Statistiques : retour aux sources
266 pages
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Statistiques : retour aux sources , livre ebook

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Description

La revue Travail genre et societes, s'appuyant largement sur les statistiques, montre que réfléchir à la manière dont les données sont construites s'avère essentiel. Ce numéro revient donc sur quelques grands concepts statistiques qui appartiennent à l'histoire des recensements de population et des grandes enquêtes. Son angle de vision original, autour du genre n'a pas été sans poser problème mais montre que la variable sexe, tend à gagner de la légitimité. Ce numéro est un voyage aux sources même de la statistique, prisme qui conditionne notre vision du paysage social.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2004
Nombre de lectures 261
EAN13 9782296836211
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
TRAVAIL, GENRE ET SOCIÉTÉS
La revue du Mage


Statistiques :
retour aux sources


11/2004


L’Harmattan
5-7 rue de l’École Polytechnique
75005 Paris
France

L’Harmattan Hongrie
Hargita u.3
1026 Budapest
Hongrie

L’Harmattan Italia
Via Bava, 37
10214 Torino
Italie
PARCOURS THÉRÈSE LOCOH, FÉMINISME EN DÉVELOPPEMENT : LE REGARD D’UNE DÉMOGRAPHE ENTRETIEN AVEC ANNIE LABOURIE-RACAPÉ ET MONIQUE MERON
T hérèse Locoh est démographe. Elle a longtemps vécu au Togo où elle a créé la première unité de recherche démographique dans une université francophone d’Afrique. De retour à l’Institut national d’études démographiques (Ined) et au Centre français sur la population et le développement (Ceped), les réseaux qu’elle a su créer ont permis à d’autres unités africaines de recherche de se développer, de valoriser leurs travaux. Ses analyses sur la fécondité, la nuptialité, la famille africaine, sont internationalement connues {1} Elle est à l’origine de travaux, de journées, séminaires, thèses et grands colloques internationaux sur les questions de genre, en lien avec le développement. Elle a fondé et dirigé avec Michel Bozon l’unité de recherche "Démographie, genre et sociétés" à l’Ined. Elle nous livre ici son parcours et ses convictions. Elle nous donne à voir de l’intérieur la société africaine dont elle a fait partie, ses engagements et ses réflexions personnelles, les avancées pour lesquelles elle s’est battue dans les domaines de la recherche et du développement et nous explique comment l’approche démographique peut servir les combats des femmes.
Annie Labourie-Racapé et Monique Meron
D’une éducation traditionnelle
au stage dans un bidonville de Tunis
Monique Meron : Comment es-tu venue à t’intéresser aux questions de genre et développement dans tes recherches ? Est-ce que les points de départ, les fils conducteurs, les événements qui t’ont conduite à ces thèmes remontent à ton enfance ou ton adolescence ?
Thérèse Locoh : Je n’étais pas du tout prédisposée à me lancer sur cette voie. Bien que conditionnée par l’embrigadement des sœurs ursulines dans une petite ville de province, rien ne me destinait à travailler particulièrement sur les questions de fécondité et encore moins de genre (terme qui n’existait d’ailleurs pas dans l’acception que nous lui donnons aujourd’hui), surtout dans un pays "exotique"… Je suis issue d’un milieu petit bourgeois traditionnel. Mon père est mort quand j’avais 5 ans, ma mère est restée veuve avec trois petits enfants. Elle n’avait pas pu réaliser son rêve d’être infirmière et n’avait pour tout bagage que celui d’une "jeune fille de bonne famille". Elle a dû se mettre à travailler par nécessité. Elle y a d’ailleurs fort bien réussi et a terminé sa carrière comme directrice très appréciée d’une maison d’enfants. Mais, pour elle, son activité professionnelle a toujours été justifiée par la nécessité d’élever ses enfants. Le modèle féminin idéal qu’elle m’a transmis était celui de la femme au foyer, gérant le quotidien. Avec son soutien, j’ai fait des études secondaires puis universitaires mais avec l’idée qu’il fallait s’arrêter quand on avait des enfants. Même message dans l’école catholique dans laquelle j’ai fait mes études secondaires... Je me souviens encore de ce qu’avait répondu, avec un peu de commisération, notre professeur de grec à une élève, pas très brillante, qui lui demandait ce qu’elle pourrait faire dans la vie : "Faites un riche mariage !" Mon destin était tout tracé… Je ne devais "pas jouer avec le cœur des hommes" (nous avait dit la supérieure en classe de troisième) mais me destiner à un mariage d’amour (quand même !) et à élever de nombreux enfants… En attendant le prince charmant, j’ai fait des études de psychologie et, en parallèle, une licence de sociologie. Heureusement, je ne me suis pas mariée tôt. Les études universitaires puis mes débuts dans la vie professionnelle comme psychologue m’ont passionnée. Imaginons que j’aie eu un projet de mariage à 20 ans, je suppose que j’aurais suivi le schéma traditionnel tracé par les ursulines et mon milieu.
Annie Labourie-Racapé : Est-ce que cette éducation catholique a été déterminante dans ton parcours? Est-ce qu’elle a pu influencer tes choix professionnels ?
TL : Oui bien sûr, tout n’était pas négatif. Mon intérêt pour le tiers-monde prend racine dans cette éducation chrétienne. Après mes études secondaires, je suis allée à l’Institut catholique de Lyon. Après l’enseignement tellement médiocre des bonnes sœurs, j’y ai tout de suite été enthousiasmée par la qualité des cours. J’entrais dans un milieu intellectuel beaucoup plus ouvert qui m’a fascinée. Et puis c’était la période du rappel des réservistes pour la guerre d’Algérie contre laquelle nous militions, donc aussi un apprentissage de l’engagement politique. La Chronique sociale de Gilbert Blardone était très présente et je me suis intéressée aux questions internationales et aux débats sur l’indépendance des colonies. C’est à ce moment (en 1959) qu’on m’a proposé une bourse de stage dans un petit centre de recherche en Tunisie. Cette année de stage au "Centre d’études de Carthage" a été un premier clin d’œil des hasards de la vie. A 21 ans, c’était la première fois que je quittais mon pays. Petite fille de province, j’avais eu la chance d’aller dans une grande ville universitaire, à Lyon, mais je n’avais jamais quitté la France.
MM : A quel moment les questions de "genre" sont-elles entrées dans ta vie ? Le début de ton intérêt pour le développement, c’est ton départ en Tunisie, mais le "genre" est-ce que ça coïncide ou est-ce plus tard ?
TL : A l’époque, en 1959, personne ne parlait de "genre" bien sûr, mais je ne savais pas non plus ce qu’était le féminisme. Pourtant, à mon arrivée en Tunisie, n’ayant pas de directive particulière, j’ai choisi de faire une enquête dans un bidonville de la banlieue de Tunis, El Ouardia, où il y avait un centre d’alphabétisation des jeunes filles, tout juste créé par la jeune Union nationale des femmes de Tunisie (UNFT). Sans vraiment connaître la littérature sur les femmes, je me suis posé ce genre de questions, simplement parce que j’étais une femme. Ce n’était pas une démarche féministe, mais c’était un intérêt pour ces jeunes filles illettrées. Et puis Bourguiba était alors un homme fascinant, en pleine gloire, c’était une période très intéressante pour la Tunisie. On parlait beaucoup du statut des femmes, de leur émancipation, de l’abandon du sefseri… Les grandes questions étaient posées sauf celle, que je ne connaissais pas encore non plus, de la maîtrise de la fécondité qui sera abordée dès 1964-65 en Tunisie, très tôt par rapport aux autres pays en développement. J’ai fait une enquête dans ce centre d’alphabétisation mais, revenue en France, je n’ai pas publié de résultats de l’enquête. J’ai commencé ma vie professionnelle et j’ai presque oublié cet épisode. Pourtant, j’ai retrouvé tout récemment avec stupeur les cahiers d’enquête rédigés lors de ce premier séjour à l’étranger. A ma grande surprise, il y avait là-dedans exactement toutes les questions que je me suis posées dans les années 1980 ou 1990. J’avais complètement oublié les détails de ce travail mais il a infléchi mes intérêts ultérieurs. J’avais noté au jour le jour des informations sur le statut des femmes, le port du voile, l’instruction des filles mais aussi l’autorité des pères et des frères sur les jeunes filles, le choix du conjoint, la dot, le travail rémunéré ou non des femmes, la façon dont elles étaient assignées à leur rôle, les stéréotypes dans les manuels scolaires, la façon dont les politiques les manipulaient. En Tunisie, j’ai vécu le choc du dépaysement, le bonheur d’être étrangère quelque part, de tout y découvrir à neuf. C’est cette expérience qui a définitivement ancré mon intérêt pour les sociétés différentes et surtout les pays du tiers-monde, intérêt qui ne m’a plus quittée.
MM : Qu’as-tu fait à ton retour en France après cette année de découverte ?
TL : Après cette première bouffée d’Afrique, de retour en France, me voilà psychologue, à Lyon, aima

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