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Le livre d'or du coaching

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Description


Préface de Jacques Salomé
La mode du coaching est révolue : au travail comme en privé, l'accompagnement individuel et collectif s'est désormais banalisé dans nos vies. Réunis au sein d'un ouvrage complet et pratique, plus de trente profes


Préface de Jacques Salomé



La mode du coaching est révolue : au travail comme en privé, l'accompagnement individuel et collectif s'est désormais banalisé dans nos vies. Réunis au sein d'un ouvrage complet et pratique, plus de trente professionnels et spécialistes du secteur dressent un état des lieux du coaching aujourd'hui.



Quelles évolutions majeures ont marqué la formation, l'exercice et la supervision des coachs ? Quel crédit accorder aux nouvelles méthodes pour gagner en efficacité de coaching ? Quels exemples de parcours emblématiques révèlent les qualités d'un bon coach ? Riche en témoignages, exercices, définitions, Le Livre d'Or du Coaching propose une anthologie passionnante des approches actuelles pour aider le coach dans sa pratique et sa réflexion.



Les contributeurs



Claude Allary - Bernadette Babault - Sophie Blanchet - Janik Blouin - Paule Boury-Giroud - Stéphane Broutin - Jean-Paul Burgues - André de Châteauvieux - Patrick Chauvin - Thierry Chavel - Monique Chézalviel - Wadih Choueiri - Emilie Devienne - Christophe Duval - Nathalie Estellat - Pauline Fatien-Diochon - Sylvie de Frémicourt - Alain Gauthier - Béatrice Guynamant - Reine-Marie Halbout - Jérôme Lena - Olivier Louche - Françoise Maggio-Francois - Daniel Migeon - Sybille Persson - Vincent Piazzini - Matthieu Poirot - Guillaurne Prate - José Redondo - Bruno Rousseau - Hélène Sancerres - Catherine Voynnet-Fourboul




  • Être coaché aujourd'hui : panorama d'un leadership innovant


    • Le coaching évolutionnaire


    • Le corps en coaching de dirigeants


    • Coaching et souffle humain


    • Coaching et Gestalt, l'art du contact


    • Coaching et arts vivants : le clown théâtre


    • Les constellations systémiques


    • Le coach-toltèque


    • Le coaching de l'exceptionnel par le psychocorporel


    • Coaching stratégique et pensée quantique




  • Le coach, un ami qui vous veut du bien : l'efficacité des pratiques actuelles


    • Être coach diplômé, et après ? Dix ans d'expérience universitaire à Paris II


    • Le coaching d'équipe, entre intégration et initiation


    • Pour un leadership authentique : leçons d'une expérience de modernisation de l'État


    • Accompagner le changement chez Cisco : question de transmission


    • Sagesses anciennes, techniques modernes


    • Comment prescrire un coaching à un financier ?


    • Le coaching rend-il vertueux ?


    • Coaching et prévention des risques psychosociaux : une approche globale


    • De la supervision des coachs


    • L'ambiguïté, au coeur de l'efficacité du coaching ? Une analyse des dynamiques de pouvoir




  • Coaching et quête de sens : points de repère pour une vocation professionnelle


    • Qu'est-ce que le coach a de plus que son client ?


    • Coacher, ça s'apprend ?


    • Coaching et sagesse chinoise


    • Comment je suis devenu coach... ou pas


    • Argent et coaching : une influence réciproque


    • Le désir d'accompagner, vocation ou répétition ?


    • Le tutorat : un outil pédagogique innovant dans l'apprentissage du coaching à Paris II


    • Coaching et psychothérapie


    • Une DRH devenue coach : récit d'une métamorphose


    • Drôle d'endroit pour une rencontre : la Société des coachs de l'université Paris II


    • Coacher, un jeu d'enfant



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 septembre 2013
Nombre de lectures 261
EAN13 9782212245356
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0187€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

R sum
La mode du coaching est révolue : au travail comme en privé, l’accompagnement individuel et collectif s’est désormais banalisé dans nos vies. Réunis au sein d’un ouvrage complet et pratique, plus de trente professionnels et spécialistes du secteur dressent un état des lieux du coaching aujourd’hui.
Quelles évolutions majeures ont marqué la formation, l’exercice et la supervision des coachs ? Quel crédit accorder aux nouvelles méthodes pour gagner en efficacité de coaching ? Quels exemples de parcours emblématiques révèlent les qualités d’un bon coach ? Riche en témoignages, exercices, définitions, Le Livre d’Or du Coaching propose une anthologie passionnante des approches actuelles pour aider le coach dans sa pratique et sa réflexion.

Les contributeurs
Claude Allary – Bernadette Babault – Sophie Blanchet – Janik Blouin – Paule Boury-Giroud – Stéphane Broutin – Jean-Paul Burgues - André de Châteauvieux – Patrick Chauvin – Thierry Chavel – Monique Chézalviel – Wadih Choueiri – Émilie Devienne – Christophe Duval – Nathalie Estellat – Pauline Fatien-Diochon – Sylvie de Frémicourt – Alain Gauthier – Béatrice Guynamant – Reine-Marie Halbout – Jérôme Lena – Olivier Louche – Françoise Maggio – François-Daniel Migeon – Sybille Persson – Vincent Piazzini – Matthieu Poirot – Guillaume Prate – José Redondo – Bruno Rousseau – Hélène Sancerres – Catherine Voynnet-Fourboul
Biographie auteur

Frank Bournois est professeur des Universités, directeur du CIFFOP, Panthéon-Assas (Paris II), président de la commission d’évaluation des formations des diplômes de gestion. Il est également conseiller de direction générale auprès de grands groupes.

Thierry Chavel est professeur associé à l’université Panthéon - Assas et codirige le master de coaching du CIFFOP (Paris II). Coach de dirigeants au sein du cabinet Alter & Coach, il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages sur le développement du leadership, dont La pleine conscience paru récemment chez le même éditeur.
www.editions-eyrolles.com
Le livre d’or du coaching
Nouvelles pratiques et perspectives
Sous la direction de Thierry Chavel et Frank Bournois
Préface de Jacques Salomé
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 PARIS Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Des mêmes auteurs chez le même éditeur :
De Thierry Chavel et Frank Bournois :
Le Grand Livre du coaching (collectif)
De Thierry Chavel :
La Pleine Conscience pour travailler en se faisant du bien
Coaching de soi, manuel de sagesse professionnelle
Le Coaching de dirigeant
De Frank Bournois :
L’Intelligence sportive au service du manager , avec Christophe Inzirillo
Comités exécutifs, voyage au cœur de la dirigeance , avec Jérôme Duval-Hamel, Sylvie Roussillon et Jean-Louis Scaringella
RH, les meilleures pratiques CAC 40 / SBF , avec Sébastien Point, Jacques Rojot et Jean-Louis Scaringella
Pourquoi j’irais travailler , avec Éric Albert, Jérôme Duval-Hamel, Jacques Rojot, Sylvie Roussillon et Renaud Sainsaulieu
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’Éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2013
ISBN : 978-2-212-55696-4
Sommaire
Préface de Jacques Salomé
Remerciements
Introduction Le travail de coach : vivre et laisser mûrir
Partie I    Être coaché aujourd’hui : panorama d’un leadership innovant
Chapitre 1 Le coaching évolutionnaire
Alain Gauthier
Chapitre 2 Le corps en coaching de dirigeants
Paule Boury-Giroud
Chapitre 3 Coaching et souffle humain
Claude Allary
Chapitre 4 Coaching et Gestalt, l’art du contact
Bruno Rousseau
Chapitre 5 Coaching et arts vivants : le clown théâtre
José Redondo
Chapitre 6 Les constellations systémiques
Sophie Blanchet
Chapitre 7 Le coach-toltèque
Françoise Maggio
Chapitre 8 Le coaching de l’exceptionnel par le psychocorporel
Stéphane Broutin
Chapitre 9 Coaching stratégique et pensée quantique
Wadih Choueiri
Partie II   Le coach, un ami qui vous veut du bien : l’efficacité des pratiques actuelles
Chapitre 1 Être coach diplômé, et après ? Dix ans d’expérience universitaire à Paris II
Olivier Louche

Chapitre 2 Le coaching d’équipe, entre intégration et initiation
Nathalie Estellat
Chapitre 3 Pour un leadership authentique : leçons d’une expérience de modernisation de l’État
François-Daniel Migeon
Chapitre 4 Accompagner le changement chez Cisco : question de transmission
Hélène Sancerres
Chapitre 5 Sagesses anciennes, techniques modernes
Vincent Piazzini
Chapitre 6 Comment prescrire un coaching à un financier ?
Béatrice Guynamant
Chapitre 7 Le coaching rend-il vertueux ?
Catherine Voynnet-Fourboul
Chapitre 8 Coaching et prévention des risques psychosociaux : une approche globale
Matthieu Poirot
Chapitre 9 De la supervision des coachs
Sylvie de Frémicourt
Chapitre 10 L’ambiguïté, au cœur de l’efficacité du coaching ? Une analyse des dynamiques de pouvoir
Pauline Fatien-Diochon
Partie III Coaching et quête de sens : points de repère pour une vocation professionnelle
Chapitre 1 Qu’est-ce que le coach a de plus que son client ?
Bernadette Babault
Chapitre 2 Coacher, ça s’apprend ?
Reine-Marie Halbout
Chapitre 3 Coaching et sagesse chinoise
Sybille Persson
Chapitre 4 Comment je suis devenu coach… ou pas
Jérôme Lena
Chapitre 5 Argent et coaching : une influence réciproque
Émilie Devienne
Chapitre 6 Le désir d’accompagner, vocation ou répétition ?
André de Châteauvieux

Chapitre 7 Le tutorat : un outil pédagogique innovant dans l’apprentissage du coaching à Paris II
Janik Blouin, Jean-Paul Burgues, Patrick Chauvin
Chapitre 8 Coaching et psychothérapie
Guillaume Prate
Chapitre 9 Une DRH devenue coach : récit d’une métamorphose
Monique Chézalviel
Chapitre 10 Drôle d’endroit pour une rencontre : la Société des coachs de l’université Paris II
Christophe Duval
Chapitre 11 Coacher, un jeu d’enfant
Thierry Chavel
Conclusion Les coachs à livre ouvert
Biographie des auteurs
Bibliographie générale
Index
Préface
de Jacques Salomé
Voilà un livre qui correspond non seulement aux besoins des professionnels du coaching, mais aussi à tous ceux qui voudraient découvrir cette approche et valider un engagement possible vers un travail personnel approfondi dans cette direction.
Dans cet important ouvrage, pas d’exclusive, mais une grande rigueur, des positionnements clairs, des clarifications stimulantes autour d’une approche qui s’affirme de plus en plus comme une discipline à part entière des sciences humaines.
Des chapitres interpellants, des propositions d’une grande richesse, des analyses invigorantes pour faire danser nos neurones. J’ai apprécié, j’ai été touché par la qualité, l’intensité, la créativité des démarches présentées. C’est une importante partie du champ des relations humaines qui fait ainsi l’objet d’une réflexion poussée et aboutie autour d’une pratique accessible non seulement aux personnes en situation de responsabilités, mais aussi à tous ceux qui traversent des passages difficiles dans leur vie personnelle ou professionnelle, dans leurs relations intimes ou sociales, dans leur mental ou dans leur corps. À tous ceux qui veulent s’engager dans un processus de changement personnel en étant accompagné par des professionnels fiables du coaching.
Je suis heureux de pouvoir soutenir le travail de 30 praticiens compétents, chercheurs passionnés qui élèvent le coaching au rang d’une discipline exemplaire 1 .

1 . Jacques Salomé est l’auteur de La Ferveur de vivre , Albin Michel, 2012.
Remerciements
Que serait l’accompagnement d’autrui sans la chaîne de gratitude infinie qui nourrit la posture bienveillante du coach ? Merci à Olivier Louche pour sa coordination de l’ouvrage en connaisseur des courants divers qui composent la profession de coach. Merci également à Claudine Dartyge et Élodie Bourdon des Éditions Eyrolles pour leur confiance, sans oublier Sandrine Navarro, Julie Bouillet et Aude Duverger pour leur travail d’embellissement du manuscrit. Cet ouvrage est le fruit d’années de recherches et d’expériences des contributeurs, parmi les meilleurs spécialistes du développement personnel et professionnel en entreprise, en France et dans le monde. Qu’ils soient tous remerciés ici pour leur engagement fidèle et l’originalité de leur propos dans ce recueil de textes. Merci enfin aux étudiants, tuteurs et intervenants du master de coaching de Paris II, passés, présents et à venir, auxquels ces pages sont dédiées. Ils vivent le coaching de l’intérieur et façonnent cette profession passionnante et surprenante, comme un chemin de pèlerinage perpétuel vers soi. Nous formons le vœu que ce Livre d’or trouve sa place dans votre besace de coaching !
Introduction
Le travail de coach : vivre et laisser mûrir
Dans l’entreprise et hors de celle-ci, le mot « coaching » est entré dans les mœurs. Pour le pire et pour le meilleur, est-on tenté d’ajouter, tant les approximations sont légion, allant du dopage comportemental à l’éveil de conscience transpersonnelle. D’autres champs, tels que la psychanalyse ou le management, ont connu ici ou là le même succès sémantique, voyant leurs concepts vulgarisés et leur pensée simplifiée jusqu’à la caricature. Pourtant, au-delà des effets de mode, le coaching est désormais une profession établie, avec des acteurs se réclamant d’un corpus disciplinaire spécifique à l’accompagnement individuel et collectif. Observatoire privilégié des évolutions et des paradoxes du coaching et marqueur historique de son institutionnalisation, le master 2 « Coaching et développement personnel en entreprise » de Paris II (CIFFOP – université Panthéon-Assas) est actuellement le seul diplôme d’État en ce domaine. Expérience universitaire pionnière depuis 2003, cette formation diplômante a vu passer plus de 300 coachs en devenir, animés par une communauté pédagogique de 70 intervenants internationaux, faisant dialoguer des professeurs académiques et des praticiens du développement humain, des chercheurs en sciences humaines et des professionnels reconnus de l’accompagnement des leaders. En 2008, Le Grand Livre du coaching (Éditions Eyrolles) cernait les contours du coaching en entreprise, attestant déjà de son formidable essor. Aujourd’hui, la crise financière a bousculé les repères du capitalisme, la globalisation des marchés s’est accélérée et le monde du travail a poursuivi sa mutation, sous l’effet d’une contestation croissante du paradigme standard de la firme. Cet ouvrage collectif réunit 30 textes originaux – experts, professionnels et universitaires. L’âge classique avait ses prêtres et ses confesseurs, les temps modernes se sont tournés vers les scientifiques et les docteurs, le XXI e siècle sera-t-il celui du coaching spirituel, pour paraphraser André Malraux ? Les 32 signatures du Livre d’or du coaching répondent en croisant leurs regards.

Du labeur à la belle ouvrage : le coaching au travail
Plus qu’un métier, le coaching est aujourd’hui une profession. À ce titre, l’Université est un laboratoire d’expérimentation des techniques et des postures, entre World Café et jardin d’enfants récréatif (Christophe Duval), qui enseigne aussi que le diplôme ne suffit pas pour devenir coach (Olivier Louche) ; un training , long et diversifié (Reine-Marie Halbout), et une supervision régulière (Sylvie de Frémicourt) sont aujourd’hui indispensables pour exercer un coaching professionnel. Mais vaut-il mieux se former au coaching ou réfléchir sur le coaching (Christophe Duval) ? Et les spécialistes du coaching s’accordent pour dire qu’il n’y a pas de parcours balisé pour rencontrer cette vocation singulière d’accompagner autrui (André de Châteauvieux), souvent liée à la façon dont on a soi-même été accompagné dans sa vie professionnelle (Jérôme Lena).
De fait, c’est tout le système de gestion qui se trouve bousculé et réinventé par le coaching. Proclamant le primat de l’obligation de moyens sur l’obligation de résultats (Hélène Sancerres), défendant l’harmonie possible entre la croissance économique et le développement humain (François-Daniel Migeon), le coaching change les pratiques managériales et interroge leurs fondements anthropologiques. D’une part, le rapport à l’argent est revisité, du très court terme financier à un horizon de plus long terme en développement personnel (Béatrice Guynamant), tant pour le client que pour son coach car l’argent a toujours une odeur, un sexe, des usages porteurs de sens (Émilie Devienne). D’autre part, le rapport au pouvoir est modifié, le lien tissé l’emportant sur l’autorité formelle (Wadih Choueiri), ce qui pose question quant à la finalité de certains coachings de conformité, voire de surveillance (Pauline Fatien-Diochon).
En profondeur, le coaching réenchante le travail, mais il démystifie l’entreprise. Audelà d’un training sur l’image ou l’affirmation de soi (José Redondo), un coaching fait aujourd’hui surgir les valeurs qui animent tout manager, qu’il soit vertueux ou non (Catherine Voynnet-Fourboul). La gestion des talents, le développement des compétences et l’investissement d’une marque employeur font du coaching sous diverses formes un outil central pour les DRH, dans un équilibre fragile entre leur vision humaniste de l’entreprise (Monique Chézalviel), d’une part, et la tentation normative sous la menace des risques psychosociaux (Matthieu Poirot), d’autre part. À mesure que la défiance s’installe dans l’ère fordienne, le coaching s’impose comme l’ultime respiration de l’entreprise (Claude Allary), pour conjuguer paradoxe et diversité (Hélène Sancerres).

Des approches plurielles réunies par un sens commun
Ni prosélytisme ni syncrétisme : vous ne trouverez pas de plaidoyer pour une thèse ou une cause dans Le Livre d’or du coaching , tant les approches sont plurielles, à l’instar des réalités humaines qui composent le monde du travail. Pourtant, un savant dosage d’exigence et de bienveillance se dégage de tous les courants, traditionnels ou novateurs, que les auteurs de ce livre ont expérimentés, examinés et souvent enseignés à Paris II. Au commencement d’un accompagnement professionnel, il y a de la relation (José Redondo), du contact (Bruno Rousseau), du processus vivant et intégratif (Nathalie Estellat). Débordant les standards de l’ organisational behavior et de l’ organisational development , il y a des champs énergétiques individuels (Stéphane Broutin) et collectifs (Sophie Blanchet) que les coachs mobilisent au service de la performance humaine. Avec un cadre distinct de la psychothérapie classique (Guillaume Prate), le coaching est un objet « mou » au sein des sciences de gestion, insaisissable mais infiniment adapté à un monde en mutation (Pauline Fatien-Diochon).
À l’évidence, le coaching marque l’avènement d’une conception holistique de l’homme dans les organisations. Si l’accompagnement humain prend pour métaphore un arbre, peut-on agir sur les fruits, les feuilles, les branches ou les racines sans que cela interagisse (Guillaume Prate) ? Preuve que tout changement procède de l’intérieur vers l’extérieur (Vincent Piazzini), nous passons grâce au coaching d’un « moi et toi » ou d’un « moi et moi » à un « nous » incertain et créateur de possibles (Wadih Choueiri). Ce nouveau paradigme du leadership, baptisé « co-évolutionnaire » (Alain Gauthier), fait de l’ouverture à l’inexploré le socle d’une nouvelle sagesse collective. L’entreprise n’a jamais autant eu besoin de cette émergence d’un sens phénoménologique, qui redonne sa place à l’expérience de « pure innocence » du collaborateur au cœur d’un système complexe, aspirant à être plus juste et plus simple (Sophie Blanchet). Le coaching permet de passer d’un mode fermé à un mode ouvert dans nos représentations du monde (Bernadette Babault), en intégrant le microcosme individuel au macrocosme énergétique de la firme, de la société, et pourquoi pas, de la Terre (Paule Boury-Giroud).
Autrement dit, le coaching réconcilie enfin les sciences humaines et les disciplines de l’âme. Une conscience nouvelle du travail, moins projective (Françoise Maggio) et prenant plus soin de l’esprit du métier (Vincent Piazzini), rencontre les sagesses ancestrales, notamment de la Chine : il s’agit de distinguer le travail sur soi, en soi – consistant à grandir, mûrir, vieillir – et autour de soi – les « transformations silencieuses » (Sybille Persson). Avec l’apparition du coach en entreprise sur les traces du conseil en management, se dessine peu à peu une nouvelle esthétique du travail, entre arts martiaux et awareness (Bruno Rousseau), entre rentabilité et humanité (Béatrice Guynamant), entre l’être et le faire (Nathalie Estellat). Le coach inaugure un nouvel algorithme des échanges entre le monde extérieur – investisseurs, marchés, corps social – et le monde intérieur – mental, corps, esprit – pour tous les acteurs de l’entreprise.

Vers un nouveau modèle productif ?
Ce Livre d’or l’atteste : le coaching considère que la vulnérabilité est au cœur de la performance professionnelle. Les failles du client ont droit de cité, elle est même universelle tant la carence de soins est légion dans les élites managériales (Thierry Chavel). En conscience de sa propre blessure première, le coach est comme un profiler qui aime résoudre les énigmes originelles (André de Châteauvieux). Tel un confesseur jésuite, le coach est, certes, dans la réalité de l’entreprise, mais il ne procède pas de l’idéologie de l’entreprise (Monique Chézalviel). Quoi de plus étranger à la froide logique de l’argent que le corps, véhicule d’énergie et porte de la matière vers l’immatériel (Paule Boury-Giroud) ? À côté des sciences de gestion réputées dures, les techniques psychocorporelles en coaching, à commencer par la respiration consciente (Claude Allary), font la part belle à l’humilité d’un acteur de l’entreprise qui ose se connecter à plus grand que lui en lâchant sa volonté (Stéphane Broutin).
Loin du soupçon nombriliste, le coaching est aujourd’hui un moyen efficace pour travailler au bien commun. Souvent, un accompagnement fait réfléchir à l’éthique du pouvoir en entreprise (Matthieu Poirot), parfois même à une conscience élargie de la responsabilité morale du manager (Catherine Voynnet-Fourboul). C’est le lieu maïeutique par excellence, une leçon de pédagogie où le processus de développement prime sur le résultat (Janik Blouin, Jean-Paul Burgues et Patrick Chauvin). Jusqu’à la formation universitaire des coachs, dont l’objet est de faire « co-naissance » (Olivier Louche), tout concourt à « faire mûrir » autrui en pratiquant le « non-agir » au cœur de l’action entrepreneuriale (Sybille Persson).
Le coach est-il un agent subversif du capitalisme ? En veillant à rester éternellement coach en puissance, il se prémunit contre le syndrome d’imposture (Jérôme Lena), même s’il convient de relativiser la réputation du coach (Émilie Devienne). Au demeurant, les auteurs du Livre d’or du coaching réinventent jour après jour la notion même de leadership. Ils expérimentent un mode d’être où la confiance dans le mouvement de la vie l’emporte sur la peur (Bernadette Babault), une autorité en actes qui réhabilite l’authenticité (François-Daniel Migeon), une qualité d’écoute impeccable plutôt qu’un attirail de recettes managériales (Françoise Maggio).
Le coaching s’infiltre dans les pratiques managériales et dans la formation continue, préfigurant une écologie du travail plus éveillée (Alain Gauthier), et offrant des méthodes pédagogiques mariant subtilement liberté et contrainte comme en tutorat (Janik Blouin, Jean-Paul Burgues et Patrick Chauvin). En faisant grandir son enfant intérieur, le coach guérit ses propres blessures (Thierry Chavel) dans une démarche sans fin de connaissance des organisations, de travail sur soi, de supervision et de formation, mais aussi dans un processus de travail invisible qui s’apparente à l’œuvre au noir de l’alchimiste (Reine-Marie Halbout). Le cadre d’une supervision de coach peut parfois être un espace chamanique, pratique ou écologique (Sylvie de Frémicourt). Si le travail donne parfois des semelles de plomb, ce Livre d’or du coaching nous apprend à distinguer la tâche routinière du chef-d’œuvre qu’elle dissimule souvent ; le défi consiste à vivre la première en laissant mûrir la seconde.
L’accompagnement du monde du travail méritait une anthologie universitaire et critique sur le sens de l’accompagnement du travail, en France et dans le monde. Elle se présente en trois parties, chaque contribution figurant dans les parties pouvant se lire indépendamment :
Partie I : quels sont les courants innovants qui parcourent le coaching professionnel ?
Partie II : quelles pratiques concrètes recouvre aujourd’hui le vocable générique de coaching ?
Partie III : comment évaluer l’utilité des coachs face au besoin de sens des acteurs économiques ?
Le Livre d’or du coaching est une invitation à découvrir les coulisses de l’accompagnement professionnel et personnel qui modèle le XXI e siècle. Ni trivial ni sulfureux, le coaching est un outil de développement des ressources humaines pas comme les autres, au point de rencontre de la vie privée et de l’action publique. Cet ouvrage présente de façon accessible et nourrie d’exemples vécus un vade-mecum pour tous ceux que ce mot de coach ne laisse pas indifférents : managers, consultants, professionnels des ressources humaines, chercheurs et pionniers d’un leadership en émergence. Il est né d’une envie de célébrer, d’honorer et de saluer les petits miracles qui font les grands coachings.
Par Frank Bournois et Thierry Chavel Codirecteurs du master « Coaching-Développement personnel en entreprise » (Paris II)
Partie 1
Être coaché aujourd’hui : panorama d’un leadership innovant

Le coaching n’est plus, loin s’en faut, un édulcorant de psychothérapie : mobilisant désormais le corps et l’esprit, la pratique du coaching s’est enrichie d’approches nouvelles du développement du leadership, centrées sur le lien entre la personne et l’organisation, plutôt que sur l’une ou l’autre dissociées.
Voici un florilège de ce renouveau du leadership pour répondre aux questions suivantes :
Quelles méthodes émergentes retenir aujourd’hui dans le coaching ?
Quelles formes de créativité traversent les modes managériales ?
Comment le coaching permet-il d’accompagner les mutations du monde actuel ?
Chapitre 1
Le coaching évolutionnaire
Alain Gauthier
« Le nouveau commence toujours à l’intérieur, pas à l’extérieur… Du mouvement intérieur émerge le mouvement extérieur. »
Gitta Mallasz, Dialogues avec l’ange


Cette contribution à la réflexion sur le développement et la pratique du coaching se propose de répondre à cinq questions :
Qu’est-ce que le coaching évolutionnaire et à qui s’adresse-t-il ?
Pourquoi est-il crucial à ce stade d’évolution des individus, des organisations et de la société ?
Quelles nouvelles qualités et capacités requiert-il ?
Quelles nouvelles pratiques implique-t-il pour le coach ?
Quelles initiatives prendre pour développer le coaching évolutionnaire ?


Qu’est-ce que le coaching évolutionnaire et à qui s’adresse-t-il ?
La perspective évolutionnaire est une nouvelle manière de donner du sens à la vie au XXI e siècle, une ontologie du devenir. Elle façonne la compréhension de là où nous en sommes aujourd’hui, comment nous y sommes parvenus et quel est notre rôle dans la création du monde de demain. Elle résulte à la fois des avancées de la science, de la philosophie intégrale et des nouveaux courants de la spiritualité. Elle met en évidence un processus incessant de devenir, où « quelque chose de plus est créé à partir de quelque chose de moins », et comporte trois domaines liés ensemble de manière séquentielle : matière, vie, conscience. Pierre Teilhard de Chardin en a résumé l’essence en affirmant : « Nous sommes en mouvement ! Nous allons de l’avant 1 ! »
À un moment crucial du processus évolutionnaire entamé il y a 13,7 milliards d’années, il est essentiel que le plus grand nombre de personnes possible dans le monde puissent être inspirées et engagées à contribuer par leurs dons à l’émergence d’une société cocréatrice.
Le « troisième Big Bang » de l’évolution, celui de la conscience humaine, nous a permis en effet d’avoir une influence décisive sur l’avenir collectif de l’humanité et des autres habitants de la planète. En dépassant la seule recherche de la survie physique, beaucoup d’entre nous ont acquis la liberté de contribuer à l’évolution de l’humanité dans son ensemble, mais nos habitudes individuelles et collectives ont créé de nouvelles menaces pour sa survie.
De fait, la quête de l’accomplissement ou du bonheur individuel devient insuffisante ou trop étroite aujourd’hui pour un nombre croissant de personnes qui veulent donner un sens plus profond à leur vie. Il leur faut pour cela reconnaître et transcender les limites de leur ego et donner toute sa place à l’« impulsion évolutionnaire » qu’elles sentent en elles – dans leur corps, leur cœur et leur esprit. En se reconnectant à leur humanité profonde, elles deviennent alors des agents conscients de l’évolution.
Le coaching évolutionnaire a pour but d’accompagner ceux qui le souhaitent dans cette quête élargie, quelle que soit leur position – formelle ou informelle – dans une organisation ou la société. Étant donné les défis à relever actuellement par l’humanité, ce coaching s’adresse particulièrement à ceux et celles qui sont prêts à faire acte de leadership dans ce sens, à franchir le seuil du connu pour explorer de nouveaux espaces de cocréativité et de sagesse collective.

À retenir
Adopter une perspective évolutionnaire, c’est se rendre compte de sa propre contribution potentielle à l’évolution de l’humanité et de la responsabilité personnelle qu’elle implique.

Pourquoi le coaching évolutionnaire est-il crucial à ce stade d’évolution ?
Nous vivons actuellement une période de transition où s’achèvent simultanément plusieurs cycles dont les effets conjugués ont marqué les dernières décennies : 30 ans d’excès financiers et économiques dus à un capitalisme effréné et à l’hyperconsommation ; 300 ans de modernité occidentale et de « salut par l’économie 2 », se traduisant par des progrès indéniables, mais aussi par une chosification de la nature et des hommes, et donc de nouvelles formes d’inhumanité ; 3 000 ans de domination du mental en Occident conduisant à un déséquilibre entre intellect et intelligence du cœur et du corps ; 6 000 ans de patriarcat caractérisé par la domination des femmes et de la nature par les hommes, ainsi que par la concentration du pouvoir et de la richesse dans les mains de quelques privilégiés – exacerbant ainsi des sentiments de pénurie, d’humiliation et de peur.
Les formes correspondantes de management et de leadership ont fortement limité le développement qualitatif des individus et de leurs communautés, et dégradé leur rapport à la nature et la signification de la vie. En particulier, le mode managérial dominant – recourant à des outils de gestion de plus en plus contraignants et à la pression de la productivité systématique – a réduit la confiance, l’engagement et la créativité des salariés 3 , et appauvri les rapports humains, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la plupart des grandes organisations. Dans le domaine social et politique, cette évolution récente a conduit à une forte perte de confiance des citoyens dans les leaders en place, avec très peu d’exceptions.
Cependant, de nombreux signes de l’amorce d’un nouveau cycle sont déjà visibles – bien qu’ils ne soient pas encore mis en valeur par les médias dominants. En particulier, de nouvelles formes de leadership plus collaboratif, appelées ici co-leadership ou partenariat, donnent l’exemple de l’expérimentation anticipatrice et de l’interdépendance entre transformation personnelle et sociétale. Le co-leadership évolutionnaire 4 crée les conditions permettant aux individus de « croître en humanité » et de libérer leur potentiel créateur – par l’adoption de pratiques individuelles et collectives qui deviendront des composantes essentielles d’une éducation transformée.

Quelles nouvelles qualités et capacités le coaching évolutionnaire requiert-il ?
Pour répondre à cette question, nous examinerons d’abord les caractéristiques communes aux « évolutionnaires » et les qualités d’un leadership évolutionnaire, pour discerner en conséquence les capacités d’un coach évolutionnaire.
Caractéristiques des évolutionnaires
Dans un livre récent 5 , Carter Phipps fait une distinction entre « évolutionnistes » et « évolutionnaires ». Les évolutionnistes 6 sont fortement influencés par la théorie scientifique de l’évolution qui, à la suite de Darwin, se limite aux aspects observables de l’extérieur. Les évolutionnaires apprécient tout ce que les sciences de l’évolution nous apportent, mais ils ne sont pas de simples témoins du processus évolutionnaire. Ce sont des acteurs engagés – et souvent passionnés – qui sont convaincus que l’évolution implique l’individu, sa capacité de choix et sa responsabilité. Ils ont intériorisé l’évolution et en font l’expérience viscérale et émotionnelle autant qu’intellectuelle. Il leur apparaît urgent que notre civilisation évolue au-delà de son stade actuel et que chacun d’entre nous joue un rôle positif dans la co-création du futur.
Les évolutionnaires ont en commun trois caractéristiques : ce sont des généralistes transdisciplinaires ; ils ont conscience du temps long de l’évolution ; et ils incarnent un optimisme profond.
Un généraliste transdisciplinaire manifeste une curiosité passionnée mais large. Il scrute les différentes dimensions de la culture et voit des schémas ou patterns , tendances et transitions, là où des spécialistes ne voient que des détails et des faits. Interprète et synthétiseur par excellence, il reconnaît que le monde est de plus en plus fragmenté et que nous devons amorcer et amplifier un processus de réintégration 7 . Il ne s’agit pas seulement d’être un pluraliste – qui sait faire la place à de multiples perspectives –, mais de faire preuve d’une capacité intégratrice qui transcende la fragmentation des perspectives moderne et postmoderne.
Ce généraliste regarde la réalité à travers une lentille que Carter Phipps appelle le temps évolutionnaire . Henri Bergson a observé que nous avons tendance à fixer le temps comme nous séparons les choses dans l’espace ; notre intellect ne nous permet pas de « penser » l’évolution. Mais Pierre Teilhard de Chardin a suggéré que la capacité à faire l’expérience du « temps profond » est un potentiel émergent dans l’espèce humaine 8 . En développant cette capacité à « voir et sentir » en quatre dimensions, l’évolutionnaire se sent connecté à la nature évolutive de la conscience, de la culture, de la vie et du cosmos, et remet en perspective les conditionnements et limitations hérités du passé.
L’évolutionnaire fait également preuve d’un optimisme profond , par sa confiance en la vie et son engagement pour le futur. Cette confiance est palpable et contagieuse car elle dépasse les qualités de sa personnalité par l’aisance, la paix profonde, le dynamisme, la créativité et le rayonnement qui émanent de son être. Elle reflète la conviction que le processus de l’évolution a un sens : il est orienté vers la recherche de la perfection, du Beau, du Vrai et du Bien dans ce monde imparfait – en dépit du chaos, des conflits et des souffrances qui en font partie.
Qualités d’un leadership évolutionnaire
Dans la première partie, nous avons affirmé que faire acte de leadership, c’est franchir un seuil débouchant sur l’inexploré et l’inconfortable. Il est intéressant de noter que le verbe anglais « lead » provient de la racine indo-européenne « leith » , qui veut dire « aller de l’avant », « franchir un seuil » ou même « mourir ». Pour passer un seuil, quelque chose doit être laissé derrière soi afin que le nouveau se manifeste. Désapprendre ou lâcher prise sur ce que nous croyons savoir ou contrôler peut être vécu comme une forme de mort à ce qui nous est familier.
Dans ce sens, faire preuve de leadership veut dire : s’aventurer dans l’inconnu, dans le vide, avec curiosité, confiance et courage ; sentir ce qui est sur le point d’émerger en étant présent à ce qui est ; participer de manière créative à un champ élargi de la connaissance et du faire ; donner voix et énergie à une impulsion évolutionnaire ; s’inviter soi-même et convier d’autres à découvrir de nouveaux espaces où peuvent s’exprimer la cocréativité et la sagesse collective ; et libérer ainsi l’accès au potentiel de leadership qui existe en chaque individu.
Faire preuve de co-leadership signifie se percevoir comme un instrument à la fois singulier et capable de jouer en harmonie avec d’autres. C’est se connecter et agir dans un véritable esprit de partenariat, comme le font les musiciens d’un ensemble de jazz ou d’un orchestre de chambre qui jouent sans chef d’orchestre. Considérer le leadership comme un art à la fois individuel et collectif ouvre un registre beaucoup plus large en soi-même et dans la communauté dont on fait partie. La perspective évolutionnaire invite en effet à développer à la fois sa singularité et sa connexion profonde à la totalité, son innocence (au sens de ne pas savoir), son humilité, son empathie et son courage. La pratique du co-leadership requiert et développe ces qualités ; elle suppose une danse intérieure entre les différentes facettes de son identité, y compris celles que l’on a tendance à rejeter dans l’ombre, pour que la danse extérieure soit possible, au service du bien commun et de l’évolution.
Les nouvelles formes de leadership qui émergent dans de nombreuses organisations et communautés à travers le monde – en réponse aux défis actuels – sont appelées leadership partagé, complémentaire, distribué, collaboratif, circulaire, collectif ou communautaire. Elles mettent l’accent sur l’influence interpersonnelle, le dialogue et la mutualité – en considérant le leadership comme un processus relationnel, plutôt que comme une position formelle.
Ce co-leadership traverse les frontières fonctionnelles, organisationnelles, géographiques ou même sectorielles. Il est utilisé pour créer de l’innovation ouverte avec des fournisseurs, des clients et des partenaires, ou pour résoudre des problèmes complexes de développement durable en associant secteur public, secteur privé et société civile. Quand il est pratiqué entre secteurs, il crée les conditions de l’apprenance 9 et de l’innovation sociétales – par un sens accru de l’interdépendance et une grande confiance dans l’auto-organisation – à partir d’une finalité, d’une vision et de valeurs partagées.

À retenir
Faire preuve de co-leadership, c’est franchir avec d’autres un seuil qui ouvre sur l’inexploré, l’inconfortable, un nouvel espace où chacun peut exprimer sa singularité et sa cocréativité, en contribuant à l’émergence d’une société où se manifeste une nouvelle sagesse collective.
Qualités et capacités du coach évolutionnaire
Pour accompagner l’émergence, le développement et la multiplication de ces nouvelles formes de leadership, le coach évolutionnaire doit lui-même manifester de nouvelles qualités et capacités.
Dans cette perspective, il lui faut devenir lui-même un évolutionnaire, c’est-à-dire un généraliste transdisciplinaire qui combine intuition, perception et conceptualisation, a un sens du temps long et fait preuve d’une confiance profonde dans le processus de la vie.
Le coach fait également acte de co-leadership en travaillant en partenariat avec son client et la vie elle-même, dans un contexte élargi. Par son questionnement, il l’aidera à remettre en cause les préjugés du modèle prédominant actuel – en mettant l’accent sur la coopération plutôt que sur la compétition comme moteur de la croissance, la collaboration plutôt que le travail en silo comme facteur d’efficacité, le respect des limites de la nature, le développement qualitatif plutôt que quantitatif, la capacité à varier le rythme plutôt que la tendance à aller toujours plus vite. En adoptant une perspective intégrale, le coach évolutionnaire rend son client attentif à l’importance d’un comportement exemplaire et d’innovations culturelles et structurelles. C’est en effet par des changements intérieurs et extérieurs aux niveaux individuel et collectif qu’il est possible d’accélérer l’application du nouveau paradigme de co-création dans la vie économique, sociale et culturelle. Ce coach mettra l’accent sur le développement vertical 10 qui permet de faire face à une complexité et une diversité croissantes en changeant ses cartes mentales et en agrandissant son « cercle de compassion » – du groupe familier à l’ensemble des habitants de la planète, comme le suggérait Einstein.
En travaillant lui-même dans plusieurs secteurs de la société – public, privé, société civile, éducation, médias –, il favorise chez ses clients la prise de conscience des interconnexions profondes et des besoins de collaboration entre eux. Il s’engage à jouer grand, à changer le jeu, sans céder à ses croyances autolimitatives, mais en écoutant l’appel du futur et en faisant le premier pas avec confiance.
Dans le climat de pessimisme, voire de désespérance, qui semble prédominer en France et dans d’autres pays d’Europe à l’heure actuelle – face à des perspectives économiques qui se dégradent de jour en jour – le coaching évolutionnaire fait partie des solutions fondamentales qui nous permettront de traverser la crise de civilisation sous-jacente et de faire renaître l’espoir. Cette crise résulte principalement d’une vision étroite de la nature humaine, d’une conception du monde simpliste et du paradigme actuel de développement – que le coach évolutionnaire aide ses clients à remettre en cause.
Mais comment développer ces nouvelles qualités et capacités ? Quelles sont les pratiques à la fois individuelles et collectives qui permettent d’incarner le coaching évolutionnaire ?
Quelles nouvelles pratiques pour le coach évolutionnaire ?
Le livre Le Co-leadership évolutionnaire 11 explore en détail les pratiques que j’utilise personnellement et professionnellement dans mon activité de coach et d’éducateur, ainsi que celles qui sont proposées dans certains programmes d’avant-garde dans plusieurs pays du monde. Elles sont regroupées ici en trois catégories qui se renforcent mutuellement pour donner accès à la fois au guide intérieur et à la sagesse collective :
Les pratiques personnelles comprennent différentes formes de réflexion dans l’action qui contribuent à développer l’intériorité – telles que l’écriture spontanée d’un journal, la méditation ou contemplation, la mise en question de ses croyances et cartes mentales, l’approfondissement de son intuition et de sa nature profonde par le recours à l’intelligence du cœur et du corps, le non-attachement aux résultats, ainsi que l’ouverture à une supervision évolutionnaire et au soutien d’un petit groupe de pairs.
Les pratiques interpersonnelles incluent des formes d’échanges et d’exploration en collaboration – telles que l’écoute empathique, l’exigence bienveillante, le dialogue réflexif et créateur, l’utilisation des conflits comme occasions d’apprendre ensemble, l’approche créative des dilemmes et paradoxes, et l’utilisation d’archétypes systémiques pour mettre en évidence des schémas de dépendance ou de limites au succès.

Les pratiques systémiques comprennent l’incitation à la construction d’une vision partagée et à l’identification de priorités communes avec divers partenaires ou parties prenantes ; la réunion en un seul lieu de tous les acteurs clés pour faire émerger de nouvelles perspectives et solutions dans un microcosme du système ; l’aide à la création des conditions intérieures et extérieures qui permettent l’innovation ouverte entre organisations ainsi que le partenariat entre secteurs – en combinant singularité et collaboration.
Ces trois types de pratique s’appuient sur des approches et outils qui ont été mis au point au cours des vingt dernières années et sont présentés en détail dans plusieurs livres 12 . L’important est d’en choisir quelques-uns dans chaque catégorie et d’être persévérant dans leur application, si possible dans le cadre d’un petit groupe ou réseau de soutien, et bien sûr avec ses clients ou dans sa propre organisation, si la culture s’y prête.
Quelles initiatives prendre pour développer le coaching évolutionnaire ?
Plusieurs types d’initiatives permettraient de développer et de disséminer le coaching évolutionnaire à grande échelle dans les prochaines années. J’en mentionnerai deux ici : l’interconnexion entre coachs et co-leaders évolutionnaires, ainsi que les échanges entre programmes avancés de développement du co-leadership 13 . Comme les créatifs culturels, les coachs et co-leaders évolutionnaires ne se connaissent pas nécessairement dans une même ville, une même région, et encore moins à l’échelle continentale ou mondiale. Une première initiative aurait pour but d’identifier, de connecter, de soutenir, et de rendre visibles localement, régionalement et mondialement les personnes qui incarnent déjà dans leur pratique des formes de coaching et de co-leadership évolutionnaire – que ce soit dans des entreprises d’avant-garde, des entreprises sociales, des ONG ou d’autres communautés. Le travail personnel et interpersonnel que requiert le passage à une perspective évolutionnaire est plus facile à poursuivre dans une communauté d’hommes et de femmes qui se sont engagés individuellement à avoir une relation évolutionnaire avec la vie et sont prêts à se soutenir mutuellement.
Une autre initiative serait de créer ou approfondir des échanges entre programmes de développement du coaching et du leadership évolutionnaire, car la plupart de ces programmes 14 sont géographiquement dispersés et ont peu de contacts les uns avec les autres, pas plus que leurs diplômés. Une des priorités communes pourrait être le développement d’enseignants/facilitateurs/superviseurs qualifiés.
De même que la Renaissance a été déclenchée en Europe par environ un millier de personnes, la transition vers un nouveau paradigme de développement peut être accélérée par les dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui pratiquent déjà le coaching et le co-leadership évolutionnaire, et ont à cœur de le voir se développer dans tous les secteurs de la société. Chacun d’entre nous peut s’interroger sur sa motivation et sa détermination à faire partie de cette nouvelle Renaissance.
Points clés
Le coach évolutionnaire accompagne ceux qui veulent devenir des agents conscients de l’évolution, dans cette période cruciale de transition pour l’humanité.
C’est un généraliste transdisciplinaire qui a un sens du temps long et fait preuve d’une confiance profonde dans le processus de la vie.
Il fait acte de co-leadership en travaillant en partenariat avec ses clients et avec la vie elle-même, dans un contexte élargi.
Par l’exemple, il incite ses clients à adopter des pratiques intégrales qui leur permettent d’incarner l’impulsion évolutionnaire.
En co-évoluant avec d’autres « passeurs », il contribue à accélérer l’adoption d’une perspective évolutionnaire dans la société.
Pour aller plus loin
François Dupuy, Pour une révolution managériale : rétablir la confiance et l’engagement, INSEAD, 2011.
Alain Gauthier, « Développement du leadership », in Comités exécutifs – Voyage au cœur de la dirigeance, sous la direction de Frank Bournois, Eyrolles, 2007.
Alain Gauthier, Le Co-leadership évolutionnaire – Pour une société cocréatrice en émergence, Collection Précursions, HD, 2013.
Alain Gauthier, “Generative Leadership Development Programs : a Global Exploratory Study”. Cette étude est disponible sur le site Internet de coreleaship.com .
Edgar Morin, La Méthode, Éditions du Seuil, 2008.
Edgar Morin, La Voie, Fayard, 2011.

Carter Phipps, Evolutionaries – Unlocking the Spiritual and Cultural Potential of Science’s Greatest Idea , Harper Perennial, 2012.
Otto Scharmer, Théorie U – Diriger à partir du futur émergent , Pearson, 2011.
Peter Senge et al., Le Guide de terrain de la cinquième discipline , First, 2000.
Pierre Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain , Éditions du Seuil, 1956.
Patrick Viveret, « Osons un désir d’humanité » in Les Voies de la résilience , sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, L’Harmattan, 2012.
Ken Wilber et al., Integral Life Practice , Shambhala, 2008.

1 . Pierre Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain , Éditions du Seuil, 1956.
2 . Patrick Viveret, « Osons un désir d’humanité » in Les Voies de la résilience , sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, L’Harmattan, 2012.
3 . François Dupuy, Pour une révolution managériale : rétablir la confiance et l’engagement , INSEAD, 2011.
4 . Alain Gauthier, Le Co-leadership évolutionnaire – Pour une société co-créatrice en émergence , Collection Précursions, HD, 2013.
5 . Carter Phipps, Evolutionaries – Unlocking the Spiritual and Cultural Potential of Science’s Greatest Idea , Harper Perennial, 2012.
6 . Par contraste avec les « créationnistes » ou « littéralistes bibliques ».
7 . Comme l’a entrepris Edgar Morin dans ses livres La Méthode , Éditions du Seuil, 2008, et La Voie , Fayard, 2011.
8 . Pierre Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain , op. cit.
9 . Capacité d’apprendre individuellement et ensemble, qui passe souvent par le désapprendre.
10 . Voir ma contribution intitulée « Développement du leadership » au livre collectif Comités exécutifs – Voyage au cœur de la dirigeance , sous la direction de Frank Bournois, Eyrolles, 2007.
11 . Alain Gauthier, Le Co-leadership évolutionnaire – Pour une société co-créatrice en émergence, op. cit.
12 . Notamment : Peter Senge et al., Le Guide de terrain de la cinquième discipline , Éditions First, 2000 ; Ken Wilber et al., Integral Life Practice , Shambhala, 2008 ; Otto Scharmer, Théorie U – Diriger à partir du futur émergent , Pearson, 2011.
13 . Ces deux initiatives sont développées dans le livre d’Alain Gauthier, Le Co-leadership évolutionnaire – Pour une société co-créatrice en émergence, op. cit.
14 . Voir l’étude en anglais sur ces programmes intitulée “Generative leadership development programs : a global exploratory study”. Cette étude est disponible sur le site Internet de coreleaship.com .
Chapitre 2
Le corps en coaching de dirigeants
Paule Boury-Giroud
« Votre corps est la harpe de votre âme, Et il vous appartient d’en tirer musique douce ou sons confus. »
Khalil Gibran


Aujourd’hui, le fruit de mes recherches et des liens établis dans le cadre de ma pratique professionnelle entre les besoins de mes clients et mes propres besoins en tant que coach m’amène à trois questions essentielles :
Et si le corps n’était pas une matière qui a besoin d’énergie, mais le réceptacle, le véhicule d’une parcelle d’énergie qui cherche à se faire entendre ?
Et si cette parcelle avait un « projet » singulier qui cherche un lieu d’expérience dans la matière, un espace dans lequel elle sera d’autant plus fluide et souple que le corps s’harmonisera avec ses vibrations propres ?
Comment, dans ces conditions, le coach peut-il être un instrument privilégié qui permette au coaché d’être à l’écoute de sa vibration intérieure et de s’harmoniser avec elle, le corps devenant à la fois outil et témoin de cette expérience, aussi bien pour le coaché que pour le coach ?


Le corps : un champ de recherches pour le coaching de dirigeants
Il y a vingt ans, nommée DRH d’un établissement appartenant à un grand groupe industriel français, j’affronte une prise de responsabilités qui me met à genoux. Mes acquis professionnels sont solides et reconnus, fruit de quinze ans de pratiques réussies dans mon domaine de compétence, chez plusieurs employeurs. Pourtant, ils s’avèrent impuissants pour m’aider à surmonter, tant psychologiquement que physiquement, mes nouvelles responsabilités. Un coaching m’est proposé.
Près de dix ans plus tard, je décide de faire du coaching de dirigeants ma spécialité, tant cette discipline s’est révélée puissante, d’abord pour me permettre de traverser l’épreuve, ensuite dans la réussite des défis d’amélioration de performance des équipes que j’ai accompagnées sur la période. Depuis lors, je travaille chaque jour avec des clients qui attendent de moi un soutien, des conseils, un éclairage parfois non conventionnel… bref, une prestation qui leur permette d’améliorer leur efficacité en entreprise. Au cours de ce parcours, une évidence s’est imposée au fil du temps : pour être performants, à la hauteur des enjeux qu’attend le monde qui les entoure, les dirigeants ne cherchent pas seulement un chemin qui leur permette d’harmoniser leurs émotions, leurs représentations et leurs comportements dans un champ intellectuel, psychique et symbolique. Ils sont aussi mobilisés dans leur corps, et leur corps s’impose de plus en plus dans les séances de coaching ; maux de dos, de tête, de cou, de bras, épuisement, voire burn-out.
Comme si le corps était le lieu dans lequel cette harmonisation représentations/émotions/comportements se réalisait et avec lequel il s’agissait désormais de se relier en conscience.
Mes clients ont donc pris progressivement place avec toute leur dimension corporelle dans les séquences de coaching. L’intuition qu’il me fallait prendre en considération cette dimension de leur être, souvent malmenée – surcharge de travail, déplacements aux quatre coins du monde, interruptions de concentration par des e-mails et des appels auxquels il faut répondre dans l’instant, sensation de raccourcissement du temps, repas avalés dans l’urgence, voire oubliés… –, et la proposition qui consistait à les « mettre dans le confort du bien-être physique » se sont invitées dans ma pratique.
Aussi parce que mon propre corps est lui-même devenu un « objet » que je ne pouvais plus séparer du « sujet » pensant et empathique que je suis quand je coache. J’ai, petit à petit, compris que la posture de coach exige un engagement de tout l’être, qui puise abondamment dans ses ressources physiques.
Dans cet aller et retour entre les interrogations soumises par mes coachés et celles que me pose mon propre engagement physique, je me suis intéressée à de nombreuses théories et techniques. Au fil du temps, des liens se sont naturellement formés entre les enseignements de mes recherches et les observations puisées dans mes séances de coaching.

Qui est concerné ?
Par la connaissance acquise de sa propre structure profonde et individuelle, vivante dans son corps, le coach est agissant au-delà de ses outils, techniques, méthodes. Au fur et à mesure de son propre cheminement existentiel, sa structure profonde agit lorsqu’il accompagne le coaché en conscience, et les problématiques des dirigeants, qui sont, bien entendu, multiples et variées, deviennent alors de plus en plus visibles à travers le corps.

Témoignages
Voici quelques exemples vécus (les prénoms sont, quant à eux, fictifs) où le corps s’invite de façon perceptible.
Benoît : 50 ans, chef de projet reconnu comme expert. Il souhaite devenir « patron », « manager », « dirigeant », mais ses responsables ne sont pas prêts à cela : « Il n’a pas le charisme physique, et puis il parle si vite… »
Christine : 35 ans, associée d’un cabinet de chasse de têtes, son hiérarchique veut qu’elle devienne patronne du bureau de Paris. Elle tient à sauvegarder sa vie familiale. Pourtant, une partie d’elle ne rêve que de ce nouveau challenge. Sentant qu’elle va « craquer physiquement » sous la pression de cette contradiction interne qui l’empêche de dormir, elle souhaite se faire accompagner.
Jean : 50 ans, 6 enfants, patron d’une filiale d’un grand groupe industriel. Il a fait un burn-out, passé trois semaines en hôpital psychiatrique. Son président demande qu’il soit coaché avant de reprendre son poste « dans les meilleures conditions possibles ».
François : 56 ans, patron de la recherche dans une filiale d’un Groupe de télécoms. Il voyage de façon répétée dans le monde entier, désormais en classe éco, car il faut bien réduire les coûts. François est brillant, reconnu, mais son corps ne supporte plus ce régime : il a fait une première phlébite, puis une seconde qui lui a fait très peur. Ce choc brutal l’amène, au fil des mois de son coaching, à se poser la question de la place qu’il donne à sa carrière professionnelle.
Bertrand : 50 ans, il devait prendre la responsabilité d’une joint-venture il y a un an. Le deal ne s’est pas fait. Un nouveau poste lui est proposé : repartir en Chine pour réorganiser la filiale là-bas. Il a déjà passé dix ans dans l’empire du Milieu, il est le mieux placé pour réussir. Il repart en Chine pour voir comment s’y prendre. Il en revient et me dit : « Ce n’est pas possible, tout mon corps là-bas me disait que c’était impossible. » Bertrand est en phase de négociation pour quitter son entreprise.

De quoi s’agit-il ?
Pour chacun de ces exemples, une intuition me porte ; le corps est toujours un vecteur privilégié, une porte d’entrée qui, comme d’autres portes, permet au dirigeant d’être attentif au processus d’éveil de sa conscience, s’il en a l’envie.
En mobilisant le corps, en proposant d’écouter son corps, de l’utiliser comme terrain privilégié de sa conscience, le coach donne à son client l’opportunité d’élargir son expérience avec un double intérêt :
S’ancrer dans le réel, la matière disponible. S’il le fait pour lui-même, le dirigeant peut en tirer une forme de modèle pour sa vie en entreprise, alors que depuis la première révolution industrielle, les conditions de travail ont favorisé de façon inconsciente la scission entre la vie sensorielle et le vécu psychique.
Se donner le temps de prendre véritablement soin de lui, alors qu’il doit durer dans un monde où le temps se raccourcit, où les enjeux se complexifient et où l’insuffisante prise en compte de la dimension corporelle, encouragée par les progrès continuels des technologies, a amené à penser les valeurs spirituelles et d’empathie, en les érigeant en valeurs plus ou moins théoriques, au lieu de les sentir et de les faire vivre au quotidien.
En travaillant avec le corps, dans le corps, la question du coach n’est donc pas le « soin », encore moins la « guérison ». Il s’agit de proposer au coaché de faire un voyage à l’intérieur de son corps, pour lui permettre de progresser vers la congruence, la cohérence de son être tout entier.
En fonction du système de croyances et de valeurs du coaché, de ce qu’il a déjà vécu, cette pratique revêt mille et une facettes. En termes de processus de coaching, il y a trois moments au cours desquels le passage par le corps se réalise, qui peuvent être situés dans les quatre phases du processus de coaching selon John Whitmore (GROW : Goal, Reality, Options, Work) :
À partir de son objectif business concret de l’instant, puis écoutant sa réalité , des questions peuvent être formulées, des feed-back peuvent recadrer, ouvrir cette réalité.
1. Quand je vous donne ce feed-back, que ressentez-vous dans votre corps ?
2. Quand vous me dites…, je ressens que votre énergie est localisée dans votre ventre (par exemple). Ça vous dit quoi ?
3. Et si vous respirez plus profondément, quelle est votre vision de la situation ?
4. Quand vous dites cela, je ressens que c’est la partie féminine (par exemple) de votre être qui s’exprime. Elle est où, cette partie féminine dans votre corps ? Où la ressentez-vous ?
5. Je vois l’enfant rebelle qui s’exprime. Est-ce que vous le sentez en vous, cet enfant rebelle ?
6. Etc.
Au moment des options possibles, certaines émotions vont apparaître ; il est alors possible de retourner au moment le plus ancien dont le coaché se souvient pour libérer une partie de cette trace dans le corps.

Cas pratique
La sensation qui émerge…
Laurent a demandé que l’on prépare son prochain entretien professionnel avec son patron du corporate. Après avoir éclairci l’objectif, éclairé la réalité, nous entamons le travail de préparation de l’entretien à proprement parler. Une sensation de rage émerge chez Laurent : il a décliné la possibilité de prendre la place de son hiérarchique qui a démissionné il y a quelques mois. Aujourd’hui, il le regrette et se sent furieux contre lui-même.
Au moment du plan d’action, il s’agit de vérifier que ce qui a été travaillé et décidé est non seulement créé par le mental du coaché, fruit de sa volonté et son intelligence, et harmonisé avec ses émotions, mais aussi accepté par son corps, parce que c’est le corps qui fait le lien entre ses capacités intellectuelles et la sensibilité de son être.

Cas pratiques
Le corps qui s’exprime
Catherine a préparé le discours qu’elle va faire à l’occasion du départ de son patron. Tout est en ordre. La séance de coaching est presque terminée. Pourtant, je repère que son corps est tendu, raide. Après un renforcement positif, je pose la question : « Super, je me sens bien quand j’écoute votre discours. Et votre corps, lui, que vous dit-il quand il écoute ce discours ? » Une nouvelle étape s’ouvre, Catherine a mal au dos, mais surtout au ventre. Elle ne s’en était pas rendu compte, et là, le mal de ventre prend sa place, qui nous emmène sur le souvenir de la séparation de la petite fille qu’elle fut avec son père, quand elle avait 4 ans.
Le coach qui repère…
Jean-Philippe est patron de la division Formation d’un groupe de conseil. C’est un homme particulièrement grand et costaud, mû par un sens du service et du dévouement remarquable. Il doit retourner à son bureau. Son plan d’action est prêt. La blancheur de son teint m’interpelle, je vois qu’il serre les dents. Je lui propose de se reposer quelques instants avant de repartir. Il accepte, s’allonge sur le canapé de la salle d’attente. Je m’assois à côté de lui, sur la table, à sa hauteur. Il fond en larmes : « Je n’ai pas l’habitude qu’on soit si gentil avec moi. »

À retenir
Le corps est le véhicule qui permet à une énergie subtile d’œuvrer dans la matière. En s’ouvrant à la possibilité de ressentir ce processus, le dirigeant va, avec discernement et confiance, se relier à cette énergie qu’il va parfois appeler intuition, âme, destinée…
En coaching, la mobilisation du corps n’est pas un soin. Elle permet de capter les traces de peur, de colère, de douleur et d’amour engrammées.
Au cours de la séquence, il s’agit pour le coaché de vivre une expérience dans la matière pour se libérer (un peu) des croyances du mental et des blessures de l’émotionnel, au service d’une action plus juste et plus durable pour lui-même et pour l’environnement.
Quand ai-je commencé à mobiliser le corps dans ma pratique de coaching ?
Après un parcours de développement personnel engagé il y a plus de vingt-cinq ans, j’ai expérimenté, à compter des années 2000, et exploré différentes formes nouvelles d’accompagnement : mémoire cellulaire, méditation, souffle, travail sur les dents-cristaux, respiration holotropique, ostéopathie crânienne et ostéopathie émotionnelle.
Avec chacun, j’ai expérimenté que le corps peut donner de grandes indications sur le chemin expérimental de l’être, souvent muselé par un mental et un ego déterminés à le protéger de souffrances émotionnelles enfouies. Ce champ d’expériences m’a conduit à la perception d’une autre dimension du corps physique, une dimension subtile que l’on peut appeler le « corps animé ».
Puis la pratique d’un chercheur en homéopathie uniciste m’a renforcée dans cette vision : « Quand vous dites… ou quand vous faites… (là, il reproduit le geste que je viens de faire en parlant), c’est comment dans votre corps ? »
Grâce à ces questions simples et aux réponses précises attendues, j’ai expérimenté que s’ouvre la possibilité pour le coaché de comprendre, au sens de connaître – et non de savoir –, ce que veut dire s’« incarner ».
Forte de ce champ d’expérimentations élargi, j’ai choisi d’approfondir ma pratique de coach dans ces dimensions à compter du moment où les coachés en exprimaient la demande. Travaillant dans ces champs, l’acuité de ma perception s’est développée et je ressens aujourd’hui la majorité de mes clients comme « inhabités dans leur corps », ou plutôt habités par le sang et la lymphe… par les os, les muscles, les systèmes… mais toujours tyrannisés par le mental, naviguant entre passé et avenir puisque mobilisant sans cesse leurs capacités analytiques et leur vision stratégique, et protégés par l’ego.
Parfois, les corps sont pris en compte et soignés. Pour autant, les dirigeants restent essentiellement des êtres pensants, doués d’une intelligence aiguë et d’une sensibilité d’être perceptible, mais sans véritable conscience de la résonance de leur corps animé, n’ayant pas encore réalisé en eux le mariage intérieur de l’esprit et du corps, dignes représentants d’une société centrée sur la seule performance matérielle, société dans laquelle la technologie prend le relais lorsqu’il s’agit de création matérielle, et l’information couplée à la dématérialisation occupe l’espace dans un monde de plus en plus virtuel.

À retenir
Le travail par le corps s’opère lorsque le coaché est prêt à s’ouvrir aux ressentis de la matière physique, naturelle, qui le compose et aux sensations qu’il peut capter au-delà des limites de ce qu’il connaît déjà.
Il est possible de mener cette expérience lorsqu’il est en confiance, actif et curieux de découvrir un espace intérieur imaginaire, singulier, propre à lui-même, qu’il va accueillir et décrire en fonction de ses référentiels et de ses expériences.
Comment cela se passe-t-il ?
Le cheminement expérimental que j’ai emprunté a formé pour moi un puissant socle de confiance pour les méthodes et outils déployés : « visions », représentations de l’imagination, métaphores advenues lors des séances de coaching. Ils ont inspiré des supports que je propose désormais aux coachés, sans référence figée sur des terminologies ou des théories que le mental finit toujours par « chosifier ». Les étapes de travail avec le corps, quelle que soit la phase du processus de la séquence de coaching, sont devenues les suivantes :
1. Je me laisse imprégner par la vibration qu’émet le coaché dans mon corps.
2. Je raconte une histoire que je crée, en fonction de la vibration ressentie, au moment où cela émerge ( Réalité ou Options ou Plan d’action , toujours dans le processus GROW selon John Withmore).
3. Je demande ce que l’histoire produit comme émotion et comment cette émotion est ressentie dans le corps.
4. Je propose d’explorer ce ressenti dans le corps.
5. En fonction de ce qui se révèle, je propose, le cas échéant, un travail spécifique (comme une constellation ou un détour narratif, par exemple).
6. Je suis attentive à 3 fondamentaux : je m’adapte à son rythme, à son envie d’aller dans ces zones personnelles et à mon propre état d’ouverture du moment.

Cas pratiques
Exemples d’histoires pour la phase 2 1
1. C’est l’histoire du locataire d’une maison qui ne connaît que son jardin. Pourtant, au cœur de la maison, un grand feu brille et réchauffe, il appelle à être alimenté. Deux chiens montent la garde sur le perron de la maison : le mental et l’ego. Difficile de s’aventurer dans la maison, d’y découvrir la cuisine (les aïeux), la cave (les émotions), la bibliothèque (les mémoires) et d’alimenter le feu…
2. C’est l’histoire du ventilateur dont les pales sont à terre. L’énergie au plafond est là, disponible, les pales n’attendent, quant à elles, qu’une chose : retrouver leur mouvement pour s’aligner à leur fonction première. Encore faut-il qu’elles soient parfois réparées…
3. C’est l’histoire de la noix de coco qui se souvient qu’au fond, elle est un avocat ; elle voudrait bien retrouver sa nature d’avocat. Comment s’y prendre quand la coque extérieure est si dure ?
4. C’est l’histoire de la bouteille d’eau pétillante, pleine de bulles, alors que l’eau aspire à retourner à sa mer d’origine, limpide et calme, vivante dans son mouvement de flux et de reflux. La bouteille est secouée, fort, fort… pour qu’enfin le bouchon lâche…
5. C’est l’histoire de l’eau du lac, certes claire et limpide, reflétant les sommets enneigés d’alentour, mais cette eau veut devenir vivante, vibrante. Elle souhaite couler, redevenir rivière… Comment s’y prendre quand on est un lac ? Et quelles limites mettre à la rivière pour que l’eau ne se perde pas dans le sol sablonneux ?
Exemples de techniques pour la phase 4
1. Hypnose assise : détente du corps, émergence d’une image, repérage d’un sentier qui mène dans une forêt, au cœur de la forêt. Que se passe-t-il ?
2. Hypnose allongée : détente du corps, émergence d’une image, repérage d’un sentier qui mène dans une forêt, attention portée par le coaché sur les sensations dans le corps, attention portée par moi sur les mouvements, même infimes, dans le corps, émergence des souvenirs, propositions de liens : j’ai, par exemple, vu un coaché mettre son pouce sur ses lèvres, j’ai pensé avec empathie au nourrisson qu’il fut et qui suçait son pouce. Je lui ai proposé cette hypothèse. La question n’est pas de savoir si c’est juste, en termes de récit ; l’intention est de proposer au coaché de faire son propre voyage en conscience dans ses émotions et, si possible, dans ses illusions.
3. Voyage dans la grotte à l’embryon d’or : il s’agit d’une méditation guidée. Partant du bureau, allant dans une clairière, traversant un jardin avec des fleurs de sept couleurs, descendant dans une grotte, visualisation d’un embryon d’or. L’intention est de mobiliser l’imaginaire en activant des champs énergétiques subtils pour créer un lien avec la partie enfouie au cœur de l’inconscient. En fonction de ce qui émerge devant l’embryon d’or, je me laisse guider par ce que mon empathie me suggère ; à ce moment-là, la « technique » de coaching à mobiliser s’impose d’elle-même.

À retenir
Travailler avec le corps en coaching réclame simplicité, humilité, empathie, précaution, douceur et lenteur. Le coaché doit se sentir à l’abri et en sécurité de tout mal intérieur ou extérieur.
Passer par le corps permet à l’être de se connecter à la vie qui coule en lui. Pour certains, prendre conscience de leur corps peut être émotionnellement très bousculant. Pour d’autres, passer par le corps permet de se reconnecter à des dimensions oniriques très vivantes et présentes. Chaque situation est singulière, sans aucun doute accélératrice d’un processus de transformation pour laisser émerger de la vie, parce que, à aucun moment, elle n’est pas déjà là.
Pour quelle finalité ?
Un dirigeant porte une responsabilité singulière et exigeante : il participe à la création d’un monde extérieur, matériel, manifesté, avec des leviers puissants en termes d’action : pouvoir, moyens, image… Mais comment peut-il co-créer durablement dans le monde extérieur s’il n’ouvre pas sa conscience au processus de vie intérieur à lui-même ?
Quelles que soient les représentations possibles, transmises par les traditions hermétiques, quels que soient les mots utilisés (amour, lumière, soi, divinité, non-manifesté, source, esprit, doubles de lumière…), il m’apparaît, dans la pratique au quotidien du coaching telle que je l’expérimente, que le dirigeant recherche un accompagnement pour faire face à deux obligations majeures dont lui parle, de façon variée mais toujours présente, son corps.
La première est l’obligation de tourner son regard vers l’intérieur, à la rencontre de ce que j’appelle « son processus de co-création intérieur ». Pour cela, il doit s’ouvrir à la sensation des forces universelles à l’œuvre à l’intérieur de lui-même, se connecter à elles. Pour l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, « le visage de l’univers et notre existence sont inextricablement liés : nous sommes les enfants des étoiles, les frères des animaux sauvages et les cousins des fleurs des champs 2 ». Le dirigeant, parce qu’il est dirigeant, a sans doute encore plus que d’autres l’obligation de s’ouvrir à cette hypothèse.

Alors, est-ce une descente de l’énergie dans son corps, ou sa connexion à l’univers ? Tout dépend de ses représentations, de ses croyances ; là n’est pas le sujet. Le sujet est qu’il soit plus « centré », plus « aligné » en lui, disposant d’un esprit clair et lucide, relié à son être, connecté à l’instant présent, ouvert à plus grand, moins égotique, dans un alignement qui le dépasse. Il s’agit qu’il s’ouvre à son intuition, capable de construire, d’imaginer des stratégies qui ne s’ancrent pas seulement dans le matériel ou l’ordre moral, mais dans un espace plus vaste, plus mystérieux, plus sacré, plus en harmonie avec le monde… Les entreprises ne sont-elles pas déjà mondialisées ? À chacun de se représenter ces forces en lui, utilisant son corps comme espace de perception et de représentation, en fonction de là où il en est, de sa culture et de ses référentiels religieux.
La seconde obligation du dirigeant est celle de durer, de « tenir le coup physiquement ». Si durablement il ne réalise pas cette « descente dans le corps », des symptômes psychiques ou physiques d’affaiblissement pourront survenir, laissant pour les équipes qu’il dirige des traces de perturbation plus ou moins intenses et dommageables pour la fluidité et l’efficacité si attendues en entreprise. Nul doute, pour le coach que je suis, qu’un être soumis à des contraintes et défis de toutes sortes, qui ne sait pas s’écouter sur les plans subtils, finit par devoir affronter des désordres matériels perceptibles dans le corps émotionnel puis physique.
De façon paradoxale, il m’apparaît aujourd’hui que si le dirigeant s’« occupe de lui dans son corps », dans un soin non égotique mais au contraire relié au monde, il se donne l’occasion de renouer avec la source de vie qui est en lui et, par là même, d’œuvrer efficacement en communion avec lui-même et les autres.

À retenir
La plupart des dirigeants savent intuitivement que les méthodes d’analyse objective ne permettent pas de se rapprocher de l’essence de la vie, pas plus que l’accumulation de savoirs, quand bien même ils seraient spirituels ou moraux.
Notamment les plus sollicités d’entre eux sur le plan physique entrevoient que l’analyse de leur corps et de ses fonctions, si elle est entreprise sur la base d’un réalisme fonctionnel, sans l’essai d’une vue d’ensemble non matérialiste, d’une synthèse unitive, ne leur apportera pas de solution dans la durée. Au contraire, cette analyse matérielle, y compris émotionnelle, les privera de la confiance en soi profonde, indispensable pour saisir ce qui fait d’eux des êtres humains vivants.
Passant par cette expérience pour eux-mêmes, ils commencent à élaborer une vision du monde, et de leur action en entreprise, fondée en « esprit », dans le monde du non-sensible.

Points clés
La pratique sur le corps s’adresse à des dirigeants, des managers, des experts pas particulièrement « malades dans leur corps physique ». Leur demande s’inscrit dans une quête d’« essentiel ».
Les thèmes qui sont abordés pourraient être travaillés de façon « traditionnelle », sans parler du corps, dans le champ cognitif, émotionnel ou comportemental.
Ce qui amène à travailler avec le corps est le chemin existentiel que le coach a entrepris sur lui et pour lui, sans jamais cesser de s’y aventurer.
Pour aller plus loin
Lise Bourbeau, Les Cinq Blessures qui empêchent d’être soi-même, Éditions E.T.C., 2013.
Myriam Brousse, Le Corps ne le sait pas encore, Quintessence, 1998.
Patrick Burensteinas, De la lumière à la matière, Le Mercure, 2009.
Dr Deepak Chopra, Les Sept Lois spirituelles du succès, J’ai Lu, 1994.
Annick de Souzenelle, Le Symbolisme du corps humain, Albin Michel, 1984.
Masaru Emoto, Le Miracle de l’eau, Guy Trédaniel Éditeur, 2008.
Dr Janine Fontaine, La Médecine du corps énergétique (1983), Nos trois corps et les trois mondes (1987), Notre quatrième dimension (1987), La Médecine des chakras (1993), Robert Laffont.
Lama Anangarika Govinda, Les Fondements de la mystique tibétaine, Albin Michel, 1996.
Wolfram Helke, Toucher l’âme par le corps, la leibthérapie selon K. G. Durckheim, Le Souffle d’Or, 2005.
Jean-Yves Jezequel, La Face cachée du cancer, Édition personnelle, 2008.
Daniel Laurent et Morgan Laurent, L’Énergie vitale des 5 éléments, Guy Trédaniel Éditeur, 2006.
Tara Michaël, Corps subtil et corps causal, Le Courrier du livre, 1998.
Julie Motz, Les Mains de vie et d’énergie, Tchou, 1999.
Namkhai Norbu, Le Yoga du rêve, Accarias, 2006.
Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, Albin Michel, 2002.
Mechthild Scheffer, Manuel complet des quintescences florales du Dr Bach, Le Courrier du livre, 2002.
Rudolf Steiner, L’Homme suprasensible, Éditions antroposophiques romandes, 1990.
John Whitmore, Le Guide du coaching, Maxima, 2007.

1 . Histoires inspirées du livre de Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi , Albin Michel, 2002, p. 21.
2 . Trinh Xuan Thuan, Dictionnaire amoureux du Ciel et des Étoiles, Plon, 2009.
Chapitre 3
Coaching et souffle humain
Claude Allary
« Du premier cri au dernier soupir, l’homme est un souffle pensant. »
Claude Roy, La Fleur du temps, journal 1983-1987


Les séances de coaching nécessitent un climat de détente et de concentration qui crée de bonnes conditions pour le travail du coach. Souvent les qualificatifs de « respiration », « pause », « moment privilégié » décrivent l’atmosphère qui règne lors des échanges, voire la séance elle-même perçue par le coaché.
Il est important que le coaché se sente en totale confidentialité, confiance, liberté émotionnelle et connexion hypersensible avec son monde et celui qui l’entoure. Cette perméabilité aux affects et aux signaux affûte ses perceptions et rend prégnante la présence effectrice du coach.


Introduction
Faciliter la connexion hypersensible aux mondes internes et externes se réalise notamment par un ancrage à la terre, les deux pieds bien à plat, et une respiration profonde et régulière permettant une syntonisation du corps physique, des ressentis émotionnels et du mental au repos. Mais pourquoi porter attention à sa respiration et chercher un alignement : de quelle respiration, de quel alignement parle-t-on ? Alignement intérieur… détente, harmonie, calme sans doute ? Mais aussi alignement avec l’extérieur, comme un lien invisible qui nous apaise et nous renforce en nous connectant avec le monde dans lequel nous baignons.
La respiration humaine, physiologique (fonction respiratoire assumée par les poumons) et cellulaire (l’usine microscopique qui produit l’énergie vitale) estelle un écho humain aux phénomènes de souffle et de respiration de l’univers ? Mais l’univers respire-t-il ? Nos respirations sont-elles des archétypes, des traces biologiques des liens immémoriaux entre microcosme et macrocosme, tant au plan mécanistique de la vie qu’au niveau symbolique ? Pourquoi, alors, syntoniser les respirations du microcosme et du macrocosme ?
Comment respirer en pleine conscience de son microcosme et du macrocosme, et ainsi bénéficier d’un climat de coaching favorable ?

À retenir
La pleine conscience est un mode d’éveil et de vigilance permettant de porter attention à l’instant présent et d’être entièrement disponible pour les sensations, avec un mental au repos. Inspirée des enseignements bouddhiques, la pleine conscience est une des techniques utilisées par les thérapeutes et les coachs.
Respirations humaines : l’homme et ses cellules
L’être humain respire environ 20 000 fois par jour ; les 100 m 2 de la surface de ses poumons inspirent 8 000 litres d’air par 24 heures et 17 litres de sang y transitent quotidiennement, transportant l’oxygène de l’air jusqu’aux cellules, et se chargeant au retour de 70 % de déchets organiques, notamment le dioxyde de carbone, expirés par les poumons 1 .
Si les deux poumons humains sont des organes remarquablement adaptés, permettant un brassage considérable de gaz, que dire de la cellule, à la fois brique de base du corps physique et usine intelligente aux multiples fonctions ?
On a compris tardivement, mais assez bien aujourd’hui, que les poumons permettaient un échange gazeux et qu’il existait une circulation sanguine pulmonaire assurant le va-et-vient (première théorie au XIII e siècle par le médecin arabe Ibn-Al-Nafis). Plus tard, on saura que c’est l’hémoglobine qui agit comme transporteur de l’oxygène vers les cellules et que celles-ci, via leurs mitochondries, produisent l’énergie vitale.

Définition
La respiration pulmonaire et cellulaire
Deux phénomènes de respiration s’enchaînent inlassablement du premier souffle vital au dernier souffle rendu : celui, mécanique, des poumons (appelé ventilation pulmonaire) et celui extraordinairement complexe des cellules (appelé respiration cellulaire), usines microscopiques qui, entre mille autres choses, commandent à leurs mitochondries de produire l’énergie vitale grâce, en particulier, à des réactions biochimiques puissantes principalement médiées par l’ATP, un mononucléotide crucial dans la gestion de l’énergie produite. À noter que l’ATP joue un rôle très important aussi comme vecteur de communication de la cellule (transduction des signaux, « second messager » du code génétique, etc.), ce qui est capital pour ses échanges avec les cellules adjacentes.
Mais les merveilles de la cellule restent largement méconnues. Chaque cellule eucaryote (contenant un noyau qui renferme l’ADN) possède l’équivalent des fonctions de nos systèmes nerveux, digestif, respiratoire, excrétoire, endocrinien, musculo-squelettique, cardiovas-culaire et reproductif, ainsi qu’une paroi qui pourrait évoquer la peau humaine. À l’instar de l’homme dans son monde, une cellule individuelle analyse et intègre simultanément les milliers de stimuli de son micromilieu, et adopte la réaction « comportementale » appropriée pour assurer sa survie 2 .
Cette comparaison anthropocentrique inversée, où la cellule serait biologiquement et éthologiquement le pendant de l’homme, ne fait pas peur à certains biologistes, tout en déclenchant de la part d’autres des oppositions scientifiques fortes. Cette controverse nourrit des visions nouvelles sur des domaines de biologie dite « systémique » ou « intégrative », où la compréhension cybernétique de la cellule dans son milieu, rendue possible par la puissance toujours croissante du traitement de l’information, ouvre des horizons extraordinaires à la recherche.
Dans ces approches systémiques, la respiration de la cellule devient un mode d’échange permanent avec son milieu, et le mimétisme avec la respiration pulmonaire humaine se révèle fascinant, même si de formidables défis scientifiques empêchent, sans doute pour longtemps, d’avérer cette théorie biologique de la cellule comme « petit monde » respirant. Citons deux métathéories confondantes. Ainsi, la respiration cellulaire et le souffle humain pourraient s’envisager, avec le concours des sciences « dures » de la vie, comme des phénomènes de même essence, à cheval sur les mondes intérieurs et extérieurs. Mais au sens ontologique que considère la philosophie et que sacralisent les religions.

Définition
Épigénétique et biologie quantique
L’épigénétique, science de tout ce qui se passe en aval et autour de la programmation génétique par l’ADN, est en train de remettre en question le « dogme de l’ADN » : celui-ci ne serait plus le responsable unilatéral et le gardien du temple des messages génétiques de l’espèce sans aucune contestation possible ; l’environnement de l’ADN pourrait agir en rétroboucles et modifier certains codes d’évolution. Cela alimente les débats entre darwinistes orthodoxes, évolutionnistes lamarckiens et tenants de la « coopération » entre les espèces.
Autre champ nouveau et dérangeant : la biologie « quantique ». Il s’agit de challenger les dogmes de la physique newtonienne qui s’appliquent à la matière discrète dans l’univers comme à l’intérieur de l’homme. La médecine expérimentale depuis Claude Bernard est réductionniste et newtonienne : elle se donne un objet défini et établit des règles de preuves, notamment la répétition à l’identique des résultats, qui semble exclure les stupéfiantes propositions de la physique quantique : ubiquité, transmission nanoscopique des messages, production d’énergie par d’autres mécanismes que la biochimie.
Souffle et respiration dans l’histoire humaine, vus par les religions et la philosophie
Les philosophes grecs ont tôt formulé des questions et émis des hypothèses sur la compréhension du monde et la place de l’homme. Au sein de pensées complexes qui commençaient à élaborer la notion de cosmos (plutôt macrocosme que microcosme alors), le souffle et la respiration tenaient une place importante. Par exemple, Anaximène (vers 586-526), de l’école physicienne de Thalès de Milet, attribue un rôle prépondérant à l’air qui « occupe tout l’espace… du feu subtilissime au vent… au nuage… à l’eau qui en tombe, à la terre qui s’en imbibe et finalement au minéral. Tout cela est air, à différents degrés de concentration 3 ».
Aristote (384-322) concevait le monde supralunaire comme immuable, fait de la quintessence qu’il appelait « éther ». Plus tard, les stoïciens donneront le nom « pneuma » au « souffle (de vie) invisible bien que réel, qui traverse toute chose, qui est présent en toute chose, de la petite pierre à l’être humain 4 ».
Au même moment en Chine, le Tao Tö King, ouvrage fondateur du taoïsme (philosophie, religion, mode de vie à la fois), transmis par Laotzi (milieu du V e siècle av. J.-C., milieu du IV e siècle av. J.-C.), décrit un chaos primordial « contenant des souffles, les qi… les souffles les plus légers s’élèvent pour former le Ciel, les plus lourds tombent pour donner la Terre, et ils s’unissent au Centre afin de perpétuer le processus de création. Comme n’importe quelle entité, l’homme est ainsi constitué de qi lourds et légers 5 ».
De leur côté, les religions, s’inspirant des philosophies, ont théorisé la respiration et le souffle humain. Les Hébreux évoquaient le souffle créateur (ruah) de Dieu planant sur les eaux primordiales, tout comme la Genèse des chrétiens parle du souffle divin : « La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux 6 . »
Progressivement dans la pensée occidentale, l’âme ( « anima, spiritus » ) est devenue le concept central, reliant l’homme physique à sa spiritualité, et le vecteur de très nombreuses spéculations. De grands penseurs comme Platon, Aristote et Plotin, des théologiens remarquables comme Saint Augustin, ou des médecins-philosophes arabes précurseurs (Averroès, Avicenne) ont attribué à l’âme des fonctions éminentes, jusqu’au schisme de René Descartes qui rejette pour longtemps la dualité corps/âme et ouvre la porte au rationalisme newtonien.
Le Moyen-Âge européen chrétien, très religieux, ajoutera du symbolisme au souffle, par exemple en attribuant aux gargouilles des églises des souffles puissants pour éloigner les créatures du Malin, tandis qu’à l’intérieur, le Saint-Esprit, souffle s’il en est, troisième hypostase conférant la grâce au baptisé dans la théologie catholique, protège les croyants et participe de leur réceptivité à la liturgie.
Il n’est pas jusqu’à des avatars religieux récents qui n’aient attribué des rôles prépondérants aux souffles et aux esprits. Ainsi le spiritisme, se voulant une obédience catholique vite mise à l’index par le Vatican au XIX e siècle, développe l’idée selon laquelle les esprits ont une vie après la mort, et leur monde respire autour du nôtre, avec de multiples communications via les médiums.
Teilhard de Chardin (1881-1955), paléontologue, jésuite et penseur hors du commun, a avancé l’idée selon laquelle le monde est entouré de la noosphère, enveloppe respirante de conscience humaine. Mis aussi à l’index de son vivant et toujours non orthodoxes aujourd’hui, ses écrits continuent d’inspirer de nombreux neurobiologistes, philosophes et théologiens.

La respiration humaine : un passage privilégié qui connecte nos mondes ?
Proposons ici trois exemples de mise en abyme des mondes biologiques et symboliques du souffle et de la respiration.
Les neuropeptides et la respiration. Pour l’homme, la résonance respiratoire de son microcosme avec le macrocosme est porteuse d’un sens vital très fort.
Les interactions neurobiologiques de l’homme avec son univers sont permanentes. La conscience ne serait pas seulement hébergée par le cerveau, organisme tellement évolué qu’il « dialogue » probablement avec l’ensemble des cellules du corps physique (selon les travaux séminaux de John Eccles, prix Nobel de médecine 1963).
Par exemple, la neurologue et pharmacologue américaine Candace Pert 7 a démontré que la sécrétion accrue de neuropeptides comme les opiacés et les endorphines – petites chaînes d’acides aminés produites par les neurones qui activent la transmission des messages intercellulaires – altère les modes de respiration.
Les neuropeptides, neurotransmetteurs « intelligents » des émotions et de la mémoire cellulaire (y compris le souvenir de l’évolution), circulent aussi bien dans le cerveau, siège princeps de la pensée, que dans les organes et les viscères : l’intelligence et la pensée n’appartiennent pas exclusivement au cerveau et à son « mental ».
La symbolique du souffle. La respiration humaine est un mécanisme privilégié de connexion des mondes internes et externes, et participe de l’alignement de la personne.
Alain Delaunay, dans son article sur la symbolique du souffle 8 , propose une séduisante synthèse transreligions du souffle humain. La respiration et le souffle unifieraient trois champs symboliques de la connaissance et de la vie humaine alignés dans la personne humaine : au niveau de la tête, le souffle créateur et divin qui est à l’origine de tout ; au niveau de la cage thoracique, la respiration animale qui correspond aux ressentis, aux émotions, à la volition ; au niveau abdominal, le souffle vital et pulsionnel d’où surgit la raucité du cri du ventre : « Lorsqu’il traverse violemment les deux niveaux supérieurs d’intégration, sans les filtres de leurs médiations noétiques et thymiques, ce souffle s’exprime dans toute sa primalité de conscience 9 . »
L’inspiration poétique. Respirer ses mondes entre microcosme et macrocosme. Le poète est-il un paradigme hautement signifiant des liens entre ces deux mondes ? Platon parlait de la « mania » des dieux, dispersée dans plusieurs domaines dont la « poétique », modèle de l’inspiration divine qui influencera pour toujours la conception de l’artiste « inspiré », et de la parole et de l’écriture prophétiques 10 .

Plus près de nous, le poète et polygraphe Claude Roy (1915-1997) a raconté dans son livre Permis de séjour 11 combien le souffle de ses vers avait changé à la suite de sa guérison d’un cancer du poumon, et il s’interrogeait sur ce qui, biologiquement, avait été modifié dans sa fonction respiratoire pour ainsi influer sur son « inspiration » poétique.
Les avancées de la biologie pourraient, dans les années à venir, aider à comprendre assez précisément en quoi les mécanismes adaptatifs de l’homme résultent de multiples interactions de ses cellules avec leur milieu et comment les événements du macrocosme influent également sur la modification progressive de ses codes génétiques, sociaux et symboliques. La respiration humaine, pulmonaire et cellulaire fait partie de ces dispositifs extraordinaires sur lesquels travaillent des équipes de recherche.
Se relier à ses mondes grâce à la respiration dans les sessions de coaching
Outre le pneuma – la respiration – l’homme dispose du logos – langage et raison – et c’est bien cela qui en fait un être vivant à part. La session de coaching met en présence deux personnes qui vont, pendant 90 minutes, ressentir des sensations, écouter, parler, respirer, éprouver des émotions, et s’investir corps et âme .
Les conditions de réussite de la séance de coaching, comme la suspension de jugement, l’écoute, ou l’acuité des feed-back, préparent le coaché à une plasticité émotionnelle accrue et à se mettre en position intense de récepteur/émetteur avec son milieu, à côté de ses mondes professionnel et personnel habituels.
Au premier degré, la fluidité de la respiration crée des conditions nécessaires à l’efficacité des échanges. Il importe, pour le coaché, de bien se détendre selon les canons d’une respiration calme : abdominale, en pleine conscience, entière (de la tête droite aux pieds bien posés sur le sol), tel que le recommandent sophrologues et autres spécialistes.
Au deuxième degré, sans nécessairement sentir le glissement, il accédera à un état modifié de conscience grâce à une respiration connective microcosme/macrocosme (non sans symétrie avec l’écoute flottante par le coach qui capte un maximum de ressentis) qui crée les conditions d’une réceptivité et d’une expression plus intenses, plus « vraies ».
La séance entière de coaching n’est-elle pas elle-même une respiration, à la fois dans l’ici et maintenant, et entre l’avant et l’après de la séance ? Mais ses vertus de (re)connexion aux mondes du coaché doivent perdurer dans ses vies professionnelle et personnelle. Est-ce que, comme le poète, son inspiration sera ensuite profondément, durablement modifiée par des mécanismes biologiques mystérieux de son corps et de sa conscience qui auront migré grâce au coaching ?
Il y a une contradiction apparente troublante dans le changement que suscite l’intervention du coach chez le coaché : d’une part, il est rare de savoir quand, pourquoi, comment le changement s’est opéré (mais est-ce vraiment important ?) ; d’autre part, la vie continue, comme la respiration, dans une sorte d’homéostasie permanente entre des mondes, avec des acquis et de nouveaux défis, jamais à bout de souffle.
Points clés
La respiration pulmonaire assure les échanges gazeux qui permettent aux cellules de produire l’énergie vitale.
La respiration nous connecte avec les mondes extérieurs que beaucoup de philosophies et de religions associent à des souffles primitifs.
La session de coaching en entreprise, elle-même « respiration » particulière entre des activités quotidiennes intenses, permet au coaché de ressentir un alignement profond entre lui-même et le monde qui l’entoure.
Pour aller plus loin
Bible, Genèse, 2, traduction Louis Segond, 1910.
Alain Delaunay, Souffle, symbolique, Encyclopædia Universalis.
Lucien Jerphanion, Histoire de la pensée, Tallandier, 2009.
Frédéric Lenoir, Petit traité d’histoire des religions, Plon, 2008.
Pr. Bruce Lipton, Biologie des croyances, Éditions Ariane, 2006.
Dr Joy Manné, Je respire bien, Éditions Jouvence, 2010.
Pr. Candace Pert, Molecules of Emotion, Scribner, 1997.
Platon, Ion, traduction M. Canto, Flammarion, 1989.
Claude Roy, Permis de séjour, Gallimard, 1983.


1 . Dr Joy Manné, Je respire bien , Éditions Jouvence, 2010.
2 . Pr. Bruce Lipton, Biologie des croyances , Éditions Ariane, 2006.
3 . Lucien Jerphanion, Histoire de la pensée , Tallandier, 2009.
4 . Frédéric Lenoir, Petit traité d’histoire des religions, Plon, 2008.
5 . Ibid .
6 . Bible, Genèse, 2 , traduction Louis Segond, 1910.
7 . Pr. Candace Pert, Molecules of Emotion , Scribner, 1997.
8 . Alain Delaunay, Souffle, symbolique , Encyclopædia Universalis.
9 . Ibid .
10 . Platon, Ion , traduction M. Canto, Flammarion, 1989.
11 . Claude Roy, Permis de séjour , op. cit .
Chapitre 4
Coaching et Gestalt, l’art du contact
Bruno Rousseau
« Tout homme crée sans le savoir, comme il respire, mais l’artiste se sent créer. Son acte engage tout son être. Sa peine bien-aimée le fortifie. »
Paul Valéry

Notre manière de voir en Occident est le plus souvent purement esthétique, ou simplement intellectuelle et s’attache à apprécier la forme, les couleurs, la composition ou la signification de l’œuvre. La vision de l’art au Japon est très différente. Le Japonais s’attache moins à l’apparence, mais vit littéralement l’observation de l’œuvre comme un support de méditation. Une œuvre est avant tout un prétexte à un voyage intérieur. Ainsi, une estampe est un objet qui permet de pénétrer à l’intérieur de l’œuvre. C’est la raison pour laquelle la perspective dans les gravures japonaises est si profonde. La notion de voyage pour Hiroshige est donc double ; il est intérieur et extérieur.
Cette réflexion, exposée à l’occasion de l’exposition « L’art du voyage » (Pinacothèque, Paris 2012) qui met en parallèle l’œuvre de Van Gogh et celle d’Hiroshige, me semble symboliser le type de voyage proposé par la Gestalt : il s’agit de concilier l’esthétique de la belle forme et l’éprouvé qui transforme la situation. Et le concept clé qui permet ce voyage est celui de contact. Le mot esthétique est dérivé du mot grec qui signifie sensation , et c’est par la sensation que la séquence de contact va émerger et prendre forme.
La Gestalt peut se définir comme l’art du contact (S. Ginger). Elle met l’accent sur la prise de conscience du processus en cours dans l’ici et maintenant de chaque situation. Développée à l’origine dans une visée d’accompagnement thérapeutique, la Gestalt est dorénavant également une théorie et une pratique mise en œuvre dans l’exercice du métier de coach.
Comment le coach, qui est un praticien du changement en entreprise, peut-il s’appuyer sur une théorie et une pratique qui cherchent à concilier l’esthétique de la belle forme et l’éprouvé qui transforme la situation ? En quoi les concepts développés dans le livre fondateur Gestalt thérapie , écrit par Fritz Perls, Ralph Hefferline et Paul Goodman en 1951 (je vais régulièrement faire référence à cet ouvrage à travers les initiales « PHG » afin d’être au plus proche des idées et concepts des fondateurs de la Gestalt), peuvent-ils être utiles à la pratique du coaching ? Comment l’art du contact peut-il favoriser la mise en œuvre d’une posture d’accompagnement qui permet de libérer la créativité au sein des entreprises ?
Je propose de partager avec vous mes réflexions à partir de mon expérience à ce jour de la Gestalt et du coaching, ainsi qu’à travers le recours à ma pratique des arts martiaux japonais. La Gestalt encourage à ne pas avaler tout cru, à mâcher tout ce qui est transmis afin de s’approprier toute nouvelle connaissance ou expérience et afin de permettre à chaque coach gestaltiste de développer son propre style.
Je vous propose d’imaginer rentrer dans un dojo ( do : la voie, jo : le lieu ; le lieu où je cherche la voie) et de vous mettre à l’écoute de vos sensations, pas à pas.
« Être “un” ! Il ne peut y avoir de distinction entre l’individu et l’univers 1 . »


L’expérience du contact
Le zen, c’est zazen, la posture de méditation assise. Les arts martiaux, c’est la pratique des arts martiaux. La Gestalt, c’est l’expérience du contact.
L’expérience se situe à la frontière entre l’organisme et son environnement, principalement au niveau de l’épiderme et des organes sensoriels et moteurs (PHG). La notion d’organisme renvoie à la nature animale/humaine de l’être humain qui peut s’appuyer, notamment, sur son instinct et sur le langage.
Le contact, c’est la conscience immédiate du champ ou la réponse motrice dans le champ. Le contact, pris dans le sens le plus large, inclut l’appétit et le dégoût, l’approche et l’évitement, la sensation, le ressenti, la manipulation, le jugement, la communication, la lutte, etc., toutes sortes de relations vivantes qui se situent au niveau de la frontière, dans l’interaction de l’organisme et de l’environnement. Fondamentalement, le contact, c’est la conscience (awareness) de la nouveauté assimilable et le comportement dirigé vers elle ; c’est aussi le rejet de la nouveauté inassimilable… Tout contact est créatif et dynamique. Il ne peut être routinier, stéréotypé ou simplement conservateur parce qu’il doit affronter la nouveauté, car elle seule est nourrissante. Tout contact est ajustement créateur de l’organisme et de l’environnement (PHG). Ma manière d’intégrer et de transmettre la Gestalt passe par le recours aux arts martiaux qui me semblent être particulièrement intéressants dans la mesure où :
L’efficacité passe par la recherche de la forme juste, à travers une posture et une mobilisation corporelle à la fois fluide et puissante.

Définition
Le champ organisme/environnement
Le champ organisme/environnement fait référence à l’indissociabilité d’une personne par rapport à son environnement. La personne n’est pas considérée de manière isolée, indépendamment de son environnement. Cette manière de considérer la personne renvoie à la conception de l’ego dans le bouddhisme zen.
La Gestalt a parmi ses racines la psychanalyse, la Gestalt-psychologie (théorie selon laquelle les processus de la perception et de la représentation mentale traitent spontanément les phénomènes comme des ensembles structurés – les formes – et non comme une simple addition ou juxtaposition d’éléments), la phénoménologie, l’existentialisme et également les philosophies orientales. Paul Weisz, qui a fait partie des pionniers de la Gestalt, était passionné par le bouddhisme et la pratique du zen.
Les principes pédagogiques d’apprentissage des arts martiaux et de la Gestalt peuvent être mis en parallèle, en commençant par ceux de la transmission et de la lignée. Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman sont allés chercher dans les racines mentionnées ci-dessus pour créer une nouvelle discipline qu’ils ont appelée la Gestalt-thérapie. Dans les arts martiaux japonais, la pratique, « keiko », signifie « penser aux anciens » et le « sensei » est « celui qui a commencé avant… ».

Cas pratique
Pour le coach gestaltiste…
À l’image du pratiquant d’un art martial qui pénètre pour la première fois dans un dojo et qui commence la pratique, dès la première minute, en s’asseyant et en se centrant sur son ressenti, le coach gestaltiste met concrètement en œuvre la théorie du contact évoquée ci-dessus à travers son awareness.
Le premier pas, en thérapie, consiste à contacter la respiration (PHG). Le pratiquant dans les arts martiaux commence par « mokuso », une méditation qui lui permet de se centrer sur sa respiration, en étant attentif à la sensation dans le tanden, la partie inférieure de l’abdomen (le hara).
Le coach gestaltiste se laisse impacter par la situation de coaching, dès les premiers instants de contact. Il est à l’écoute de ses sensations corporelles, de son éprouvé. Il s’agit d’une perception de « ce qui se passe », dans cette situation-là, d’instant en instant, en amont du processus rationnel réflexif (consciousness) .
« Nous sommes créés par les situations autant que nous les créons, d’instant en instant 2 . » L’éprouvé du coach gestaltiste appartient à la situation et l’éprouvé du client appartient à la situation : c’est à partir de cette situation indifférenciée que le travail de différenciation va pouvoir se réaliser. Sinon, il y a un risque important, soit d’aller beaucoup plus vite que son client et de le perdre, soit de reproduire le mode de fonctionnement habituel de son client parce qu’il y a eu différenciation prématurée.

Définition
L’ awareness
L’ awareness est la connaissance immédiate et implicite du champ 3 , et n’est pas un acte volontaire de conscience. Dans les arts martiaux japonais, l’attention qui passe par une décontraction du corps et une disponibilité à l’autre se nomme « zanshin » .

À retenir
Le premier « outil » du coach gestaltiste est son awareness . Dans un premier temps, il met de côté son savoir pour se laisser impacter par la situation.
C’est à la frontière contact entre la personne et son environnement qu’une transformation va pouvoir émerger.

La belle forme émergente
Gestalt est un mot allemand qui vient du verbe gestalten : « mettre en forme, donner une structure ».
Les critères permettant de qualifier une « belle forme émergente » sont notamment :
l’émergence d’une figure nette et claire ;
la singularité ;
la clarté et la grâce ;
la force du mouvement ;
la spontanéité et l’intensité de la sensation.
« La belle forme va émerger d’une relation figure/fond, à travers l’ awareness : je suis sans cesse attentif au flux permanent des sensations physiques, des sentiments, des idées, à la succession ininterrompue des “figures” qui apparaissent au premier plan de mes préoccupations, sur le “fond” constitué par l’ensemble de la situation que je vis et de la personne que je suis – cela à la fois sur le plan corporel, émotionnel, imaginaire, rationnel ou comportemental 4 . »

Cas pratique
À l’occasion d’une réunion de lancement d’un coaching
J’accueille un nouveau client qui cherche à explorer de nouvelles pistes d’évolution professionnelle. Diplômée en sciences sociales, Lisa travaille depuis une dizaine d’années dans le domaine de la communication et elle me dit commencer à s’ennuyer. Elle ne souhaite pas faire un bilan de compétences : « Je souhaite réaliser un coaching afin de prendre le temps d’explorer de nouvelles possibilités professionnelles. » Lisa parle lentement et me présente sa situation professionnelle et ses attentes vis-à-vis du coaching. Ses phrases sont très courtes et, assez vite, je ne me sens pas à l’aise : à la fin de chaque phrase, il y a un « blanc » et je me rends compte que je suis amené à combler ce « blanc » par de la parole. Moi qui aime généralement laisser des moments de silence pour permettre à mes clients de se poser et de prendre l’initiative de la parole, je suis amené à relancer régulièrement la discussion, à prendre l’initiative d’une question, d’une remarque, d’un commentaire. Je me sens tendu au niveau des épaules et ma respiration devient de plus en plus courte. Ainsi, je suis attentif à la façon dont ma cliente me parle de son environnement professionnel et je me mets à l’écoute de mon ressenti. À la deuxième séance, cette impression de « blanc » persiste et je la partage avec ma cliente qui est surprise : « C’est étonnant, ce que vous me dites là me renvoie à ce que je vis à mon travail, avec mes collègues, et aussi avec vous… Ça me fige et j’en ai marre de rester figée comme ça… » Je reste attentif à la façon dont ma cliente me dit sa surprise et à mon awareness, encore et encore, instant après instant…

Le self, c’est l’artiste de la vie… Le self n’est pas la figure qu’il crée (une personne dissociable de son environnement), mais la création de la figure (un processus de contact qui évolue d’instant en instant) ; ce qui revient à dire que le self est la relation dynamique de la figure et du fond (PHG). Le Gestaltiste va donc travailler à partir de la séquence de contact qui permet de décrire le processus de contact :
phase de précontact, au cours de laquelle émerge un besoin, à partir des sensations corporelles ;
phase de mise en contact, qui correspond à l’orientation vers l’environnement en vue de satisfaire le besoin ;
phase de plein contact ou de contact final, qui nécessite un lâcher-prise pour s’immerger totalement dans un moment de rencontre avec l’objet de notre choix ;
phase de post-contact, qui permet l’assimilation de l’expérience nouvelle ;
un vide fertile peut succéder à cette phase.
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin dans la compréhension de la séquence de contact et des flexions et interruptions du processus de contact, je vous conseille de lire l’ouvrage Le Grand Livre de la Gestalt 5 , notamment le chapitre de Chantal Masquelier-Savatier intitulé « Une théorie du contact ».

Cas pratique
Pour le coach gestaltiste…
Le client n’est pas le coaché en tant que tel, mais le processus mis en place par le coaché dans son interaction avec son environnement professionnel. Le contenu des séances de coaching n’est pas le fruit d’un diagnostic posé par l’entreprise, par le coaché ou par le coach lui-même vis-à-vis de ce qui dysfonctionne chez le coaché, mais le fruit d’un travail de dépli de l’expérience du coaché. L’objectif n’est donc pas de faire rentrer le coaché dans une norme plus ou moins conscientisée, imposée par l’entreprise et/ou par le coaché et/ou par le coach. En thérapie, la santé n’est pas la capacité à s’adapter à une norme, mais à créer de nouvelles normes. En entreprise, la performance n’est pas la capacité à s’adapter à une norme qui serait intangible ou imposée par quelques experts. La performance repose sur la capacité à créer de nouvelles normes, de nouvelles règles, de nouveaux processus qui favorisent la créativité à différentes « frontières contact » : ses collaborateurs actuels et à venir, ses clients, ses concurrents, ses actionnaires…
Très concrètement, le coach gestaltiste va accompagner « la belle forme » de son client en interaction avec son environnement à travers les axes suivants :

Le coach gestaltiste va être attentif à tout ce qui est présent pendant la réunion de lancement du coaching avec le coaché, son supérieur hiérarchique, éventuellement le DRH…, y compris des éléments qui peuvent paraître sans importance par rapport au thème de travail qui va émerger. Rien n’est laissé de côté : ce qui compte, c’est le rapport figure/fond. Le thème de travail, par exemple, qui va faire figure au moment de la discussion sur le contrat de coaching, va être plus ou moins énergétisé en fonction des sujets évoqués, de la façon dont les personnes s’expriment ou ne s’expriment pas pendant la séance de lancement du coaching, du lieu dans lequel se déroule cette réunion… Et ce rapport figure/fond va être vécu différemment par chaque participant à cette réunion de lancement.
Le coach gestaltiste va favoriser l’expression du thème de travail. Travailler à partir d’objectifs prédéfinis et précis (SMART : spécifiques, mesurables, ambitieux, réalistes et fixés dans le temps) risque d’enfermer le coaché (et le coach !) dans une cible à atteindre. C’est la façon dont le coaché va atteindre un objectif émergeant à l’occasion des séances de coaching qui va être mise au travail, à l’image du pratiquant du kyudo, l’art japonais du tir à l’arc 6 , qui s’engage dans son art au-delà d’une cible à atteindre. L’atteinte d’un objectif précis peut rassurer le coaché, son supérieur hiérarchique, le DRH… mais une fois que le coaching sera terminé, que restera-t-il de la capacité d’ajustement créateur du coaché vis-à-vis de son environnement ?
Le coach gestaltiste va être attentif au processus de contact ; à son propre processus de contact et au processus de contact de son client : la forme émergente (exemple : l’expression par le coaché de ses attentes) est-elle claire, intense, spontanée ? À quel moment de la séquence de contact du coaché semble-t-il y avoir flexion ou interruption dans l’expression de son besoin ?
La Gestalt va donc valoriser la capacité d’une personne à créer de nouvelles formes, à l’instar de l’artiste qui ne se contente pas de reproduire une œuvre. Dans la pratique du karaté-do, le critère essentiel permettant d’apprécier la justesse d’un geste n’est pas la reproduction de ce qu’enseigne le senseï , mais la façon dont le geste est réalisé dans le contact avec son partenaire. Une importance particulière est portée au « ma » , qui désigne à la fois la distance entre deux partenaires, mais aussi le timing et le rythme. La matière qui est mise au travail n’est pas la technique réalisée, mais ce qui se passe dans l’interaction avec son partenaire. Tel le sculpteur qui commence à donner des coups dans la pierre, avec une idée plus ou moins précise de son œuvre à venir, la matière est l’interaction sculpteur/pierre. La pierre et la façon dont elle inspire le sculpteur, et la façon dont elle réagit au fur et à mesure de la sculpture, avec ses failles, ses points de force… contribuent à la réalisation de l’œuvre, voire même constituent l’œuvre. Ernst Gombrich, dans l’introduction de son ouvrage sur l’histoire de l’art 7 , mentionne : « Disons nettement, tout d’abord, qu’à la vérité l’“Art” n’a pas d’existence propre. Il n’y a que des artistes. » Et pour le Gestaltiste, l’artiste existe à travers le processus artistique. Dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique ou de coaching 8 , la matière est le contact , c’est-à-dire le processus d’ajustement créateur entre la personne accompagnée et son environnement, principalement le thérapeute ou le coach. Et par ce processus de co-impact humaniste , chacun est transformé et peut s’« apparaître à l’occasion de l’autre 9 ».

À retenir
C’est la forme émergente dans le processus de contact qui permet au coach gestaltiste d’évaluer le besoin d’accompagnement, à partir de critères esthétiques et non scientifiques.
Le coach gestaltiste, parallèlement à son awareness , soutient le processus de contact et facilite les ajustements créateurs de son client.
La posture gestaltiste
L’artiste est tout à fait conscient (aware) de ce qu’il est en train de faire ; l’œuvre terminée, il peut en expliquer les étapes en détail. Il n’est pas inconscient de sa démarche, mais il ne la calcule pas délibérément non plus. Sa conscience immédiate est dans une sorte de mode moyen, ni active ni passive, qui accepte les conditions, se concentre sur la tâche et progresse vers la solution. Il en est de même chez les enfants : ce sont leurs sensations vives, associées à leur jeu libre et apparemment gratuit, qui permettent à l’énergie de circuler spontanément pour parvenir à des inventions qui nous charment tellement. Dans les deux cas, c’est l’intégration sensori-motrice, l’acceptation de l’élan et le contact attentif avec le nouveau matériel environnemental qui aboutissent à un résultat satisfaisant. Nous pensons qu’en laissant les facultés jouer librement et se concentrer sur un problème présent, ce n’est pas au chaos ou à une folle fantaisie qu’on aboutit, mais à une Gestalt capable de résoudre le problème réel (PHG).
Ainsi, la posture du Gestaltiste s’inspire de l’artiste dans le processus de création artistique et de l’enfant en train de jouer. La Gestalt est la discipline du contact et cette discipline passe par une posture dont les principales caractéristiques sont les suivantes :
Ici et maintenant et après… : le Gestaltiste ne cherche pas à expliquer ce qui se passe pour son client par des éléments du passé. Le souvenir et l’anticipation sont de l’imagination au présent. La posture gestaltiste engage à rester présent, ici et maintenant : être là, d’instant en instant ! Et c’est cet « être-là » qui permet un « aller vers » de l’après, vers du nouveau.

« Ma définition de la peinture, c’est qu’elle est une recherche, comme n’importe quel travail créateur. En musique, on frappe une note qui en entraîne une autre. Une chose détermine la suivante. D’un point de vue philosophique, l’idée est que l’on vit d’instant en instant. Ce faisant, chaque instant décide du suivant. On ne doit pas être cinq pas en avant, rien qu’un seul, le suivant. Et si l’on s’en tient à cela, on est toujours dans la bonne voie. »
Henry Miller, Peindre, c’est aimer à nouveau
Épochè : l’épochè 10 désigne la suspension du jugement, des préjugés, des présupposés, des « je sais »… Chez Husserl et dans la phénoménologie, l’ épochè désigne la « mise entre parenthèses » de la thèse naturelle du monde, c’est-à-dire la croyance à la réalité extérieure du monde. Mais il ne s’agit pas du tout de douter de la réalité du monde. Cette mise entre parenthèses a pour but de ne laisser que le phénomène du monde, qui est une pure apparition, et qui n’affirme plus la réalité de la chose apparaissant.

Cas pratique
À l’occasion d’une séance de formation au coaching gestaltiste
Je propose aux stagiaires de réaliser des trinômes :
un coach ;
un coaché ;
un observateur.
Le coach se contente de dire au coaché « simplement » ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il perçoit. Cette expérimentation s’avère difficile, car nouvelle et exigeante. Mais elle s’avère aussi riche d’enseignement car elle permet d’être au plus proche de l’expérience du coaché, le coach ne cherchant pas à « savoir pourquoi » ou à mettre trop vite du sens sur ce qui est en train de se passer.
Confiance dans le ressenti et implication contrôlée : le Gestaltiste a confiance dans le ressenti de son client et dans son propre ressenti car celui-ci est ancré dans la situation. Une grande partie de l’art du Gestaltiste va être de partager son ressenti : à quel moment partager son ressenti avec son client ? Comment ? Avec quelle intentionnalité ? Bien entendu, son implication demeure contrôlée et il n’exprime pas tout ce qu’il ressent… mais tout ce qu’il exprime, il le ressent 11 . Le chaos généré par l’expression de mon ressenti peut engendrer de la peur. Mais le processus s’accompagne de la sécurité de la nouvelle invention qui se crée par l’expérimentation (PHG). Le « dévoilement » du Gestaltiste est une des spécificités de la posture gestaltiste.

Cultiver l’incertitude : Frank Staemmler 12 invite le Gestaltiste à cultiver l’incertitude, qui devient un aspect de son système interne de soutien pour son client. Cette posture peut être déstabilisante pour le Gestaltiste, mais elle permet une réelle ouverture à la nouveauté et facilite le mouvement vers du différent et du développement. Un des critères qui permet de baliser la voie vers la nouveauté est l’étonnement, du coaché et du coach !
Pour cerner ce que le développement recouvre dans la théorie gestaltiste, il faut retourner à la notion de « sécurité » : la sécurité, c’est la confiance en un soutien ferme, confiance qui proviendrait de l’expérience précédente qui a été assimilée et du développement qui a été accompli, sans situations inachevées (PHG). La sécurité n’est pas le château fort dans lequel je reste caché à l’abri d’un éventuel danger, mais le chemin et les inventions qui se créent à travers les rencontres.
La sécurité ne consiste pas à se protéger et à préserver les anciennes habitudes, mais à « franchir le seuil » du savoir tout-puissant et à s’engager pleinement dans l’action, le mouvement, la confrontation, le conflit, la passion, ce qui permet à l’arrière-plan d’être stimulé et énergétisé afin qu’une forme nouvelle émerge, ajustée à la situation. Il s’agit de ne plus compter les yeux fermés sur ce qui ressemble au passé, sur ce qui rassure apparemment, mais de créer la confiance à travers la focalisation sur le processus en cours. Au-delà de la peur initiale (de blesser l’autre ou d’être blessé par l’autre, par exemple), il s’agit de faire l’expérience que, dans un rapport à l’autre, la différenciation assumée et pleinement vécue est source de créativité.
Dans la pratique des arts martiaux, la transmission de la posture s’effectue traditionnellement par les kata, littéralement la « forme », c’est-à-dire une séquence composée de gestes. Les critères permettant d’apprécier la justesse du kata sont :
le relâchement du corps, qui permet la puissance dans la décontraction ;
la mobilisation de l’énergie, le ki, qui sera différente en fonction des sensations corporelles vécues par le pratiquant, en interaction avec un partenaire réel ou imaginaire ;
la souplesse des gestes favorisant le kimé, qui désigne l’intensité de l’énergie, et le kiai, qui signifie l’union de l’énergie, au moment du plein contact avec le partenaire ;
shin, wasa, tai : l’unité de l’esprit, de la technique et du corps.
L’ici et maintenant, dans la pratique des arts martiaux, est incontournable ! Par ailleurs, comme pour le karaté-do qui signifie la voie (do) de la

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