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Ouvrières : les dessous de l'embellie

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Description

Au sommaire de ce numéro :
Parcours : L'histoire de Michelle Perrot, entretien avec Margaret Maruani et Chantal Rogerat.
Dossiers : Ouvrières : les dessous de l'embellie, Michel Gollac et Serge Volkoff, Anne-Sophie Beau, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Noëlle Burgi, Karine Clément.
Controverse : Le nouvel esprit de famille de Claudine Attias-Donfut, Nicole Lapierre et Martine Segalen.

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Publié par
Date de parution 01 novembre 2002
Nombre de lectures 209
EAN13 9782296307506
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

T R A V A I L , G E N R E E T S O C I E T E S L a r e v u e d u M a g e
Ouvrières : les dessous de l'embellie
L'Harmattan 5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris France
8/2002
L'Harmattan Hongrie Hargita u.3 1026 Budapest Hongrie
L'Harmattan ItaliaVia Bava, 37 10214 Torino Italie
 5PARCOURSL'histoire de Michelle Perrotpropos recueillis par Margaret Maruani et Chantal Rogerat coordonné par Philippe Alonzo et Tania Angeloff 21DOSSIER Ouvrières : les dessous de l'embellie  La mise au travail des stéréotypes de genre. Les conditions de travail des 25 ouvrières Michel Gollac et Serge Volkoff sommaire  Les salarié-e-s du grand commerce : des “employé-e-s” ? Les parcours 55 ème ème professionnels des salarié-e-s du Grand Bazar de Lyon aux 19 et 20 siècles Anne-Sophie Beau  Jeunes ouvrier(e)s à l'usine. Notes de recherche sur la concurrence 73 garçons/filles et sur la remise en cause de la masculinité ouvrière Stéphane Beaud et Michel Pialoux Exiler, désœuvrer les femmes licenciées 105 Noëlle Burgi Les femmes ouvrières en Russie : confusion des genres et précarité 123 Karine Clément 147 MUTATIONS  Les paroxysmes de la conciliation. Violence au travail et violence du conjoint 149 Elizabeth Brown, Dominique Fougeyrollas-Schwebel et Maryse Jaspard  Les 35 heures des hommes et des femmes 167 Martine Lurol et Jérôme Pélisse  Les femmes sur le marché du travail au Québec et au Canada 193 Diane-Gabrielle Tremblay  coordonnée par Philippe Alonzo et Jacqueline Laufer 213 CONTROVERSE Autour deLe nouvel esprit de famillede Claudine Attias-Donfut, Nicole Lapierre et Martine Segalen, Lu parJacques Commaille, Christine Delphy et Olivier Schwartz Réponse de Claudine Attias-Donfut, Nicole Lapierre et Martine Segalen
Travail, Genre et Sociétés n° 8 – Novembre 2002S3
229 CRITIQUES Comptes rendus de lecture : L'arrangement des sexesde Erving Goffman par François de SinglyL'invention du naturel : les sciences et la fabrication du féminin et du masculinde Delphine Gardey et Ilana Löwy (dir.) par Michèle Ferrand Masculin-Féminin : questions pour les sciences de l'hommede Jacqueline Laufer, Catherine Marry et Margaret Maruani (dir.) par Roger Establet Regards… de Brigitte Grésy sur : Piloter l'accès des femmes aux emplois supérieursAnicet Le Pors et Françoise Milewski ; L'accès des femmes salariées à la formation continue et ses effets sur leur carrièredu conseil supérieur de l'égalité professionnelle ; Articuler vie familiale et vie professionnelle en Europe. Un enjeu pour l'égalitéde Rachel Silvera Regards… de Catherine Omnès sur : L'inégalité à la chaîne. La division sexuée du travail dans l'industrie métallurgique en France et en Angleterrede Laura Lee Downs La dactylographe et l'expéditionnaire. Histoire des employés de bureau, 1890-1930de Delphine Gardey Les femmes ont toujours travailléde Sylvie Schweitzer 251 OUVRAGES RECUS 253 THESES 255 AUTEURS 261 RESUMES 265 SUMMARIES 269 ZUSAMMENFASSUNGEN 275 RESUMENES 279 COUPON D'ABONNEMENT ET CONSIGNES AUX AUTEURS
4STravail, Genre et Sociétés n° 8 – Novembre 2002
L'HISTOIRE DE MICHELLE PERROT, ENTRETIEN AVEC MARGARET MARUANI ET CHANTAL ROGERAT PARCOURS
eune étudiante, Michelle Perrot voulait faire son mémoire de maîtrise sur le féminisme. Simone de Beauvoir l'avait pJrécéda chez elle celle des rapports de sexe. séduite, mais son professeur l'orienta vers le monde ouvrier. De fait, la problématique des classes sociales Cette marche incessante de l'histoire entre le présent et le passé que Michelle Perrot connaît bien l'entraîna, au sortir des mouvements féministes des années 70, à mettre en questions ce que l'on appelait “l'histoire des femmes”. Cette expression ambiguë, écartée quelques années plus tard par les historiennes ellesmêmes, a cependant contribué à remettre en cause la conception même de l'histoire. Michelle Perrot accepteraitelle alors que l'on dise d'elle qu'elle est une “médiatrice” pour plus d'une génération ?
Ma r g a r et Mar u a ni et Ch a n t a l Ro g er a t
Travail, Genre et Sociétés n° 8 – Novembre 2002S5
Mon féminisme
Parcours
Margaret Maruani : Comment êtesvous devenue féministe ? Quel événement, au singulier ou au pluriel ? Quelles situa tions ? Quels processus ? Estce que ça s'enracine dans votre biographie personnelle, professionnelle ? Estce que ce sont vos lectures ?
Michelle Perrot : Cela dépend de ce qu'on entend par “féministe”… Mon “féminisme” fut d'abord une rébellion contre la condition faite aux femmes, que je ressentis fortement en terminale, au moment des choix décisifs. J'avais été éduquée dans un collège religieux, très traditionnel en la matière. Lors d'une conférence faite aux “dames” – nos mères –, un certain Père de Grand Maison leur avait dit : “une femme doit être levée la première et couchée la dernière”. Ma mère avait été scandalisée. Fille de fonctionnaires laïques, ancienne élève du lycée Fénelon, elle ne partageait pas du tout cette manière de voir. Pas plus que mon père, du reste, qui m'offrait un tout autre modèle. Bizarrerie d'une éducation complète ment contradictoire.
MM : Quel était ce modèle paternel ? MP : Mon père était moderne, sportif, amateur de chevaux et de voitures de courses, lecteur de littérature américaine. Il était rentré de la guerre (1418), qu'il avait faite dans les tranchées, révolté, sans illusion et sans engagement, irrespectueux, un peu anar. C'était un père fantaisiste et anticonformiste, qui me traitait comme le garçon qu'il aurait sans doute voulu avoir. MM : Vous n'étiez pas en quelque sorte le garçon manquant ? MP : Oui, probablement. Et ce fut une chance. Très attentif à mes résultats scolaires, mon père me parlait travail, profession : pourquoi pas la médecine ? Il me poussait à faire du sport, à voyager, surtout à avoir une vie indépendante. “Ne te mets pas un homme sur le dos”, me disaitil, ce qui ne ressemblait guère au langage des religieuses du Cours Bossuet, rue de Chabrol, à Paris. Chantal Rogerat : Il a existé des collèges religieux très différents… Plus ou moins ouverts sur le monde. Le vôtre ? MP : Cet ordre “de la Retraite”, dont la maisonmère était à Angers, domicile de ma grandmère qui l'avait conseillé pour que je reçoive une éducation religieuse convenable, était fort traditionnel. Au moment de Vichy, les “sécula risées” avaient repris avec bonheur le costume religieux,
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Entretien avecMargaret Maruani et Chantal Rogerat
sauf une, visiblement hostile, et dont la famille (nous l'apprîmes plus tard) fut très résistante. Ainsi, il s'avérait difficile d'échapper aux conflits dans ce Paris de l'Occu pation. Dans cet externat, les influences extérieures pénétrèrent de toutes parts. Ainsi, par les étudiantes auxquelles les religieuses faisaient appel pour enseigner les sciences et les langues. Elles tranchaient singulière ment et nous apportaient l'air du dehors. Telle Benoîte Groult, qui nous enseignait l'anglais et évoquait avec humour ses élèves, “trente deux fillasses en âge ingrat, 1 qui ricanent de tout ce qui n'est pas parfaitement banal ”. Ces étudiantes, nous les aimions bien et c'est avec l'une d'entre elles que j'ai le plus parlé des études futures, des choix possibles et de cette vie d'étudiante qui m'attirait tellement… CR : A la fin de vos études secondaires, votre choix de l'histoire, étaitce un choix féministe ? MP : Non. Pas du tout. D'un côté, c'était un choix négatif : ce que je pouvais faire dans un maquis de routes barrées par le niveau médiocre des études au Cours Bossuet, du moins en sciences, ou en philosophie, réduites à un thomisme envahissant (mon intérêt pour Bergson s'était heurté aux réticences de mon professeur). D'un autre, c'était un choix positif, suggéré par mon incroyable esprit de sérieux et par l'expérience de la guerre, vécue en spectatrice de plus en plus passionnée et inquiète. La littérature me paraissait futile. L'histoire me semblait plus en prise avec mon temps. Peutêtre permettaitelle de comprendre quelque chose à ce monde violent, opaque, excitant. MM : Et la politique, à ce momentlà ? MP : Je n'y pensais pas directement. Certes, ma mère avait voté, avec beaucoup de satisfaction, en 1945, pour la première fois ; et elle fut, toute sa vie, une électrice décidée. Mais je ne pensais pas qu'une fille pouvait “faire de la politique”. Ce qui m'attirait, c'était l'actualité, le social, le monde ouvrier.
La condition ouvrière
CR : Justement, pourquoi cette attirance pour le monde ouvrier, vous qui n'étiez pas directement en contact avec… MP : La classe ouvrière s'est en quelque sorte imposée à moi comme la figure de l'Autre la plus absolue, et ceci de plusieurs manières. Par l'actualité : le Front Populaire, vécu à Paris, dans le Paris du Centre – mon père avait un
1. Benoîte et Flora Groult, 1962,Journal à quatre mains, Denoël, Paris, réédition 2002,p. 185 (excellent témoignage sur une jeunesse féminine de la guerre).
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Parcours
magasin de cuirs en gros rue SaintDenis et nous demeurions rue Grenéta – populaire et vivant. Dans ce quartier du Sentier, il y avait beaucoup de fabriques occupées, ornées de rouge, où l'on chantait. L'été suivant, ma famille se déchirait à propos des congés payés ; mon père était pour, ma tante contre et les enfants comptaient les coups durant les repas qui n'allaient pas jusqu'au dessert … Par la morale chrétienne qui exigeait que nous soyons utiles et généreuses, elle cultivait le sentiment de culpa bilité, que j'éprouvais très fortement, exaltait le dépasse ment et le don de soi, que la guerre portait à leur paroxysme. Le Cours Bossuet avait deux terrains de prédilection : l'outremer – Afrique – ExtrêmeOrient à évangéliser (que de petits chinois n'aije pas “rachetés” avec du papier d'argent de chocolat assaisonné de quelques “sacrifices”…) ; la classe ouvrière à secourir et à reconquérir, à la fois figure du pauvre et terre de croisade. En 1943, parut un livre de l'abbé Godin, France, pays de mission, où il montrait la classe ouvrière exploitée, abandonnée, athée, perdue de Dieu et pour Dieu. On commençait à parler des prêtresouvriers que soutenait le cardinal Verdier, familier du Cours. Ils travaillaient en usine. Des femmes y allaient aussi, telle Simone Weil, dont un peu plus tard l'expérience et les livres –La pesanteur et la grâce,La condition ouvrière –me fascinèrent. J'ai un temps pensé à travailler en usine. Mais velléitaire, je ne le fis jamais. J'eus cependant, quelques années plus tard, jeune professeur à Caen, l'occasion de travailler avec des prêtres de la Mission de France, curés des paroisses ouvrières du Plateau Mondeville, Giberville, Colombelle – site d'impor tantes usines métallurgiques Schneider (aujourd'hui démantelées). Avec JeanClaude Perrot et, un moment, Jean Cuisenier, futur directeur du Musée des Arts et traditions populaires, nous avons mené des enquêtes sur les pratiques religieuses, démographiques et culturelles des ouvriers de La Société Métallurgique de Normandie, à la manière de Gabriel Le Bras et Henri Lefebvre. Parallèlement, je militais dans un groupe de chrétiens progressistes (expression de l'époque), fondé par Jacques Chatagner, qui publiait un mensuel,La Quinzaine. En l955, Rome suspendit l'expérience des prêtresouvriers, consi dérés comme des fouriers du communisme.La Quinzaineprotesta et fut condamnée. Du coup, je rompis avec l'Eglise et avec la foi de ma jeunesse.
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Entretien avecMargaret Maruani et Chantal Rogerat
La grève
MM : Avezvous été attirée par le communisme ? MP : Oui. Très fortement. Il me paraissait incarner la classe ouvrière, la lutte pour la justice sociale et dessiner l'avenir. Et puis, en 1955, débute la guerre d'Algérie et je pensais que le parti communiste serait la principale force d'opposition à cette guerre injuste, dont nous avons su très vite la cruauté, les tortures. Pierre VidalNaquet était assistant à l'université de Caen et nous l'avons soutenu dans l'affaire Audin. Dans la foulée, j'ai adhéré au PCFje suis restée trois ans, de 1955 à 1958, sérieusement refroidie par le rapport Kroutchev et l'insurrection hongroise de 1956. Lorsque nous avons quitté Caen pour Paris, je n'ai pas repris ma carte. Mais durant longtemps, je me suis sentie “compagnon de route”, à la manière de Sartre, répugnant non seulement à l'anticommunisme, mais même à la critique du communisme. A cet égard, j'ai participé à “l'illusion” de ma génération. MM : Et vous avez fait votre thèse sur les ouvriers ? Pour vous, étaitce un acte engagé ? MP : Oui. Et pour le comprendre, il faut revenir à la Sorbonne des années 19471951, où je fus une étudiante heureuse. Tandis que Fernand Braudel régnait sur l'Ecole des Hautes Études, Pierre Renouvin et Ernest Labrousse régnaient sur la Sorbonne. Successeur de Marc Bloch à l'Institut d'histoire économique et sociale, socialiste enga gé, Labrousse attirait les étudiants par son éloquence et par sa rigueur. Partisan d'une histoire quantitative des conjonctures et des structures, introducteur de l'histoire du mouvement ouvrier, il correspondait aux engagements et aux exigences d'alors. Il fut mon maître et je lui dois beaucoup. J'ai fait avec lui ma maîtrise (sur les “coali tions” ouvrières de la Monarchie de Juillet), puis, après l'agrégation, ma thèse. En vérité, je n'aurais pas fait ce travail sans la vive incitation de Labrousse, dont j'ai été l'assistante, quelques années plus tard, à la Sorbonne. CR : Quand vous écriviez dans les années 1980 que le monde ouvrier était complexe, ambigu et contradictoire, vous alliez à l'encontre des thèses communistes les plus répandues. Estce que vous vous sentiez cependant bien entourée, au sein d'un petit groupe efficace d'historiens, entourée par d'autres collègues qui eux aussi travaillaient dans ce sens ?
MP : Oui. Le désir de fonder une histoire ouvrière “scientifique”, c'estàdire marxiste, mais dégagée des présupposés idéologiques du parti communiste, que nous
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2. Michelle Perrot, 1993, “Vies ouvrières”,inPierre Nora(dir.),Les Lieux de Mémoire, III, Les France, vol. 3,De l'archive à l'emblème, pp. 87-129, Gallimard, Paris. 3. Numéros spéciaux du Mouvement Social,“Travaux de femmes”, oct-déc. 1978 ; “Métiers de femmes”,juillet-décembre 1987. 4. “Féminin et Mascu-lin”, sous la direction d'Anne-Marie Sohn,Le Mouvement Social, 198, janvier-mars 2002. 5. Rolande Trempé, 1971,Les mineurs de Carmaux(1848-1914), Editions ouvrières, Paris. 6. Yves Lequin, 1977, Les ouvriers de la gion lyonnaise(1848-1914), Presses universitaires, Lyon. 7. Madeleine Guilbert, 1966,Lesfemmes et l'organisation syndicale avant 1914. Présentation et commentaires de documentspour une étude du syndicalisme féminin, CN R S, Paris. 8. Michelle Perrot, 1974, Les ouvriers engrève (1870-1890), Mouton, Paris, 2 vol. Le chapitre sur les “grèves féminines” a été repris dans le recueil intitulé Lesfemmes ou les silences de l'histoire, Flammarion, 1998 ; en poche, coll. Champs, 2001. 9. Jean Nicolas, 2002,La rébellion française, Fayard, Paris, et Nicolas Bourguinat, 2002,Les grains du désordre, EH ES S, Paris, ont particulièrement étudié le rôle, laplace des femmes, la nature de leur répression dans les émeutes frumentaires des 18 et 19èmes siècles.
Parcours
critiquions sévèrement, était une volonté labroussienne, partagée par de nombreux intellectuels et chercheurs. Contribuer à donner à la classe ouvrière une histoire digne de ce nom, c'était une manière de la rejoindre et de la servir sans servilité. C'était faire apparaître dans un horizon qui ignorait un acteur historique de première grandeur, dont nous pensions qu'il détenait les clefs de l'avenir. Le naufrage politique et l'affaiblissement socio logique de la classe ouvrière rendent aujourd'hui cette perception difficile à comprendre. Autour de l'Institut d'histoire économique et sociale de Labrousse, dont je m'occupais, et de l'Institut français d'histoire sociale, animé par Jean Maitron, auteur d'une thèse sur l'histoire de l'anarchisme en France et fondateur de cette immense entreprise qu'a été leDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, véritable “lieu de mémoire” que Pierre Nora a du reste inclus dans son 2 célèbre ouvrage , les rencontres, les colloques, étaient nombreux. Jean Maitron et moi avons organisé en 1960 un colloque sur “le militant ouvrier”, d'où est sortiLe Mouvement Social, principale revue d'histoire ouvrière, 3 depuis élargie à l'ensemble du social, aux femmes et, 4 désormais, ouverte au genre . Tandis que je faisais ma thèse sur les grèves ouvrières, 5 Rolande Trempé travaillait sur Les mineurs de Carmaux et 6 Yves Lequin, surLes ouvriers du Lyonnais. L'école anglaise était encore plus dynamique, autour de la revuePast and Present, et le grand livre de E.P. Thompson,The making of the English Working Class1964). L'histoire (Londres, sociale, et notamment ouvrière, correspondait à une interrogation, voire une conviction, collectives. Elle était alors à son apogée.
MM : Vous faites donc votre thèse sur les ouvriers en grève. Et les ouvrières ?
MP : Dans les années 1960, on voyait la classe ouvrière comme une formation sociale masculine et, plus encore, le 7 mouvement ouvrier. Les travaux de Madeleine Guilbert faisaient exception. Pour ma part, je rencontrais les 8 femmes dans les grèves et leur ai consacré un chapitre , qui est mon premier texte sur l'histoire des femmes. J'étais frappée par leur place minoritaire et seconde. En effet, si l'émeute de subsistance est féminine, parce qu'on attend 9 des femmes qu'elles veillent au pain et à son prix , la grève, acte de producteurs, est virile et les femmes y sont presque considérées comme déplacées. Patrons et poli ciers ont à leur égard une attitude paternaliste et souvent méprisante et les ouvriers n'aiment pas voir leurs femmes dans la rue. Mal organisées, peu soutenues, les grèves de
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