, singularité nommée par Briguglio (2003) le « paradoxe de Singapour », en référence évidemment à l’exemplarité que représente ce territoire en termes de croissance. Cela suggère sans nul doute, au sein de ces économies à la fois sensibles aux chocs mais performantes, la présence de facteurs compensant la vulnérabilité économique initiale de celles-ci. La recherche de ces facteurs fait l’objet d’études au sein de la littérature, nombre d’auteurs cherchant à expliquer, à clarifier les sources de la résilience des territoires (Baritto, 2008, Briguglio et al, 2009, Guillaumont, 2009). Si l’idée de résilience fait son chemin au sein des cercles académiques, mais également politiques, aucune définition de celle-ci n’est jusqu’ici universellement acceptée. Comme aucune définition n’est pour l’instant acceptée, aucune méthodologie concernant l’opérationnalisation et la mesure de ce concept ne peut également prétendre faire l’unanimité. Ainsi, nombre de concepts peuvent (et sont souvent) abordés pour concevoir le sujet. Ce qui fait tout l’intérêt de ce sujet, en fait également toute sa complexité.
Par conséquent, dans cet article, nous nous interrogerons sur la gestion de certaines économies vis-à-vis des chocs auxquels elles font face. Nous tenterons dès lors de répondre aux interrogations suivantes : que représente réellement la résilience économique et quels en sont ses facteurs ? Comment la résilience peut-elle être mesurée ? Pourquoi certaines régions gèrent et surmontent l’adversité économique de court ou de long terme, et arrivent à maintenir leur performance économique, alors que d’autres régions échouent à cela ? En particulier, nous construirons un indicateur synthétique de résilience adaptée au contexte insulaire et robuste sur le plan méthodologique en mobilisant le cadre opératoire de l’approche « Data Envelopment Analysis » (DEA). L’analyse empirique portera sur un échantillon de 128 économies en développement, dont 32 PEID.
La suite de l’article s’organise de la manière suivante. La section 2 propose une tentative de définition du concept de résilience régionale et identifie un certain nombre de facteurs potentiels mis en évidence dans la littérature. La section 3 présente l’indicateur composite de résilience standard développé par Briguglio et al. (2009) et révisé par Briguglio (2014), ainsi que les résultats associés pour les PEID. La section 4 développe une version méthodologiquement robuste de cet indicateur en générant un indicateur dit « optimal » via la mobilisation d’un système de pondération endogène grâce à la méthode DEA. Enfin, la section 5 conclut.
2. La résilience économique régionale : une ébauche de définition
2.1. Le concept de résilience économique régionale dans la littérature
Pour bien cerner le concept de résilience, il est utile de revenir sur la définition qu’en donne la discipline dans laquelle il a vu jour, en l’occurrence l’écologie. Celle-ci considère que la résilience repose sur l’hypothèse que différents états d’un système impliquent différents équilibres. En d’autres mots, l’évolution des systèmes est formé par le « switch » (changement/revirement) de ces systèmes d’un état d’équilibre (ou domaine de stabilité) à un autre. Par exemple, les écologistes pensent que « le changement dans plusieurs systèmes territoriaux n’est pas continu et graduel, mais est ponctué par de soudaines réorganisations des stocks de ressources. Ceci apparaît souvent après une longue période de stabilité, et souvent après certains troubles exogènes de ces systèmes ». (Perrings, 1994).
Dans ce contexte, on peut distinguer deux manières différentes de définir la résilience (Perrings, 1998) : « l’une réfère aux propriétés d’un système à s’approcher des équilibres stables ». Cette définition fait de la résilience une mesure de la vitesse de retour à l’équilibre d’un système. La seconde définition réfère au trouble qui peut être absorbé avant que le système ne soit « déplacé » d’un état à un autre. Cette définition (Holling, 1973, 1986, 1992) ne dépend pas du fait que le système soit proche ou non d’un équilibre. Elle suppose que les systèmes écologiques soient caractérisés par de multiples équilibres locaux stables, et la mesure de la résilience du système représente dès lors la capacité pour un système à absorber un choc, ce avant d’être « déplacé » vers un autre domaine de stabilité. La résilience réfère ainsi à la « capacité des systèmes à conserver leur structure organisationnelle suite à une perturbation d’une variable d’état d’une valeur donnée » (Perrings, 1994). Cette définition conceptuelle a cela d’intéressant qu’elle met en évidence les deux éléments essentiels à prendre en compte dans toute étude portant sur la résilience : (i) l’existence d’une certaine stabilité, d’un équilibre et (ii) l’existence de perturbations exogènes soudaines.
La déclinaison à la sphère économique s’inspire très largement de la vision écologique. La résilience économique d’une région représenterait alors, de manière adaptée, « la capacité d’une région à se remettre avec succès de chocs atteignant son économie qui, soit l’éjectent de son chemin de croissance, soit auraient le potentiel de l’éjecter de celui-ci » (Hill et al, 2008). Foster (2007) quant à lui définit la résilience régionale comme la capacité d’une région à anticiper, à se préparer, à répondre et à se remettre d’une perturbation. Si la définition basique de résilience garde tout son sens, le cadre d’étude est posé de manière stricte. Plus récemment, en adoptant une perspective plus large, Martin et Sunley (2015) caractérisent la résilience comme « la capacité d’une économie régionale ou locale à supporter ou à se remettre de chocs du marché, de chocs de compétitivité et de chocs environnementaux atteignant son chemin de croissance et de développement, en subissant si nécessaires des changements adaptatifs à leur structure économique et à leurs arrangements sociaux et institutionnels, de manière à maintenir ou restaurer leur chemin de développement précédent, ou de transiter vers un nouveau chemin soutenable caractérisé par une utilisation plus complète et plus productive de leurs ressources physiques, humaines et environnementales » (Martin et Sunley, 2015, p.15).
Trois éléments importants ressortent de cette dernière définition. Premièrement, la notion de résilience a cela d’intéressant qu’elle « transcende » le mythe de la stabilité généralement retenu en économie. Alors que la stabilité insiste sur l’équilibre, la faible variabilité, la résilience insiste sur la frontière du domaine de stabilité et des évènements loin de l’équilibre, la haute variabilité, et l’adaptation au changement (Holling, 1986). La dynamique des systèmes à travers la structure économique de la région, la compétitivité et la propension à l’innovation de ses firmes, les compétences de sa force de travail, sa culture entrepreneuriale, ses formes institutionnelles et ses accords de gouvernance économique, façonnent la résistance et la réponse de cette économie, et sa récupération, au choc. (Martin, 2012). Deuxièmement, on fait référence à la capacité d’une économie à se remettre des effets de chocs défavorables. Sont donc mises en avant la flexibilité et l’adaptation du système économique. Cette capacité serait limitée « si, par exemple, il y a une tendance chronique à de forts déficits fiscaux » (Briguglio, 2003, 2004), ou améliorée par la mise en place de politiques discrétionnaires (ou « shock-counteraction ») comme des dépenses précises, des réductions d’impôts, afin de contrer certains chocs négatifs pouvant atteindre un secteur particulier : on parle alors de capacité à neutraliser les chocs. Troisièmement, on met en évidence la capacité d’un territoire à résister aux chocs, à les absorber, afin que l’effet du choc soit rendu négligeable, minime.
Notons que les régions expérimentant des chocs négatifs externes peuvent donc exhiber 3 sortes de « réponses » différentes. Certaines d’entre elles peuvent retourner ou dépasser leur chemin de croissance (growth path) précédent, et ce, à l’intérieur d’une période de temps relativement courte, ces régions sont alors considérées comme « économiquement résilientes ». D’autres régions peuvent tout simplement ne pas avoir été éjectées de leur chemin de croissance, elles sont dites « résistantes aux chocs ». D’autres régions, visiblement moins flexibles, peuvent être incapables de rebondir et de retrouver (et encore moins de dépasser) leur chemin précédent, elles sont alors considérées comme étant « non-résilientes ». Plus généralement, quatre dimensions interconnectées doivent être étudiées dans leur intégralité afin de définir comment les économies régionales répondent aux chocs. La première est celle de la résistance, qui représente en soi la vulnérabilité et la sensibilité d’une économie régionale aux perturbations, aux récessions. La seconde dimension est celle de la rapidité de la reprise après choc. Le troisième aspect concerne la qualité de la réorientation structurelle de l’économie après choc, ainsi que les implications de cette réorientation pour la production, le travail et les revenus. La quatrième dimension concerne le degré de renouvellement et de reprise du chemin de croissance qui caractérisaient l’économie avant le choc. Donc résistance, récupération, réorientation et renouvellement seraient les quatre dimensions clés de la résilience économique régionale (Martin, 2012) 17 .
Si la résilience semble ne pas être par conséquent un concept unitaire, avec une définition précise et universellement acceptée, elle n’en demeure pas moins un aspect clé du dynamisme des systèmes économiques spatiaux. Les divergences dans sa définition peuvent néanmoins impliquer des différences de point de vue dans sa prise en compte au sein des politiques économiques. Il n’est d’ailleurs pas rare d’être en présence de confusions entre résilience, flexibilité ou auto-résistance par exemple. Bien que ces termes ne soient absolument pas éloignés, ils ne représentent néanmoins pas la même réalité. Ces confusions sont révélatrices du besoin de précision et de clarté dont doit faire preuve toute étude liée à la résilience.
La question qui se pose alors est donc de savoir comment les structures économiques peuvent être rendues plus résilientes à un choc, et comment la politique économique peut ainsi agir dans le but de stabiliser l’économie avant et après un tel choc. Si une économie résiliente n’est pas en soi un but politique, c’est cependant une condition nécessaire à une croissance réussie (Aiginger, 2009). Le principal but d’une économie sur le long terme est de promouvoir l’emploi et la croissance sous des contraintes d’objectifs sociaux et écologiques aussi bien que de stabilité économique. La résilience ne devrait donc pas être envisagée comme un but économique isolé, mais intégrée comme une contrainte additionnelle importante aux stratégies de croissance et d’emploi. Le but d’une étude relative à la résilience est donc d’étudier les éléments permettant à une économie de se protéger d’une future crise profonde, et ce sans compromettre ses objectifs de croissance. Toutefois, il est à remarquer qu’un certain conflit peut exister entre les concepts de résilience et de croissance économique. En effet, certaines interventions permettant une augmentation du PIB peuvent s’avérer néfastes à certains facteurs conduisant quant à eux à une meilleure résilience économique, comme la réduction des inégalités, ou la construction de la résilience sociale et écologique. Une différence marquée doit ainsi être établie entre les finalités économiques que se donne un territoire, et les moyens mis en œuvre afin d’y arriver. Si la résilience économique représente la finalité, la croissance du PIB peut être un moyen d’y arriver, mais non une finalité en soi. Il est ici sous-entendu qu’elle peut être compromise, au profit d’autres moyens, s’avouant peut-être plus efficaces.
2.2. Les facteurs de la résilience économique
Selon Hill et al (2008), il existe concrètement trois explications majeures à la résilience économique d’une région : (i) les caractéristiques institutionnelles qui conditionnent ou promeuvent l’action effective, qui permettent donc de répondre aux chocs économiques, (ii) les réponses de gouvernance, en particulier les actions de politique publique prises à des niveaux locaux, régionaux ou nationaux, et (iii) les réponses stratégiques de l’industrie ou des entreprises de la région afin d’améliorer leur compétitivité. La résilience économique pourrait dès lors être atteinte grâce à 5 canaux, que sont des structures plus résistantes (à travers l’amélioration de la structure industrielle, la diversification des exportations, le renforcement des stabilisateurs automatiques), le désir de faire "évoluer" la croissance économique 18 (à travers l’investissement dans le futur, la direction du secteur public vers la croissance, des projets avec des objectifs multiples d’augmentation de l’emploi et d’effets sur la croissance), l’accent mis sur des objectifs à long terme (par les firmes, les analystes et la politique économique), l’évitement des facteurs qui causent de fait des crises économiques, ainsi que la présence d’institutions et de systèmes d’incitation servant à stabiliser l’économie (Aiginger, 2009).
Pour Guillaumont (2009), les principaux facteurs de résilience d’un territoire résident dans le développement de politiques et d’institutions permettant de faire face à des chocs exogènes imprévus. Un élément politique important, vecteur de résilience, est représenté par la capacité d’un pays à maintenir un niveau approprié de compétitivité. En effet, bien que l’ouverture sur l’extérieur puisse participer à une augmentation de la vulnérabilité d’un territoire, il a été démontré qu’une « politique cosmopolite améliore sa résilience » (Guillaumont, 2009). L’auteur insiste également sur l’importance du capital humain. En effet, la capacité à réagir face à un choc ne dépend pas uniquement des politiques mises en place, de la recherche de la compétitivité ou d’une adaptation des activités, mais aussi du facteur humain. Guillaumont met ainsi fortement en avant le niveau d’éducation et de santé des populations, qu’il qualifie donc de facteurs de résilience. Plus faible sera le niveau de capital humain (ici entendu comme étant le niveau d’éducation et de santé de la population), plus fort sera l’impact d’une vulnérabilité économique sur la croissance 19 . Il faut par ailleurs remarquer que la faiblesse du capital humain, combinée à un haut niveau de vulnérabilité structurelle d’un pays, sont les deux éléments qui permettent d’identifier celui-ci comme faisant partie de la catégorie des PMA (Pays les Moins Avancés). Ceux-ci font donc face à un handicap combiné, qui les amène bien souvent à ce qu’on appelle « une trappe à pauvreté » de laquelle ils peinent bien souvent à sortir. La réaction, l’action des agents économiques ainsi que leurs interactions sont ainsi au cœur de ce concept de résilience, et imposent de fait une myriade de possibilités quant aux facteurs de résilience.
De leur côté, Martin et Sunley (2014) montrent que les facteurs de résilience peuvent être envisagés à travers 4 sous-systèmes principaux : (i) le sous-système structurel et de business, (ii) le sous-système du marché du travail, (iii) le sous-système du marché financier ainsi que (iv) le sous-système de la gouvernance. A l’intérieur de chacun de ces sous-systèmes, des facteurs de résilience, interagissant, peuvent être détectés. Evidemment, les déterminants de la résilience économique régionale sont le fruit d’un processus historique, voulu ou non-voulu par ailleurs, ayant défini le modèle économique du système, son mode de croissance économique et de développement, et influençant ainsi les attitudes, les perceptions et attentes d’une région.
Enfin, Briguglio (2014), l’étude la plus aboutie à ce jour dans le domaine, envisagent la résilience comme découlant de la combinaison de trois ensembles de déterminants, incluant (i) la stabilité macroéconomique, (ii) l’efficience du marché, et (iii) la gouvernance politique, sociale et environnementale.
La stabilité macroéconomique, entendue comme la réalisation simultanée des équilibres interne (équilibre budgétaire, maîtrise de l’inflation, chômage faible, …) et externe (dette extérieure soutenable, stabilité des taux de change, …) influe positivement sur la croissance économique, notamment parce qu’elle encourage l’investissement et favorise la mise en place d’un climat des affaires sain (Ramey et Ramey, 1995 ; Briguglio, 2010) 20 .
L’efficience du marché, ici, est considérée dans sa vision traditionnelle en sciences économiques, faisant référence au mécanisme d’ajustement des prix comme le meilleur système permettant une allocation optimale des ressources et favorisant donc la croissance économique. Dans cette conception, le fonctionnement correct du marché repose directement sur la notion de flexibilité, condition nécessaire pour que l’offre et la demande s’ajustent rapidement au nouvel équilibre suite au déclenchement de chocs externes adverses. Plusieurs travaux ont démontré le lien positif entre flexibilité des prix, capacité d’absorption et résilience (Briguglio et al. 2006 ; Duval et Vogel, 2008). Toutefois, l’auteur précise lui-même que favoriser la flexibilité ne signifie pas l’absence des interventions publiques. L’intervention de l’Etat, et donc la mise en place d’un cadre de régulation, restent indispensables pour garantir le bon fonctionnement du mécanisme d’ajustement des prix dans certains cas (biens publics, externalités, asymétries d’information, pratiques monopolistiques, …). Ceci est particulièrement vrai pour le secteur financier. Certains auteurs (Hellwig, 2009 ; Lewis, 2010) ont montré que le processus de libéralisation des dernières décennies et le manque de régulation induit ont été les principales causes à l’origine de la crise financière internationale de 2007-2008. Dans ce domaine, efficience des marchés et cadre de régulation sont par conséquent compatibles.
Enfin, la bonne gouvernance se décline en trois éléments. Le premier élément est la gouvernance politique, définie comme l’existence d’une autorité capable de « mobiliser les mécanismes, processus et institutions 21 pour gérer les affaires du pays » (Briguglio, 2014, p.20) afin de garantir le cadre de loi et les droits de propriétés ainsi que la fourniture de services publics efficients (Briguglio et al., 2006 ; Reddy, 2008) 22 . En effet, une économie qui maintient un cadre légal stable et efficace et des politiques crédibles est mieux préparée à affronter et à neutraliser des chocs adverses non anticipés 23 . Ensuite, le deuxième élément est le développement social, entendu comme la performance réalisée dans les domaines de la santé et de l’éducation. Notons que ce qui est visé ici n’est pas tant le développement social en lui-même mais ce qui permet ce développement social, à savoir la cohésion sociale 24 . Celle-ci est une composante essentielle de la résilience (Briguglio et al., 2006) et de la croissance (Foa, 2011) dans la mesure où elle permet la réduction des coûts de transaction (police, prévention du crime, services de sécurité privée, …) et le bon fonctionnement de l’appareil économique en l’absence du spectre des troubles et conflits civils. La présence du dialogue social facilite en effet la mise en place d’une approche collaborative de prise de décision face aux chocs négatifs d’envergure et génère des effets d’externalités positives en termes de fournitures de biens publics (infrastructures publiques, éducation, santé). Le dernier élément est la gestion environnementale définie comme les institutions, les pratiques, le cadre de régulation et les processus destinés à la protection et à la préservation de l’environnement et à l’utilisation optimale des ressources naturelles. A bien des égards, le capital naturel est un bien public générateur d’effets d’externalité négative. Aussi, l’instauration d’une politique environnementale efficace peut faciliter la reprise suite au déclenchement de chocs externes sévères 25 . Cet aspect est particulièrement crucial pour les PEID qui vont devoir affronter dans les décennies à venir toute une série de chocs liés au réchauffement climatique tels que la hausse du niveau de la mer, l’augmentation de la fréquence et de l’ampleur des évènements extrêmes, les risques sanitaires accrus, etc (IPCC, 2007).
En définitive, si les conceptions de la résilience peuvent varier, tant dans sa définition que dans les facteurs lui étant concédés, il semblerait qu’il existe un certain consensus sur les facteurs qui sous-tendent la construction d’une capacité de résilience territoriale. En effet, la structure économique (diversité, spécialisation, compétences des firmes par exemple), les externalités (que sont la base de connaissance, les compétences au travail, les pratiques compétitives, la finance), la psychologie (à travers les attentes, perceptions, attitudes ou confiance) ou encore certains fondamentaux (que sont les institutions politiques, la culture entrepreneuriale, l’infrastructure, les structures de gouvernance ou encore le régime public) seraient donc à considérer comme les principaux déterminants de la résilience économique d’un espace économique.
3. L’indicateur synthétique de résilience économique
Plusieurs indicateurs ont pu être proposés, censés représenter une mesure de la résilience. Dans un premier temps, il est généralement considéré que les économies les plus développées économiquement seraient les plus résilientes. La création de richesse, représentée généralement par le PIB ou le PIB par tête, serait en effet révélatrice de la capacité d’une économie à amortir les chocs, à financer les répercussions des chocs, de manière à ce qu’ils ne pèsent que peu sur le développement du pays. Le PIB représente ainsi simplement les ressources disponibles afin que l’économie puisse combattre les effets des chocs négatifs à leur développement économique. Par ailleurs, la volatilité du PIB, traduisant un problème d’instabilité macroéconomique, est parfois utilisée comme une manifestation d’un manque de résilience. Dans un second temps, l’Indicateur de Développement Humain Soutenable (Garabédian et Hoarau, 2011 ; Blancard et Hoarau, 2013) mesurant la soutenabilité à long terme du niveau de développement humain courant d’un pays, lequel intègre les aspects de vulnérabilité économique et de soutenabilité environnementale, peut également être considéré comme mesure de résilience.
Toutefois, ces deux approches sont de nature ex-post, caractérisant plus les conséquences de la résilience que les sources à l’origine de cette résilience. Une troisième approche, celle de Baritto (2008), mesure la résilience à partir de l’épargne nationale nette par habitant. Celle-ci peut en effet être assimilée à la quantité disponible de fonds qu’un pays pourra investir pour reconstruire son stock de capital après avoir subi un choc externe sévère. Cependant, l’auteur reconnaît lui-même que cet indicateur ne constitue qu’une mesure indirecte et une tentative encore grossière de caractérisation du phénomène de résilience. Enfin, une dernière approche, celle de Briguglio et al. (2009), et révisé par Briguglio (2014), permet d’apporter une réponse plus satisfaisante, certes encore incomplète, à la mesure ex-ante de la résilience. L’indice qui en découle est basé sur l’hypothèse que les variables qui permettent à un pays de renforcer sa résilience sont représentées par des facteurs à la fois économiques et sociopolitiques. Ce dernier est construit autour de trois blocs, à savoir la stabilité macroéconomique, la flexibilité du marché et la gouvernance politique, sociale et environnementale. Chacune d’entre elles est mesurées par plusieurs sous-indices, lesquels seront présentés plus bas. Cet indicateur est à ce jour le plus complet même si certains problèmes méthodologiques sérieux persistent.
3.1. Architecture d’ensemble et principes de construction
L’Indicateur de Résilience Economique (IRE), révisé en 2014 par Briguglio, est actuellement composé de 8 variables, à savoir l’inflation (INF), la dette publique (DET), la balance de compte courant (BAL), le degré de régulation des marchés (REG), le risque financier (RISK), la bonne gouvernance (GOUV), le développement social (DVT) et la gestion environnementale (EPI), lesquelles sont regroupées en trois composantes distinctes, en l’occurrence la « stabilité macroéconomique » (STA), « la flexibilité du marché, ajusté aux risques financiers excessifs » (FLEX) et la « gouvernance politique, sociale et environnementale » (GSPE). La structure d’ensemble de l’IRE est présentée sur la Figure 1 :

Figure 1. L’Indicateur de Résilience Economique, révision 2013


La méthode de normalisation : la procédure min-max
La procédure de standardisation est dans notre cas requise afin de rendre l’IRE insensible aux échelles des mesures utilisées, étant donné la diversité des unités de mesure des variables composant celui-ci. La méthode de normalisation min-max permet de rendre les différentes composantes comparables, ce de manière à pouvoir les agréger dans un indice composite. Au sein de nos calculs, nous allons donc déterminer les indices dimensionnels pour chaque composante selon la formule :

XS ij représente la valeur de l’observation standardisée pour le pays i et sa composante j, X ij la valeur réelle de la même observation, et MinX j et MaxX j les valeurs minimum et maximum pour la même observation pour la composante j. Notons que les valeurs min et max correspondent aux valeurs extrêmes de l’échantillon. Celles-ci sont données dans le tableau 1 :

Tableau 1. Bornes utilisées dans la normalisation des variables de l’IRE

Source : Calculs de l’auteure.

La méthode d’agrégation : principes et formulation
La méthode d’agrégation la plus communément utilisée consiste en une moyenne arithmétique basée sur un système de pondération quasi-égalitaire. Celle-ci permet une estimation simplifiée et transparente de l’IRE. Nous suivons la méthode calculatoire suivante :


Ou encore l’IRE directement fonction des 8 variables :

3.2. L’analyse des dimensions individuelles
Conformément à ce qui a été exposé plus haut, trois dimensions composent l’IRE, chacune étant approchée par plusieurs variables élémentaires.
3.2.1. La stabilité macroéconomique
Trois variables ont été mobilisées pour construire la composante de stabilité macroéconomique :
– La part de la position budgétaire publique dans le PIB traduisant le fait que des comptes publics équilibrés donne à l’Etat la possibilité d’ajuster sa politique de dépenses et fiscale pour neutraliser les effets d’un choc adverse.
– L’inflation reflète un manque de résilience puisqu’une économie caractérisée par des niveaux d’inflation élevés aura plus de mal à absorber les effets d’un choc négatif.
– Le ratio des déficits courants sur le PIB, donnant également une information sur la capacité d’absorption de chocs de l’économie mais cette fois-ci à travers la dimension de l’équilibre externe.

Le sous-indice de stabilité macroéconomique s’obtient ensuite en prenant la moyenne arithmétique non pondérée des trois variables standardisées via la procédure min-max. Précisons que pour les trois variables, une moyenne sur une période de plusieurs années (2003-2012 dans sa dernière étude) est conseillée par Briguglio de manière à réduire les effets des fluctuations cycliques 26 .
Les résultats sont donnés dans le Tableau 2. Globalement, les PEID se comportent relativement bien en matière de stabilité macroéconomique. 20 d’entre elles (Timor-Leste, Kiribati, la Guinée-Bissau, Samoa, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Trinité-et-Tobago, Tonga, le Bahreïn, les Bahamas, Saint-Christophe-et-Niévès, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Cap-Vert, Haïti, Maurice, les Comores, Suriname, les Fiji, Sainte-Lucie et les Maldives) se trouvent dans la première moitié du classement dont 12 dont le premier quart (Timor-Leste, Kiribati, la Guinée-Bissau, Samoa, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Trinité-et-Tobago, Tonga, le Bahreïn, les Bahamas, Saint-Christophe-et-Niévès, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Cap-Vert). Seulement 8 PEID (Antigua-et-Barbuda, les Iles Salomon, la République Dominicaine, la Grenade, Guyana, la Jamaïque, les Seychelles et Sao-Tomé-Et-Principe) font partie du quart le moins stable. Ce constat d’une certaine stabilité laisse supposer une plus ou moins grande efficacité des autorités en charge de la politique économique à garantir les équilibres interne et externe.
De manière détaillée, concernant la variable « balance courante », 22 PEID sont positionnées dans la première moitié du classement (à savoir la Grenade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les Seychelles, Sainte-Lucie, les Maldives, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, Tonga, Saint-Christophe-et-Niévès, les Iles Salomon, les Bahamas, la Jamaïque, Guyana, le Cap-Vert, Kiribati, Maurice, les Fiji, les Comores, Samoa, la Barbade, le Vanuatu et la République Dominicaine), dont 15 au sein du premier quartile (la Grenade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les Seychelles, Sainte-Lucie, les Maldives, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, Tonga, Saint-Christophe-et-Niévès, les Iles Salomon, les Bahamas, la Jamaïque, Guyana, le Cap-Vert et Kiribati). Seules 5 économies insulaires se classent au sein du quart le moins performant (à savoir le Suriname, Bahreïn, Sao-Tomé-Et-Principe, Singapour et Trinité-et-Tobago).
La variable « inflation » se veut quant à elle tout à fait favorable au classement des PEID. En effet, 25 des 32 PEID ici considérées font partie de la première partie du classement (Kiribati, les Bahamas, la Dominique, Singapour, la Barbade, le Belize, le Cap Vert, la Grenade, Antigua-et-Barbuda, la Guinée-Bissau, Saint-Christophe-et-Niévès, le Vanuatu, les Comores, Sainte-Lucie, Samoa, les Fiji, Timor-Leste, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Maldives, Maurice, Tonga, les Iles Salomon, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Trinité-et-Tobago et le Bahreïn), dont 14 au sein du premier quartile (Kiribati, les Bahamas, la Dominique, Singapour, la Barbade, les Belize, le Cap Vert, la Grenade, Antigua-et-Barbuda, la Guinée-Bissau, Saint-Christophe-et-Niévès, le Vanuatu, les Comores et Sainte-Lucie). Seules 6 PEID se trouvent classées au sein du dernier quartile (à savoir le Suriname, Guyana, Sao-Tomé-Et-Principe, la République Dominicaine, Haïti et les Seychelles).
Les résultats concernant la variable « dette » se veulent quant à eux beaucoup moins favorables au classement des PEID. Seules 15 d’entre elles se positionnent dans la première moitié du classement (à savoir Kiribati, la Guinée-Bissau, le Vanuatu, Samoa, Timor-Leste, Tonga, Haïti, le Suriname, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Trinité-et-Tobago, le Bahreïn, Saint-Christophe-et-Niévès, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Maurice et les Bahamas), dont 10 au sein du quart le plus performant (à savoir Kiribati, la Guinée-Bissau, le Vanuatu, Samoa, Timor-Leste, Tonga, Haïti, le Suriname, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Trinité-et-Tobago). En parallèle, pas moins de 12 économies se positionnent au sein du quart le moins performant du classement (à savoir la Jamaïque, la Grenade, les Seychelles, Singapour, Antigua-et-Barbuda, le Cap-Vert, la Barbade, le Belize, Sao-Tomé-Et-Principe, les Iles Salomon, la Dominique et Guyana).

Tableau 2. La variable "stabilité macroéconomique", le classement des résultats par composantes



Note : Les PEID sont en italique. Nous obtenons des données allant de 2005 à 2012 pour la balance courante, une moyenne est donc faite sur 8 années. Concernant l’inflation et la dette, nous obtenons des données fiables pour les années allant de 2003 à 2012, une moyenne est donc calculée sur ces 10 années.

Source : Calculs de l’auteure.
3.2.2. La dimension de la flexibilité du marché
Concernant la mesure de cette flexibilité, deux éléments sont utilisés, à savoir (i) un sous-indice de flexibilité pure et (ii) un sous-indice de risque financier pour intégrer le fait que la flexibilité totale n’est pas toujours synonyme d’efficience, et notamment dans le secteur financier. L’indice de flexibilité du marché ajusté consiste simplement en la moyenne pondérée de l’indice de flexibilité du marché pure (affecté d’un poids de 75%) et l’indice de « sécurité financière » (affecté d’un poids de 25%), qui est le complémentaire à 1 de l’indice de risque financier.
Le sous-indice de flexibilité pure est obtenu à partir de la composante « Regulation » de l’indicateur « Economic Freedom of the World » (EFW) 27 . Cette composante mesure la faculté des marchés à pouvoir agir librement, de manière concurrentielle et efficiente.

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