Dialogues avec l’Animal et le Vivant - Les animaux ne nous regarderont plus comme avant
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Description

L’animal nous remémore l’essence de qui on est véritablement, il a énormément à nous apprendre. Il pacifie, il soulage, il éveille. En partant de ce constat, l’association TAAC (The Animal Alliance Channel) a pour vocation d’amener l’Humain à porter un nouveau regard de gratitude sur nos compagnons et le Vivant. Les témoignages, ici, sont troublants. Un panel de spécialistes (scientifiques, éthologues, philosophes, journalistes, communicatrices animalières) témoignent en relatant leurs échanges tant avec les animaux sauvages que domestiques. L’expérience de la médiation animale en prison a montré par exemple que même les criminels peuvent retrouver leur part d’humanité, grâce au contact avec l’animal, qui ne juge pas. Les perspectives offertes par à la communication inter-espèces sont multiples. Cette forme de communication subtile est accessible à toute personne qui souhaite entrer en contact avec les différentes formes de vie sur terre. En nous reliant au Vivant, nous avons la possibilité de réveiller notre intelligence émotionnelle, la seule capable de communiquer avec les animaux, les plantes. Cette connexion amène de nouvelles interrogations sur le monde vivant qui nous entoure. Quels droits accorde t-on réellement aux animaux et au végétal? Quelle éducation instaurer pour nous reconnecter à notre intuition? Une prise de conscience s’élève au sein de la population pour reconnaitre que l’espèce animale et la Nature sous toutes ses formes apportent bien-être et équilibre.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 juin 2019
Nombre de lectures 40
EAN13 9782840586531
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0600€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Titre
Intuiteurs sans frontières
Dialogues avec l’Animal et le Vivant
Les animaux ne nous regarderont plus comme avant










Le Souffle d’Or
5 allée du Torrent – 05000 Gap (France)
www.souffledor.fr
Collection La huppe
Remerciements
POUR CET OUVRAGE
Merci à Bénédicte Fumey, maître d’ouvrage, pour l’initiative de ce livre, la direction et la coordination de l’ensemble des acteurs et contributeurs de cet ouvrage.
Merci à Caroline Brasseau, maître d’œuvre, pour son rôle de chef de projet, son long et précis travail de retranscription et d’adaptation de toutes les contributions.
LORS DE NOTRE ÉVÈNEMENT À L’ORIGINE DE CET OUVRAGE
Un grand merci à tous les bénévoles qui ont accueilli nos invités pendant les deux jours de cet évènement : Marina Miroglio ; Francine Waterkeyn ; Michèle André ; Johanna Beganton ; Laurina Tynevez ; Magali Carel ; Maxence Nail ; Victoire Robineau ; Marie Seguigne ; Serena Tacheau.
Une gratitude immense également pour toutes celles et tous ceux qui nous ont soutenu dans l’ombre, à la réalisation des Dialogues avec l’Animal.
Reconnaissance aux animaux
Les animaux ont été les inspirateurs et les guides qui ont conduit à la création des Dialogues avec l’Animal. Ils ont ­commencé leur œuvre en 2008, lorsque l’association TAAC a été créée par Romain Brasseau et Sylvie Robert, portés par une vision en résonance avec celle du Dr Albert Schweitzer : « Tant qu’il n’étendra pas le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’Homme ne trouvera pas la paix ».
Notre vision est née d’un constat en 2004. À l’époque, la cause animale souffrait d’un déficit de crédibilité. Il était courant d’entendre : « Mais pourquoi vous consacrez-vous aux animaux alors qu’il y a tant à faire pour les humains ? » À force de devoir répondre à cette question récurrente, il est apparu que nous devions donc nous-mêmes, en amont, répondre à une question : comment donner une nouvelle dimension à la cause animale pour éveiller la conscience d’un large public ?
La réponse devint une évidence : changer le regard de ­l’Humain sur les animaux. Comment ? En reliant la cause de l’Humain et celle de l’Animal, c’est-à-dire en montrant la relation mutuellement bénéfique que l’Humain et l’Animal peuvent développer. Nous avons donc décidé de nous consacrer à mettre en lumière la médiation animale.
Acte I – Les animaux médiateurs
En 2009, une rencontre marquante avec Patricia Arnoux, fondatrice de l’association EVI’DENCE et intervenante en médiation animale auprès de publics fragilisés et isolés, nous a conduits en prison où nous avons découvert les pouvoirs insoupçonnés de l’Animal auprès des détenus : l’Animal capable de diminuer la violence et de pacifier les relations entre les individus ; l’Animal capable de soulager et d’apaiser le sentiment d’isolement des détenus ; l’Animal capable de réveiller la conscience de détenus de longues peines, présentés comme perdus pour la société, en leur permettant de « retrouver leur part d’humanité ».
Au contact de Patricia et en observant l’impact des animaux médiateurs sur ces humains enfermés, la vision de TAAC s’est précisée : les humains ne pourront peut-être pas sauver les animaux mais les animaux pourront sans doute sauver les humains. La mission de TAAC est devenue une évidence : contribuer à humaniser le monde avec l’Animal en développant des projets qui mettent en lumière la participation des animaux à notre humanité.
Acte II – Les animaux messagers
Nous découvrons en 2008, avec Laila Del Monte, l’existence des communicateurs animaliers. Laila va nous permettre d’entrevoir une dimension méconnue de la communication entre les humains et les animaux. Les capacités intuitives et télépathiques qu’elle a développées pour communiquer avec les animaux, et qu’elle souhaite mettre au service de la cause animale, résonnent avec notre ambition de changer le regard de l’Humain sur l’Animal.
Par ailleurs, Sylvie Robert, cofondatrice de TAAC, a vécu une expérience de relation intime avec des animaux sauvages, en Afrique australe, pour réaliser des photos et des films ­animaliers. Six années passées avec un groupe de meerkats (suricates) dans le désert du Kalahari lui ont permis de vivre, au quotidien, la connexion subtile qui existe entre l’Animal humain et l’Animal non humain. Partager leurs activités du lever au coucher du Soleil, vivre avec le clan les difficultés de la chasse, de la surveillance permanente des prédateurs, de la protection de leur territoire et de leurs petits lui a permis de voir le monde à travers leurs yeux, de changer de point de vue. Ensuite, en découvrant que la communicatrice animalière, Anna Breytenbach, pouvait échanger des informations avec des éléphants en brousse, elle a eu la vision d’une nouvelle voie possible pour faciliter leur cohabitation pacifique avec les ­communautés humaines locales dont ils partagent le territoire. Pour elle, la communication inter-espèces pourrait permettre de guider les troupeaux vers les corridors migratoires mis en place pour éviter les zones de récoltes des fermiers ainsi que les régions propices au braconnage.
Élever sa fille Tippi dans le delta de l’Okavango au Botswana et voyager dans les contrées variées de Namibie et l’Afrique du Sud lui ont apporté l’expérience d’une éducation harmonieuse, la confirmation qu’une connexion naturelle existe entre ­l’humain, la nature et les animaux sauvages. Ses amis au sein du peuple San lui ont révélé « que la place de l’humain se trouve dans la nature, toujours proche de son frère animal ». Les San Bushmen considèrent les animaux comme des personnes, et selon leur hiérarchie, ils se placent eux-mêmes en dessous de la hyène et du chacal. Pour Sylvie, les animaux sauvages, et tout particulièrement les éléphants, ont des messages à nous transmettre sur la place essentielle que nous devrions retrouver au sein du Vivant.
« La leçon la plus importante que j’ai apprise est peut-être qu’il n’y a pas de mur entre les humains et les éléphants, à part celui que nous mettons nous-mêmes. Jusqu’à ce que nous laissions non seulement aux éléphants mais à toutes les créatures vivantes, une place au Soleil, nous ne pourrons jamais être pleinement nous-mêmes. »
Lawrence Anthony, The elephant whisperer
Acte III – Les animaux guides
Romain Brasseau participe en avril 2017 à un stage de découverte de la communication animale avec Corinne Dupeyrat. Il souhaite mieux comprendre ce qu’est cette communication intuitive inter-espèces, entraperçue grâce à Laila Del Monte. Ce stage va bouleverser sa vie (chapitre 1) puisque les informations que Malo et ses deux autres chats lui transmettent vont transformer sa vision du monde. L’univers qu’il perce au-delà du visible – les animaux ont une conscience, un esprit – et le trésor qu’il vient de découvrir doivent être partagés avec le plus grand nombre. Avec Sylvie Robert, il décide de mettre ses ressources et celles de TAAC au service de la création du premier grand évènement consacré à la communication intuitive inter-espèces. Les ­ Dialogues avec l’Animal sont nés, d’un appel des animaux.
Acte IV – De l’Animal au Vivant
Les animaux humains font partie du règne animal, c’est une connaissance de base en biologie. Si les animaux ont une conscience et qu’il est possible de communiquer intuitivement avec eux de conscience à conscience, les implications éthiques sont immenses, vis-à-vis de tous les animaux, comme nous le rappelle À l’écoute des insectes, les voix de l’infiniment petit . Mais alors jusqu’où va la conscience ?
Bénédicte Fumey rejoint TAAC en septembre 2017. Elle va nous permettre de transformer notre projet d’évènement en ­réalité et nous ouvrir la porte fabuleuse du monde végétal grâce à sa forte implication dans le livre de Cleve Backster, L’intelligence émotionnelle des plantes . De plus, ses expériences de connexion aux plantes maîtresses (dont l’Ayahuasca, Tabac…) et aux arbres sacrés (dont le Ceiba, Lupana…) d’Amazonie, vécues lors d’un séjour au sein de la tribu des Yawanawa (Brésil, Terres ­indigènes dans l’Acre) lui ont permis d’élargir le champ ­d’exploration de la conscience au sein de la nature. À la lecture de son témoignage (chapitre 12), on réalise aussi à quel point notre vocabulaire humain, pourtant riche, est si pauvre pour définir la nature profonde du Vivant et cette toile invisible qui relie tous les êtres sensibles. Humilité.
Introduction Une « espèce » en voie d’apparition ?
On nous prédit l’avènement d’un transhumanisme qui nous entraînerait dans un monde déshumanisé où l’Homme, séparé de la nature et hyperconnecté, addict aux écrans, se couperait alors de sa vraie nature.
L’humain hyperconnecté est déjà une réalité. Maintenant comment va-t-il évoluer ? Vers un techno-humanisme passant par l’intelligence artificielle ou dépassant celle-ci ? Il apparaît que le premier est déjà une réalité. Mais en voulons-nous vraiment ?
Car, même si son corps est augmenté en nanotechnologies, en bio-informatique et en intelligence artificielle, et que le contenu de son cerveau peut bien être sauvegardé, cela signifie-t-il pour autant que sa conscience et son humanité seront augmentées ?
La conscience est ailleurs
Nous en venons au sujet crucial de la différence entre intelligence et conscience, deux notions souvent utilisées l’une pour l’autre.
Dans son ouvrage HOMO DEUS, Yuval Noah Harari nous projette dans un futur baigné d’intelligence artificielle et annonce le découplage intelligence-conscience. Il conclut son ouvrage avec une question : « De l’intelligence ou de la conscience, laquelle est la plus précieuse ? ».
Si l’on considère, comme la science post-matérialiste nous y invite, que notre conscience n’est pas une production de notre cerveau mais un champ non local d’informations dont notre cerveau serait le transcepteur matériel, alors il y a moins lieu de redouter cette intelligence artificielle. Mario Beauregard, spécialiste canadien en neurobiologie, chercheur en neuro­science et agrégé du département de psychologie à l’Université de Montréal – est l’un des représentants de cette science de demain.
Cette hypothèse rejoint celle du scientifique Ervin László, fondateur du Club de Budapest International, l’un des pères de la philosophie des sciences et de la théorie des systèmes. Il travaille depuis plus de 50 ans à mettre en lumière une nouvelle vision du cosmos qui serait un tout organiquement interconnecté en un système cohérent grâce à un champ informationnel reliant l’ensemble des éléments du Vivant, les champs akashiques (de Akasha, qui signifie « espace » en sanskrit).
Intuit’Gen, une nouvelle « espèce » ?
Projetons notre regard plus loin en observant les jeunes générations. La génération internet, connectée au monde par la technologie, est en train de passer le relais à la génération intuitive, également en recherche de connexion au Vivant, explorant les états modifiés de conscience, les thérapies énergétiques, les pratiques chamaniques… Pour cette génération, un monde de plus en plus technologique peut devenir aussi un monde davantage humain. La NetGen est en train de donner naissance à l’Intuit’Gen.
Ouvrant le champ à la communication inter-consciences, ­l’Intuit’Gen serait la nouvelle espèce en passe de protéger les autres espèces menacées, de nous faire franchir un seuil de l’évolution humaine et, peut-être, de faire advenir le véritable transhumanisme, une humanité augmentée et alliée avec ­l’ensemble du Vivant.
Notre contribution
Notre association a souhaité contribuer à cette transformation de l’Humain en organisant un évènement national consacré à la communication inter-espèces, la première édition des ­ Dialogues avec l’Animal , les 6 et 7 octobre 2018 à la Maison de la Radio à Paris.
Cet évènement est le fruit d’une intuition profonde de Romain Brasseau durant l’été 2017, d’un engagement de Sylvie Robert au service de la cohabitation animaux sauvages-humains et enfin de la rencontre avec Bénédicte Fumey en septembre 2017, qui a pris en charge la programmation de l’évènement et la coordination des intervenants et partenaires. Notre équipe s’est engagée corps et âme dans la concrétisation de cet évènement, notamment ­Caroline Brasseau en charge de sa coordination logistique globale.
Cet évènement est l’aboutissement d’un désir, celui de montrer le rôle et la place des animaux, côte à côte avec nous. Cette première édition est consacrée à l’Animal car animaux humains et non humains font partie du même règne.
Cet évènement est aussi notre contribution à l’éthique animale. En découvrant que les animaux portent un regard sur nous, nous serons entraînés à changer notre regard sur eux, sur l’ensemble du Vivant, et à assumer ce qui fait notre différence avec les autres êtres vivants non humains : notre responsabilité vis-à-vis d’eux.
Humaniser le monde avec l’Animal
Chapitre 1 L’appel de Malo
Avril 2017 . Je participe à un stage d’une journée de découverte de la communication intuitive avec Corinne Dupeyrat pour comprendre et me faire ma propre opinion sur cette forme de communication entrevue il y a dix ans avec Laila Del Monte, et plus récemment avec Anna Breytenbach au travers de l’histoire merveilleuse de la panthère noire, Spirit.
Chaque invité a apporté des photos de ses animaux. En présentant à Corinne la photo d’un de mes quatre chats, Malo, je lui pose la question : « Pourquoi tous les soirs, lorsque je suis allongé sur mon lit, Malo vient-il s’allonger sur ma poitrine et me fixe-t-il si longtemps du regard ? ». Après un temps de concentration, Corinne me transmet l’information qu’elle reçoit de Malo : « Avant tout, Malo n’est pas ton chat, et pourtant c’est avec ce chat que tu as la relation la plus intime »… Je sens le sol se dérober sous mes pieds. Je pressens que ma vision de la réalité du monde est sur le point de basculer. Ce que me communique Corinne est exact, et je suis le seul à le savoir…
Cette première communication avec Malo et les suivantes seront bouleversantes. Elles marquent le début d’un retournement intérieur, à la mesure de la traversée initiatique extra­ordinaire que j’ai vécue suite à l’épreuve de la disparition de mon épouse Valérie en 2012. Une nouvelle fois, la grâce m’est offerte de toucher du doigt l’invisible. Cela me rappelle cette phrase de l’incandescente Christiane Singer, qui me guide depuis : « ­L’espoir de l’Homme ne doit plus se porter vers le futur mais vers l’invisible. Seul celui qui plonge vers son cœur comme vers un puits profond retrouve la trace perdue ».
Cette communication intuitive avec Malo met en lumière un phénomène qui relève d’autre chose que de l’intelligence ou de la sensibilité animale. Le voile se lève sur la nature de la conscience, sur la communication subtile inter-espèces, sur la toile invisible du Vivant. Ce chemin se transformera en un sentier de bord de falaise, vertigineux, à travers les expériences que je vivrai ensuite avec deux de mes autres chats, Poutchou, et sa sœur Mignonne.
Mai 2017. Poutchou décède des conséquences de ce que la médecine avait diagnostiqué comme une hyperthyroïdie. Grâce à Corinne, Poutchou me révélera juste avant sa disparition l’autre sens de ses vocalisations excessives – le lien d’attachement qui continuait de l’unir à ma femme défunte – et celui de son départ soudain. Il avait terminé sa « mission ». Mignonne va également me faire vivre une expérience décapante qui dévoilera ces relations subtiles entre le visible et l’invisible. Trois mois seront nécessaires pour que mon mental rende les armes, aussi les larmes, pour que je me résolve à accepter la nouvelle réalité que je vis.
Août 2017. Je suis comme poussé à vouloir créer un évènement consacré à la communication intuitive inter-espèces, les Dialogues avec l’Animal , qui croisera les disciplines et les regards sur cette connexion universelle. Un titre en hommage au livre abrasif des Dialogues avec l’Ange . Cet évènement n’a donc pas été un choix mais un appel des animaux, l’appel de mes chats, qui m’accompagnent depuis si longtemps.
Gratitude à eux, qui m’ont guidé vers une autre vision des animaux, des humains et du monde, et qui m’ont donné la confiance et la force pour mettre toutes mes énergies au service de ma mission.
Romain BRASSEAU
Chapitre 2 Humaniser la prison avec l’Animal
ou
Comment un homme et un Animal réunis dans l’isolement peuvent-ils s’offrir mutuellement une nouvelle vie ?
Un programme de médiation animale mis en place par l’association Evi’dence et mené par Patricia ARNOUX à la Maison d’arrêt de Strasbourg .
Passionnée par la relation humain-animal, j’ai entrepris des études de psychologie suivies d’une formation de comportementaliste. Après m’être initiée à la médiation animale à l’Institut de zoothérapie du Québec, je suis revenue en France ­accompagnée de mon futur collègue de travail, Sunny, un ­Golden Retriever que j’ai suivi pendant 10 ans dans les coursives de la prison.
J’ai mis en pratique mes connaissances avec différentes populations afin de mesurer l’impact de la médiation animale sur des personnes isolées et fragilisées. En 2008, j’ai développé un projet expérimental à la Maison d’Arrêt de Strasbourg (MAS). Accompagnée par l’association TAAC (The Animal Alliance Channel) qui m’a fait le cadeau de la présence d’EVI, une jeune Golden Retriever, cette expérimentation est devenue un programme de formation professionnelle intitulé « Humaniser la prison avec l’Animal ». Ce programme a remporté, en 2011, le 2 e prix Initiative Justice décerné par le ministère de la Justice.
Je me suis ensuite formée à l’intervention systémique à ­l’Institut Gregory Bateson de Paris qui m’a permis de transformer mon regard et ma vision des relations. Après avoir créé l’association EVI’DENCE et co-écrit l’ouvrage Des animaux pour rester des Hommes , je prolonge aujourd’hui ma pratique en touchant du doigt la communication homme-animal.
Sunny, Evi et tous mes autres compagnons m’ont permis de vivre ma passion pour les êtres vivants de toutes espèces et d’exercer mon travail auprès des personnes détenues que je ne veux ni juger, ni excuser… J’ai simplement la conviction que les Hommes gardent toujours au fond d’eux une part d’humanité et de lumière, qui ne demande qu’à s’exprimer. Je pense aussi que les animaux peuvent catalyser cette expression.
Sunny et Evi en sont le plus beau témoignage !
Le contexte
Aujourd’hui en France, ce sont 70 000 personnes qui sont détenues en prison et 80 000 qui en sortent chaque année. C’est aussi 85 % de la population pénale qui réintégrera la société après avoir purgé leur peine. Pour que cela se fasse dans les meilleures conditions et soit bénéfique pour tous, il est souhaitable que tant la personne sortante que la société qui l’accueille fasse un pas l’une vers l’autre…
La première, en amorçant un travail de reconstruction, de reconnexion à soi, à ses valeurs pour ne plus être étrangère à elle-même, ni à l’autre.
Et la seconde, par la modification de son regard sur ces personnes en mettant en lumière la part d’humanité qu’il y a en chacune d’elles.
« Derrière les murs de la prison, les Hommes, même les plus “abominables”, peuvent laisser s’exprimer simplement, sans se cacher et sans honte, leur part d’humanité… »
Témoignage de G. C.
L’Animal réveille les consciences des détenus soi-disant considérés comme « perdus » par la société, qui retrouvent néanmoins leur part d’humanité grâce à l’Animal.
« Vous et vos animaux m’avez emmené vers la liberté de mon esprit. Merci pour ce que vous m’avez apporté tout au long de ces mois les plus sombres de ma vie… »
(Témoignage D., détenu à la MAS)
« La magie a opéré, les visages s’éclairent au passage de Patricia et de ses animaux : chiens, chats, chinchillas, tourterelles, rats, entrent en prison, suscitent l’étonnement, l’émotion, le plaisir. Au-delà des questionnements, les tensions s’apaisent, les personnes se rencontrent, les sentiments s’expriment et permettent à la parole d’être libérée, la confiance en soi redevient possible… »
(Bénédicte BRUNELLE, ancienne directrice de la Maison d’arrêt de Strasbourg).
Le programme
À la maison d’arrêt de Strasbourg, c’est 30 heures par semaine d’Intervention en Médiation Animale (IMA) : groupes de parole animés par les Intervenants en médiation animale en milieu carcéral (IMAC), accompagné(e)s de leurs animaux facilitateurs de communication. Ils permettent d’aborder différents sujets par le biais émotionnel et comportemental. Des passerelles se créent entre l’homme et l’Animal grâce à la prise de conscience émotionnelle de situations analogues.
Le programme « humaniser la prison avec l’Animal », c’est aussi trois locaux installés dans les quartiers des hommes et des femmes, entièrement dédiés à la présence permanente d’une trentaine de petits animaux domestiques adoptés. Pour la plupart d’entre eux, ces animaux ont connu une souffrance et bien souvent ont été abandonnés. Chaque Animal devient le compagnon de soutien d’un détenu dit « référent ». Celui-ci prend en charge et est responsable de son Animal (soins, entretien, nourriture).
Cet accompagnement permet aux personnes incarcérées de se responsabiliser en s’occupant d’un Animal. Il permet également de ré-humaniser les lieux, d’établir des relations respectueuses avec les animaux mais aussi avec ses pairs, de lutter contre l’isolement, de remettre en place des règles sociales souvent inexistantes ou hors normes et de participer entre autres à la lutte contre le risque de radicalisation.
« Avec les animaux, on se sent plus humain … »
(Témoignage de B., détenu à la MAS)
Cette action innovante de médiation animale permet aux personnes détenues d’engager elles-mêmes une prise de conscience et un début de travail personnel au travers de deux processus clés : la responsabilité qu’elles développent vis-à-vis de l’Animal et la confiance que l’Animal leur accorde. Cette démarche leur permet de déclencher une phase de reconstruction personnelle, de les amener à un changement de comportement et de pouvoir résister aux tentatives d’embrigadement qu’elles pourraient rencontrer, par exemple.
« Je ne savais pas que je pouvais être doux, gentil, que je pouvais travailler sur moi-même »
(Témoignage de J., détenu à la MAS)
Ce travail sur le respect de l’autre, sur les représentations, la gestion des émotions et sur l’impulsivité renforce les compétences émotionnelles et relationnelles de la personne qui permettront de diminuer le risque de réitération d’actes violents.
« L’Animal permet de verbaliser ses sentiments, ses émotions, de travailler sur soi et sur les faits qui nous ont amenés à la délinquance … »
(M., détenu à la MAS)
La médiation animale en milieu carcéral :
Pour la Fondation Adrienne et Pierre Sommer, qui soutient cette pratique :
« La médiation animale est la recherche des interactions positives issues de la mise en relation intentionnelle Homme-­Animal dans le domaine éducatif, social, thérapeutique et de la recherche ».
De surcroît, dans un milieu fermé et totalement déshumanisé, la rencontre d’un Homme et d’un Animal, permet d’amplifier ces interactions positives.
L’Animal est un facilitateur relationnel , un catalyseur, un médiat vivant…
À la MAS, quand il rentre en relation avec une personne, l’Animal permet de créer un lien de confiance avec le détenu grâce à son authenticité dans la relation et son non-jugement. Il facilite le dialogue et aide la personne à trouver ses propres outils et à démarrer un travail sur soi…
En prenant soin d’un Animal en souffrance, le détenu apprend la maîtrise de soi et la responsabilité, il prépare sa réinsertion.
Le symbole est fort : les détenus jugés pour avoir fait du mal à autrui, s’occupent ici de victimes…
Comme ce petit chinchilla, maltraité et abandonné que j’ai recueilli et confié à une détenue. En quelques semaines, leurs comportements ont changé : le chinchilla est devenu plus affectueux, moins sauvage et a repris confiance en l’humain et cette femme s’est « réaccrochée » à la vie… Tous les deux pansent leurs blessures respectives et se reconstruisent ensemble.
« Vous m’avez appris le respect des êtres vivants »
(Témoignage de T., détenue à la MAS)
Par ailleurs, l’Animal va provoquer des réactions au sein du système relationnel, et en avoir lui aussi en retour…
En effet, il fait partie de ce système qu’il va modifier et ainsi créer, avec les autres éléments de celui-ci (bénéficiaire et intervenant), un cercle vertueux.
Adopter une vision systémique, ce n’est pas modifier la réalité, c’est transformer son regard ; l’Animal modifie les inter­actions avec les autres mais également la vision de l’humain sur lui-même d’une part et sur l’Animal d’autre part.
Osons alors parler d’Animal systémique !
Certains détenus créent une relation, mais aussi une connexion particulière avec les animaux grâce à une communication subtile entre eux. J’ai aussi expérimenté ce « dialogue » au quotidien, avec mes propres compagnons de route, notamment mes chiens Sunny et Evi ainsi que mon chat Pistache, puis au cours de mes séances de travail où mes collaborateurs à quatre pattes me « donnaient » des informations facilitant mes entretiens avec les personnes détenues.
Quelques exemples me viennent à l’esprit. Alors que j’étais en face d’une situation de grande tension entre deux clans opposés, sans solution apparente, sans échanges verbaux possibles pour de multiples raisons, Sunny a vite compris que j’étais démunie devant ce qui se passait. Il est alors parti se coucher entre les deux camps ! Après quoi, un des leaders a parlé pour la première fois, au lieu d’en venir aux mains ! Ma demande d’aide « invisible » a été entendue par Sunny et a permis d’apaiser cette situation. Également mon chat, Pistache, qui m’indiquait les personnes ayant besoin d’un accompagnement en s’installant sur leurs genoux.
Mais cela se passait plus au niveau de la communication non verbale, émotionnelle, comportementale…
Les outils actuels permettent d’interpréter les postures et les signaux de nos animaux partenaires en médiation, renseignent sur leur état émotionnel et physique du moment, mais j’ai voulu aller encore plus loin que cet aspect « codifié » car cette interprétation restait une réponse insuffisante à mes questionnements… Communiquant déjà de manière intuitive, j’ai voulu approfondir mes ressentis et mes interrogations en me formant à la communication inter-espèces. En effet, l’Animal participe à tous ces bouleversements, à ces moments d’émotions, à ces rencontres, mais finalement, en dehors du respect de leurs besoins fondamentaux dont j’ai toujours fait une priorité, un nouveau questionnement se pose à moi : l’Animal est-il d’accord de participer aux missions qu’on lui donne ? Est-il prêt à collaborer ? Qu’a-t-il à nous dire ?
« Donner la parole aux animaux », créer un lien, capter leurs messages et même dialoguer avec eux, conduira, j’en suis convaincue, à cette alliance et ce respect du Vivant, essentiels à notre évolution d’être humain… En découvrant le regard que les animaux portent sur nous, j’ai aujourd’hui la conviction qu’il nous faut changer notre regard sur eux et nous tourner vers ce monde invisible qui nous permet de communiquer autrement.
Ainsi nous pouvons penser que l’Animal relationnel, puis systémique, est aussi « Animal nourriture spirituelle »…
Pour conclure, revenons à notre programme, encore audacieux il y a quelque temps, qui entre aujourd’hui dans sa phase d’essaimage sur le plan national et qui porte avec lui toutes les valeurs qui sont propres à Evi’Dence. En mettant la ­communication inter-espèces, l’Animal, l’humain et la relation qui les unit au centre de notre action, nous voulons, dans sa mise en œuvre, contribuer au réveil des consciences.
« Cette rencontre avec les animaux permet une ouverture sur soi et sur les autres ;
ces interventions donnent à l’esprit d’autres perspectives ».
F., détenu à la MAS
Pour ce faire, nous allons nous entourer d’intervenants en médiation animale formés à ce métier qui intégreront, en partenariat avec les intuiteurs sans frontière, un volet « communication inter-espèces ».
Merci aux animaux de participer à notre humanité…
Patricia ARNOUX www.evi-dence.fr
Communication par la conscience
Chapitre 3 Le monde animal – animateur thérapeute ?
LE MONDE ANIMAL SERAIT-IL « L’ANIMATEUR-­THÉRAPEUTE » nous permettant de retrouver la sensibilité, voire tout simplement, l’identité sacrée de l’être humain dans toute sa dignité ?
Cette fabuleuse rencontre autour des Dialogues avec l’Animal semble avoir ré-ouvert des portes d’accès à l’âme de la Terre, ce champ d’énergie morphogénétique qui nous informe et nous guide au cours de toutes les aventures initiatiques que l’on vient vivre sur notre belle planète depuis la nuit des temps.
Ce réveil de la conscience des liens qui nous unissent au monde animal, dans toute sa diversité, est le reflet de l’éloignement d’avec lui qui s’est mis en place progressivement, jusqu’à la rupture expliquant actuellement cet élan venant combler les vides affectifs de nos âmes voilées en quête d’amour naturel.
On a constaté souvent que l’affinité qu’il y a entre une personne et un Animal correspond à une nourriture affective qui pourrait s’inscrire dans un cadre thérapeutique. On a défini des liens existant entre le système endocrinien et certains animaux comme, par exemple, le porc connecté à l’énergie de la terre, le règne minéral, qui va stimuler les glandes surrénales réceptrices de l’énergie magnétique du lieu où l’on vit.
Au même titre, la vache, Animal sacré est en lien énergétique avec les gonades, glandes de la reproduction, le monde de l’eau, de la transmission de la Vie, le règne végétal.
Le cheval et l’âne sont des animaux d’un grand potentiel thérapeutique car ils sont en rapport avec le pancréas, la glande du monde émotionnel, élément feu, qui gère notre énergie de vie en fonction des événements au quotidien. Tous les chocs émotionnels traumatisants ont un impact sur le fonctionnement du pancréas, qui peuvent aller jusqu’au blocage de la sécrétion de la pancréatine, hormone de régulation du bon développement cellulaire risquant ainsi le déclenchement de maladies graves. Il ne s’agit pas nécessairement de « faire de l’équitation » mais seulement d’être à proximité du cheval ou de l’âne avec empathie en le brossant, le câlinant en s’allongeant sur son dos dans une détente parfaite.
Et puis, les différents troubles mentaux, identitaires, en lien avec le thymus, cette petite glande qui stimule l’organe cœur peuvent être apaisés, améliorés en présence de la brebis ou de la chèvre ; par exemple, suite à des ambiances chaotiques déstabilisantes, générant des pertes de repères, comme les vaccinations. Ces animaux en lien avec l’élément air vont avoir un effet : apaisant avec la brebis et dynamisant avec la chèvre. C’est le principe de l’épigénétique qui montre l’importance de l’ambiance extérieure pouvant avoir un impact sur les gènes à l’intérieur d’une cellule, processus très bien décrit dans le livre de Bruce Lipton, La biologie des croyances .
Mais comment la communication est-elle possible entre un Animal et un humain ?
Sur le plan biologique, les cellules animales et humaines sont constituées d’éléments similaires permettant la réception de messages comme des ondes radio, de type télépathique grâce aux centrioles constitués de 90 % de cristaux de silicium, métal indispensable pour toute forme d’outil de télécommunication.
La condition nécessaire au bon fonctionnement de ces échanges est la cohérence. Ce qui signifie que la fréquence vibratoire de l’émetteur doit être la même que celle du récepteur. Cet état de cohérence s’obtient par la paix intérieure, la connexion avec soi-même et l’empathie avec le récepteur.
Il faut dire que tout au long du siècle dernier sont apparus des outils de télécommunication artificiels qui progressivement ont occulté tout autre moyen de correspondre dès la petite enfance, qui, en plus des guerres successives, des vaccinations et du mode de vie « moderne » ont insensibilisé une majorité de gens. En parallèle, s’est développée l’exploitation de notre Mère Nature par l’industrialisation aussi bien du règne minéral avec, entre autres, l’approvisionnement en uranium des centrales nucléaires, que du règne végétal avec les OGM, les grandes productions en monocultures chimiques ainsi que les grands élevages d’animaux hors-sol dans une extrême souffrance.
Sans oublier la destruction de l’ensemble de la vie dans les mers et les océans, garants du cycle de l’eau, pour une consommation totalement injustifiée de la faune marine. Dans son magnifique livre publié il y a déjà plus de 25 ans Le cinquième rêve , Patrice Van Eersel cite une légende amérindienne qui relate l’apparition du monde grâce au Grand Esprit qui fit le premier rêve, celui de la lumière. Cette lumière rêva le caillou duquel est apparu le cristal qui rêva la fleur, de laquelle est arrivé l’arbre. Celui-ci désirant se déplacer rêva le ver de terre qui à son tour rêva la baleine qui, elle, rêva l’Homme. L’Homme serait donc une émanation de la lumière qui, de rêve en rêve est devenu ce qu’il est, une synthèse des différents règnes : minéral, végétal, animal mais surtout le rêve de la baleine, « cette montagne de musique » qui régna très longtemps sur le monde, et ce rêve est toujours en cours de réalisation.
La question qu’il est urgent de se poser, comme le rappelle l’auteur de ce livre, est : que se passerait-il, si par une « folle » inconscience, nous éliminions la dernière baleine qui nous permet d’exister grâce à son rêve ? Est-ce qu’actuellement l’ensemble du règne animal exprimé par le chant de la baleine n’émettrait pas des messages d’urgence pour nous alerter sur la disparition extrêmement rapide de ce rêve ?
Est-ce que les êtres humains qui ont conservé ou retrouvé leur sensibilité naturelle, captent plus ou moins consciemment ces messages d’alerte émis avec de plus en plus de puissance et d’insistance ?
Il est donc urgent de communiquer avec le peuple animal avec sérénité, en redécouvrant notre propre fonctionnement, notre souveraineté individuelle, notre capacité d’émettre des pensées, des messages télépathiques venant du cœur avec pureté et baignés d’amour ?
L’Animal nous « nourrit » quand il est vivant et nous « alourdit » quand il est mort. Et comme le disait si bien Léon Tolstoï 1828-1910 :
« Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille »
C’est grâce à ces formidables rencontres engendrées par cet événement, la présentation des réalisations en cours, des projets concernant la réhabilitation du monde animal au sein de notre société, que l’on peut être optimiste. Les relations homme-animal semblent être prises en compte par un grand nombre de personnes conduisant à une réflexion sur le monde du Vivant en général et sur des prises de conscience nouvelles dans l’urgence à changer les bases mêmes du fonctionnement de notre société.
Souhaitons que ces messages d’espoir trouvent écho concrètement dans notre mode de vie au quotidien afin de ne plus être complices de l’anéantissement du « cinquième rêve ».
Jacques ANTONIN www.etre-souverain.com
Chapitre 4 Vers une spiritualité laïque
Les maux dont souffre notre monde contemporain proviennent largement d’un manque de spiritualité véritable, non pas une religiosité nourrie par la « crainte de Dieu » mais un véritable sens de la transcendance par lequel l’individu se sait relié à tout ce qui est. Un tel individu a complété le processus d’individuation jungien, qui se distingue et s’oppose même au processus d’individualisation encouragé par nos sociétés modernes. Une telle spiritualité élève, au contraire du sentiment religieux qui trop souvent écrase, dans une logique de « soumission » à Dieu. Il ne s’agit pas non plus de « développement personnel » puisque c’est bien la dimension transpersonnelle qui doit être atteinte. Il s’agit donc encore et toujours de découvrir et vivre selon sa nature véritable, ce qui transforme notre relation à « la nature » au sens large, au Vivant dans son ensemble, et à nos semblables en particulier.
Distinguer voies religieuses, initiatiques, spirituelles
De nombreuses voies existent pour se relier à la Source. Dans les voies religieuses, cette reliance s’effectue par un acte de foi. Bien que ce mot renvoie davantage à la notion de confiance qu’à celle de croyance, on retient en général ce second aspect comme dominant. La croyance religieuse est dès lors la reconnaissance d’une autorité et l’adhésion à un système de dogmes et de préceptes en vue de gagner le salut.
D’autres voies en Occident sont les voies dites ésotériques ou initiatiques, selon une démarche consistant à se connaître par un travail d’exploration intérieure qui conduit à une élévation parce qu’il est compris que la Source est présente en soi-même. L’initié vise une transformation intérieure, une métanoïa, qui est l’équivalent d’un éveil spirituel dans d’autres traditions. Dans la religion, l’être est fondamentalement distinct et séparé de Dieu, et doit chercher éventuellement à « s’unir » à lui, ce qui constitue la voie mystique. La recherche de cette union présuppose la séparation.
Dans la voie initiatique ou gnostique, qui a pris de nombreux visages, il s’agit de retourner à une plénitude qui a été perdue lors de l’incarnation. Les spiritualités orientales offrent d’une certaine façon une troisième voie dans les courants qui ressortissent à la « non-dualité », que l’on retrouve notamment dans l’hindouisme (Advaïta Vedanta), le bouddhisme (Dzogchen) ou le taoïsme. Ces voies non-duelles recommandent d’entrer dans un processus qui tient de la compréhension, de l’acceptation et d’un certain renoncement. Il s’agit de renoncer à s’identifier au corps et au mental, pour reconnaître que nous ne sommes que conscience pure. On parle de non-dualité parce que la relation sujet-objet disparaît pour laisser place à une expérience de conscience dans lequel ce-qui-perçoit ne fait qu’un avec ce-qui-est-perçu.
Pourquoi une spiritualité laïque ?
Si une spiritualité pour le xxi e siècle peut contribuer à changer le monde, en changeant les individus, elle ne peut avoir qu’un caractère universel qui transcende les religions instituées. La spiritualité laïque dont il s’agit ici se distingue d’une spiritualité athée qui est le sens que lui donnent certains philosophes ­contemporains qui entendent la spiritualité comme la « vie de l’esprit », au sens philosophique, qui se réduit à l’intellect et rejette toute notion de transcendance. Or, spiritualité désigne au contraire une véritable reliance à une Source transcendante, l’épithète laïque signifiant seulement qu’elle peut s’exercer en dehors de tout cadre institué, culturel ou historique, parce qu’elle renvoie à notre nature même. La laïcité est un principe de séparation des pouvoirs de l’Église et de l’État, un respect des croyances et non-croyances et une liberté de conscience.
La spiritualité laïque est un concept englobant dans lequel toute démarche spirituelle authentique, religieuse, initiatique ou autre, a sa place. Allons-nous vers le chaos ? Faut-il laisser faire ? En tout cas l’illusion du « c’était mieux avant » ne tient pas. Jung écrivait en 1936 que « Le monde est dans un état épouvantable mais il en a toujours été ainsi ». On sait ce qu’il est advenu juste après, de sorte que le pire est toujours possible. « Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade », disait Krishnamurti. À quoi renchérit Nikola Tesla : « Si vous vous sentez inadaptés à ce monde, c’est que vous êtes venus en créer un nouveau ».
Les mythes du sauveur ou du héros ont fait leur temps, c’est pourquoi il faut aussi écouter Gandhi quand il dit qu’« il faut être le changement que l’on veut voir dans le monde », c’est-à-dire incarner pleinement ce changement. On mesurait autrefois le Quotient Intellectuel et on l’associait à la valeur sociale d’un individu, puis on a parlé de « quotient émotionnel » pour introduire une dimension plus yin, plus féminine, mais c’est aujourd’hui le « quotient spirituel » qui doit faire la différence.
Un modèle ultra-matérialiste et ultra-individualiste
Nous sommes en Occident sous l’influence d’un modèle ultra-matérialiste largement inspiré par l’Amérique. C’est une pensée pragmatique, fondée sur la toute-puissance de la raison, et qui valorise l’individualisme. Ce modèle est né du fantasme technocratique et de l’idéologie ultra-individualiste nourrie en particulier par la pensée d’Ayn Rand, peu connue en dehors des États-Unis. Sa philosophie, « l’objectivisme », n’est rien d’autre qu’un retour de balancier depuis le collectivisme extrême dont elle a subi la violence dans la Russie bolchevique de 1917.
L’Europe et la France en particulier ont le rôle d’apporter les fondements rationnels à une pensée métaphysique qui retrouve le sens de la dimension universelle de l’homme, et en particulier de l’interdépendance universelle qui est avant tout un concept central du bouddhisme. Ces fondements existent et sont nombreux à la fois en science et en philosophie.
Certains ont parlé de coming-out spirituel, et il faut en effet contribuer à cette contamination douce qui est aussi une révolution et un éveil des consciences. Même si l’expérience du spirituel en elle-même reste de l’ordre de l’intime, du difficilement communicable, il faut assumer ses convictions car l’heure n’est plus à la demi-mesure ou aux atermoiements, et il est aussi possible d’essaimer ; non pas chercher à convaincre mais amener à réfléchir, parce que l’impulsion doit venir de la personne elle-même.
Être en recherche spirituelle est en soi un paradoxe, puisque beaucoup d’enseignements nous disent que la fin de la recherche, c’est trouver ce que l’on avait déjà, ce qui était déjà là, en nous. La situation que nous vivons ressemble à celle du début du xx e siècle : nous risquons une nouvelle crise financière majeure et ne sommes pas à l’abri d’un nouveau conflit mondial.
À la fin du xix e siècle et au début du xx e , les mêmes questions fondamentales se posaient sur la nature de l’esprit, la réalité de l’âme, l’universalité de l’être. Et de grandes figures ont porté un message d’universalité des religions qui annonçait la spiritualité d’aujourd’hui, ou du futur.
Tout ceci a été réduit à néant par les événements des premières décennies du xx e siècle. En 1893 s’est tenu un parlement mondial des religions à Chicago, en marge de l’Exposition universelle.
Celui qui a le plus marqué les esprits n’était pas invité, car il était inconnu. Vivekananda était un mystique hindou, disciple de Ramakrishna, et un homme de savoir. Il venait d’une tradition spirituelle, l’advaïta, où l’on doit se libérer soi-même, mais il voulait aussi libérer le monde, et la science faisait partie de ce projet. Il s’est rendu de lui-même à ce parlement, et il a grandement séduit les auditoires en parlant de sa tradition mais aussi d’un évangile universel. Il ne prônait pas pour autant la disparition des religions mais en quelque sorte leur dépassement. Il expliquait également que le matérialisme est un mal nécessaire, car vouloir éveiller les masses sans les sortir d’abord de la misère et de l’ignorance ne servait à rien, car « la connaissance sans l’action est stérile et l’action sans la connaissance est aveugle et fruste ».
Ces fruits du matérialisme sont donc un bienfait. Ainsi le matérialisme lui-même ne doit pas être condamné et combattu, mais intégré et dépassé. Il s’avère que la compétition qui est à la base du projet libéral est en fait contre-nature. Dans la nature, la coopération est la règle et la compétition est l’exception. Études scientifiques à l’appui, il a été montré sans ambiguïté qu’il y a, entre les espèces végétales en particulier, coopération en période de pénurie de ressources et compétition seulement en période d’abondance, sur de courtes périodes, car la compétition est délétère à moyen terme.
Au-delà de la tolérance
Après Vivekananda, Krishnamurti a expliqué que le fait de se revendiquer d’une religion est une forme de violence en soi, parce qu’elle distingue l’autre, quand elle ne l’exclut pas purement et simplement. La tolérance à laquelle on appelle entre les religions ne suffit pas parce que c’est une acceptation a minima de l’autre, c’est « accepter ce que l’on réprouve ». Ce n’est donc pas de tolérance dont nous avons besoin mais de fraternité, ce ­troisième pilier largement oublié de la République française. ­Krishnamurti a d’abord été désigné comme le nouveau messie par la société théosophique et a été éduqué dans cet esprit. Il a fini par rejeter toute forme de messianisme et de révélation, pour rompre avec la théosophie et enseigner une spiritualité libérée de tout cadre, prônant également un dialogue fécond avec la science et une sorte de troisième voie entre croyance et matérialisme.
L’idée d’une part universelle dans toutes les religions se trouvait toutefois dans le projet initial de la théosophie et il était largement question à cette époque de trouver cette espèce de tronc commun à toutes les traditions spirituelles. La notion d’unité fondamentale se retrouve dans les traditions d’Orient et d’Occident mais l’Orient a encouragé l’expérience directe en développant une science de l’esprit à travers la méditation et des pratiques semblables qui sont un complément parfait au savoir occidental fondé sur l’approche rationnelle.
Il est cependant important de souligner que dans les monothéismes, nous ne sommes pas Dieu, le Créateur est distinct de la créature, et ceux qui ont affirmé le contraire en ont sévèrement pâti. Spinoza lui-même a été exclu de la communauté juive hollandaise pour avoir affirmé très jeune que Dieu est la nature. De cette distinction, qui est une séparation, les monothéismes tirent finalement leur pouvoir et leur raison d’être. Dans les spiritualités orientales, nous sommes l’absolu car nous avons la nature de l’absolu, mais nous l’ignorons parce qu’un voile est tiré devant nos yeux, la maya, et tout le processus de reconnaissance consiste à dissoudre ce voile.
Aujourd’hui, la science arbitre cette intégration en constatant que la prise de conscience de notre interdépendance rejoint des notions comme la non-séparabilité en physique. Le « plérôme » lui-même, qui est à la fois un néant et une plénitude, le lieu de résolution de tous les contraires, en amont de toute manifestation, n’est pas sans analogie avec le vide quantique, qui est en réalité plein d’énergie et d’information. Il faut montrer que ces analogies sont solidement et rationnellement fondées.
Conscience : la nouvelle frontière
La conscience a longtemps été seulement un sujet de réflexion philosophique mais elle apparaît aujourd’hui comme la nouvelle frontière de la science. La question de la conscience est centrale pour comprendre le monde, parce que la conscience est notre expérience du monde. « La conscience n’est pas quelque chose qui apparaît, elle est ce par quoi toute chose apparaît », dit le philosophe Michel Bitbol. Elle est ce sans quoi nous n’avons pas d’expérience du monde. Elle en est la toile de fond, l’écran sur lequel se projette la réalité en trois dimensions. De même que l’œil lui-même est absent du champ visuel, puisqu’il est ce qui voit , la conscience est absente du champ de conscience, mais tout ramène à elle.
C’est ce que Michel Bitbol a appelé l’élision (en référence à Michel Foucault) dans un essai fameux, en préface à une traduction de Schrödinger : L’esprit et la matière . L’élision est l’acte de retirer une voyelle quand on écrit : « l’arbre » et non « le arbre ». Le « e » a disparu, il est élidé, mais l’apostrophe signale et rappelle sa présence. La conscience du sujet est absente, élidée de notre description du monde, mais tout y ramène à elle parce que sans elle il n’y a pas de réalité possible.
La conscience est l’expérience subjective du monde, et la science a exclu le sujet pour avoir une image objective du monde, pour pouvoir décrire des objets qui existent indépendamment de nous et qui ont des propriétés bien définies. Or, la physique quantique a mis à mal ce projet puisqu’il s’avère qu’à l’échelle quantique, les objets n’existent pas indépendamment de l’observation que nous en faisons. Ils n’existent qu’en relation avec un système de mesure et un acte d’observation.
On parle d’interprétation contextuelle ou relationnelle de la physique quantique, qui comprend de nombreuses variantes mais il y a un consensus sur le fait que nous n’avons pas accès à la « chose en soi », au noumène kantien. Ne se révèlent à nous que des phénomènes, des « événements » qui sont en relation constante les uns avec les autres, et avec celui qui les observe, nous évoquant ici encore une analogie forte avec le concept d’interdépendance dans le bouddhisme qui fonde la notion même de vacuité.
La vacuité n’est pas le vide mais l’absence d’existence propre. Dans les expériences de physique quantique, on ne fait ­qu’extraire de l’information qui porte non pas sur l’objet que l’on observe mais sur la relation que nous avons à cet objet en tant ­qu’observateur. La notion d’objet est caduque, et avec elle l’entreprise même d’objectivation du monde. On peut au mieux prétendre à une « objectivité faible », a pensé Bernard d’Espagnat.
La conscience est Une
Erwin Schrödinger, un des pères fondateurs de la physique quantique mais aussi philosophe, a poussé cette réflexion jusqu’au bout et en a tiré les conséquences qui s’imposaient. Suite à l’entreprise scientifique d’objectivation du monde, le sujet a été extrait, et du coup, la conscience est absente du tableau du monde, mais c’est parce que la conscience EST le tableau du monde . Il en a déduit que le collectif de consciences ne forme qu’un, horizontalement et verticalement, à savoir que les consciences sont reliées entre elles et à quelque chose qui les transcende. « La conscience est un singulier qui n’a pas de pluriel », a-t-il conclu. Selon ces points de vue, notre position c’est d’être non pas dans le monde, mais d’être le monde. Il n’y a pas de séparation entre nous et le monde, entre le sujet et l’objet.
En fait, le sujet et l’objet s’engendrent l’un l’autre, comme le père et le fils : en effet, le père ne devient père que quand le fils apparaît. De la même façon, ma prise de conscience de l’objet me fait exister en tant que sujet, mais il n’y a qu’un seul et même mouvement dans deux directions. L’objet et le sujet se font exister mutuellement en un même instant. L’expérience du percevoir est immédiate : le sujet et l’objet naissent et meurent en elle, ils se fondent en elle. Si la réalité ultime ne forme qu’un, toute notion de séparation, de distinction entre moi et l’autre, est une illusion, et le voile d’illusion jeté sur le monde, la Maya, rejoint le concept de « réel voilé » du physicien Bernard d’Espagnat. Nous n’avons pas accès, en tout cas par la raison, à cette unité fondamentale, à cette réalité primordiale, cet arrière-monde, parce que notre perception du monde est limitée par nos sens et par notre conscience ordinaire.
Dans les neurosciences
Les neurosciences butent depuis des années sur le problème cerveau-conscience, ou corps-esprit. Le point de vue dominant est que la conscience émerge du fonctionnement du cerveau. Pourtant, l’éminente neuroscientifique d’Oxford Susan Greenfield a dit que le passage des neurones à la conscience était comme la transformation de l’eau en vin : un miracle. On est donc poussé à adopter un renversement de perspective qui place la conscience en premier ; c’est le paradigme post-matérialiste défendu par certains neuroscientifiques dont en premier lieu le Québécois Mario Beauregard.
On retrouve chez d’autres neuroscientifiques l’idée d’une unité première dans laquelle disparaît la dualité du sujet et de l’objet, comme chez Francisco Varela et son concept d’énaction : « Il y a co-émergence du monde et de notre point de vue situé sur le monde. » Par l’acte de conscience, nous co-créons le monde qui nous apparaît, et une idée émergente dans le monde scientifique est que ce monde matériel serait un hologramme.
Après tout, la matière est constituée à 99,9999… % de vide. Un hologramme est par définition la projection de quelque chose de plus profond, d’un arrière-monde. On peut rapprocher cette idée de l’enseignement essentiel des traditions orientales qui nous disent que ce monde-ci est comme un rêve, soit la projection d’une réalité plus fondamentale. C’est également un point ­important des récits d’Expériences de mort imminente : la sensation de se réveiller d’un rêve, qui est notre réalité matérielle, et aussi celle de « faire un avec tout ».
Aimer le monde pour le changer
Science, philosophie et spiritualité convergent vers cette idée 1 . Nous sommes finalement confrontés au paradoxe de devoir aimer le monde pour le changer car seul l’amour peut le changer. L’aimer, c’est le changer. Cela veut dire qu’il faut l’aimer avec sa part d’ombre et de lumière.
Selon une lecture jungienne, la part d’ombre du monde est la projection de notre propre part d’ombre, à laquelle nous devons nous confronter dans le processus d’individuation. Son rôle est de pointer dans l’autre direction, celle du beau. Une citation des Dialogues avec l’Ange est éclairante : « La lumière ne naît pas des ténèbres mais les ténèbres meurent à la lumière ». Nous n’avons pas à nous focaliser sur l’ombre, les ténèbres, mais tâcher seulement d’y amener la lumière, en travaillant d’abord et avant tout sur soi-même. Le temps n’est que la mesure de cette transformation.
Notre vision du monde est biaisée par une surinformation permanente, alors même que les statistiques nous montrent que la violence est en diminution constante sur la planète sur des échelles de temps longues. Le travail du psychologue de ­Harvard, Steven Pinker, l’a montré pour tous les indicateurs de violence directe comme les morts par conflits armés ou meurtres, mais c’est également vrai pour le nombre de dictatures sur la planète et d’autres indicateurs de la violence globale. Sur un recul de seulement quelques décennies, on peut en revanche constater une hausse de la violence sociale, économique et surtout « ­écologique ». Pour terminer, une étude a montré que l’espérance de vie était corrélée aux interactions sociales, ou « intégration sociale », et aux relations proches, bien avant des facteurs sanitaires.
Cette simple réalité signe l’interdépendance universelle qui est la manifestation de l’unité fondamentale. Une autre étude a montré que les actions non violentes avaient permis de résoudre deux fois plus de conflits que les actions violentes sur une période allant de 1900 à 2006. Y a-t-il une naïveté à délivrer un message de bonté les uns envers les autres ?
C’était en tout cas le sens de la philosophie transcendantaliste fondée par Ralph Waldo Emerson, qui disait que notre situation est comme celle des doigts qui ignorent qu’ils appartiennent à la même main. Il insistait en outre sur la bonté inhérente à l’homme et à la nature.
Pour sa part, Aldous Huxley a déclaré en substance à la fin de sa vie qu’il était « un peu ennuyeux d’avoir passé sa vie à étudier les traditions spirituelles du monde entier et les états modifiés de conscience et de ne rien trouver de mieux à dire que : essayez d’être un peu plus gentils les uns avec les autres. »
Jocelin MORISSON www.jocelinmorisson.fr


1 . Voir L’Ultime Convergence , Jocelin Morisson – Guy Trédaniel éditeur, 2018.
Chapitre 5 Les liens invisibles : communication inter-espèces et métapsychique
Question : Bonjour Mario, pourriez-vous nous dire quelques mots de vous ?
Réponse : Je vis en France depuis un certain temps, mais j’ai des ­origines grecques et américaines. Professionnellement, j’ai une double vie. La première est centrée sur les organisations : dynamiser l’intelligence collective, l’esprit d’équipe, la créativité, l’innovation participative.
Q : Pouvez-vous nous parler de l’Institut Métapsychique International ?
R : C’est ma deuxième casquette : la parapsychologie, mieux connue en France comme la métapsychique. J’y suis impliqué depuis mes études universitaires et j’ai travaillé dans des laboratoires de recherche à New York puis à Princeton. Et depuis vingt ans, je dirige l’Institut Métapsychique à Paris.
Q : Sur quel thème portait votre doctorat ?
R : J’étais dans un département de psychologie expérimentale classique, à l’université Adelphi, mais j’ai pu faire une thèse sur ce que nous appelons la micro-psychokinèse. C’est l’influence du psychisme sur des évènements probabilistes, comme des générateurs numériques aléatoires.
Q : Le résultat était-il intéressant ?
R : C’était une expérience ambitieuse et complexe, avec multiples conditions. Je voulais voir si les fluctuations de deux générateurs aléatoires étaient liées à différents états du sujet, notamment au niveau de son intention et le point focal de son attention. Les résultats, avec au total une cinquantaine de sujets, étaient significatifs et bien intéressants, mais difficiles à interpréter. Par la suite, j’ai adopté des approches de recherche plus simples !
Q : La communication animale est-elle un sujet que vous suivez depuis longtemps ?
R : Je ne m’y suis intéressé que vers la fin des années 90 en découvrant certaines expériences de Rupert Sheldrake, qui a initié un programme de recherche de terrain notamment sur la télépathie entre les humains et les animaux domestiques. Même si c’est évidemment plus difficile de contrôler tous les paramètres sur le terrain que dans un laboratoire, il a suivi un protocole de recherche correct et ses résultats étaient convaincants. Ils ont alors éveillé ma curiosité et m’ont ouvert à la possibilité d’une communication télépathique inter-espèces.
Q : Avez-vous participé à ces travaux ?
R : Pas sur la partie expérimentale, mais plutôt sur la documen­tation. Comme Sheldrake avait procédé en Angleterre, nous avons aussi fait appel à des témoignages en France de ceux qui pensaient avoir vécu un phénomène de télépathie avec leurs animaux domestiques. Évidemment, ces anecdotes ne sont pas en soi une preuve de la réalité télépathique inter-­espèces, mais elles aident à affiner la recherche expérimentale sur le sujet.
Q : N’avez-vous pas eu envie de faire des expérimentations sur des animaux dans votre laboratoire ? Peut-être, pour des raisons de budget ?
R : Entre l’envie et les réalités pratiques, il y a parfois de grands écarts. Prenons, par exemple, une expérience très intéressante faite par René Péoc’h, un médecin français qui explorait l’hypothèse de la psychokinèse animale. Il a choisi de travailler avec des poussins et un « tychoscope », un petit robot qui se déplace aléatoirement et qui laisse une trace de son cheminement sur la table. Péoc’h a fondé son expérience sur l’instinct de l’empreinte, décrit par le biologiste Konrad Lorenz : un poussin nouveau-né identifie la première chose qu’il voit bouger comme sa mère – même s’il s’agit d’un homme ou, dans ce cas précis, d’un robot !
L’expérimentateur a ainsi conditionné les poussins, depuis leur naissance, à s’attacher au tychoscope et le suivre. Par la suite, il a enfermé les poussins dans une cage, et a laissé le tychoscope se déplacer librement devant la cage. Vu que son fonctionnement est strictement aléatoire, il avait les mêmes probabilités de s’approcher ou s’éloigner de la cage. Évidemment, les poussins devenaient très agités quand le tycho­scope s’éloignait et disparaissait hors de leur champ visuel. Mais Péoc’h a constaté systématiquement que le robot ne s’était pas déplacé de façon aléatoire : il avait une forte tendance à rester proche des poussins.
Les résultats, très significatifs, suggèrent ainsi une influence psychokinétique sur les mouvements du tychoscope. C’est une expérience incroyable qui doit être reproduite et approfondie dans bon nombre de laboratoires indépendants pour s’assurer que les résultats sont valides. Nous avons construit notre propre tychoscope à l’IMI, mais avoir un poulailler avec des poussins qui courent à gauche à droite à l’institut ne semblait pas très réaliste ! Nous avons opté pour des tests avec des humains plutôt que des animaux.
Q : Comme vous avez cette machine, l’expérience peut-elle être encore d’actualité ?
R : Elle est tout à fait réalisable, il suffit de trouver le cadre approprié et les chercheurs ayant la formation adaptée pour mener des expériences avec des animaux. Je serais prêt à aider à la mise en œuvre d’une telle expérience.
Q : Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de vous exprimer aux Dialogues avec l’Animal ?
R : Je ne serais pas venu s’il avait été question d’un simple congrès sur la communication inter-espèces, qui n’est pas ma spécialité. Par ailleurs, la possibilité d’un dialogue intelligent entre humains et animaux a déjà été démontrée dans plusieurs contextes. L’un des plus frappants est celui du gorille Koko, qui a développé un grand vocabulaire en langage des signes et qui communiquait avec l’éthologue Penny Peterson avec intelligence, créativité et même humour.
Pour reprendre votre question, si je suis venu à ce congrès, c’est qu’il va au-delà des recherches habituelles sur la ­communication inter-espèces et introduit la possibilité d’une communication sans support sensoriel et sans codes linguistiques communs. Dialogues avec l’Animal s’ouvre aux liens inter-espèces télépathiques.
Q : Y a-t-il déjà eu des recherches sur la communication à distance avec les animaux ?
R : J’ai déjà mentionné les recherches de Rupert Sheldrake. Il a conduit une série d’expériences montrant une relation entre le comportement d’un chien domestique et la décision de son maître, situé à plusieurs kilomètres de distance, de rentrer à la maison. Pour chaque essai, la décision de l’horaire exact du retour était imposée par un système aléatoire contrôlé par une tierce personne, ce qui annule toute explication basée sur une supposée « horloge biologique » du chien.
De plus, vu que le maître et l’expérimentateur étaient situés à une distance entre 7 et 25 kilomètres de la maison, nous ne pouvons pas expliquer les résultats sur la base d’indices sensoriels, par exemple, l’odeur du maître, ou le son, associé à sa voiture. Dans une série, l’expérience a été filmée en temps réel par une équipe de télévision avec deux caméras synchronisées, l’une suivant le maître et l’autre le chien à la maison.

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