La pédagogie Montessori
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Description


Concis, clair et précis, ce livre présente la pédagogie Montessori dans son historique, sa théorie et sa mise en pratique. Unique en son genre, cette pédagogie profondément respectueuse de l'enfant propose une éducation basée sur une connaissance experte des lois naturelles du développement. Les résultats des recherches récentes ne cessent de confirmer la pertinence de cette pédagogie tant en termes de qualité d'apprentissage que d'acquisition des compétences psychosociales (autonomie, créativité, confiance en soi...). Riche de citations de Maria Montessori, cet ouvrage propose aussi des activités faciles à réaliser avec vos enfants.



Concepts - Exemples - Activités




  • Quelle pédagogie... pour quelle finalité ?


    • Qui était Maria Montessori ?


    • De la pratique à la théorie


    • Cent ans après, qu'en dit la recherche ?




  • La Maison des Enfants


    • L'environnement préparé


    • Le matériel de développement


    • La pédagogie Montessori et l'avenir




  • Montessori en famille


    • La famille au coeur de la nouvelle éducation


    • Cahier d'activité Montessori


    • Concevoir des activités en lien avec l'approche montessorienne



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 mai 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782212149241
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0350€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Concis, clair et précis, ce livre présente la pédagogie Montessori dans son historique, sa théorie et sa mise en pratique. Unique en son genre, cette pédagogie profondément respectueuse de l’enfant propose une éducation basée sur une connaissance experte des lois naturelles du développement. Les résultats des recherches récentes ne cessent de confirmer la pertinence de cette pédagogie tant en termes de qualité d’apprentissage que d’acquisition des compétences psychosociales (autonomie, créativité, confiance en soi…). Riche de citations de Maria Montessori, cet ouvrage propose aussi des activités faciles à réaliser avec vos enfants.
Concepts Exemples Activités


BRIGITTE EKERT est éducatrice Montessori, diplômée depuis près de vingt ans de l’Institut Supérieur Maria Montessori de Paris (A.M.I). Titulaire d’un master de recherche en sciences de l’éducation et du diplôme de l’Institut Petite Enfance Boris Cyrulnik, elle accompagne toujours avec autant de joie le quotidien de nombreux enfants. Elle est l’auteur de Montessori au fil des saisons. 70 activités pas à pas (Eyrolles, 2016).
Brigitte Ekert
LA PÉDAGOGIE MONTESSORI
Histoire, principes, applications à expérimenter à la maison
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Mise en pages : Istria
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2017 ISBN : 978-2-212-56637-6
SOMMAIRE

Introduction
Partie 1 Quelle pédagogie… pour quelle finalité ?
Chapitre 1 Qui était Maria Montessori ?
Les jeunes années
Départ pour Rome
Volonté et ténacité
L’espace d’un doute
Première femme médecin d’Italie
Une femme engagée
L’interprète des enfants
Recherches et découvertes
Réflexions et applications
Un autre regard sur l’enfant
Du spécifique à l’universel
La première Maison des enfants
Métamorphose
Une femme hors du commun
Une vie au service des enfants
Quand Mario parle de Maria…
L’essentiel à retenir
Chapitre 2 De la pratique à la théorie
Aider la vie
Une approche novatrice
Des tendances universelles
Les processus de développement
La loi des périodes sensibles
Les quatre plans de développement
Le Bulbe
Les principes fondateurs de la pédagogie Montessori
Cinq principes
Compétences exécutives et psychosociales
Éduquer à la paix
De l’Éducation nouvelle…
… à la Nouvelle Éducation
L’essentiel à retenir
Chapitre 3 Cent ans après, qu’en dit la recherche ?
Éducation et neurosciences : éléments de réponse
Le cerveau, points de repère
Un environnement affectif décisif
La nécessité d’un adulte bienveillant
Face à un événement désagréable…
Neurones miroirs et apprentissage
Avis d’experts
Évoluer dans une ambiance chaleureuse et stimulante
Liberté permise
Mixité : émulation et coopération
Profil de l’éducateur
L’éducation, clef d’une nouvelle humanité
Principaux points validés par la science
Lois naturelles du développement
Ambiance
Liberté d’action
Âges mélangés
Profil de l’éducateur
L’essentiel à retenir
Partie 2 La Maison des enfants
Chapitre 4 L’environnement préparé
Un lieu adapté
Un lieu chaleureux, sécurisant et sécurisé
Un lieu stimulant, structuré, épuré
Discipline et liberté
Du temps pour la construction personnelle
Liberté de mouvement
Liberté de parole
Libre choix des activités
La mixité des âges et des sexes
Un apprentissage mutuel
Un soutien affectif et social
L’éducateur montessorien
Son profil
Sa fonction
L’observation
Décalogue de l’éducateur selon Maria Montessori
Devenir éducateur montessorien
L’essentiel à retenir
Chapitre 5 Le matériel de développement
Particularités
Fonctions
Travail
Nature profonde de l’enfant
Au service des facultés cognitives
Au service des facultés adaptatives
Le contrôle de l’erreur
La leçon en trois temps
La présentation du matériel
Les matériels
Le matériel de vie pratique
Le matériel sensoriel
Le matériel de biologie et de géographie
Le matériel de musique et d’arts graphiques
Le matériel de langage
Le matériel de mathématiques
L’essentiel à retenir
Chapitre 6 La pédagogie Montessori et l’avenir
Quel devenir pour les petits montessoriens ?
Adaptation et implication personnelle
Des jeunes plus épanouis
Des résultats nettement supérieurs
Un modèle d’innovation sociale : les « Semailles de l’empathie »
L’essentiel à retenir
Partie 3 Montessori en famille
Chapitre 7 La famille au cœur de la Nouvelle Éducation
Devenir parent
La qualité de l’attachement, un passeport pour la vie
Sécuriser pour rendre autonome
Quatre modèles d’attachement
De l’héritage inconscient…
Des modèles très influents
… À la transmission consciente
Savoir s’entourer
Conscience et responsabilité
L’essentiel à retenir
Chapitre 8 Cahier d’activités Montessori
Activités de vie pratique
Cadres d’habillage
Activités sensorielles
Activité de mathématiques
Les fuseaux
Activités de langage
L’essentiel à retenir
Chapitre 9 Concevoir des activités en lien avec l’approche montessorienne
Critères
Critères généraux
Critères particuliers
Lors de la présentation…
Mettre en place de nouvelles activités
L’essentiel à retenir
Remerciements
Bibliographie
Ouvrages consultés
Quelques suggestions
Notes
Plus que toute autre chose, ce que nous pouvons léguer à nos enfants, c’est « une source d’inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie »…
Jigmé Khyentsé Rinpoche
À ma mère, qui me l’a transmise.
À mon fils, à qui j’espère l’avoir transmise.
INTRODUCTION
« Les scientifiques ne sont pas des artistes qui créent, ils découvrent, et ce qui se découvre dépasse l’imagination humaine. Les lois de la nature apparaissent comme une mémoire extrahumaine que des hommes, délégués pour cela par l’humanité, rapportent à leurs frères humains. »
Georges Charpak, prix Nobel de physique 1
Ce livre vous convie à un voyage. Mieux, à une rencontre. Car parler de Maria Montessori, c’est bien sûr évoquer une méthode pédagogique particulière, mais c’est plus largement encore être amené à bousculer nos façons de penser et nos manières d’agir.
Ainsi, au-delà de la finalité humaniste, la proposition montessorienne consiste à considérer l’éducation comme « une aide à la vie ». Une expression prise au sens littéral, c’est-à-dire qui accompagne l’enfant dans le respect des grandes lois du développement humain.
En effet, tout l’art de cette éducation réside dans la connaissance de ces lois, la préparation de l’environnement, la qualité de l’observation et une profonde humilité. Car il y a ici une vraie grandeur – et un vrai challenge – à renoncer à notre toute-puissance d’adulte. C’est cet autre regard porté sur l’enfant qui constitue, pour Maria Montessori, « l’ultime révolution » nous restant à accomplir.
Les pages qui suivent s’adressent à vous, parents et professionnels. Elles souhaitent vous fournir les éléments nécessaires à l’élaboration d’une réflexion objective. Pour ce faire, les informations fournies font largement appel à des citations de Maria Montessori et à celles de nombreux experts. Le but de ces deux exigences est de rester au plus près de la pensée montessorienne et de recueillir, en fonction des thèmes abordés, le regard d’éminents spécialistes.
Au fil de ce texte, nous nous intéresserons tout d’abord à l’origine de cette pédagogie et à la perception que peut en avoir aujourd’hui la recherche. Nous en développerons ensuite les particularités au travers d’une Maison des enfants (classe Montessori 3-6 ans) et aborderons le devenir des petits montessoriens, avant de tenter de mieux en comprendre les applications au cœur de la famille.
PARTIE 1
QUELLE PÉDAGOGIE… POUR QUELLE FINALITÉ ?
CHAPITRE 1
QUI ÉTAIT MARIA MONTESSORI ?
« Sa puissance intellectuelle se doublait d’un charme plein de douceur qui devenait lumineux lorsqu’elle parlait aux petits enfants. Cette façon indomptable s’accompagnait d’une tendresse quasi maternelle pour les faibles, les opprimés et les sous-développés ; elle se sentait alors sollicitée pour protéger et encourager. Dans le souvenir de bien des gens, elle est la mammolina , la petite maman. »
E. M. Standing 2
Au programme Les jeunes années L’interprète des enfants La première Maison des enfants
Issue de la bourgeoisie catholique, Maria Montessori devient, à 26 ans, la première femme médecin d’Italie. Elle se spécialise d’abord en psychiatrie avant d’étendre ses recherches à l’éducation générale. Dotée d’une personnalité hors normes et d’une capacité de travail impressionnante, elle n’aura de cesse, tout au long de son existence, de mieux comprendre l’enfant pour mieux le servir.
C’est ainsi que dans une démarche d’approche globale, elle approfondit sa formation initiale par l’étude de la biologie et de l’anthropologie pédagogique ainsi que celle de la psychologie et de la philosophie.
Dans la dernière partie de sa vie, Maria Montessori considérera comme essentiel le développement des tout-petits dès la période fœtale, subodorant ainsi ce que la science allait mettre en lumière près de cinquante ans plus tard…
Les jeunes années
En ce dernier jour d’août 1870, Renilde Montessori, nièce du célèbre géologue Antonio Stoppani et épouse du très conservateur Alessandro Montessori, vient de mettre au monde une petite fille. Elle se prénomme Maria et fera sa joie et son bonheur.
Petite fille restée unique, Maria grandit entourée d’une chaleureuse affection et d’une stricte discipline. Sa mère, une femme douce et profondément croyante, la sensibilise très tôt aux autres. Elle lui demande d’effectuer des actions régulières, comme de tricoter quotidiennement pour les plus démunis. Des activités qui, loin de la rebuter, trouvent chez elle un réel écho.
Maria fréquente l’école communale d’Ancône, au bord de la mer Adriatique, et manifeste vite une force de caractère et une maturité étonnantes. Divers témoignages s’accordent à souligner son sens de la dignité personnelle, sa soif de justice, son désir de communication et… son caractère bien trempé !
Départ pour Rome
À l’aube de ses 13 ans, la famille Montessori s’installe à Rome. Cependant, à cette époque, l’Italie n’offre qu’un seul débouché professionnel aux femmes : l’enseignement. Et, de cela, Maria ne veut absolument pas entendre parler ! Elle est attirée par les mathématiques et souhaite d’abord devenir ingénieur. Au fil des années, elle s’intéresse à la biologie, avant d’arrêter son choix sur la médecine. Pour son pauvre père, qui a déjà accepté à contrecœur son intégration dans un lycée technique de garçons, c’en est trop, d’autant que la filière n’est tout simplement pas ouverte aux femmes… Mais il en faudrait plus pour décourager Maria. Elle réussit à obtenir une audience auprès du ministre de l’Éducation nationale, qui lui confirme l’impossibilité de se présenter. Au moment de partir, Maria remercie son interlocuteur et lui dit, avec une confiance tranquille : « Je sais que je serai médecin 3 . »
Volonté et ténacité
On imagine aisément les multiples difficultés auxquelles elle dut être confrontée, et le soutien précieux qu’elle trouva auprès de sa mère pour obtenir l’indispensable accord de son père…
Mais comme « là où se trouve la volonté, il existe le chemin », Maria trouva le sien et intégra la faculté de médecine. Toutefois, ces obstacles levés, il en restait bien d’autres, car ouvrir la voie n’est jamais chose facile. Et si, face aux étudiants hostiles et ironiques, elle fait bonne figure jusqu’à forcer l’admiration, elle fait aussi l’expérience douloureuse de l’injustice et du mépris. Pour illustrer la détermination et la vivacité d’esprit qui la caractérisent, rappelons une anecdote édifiante : alors qu’elle se trouve dans les couloirs de l’université, des étudiants sifflent avec suffisance cette femme qui ambitionne de devenir médecin. Loin d’ignorer l’incident ou de s’abaisser à répondre sur ce terrain, elle lance : « Soufflez, mes amis, soufflez, plus fort vous soufflerez, plus haut j’irai 4 ! »
L’espace d’un doute
Mais si Maria a gagné l’autorisation de s’inscrire à la faculté, il reste inconcevable pour l’époque qu’elle réalise des dissections avec les autres étudiants. Il lui faudra donc apprendre à dompter sa peur pour les effectuer seule, souvent de nuit… Et c’est justement dans ces conditions éprouvantes qu’elle décide, un jour, d’abandonner. En rentrant chez elle, elle aperçoit un petit enfant dont la mère est en train de mendier, un enfant des rues qui, en dépit des conditions difficiles dans lesquelles il se trouve, semble pleinement heureux. En le regardant, Maria s’aperçoit qu’il est fasciné par l’observation d’un morceau de papier coloré. Cette scène, pour des raisons qu’elle ne peut expliquer rationnellement, est la source d’une prise de conscience qui la bouleverse : elle doit devenir médecin. Face à cette évidence, elle retourne pratiquer la dissection demandée avec la détermination et la confiance sereine de celle qui a acquis une conviction profonde.
Première femme médecin d’Italie
Au mois de juin 1896, Maria soutient brillamment sa thèse devant une salle comble d’étudiants et de professeurs… pleins de préjugés. En relatant ce moment, elle confiera plus tard : « J’avais l’impression de me retrouver dans une arène, seule au milieu des lions... Des lions que j’allais devoir dresser 5 ! »
Une fois de plus, sa vivacité d’esprit et la limpidité de ses démonstrations font l’unanimité. Sa mère, son soutien indéfectible, assiste à son triomphe, tout comme son père d’ailleurs qui, bien qu’en froid avec sa fille depuis longtemps, est venu par un heureux concours de circonstances.
C’est alors un homme aussi surpris que fier qui reçoit les félicitations de l’assemblée et se rapproche – momentanément – de sa fille. Ce père déjà si bousculé dans ses conceptions traditionalistes imagine assister ici à la fin de ce qu’il considère comme des extravagances, mais, pour cette pionnière, au contraire, tout commence…
Une femme engagée
Animée depuis toujours par une conscience élevée de la dignité personnelle et une aversion profonde de l’injustice, c’est tout naturellement que Maria accepte de participer à des actions qui défendent les valeurs humanistes. Dans cette perspective, elle représente notamment son pays au congrès féministe de Berlin, et dénonce le travail des enfants dans les mines de Sicile.
L’interprète des enfants
« L’interprète est pour l’enfant la grande espérance ; c’est quelqu’un qui lui ouvre la voie des découvertes quand le monde lui a fermé ses portes. Cet individu qui l’aide entre en relation intime avec lui, une relation qui dépasse l’affection parce qu’elle offre une aide, et pas seulement une consolation (…) J’ai longuement travaillé dans ce sens, essayant d’être cette interprète de l’enfant ; et j’ai observé avec surprise l’élan avec lequel il court vers celui qui peut l’aider 6 . »
Après l’obtention de son diplôme, le docteur Montessori intègre la clinique psychiatrique de l’université de Rome. En tant qu’assistante, Maria se doit de visiter les services asilaires qui y sont rattachés, et c’est dans ce cadre qu’elle découvre les conditions de vie réservées aux enfants déficients mentaux : considérés comme fous, privés de toute stimulation, parqués avec dégoût. Elle acquiert alors la réelle intuition que la nature du problème est plus pédagogique que médicale. Dès lors, elle cherche avec passion la façon dont elle peut leur venir en aide : « Je fus pendant des années obsédée par ce qu’il fallait faire pour permettre à ces malheureux de se réintégrer à la société, d’y conquérir leur place et leur dignité d’êtres humains 7 . »
Les travaux de Jean Itard 8 et d’Édouard Séguin 9 captivent Maria. Le premier est un médecin qui se fit éducateur, le second est un éducateur qui devint médecin. Tous deux consacrèrent leurs vies aux enfants différents en refusant le principe d’incurabilité. Itard, qui accompagna Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron, avait conçu une méthode d’éducation pour sourds-muets que Séguin, son élève, a d’abord expérimentée une dizaine d’années auprès d’enfants déficients avant de la modifier et de l’enrichir.
Recherches et découvertes
En 1898, Maria donne naissance à son fils Mario et participe au congrès pédagogique de Turin. Elle y défend avec force et conviction le droit à l’instruction pour tous les enfants, et se voit confier quelques mois plus tard la direction de la toute nouvelle école d’État d’orthophrénie 10 . Une fonction qu’elle occupe pendant deux ans et durant laquelle elle intensifie ses recherches, se déplace dans des hôpitaux étrangers, ouvre un cabinet privé, assure l’enseignement des enfants déficients et participe à la formation des futurs maîtres « spécialisés dans l’observation et l’éducation des enfants faibles d’esprit ». Elle constate que ce qui diffère des apprentissages traditionnels n’est pas tant la particularité des contenus, comme on aurait pu s’y attendre, que la manière de les aborder. Convaincue par les expériences d’Itard et les propositions pédagogiques de Séguin, Maria entreprend de faire « fabriquer, guidée par ces tests, un très riche matériel 11 ». Elle développe également une méthode de lecture et d’écriture restée incomplète chez ces deux auteurs.
Bientôt, le climat bienveillant et l’approche pédagogique mis en place permettent d’obtenir des résultats jugés miraculeux . En effet, certains de ses petits élèves se mettent à lire et à écrire couramment, réussissant même par la suite à passer avec succès des examens destinés aux enfants « ordinaires ». Pour Maria, ce changement ne relève pas de l’inexplicable, bien au contraire : il est le fruit d’un accompagnement spécifique qui leur permet d’être « aidés dans leur développement psychique ». À l’inverse, elle s’interroge sur les difficultés rencontrées par les enfants « normaux » qui ont échoué ou obtenu des résultats inférieurs aux mêmes examens : « Je méditais sur les raisons qui pouvaient retenir les élèves sains des écoles à un niveau si bas, au point qu’ils étaient rattrapés dans les épreuves d’intelligence par mes malheureux élèves 12 . » Poursuivant son raisonnement, elle acquiert « la certitude que des méthodes similaires, appliquées aux enfants normaux, développeraient leur personnalité d’une façon surprenante 13 », et décide alors de se consacrer pleinement à cette tâche « comme pour la préparation d’une mission inconnue 14 ». Car toujours, chez Maria, se mêle cette foi vivante et vaste qui enjoint à la confiance et cette intelligence féconde faite de rigueur et de persévérance scientifique.
Réflexions et applications
Au cours des années qui suivirent, le docteur Montessori éprouva le besoin de prendre du recul pour réfléchir, approfondir et élargir ses connaissances. Elle commença par retranscrire les œuvres d’Itard et de Séguin, allant même jusqu’à les calligraphier pour associer la précision de son geste à celle de la pensée des auteurs. Le travail de la main comme auxiliaire endogène et exogène de la pensée sera d’ailleurs une des notions clefs de sa future pédagogie.
En 1904, Maria est chargée d’enseigner l’anthropologie pédagogique à l’université de Rome. Elle défend auprès de ses étudiants une conception et une approche éducatives très novatrices : elle porte son attention sur l’enfant lui-même en tant que sujet et non objet d’apprentissage. Un être, aussi petit soit-il, acteur de son développement, n’est pas « un vase que l’on remplit mais une source qu’on laisse jaillir ». En cela, Maria s’inscrit dans la lignée des humanistes du XVI e siècle, mais en diffère par le processus qui l’y a conduite. Car si, pour les premiers, cette perception est d’ordre philosophique, elle est pour Maria l’aboutissement d’une démarche scientifique.
Un autre regard sur l’enfant
La filiation directe de Maria se trouve auprès de Pereire 15 , d’Itard et encore plus de Séguin, c’est-à-dire auprès de chercheurs érudits, aussi pragmatiques qu’atypiques, qui ont consacré leur temps et leur intelligence aux plus faibles parmi les faibles : les enfants malades.
Ainsi, considérer l’enfant en tant que tel, doté d’une vie psychique propre, c’est inévitablement poser un autre regard sur lui et remettre en cause le rôle de l’adulte. Un véritable changement de paradigme culturel, social, familial et personnel en cette Italie du début du XX e siècle. Mais comme « rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu », un peu partout dans le monde, cette pensée s’éveille…
Du spécifique à l’universel
Cela fait maintenant près de dix ans que Maria a obtenu son doctorat. Durant toutes ces années, elle n’a eu de cesse d’apprendre pour mieux comprendre, et de comprendre pour mieux aider. Désormais, elle a acquis des savoirs et des savoir-faire conséquents. Elle est convaincue qu’une méthode éducative basée sur l’analyse rigoureuse des phénomènes physiologiques et psychiques, tout autant que sur l’attention et la bienveillance, serait favorable à tous les enfants sans exception. Une conclusion à laquelle Séguin lui-même était arrivé :
« S’il se pouvait que (…) la solution de la plus petite entraînât celle de la plus générale ; s’il se pouvait qu’en travaillant à résoudre la modeste question de l’éducation des idiots, on ait trouvé des termes assez précis pour qu’il suffise de les généraliser pour avoir une formule applicable à l’éducation générale… (…) Alors (…) on aurait préparé les matériaux d’une méthode physiologique de l’espèce humaine 16 . »
Et d’ajouter : « Il ne resterait plus qu’à l’écrire… »
La première Maison des enfants
Maria se prend alors à rêver d’un endroit qui accueillerait des enfants « ordinaires », des petits de 3 à 6 ans qui, encore indisciplinés et analphabètes, y effectueraient leur première rentrée scolaire. Un espace où elle pourrait appliquer, dans le prolongement des thèses de Séguin, cette nouvelle pratique éducative au service du développement humain. Et l’occasion se présenta… sous une forme inattendue et auprès d’un public improbable, puisque réputé inaccessible à l’enseignement en raison de son jeune âge. Enthousiaste, Maria accepta et découvrit ce qui allait devenir l’œuvre de sa vie.
En effet, dans le cadre d’un plan de réaménagement du quartier insalubre de San Lorenzo, le directeur général de l’Institut des biens fonciers de Rome propose à Maria d’assurer « l’organisation des écoles enfantines qui allaient être créées dans les maisons populaires 17 ». Des lieux spécialisés, directement implantés au sein des immeubles d’habitation, dont l’objectif est d’occuper les enfants esseulés de moins de 6 ans. Des « petits vandales » livrés à eux-mêmes durant l’absence de leurs parents, au travail, et de leurs aînés, à l’école, comme le décrira Standing.
Métamorphose
Le 6 janvier 1907, Maria accueille une soixantaine d’enfants dans ce qui est désormais « leur maison ». En se remémorant cette période, Maria écrira plus tard :
« Ce sont ces merveilleux enfants, ces pauvres et simples enfants de Rome qui m’indiquèrent la voie de la justice. Ce furent eux qui me persuadèrent de la tâche à laquelle je me sentais appelée : renouveler l’éducation, combattre de toutes mes forces les anciens préjugés de l’esclavage de l’enfant, et donc de l’homme. […] L’aider à vivre et aider l’humanité à construire un monde meilleur 18 . »
Au bout de quelques mois, ces enfants, portés par l’attention et la bienveillance (plus encore peut-être que par le reste), n’ont plus rien à voir avec les qualificatifs peu enviables dont on les affublait au début.
Non seulement ils se sont assagis, mais ils manifestent un réel appétit d’apprendre et une joie de vivre évidente. Face à ce qu’il convient d’appeler « une métamorphose », trois nouvelles Maisons des enfants voient le jour au cours des onze mois suivants : deux dans des quartiers populaires et une dans un quartier bourgeois. Maria observe, analyse, crée, modifie, ajuste sans relâche sa pensée, son matériel et sa façon de transmettre. Dès l’année suivante, l’ampleur prise par ce travail est telle qu’elle ne peut envisager de poursuivre ses autres activités. Comprise et soutenue par sa mère, elle renonce à son cabinet privé et à sa chaire universitaire, puis fonde à Rome le premier centre destiné à la formation des éducateurs Montessori.
Une femme hors du commun
Femme engagée, cofondatrice de la Ligue internationale pour l’Éducation nouvelle, chercheuse insatiable, voyageuse infatigable, interprète de ces citoyens oubliés porteurs d’une humanité meilleure, Maria n’aura de cesse de former et d’informer tout au long de son existence.
Aucun événement n’était de nature à la faire dévier de ce à quoi elle croyait profondément. Ni l’impossibilité statutaire de s’inscrire à la faculté de médecine, ni les humiliations qu’elle y a subies, ni les convenances sociales auxquelles elle a dérogé, ni les deux guerres mondiales qu’elle a connues, ni l’exil auquel elle a été contrainte, ni les multiples distances qu’elle a dû parcourir, ni le volume de travail qu’elle a dû fournir, ni même l’incroyable reconnaissance internationale dont elle a fait l’objet. Rien, absolument rien, ne pouvait l’empêcher d’avancer. Sur ce point, elle est à l’image du personnage Hernani, de Victor Hugo : une force qui va.

La Ligue internationale pour l’Éducation nouvelle

Les pédagogies nouvelles s’inscrivent dans un mouvement développé en 1921 lors de la fondation de la Ligue internationale pour l’Éducation nouvelle (LIEN). Maria Montessori, Adolphe Ferrière, John Dewey et Jean Piaget participent notamment à sa création. Le terme de pédagogie nouvelle puise son nom dans la rupture qu’elle entend marquer avec l’état d’esprit et les pratiques éducatives traditionnelles en termes de conception de l’enfant, du rôle de l’école et du profil de l’éducateur. John Dewey en évoque les caractéristiques :
« Si l’on essaie de dégager la philosophie impliquée dans les pratiques de l’Éducation nouvelle, on peut, me semble-t-il, discerner certains principes communs à toutes les écoles progressives existantes, en dépit de leur diversité. À ce qui s’impose du dehors, on oppose l’expression de la culture de la personnalité ; à la discipline externe, l’activité libre ; à l’enseignement qui procède des manuels et des livres, celui de l’expérience ; à l’acquisition d’aptitudes particulières obtenues par dressage, celles qui permettent l’accomplissement de fins liées aux tendances profondes ; à la préparation d’un avenir plus ou moins éloigné, la saisie intégrale des possibilités qu’offre le présent ; aux buts et à la manière statiques des programmes, le commerce avec le monde en perpétuel changement 19 . »
Une vie au service des enfants
Dans les dernières années, elle considère comme essentiel le développement des tout-petits dès la période fœtale, subodorant déjà ce que la science allait mettre en lumière près de cinquante ans plus tard. Le profond respect de l’enfant et l’observation rigoureuse de son activité spontanée lui ont donné accès à la compréhension de certaines lois dont la valeur s’est révélée universelle.
C’est ainsi qu’au terme de sa vie, Maria aura élaboré une pédagogie pratique, de la naissance à la fin de l’adolescence, qui stimule et soutient le développement humain dans ses multiples dimensions. Un partenariat scientifique entre la nature et la culture, une Nouvelle Éducation qui renferme, selon elle, les clefs d’une humanité meilleure. Elle nous laisse en héritage de nombreux ouvrages dans lesquels elle détaille son approche générale ainsi que quelques-uns, plus spécifiques, sur l’éducation religieuse, qu’elle aborde de façon analogue.
Le 6 mai 1952, Maria s’éteint soudainement auprès de Mario, son fils unique.
Mario poursuivit l’œuvre de sa mère à la tête de l’association Montessori Internationale jusqu’à son décès, en 1982. Il apporta une contribution personnelle conséquente dans le domaine de la botanique et celui de l’éducation cosmique, notamment.

L’éducation cosmique

L’éducation cosmique de Maria Montessori permet à l’enfant de 6 à 12 ans de comprendre le monde dont il est issu. Au cours de ces six années, l’enfant explore cinq grandes histoires à partir desquelles il est amené à approfondir les domaines qui l’intéressent plus particulièrement. Ces grands récits ont pour thèmes la création du monde, l’apparition de la vie sur Terre, l’évolution de l’homme, celle des civilisations, et l’histoire de l’écriture et des mathématiques.
Quand Mario parle de Maria…
« Un jour, étant enfant, je me trouvai séparé d’elle dans une foule ; quand je la retrouvai, je déclarai, tout fier :
“Tu peux aller où tu voudras, je trouverai toujours moyen de te suivre.”
J’ai presque réussi à faire de ce propos une réalité pendant quarante ans (…).
Après la guerre, âgée de plus de 70 ans, elle revint en Europe. Nous habitions une maison au bord de la mer (…) en Hollande (...). Un jour de mai, je déjeunais avec elle devant une fenêtre donnant sur les champs de tulipes et la mer. Je lui dis que j’avais fait la connaissance d’un fonctionnaire du Ghana (…) On nous demandait (…) d’aller là-bas pour aider à la formation des professeurs.
“S’il y a des enfants qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux (…), bien sûr qu’il faut y aller.”
Je lui rappelai la chaleur [de ce pays], les conditions de vie difficiles (…) Elle avait tout de même 81 ans.
“Je vois ça : tu ne veux pas que j’y aille, dit-elle d’un ton gentiment réprobateur. Méfie-toi qu’un beau jour je ne parte sans toi.
– Oh ! Tu peux bien aller où tu voudras, je trouverai toujours le moyen de te suivre, dis-je comme je l’avais fait petit garçon.”
Je quittai la chambre pour chercher dans un atlas une carte de l’Afrique. Quand je revins, ma mère était morte.
Elle serait allée au Ghana, assurément, ou en n’importe quel autre lieu où des enfants pouvaient avoir besoin d’elle 20 . »
L’essentiel à retenir Maria Montessori (1870-1952) fut la première femme médecin d’Italie. Inspirée par des chercheurs érudits aussi pragmatiques qu’atypiques, sa filiation se trouve auprès de Jacob Rodrigue Pereire, Jean Itard et, plus encore, d’Édouard Séguin. Maria Montessori ouvre en 1907 la première Maison des enfants, qui accueille des petits de 3 à 6 ans. Très vite, la qualité des résultats obtenus interpelle, et de nombreuses Maisons des enfants se créent un peu partout dans le monde. Maria Montessori, en véritable pionnière, prend le parti de l’enfant et développe tout au long de sa vie une pédagogie basée sur l’analyse rigoureuse des phénomènes physiologiques et psychiques tout autant que sur l’attention et la bienveillance.
CHAPITRE 2
DE LA PRATIQUE À LA THÉORIE
« Seule l’observation immédiate des enfants dont on a respecté la liberté m’a révélé certaines lois de leur vie intérieure, et j’ai découvert par la suite qu’elles avaient une valeur universelle 21 . »
Au programme Aider la vie Les processus de développement Les principes fondateurs de la pédagogie Montessori Éduquer à la paix
Aider la vie
« Le but nouveau proposé à l’éducation, c’est d’aider l’esprit dans ses divers processus de développement, de seconder ses énergies variées et de renforcer ses facultés 22 . »
Une approche novatrice
Au cours des années à San Lorenzo, le docteur Montessori observe de manière scientifique l’activité spontanée des enfants de 3 à 6 ans et en tire une lecture bien différente de ce qui se faisait auparavant. Là où certains voient de l’irrespect, elle voit confiance et autonomie ; là où d’autres voient des caprices, elle voit l’expression d’un besoin physiologique irrépressible. Cette perception l’a conduite à appréhender l’enfant dans ses multiples dimensions : physique, psychique, cognitive, affective et sociale.
C’est précisément à travers cette conception novatrice du développement que se situe la contribution majeure de Maria Montessori. Cette approche lui permettra d’élaborer une pédagogie profondément respectueuse de l’enfant et de ses besoins spécifiques. Une éducation conçue comme une aide à la vie , c’est-à-dire qui coopère de façon active avec les lois biologiques de l’espèce humaine.
Dès le début de l’expérience de San Lorenzo, l’attention de Maria est attirée par des comportements inhabituels chez les enfants. Dans une démarche scientifique, elle va d’abord identifier ces phénomènes, puis chercher à les reproduire avant de pouvoir les analyser. Et par un heureux concours de circonstances, qui présidera à la création du principe du libre choix , les conditions d’émergence de ces phénomènes vont lui être données.
Des tendances universelles
Très rapidement et contre toute attente, l’ activité spontanée des enfants révèle l’expression de caractères communs (la répétition de l’exercice, le besoin d’ordre, la soif de vocabulaire…). Des similitudes remarquées non seulement au sein de la première Maison des enfants , mais aussi dans toutes celles qui ouvriront ensuite de par le monde (États-Unis, Canada, Allemagne, Hollande, Russie, Japon, Inde…). De fait, aucune différence n’est à même de modifier ce processus : ni le lieu, ni la culture, ni les conditions sociales (enfants de familles favorisées, défavorisées, ou orphelins). Ainsi, l’expérience permet de relever « des tendances universelles et, par conséquent, de déterminer les lois naturelles sur lesquelles l’éducation doit avoir sa première base 23 ». Ces lois, si elles sont respectées, permettent d’acquérir les apprentissages avec aisance et précision, parce que les enfants sont portés à cet âge par l’énergie expansive de la vie. Ce respect favorise un développement harmonieux parce que l’enfant n’est alors pas confronté à des forces antagonistes, celles que lui intime la nature et celles que lui dicte l’adulte.
Délivré des conflits internes, préservé dans sa cohérence, l’enfant peut alors se consacrer à devenir pleinement lui-même, à la fois individu singulier et membre de la communauté des hommes, car « il n’y a pas d’éducation particulière qui ne fasse écho à l’éducation plus générale de l’humanité 24 ». Dans cette perspective, la pédagogie Montessori conçoit l’éducation au sens de Catulle 25 , c’est-à-dire de « faire éclore ». Elle entend ainsi accompagner l’enfant dans la conquête de ses diverses autonomies (physique, psychique, cognitive, affective et sociale) pour lui permettre d’épanouir ses multiples potentialités.
La pratique montessorienn

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