Diane papillon de lumière
128 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Diane papillon de lumière

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
128 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Diane est une femme enjouée, performante et appréciée de tous. Ses amis, ses collègues et Réjean, son mari, en témoignent. Elle travaille à la DPJ, prend tout à coeur et vit à cent mille à l’heure. Dans une quête de perpétuel dépassement de soi, aux prises avec des blessures d’enfance comme nous en
portons tous, Diane couche ses réflexions dans ses carnets intimes. Dualité oblige, elle y dévoile ses questionnements, ses angoisses, mais aussi ses bilans et ses engagements.
Une première alerte cardiovasculaire aurait dû la convaincre de vivre autrement. Elle le sait. « J’avais besoin d’arrêter le cauchemar ... Je roulais à toute vitesse, celle de l’être désespéré.
J’ai bien essayé de ralentir, mais j’avais le pied pris dans l’engrenage. »
À 47 ans, le verdit du cancer du cerveau est fatal, un Glioblastome. Un an tout au plus. Ne faisant rien comme les autres, Diane apprivoise ce « nouvel ami ».
« Il est moi. Il est en moi. Ce n’est pas mon ennemi. C’est la partie de moi qui est blessée. Ma souffrance. J’ai enfin appris à aimer autant le bon que le mauvais en moi… cessé de m’angoisser puisque je pouvais me pardonner. »
Réjean et elle font équipe et adoptent une nouvelle philosophie de vie. La leur. Étonnante et parfois dérangeante. C’est le « RESET, un de concept leur permettant de vivre l’instant présent. Chaque nouveau stade de la malade devient la normalité à partir de laquelle ils organisent leur nouvelle vie et ils en profitent durant quatre ans. Diane développe des perceptions sensorielles hors du commun.
Ressentant l’énergie divine, en communion avec l’univers, elle devient une sorte d’ange lumineux et répand autour d’elle une aura de joie et de bonheur comme en témoigne une dizaine d’amis et membres
de la famille.
L’histoire de Diane, c’est notre histoire à tous. La quête du bonheur universelle. La souffrance vient de nos attentes, des modèles qui empoisonnent notre existence et auxquels nous adhérons, dociles. La
Vie ne nous en demande pas tant.
« Un papillon s'est posé sur moi, effleurant à peine ma peau. Légèreté affolante. Il m'a adoptée. Au lieu de virevolter impatient dans la nature, il a posé ses ailes sur moi durant plus de vingt minutes. Je ne bouge pas, complètement subjuguée par ce petit miracle. Je sens la vie. Je fais partie du tout. Mes anges sont là. De petits signes, sortes de clins d’oeil, me rassurent dans ce cheminement conscient vers ma mort. »
Voici un cri de l’âme authentique. Une formidable leçon de vie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 février 2017
Nombre de lectures 10
EAN13 9782897262631
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0120€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À Jérémy, mon fils adoré
À tous ceux que j’aime Diane
À Diane, mon ange, afin que ton rêve vive selon tes passions Réjean


Préface
Mon cancer sera mon ami Diane – 1963-2015
L e 30 juin 2011. Tu viens d’être opérée d’une tumeur au cerveau. Il y a déjà quelques heures que j’attends les résultats. Ta mère et Léonce sont partis. Je leur donnerai des nouvelles plus tard. Deux membres de l’équipe médicale sont passés tour à tour; tout semble s’être bien déroulé. Il ne reste que la neurochirurgienne. Après une longue attente, elle arrive, s’assoit à côté de moi et m’explique qu’ils ont enlevé toute la tumeur. Dans ma tête, cela sonne comme une victoire, mais il reste des questions. Elle va plus loin et répond à chacune de mes interrogations. Finalement, j’apprends que les probabilités d’un glioblastome grade 4 sont très élevées, trop élevées. Opérable oui, guérissable non. Ouf ! Mais je devrai attendre le verdict final dans quelques jours. Le coup lui, est immédiat et cinglant. Très fort et très dur. Mais comme rien n’est certain à 100 %, je garderai le secret. Et pour toi, et pour ta mère.
Début juillet, nous rencontrons le radio-oncologue. Cela fait tellement peu de temps que tu as été opérée que j’imagine cette entrevue comme préventive. Pourtant non. Pensant que tu avais eu les résultats, il nous parle comme si nous étions au courant. Un autre coup, mais celui-ci, c’est toi qui le prends. Moi, je savais. Déjà plus de cinq ans se sont écoulés depuis cet entretien et je m’en souviens comme si c’était hier. Je te revois très clairement. Tu pleures, tu veux comprendre. Lui, il souhaiterait remettre cette rencontre à plus tard. Négatif, tu veux vraiment savoir. Nous voulons savoir. Alors le verdict tombe : glioblastome grade 4 avec médiane de survie de moins de 14 mois.
Rapidement, après avoir encaissé le choc, tu as décidé quelle sera ta prochaine mission. Celle d’aider les gens, dont ton fils et ton amie Louise. Tu t’es ouverte comme une fleur assoiffée des rayons du soleil. Tu as décidé de faire de ton cancer ton ami. Je me souviens du jour où tu m’as dit que ton cancer était plus fort que toi. Lui livrer bataille le servirait lui. Au contraire, cet ami redoutable t’a permis de baisser la garde, de t’ouvrir à la vie. Ton côté guerrier s’est transformé en ouverture, en besoin de compréhension. Tu as laissé la vie te parler, t’habiter. Tu as non seulement fait la paix avec ton père, mais tu l’as laissé venir à toi. Ainsi, tu as participé aux miracles de la nature et tu as pu assister à des événements hors du commun. Par exemple, ce beau papillon qui s’est posé sur ton corps durant vingt minutes et, par la suite, sur moi, à ta demande. Et aussi ce « bambi » 1 qui est resté près de toi et qui, à ton regard, s’est calmé et s’est couché à tes pieds. Tu en parles d’ailleurs dans tes carnets.
Au cours de ta vie, tu as aidé beaucoup de gens. Pour toi, qui travaillais à la DPJ, aider les enfants et leurs parents était tellement important. Ton cancer t’a permis de t’occuper enfin toi. De t’aider toi.
La semaine dernière, j’apprenais que ma sœur Danielle est atteinte d’un cancer. Probablement celui des ovaires. Rapidement opérée, nous attendons encore le verdict. Je trouve ça vraiment difficile. Je suis allé à l’hôpital, je lui ai donné le papillon qui te représente. Si tu savais ccomment elle a apprécié ce geste. Tu es encore tellement présente auprès de tant de personnes.
Dernièrement, j’écoutais Isabelle Maréchal parler de son conjoint. Je crois qu’il était atteint d’une hépatite et qu’il a reçu une transplantation. À un moment donné, il m’a semblé l’entendre dire : « On faisait comme s’il n’était pas malade… ». Eh bien, je nous ai reconnus. Nous savions que tu avais le cancer, nous savions que tu allais mourir et nous avons vécu à fond. Chaque fois que la maladie progressait, que tu perdais une partie de tes facultés, nous mettions le compteur à zéro, le « RESET S 2 », et faisions comme si c’était une normalité, comme si tu n’étais pas malade, comme si c’était ça la vie. Et je crois que cette façon de faire nous a permis de vivre positivement, beaucoup plus longtemps et sereinement en profitant de cette belle vie.
Diane, cet ouvrage est pour toi, de toi. Il représente l’héritage que tu voulais offrir à tes proches. C’est un message de vie que tu laisses sur ton passage. Un message d’amour, de vitalité. C’est le sourire que tu offrais à tous.
Merci d’avoir partagé ma vie. Les quatre dernières années aux prises avec ta maladie nous ont permis de vivre des expériences exceptionnelles. De trouver l’amour profond. De laisser derrière nous les détails anodins et de goûter à la vie. Cela, tu l’as fait jusqu’au bout même lorsque tu étais à la maison des soins palliatifs de Laval. Sa mission est exceptionnelle et j’encourage chacun à faire un don à cet organisme 3 . Ces derniers moments ont été d’une douceur inouïe. D’ailleurs, à l’occasion, j’y retourne saluer le personnel et les bénévoles qui t’ont permis de vivre tes dernières heures en toute sérénité. Cet endroit même où tu as décidé du moment où tu allais rejoindre ton père et ton fils Francis que la vie t’avait enlevé deux semaines avant la date prévue de ton accouchement.
Tous nos échanges sur la maladie, l’amour, la famille, le travail, sur nous et aussi nos discussions sur l’après, me permettent aujourd’hui de vivre heureux. J’ai retrouvé l’amour. Il est différent et même s’il est très fort, il n’enlève rien à celui que j’avais pour toi et qui reste toujours au fond de mon cœur aujourd’hui. Et ça, c’est merveilleux.
Lorsque vous croiserez un papillon, n’oubliez pas de lui sourire…
Merci la vie !
Réjean Monette
À Gisèle Labonté, la mère de Diane Un merci particulier à Gisèle. C’est en grande partie grâce à elle si je peux traverser ce deuil et surtout retrouver l’amour. C’est elle, la première, qui m’a rappelé que la Vie continuait et que je devais prendre soin de moi.
À Jérémy mon beau-fils De là-haut, Diane ne peut qu’être fière de toi, de ton cheminement. Au long de cette épreuve, tu as fait preuve d ’ une grande maturité. Tu as su développer tes talents, poursuivre tes études, entreprendre ton chemin de vie avec sérénité en démontrant un grand sens des responsabilités vis-à-vis de ton avenir.
À Serge mon ami Merci de ton soutien indéfectible tout au long de ce parcours.Réjean Monette
Dans la bataille, je me nourris de déchets. Je respire la mort.Dans la sérénité, je me nourris de fleurs. Je respire la vie. Diane Verreault
Quatre années aux prises avec un glioblastome grade 4, un cancer du cerveau, Diane Verreault a choisi de transcender l’épreuve en un chemin de lumière, celle de la sérénité, du désir de vivre en semant, autour d’elle, de petites graines de sourires qui s’épanouissent en de nouveaux élans de bonheur dans le cœur des gens de son entourage.


1 Faon.

2 . Ce terme créé décrit leur philosophie de vie expliquée au chapitre 2.

3 . Maison des soins palliatifs de Laval.


Avant-propos
I l n’y a pas de hasard dans la vie. C’est un contact L inkedIn qui m’a jointe sur ce réseau où j’annonçais mon offre de réaliser « clés en main » des biographies ou tout projet d’écriture, parce qu’à l’écriture, je voulais dédier une partie du reste de mon existence.
Réjean Monette me proposa donc de rencontrer son épouse, Diane Verreault, afin de l’aider à écrire son histoire. J’eus la chance de rencontrer Diane à quelques reprises alors qu’elle se savait condamnée. Ses yeux brillants transmettaient son désir d’écrire son livre. La dernière rencontre fut plus difficile. Sa capacité d’élocution s’affaiblissait. Elle me regarda d’un air intense en lâchant prise, elle qui aimait tant contrôler. Cela je ne le sus que plus tard, à la lecture de ses notes. Elle me souffla : « Je vous laisse mes notes. Je vous fais confiance. » Cela me toucha en plein cœur.
Ses écrits, issus de ses carnets intimes, constituent la majeure partie du contenu de ce livre. Ces extraits sont indiqués en italiques.
Quelques rencontres avec Réjean Monette, des amis intimes, des collègues, m’ont permis de mettre en lumière la personnalité de cette femme qui a marqué son entourage, tant au point de vue de sa carrière professionnelle que de sa vie personnelle, surtout au cours des quatre années de sa maladie fatale. Emportée trop vite par un cancer du cerveau, ces propos, elle les voulait authentiques, tout comme elle. Par-dessus tout, elle désirait transmettre quelques-unes de ses expériences et réflexions. Une sorte de legs d’espoir pour sa famille et toute personne aux prises avec un verdict fatal.
Mais le plus admirable est sans aucun doute la philosophie tout originale qu’elle et son mari ont conçue de manière intuitive. Je l’ai nommée RESETS. J’expliquerai plus loin ce qui m’apparaît être une façon de vivre qui se doit d’être communiquée à un large public. Elle leur a conféré une attitude hors du commun, générant ainsi, malgré la gravité d’une fin imminente et inéluctable qui aurait pu en dévaster plus d’un, une extraordinaire qualité de vie. Et c’est bien ce qui justifie aussi l’écriture de ce livre.
D’aucuns pourraient se questionner sur la pertinence d’un tel ouvrage. Pou rquoi écrire à propos de cette femme ? Qu’a-t-elle fait de si extraordinaire pour qu’on lui consacre ces pages ? En fait, outre son intense désir de laisser une trace de sa vie, ce sont les amis, les collègues, son mari et surtout des inconnus qui ont témoigné de l’incroyable influence bénéfique qu’elle exerçait auprès de tous ceux qu’elle côtoyait. Au cours de sa maladie, Diane a décidé, non pas de se morfondre ni de s’apitoyer sur elle-même, mais bien de déployer son écoute et son empathie envers toute personne qui croisait son chemin. Elle irradiait une lumière particulière qui touchait tous les gens autour d’elle. Même les préposés aux soins palliatifs en ont témoigné.
Où a-t-elle puisé cette énergie alors que la vie physique s’estompait en elle, que ses forces s’amenuisaient de façon drastique ? Il aura fallu ce diagnostic de finalité pour qu’elle puisse lâcher prise sur le mental et se tourner vers le cœur. C’est u n peu comme si le fait d’avoir un pied dans l’au-delà, dans un espace où seul l’amour avait force de loi, lui donnait ce don particulier qu’elle partageait avec qui voulait bien la côtoyer. C’est donc empreinte de lucidité et de sérénité que Diane Verreault a semé, de manière contagieuse, du bonheur autour d’elle tout au long de sa maladie.
C’est aussi pour communiquer ce bonheur possible qu’est né ce livre. Il agira, nous l’espérons, comme un écho à la fois aux bien-portants, afin qu’ils apprécient davantage la vie, et également aux personnes éprouvées, afin que leur regard choisisse l’optimisme. Une manière de se convaincre de notre capacité à voir toutes les belles choses que la vie fait vibrer autour de nous, malgré nous. Il ne tient qu’à nous de les reconnaître et de nous les approprier pour alléger le plus dur des malheurs.
En la quittant, elle me confia : « C’est grâce à la maladie que j’ai pu enfin vivre ! Il ne me restait plus qu’à apprécier chaque instant et glorifier la Vie qui était encore en moi. Un formidable lâcher-prise. Un rendez-vous avec moi, à l’écoute de mon âme. »


Introduction
« J’ai encore du temps… »
A insi m’accueillit Diane en me parlant de son grand souhait d’écrire le livre de sa vie ou du moins des passages marquants. Un ardent désir de transmettre un peu de ses réflexions, de ses combats, de ses bonheurs.
Déjà fragilisée par le cancer qui, bien plus lentement que le pronostic médical annoncé, envahissait tout de même de plus en plus son cerveau, Diane s’exprimait malgré tout clairement, mais dans un débit assez lent. Son regard lumineux, témoignant de son tempérament passionné, irradiait tout son visage. Ses yeux profonds me fixaient avec lucidité et un éclair d’humour anéantissait immédiatement toute tentative de compassion ou de pitié à son égard. Digne. Voilà la Diane que j’ai rencontrée, assise près de l’immense fenêtre ouvrant sur la rivière, dans une atmosphère qui renforçait, plus encore, ce sentiment de vastitude comme un décor annonçant l’infini qui l’attendait dans l’au-delà.
D’un calme olympien apparent, on sentait pourtant le bouillonnement intérieur qu’elle nourrissait à l’égard de son projet, à présent trop lourd pour elle. Si elle avait su, au cours d’une quinzaine d’années, coucher ses réflexions dans une vingtaine de carnets, ses mains moins dociles l’empêchaient à présent de tenir un stylo. Avec ses sœurs et son mari, elle avait entrepris toutefois de relire tous ses carnets, d’ordonner ses écrits. Ce beau projet l'anima durant quelques semaines, histoire de traverser le temps qui lui restait sur cette Terre. Cela lui donna l’occasion de revisiter une partie de sa vie, d’en faire le bilan et de conserver, en point de mire, son désir intense de profiter de chaque petit moment de son existence, même handicapée par les conséquences de sa maladie.
Extraits d’un carnet de Diane
« Lorsqu’on sait qu’on va mourir bientôt, on a de drôles de pensées. Le pire serait de ne pas les dire. C’est un peu comme la mort dans l’âme que ressentent ces enfants de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) 4 , déconstruits à force de ne pas être entendus, d’être maltraités, ignorés, violentés. Quelque chose de cette flamme originelle s’estompe et laisse ces enfants en proie au mutisme comme pour tempérer l’intolérable. L’ignorance cruelle de leur existence. Des parents indifférents ou absents quand ils ne sont pas violents. »
Le rêve d’écrire sa vie
Son rêve ultime, écrire ce bout de vie qu’elle a parcourue comme une athlète consciente, en proie à un désir, rarement totalement assouvi, de se surpasser, de mieux agir, de donner, d’aimer, d’apprendre, mais surtout de savoir comment elle pourrait mieux apprécier son quotidien. Cette préoccupation nourrissait constamment ses pensées, ses écrits, bien avant même que la maladie ne vienne frapper à sa porte.
Depuis quelque temps déjà, elle s’intéressait aux archanges et recevait des messages qui semblaient la guider dans sa quête. Alors, elle les couchait sur papier, histoire de s’en souvenir pour les jours difficiles.
Tout va bien.
Message de l’archange Jérémiel : « Tout se déroule exactement comme il se doit et la situation comporte des bienfaits cachés que vous comprendrez bientôt. »
Encore une fois, Jérémy est dans ma vie. Ce que je veux dire, c’est qu’il interfère dans ma vie. L’archange Jérémiel est le symbole de mon fils qui me protège et me fait évoluer. Je le sens toujours près de moi.
Ce sont ici mes premiers écrits « organisés » pour raconter des petits bouts de ma vie. Je ne la trouve pas exceptionnelle, mais c’est la mienne. Plusieurs personnes m’ont suggéré d’écrire, sans que je sollicite leur avis. J’ai raconté tellement de souvenirs de toute cette vie pleine et entière , mais je n’ai jamais osé coucher ces mots sur papier. Probablement par peur de n’intéresser personne. Mais, est-ce le but ? Je veux avant tout me faire du bien à moi, cela devrait suffire.
« Il suffit d’un crayon » , m’a dit un jour un exposant qui présentait ses livres chez Archambault. Il a raison. Tout le monde en est capable.
Ainsi qu’elle l’écrivait déjà le 16 janvier 2008 :
J’ai décidé que mon projet de retraite serait d’écrire un livre, juste pour moi, pour ma satisfaction et pour un peu raconter mon histoire. Bien qu’elle ne fût pas exceptionnelle, elle a l’avantage de susciter une certaine réflexion. J’ai pris cette décision, j e crois, grâce à mon professeur de maîtrise en gestion et développement des organisations – cours sur la personne et le changement – qui m’a encouragée : « Tu as une belle plume », me souffla-t-il alors qu’il me donnait la note maximale pour un travail de réflexion.
Bon, voilà l’introduction. Donc, ce cahier servira de mémoire. Je reprendrai chacun des passages de ma vie ou de celles des autres pour créer de belles histoires !
Ce n’est que plus tard qu’elle pense réellement organiser ses écrits épars dans des carnets de toutes les couleurs. Des carnets toujours commencés et délaissés. Une vingtaine de pages, suivies de pages vierges. Chaque fois, elle entamait un nouveau carnet comme le départ d’une nouvelle histoire. En avril 2013, elle notait :
Et si j’écrivais…
Les grands thèmes de ma vie, ceux qui pourraient survivre, bien au-delà de moi, ceux qui ouvriraient les cœurs trop serrés par le temps qui leur manque.
Diane envisageait de parler de ses sœurs, de son frère, de ses neveux et nièces, de ses amis, de ses amours évidemment qui ont occupé une grande place dans sa vie, de son fils adoré , mais aussi un peu de son enfance et de ce père, décédé trop jeune. Ce père qui a laissé un vide qu’elle a tenté de combler par sa quête d’excellence dans le travail comme dans sa vie personnelle.
Enfin, elle a toujours voulu aussi, grâce à ses bilans récurrents, s’interroger sur sa quête existentielle, la vie qu’elle mène ou qu’elle évite, sur son cœur et ses tourments… sa grande sensibilité, ses doutes et ses excès menant à une certaine violence contre elle-même. Que dire de l’intelligence qu’elle s’est découverte, un peu candidement, à quarante ans, de ses talents cachés, un peu comme une révélation à elle-même. Bien sûr, il faudrait aborder aussi ses passions, comme le handball, et bien d’autres activités. Dieu sait qu’elles étaient nombreuses. Finalement, le passage de la maladie, sa préparation à la mort et surtout l’envie de vivre jusqu’au bout.
Dans sa longue liste de thèmes, elle semblait occulter son immense implication au sein de sa carrière professionnelle où elle aurait voulu faire tellement plus et mieux malgré son total dévouement. Elle en parle quand même dans les quelques épisodes consignés dans ses cahiers et que l’on découvrira plus loin dans le chapitre dédié à la DPJ.
Exaucer le rêve de réaliser ce livre, Diane , papillon de lumière , est pour son mari Réjean, son mari, une manière ultime de lui rendre hommage, mais surtout de lui faire ce cadeau, un projet qu’elle aurait voulu mener de front, comme tout ce qu’elle a entrepris au cours de sa vie.
Il faut une bonne dose d’humilité pour laisser ainsi, à une inconnue comme moi, la liberté de plonger dans son jardin secret, dans tous ses états d’âme qui l’assaillaient régulièrement au cours de toutes ces années.
Diane, j’aurais vraiment aimé pouvoir commencer « ton » livre quelques mois plus tôt, au moment où tu aurais pu m’accompagner dans l’organisation de tes écrits et ainsi profiter pleinement de ce rêve que tu chérissais tant. Le destin en a voulu autrement. Cependant, ton écriture, très précise, et le fait de t’avoir rencontrée quelques fois, m’ont permis, je crois, de refléter ta pensée. Après tout, l’écrit révèle bien davantage sur l’être profond, surtout lorsqu’il se confie en toute transparence et en toute authenticité. Je considère comme un don ultime le fait de m’avoir dit, en me remettant la vingtaine de carnets écrits au crayon : « Je vous fais confiance ». Je me suis, en quelque sorte, approprié ton histoire. Elle a été omniprésente au fil des mois de l’écriture de ce livre.
Le propos ici est double. D’une part, écrire ce livre pour répondre au souhait de Diane. Je me ferai son porte-parole en communiquant ses pensées, ses espoirs, ses réflexions qui toucheront son quotidien et qui auront un impact auprès de toutes les personnes de son entourage et aussi de parfaits inconnus croisés ça et là. Une façon bien à elle de poursuivre les confidences dans toute la chaleur de l’entretien privilégié. Au coin du feu, bien installés dans le fauteuil, sans doute un verre de vin à la main, les cœurs s’ouvrent et les confidences émergent. Toucher l’autre, se laisser toucher en toute vulnérabilité. Échanger l’énergie. Vibrer en cœur.
D’autre part, je ferai un lien avec notre « devoir » sur cette Terre en me référant à la phrase qui revenait souvent au cours des dernières années, une fois que le diagnostic fatal fut tombé : « J’ai encore du temps… ». Cette phrase, elle me l’a dite deux fois. Cela m’a frappée. C’était puissant et renvoyait à l’urgence de vivre, de déployer ses ailes de papillon fragile alors qu’elle se savait condamnée.
Sachant que nous sommes tous destinés à la même finitude, cette phrase résonne comme un appel à notre engagement vis-à-vis de nous, de notre âme, de notre mission. Bref, à l’importance de réaliser l’essentiel de ce qui nous habite alors que « nous avons encore du temps ». Ce temps qui peut nous être repris à n’importe quel moment. Une façon, justement, de ne plus le gâcher. Pourtant, cela semble facile à dire, mais nous tourbillonnons tous dans un horaire fou, alourdi de toutes ces contraintes qu’à nos âmes nous imposons, influencés quand même par tant de sollicitations commerciales à consommer les biens matériels. Cette pulsion effrénée de plus en plus intense nous attire comme des aimants vers des actes parfois bien trop superficiels que nous posons, comme un baume, pour contrer cette intensité parfois impossible à endurer.


4 . DPJ – Direction de la protection de la jeunesse. Diane a travaillé la majeure partie de sa vie au service de la DPJ.


Chapitre 1 Le verdict… « flirter avec la mort ! »
Cancer du cerveau – Glioblastome grade 4
On est vivant tant qu’on est fort On a la foi tant qu’on s’endort La rage au ventre J’y crois encore à tout jamais jusqu’à la mort J’y crois encore.
Chanson de Lara Fabian
D ia ne incarnait la force de vivre. Passionnée, elle se donnait à fond en tout. Certains diront qu’elle a peut -être brûlé la chandelle par les deux bouts. D’autres reconnaîtront en elle la force vitale et intense qui l’animait. Comment aurait-elle pu vivre autrement ? Elle qui voulait tant.
Cette quête d’authenticité l’a souvent menée dans les méandres des excès. Ce trop, à trop vouloir en tout. Ne ménageant pas ses heures à travailler, à étudier, à aimer, à jouer, à découvrir… la vie. Bien consciente de ses habitudes qu’elle ne pouvait ou ne voulait pas contrôler, ses carnets intimes se questionnaient longuement et régulièrement sur le bien-fondé de telles courses dans sa vie trépidante.
Amoureuse incandescente, jouant longtemps à l’amour adolescent, elle décide, après sa rupture avec Marcel, le père de son fils Jérémy, de se ranger en quête d’un grand amour à partager en toute lucidité, sans fard.
Un désir ardent d’équilibre était omniprésent chez elle. Dans une vingtaine de carnets, elle réfléchit, commente ses propres actions et ses questionnements. Elle y prend toutes sortes de résolutions pour être disponible à tous et à elle-même, un peu aussi. Analyste, elle veut comprendre. Elle remet tout en perspective et jette un regard très lucide sur les événements de sa vie.
Un grave diagnostic de maladie cardiaque aurait dû avoir raison de son déploiement de forces à outrance, mais la guerrière reprit ses activités de plus belle, passion en fanion. C’était en avril 2010.
Lorsque finalement ce cancer, un autre « ami » ainsi qu’elle le nomme, est venu frapper à la porte de son cerveau, celui qui l’avait si bien servie jusqu’à présent, elle dut admettre qu’il allait la forcer à prendre un répit vis-à-vis d e cette course effrénée. Avec une certaine fierté, elle expliquait qu’elle ne ferait jamais rien comme les autres : un glioblastome, ce cancer plutôt rare, le même qui avait eu raison de David Servan-Schreiber 5 , s’était bien établi en elle.
« Environ un an » avait annoncé le médecin. Mais c’était mal connaître Diane. Elle déclara : « Ce sera très rapide ou très long. »
D ans son journal, elle écrit :
Le 13 juillet 2011,
Ouf ! Quel choc ! En même temps, ce n’est pas vraiment un choc. Je savais que si je n’arrivais pas à ralentir le rythme infernal, à agir et à ressentir autrement, la vie me prendrait en charge. Ma vie ou bien mes anges. Ils m’ont vue me débattre de toutes mes forces pour m’apaiser. Ils ont vu ma tristesse de ne pas y parvenir. Je crois qu’ils ont vu la sincérité dans mes efforts. Ils ont ressenti ma souffrance dans cette prison intérieure. Rien ne m’a apaisée réellement que le tourment perpétuel qui me poursuit sans relâche. Cette quête acharnée de je ne sais quoi qui me distrait de ce que je souhaite au plus profond de mon cœur. Atteindre cette force plus puissante que moi qui me tenaille et me tue graduellement , assurément.
Combien de fois ai-je souhaité recevoir de l’aide dans le monde des humains ? Jamais, je n’ai reçu l’apaisement convoité. Seulement de petits moments de répit que j’ai touchés et qui ont glissé entre mes doigts sans que je puisse les retenir suffisamment longtemps pour me tranquilliser.
Me voilà donc dans la situation même que j’anticipais. J’en ai rêvé. J’ai espéré cette délivrance à maintes reprises. Tellement pénible cette souffrance que je m’imposais. Aucun remède, aucun traitement n'a soigné ma plaie. Elle est restée vive et douloureuse. Pourtant le chemin a été parsemé de nombreux, très nombreux plaisirs…
Des plaisirs intenses, des rires à en pleurer, des rêveries qui me remplissaient l’âme, des histoires rocambolesques presque irréelles et même des souffrances, sources d’inspiration infinies…
Je n’ai jamais été malheureuse. Je dirais même que j’ai été particulièrement choyée. La vie m’a gâtée souvent, très souvent. J’ai été le chouchou des anges. Ils m’ont toujours donné ce dont j’avais besoin. Ils m’ont toujours exaucée.
À présent, ils poursuivent leur mission. Ils m’aident à accomplir la mienne. Ils ne m’abandonneront pas. Ils ne l’ont jamais fait. Ils me laisseront le temps de quitter cette Terre en paix. Ils savent que je le ferai, que je n’ai plus à m’étourdir, à me « battre » contre moi. Ils savent que j’ai compris qu’ils sont plus forts que moi, surtout parce que je n’ai pas travaillé avec eux. J’ai travaillé seule, contre moi. Mais la bataille est terminée. Plus besoin de guerre. Plus besoin de violence. Plus besoin de rage. Plus besoin de rejet de moi.
Je suis Diane Verreault, dame aimante, chaleureuse, authentique et sincère. Mon cœur est bon, mon esprit est libre et mon intelligence est vive.
Séduire la mort, la conquérir !
Le 29 juillet 2011,
J’ai tellement flirté avec la mort qu’elle m’arrive tout bonnement, tout naturellement. Quelle surprise… pas vraiment. N’est-ce pas ce que je recherchais d’une certaine manière ? À toucher au plus périlleux de ma vie, à me balancer dans le vide et à retirer le pied à la dernière minute, à la dernière seconde. Pourquoi est-ce que je ressens cet attrait irrésistible de risquer ma vie terrestre, comme si je n’étais pas à ma place ici ? Comme si je devais aller ailleurs rejoindre d’autres espaces, d’autres forces.
Ce « départ » n’est-il pas ce que je recherchais, ce que j’anticipais ?
Elle est bien là, à ma porte, cognant ses petits coups légers, sans force, mais déterminée. Elle m’a bien prévenue qu’elle viendrait, mais je n’y ai pas cru 6 . Elle bluffait, selon moi. Elle n’avait pas ce pouvoir. Je l’ai mise au défi. Je l’ai poussée à agir. Je l’ai provoquée. Tout comme j’ai provoqué d’autres forces vivantes.
C’est bien moi que je reconnais maintenant. Cette rebelle indomptable.
États d’âme
Diane écrit depuis leur chalet dans les Laurentides :
Magnifique voyage avec ma très chère sœur Sandra. Nous sommes dans notre petite maison climatisée. Nous savourons un Château St-Jean, Cabernet Sauvignon 2009. Sandra lit et moi j’écris.
Comment se passe ma vie ? Plutôt bien. J’arrive à décrocher un peu.
Mon chum est exceptionnel ! Il est détendu et profite du moment présent. Il se repose. Le dernier mois a été infernal, pour lui surtout. Moi, je me suis laissée porter. J’ai un magnifique lâcher-prise sur la situation. En fait, j’ai lu « On peut se dire au revoir plusieurs fois 7 ». Cela m’a rassurée… un peu. Il y a des similitudes dans les réflexions de l’auteur et ce que je vis en ce moment.
La lumière de ceux qui ont trépassé et qui sont revenus me rassure. Qu’elle soit un phénomène de mon cerveau, de mes neurones ou de quoi que ce soit d’autre, cela m’importe peu. Ce qui compte, c’est de quitter en paix. Je souhaite ne pas ressentir la peur. D’ailleurs, je ne crois pas qu’on me laissera partir dans la peur. Je m’en irai, apaisée, j’en suis certaine. Cela sera la conclusion de toute cette longue traversée qui aura été la mienne. C’est pour cela que le cancer m’est arrivé. « Tout se passe comme il se doit. »
Voilà donc comment j’envisage la situation et j’espère que mes « amours » comprendront ce que je tente d’expliquer.
Ma vie…
J’ai mené une vie très heureuse, palpitante, exaltante, stimulante, excitante. J’ai goûté pleinement à chaque instant. J’ai dépassé mes limites. J’ai été fière de moi. Je me suis sentie unique, exceptionnelle. J’ai connu des moments de grâce.
Mais à travers cette exaltation, je ne suis jamais parvenue à m’apaiser. J’avais une telle envie de paix intérieure. Je l’ai cherchée, incapable de la trouver réellement. Bien sûr, il y eut quelques moments doux.
***
Réjean, mon Amour !
Je ne t’ai pas souvent écrit. Pourtant, j’ai mille choses à te dire. Probablement que le fait d’être dans ma vie au quotidien rend les mots superflus. Pourtant, je veux te laisser, à toi aussi, tout l’amour que j’ai pour toi. Car mon amour pour toi est fort et unique. Je n’ai jamais été aussi heureuse qu’avec toi. Tu m’as comblée et tu me combles encore énormément. Tu es arrivé dans ma vie un peu comme par la porte de côté. Je ne m’y attendais pas. Tu étais sympathique, sans plus. Il est vrai que deux éléments ont changé mon regard sur toi. Tu les connais. Mes deux amies, Louise et Céline, t’ont trouvé très gentil et lorsque je me suis perdue en voiture alors que j’étais devant toi, tu t’es arrêté, tu as pris le temps de bien m’expliquer et je t’ai suivi jusqu’à la route que je reconnaissais. Une petite lumière venait de s’allumer. Ah, il est plus intéressant qu’à première vue. Le lendemain, nous avons échangé des courriels et tu m’as accompagnée au spectacle de Serge Lama, moment de grâce. J’étais seule à ce spectacle et quel moment mémorable. Tu m’as ramenée. Nous avons pris un verre dans un pub du Vieux-Terrebonne où un musicien jouait. Tu m’as raccompagnée et tu as refusé d’entrer pour prendre un petit café. Eh oui ! Tu as refusé. C’était tout à fait imprévu. Je te trouvais un peu coincé. Mais tu es de ces hommes intelligents. Je dirais même que c’est ce que j’ai remarqué d’abord en toi. Tu es un homme particulièrement brillant, posé, réfléchi et qui ne dit pas d’absurdités. Tu es ma référence, ma sécurité, mon point d’appui… mais je dois m’arrêter, je vais pleurer.
Je disais donc que tu m’as séduite par ta gentillesse et ton intelligence. Tu m’as aussi donné du fil à retordre. Tu m’as résisté. Mais quelle bonne idée. Il le fallait pour que nous devenions ce couple si extraordinaire et uni. Je ne saurai jamais t’en remercier assez. Je t’en serai à jamais reconnaissante. Si tu avais flanché, nous nous serions quittés. Tu as été le seul à me tenir tête et j’ai finalement lâché mon emprise. Nous avons alors pu construire ensemble un espace à nous. Quel bonheur ! Tu m’as fait découvrir tant de choses. D’abord, la communion de nos cœurs. J’ai toujours été liée à toi par le cœur et l’âme. Je sais que toi aussi, tu as ressenti ce lien qui nous uni t.
Tu m’as fait découvrir un amour respectueux, honnête, chaleureux, disponible et qui n’a cessé de grandir.
Tu m’as aussi montré les plaisirs de la vie qui m’étaient autrefois moins accessibles, car je devais constamment porter la responsabilité du bonheur de ceux que j’aimais. Tu as pris des initiatives. Tu m’as initiée au golf d’abord, ensuite au plaisir du vin, de la moto, à la vie mondaine, aux voyages, aux échanges passionnés dans nos professions mutuelles, aux amitiés.
***
Le 14 août 2011,
En ce dimanche, je suis là, à mon magnifique chalet. Sur mes chaises brunes qui s’avancent sur le quai du lac. Le vent, le doux vent de ce dimanche d’août, sa douce caresse sur mes joues qui laisse flotter mes cheveux ondulés. Paix et sérénité m’habitent. Je me suis étirée. J’ai repensé. J’ai contemplé. J’apprécie ce moment. Même les humains sur mon lac, le lac Dufresne à Lantier, s’harmonisent avec cette nature qui se révèle à moi.
Voiliers et planches à voile accompagnent ce dimanche matin.
Étrange aussi de voir l’humain en harmonie. Je le vois davantage en train de détruire et de manquer de respect à la beauté de la nature. Étrange… Lorsqu’il est apaisé, l’être humain s’harmonise avec le décor. Il le complète, le rend plus beau. Étrange.
Aujourd’hui, je vois une nouvelle forme d’analyse de mon traitement de chimiothérapie. En fait, il s’agit d’une équipe de travail autour de moi. Et comme équipe, il y a des forces plus importantes et des forces vulnérables. Tout comme une équipe, nous pouvons ignorer ce fait. Nous pouvons même affaiblir les vulnérabilités dans le but de les faire disparaître. C’est notre choix. Mais nous pouvons aussi les intégrer en rendant l’équipe plus forte.
Je veux donc rendre mon équipe plus forte et m’aider à traverser le nécessaire et indispensable traitement. J’ai donc décidé que mes alliés les plus forts vont motiver et aider mes plus vulnérables afin qu’ils les rendent plus forts et surtout qu’ils leur donnent du courage et la conviction qu’ils ne sont pas là inutilement et qu’ils peuvent contribuer au succès final. Ainsi, les plus vulnérables se transformeront et contribueront à renforcer les plus forts plutôt que l’inverse.
Pas très compliqué comme stratégie. J’ai donc parlé à mes cellules, mes globules blancs attaqués afin que « tous » harmonisent leur rôle. Un travail d’équipe pour assurer ma guérison. Et je parle de la guérison du moment présent. Je souhaite connaître plusieurs guérisons quotidiennes et c’est la multiplication de ces guérisons qui me donnera accès à la guérison convoitée. Et jamais je ne dirai que je n’ai pas guéri du cancer puisque j’ai déjà guéri quelques fois. J’ai été sauvée lors de l’opération. Ils m’ont retiré la tumeur entière dans un état semi-conscient et je vais bien.
Mon enfance fut assez houleuse. Petite, je faisais des crises jusqu’à en perdre le souffle. Un médecin sympathique a conseillé à ma mère de me taper les fesses. Je ne sais si cela a fonctionné, mais en tout cas, aujourd’hui, à cinquante ans, j’ai atteint un certain niveau de sagesse. Je suis calme et pondérée. Je sais écouter et donner, souvent, de précieux conseils.
***
Le 19 janvier 2014,
J’ai décidé de simplement écrire. De ne plus juger ce que j’écris. De toute façon, je ne serai pas une écrivaine. J’ai le cerveau un peu abîmé et cela me limite et m’épuise. Je n’ai donc pas de limites à mon écriture. Je suis actuellement seule et le son de la pompe 8 accompagne le silence de cet après-midi. Voilà cinq semaines que ce son est répétitif à des heures bien déterminées. Il me réveille la nuit. Apparemment, il contribuera à ma guérison. Mon chien Salander fouille dans les armoires en guise de protestation à cette « plate » – ennuyante – journée d’hiver. Je devais être en Floride avec mon amoureux, mais cette pompe est toujours présente. C’est pour mon bien. Enfin… vous dire que j’aime le scotch. Il me procure une légère euphorie. Parfois, un peu trop, selon mes proches. Surtout parce qu’ils s’inquiètent pour moi et particulièrement lors de mes soirées arrosées… au risque de me blesser.
Ils ont tous raison, mais le scotch me procure un bien-être apaisant. Vous ne le savez sans doute pas, mais j’ai un cancer du cerveau. Incurable, disent-ils. Pour moi, cela a changé peu de choses. Enfant, je me suis mise à vivre sans vraiment y penser. J’ai cette chance de pouvoir demeurer dans le moment présent. Ce cancer me semble un peu irréel. Ce n’est que lorsque je me touche le crâne et que je constate que je n’aurai plus mes beaux cheveux qui m’allaient si bien, que j’en prends conscience. Mes petits yeux verts rayonnent encore et mon sourire est toujours aussi intense. Enfin, ils disent que je suis jolie. Mais avoir une peau de fesse derrière la tête n’est pas très séduisant même s’ils veulent me le faire croire. Je les aime tellement que je joue le jeu. Je ne mourrai pas jeune puisque j’ai déjà 50 ans. C’est un âge honorable et je me sens privilégiée d’avoir tant reçu. Croyez-moi, il n’y a pas plus comblée que moi. J’ai reçu tellement d’amour, bien plus que nombre de personnes en auraient espéré.
C’est fou comme l’humain veut se souvenir des bons moments… alors qu’à peine quelques années auparavant, Diane écrivait à propos de son mal de vivre dans ses carnets intimes. À chercher sans cesse ce bonheur suprême et surhumain, en fait, on s’épuise. Réjean commente : « Je la comprends , car même moi, je ne garde que de beaux moments avec elle… ».
Ce cancer étonnant offre donc des avantages. De plus, il me laisse du temps. La fille d’un bon ami s’est tuée l’automne 2013. Sans avertir, sans dire au revoir. Je trouve cette situation très souffrante pour mon ami. Moi, je survis avec autant d’amour alors qu’elle, mais surtout son père, vivent beaucoup de peines, des regrets, du désir d’un dernier moment qu’il n’a pu avoir avec elle. Enfin, on ne décide pas.
Encore du Vaucomicile (antibiotique) à prendre. Il me sera bientôt livré. Je demande toujours au pharmacien de parler à mon mari. Les gens ne réalisent pas que suite aux trois opérations au cerveau, j’ai beaucoup de difficulté avec ma mémoire à court terme. Ils se disent que ce n’est qu’un petit message à transmettre à Réjean. Ils ne savent combien c’est difficile de prendre un message sans les faire répéter plus d’une fois et lorsque je raccroche, je ne suis même pas sûre d’avoir bien inscrit ce que l’on m’a dit. Heureusement, Réjean comprend très vite la situation et il rappelle les infirmières ou le pharmacien, selon le cas. C’est cela avoir perdu une partie de sa mémoire à court terme. Les gens ne se doutent pas que derrière une femme encore très alerte se cache une femme apeurée de recevoir l’appel téléphonique d’une inconnue qui ne peut imaginer mon niveau de détresse. Malgré ma maîtrise en gestion pratiquement terminée, avec une moyenne de A, eh bien, je ne suis pas capable de comprendre les indications concernant le suivi de mon traitement médical.
Je viens encore de solliciter mon mari pour vérifier l’information qu’une infirmière m’a donnée. Ouf. Je n’ai pas fait d’erreur. Elle ne viendra pas avant 18 heures, car je n’ai pas reçu les médicaments de la pharmacie. Bien qu’ils soient tous très gentils, il y a un manque de coordination dans la livraison et la réception des médicaments. Sans jugement, car elles sont très dévouées et surchargées. Mais c’est bien mon mari qui est le meilleur pour gérer tout cela.
Dire que ma dernière fonction était de gérer le service de santé des jeunes suivis par la DPJ. J’ai hérité de cette nouvelle fonction sans vraiment m’y connaître en santé physique. Heureusement, j’ai reçu un cadeau de la vie puisque les infirmières m’ont adoptée dès le premier instant. Elles m’ont dit que nous allions vivre une aventure, cela même avant que je commence à déceler un problème de santé chez moi. Je n’étais plus capable d’écrire correctement. Tout se mélangeait. J’ai passé une demi-journée à tenter d’écrire un texte cohérent sans devoir le reprendre sans cesse. J’étais catastrophée. Enfermée dans mon bureau, un « ange » est venu me sauver. Mon amie Céline, qui avait observé des pertes cognitives chez moi (sans les identifier clairement), m’est venue en aide comme un ange salvateur et m’a fait part de son inquiétude à mon égard. Soudain, toute l’angoisse et la panique que je ressentais en moi depuis quelques jours se sont révélées bien réelles. Elle m’a recommandé de consulter rapidement un médecin et le reste s’ensuivit.
Cancer du cerveau, du moins je l’ignorais d’abord. C’était du stress… selon mon médecin. Mais je ne peux en vouloir à mon médecin. Pourquoi ? Parce que j’étais comme sa fille. C’est drôle, mais c’est la réalité. Il m’aimait comme sa propre fille et comme pour tout être proche, on en perd son objectivité et on ne veut pas voir l’évidence. Il m’a suivie durant vingt ans. Il m’a secourue dans des moments de grande détresse. Abandonnée par l’homme de ma vie, j’ai connu l’angoisse pour la première fois. Il m’a soutenue. Un jour, il a même tenté de raccommoder la fissure entre mon homme et moi. Mon amour d’alors a refusé cette belle tentative.
Par la suite, ce médecin a maintenu toute son affection pour moi. Pas étonnant qu’il n’ait pas cru à ce flamboyant cancer. Sa petite protégée ne pouvait avoir une maladie aussi grave. Il l’aurait vue. En fait, rien n’est simple. Lui en vouloir ? Pourquoi ? Cela n’aurait rien changé. Il me manque parfois, car j’étais un peu comme sa fille. Il a été présent dans les moments importants de ma vie. Je lui ai toujours dit qu’il était le père spirituel de mon fils. Il avait le don d’apaiser mon âme. Il s’est « trompé ». Je me suis souvent trompée. Il avait droit à l’erreur. Mais on a tendance à ne pas vouloir accorder cette prérogative aux médecins, car on croit qu’ils ne peuvent jamais se fourvoyer. Cela n’a pas de sens. Je lui ai téléphoné aujourd’hui. Je ne sais s’il me rappellera. J’aimerais, mais je ne veux pas m’imposer. Mon mari avait été sévère envers lui. Avec raison sans doute, mais qui ne s’est jamais trompé sur cette Terre ? Surtout lorsqu’on est moins objectif à cause de l’attachement affectif. Doit-on faire des reproches ? Sûrement pas. On fait de son mieux.
Je constate qu’écrire devient de plus en plus difficile. Non pas que je ne sache pas le faire, mais il y a des mots qui coulent moins bien. Il est temps que j’écrive, car bientôt ce sera impossible. En écrivant cela, je ressens une grande douleur. J’ai mal, juste à y penser. Je crois avoir un certain talent pour l’écriture. Humblement, mes professeurs à la maîtrise étaient un peu subjugués par mes écrits. Moins de talent que ma sœur ou plutôt un talent différent. Quant à moi, c’est mon cœur qui explosait dans ceux des autres. Manque de distance , mais beaucoup d’intensité. Qu’est-ce qui est préférable ? La différence. C’est tellement riche ! Qui aurait cru que l’écriture spontanée m’amènerait à laisser libre cours à mon histoire ? C’est un beau cadeau ! Je réalise qu’il ne me reste plus longtemps à exprimer mes émotions et mes états d’âme. C’est « drôle » d’y penser. Je réalise ma difficulté à maîtriser ma langue, ma communication. Ce sera dur, mais j’aurai quand même réussi à communiquer !
Alors, qu’est-ce qu’on mange ?
Le 8 janvier 2014,
Pas grand-chose à dire. Réjean va rentrer du travail. Aurais-je consommé mon scotch ? Hier, je me suis endormie à 19 heures. Je ne voulais pas me lever. J’étais bien. J’avais mon « biberon d’antibiotiques » à prendre et je n’ai pas été très coopérative avec Réjean. Il s’est fâché, mais moi je ne m’en souviens pas. C’est un manque de respect pour lui. Il est tellement bon et patient envers moi. Mais enfin, j’essaierai de faire mieux.
J’ai de la difficulté à écrire. Ça ne coule pas comme dans le bon vieux temps. Je dois réfléchir un peu plus. Parfois, je dois faire des efforts pour reconnaître le mot. J’ai buté sur le mot « souviens » tout à l’heure. Je ne le reconnaissais plus. Enfin, il faut que je me fasse une raison , car plus je suis atteinte et plus c’est difficile. Je sais que la parole m’abandonnera bientôt. Je crains ce moment, car une série d’autres pertes cognitives viendront ensuite. Pas facile à gérer.
Jérémy me verra dépérir. Je n’aime pas cela. Saura-t-il m’accepter ? Je crois bien. Je veux qu’il garde les meilleurs moments. Les photos lui rappelleront tout le temps passé ensemble. J’en ai beaucoup. Il faudrait que j’y ajoute des commentaires. C’est une bonne idée. Je verrai quand.
En fait, Diane a consacré un carnet entier à son fils Jérémy. On peut lire la plupart de ses textes dans le chapitre qui lui est consacré plus loin.
Que dire aujourd’hui ? Je me bats encore avec le scotch. Plus contrôlé hier. Il faut que j’y arrive… je me suis autorisé bien des plaisirs dans ma vie. J’obtenais pas mal ce que je voulais. Non sans un certain effort. J’étais persévérante. À force de ténacité, j’arrivais à mes objectifs, mais jamais au détriment des autres. Bien que, comme tout le monde, cette envie m’ait parfois guettée aussi. On n’était pas très riches. Je dirais que les sous étaient scrupuleusement comptés. Mon père et ma mère savaient multiplier les petits pains. Ma mère particulièrement. Elle nous nourrissait très bien grâce à des recettes simples et succulentes. Le boudin, le pâté chinois, le saucisson « baloney 9 », le spaghetti (mon repas préféré), le poulet du dimanche soir où tous étaient présents. Parfois, elle servait un peu de vin. Ces moments que mon père adorait. Il aimait jaser avec ses filles, surtout avec Sandra qui avait plus de connaissances et qui, il faut bien le dire, prenait toute la place lors de ces réunions familiales. Sandra était la fierté de la famille. Éloquente, elle avait gagné un concours oratoire. Elle avait le verbe facile. Une belle assurance que j’enviais un peu.
Mais ce que je convoitais le plus c’était le regard de mon père sur sa fille aînée. Dieu que j’aurais aimé lire dans ses yeux. Eh bien non. Ce n’était pas pour moi. Arrivée deuxième dans ma famille, je le resterai toujours à ses yeux. J’ai pourtant tellement espéré cet amour paternel, mais en vain. Je n’étais pas très exceptionnelle et Sandra avait tout fait avant moi. Je ne pouvais la surpasser. J’ai donc choisi d’autres chemins pour capter son attention. Dieu qu’il s’est souvent fâché contre moi. La rage, c’est quand même mieux que l’indifférence. Au moins, j’existais et il ne pouvait m’ignorer.
Le 28 janvier 2014,
Ce matin, je me sens triste. Pourtant, la neige est jolie. De gros flocons tombent. Ce serait une journée idéale pour aller jouer dehors. La neige toute fraîche est d’une blancheur immaculée. Je ne peux m’empêcher d’être triste. Mon amoureux a quitté le domicile pour cinq autres longues journées de travail. Le lundi est toujours difficile pour moi, comme pour tous les travailleurs sans doute. Je ne sais pas pourquoi on trouve cela aussi pénible. Les collègues ont parfois de trop lourdes responsabilités. Mais, à chaque fois, ils réussissent admirablement malgré l’incertitude et parfois le doute en leurs capacités. Je suis fière d’eux, mes amis. Ils travaillaient fort. Moi, j’ai pris la voie de service. Je les regarde d’un autre œil. Ils joignent le rang des valeureux travailleurs tous les lundis matin s. Moi, j’ai du temps devant moi… C’est plutôt une expression puisque je n’ai pas vraiment beaucoup de temps en réalité. Il me semble que je l’utilise mal. Je le gaspille.
On reconnaît bien ici Diane, exigeante et impitoyable envers elle-même.
Ce temps si précieux, mais en même temps, j’avais besoin d’arrêter le cauchemar incessant de ma vie. Je roulais à toute vitesse, celle de l’être désespéré. Jamais la lenteur n’était au rendez-vous. Incapable pour moi de ralentir. J’ai bien essayé, mais j’avais le pied pris dans l’engrenage. Je savais que le mur m’attendait. Impossible d’arrêter. J’ai bien essayé plus d’une fois. J’ai utilisé des outils de gestion des plus sophistiqués, mais finalement, ma conclusion était toujours la même : je n’arrivais pas à diminuer la cadence. Alors seule la maladie, et pas n’importe laquelle, a eu raison de moi ou plutôt a eu raison de cette course avec la vie.
C’était bien cela, une course. Mon intensité débordante m’a amenée vers des chemins dangereux, mais tellement trépidants. Je ne regrette rien. Rien de rien. J’ai eu la vie que je voulais. Un peu courte, sans doute, mais tellement pleine. J’ai été aimée. J’ai rencontré l’amour à quelques reprises et j’ai reçu le plus beau cadeau d’une fin de vie, l’homme de mes rêves, inespéré et encore un peu irréel. L’homme de ma vie. Il est là. Toujours là. Il aime sa douce. Il ne la regarde pas comme une malade massacrée par la chimiothérapie, la radiothérapie et les entailles de ces chirurgies répétitives… la perte de ses cheveux…, comme disparue à jamais. Il me regarde comme son amoureuse. Celle qu’il souhaite rejoindre le plus tôt possible, dès que son heure aura sonné. Je n’ai jamais été aimée à ce point. Je n’ai jamais vécu une telle authenticité en amour. C’est le plus grand et le plus beau cadeau que la vie m’ait offert. Alors, comment ne pas accepter ce départ lorsque le temps sera venu ? J’accepterai, parce qu’il le faut bien. Entre-temps, j’ai encore des missions à accomplir. Certains de mes proches ont encore besoin de moi. Le plus difficile c’est d’y avoir accès. Quelques-uns d’entre eux sont fermés comme des huîtres. D’ailleurs, ils ne veulent même rien entendre aux suggestions et outils que je leur propose afin de les aider à se dévoiler. Ceux-là m’inquiètent particulièrement. Ils s’acharnent à dire que tout va bien. Mais je les vois dépérir , à mon grand désespoir. C’est parfois si difficile de les atteindre si ce n’est, parfois, l’espace d’un court instant. Très vite, ils s’esquivent et le mur se remet en place. « Tout va bien. » Je sais que je ne suis pas toujours la personne appropriée pour les aider. Je ne suis qu’une petite goutte d’eau dans l’océan et je ne suis pas la plus indiquée pour ouvrir ce mur patiemment bâti au fil des ans. Pour certains, je n’ai pas réussi à créer le lien essentiel. Ils semblaient «trop loin » ou bien n’ai-je pas pris le temps nécessaire ? Je ne sais pas.
On dit souvent de moi que j’ai brûlé la chandelle par les deux bouts. Fort heureusement, je n’ai donc pas de regrets dans cette vie qui s’achèvera bientôt.
J’avais vingt-cinq ans et déjà mes amies trouvaient ma vie trépidante et inusitée. Moi, je n’y voyais rien d’anormal. J’avais un incommensurable besoin d’intensité. Tout m’amenait vers cette flamme qui brûlait en moi. Je ne voulais que toucher ce feu au risque de m’embraser, de brûler la mince couche de protection. C’était plus fort que moi. Très tôt, j’ai donc cherché le chemin du danger.
Le 30 janvier 2014,
Il faudrait aussi que je vous parle de ma « dépendance » au scotch. J’ai connu cet élixir lors de mes premiers traitements au Temodal. Je n’avais plus envie de boire du vin qui me laissait un goût amer. Moi qui étais une adepte du vin rouge grâce auquel j’ai vécu des moments mémorables. Mais la flamme du vin s’est éteinte pour laisser la place à un nouvel « ami », le scotch. Comme dans la chanson de Luce Dufault, Soirs de scotch 10 , le problème c’est que le scotch est trop intense et peut rafler une soirée entière sans trop de dommages le lendemain. Du moins, c’est le cas pour moi. Et c’est là qu’il devient un peu vicieux. Il est gai et sociable et on ne se rend pas compte de son effet à long terme, car il en veut toujours plus. C’est un alcool au puissant pouvoir addictif. Aujourd’hui, je tente de lui faire obstacle sans l’abandonner tout à fait. Dans ma situation, je me permets de continuer à flirter avec lui, car il sera peut-être l’un de mes derniers remèdes dans les moments ultimes de ma vie. Il permet d’oublier un peu cette dure réalité. C’est pourquoi je ne peux m’éloigner de ce plaisir. Enfin, je ne crois pas me faire trop de mal. Ce sont les gens qui m’aiment qui s’inquiètent et finissent par m’angoisser aussi. Alors, j’en reparlerai plus tard. Il faut que j’y réfléchisse.
Les soirs de scotch m’enchantent
Je ne sais pas si je te l’ai dit
Moi et la nuit mourante
Enlacée grise et engourdie
Refrain de la chanson : Soirs de scotch
Le 23 février 2014,
Bonne fête en retard, Lucie. Mais j’ai la chance de te voir dans quelques heures ! Amie fidèle. Nous n’avons pas toujours su nous comprendre, mais nous y sommes arrivées… enfin. Le travail nous a rapprochées comme il a su également nous distancer. Les mêmes souffrances, la même blessure de l’abandon. Comment ne pas toucher à la rivalité ? Un peu comme avec ma sœur. « Sois proche de moi, mais ne me surpasse pas. » C’est ce que je crois être ma vérité. Enfin les guerres se sont éteintes à tout jamais et ont fait place à de l’amour, a u respect et à la confiance. Merci à nos anges.
Ai-je encore du temps ? C’est à moi d’en décider. Il me reste encore des choses à accomplir. Je dois préparer mon fils à une vie heureuse. Il faut que je fasse de la place à une jolie jeune fille au cœur sincère. Est-ce que je l’en empêche ? J’espère que non, mais les mères, en général, ne sont pas de bonnes juges.
Je ne veux plus me sentir coupable d’être avec Réjean.
Le 15 avril 2014,
Temps triste. J’ai passé deux mois en Floride, dans notre maison mobile, sorte de fabuleuse extension de notre condo et de notre chalet. Peu de gens peuvent s’offrir de telles résidences secondaires. Il n’en reste pas moins que mon cœur est très lourd. Sans aucun doute, j’appréhende le résultat des prochains examens et de l’IRM (résonnance magnétique). On ne sait jamais quand tout cela finira. Il y a près de trois ans que le compte à rebours a commencé. Drôle de situation. Tous les deux mois, l’angoisse me reprend. Il y aura certainement une fin. D’ailleurs, les mots sont de plus en plus difficiles à reconnaître. On le voit dans ce carnet ou j’efface de plus en plus souvent les mots écrits au crayon. Parfois, je ne les reconnais pas du tout. Il me faut un instant pour y arriver. C’est la maladie qui gagne du terrain. Alors, je devrais écrire davantage.
Réjean me demande de lui donner un film qu’il pourra conserver. Un souvenir de moi. Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Il n’arrivera pas à m’oublier et j’ai peur que cela lui fasse du mal.
Qui pourra passer après moi dans sa vie ? Cela semble narcissique, mais nous avons eu de si bons moments depuis ma maladie. Cela nous a rapprochés. Nous sommes plus amoureux que jamais. Tout est profondément imprégné de respect. Je crains qu’il ne m’idéalise. Il doit bien se rappeler mes mauvais côtés pourtant. Enfin, c’est à lui de décider.
Le 3 mai 2014 ,
Deux jours de petite déprime. Je me sens oubliée. Pourtant, j’ai soupé avec mes bons amis Nathalie et Serge. Je me sentais loin d’eux ou plutôt, je les sentais loin de moi. Réjean m’a rappelé tout ce qu’ils ont fait pour moi. C’est fou comme j’oublie même les bons moments. Ils ont toujours été loyaux et fidèles. Pourquoi alors tant de tristesse de ma part ?
Bientôt trois ans à vivre avec ce cancer, cet ami qui m’a sauvée. Il est toujours là. Mes anges aussi. Ce matin, j’ai décidé de bouger, de faire des exercices et d’envisager des activités physiques qui me ressemblent. Je me sens passive. Je vais tenter de me secouer un peu. Il le faut. Il n’y a plus de temps à perdre. Le temps est moche. Maintenant je dois trouver mes plaisirs. Ces plaisirs authentiques. J’ai déjà fait une liste bien détaillée. Je vais m’y référer et je vous en parlerai plus tard. On verra ce que cela donne.
Nadine m’a proposé de m’aider pour l’écriture d’un livre. Un récit ou un essai. Un essai peut-être. D’ailleurs, c’est quoi la différence ? On essaie et si cela ne marche pas, j’aurai tenté ma chance. Je vais poursuivre l’écriture de ce qui ne s’écrit pas. La « DPJ ». Elle se vit. C’est pourquoi personne ne réussit à en parler ni à en dévoiler les méandres. Cela paraît trop invraisemblable parfois.
Nul doute que j’ai tout planifié pour vivre une telle finalité. J’ai choisi les sentiers sur le chemin de ma vie et je savais lequel me mènerait à destination. Avais-je le choix ? J’ai suivi ce qui m’appelait et qui était plus fort que moi. Dans quelle mesure décidons-nous vraiment ?
Moi, Diane, toute puissante, du moins je le croyais, j’ai choisi mon chemin. « Tout se passe comme il se doit. » Cette vieille âme tourmentée a obtenu ce qu’elle désirait. À la merci de ce qui doit être et était plus fort que ma propre volonté. Plus puissant que toute ma force.
Je cesse de souffrir et je commence à vivre avec celui qui m’accompagne… le cancer.
Il est moi. Il est en moi.Il fait partie intégrante de moi. Ce n’est pas mon ennemi. Il représente la partie blessée et mal en point de Diane. Il est sa souffrance. Le rejeter serait un peu comme me rejeter.
J’ai appris à aimer autant le bon que le mauvais de moi. J’ai ainsi cessé de souffrir puisque je pouvais me pardonner. Je ne vois donc pas comment je pourrais faire de mon cancer un ennemi.
J’aimerais bien arriver à m’approprier la croyance générale en ce qui concerne les causes du cancer à savoir : la pollution, la génétique, les mauvaises habitudes de vie et autres facteurs connexes, mais je sais que je me bernerais. Je me sens un peu timide et mal à l’aise de dire ces choses. J’ai peur de provoquer ou de précipiter les choses. Peur de m’attirer les foudres de celui qui se glisse de plus en plus en moi. Mais cette peur n’est-elle pas celle que l’humain a inscrite en lui ? Cet humain qui veut décider d’avance comment je devrais me comporter. Car si j’affirme que le cancer n’est pas mon ennemi et qu’à la limite, il est mon sauveur… que diront les autres êtres humains ? Que penseront-ils de moi ?
Incroyable ! Diane se préoccupe encore du qu’en-dira-t-on alors qu’elle aurait bien le droit de livrer sa pensée intime. C’est fou comme cela vous suit même quand il ne reste plus rien qu’elle et que sa fin est proche. Pourquoi se soucier des autres ? En fait, après réflexion, je crois que Diane voulait s’empêcher de prétendre que le cancer était son ami pour ne pas provoquer de peurs et de sentiments de culpabilité auprès des gens souffrant d’un cancer.
Quelle peur provoquerais-je en osant dire ce que je pense ? Ces choses qui font fuir, qui rendent la parole inaudible, vexatoire parfois. Le cancer… mon ami. Comme s’il y avait des mots pour le dire et que tous devaient être unanimes à ce sujet.
Il y a aussi ces silences très aimants. Les regrets, la tristesse et cette pensée de l’absence qui se pointera tôt ou tard et qui terrorise tout ce qu’il y a de vrai et de profond. De ce rappel à soi-même qui nous confronte à l’entrebâillement de la porte qui s’ouvrira pour nous… La fuite est parfois la seule solution, la plus étanche du mur qui se fissure. Loin de cette fissure à peine perceptible. Et même proche, on peut ne pas la voir en la décorant de mots inutiles et cérémonieux.
Il y a aussi ceux qui savent compter. Ils égrainent les jours qui restent et ils sont là ! Il y a ceux qui savent compter sur nous pour les rassurer. Certains en ont tant besoin et l’amour qu’on leur porte les rassure bien plus qu’il ne faut.
Mais ce qui ne se dit pas, c’est le mot « cancer » : il sonne cru, parle d’un ailleurs, finit en « r ». J’ai toujours pensé que les mots finissant en « r » étaient difficiles à entendre. Que leur terminaison les rendait solennels.
Dire que le cancer m’était nécessaire pour me sauver rend l’esprit confus, interloqué. Cela semble peu honorable ni recevable. J’ai toujours dit : « Qu’est- ce que je ferais si je n’avais pas peur ? J’oserais dire que le cancer joue le rôle que j’ai commandé. »
En effet, dans l’impasse la plus paralysante du carrefour de ma vie, j’ai espéré qu’il se produise quelque chose. J’ai rêvé d’un changement magistral dont je me souviendrais. J’ai rêvé, parfois souhaité, mourir pour mettre un terme à mes tourments parce que je n’arrivais pas à trouver la paix ou la sérénité en moi. Parce que chaque jour , je livrais bataille dans mon quotidien qui, finalement, n’était pas naturel.
La leçon de vie
Arrêtons-nous un instant pour revoir nos valeurs, nos objectifs et écouter la petite voix, notre guide trop souvent ignoré au prix de la performance, seul paramètre utopique ancré en nous dans ce siècle. La quête de sens semble être la préoccupation principale de notre époque. Autrefois, on parlait du spleen , ce mal, sorte de mélancolie généralisée dont souffrait bien des gens 11 . Aujourd’hui, on parle de quête d’authenticité, de sens profond, de mission de vie pour contrer la tourmente à vivre la vie qu’on nous présente, car elle ne cadre pas du tout avec nos aspirations profondes. Les êtres humains sont piégés dans une spirale infernale où ils entraînent leurs enfants. Que sera la future génération des adultes qui auront vu leurs parents s’activer avec autant d’énergie, de fougue comme si le fait d’être performant était garant de leur réussite ? Au lieu d’éprouver le sentiment de satisfaction du devoir accompli, ils ont ressenti la course folle que leurs parents menaient jusqu’à ce que maladie et mort s’ensuivent. Drôle d’héritage d’une société où ses baby-boomers ne rêvaient que d’une retraite « liberté 55 » à laquelle peu d’entre eux ont pu goûter.
La mort, ou plutôt l’arrêt de la vie quotidienne en toute responsabilité. Être totalement libre. C’est à cela que j’ai aspiré toute ma vie. Cette quête de liberté à laquelle je n’ai touché que par la multiplication des voyages. Cette liberté éphémère, limitée au temps des vacances, me permettait de respirer enfin véritablement durant ces courts séjours, dans la mesure où j’étais capable de quitter les lieux physiques de mon emprise.
Le cancer n’est donc pas un ennemi en soi. C’est l’ennemi de ceux qui ne l’ont pas apprivoisé.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents