Processus d humanisation : devenir et être adulte
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Processus d'humanisation : devenir et être adulte

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Description

S'appuyant sur une longue pratique de la pédopsychiatrie et de la psychanalyse, l'auteur porte un regard sur le processus d'humanisation aux différents étages de la vie. Même si le contexte culturel a fondamentalement changé, les étapes du développement demeurent constantes. Sans proposer ni modèle ni solution, l'auteur invite à une réflexion qui peut aider l'individu dans l'élaboration de sa propre pensée, en s'appuyant sur la richesse de son vécu et de son expérience.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 63
EAN13 9782336268415
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Santé, Sociétés et Cultures
Collection dirigée par Jean Nadal
Peut-on être à l’écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y apporter des remèdes, hors d’un champ culturel et linguistique, d’un imaginaire social, des mythes et des rituels ? Qu’en est-il alors du concept d’inconscient ? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire.
Déjà parus
Anne BLANCHARD-RÉMOND, Psychiatre : plombier de l’âme, 2010.
Nossrat PESESCHKIAN, L’utilisation d’histoires orientales dans la psychothérapie positive. Le marchand et le perroquet, 2009.
Marcelle MAUGIN, Etre psychothérapeute autrement. De l’écoute à la « rencontre », 2009.
J.-C. MEYER et M.-H. GAMBS-LAUTIER, De la psychanalyse à l’haptonomie, 2009.
Michel LOBROT, La puissance des rêves, 2009.
Pierre DALENS (Sous la dir.) L’Unité de l’Eros. Regards sur l’analyse relationnelle de la vie amoureuse, 2008.
Xavier SAINT-MARTIN, L’Appareil psychique dans la théorie de Freud. Essai de psychanalyse cognitive, 2007.
Sara PAIN, Les fondements de l’arthérapie, 2007.
Roland BRUNNER, Narcisse chez le psychanalyste, 2007.
Francis DESCARPENTRIES, Le consentement aux soins en psychiatrie, 2007.
Denise KÜNZI, Accompagner la vie, accompagner la souffrance, 2007.
Pierre ZAMET, À la recherche des besoins perdus, 2006.
Pélagie PAPOUTSAKI, Enfant surdoué, adulte créateur ? 2006.
Jean-Loup CLEMENT, Mon père, c’est mon père. L’histoire singulière des enfants conçus par Insémination Artificielle avec Donneur, 2006.
Alain LEFEVRE, Calédonie mon amour, 2006.
Processus d'humanisation : devenir et être adulte

Jean-Jacques Weisbuch
© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296114012
EAN: 9782296114012
Sommaire
Santé, Sociétés et Cultures - Collection dirigée par Jean Nadal Page de titre Page de Copyright Dedicace Avant-propos En guise de préface 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
A mes parents et à ma famille A François Matteudi Et mes amis, en particulier ceux qui ont eu la patience de m’écouter avec bienveillance
Je remercie particulièrement pour leurs aides et conseils
Eliane Milli Geneviève Weisbuch Jean-Marie Vallet Jean-Jacques Pascal René Saorgin
Avant-propos
Dans cet ouvrage je propose, à partir d’une lecture du vécu, de faire apparaître la cohérence des composants fondamentaux de la vie et la spécificité de la nature humaine, pour en comprendre son rapport avec l’ensemble du monde physique, sensible et visible. En repérant la place que l’homme occupe dans la phylogenèse, j’ai essayé de saisir son inscription dans le temps et dans la durée.
Cette espèce nouvelle a fait émerger la possibilité d’une vie qui échappe en partie aux règles de la nature, en incarnant l’esprit. Il s’agit de l’existence de la pensée, caractérisée par la capacité de représentation consciente de toute chose et rendue possible par la présence et la fonction de la langue. Elle ne pourra exister et survivre que dans la mesure où l’homme devient capable de construire librement les conditions de sa survie et de son épanouissement. L’achèvement après la naissance de cette construction est nécessaire pour chacun des individus. Devenu adulte, il a la responsabilité de construire et d’organiser une société au sein de laquelle il pourra vivre de façon satisfaisante, lui et tous ses semblables.
Notre histoire a commencé par l’émergence de groupes qui partageaient des valeurs communes et ont constitué la base des premières civilisations. Certaines ont rapidement disparu, d’autres ont pu s’épanouir et se développer. Elles en sont le fondement.
En guise de préface
L’existence est pesante. Dès son origine, l’homme a tenté d’échapper à cette réalité. L’aspiration profonde de chaque être est de pouvoir vivre de manière heureuse. Une condition nécessaire, mais pas suffisante, est de pouvoir éloigner le malheur. Mais il doit surtout trouver des satisfactions et l’apaisement. Pour cela, nous ne disposons pas de recette. En effet, la source de satisfaction est tout à fait personnelle.
L’émergence de l’espèce humaine dans la phylogenèse a fait apparaître la possibilité d’une vie qui échappe en partie aux règles de la nature en incarnant l’esprit. Elle n’a pu exister et survivre que parce qu’elle est devenue capable de construire librement la possibilité de sa survie et de son épanouissement. Chaque individu doit pouvoir assurer cette construction, et pour cela réunir les conditions indispensables. Tout n’est pas possible. Le développement individuel est dépendant de l’organisation de la vie du groupe et a rendu absolument indispensable le respect des valeurs de chacun en instaurant des règles. Celles-ci ne sont jamais satisfaisantes. La solidité du cadre sociétal dépend davantage de notre capacité à les admettre et les respecter que de leurs qualités.

Dés l’origine, la proximité géographique des groupes a facilité leur rapprochement et leur alliance et a constitué la première base des civilisations. Certaines ont rapidement disparu, d’autres ont pu s’épanouir et se développer. Elles sont le fondement de notre histoire. Au sein des civilisations, l’homme a pu élaborer des cultures représentant les diversités et les spécificités propres à chacun d’entre nous. Elles furent le berceau d’un travail d’élaboration permettant à l’homme d’intervenir et d’agir pour créer des conditions de vie correspondant à son désir, qui est d’être heureux.

Être heureux et le bonheur semblent très proches. Le bonheur est un moment particulier et ineffable, que chacun espère retrouver lorsqu’il l’a rencontré une première fois, à un moment ou l’autre de sa vie. La première rencontre avec le bonheur se fait le plus souvent au cours de la petite enfance. Expérience et vécu qui laissent une trace profonde, qui sont en permanence attendus et qui constituent le socle de la vie affective. Tout être humain, quelles que soient sa condition, la qualité de son développement, que cette dernière, soit satisfaisante ou non, garde la possibilité de cette rencontre avec l’instant du bonheur. L’absence d’une vie bien construite rend cette rencontre plus aléatoire mais pas impossible.
Je m’adresse en écrivant ces pages à tous ceux qui s’interrogent sur le sens de leur vie. Je ne propose pas de réponse, mais j’ai apporté des éléments qui peuvent aider le lecteur à répondre, en fonction de son vécu et de son expérience, aux questions que je fais émerger. La réponse à ces questions, ne présente jamais un caractère d’urgence et les réalités de la vie quotidienne n’en font pas une priorité. En général, ce questionnement est plutôt dérangeant et plus ou moins consciemment, nous essayons de nous y dérober.
Nous savons tous qu’aucun d’entre nous n’a demandé à vivre, qu’aucun d’entre nous n’a choisi sa famille, ses origines, l’environnement accompagnant sa naissance. La vie nous est transmise et non pas donnée. Elle est le bien le plus précieux que nous ayons. Il nous appartient de la réaliser, de l’accomplir et de la protéger. C’est une caractéristique de la condition humaine. La vie est éprouvante, difficile à assumer. Les difficultés que nous rencontrons, peuvent nous amener au découragement à l’abandon, à la résignation. En dépit de cette éventualité, elle reste la chose la plus extraordinaire et merveilleuse que nous possédions. Nous devons être vigilants et travailler en permanence pour apprendre à en jouir, c’est-à-dire devenir capables d’en faire un bon usage, et non pas d’en profiter. Cela nous impose de l’aimer, de la comprendre, de la respecter et de la protéger.
Je propose à mon lecteur de m’accompagner en lui prêtant mon regard, au cours d’une promenade parcourant l’histoire et la connaissance. Je propose une vision et une mise en perspective qui éveillent la curiosité et suscitent le questionnement.

Dans une première partie, j’ai surtout envisagé les conditions qui permettent d’assurer un développement individuel satisfaisant. J’en décris les étapes, depuis la naissance jusqu’à l’arrivée à l’âge adulte. Il apparaît que les besoins fondamentaux sont invariants. Par contre, la réponse appropriée est diverse, plus conjoncturelle et liée aux cultures. J’ai présenté les outils de réalisation ainsi que les possibilités d’acquisition concernant ce cheminement. La construction de la personnalité s’accompagne d’appropriations incontournables, en particulier de la langue dont l’apprentissage l’usage vat permettre une pensée autonome et personnelle.

Dans une seconde partie, je resitue la langue dans sa fonction principale qui est de rendre possible le processus de pensée qui caractérise l’homme. Elle en est l’outil le plus important pour accéder à son humanité. La langue est le lieu de la représentation consciente de toutes choses réelles ou imaginaires. Je propose une approche en choisissant quelques axes pour mettre en évidence les différents aspects majeurs.
Une troisième partie est consacrée à la place que l’homme adulte prend dans l’organisation de la vie sociétale. Il ne peut le faire que s’il gagne sa vie. Ceci n’est pas un droit, mais une nécessité absolue. Si le profit a une légitimité, il ne peut être envisageable que dans la mesure où le principe de l’accès pour tous à gagner sa vie est respecté. L’adulte ne doit pas renoncer à être acteur de la construction de sa propre vie et de la société dans laquelle il vit, à être citoyen, afin de participer à l’élaboration d’une société humaine et humanisante.
Aujourd’hui, l’importance de la démographie ne permet plus de se redéployer par des mouvements de population et par des conquêtes de territoire. La mondialisation exprime la réalité d’un espace limité. Il doit être organisé pour répondre à la satisfaction de nos besoins fondamentaux. Pour cela, il faut comprendre les lois de la nature et les respecter. Elles s’imposent à nous. Souvent nous proposons des solutions qui ne les prennent pas en compte. Nous feignons alors d’être surpris par le résultat obtenu et son inefficacité. Nous ne devons pas accepter de couper la branche qui nous porte
Nous refusons aussi de prendre en compte le temps mesuré des processus que la nature nous impose. Ainsi, il n’y a plus place pour la réflexion qui ne doit jamais être dissociée de l’action. Nous voulons en temps réel des réponses réactives aux questions posées, réponses en général pré formatées. Ainsi, la procédure se substitue aux processus et à leurs compréhensions. Il me paraît difficile de résoudre les problèmes contemporains si nous n’acceptons pas la discipline de saisir avec objectivité ce qui est, ce que la nature impose de contraignant qui sont les aspects fondamentaux constituant le socle de la construction à réaliser.
1

Le commencement
Aussi longtemps que remonte mon souvenir dans l’enfance, je me suis toujours interrogé sur un certain nombre de sujets fondamentaux et universels, comme la plupart d’entre nous, à savoir : Qu’est-ce que la vie ? Dieu existe-t-il ? Que faisons-nous sur terre ?
Toutes ces questions, que l’on a d’ailleurs l’habitude de qualifier de métaphysiques, sont des questions que l’on ne peut éviter de se poser et dont la réponse reste inaccessible. Elles nourrissent en permanence ce doute dont nous avons absolument besoin pour entrer dans un processus, à la fois d’humanisation et de construction de l’outil qui nous permet de penser, de réfléchir et d’organiser notre action.

La question que je vais essayer de faire apparaitre dans cet écrit, afin d’apporter quelques éléments qui contribueront éventuellement à envisager le début d’une compréhension de l’humain est la suivante : En quoi l’homme est-il spécifique et quels sont les éléments qui le caractérisent ? Que possède-t-il de particulier, que l’on ne trouvera chez aucune autre espèce ?
Si nous nous interrogeons pour savoir quelles sont les espèces chez lesquelles on trouve des plumes, la réponse est exclusivement : l’oiseau. De la même manière, je vais tenter de rechercher ce qui caractérise les êtres humains. Mon propos sera d’envisager les différents aspects de la réponse à cette question.

Depuis la nuit des temps et depuis que l’homme s’exprime, elle a donné lieu à des approches diverses, variées par la forme, et assez convergentes sur le fond. La littérature, la philosophie, les sciences ont chacune apporté une contribution très importante.
Je vais tenter simplement de dire ce que je pense sur ce sujet, en apportant des contributions qui sont à la fois : l’expression d’une pensée revue et corrigée au fil de toute ma vie par une réflexion alimentée à la fois par des considérations et des approches théoriques et par l’expérience acquise au cours de ma carrière de pédopsychiatre et psychanalyste. Avec au fil des jours, le recueil d’éléments qui donnent un éclairage et étayent sa consistance. J’exclurai toutefois une approche sur le mode de la méthodologie scientifique, car chacun des points qui sont soulevés demande effectivement un travail considérable pour pouvoir le placer dans le cadre d’une réponse de nature scientifique.
Mon but n’est pas d’apporter une démonstration de ce type, ni d’être exhaustif à la manière d’un universitaire. Je me contenterai de raconter et de dire ce que je pense. A travers un choix de mots, que j’ai retenus comme particulièrement significatifs, je vais essayer d’approcher la spécificité de la condition humaine.

J’ai terminé une carrière de 40 ans de médecin psychiatre, pédopsychiatre, psychanalyste, et c’est probablement à travers ma vie professionnelle et mes voyages que j’ai pu observer, comme un anthropologue si je puis dire, l’homme dans son fonctionnement, dans son développement et dans les multiples aspects et facettes qu’il nous offre à voir et à regarder.
Cependant, mon point de vue professionnel présentait une particularité, il s’agissait d’abord de repérer les dysfonctionnements ou de répondre à des angoisses, des inquiétudes, des préoccupations, soit de façon directe, parce que le sujet est présent et capable de porter et d’exprimer ce qu’il ressent, soit de façon indirecte pour les enfants car pour partie médiatisés par la famille, les parents et les adultes responsables.
Ce qui a le plus retenu mon attention au cours de ces observations, est le constat de la permanence de la perturbation du cours de la pensée, de son processus ou de son déficit, dans tous les diagnostics retenus. Toutefois chez ces individus la langue assure de façon satisfaisante la représentation. Mais ce qu’elle représente s’éloigne de la réalité et du réel par l’invasion de la subjectivité Certains adultes, souvent n’étaient plus par eux-mêmes capables de porter cette demande d’aide et de compréhension. C’est le constat d’un trouble majeur de la pensée.
Parallèlement à mon activité professionnelle, autant que cela soit possible, je me suis consacré à des activités diverses. Elles ont largement contribué à nourrir ma pensée, en me permettant d’avoir des points de vue nouveaux, et l’accès, à des champs différents, diversifiés et plus larges.
La pratique régulière de la voile m’a fait découvrir la mer et la tempête. J’ai rencontré entre autres, la puissance incommensurable de la nature qui oblige à l’humilité, et rend nécessaire de savoir anticiper et accepter le compromis, ceci grâce à la vigilance soutenue par: « l’attention flottante », ainsi, que de savoir faire, « avec les moyens du bord ». C’est sans doute l’activité qui m’a le mieux, permis, de me connaître.
La pratique de la musique, en particulier, l’orgue m’ont ouvert à la découverte de l’univers de la sensibilité, de l’émotion mais aussi celui de la rigueur. J’ai compris qu’interpréter ; est pouvoir faire une proposition de lecture possible et intelligible d’une œuvre ou d’un discours, qui ne m’appartient pas.
Mes nombreux voyages étaient motivés par la recherche de la découverte de nos racines, de nos origines. J’ai commencé par l’Italie puis la Grèce, ensuite, l’Afrique Noire. Le premier visité fut le Mali et le pays dogon en 1980. Ce fut un choc pour moi qui a complètement bouleversé le regard que j’avais sur le monde. Plus tard, l’Asie fut l’objet de ma curiosité. Ces voyages ont permis la rencontre avec d’autres civilisations, d’autres cultures. De plus, la pratique de la photo a affûté mon regard.
Je dois signaler aussi que la scolarité au cour de mon enfance et de mon adolescence a été tout à fait atypique. Cela a certainement été porteur de conséquences pour ce qui concerne mon devenir. Immédiatement après la guerre ma famille s’installe dans la région parisienne à Aulnay-sous-Bois. Mon père rejoignait sa vie professionnelle qu’il avait dû interrompre pendant la durée des hostilités.
J’ai fréquenté de façon très chaotique l’école primaire. En effet la maladie contagieuse (tuberculose) qui a atteint ma mère a nécessité la dispersion et l’éloignement des enfants, (nous étions six à cette époque âgés de huit à un an), dans des lieux d’accueil pour éviter la contagion. Mon entrée en sixième coïncide avec l’installation de la famille dans une propriété agricole située dans les Hautes-Alpes. Mon père a décidé que mon frère aîné et moi-même participerions aux travaux agricoles, en partie pour des raisons économiques, tout en assurant notre scolarité par le moyen de l’enseignement par correspondance. J’ai fréquenté le lycée de Gap, seulement, pour la classe de première et de terminale. Cette situation m’a privé du contact institutionnel scolaire et d’un contact suffisant avec mes contemporains. J’ai de ces années que j’ai vécu parfaitement libre, en dépit d’une privation de liberté, un souvenir heureux et je ne puis savoir si cet éloignement de l’institution a été préjudiciable.
Aujourd’hui, je ne suis sûr de rien et j’éprouve souvent un vertige, devant, ce qui est le plus partagé par tous : notre ignorance. Je suis parfois surpris que beaucoup de décisions prises de façon aveugle soient finalement si peu catastrophiques.

Au cours de ces quarante dernières années, nous avons vécu des changements et des bouleversements considérables dans notre vie quotidienne et sur le plan mondial. Nul ne peut en ignorer, l’intensité, la rapidité de toutes ces modifications. Elles sont le fait des progrès techniques et technologiques, avec leur application dans la plupart des secteurs de l’activité humaine. A titre individuel, l’homme est de plus en plus sollicité pour s’adapter à la rapidité de l’évolution de son environnement.
Beaucoup de termes nouveaux apparaissent dans la langue pour tenter de saisir et de représenter tous les phénomènes qui nous entourent, et les effets qu’ils produisent. La langue accompagne en permanence ces changements, mais à aucun moment l’homme ne m’a paru changer fondamentalement de nature.
Nous constatons cette stabilité dans notre société occidentale qui est en perpétuelle évolution. J’ai pu en prendre conscience également au cours de mes nombreux voyages.
Le premier point qu’il me paraît important de souligner est la pérennité de l’homme dans sa nature et dans ses besoins. Ceci fait aussi apparaître, comme généralité de la nature humain, la possibilité à chaque instant, de s’adapter à son environnement, lequel a changé ces dernières années à une vitesse qu’aucune époque n’avait encore connue. Mais cette capacité à s’adapter aisément n’est pas donnée et demande une préparation tout à fait spécifique pour y parvenir.
Ces modifications de l’environnement ont pu se faire en occident dans la continuité de l’histoire de notre civilisation, alors qu’elles ont été imposées dans d’autres territoires du monde et ont constitué des sources de souffrance et des blessures, en particulier en Afrique.
Nous connaissons des évolutions de civilisations et de cultures, comme en Asie qui se sont faites dans le cadre de rencontres, sans qu’il y ait eu à proprement parler de violence et de cassure par rapport à leur(s) propre(s) civilisation(s) et leur(s) propre(s) histoire(s). Je pense que la manière dont la modernité et les mutations qui l’accompagnent, sont entrées en Asie plus facilement que sur le continent africain.
Lorsque j’ai débuté mes études médicales et que je passais mes premiers examens, à l’occasion d’une épreuve dans le domaine de la biologie, je devais commenter la phrase suivante : «L’ontogenèse résume la phylogenèse. Comment comprenez-vous cette phrase ?».
C’est, puisque je m’en souviens encore plus de quarante ans après, une affirmation qui m’a beaucoup marqué. Je la cite simplement car tout ce que je vais être amené à dire s’articule autour de cette idée tout à fait simple.
La phylogenèse, c’est la généalogie des espèces, qui peut se comprendre comme l’histoire de la vie, de ses origines, de ses développements, de ses changements, de son évolution, et qui nous renvoie évidemment aux questions fondamentales : Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que le monde vivant ?

La naissance, le bébé.
Le monde vivant est en général opposé au monde minéral. Le monde minéral est approximativement considéré comme stable et fixe (bien que la science semble plutôt le récuser et considérer qu’il n’y a pas de discontinuité absolue entre le monde minéral et le monde biologique).
L’ontogenèse, sont les étapes du développement d’un individu vivant, de la conception jusqu’à l’âge adulte. Ensuite son accomplissement, le conduit à sa fin c’est-à-dire, sa mort
Le retour de l’ordre biologique à l’ordre minéral des constituants du corps, assure la conservation de la matière.
Dans l’accomplissement de l’ontogenèse d’un sujet, apparaissent toutes les étapes de l’histoire de l’évolution de la vie biologique, et de l’histoire des espèces de plus en plus complexes et évoluées.
Au cours du développement d’un individu, l’historique des espèces apparues antérieurement est présent à toutes les étapes et constituera les éléments fondamentaux des structures qui seront pérennes au cours de sa vie.
C’est sur ce socle que se construisent les éléments caractérisant l’espèce la plus évoluée
L’ontogenèse d’un homme et son étude permettent de tenter de répondre à la question : Qu’est-ce qui est spécifiquement dans son développement un élément qu’on ne retrouvera nulle part ailleurs chez aucune autre espèce et qui est bien ce qui le caractérise ? La réponse n’est évidemment pas simple et je ne ferai pas une démonstration intellectuelle et théorique. Je me contenterai de dire, ce que mon expérience m’a permis de comprendre et ce que j’en pense, sachant que derrière cette énonciation existe un travail important de recherche et des références qui peuvent être facilement retrouvées.
Dès sa conception, le petit de l’homme va passer au cours de son développement par des étapes bien connues. Il va se développer pendant neuf mois dans le ventre de la mère, puis sera nourri par le sein maternel, ce qui est la caractéristique de l’ordre des mammifères.
Il n’y a pas de différences spécifiques, au cours de la période de développement fœtal, entre le fœtus humain et le fœtus des espèces animales les plus évoluées.
La naissance est la séparation physique de la mère et de l’enfant, séparation qui est signifiée symboliquement par la section du cordon ombilical.
Cette étape qui est très fortement connotée affectivement, ne marque pas non plus une rupture particulière et spécifique au cours du développement humain. Le fait est d’ailleurs illustré, lors d’une naissance prématurée.
Si le bébé se trouve dans des conditions où ses besoins sont satisfaits, on ne constate pas de modifications particulières de son développement. A contrario, après la naissance, lorsque l’on aperçoit des difficultés et des anomalies du développement, elles nécessitent une toute nouvelle attention pour comprendre ce qui perturbe ce développement. C’est là où se posent toutes les questions de la pathologie.
Ce qui est important à retenir de cette observation, c’est qu’en l’absence justement d’anomalie, si l’enfant bénéficie d’un environnement qui lui est approprié ou a lui-même les capacités de s’y adapter, en assurant la satisfaction de ses besoins, il a toutes les raisons de parcourir les étapes de son développement de façon satisfaisante.
Dès qu’un mammifère a quitté le ventre de sa mère, il est de façon assez abrupte, confronté au monde extérieur. Cette rencontre se fait à travers ce que l’on appelle la sensorialité, c’est-à-dire un ressenti et une conscience des éléments physiques et chimiques extérieurs et intérieurs. La sensorialité est liée à la perception des cinq sens fondamentaux qui sont l’odorat, le toucher, l’audition, la vue et le goût. Le goût étant associé à l’odorat (nature chimique). L’ensemble des éléments perçus par les capteurs sensoriels ne passe pas obligatoirement par le circuit la conscience.
L’importance de cette sensorialité est fondamentale. Elle est fondatrice de notre capacité à nous situer dans l’environnement, car rendue possible par une prise de conscience du phénomène, de sa perception et de sa signification, puis de l’organisation de leurs représentations.
Tant que l’enfant est dans le ventre de sa mère, les sens sont faiblement sollicités dans l’ordre décroissant suivant : la vue : la stimulation est peu importante, car le bébé vit dans un monde assez homogène, monochrome, de tonalité rose ayant de faibles variations d’intensité. l’audition, la perception du monde sonore est certainement plus variée, plus diversifiée, bien qu’il vive dans un monde où la stimulation est très atténuée et très protégée, du fait de l’immersion dans le liquide amniotique entouré par les parois de l’utérus et la sangle abdominale. le toucher : la stimulation est faible puisque le bébé vit dans un monde parfaitement stabilisé, dans un univers à température constante, milieu chimique non sollicitant car parfaitement homogène et stable. Il est en apesanteur donc la perception tactile du propre corps est faible. L’odorat (et le goût) est mis en fonction probablement après la naissance, mais il est certainement celui le plus précocement utilisé et structurant chez les mammifères puisqu’il permet de percevoir dans l’environnement immédiat, la source de l’alimentation, premier besoin qui caractérise le lien fondamental de la mère et de l’enfant.
C’est à partir de la satisfaction du besoin que s’organisent et se structurent les premiers liens affectifs.
Au moment de la naissance, la capacité de lecture sensorielle du bébé est quasiment nulle. On imagine l’importance du changement de milieu, du point de vue des cinq sens, avec des sensations complètement nouvelles et hétérogènes. Le bébé découvre le contact physique de la maman, puis celui des tissus, ensuite il fait la découverte des variations thermiques. Le monde visuel, qui était parfaitement inconnu, est brutalement présent avec une stimulation et une excitation considérable des outils de la vision.
Le monde sonore prend une dimension, une intensité et une richesse considérable.
Immédiatement le bébé va se retrouver enveloppé par la sollicitude et les soins assurés par la mère .Elle veillera à ne pas l’exposer brutalement à un monde qui n’est ni hostile, ni agressif, mais qui est celui dans lequel il va vivre sa vie d’enfant, puis d’adulte.
En fonction de l’espèce, des aménagements plus ou moins longs seront nécessaires pour lui permettre de parvenir à l’âge adulte sans dégâts, et ainsi pouvoir faire face en étant autonome.
Le cadre de cet aménagement si particulier s’appelle la tendresse.
C’est maintenant précisément que nous pouvons commencer à mieux comprendre ce qui va se mettre en place.
Le bébé qui vient de naître, va se retrouver dans un environnement qui lui est approprié, parce qu’, aménagé par l’entourage et en particulier la mère. Il va percevoir et ressentir les différentes stimulations sensorielles et les autres phénomènes non spécifiques mais importants Ses perceptions vont s’accompagner de manifestations émotionnelles liées à un début de prise de conscience.

L’animal lui aussi est conscient de ce qu’il ressent. Ce que l’on peut observer, c’est la capacité plus ou moins rapide en fonction des espèces, d’une réponse assez adaptée à partir de ce qu’il ressent. Une phase d’apprentissage est nécessaire pour l’acquérir, mais la capacité de s’adapter à l’environnement et de se comporter d’une façon conforme aux besoins, est mise en place rapidement chez la plupart des animaux.
Le petit de l’homme n’a pas, c’est ce que l’on observe, cette aptitude. Il doit au préalable acquérir des outils spécifiques et secondairement il pourra rentrer dans la phase d’apprentissage.
Le bébé a conscience, d’abord à partir du besoin non satisfait, de ce qui est désagréable, ce qui l’amène à exprimer son malaise. Il découvre dans les différents secteurs de sensorialité, des stimulations et des sensations nouvelles qui le font réagir et dont la lecture est assurée par le lien qu’il a avec la mère. Si la mère est anxieuse, il en perçoit l’anxiété et ce qu’il ressent l’inquiète. Si ce qu’il perçoit de nouveau est accompagné d’une sérénité de la maman, il n’est pas inquiet et accepte cette nouvelle perception éventuellement avec plaisir.
Si la perception n’est pas inquiétante en soi, mais trop intense, il ne saura pas évaluer si elle est de nature agréable ou désagréable. La mise en place de ce seuil est importante, car elle fixe la limite entre une perception agréable qui peut devenir désagréable et même douloureuse du fait de son intensité.
Le seuil de tolérance aux variations de température est différent d’un bébé à l’autre. Le froid peut l’angoisser, alors qu’il ne le met pas en danger, le chaud aussi d’ailleurs ainsi, le quantitatif et le qualitatif se tressent pour toute sensorialité.

Il faut revenir sur la question de la conscience.
Chez l’animal, ce qui est perçu consciemment n’est pas associé à une mémorisation consciente et n’ouvre pas l’accès à la remémoration. Il en est de même chez le bébé de l’homme qui, les premiers jours de sa vie, ne dispose pas encore de la possibilité de représentation du vécu. Ce qu’il a vécu laisse des traces mnésiques, mais il ne pourra pas les faire remonter dans son champ de conscience. En effet le statut du conscient chez l’animal lui permet l’adaptation de ses réactions aux situations, sans que la mémorisation du déjà vécu soit nécessaire. Elle reste une mémoire inconsciente, c’est-à-dire une trace de ce qui a déjà été vécu, utile pour avoir un comportement adapté.
Lorsque le bébé sort du ventre de sa mère, son corps et sa biologie sont engagés dans un processus de développement à achever.
La vie psychique n’est pas encore développée, la deuxième phase du développement demande une véritable gestation de cette vie psychique qui peut prendre son essor immédiatement après la naissance. La matrice psychique qui permet la mise en place du développement de ce qui est plus spécifiquement humain, se situe dans le lien et l’interrelation extrêmement étroite de la mère et du bébé.
Les éléments en sont, nous l’avons déjà approché, l’attention que l’enfant porte au visage de la mère pour lire à travers son regard la signification et l’interprétation qu’elle lui transmet de ce qu‘il vient de vivre. Le bébé porte une attention toute particulière par le regard aux expressions du visage de la mère, puis rapidement à celles des adultes de l’entourage immédiat. C’est par cette lecture que s’ébauche la construction de l’appareil psychique du bébé et les premières émergences conscientes de la signification. Le deuxième élément extrêmement important, qui n’existe absolument pas chez l’animal, est la présence de l’enveloppe narrative que la maman déploie, dès la naissance, en plus de son regard et de sa sollicitude. Il s’agit de l’ensemble des mots dits par la mère qui représentent l’événement et les objets mis en scène. A chaque instant, les éléments d’environnement immédiat du bébé sont entourés d’une véritable enveloppe de langage, de langue surtout. En fonction de données culturelles, l’enveloppe narrative peut au départ être extrêmement aménagée, c’est ce que l’on trouve dans le langage qui s’adresse spécifiquement au bébé, qui est fait d’onomatopées, de mots simplifiés et réduits. Cette période d’initialisation sera plus ou moins longue et adaptée et rapidement remplacée par la langue habituelle de l’adulte. Ainsi, les deux éléments d’initiation du développement des fonctions psychiques sont la lecture du visage de la mère exprimant les émotions qui les affectent et la présence permanente de cette enveloppe narrative faite de mots et d’intonations exprimant les significations.

Revenons à la sensorialité. Les trois sens les plus importants qui vont se développer dans les premiers jours, parce qu’ils sont aussi les plus sollicités, sont la vue, l’audition, les sensations tactiles, corporelles, tout ce qui est ressenti par la peau et intra corporelles, comme la douleur physique par exemple.
Le goût, comme l’odorat, sont probablement extrêmement structurants pour le comportement du bébé, ils déterminent très fortement le lien affectif et son organisation entre lui et la mère. Mais ils sont sollicités de façon très stable pour différentes raisons. Les environnements olfactifs sont assez constants et les sollicitations gustatives sont complètement déterminées par ce que l’enfant porte à sa bouche et absorbe.
On peut constater qu’il supporte mal des goûts très marqués ; et qu’il est peu sollicité au tout début de son développement, puisque l’alimentation est assez simple. De plus, ce qui est porté à la bouche du bébé, est contrôlé par les parents, la mère en particulier, en ce qui concerne le goût et la température. La diversification apparaîtra secondairement.
Bien qu’au début de la vie, le goût et l’odorat tiennent une place majeure, ces deux sens n’ont pas vocation à se développer de façon importante. On a pu constater que l’évolution des cultures des civilisations entraînait à l’âge adulte une régression de plus en plus marquée de cette sensorialité. On retrouve ces sens développés chez des individus qui ont des professions demandant des performances particulières par exemple, chez les parfumeurs, les spécialistes du vin et de la dégustation.
Par contre les environnements visuels, sonores et tactiles sont beaucoup moins maîtrisés par les aménagements des adultes autour du bébé. Très rapidement, le bébé sera amené à lire chacune de ces sensorialités. Il mémorise très rapidement ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent. Nous pouvons constater que l’éveil de sa curiosité s’accompagne de l’ébauche d’une recherche de la signification qu’il va s’approprier en apprenant à lire chacune de ces perceptions. Les premières choses qui sont parfaitement lues, sont les expressions du visage de la maman. Le champ visuel de l’enfant va ensuite s’élargir progressivement. On offre au regard de l’enfant un environnement plus ou moins choisi. Il contient les objets qui l’entourent, des jouets, d’autres bébés, les différentes personnes qui s’occupent de lui. C’est le point de départ de cette construction des représentations de l’environnement visuel.
L’environnement sonore va être assez stable, puisque le bébé bouge peu. C’est un environnement qui n’est pas exclusivement déterminé par l’adulte qui est près de lui. Sont présents les sons qui correspondent à la vie quotidienne, les bruits de la vie ménagère, des voix vite reconnues par le bébé, celles qui lui sont familières, celles qui le sont moins, enfin les bruits qui viennent de l’extérieur. Il peut y avoir aussi des apports divers et variés, radio, télévision, écoute musicale. L’enfant va commencer l’apprentissage de cette lecture.
Il en va de même pour la lecture des perceptions tactiles et corporelles. C’est là qu’il va découvrir et lire ce qui est fondamentalement agréable ou désagréable.
L’élément primordial du désagrément, c’est le manque. La faim, qui traduit un manque de nourriture, peut déterminer soit de l’angoisse, soit de la colère. La réponse appropriée, faite par la mère à la lecture du manque, va aussi probablement être assez déterminante pour la suite du développement.
A ce stade, en suivant pas à pas ce que l’on peut observer, on constate que le bébé n’a pas encore la capacité d’organiser des représentations suffisamment élaborées pour qu’il puisse les utiliser lui-même. Toutefois ce qu’il ressent, est compris à travers la lecture de la mère Il comprend quand il a faim et ce qu’il faut faire pour que son besoin soit satisfait. Chez l’animal évolué, il en est de même. Mais le bébé de l’animal, dans les espèces les plus évoluées lorsque la maturité physiologique est accomplie, peut très rapidement se déterminer et agir par lui-même. Le bébé de l’homme, même quand il comprend, ne peut pas mettre en œuvre l’action pertinente et efficace.
La nécessité d’agir, du fait de la conscience du manque, va s’associer à la présence consciente du désir insatisfait. C’est ainsi que, dès le départ la nécessité et le désir sont étroitement liés comme déterminants de l’action.
Ce lien s’établit inconsciemment et ne commande pas une action appropriée chez le bébé. Celle ci viendra de la mère. Le développement psychique en cours permet l’émergence de cette fonction. L’adéquation de ce qui est ressenti, aux premières ébauches de la conscience du désir, et du manque, est le point de départ de l’organisation de l’action permettant de combler ce manque. Celui ci va résulter de la conscience du désir et de la non-réponse à ce désir. Dans un premier temps, il va être comblé par la sollicitude et l’intelligence de la mère envers son bébé. C’est ici que s’élaborent les premières ébauches du lien qu’il y a entre, ce qui est ressenti et ce qui peut être construit en tant que représentation et en tant que compréhension.
Elle s’établit de façon globale et synthétique, à partir du lien construit entre ce qui est présent dans un environnement donné, ce que le bébé en ressent et, le sens que cela prend par rapport à lui-même. C’est à ce moment qu’apparaissent les premières représentations qui resteront probablement assez inconscientes et les premiers éléments de la construction des contenants psychiques.
Nous continuons à avancer dans le début de cette histoire. La mise en place de l’ébauche de la construction de l’appareil psychique est acquise. Vont progressivement apparaître des choses nouvelles comme la capacité d’émettre des sons, puis d’en maîtriser l’émission. La possibilité de reproduire des mots apparaîtra plus ou moins rapidement selon les potentialités du bébé.
L’enfant, le bébé, va associer ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il entend, les attitudes de la mère, à des mots et va commencer un travail qui organise et conjugue tous ces éléments.
Nous ne décrirons pas les mécanismes qui y sont sous-jacents. Ainsi lentement puis de plus en plus rapidement l’association d’un objet à un mot, d’une action à un mot ou de quelque chose de plus global à une phrase, va prendre de plus en plus de place dans la vie du bébé. La possibilité d’un certain nombre d’enchaînements avec le mot ou l’association de mots, s’intègre chez lui. Il va, à un moment qui est repéré et attendu, pouvoir commencer à utiliser ces mots. C’est à partir de l’émergence de cette aptitude à maîtriser l’expression, les mots et la langue, que va démarrer le processus le plus spécifique de l’homme, l’apprentissage de la maîtrise de l’action, articulé sur le processus de la pensée. Nous entrons dans une étape de développement qui n’existe chez aucun autre être vivant.
Progressivement le bébé cesse d’être bébé en rentrant dans l’ordre de la langue. Je dis bien de la langue et pas du langage. Les langages qui se sont mis en place, nous en avons vus de nombreux, vont progressivement s’organiser autour de l’appropriation et de l’usage de la langue. On peut constater une période assez stable jusque vers l’âge de trois ans, où il y a un enrichissement lexical grâce au repérage de plus en plus rapide du sens de chacun des mots liés à l’environnement et à la vie de l’enfant. Les mots sont apportés, au commencement surtout, par la mère et ensuite par les membres de la famille. Les mots deviennent de plus en plus un des outils permettant d’exprimer, d’entrer en relation, de communiquer et d’échanger avec l’entourage.
Une étape extrêmement importante correspond à l’émergence du questionnement du petit enfant. Lorsqu’il maîtrise un peu la langue, qu’elle est suffisamment riche, il va poser les quatre questions fondamentales bien connues qui sont : Où ? Quand ? Pourquoi ? Comment ?
Lorsqu’il peut commencer à poser ces questions, on considère que les fondements des principes, à partir desquels va se développer la vie psychique, sont mis en place. L’enfant a créé son propre appareil psychique, à partir des éléments apportés par la mère, l’environnement (les mots) et la constitution de la matrice (sollicitude, continuité de la présence et amour), à l’intérieur de laquelle la vie psychique peut assurer sa gestation. Il a également acquis l’autonomisation des contenants de la vie psychique. L’organisation et le choix architectural de ce contenant qui résulte des probabilités propres à chacun des bébés, mais aussi au travail de l’architecte qui l’entoure, va probablement influencer le choix des contenus qui vont apparaître par la suite. Les contenus eux aussi vont dépendre de l’intérêt personnel que porte le bébé à un certain nombre de choses et des sollicitations qui viennent de l’extérieur. Mais très vite, la manière d’organiser les contenus et l’achèvement de l’organisation du contenant vont être extrêmement imbriqués.
Il y a aussi, dès la naissance du bébé, un certain nombre de phénomènes que l’on trouve dans certaines espèces animales, mais qui ont une intensité et une particularité chez certains hommes qui permettent de relier notre ontogenèse à la phylogenèse.
Notre singularité humaine n’est possible que par la construction de l’appareil psychique. Dans ses premières étapes, on repère des manifestations tout à fait significatives de cette mise en place.
Il s’agit de l’importance de l’onirisme et du cauchemar. Le bébé à l’état de veille exprime et ressent tout émoi de nature sensorielle, par du plaisir ou de l’inquiétude qui peut prendre d’emblée une signification psychique. En cas d’échec c’est au cours du sommeil que le travail d’élaboration se poursuit et se manifeste par la présence de rêves et de cauchemars. La fréquence des cauchemars chez le bébé est physiologique, et très vite, en fonction des réponses de l’entourage, leur intensité est de moins en moins envahissante. Dans le cas contraire il faut être très attentif à vérifier la qualité du lien entre le bébé et son environnement et repérer s’il n’a pas des compétences ou des aptitudes défaillantes.
Pour nous résumer, la conscience s’initialise sur la perception. Ceci est commun à toutes les espèces évoluées. Elle aboutit très vite chez les espèces hors l’homme, à la capacité d’une action adaptée et relative aux propriétés de l’espèce. Cette adaptation suppose la stabilité de l’environnement. Si nous excluons un animal d’un environnement pour lequel il est adapté, il ne saura plus organiser son action de façon appropriée. Chez le bébé, le petit de l’homme, la conscience acquise à partir de la sensorialité ne va pas immédiatement déboucher sur une action adaptée.
Cette longue durée, pour acquérir la capacité de réponse appropriée, correspond au temps qui est nécessaire pour mettre en place les outils, dont il a besoin, pour entrer dans l’ordre de l’humanité. Cela montre aussi que les déterminants de l’action chez l’homme sont quelque chose de très complexe, impliquant à un niveau supérieur de la conscience, la présence des représentations et la possibilité d’un accès.
L’enfant doit avoir une représentation de ce dont il a conscience, pour en saisir le sens. Il pourra ainsi fonder une action et la lier, non pas seulement à une simple adaptation à l’environnement ; mais aussi à un but relatif à son désir et à sa finalité. Cette capacité d’agir par rapport à ce champ est tout à fait spécifique des propriétés de l’esprit humain.

De l’être et de l’existence.
Nos jeunes contemporains expriment souvent une revendication à l’existence. L’idée que leur existence puisse être menacée, résulte du sentiment de leur difficulté à être. En fait, il s’agit là d’une position qui montre, d’une façon assez précise, la confusion qui peut exister dans notre esprit entre être et exister.
En effet, en tant que telle, la question de l’existence ne pose pas problème puisqu’elle est par nature un fait. Personne ne peut, sauf à commettre un meurtre, mettre fin à notre existence.
Derrière cette expression le sujet, révèle qu’il est inquiet de son être. Ce qu’il voudrait, c’est arriver à être davantage. Il sent bien confusément que cet accès à l’être, complexe et improbable, n’est jamais complètement acquis. Par ailleurs l’être peut être atteint, il est très vulnérable, ce qui n’est pas le cas de l’existence, sauf en situation de déficience ou de maladie.
Toutefois, l’existence est totalement dépendante de la biologie. Dans les espèces animales évoluées, en particulier chez les mammifères, c’est la mère qui, au début de la vie assure les conditions et la réalisation de la survie. Le petit animal atteint rapidement la maturité qui lui permet de réaliser de façon autonome les gestes indispensables à la satisfaction des besoins vitaux. Les besoins qui doivent être impérativement satisfaits sont : alimentaires (besoin en nourriture et en eau), respiratoires (besoin en oxygène) et excrétoires (besoin d’élimination des déchets : pipi et caca). Chez le bébé de l’homme, le processus d’acquisition de l’autonomie est le même que chez les autres mammifères. La mère assure au début de la vie, la satisfaction de tous les besoins de son petit, permettant le maintien et la continuité de l’existence. Par contre, l’acquisition de l’autonomie, est beaucoup plus lente chez l’homme que chez les autres mammifères. Au cours du processus de développement, cette acquisition se complique, se complexifie et s’associe progressivement, aux fonctions qui se développent et s’acquièrent.
Au cours des siècles, quelques auteurs ont abordé cette question de l’être et de l’existence. Je retiendrai trois formules qu’aucun d’entre nous n’ignore.
Rabelais d’abord, disait « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Descartes a dit « Je pense donc je suis ».
Shakespeare, lui, a exprimé aussi cette idée dans la fameuse phrase « Etre ou ne pas être, là est la question ».
En fait, ces trois formules énoncées à des époques et dans des contextes différents, expriment à peu près la même idée.
Pour ce qui concerne Rabelais, il utilise trois mots importants : science, conscience et âme.
La science c’est le savoir, à l’époque de Rabelais, ce mot avait déjà ce sens.
L’âme est un mot difficile, puisqu’il est très connoté au plan métaphysique, religieux et moral. Pourtant dans la bouche de Rabelais, l’âme voulait simplement exprimer l’idée de la pensée et de ce qui l’anime à l’intérieur de l’homme.
Ainsi, Rabelais établit un lien entre l’usage, la mise en œuvre du savoir et le sens que chacun d’entre nous peut lui donner. L’absence de conscience pourrait constituer un véritable péril et nous entraîner à des actions qui seraient néfastes et préjudiciables à l’âme.
C’est-à-dire que la pensée peut être stérilisée et menacée, par un savoir qui serait mis en œuvre, de façon automatique, mécanique, sans mesurer les conséquences et le lien qu’il a avec notre propre désir, dans l’accomplissement d’une tâche, de nous-mêmes et de notre être.
Cela introduit la notion de morale et d’éthique.
Descartes avec son « Cogito ergo sum », « Je pense donc je suis », aborde le problème sous un autre angle. Mais la phrase est incomplète et doit être précisée, car « je pense donc je suis » ne doit pas être compris, « je pense donc j’existe » , mais « je pense donc je suis, en tant qu’être humain » .
Ainsi pour Descartes c’est le fait de pouvoir penser qui caractérise l’homme.
Shakespeare nous dit « Etre ou ne pas être, là est la question ». D’emblée il se situe dans la question de l’être, sans alternative entre être ou exister, c’est être ou ne pas être. L’interrogation nous renvoie à la question : qu’est-ce qui est nécessaire pour être en tant qu’humain ?
La réponse nous est offerte par la lecture de l’immense œuvre de Shakespeare.
Pour être, il faut donc penser et pour penser, il est nécessaire d’en acquérir les outils. Pour cela, il est nécessaire de réunir les conditions, qui permettront le travail et la construction de la pensée, c’est-à-dire une conscience activée par le désir, mais aussi, le désir de la permanence de cette conscience, accompagnée du désir de réaliser, de construire.
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La pensée est produite par l’appareil psychique, c’est l’outil que l’être humain construit petit à petit comme nous l’avons envisagé précédemment. Lorsqu’il est arrivé à un stade de fonctionnement à peu près autonome, il ne cessera pas d’élaborer, de construire, de réviser et de réévaluer.
En ce qui concerne la pensée proprement dite, il faut l’envisager à deux niveaux :
La pensée primaire et la pensée secondaire.
La pensée primaire émerge spontanément lorsque l’on se pose la question : qu’est-ce que je pense ? Elle est semblable à une photographie.
La pensée secondaire, est réévaluée par la réflexion, qui permet, d’en repérer les contenus et les organiser. Elle permet aussi d’en extraire certains et de les orienter vers une action. Le plus souvent il s’agit de ce que l’on appelle: idée
L’appareil psychique produit également, à côté de la pensée en l’accompagnant, les états d’âme, reliquats du métabolisme de nos fonctions de l’esprit.
Nos émotions s’expriment à travers nos attitudes, nous disposons de deux moyens d’expression spécifique pour les exprimer qui sont le rire et les larmes. Comme chez les animaux évolués, nous utilisons toute une gamme de comportements pour le faire. Mais nous sommes vraiment les seuls à pouvoir utiliser le rire et les larmes. Le rire est en rapport avec le plaisir, la satisfaction, l’humour, l’insolite et parfois ce qui nous déstabilise. Les larmes nous renvoient à la souffrance, à la douleur et quelquefois à des émotions de plaisir et de bonheur qui nous submergent.
L’état d’âme plus flou, beaucoup plus envahissant, plus indéfinissable que l’émotion est la matière du sentiment. Il exprime probablement ce qu’il y a de plus humain en nous. Il est fait d’un mélange d’émotions, mais aussi de désirs, de culpabilité, de mauvaise conscience, de malaise indéfinissable ou de désirs excessifs et insupportables. Il n’est pas non plus toujours en rapport avec une situation de réalité. Il signifie des positions et des états de nature affective dont nous n’avons pas conscience de façon précise. Il est davantage en rapport avec le désir que les éléments plus objectifs du vécu.
À ce sujet, le romantisme présent, dans la littérature et la musique du XIXe siècle, est probablement, l’expression artistique la plus évoluée de l’état d’âme. Je pense qu’il résulte, d’une erreur de perspective qui a pour effet de mettre, l’état d’âme en place de la pensée. Ce mouvement a certainement contribué, à engendrer les horreurs que l’Europe et le monde, ont connues dans la première moitié du XXe siècle.
Je fais ici allusion, au nazisme, dont le niveau de barbarie atteint, est certainement le plus extrême, et impensable, que l’humanité ait jamais connue. Son fondement dogmatique, a l’allure de la naïveté : La race supérieure est menacée. Il faut donc la protéger des contaminations. Pour cela supprimer les causes qui sont en l’occurrence l’existence de race dites inférieures. Puis la régénérer, en prônant, le retour à la pureté de l’état naturel, en bannissant toute forme de culture. Celle-ci étant l’expression de la dégénérescence humaine.
Nous entendons souvent évoquer et revendiquer la liberté de penser, par ceux qui se désignent, libre penseur. En fait nous sommes tous, libre penseur, car la pensée, est libre par nature.
Il est difficile, bien qu’à l’évidence il y ait un lien entre le mot libre et le mot liberté, de lier l’idée de la liberté à « être libre ». En effet, le mot libre ne peut se conjuguer qu’avec le verbe être, il n’y a aucune autre façon de le dire.
La liberté se conjugue avec le verbe avoir, elle se définit de façons diverses et variées. Il apparaît toutefois qu’être libre dépend de nous et que cet être libre est facilement menacé.
La liberté ne nous appartient que très peu. C’est l’organisation sociétale et la vie sociale qui définissent les espaces de liberté dont chacun d’entre nous dispose.
Toute l’histoire de l’humanité montre que c’est une question sans cesse réévaluée. La liberté est un peu comme l’argent, il faut qu’elle soit partagée, il faut qu’elle soit suffisante. Alors que l’« être libre »est une donnée strictement personnelle et n’est pas corréler à l’organisation sociétale. C’est une affaire strictement individuelle relative à notre accomplissement. Paradoxalement tout engagement librement consenti s’accompagne d’une restriction de liberté.
La pensée est libre, et la capacité de maintenir cet être libre, dépend beaucoup de la vitalité de notre propre pensée et de notre capacité à l’entretenir.

Dire ce que l’on pense est la seule façon de faire émerger dans le champ de la conscience notre vision, notre compréhension, à un instant T. Ce faisant cela précise notre rapport avec le monde extérieur et le lien avec ce qu’il y a de plus humain en nous-mêmes, à savoir l’espoir, le désir et la préoccupation d‘être dans la vie.
Nous avions laissé précédemment le petit de l’homme au commencement de sa vie, en essayant de montrer les grands événements des premières étapes de son développement.

L’enfance
On considère habituellement les périodes de la vie selon un calendrier à peu près stable. Après la naissance, nous considérons que les trois premières années constituent une première étape très importante. Au terme de la troisième année de vie, si l’environnement a été favorable et qu’il n’y a pas de particularité, de pathologie, ou de difficulté spécifique, le bébé va rentrer dans la petite enfance. L’issue de cette petite enfance est l’épanouissement de ce qui vient d’être mis en place.
Puis vers six ou sept ans, ce que l’on appelait autrefois l’âge de raison, le développement va s’orienter plus spécifiquement. Les assises psychiques et affectives vont se construire normalement et ce qui ne peut pas encore être résolu, faute d’acquisitions nécessaires, sera mis en sommeil.
La période de latence entre six ans et le début de l’adolescence correspond à la mise en attente de certaines fonctions, en particulier, celles qui sont liées à l’affectif, permettant le développement et l’acquisition des outils de l’action et de l’efficience. C’est pendant cette période que la deuxième fonction de l’esprit, la réflexion et la mentalisation se développent,
Nous avons évoqué la construction de la matrice de la vie psychique, les premières étapes de son organisation et de sa structuration, Nous allons suivre les étapes du développement de la période de latence qui permet la mise en place des outils qui n’avaient été qu’à peine ébauchés.
Ensuite nous envisagerons le parcours de l’adolescence, lorsque les trois composantes envisagées au cours de la période de latence vont se retrouver à peu près à niveau. A savoir, le développement physique, le développement de l’esprit avec ses deux parties : psyché et mentalisation. La fin de l’enfance coïncide avec la réactivation du désir qui accompagne le réveil de la sexualité à l’occasion de la puberté qui marque le début de l’adolescence.
Entre trois et six ans, l’enfant va se trouver dans une situation terrible que l’on a coutume d’appeler «problématique œdipienne ». Il va désirer effectivement aimer ses parents. La condition humaine est marquée par une tragédie. Pour y entrer de façon satisfaisante le tout jeune enfant aidé par ses parents doit renoncer à porter son amour vers eux. Ce renoncement douloureux est absolument indispensable pour entrer de façon satisfaisante sur le chemin qui le conduit à l’âge adulte et vers l’autre.
C’est la condition même de son entrée dans le monde de l’humain.
La mise en place de ce renoncement, qui est impossible dans la réalité du moment, sera différée compte tenu de la nécessité de rester dans la dépendance des parents, parce que l’enfant de l’homme, à cet âge, est trop fragile pour se passer d’un attendrissement, d’une tendresse nécessaire pour porter la réalité. Cela va se terminer par la nécessité qui va faire loi, de rentrer dans des apprentissages beaucoup plus douloureux, car ils ne vont pas de soi. Ils impliquent le soutien et la fermeté de l’adulte, dont l’amour ne s’exprimera non pas en satisfaisant le désir de l’enfant, mais, sans s’opposer à lui, en déterminant, ce qui parfois est très douloureux pour l’enfant, un espace de liberté, un espace ajusté à son besoin du moment, qui doit être sans cesse réévalué.

Pour illustrer cela, il s’agit de donner la bonne pointure de la chaussure au pied de l’enfant en fonction de sa croissance. Une chaussure trop grande va avoir beaucoup d’inconvénients, et aujourd’hui la tendance est de donner des espaces de liberté qui ne sont pas appropriés au développement, à la sécurisation et à la confiance en soi de l’enfant, tandis que la chaussure trop petite va être très pénalisante et douloureuse.

C’est pendant cette période qu’il va découvrir de nouveaux éléments fondamentaux.
Premièrement le plaisir. Il était jusqu’alors lié à l’absence de tensions internes. Il sera davantage, maintenant en rapport avec la possibilité, de pouvoir agir .Pendant la première période de la vie, l’enfant ne peut pas agir efficacement selon son désir. Il prend le raccourci de la mise en acte. Le seul qu’il soit capable de réaliser est de détruire. Cette forme de jouissance peut lui apporter du plaisir. Agir, est nécessaire, pour ne pas être confronté à l’impuissance, qui est insupportable. S’il a entre les mains un objet dont l’utilisation ne lui est pas encore accessible il le cassera. Il ne supportera pas de ne pas pouvoir l’utiliser de façon satisfaisante. Ensuite il va aussi faire des découvertes qui vont permettre d élaborer de façon inconsciente, la possibilité de la temporisation. En effet détruire et perdre l’objet est douloureux. Il peut donc envisager d’attendre pour apprendre à pouvoir s’en servir plutôt que de le faire disparaître.
Il a envie de jouer avec de l’eau, il ferme la main pour la saisir, il n’y parvient pas c’est alors qu’il découvre et comprend, qu’il peut la remplir en l’ouvrant.
L’acquisition de cette compréhension, je le souligne, est capitale, car elle est possible, sans le recours de l’explication. Ce constat stimule la curiosité de l’enfant et son intérêt pour l’expérimentation. Cette découverte va permettre d’envisager et de regarder l’environnement sous un tout autre angle, ce qui lui donnera de l’efficacité.
Le lien sera très vite établi, au niveau inconscient, entre le plaisir et la jouissance. Cette dernière étant le bon usage d’une situation, avec un lien qui va s’établir entre un désir, une situation, un projet et une action modificatrice de l’action naturelle.

L’enfance de six ans à douze ans
Commence, alors un bouleversement dans la vie de l’enfant. Dans les sociétés évoluées, les civilisations modernes, la scolarité est une obligation. Il faut souligner, que ce n’est pas le cas encore dans beaucoup de parties du monde où une grande majorité d’enfants est privée de scolarité et d’obligation aux apprentissages.
Les grandes préoccupations légitimes, de tous les parents, sont l’entrée de l’enfant, au cours de la première année de scolarité primaire, dans la lecture courante, la compréhension de la langue, et dans les apprentissages des mathématiques, du calcul et des chiffres.
Si les premières étapes ont été franchies de façon satisfaisante le pré requit, d’ordre affectif est en place. Ainsi l’enfant dispose des matrices et espaces que les premières constructions de l’appareil psychique auront rendus possible.
L’entrée dans l’apprentissage de la langue est primordiale. C’est en effet l’outil de la pensée.
Remarquons, qu’il nécessite une compréhension préalable de son mode d’expression.
Il y a la langue orale et la langue écrite.
Les langues alphabétiques et phonétiques ont la particularité d’associer de façon extrêmement étroite ce qui est vu et ce qui est entendu. Il n’en est pas de même pour les langues idéographiques historiques ou contemporaines où l’écrit est tout à fait dissocié de la langue orale.
La maîtrise et l’acquisition de la langue progressent parallèlement. L’apprentissage se fait grâce à la scolarité, mais aussi hors la scolarité, dans la vie quotidienne de l’enfant, dans sa famille, avec ses camarades et à travers les jeux. Les apprentissages des fondamentaux sont codifiés à l’école. Ils concernent la lecture, l’écriture, l’orthographe, le calcul, et aussi le sport ainsi que des activités d’éveil, tout y est classifié, catégorisé.
En dehors du cadre scolaire, l’enfant est soumis, sous un contrôle beaucoup moins étroit et sans exigence de rendement, à des sollicitations qui vont mobiliser son désir, qui vont aussi l’aider, lui apprendre à se connaître, à se découvrir et ressentir la nécessité de la scolarité par rapport à quelque chose qui est plus personnel. Il sera confronté à des contradictions, des paradoxes entre ce qu’il ressent et éprouve de son désir spontané et de ce que l’on attend de lui.
Toutes ces dynamiques internes vont être mises en jeu de façon très personnalisée et très personnelle.
Pour travailler avec l’enfant, lorsque l’on n’est pas parent, car la position de parent n’est pas une position de travail, il est nécessaire d’acquérir une formation spécifique. Il existe aujourd’hui de très nombreux professionnels autour de l’enfant (enseignants, pédagogues, psychologues, éducateurs, etc.), L’outil de base que tous doivent posséder de façon satisfaisante est la pédagogie. De plus, disposer d’une aptitude personnelle qui est l’empathie Cela permet d’acquérir rapidement, une bonne connaissance de l’enfant pour pouvoir déterminer, de façon individualisée, ses besoins, et lui permettre de ne pas être en porte-à-faux avec lui-même en s’adaptant à ses possibilités.
Ceci n’est pas toujours évident, car la multiplication du nombre d’enfants dans un groupe implique un réajustement de moyens qui risque de laisser de côté et à la marge ceux pour qui ce cadre de travail est trop large ou trop étroit.
On constate que l’absence de scolarité, très courante dans d’autres civilisations et dans d’autres lieux, ne compromet pas complètement l’épanouissement, le développement individuel, la capacité de penser et de réfléchir. Ceci n’est pas un plaidoyer pour supprimer l’école, loin de là, l’école constitue une amélioration considérable pour construire un être épanoui et capable de s’adapter à sa société et à sa culture.
Rappelons que la culture est l’expression d’une civilisation à l’intérieur de laquelle s’inscrivent les racines qui nourrissent l’environnement qu’un groupe humain a construit, par rapport à son propre besoin et à son propre désir. Toutefois, l’équilibre, entre la nécessité de l’épanouissement personnel et les exigences de la société, est extrêmement délicat à régler.
L’extrême rigidité des méthodes d’enseignement est assez pénalisante pour l’épanouissement personnel.
Les enfants qui grandissent dans des environnements favorables, mais sans rigueur dans les apprentissages et dans la formation, peuvent devenir des êtres épanouis, mais ils rencontreront, lorsqu’ils seront adultes, plus de difficultés lorsqu’ils voudront sortir de leur système de civilisation et de leurs traditions.
Ce point a énormément d’importance aujourd’hui, du fait de la mondialisation. Pour mettre chacun à pied « d’égalité », elle implique une uniformisation contre laquelle il faut résister pour préserver la diversité qui constituera une très grande richesse. Cependant elle peut dans le même temps, si elle n’est pas acceptée, mettre les individus en difficulté pour s’adapter à des conditions de vie différentes.

Lorsque l’enfant apprend, que se passe-t-il ?
Il est obligé, dans un premier temps, pour faire un apprentissage de mobiliser son attention, et cela peut lui être pénible. Il peut alors rechigner devant cet effort dont il ne comprend pas encore le sens et l’intérêt. Mais s’il l’accepte, il va se passer quelque chose de très particulier.
Par la répétition et l’insistance, la mémorisation de la gestuelle et de ses mécanismes va se mettre en place petit à petit , entrer dans l’inconscient, et pouvoir se réaliser sans qu’il ait à y penser. Un apprentissage réussi consiste à pouvoir faire quelque chose sans avoir besoin d’y penser, ce qui libère effectivement l’espace de créativité, la disponibilité et la capacité d’attention.
Au début de la lecture, l’enfant déchiffre, il pense à l’assemblage des lettres, il a besoin de syllaber, c’est-à-dire de comprendre les structures phonétiques et scripturales de l’objet sur lequel il travaille. Lorsqu’il sait lire, il entend ce qu’il voit, et il voit comment est écrit ce qu’il entend.
Cette période d’apprentissage, si l’enfant n’a pas de défaillance, est assez rapide. Si elle est trop rapide parce que l’enfant est vif, l’apprentissage risque d’être insuffisamment mis en place et mal assuré. Si les premières étapes de l’apprentissage se sont passées dans de bonnes conditions, l’enfant va franchir une nouvelle étape, du point de vue de la psyché. Il va découvrir quelque chose qu’il connaissait déjà lorsqu’il détruisait : Le plaisir d’atteindre une très grande satisfaction, la réussite de l’action entreprise.
Ceci est très important, car c’est le premier renforcement de l’investissement du travail, c’est aussi le moment où se met en place la temporisation. Cela renforce la tolérance à la frustration. Il va découvrir très rapidement que le contentement rapide du désir n’est pas aussi satisfaisant que sa réalisation différée et amplifiée par le travail et l’élaboration.
La scolarité se passe dans un contexte de partage avec des contemporains, des enfants du même âge. Dans les familles nombreuses, l’enfant, avait déjà découvert, à travers la confrontation à la fratrie, la question de sa propre identité, de l’identification, ainsi que celle du pouvoir dans le rapport de force et la rivalité. C’est l’école qui permet cette découverte pour les enfants de familles réduites..
Pour ceux, qui, dans la première partie de leur vie, ont été moins confrontés à l’autre, la scolarité permet la fréquentation d’enfants du même âge. L’école leur permet ainsi de découvrir tout cet univers et ils vont, s’ils sont satisfaits, amplifier leur effort et leur travail. En découvrant le rapport à celui qui est plus en difficulté, il va être tenté soit de dominer et devenir ce que l’on appelle un leader, soit d’être plus fraternel et d’avoir de la sollicitude pour aider, celui qu’il sent en plus grande difficulté.
Toutes ces découvertes sont multiples, variées et diverses, mais sont, pour un enfant donné, toujours très cohérentes. Elles s’orientent puis s’amplifient, s’organisent et se structurent en souplesse.
Si tout s’est bien passé pendant ses premières années, l’enfant peut commencer à penser correctement.
Ce moment coïncide avec le début de l’adolescence. On peut préciser, dans les éléments fondamentaux, que ce qui apparaît est le lien extrêmement étroit existant entre le contenant et le contenu de la pensée.
Le contenu est lié au contenant comme le vin est lié à son propre contenant.
Le vin n’est pensable que parce qu’un récipient peut le recevoir.

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