Les clefs de la colère
119 pages
Français

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Les clefs de la colère , livre ebook

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Description


Et si l'équilibre familial passait d'abord par celui, intérieur, des parents ? Mais alors, comment expliquer ces agacements, ces cris, qu'il nous arrive de proférer à leur encontre ?



Comment comprendre ces mots blessants qu'on peut leur adresser ? Oui, comment accepter cette violence qui monte en nous à l'occasion d'une crise que l'on a parfois du mal à contenir ? Pourquoi est-ce plus fort que soi ?



Ce livre s'adresse à tous les parents qui ne savent plus comment procéder avec leur(s) enfant(s) et qui veulent revenir à une relation d'amour et de simplicité avec eux.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 mars 2020
Nombre de lectures 2
EAN13 9782212508543
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Et si l’équilibre familial passait d’abord par notre calme intérieur ?
C hoisir d’être parent est une belle mission de vie. Vouloir faire de son mieux, une motivation naturelle qui nous habite. Attention pourtant à ne pas tomber dans l’excès, sous peine de voir fleurir les tensions et la relation avec son enfant se tendre.
S’appuyant sur son expérience de femme et de mère, Noémie de Saint-Sernin a développé une méthode en quatre clefs qui l’a aidée à anticiper ses propres réactions et lui a permis de jouer son rôle de parent responsable. Cette méthode s’appuie sur la compréhension et la gestion de sa colère et celle de son enfant.
Chaque relation est unique, chaque enfant aussi et chaque parent également. Quand on agit avec ouverture, compréhension et amour, on crée une relation bénéfique et enrichissante pour chacun. Vous aussi, faites ce travail d’introspection et revenez à une relation d’amour et de simplicité avec vos enfants !

Coach certifiée, auteure, conférencière et formatrice en développement personnel, Noémie de Saint-Sernin est maman de trois filles. Elle a créé deux programmes en ligne, « Les clefs du passé » et « Les clefs de la colère », pour contribuer au monde meilleur auquel elle croit. Des milliers de personnes ont suivi ses programmes.
Noémie de Saint-Sernin
Les clefs de la colère
MANUEL DE SURVIE POUR PARENTS AU BORD DE LA CRISE DE NERFS
Éditions Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com

Ressources pour compléter la lecture de ce livre

Pour recevoir les vidéos de mes conférences et accéder à des ressources complémentaires, rendez-vous sur :
https://noemiedesaintsernin.com/livre2
Ou bien scannez ce code :
Création de maquette et mise en pages : Sandrine Escobar
Illustration page 76 : © Hung Ho Thanh
Illustration en début de clefs : © Inkie
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris.
© Éditions Eyrolles, 2020 ISBN : 978-2-212-57217-9
À mes enfants, lumières de ma vie.
À tous les enfants, lumières du monde.
À nos enfants intérieurs, lumières à rallumer.
Remerciements
Ce livre n’aurait jamais pu voir le jour si je n’avais pas eu des enfants. Ma reconnaissance pour mes filles, Laurine, Marie et Louise, est indicible. En faisant de moi leur maman, elles ont ouvert mon cœur à l’amour. Avec elles, je n’ai jamais eu peur d’aimer et c’est pour elles que je ne cesse d’apprendre à être une meilleure maman, moi qui ne sais pas ce que c’est.
Je voudrais remercier mon mari pour son soutien de tous les jours et sa patience. Sans lui, ma vie n’aurait pas la même saveur. Je le remercie pour son amour indéfectible, même dans les moments les plus difficiles. Je lui suis reconnaissante d’avoir bien voulu, une fois de plus, être mon premier lecteur.
J’aimerais aussi dire ici toute ma reconnaissance à toute mon équipe, celle qui travaille à mes côtés chaque jour, et qui est un socle sur lequel je peux m’appuyer, même quand, prise par l’écriture, je deviens moins présente.
Je n’oublie pas non plus toutes ces personnes qui m’accordent leur confiance et que j’accompagne au quotidien. Tous les membres de mes coachings et formations, mais aussi les followers de mes réseaux sociaux et les abonnés à ma newsletter qui m’ont soutenue tout au long de ce projet d’écriture. Et ma profonde gratitude à tous ceux qui ont inspiré les illustrations de ce livre.
Je tiens aussi à remercier mes éditrices, Joanne et Marguerite, pour leur confiance, ainsi que Rachel, qui, avec bienveillance, m’a poussée à tenir les délais, sans oublier Géraldine, pour son regard et son travail de relecture et de mise en pages si précieux et si juste.
Et enfin, je rends grâce à la vie, maintenant et pour toujours.
Sommaire
Mon histoire...
Des ressources internes en dépit du vide extérieur
La rencontre avec soi-même et sa vulnérabilité
S’autoriser à exprimer sa peine
Retrouver la paix intérieure
Introduction
Chaque parent est unique, chaque enfant aussi
Vers la parentalité responsable !
Quelques recommandations
Un risque aux conséquences positives
Agir pour le bien-être de la famille
Ma philosophie, ce que je crois
On ne peut éduquer un enfant sans tenir compte de sa propre enfance
Tous les enfants naissent bienveillants, empathiques et joyeux
Aucun comportement ne justifie la violence
L’amour se doit d’être inconditionnel
On ne peut donner que ce que l’on possède
Nos émotions nous alertent sur des besoins à combler
Ce ne sont jamais les autres qui nous mettent en colère
Il n’y a pas d’enfants ou de parents méchants, juste des gens qui souffrent
Il n’est jamais trop tard pour réparer la relation à ses enfants
Le plus grave, c’est de ne pas revenir sur sa colère
Nous ne serons jamais des parents parfaits, mais nous pouvons tous devenir des parents responsables
CLEF 1
Comprendre ma colère
L’influence de notre passé
La colère, qu’est-ce que c’est ?
CLEF 2
Comprendre la colère de mon enfant
Ce qui se passe dans le cerveau d’un enfant en colère
Les besoins des enfants
Levons le voile sur quelques idées reçues
CLEF 3
Comment gérer ma colère
Se remettre en question
L’acceptation
Cultiver la bienveillance pour soi-même
Dix solutions alternatives à la colère
CLEF 4
Comment gérer la colère de mon enfant ?
Les dix commandements du parent responsable et bienveillant
Les alternatives pour aider nos enfants à gérer leur colère
Conclusion
Quelques recommandations de lecture
À propos de l’auteur
Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées .
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.
K HALIL G IBRAN - L E P ROPHÈTE
Mon histoire…
« C’est lorsqu’ils semblent en mériter le moins que les enfants ont le plus besoin d’amour et d’attention »
A LETHA S OLTER
Nous sommes le 28 juin, au début de l’été, et je viens de me réveiller dans la chambre confortable d’une clinique privée. Dans quelques heures je serai maman.
La veille, la poche des eaux étant peut-être fissurée, le personnel médical a décidé de me garder en observation pour la nuit. Je suis à deux semaines du terme et mon bébé semble vouloir pointer le bout de son nez avec un peu d’avance. Il faut dire que je l’attends avec impatience. J’ai hâte et en même temps j’ai peur.
Contrairement à nombre de mes amies ou des femmes que j’ai pu ren-contrer au gré des visites prénatales, ce qui m’inquiète est très particulier, d’ailleurs je n’en parle à personne, pas même au papa, qui ignore tout de mon passé.
Ce que je redoute n’est pas que mon bébé soit mal formé, qu’il soit en mauvaise santé, que son poids ne soit pas conforme, pas plus que d’avoir mal ou de subir une césarienne.
Rien de tout ça !
Moi, ce qui m’horrifie, c’est de reproduire l’éducation que j’ai reçue. Je le sais pour avoir beaucoup lu à ce sujet : la violence est un héritage qui peut se transmettre. Plus encore, la majorité des personnes maltraitées deviennent maltraitantes à leur tour.
Condamnée par les statistiques, je sais que mes chances sont réduites. Voilà ce qui me fait peur. Je suis terrifiée à l’idée de devenir un bourreau pour mon enfant. Je redoute d’être emportée par des émotions tellement fortes que je pourrais en venir à le blesser.
Ce que j’ignore à cette étape de ma vie, c’est que ceux qui frappent leurs enfants sont ceux qui n’ont pas remis en cause leur propre modèle éducatif. Or moi, je l’ai non seulement rejeté, mais en plus je porte dans mon cœur une promesse d’enfant. Un serment que je n’ai cessé de me répéter chaque fois que les punitions, les cris, les coups que l’on me donnait me semblaient tellement injustes, humiliants, dégradants, effrayants. Cette phrase, je la porte en moi, c’est mon mantra : jamais je ne lèverai la main sur mes enfants.
Mais rien ne me garantit que je vais être capable de tenir mes promesses. Après tout, mes parents ont été battus, ils m’ont battue, peut-être qu’eux non plus n’aimaient pas être maltraités. Peut-être qu’eux aussi avaient promis de ne pas frapper leurs enfants. Et pourtant…
Alors que ces questions tournent en boucle, les contractions débutent subitement et se font, en quelques minutes, plus intenses. Ma fille est prête, je le suis moi aussi. De toute façon, je dois en avoir le cœur net, il est trop tard, tout retour en arrière est impossible. Nous sommes tant pressées toutes les deux que deux heures à peine après la première contraction, je peux enfin la tenir dans mes bras. À cet instant très précis, je le sais, j’en ai l’intime conviction, jamais je ne la frapperai. Jamais je n’exercerai de violences physiques sur elle.
Des larmes de joie roulent sur mes joues tandis que nos regards se croisent et c’est à elle à présent que je fais silencieusement une promesse. Un pacte entre elle et moi. Une promesse restée secrète jusqu’à ce jour : « Je te promets de veiller sur toi, de t’aimer de tout mon cœur et de ne jamais te frapper. »
C’était il y a vingt-six ans et j’ai tenu ma promesse…
Je n’ai jamais utilisé la violence physique avec elle. Mais, ayant oublié de rejeter les cris, les punitions, les menaces et autres sanctions éducatives, je les ai tous reproduits sans même me rendre compte qu’il s’agissait d’autres formes de violence, à une époque où hélas, nous ne savions que bien peu de choses sur les dégâts et l’inutilité de ce genre de pratiques.
Je n’en suis pas fière, mais qui n’a jamais été confronté à ces situations dans lesquelles nous nous sentons poussés dans nos retranchements ? Il m’est arrivé de me sentir tellement démunie, à bout, dépassée et incapable de maîtriser mes émotions que je l’ai punie, j’ai dit des mots blessants pour tenter de me soulager, j’ai voulu par la menace ou les cris qu’elle comprenne que c’était moi qui commandais, qu’elle devait se plier à mes ordres, mes directives, ma façon de voir. Je pense même avoir eu parfois, et j’en ai honte, envie de la frapper. Heureusement, je ne suis jamais passée à l’acte.
J’avoue qu’elle ne m’a pas donné beaucoup d’occasions de sévir, ce qui fait que ces débordements étaient très occasionnels. Elle était une enfant facile, douce, docile, respectueuse, soucieuse de bien faire… et une source infinie de joie et d’amour.
Des ressources internes en dépit du vide extérieur
Des années plus tard, j’ai eu la chance de réaliser mon rêve de famille en donnant naissance à deux autres fillettes, qui ont eu la bonne idée de naître la même année. Ainsi, l’année 2007 a été mon millésime, car elle a commencé comme elle s’est terminée : par une naissance. L’une en janvier et l’autre en décembre.
Avec ces deux grossesses et accouchements rapprochés, la fatigue, le rythme soutenu de mes enfants (une adolescente, un nourrisson qui ne faisait pas ses nuits et une enfant qui ne marchait pas encore et devait être surveillée comme le lait sur le feu), sans compter les multiples bouleversements hormonaux auxquels mon corps était soumis suite à ces dix-huit mois de grossesses successives, j’étais à bout, épuisée, dépassée, submergée par l’ampleur de la tâche…
Ayant pris un congé après la naissance de ma dernière fille, j’étais seule à la maison à tout gérer, je ne m’en sortais pas.
Peu à peu, la colère a fait son entrée dans ma vie. J’ai commencé à me montrer impatiente, agacée, puis agressive. J’étais à fleur de peau, je m’emportais à la moindre contrariété et je me détestais. Pour ne pas m’en prendre à mes enfants, je déversais ma colère sur mon mari qui était devenu un exutoire à ce trop-plein, que je contenais pour mieux le déposer sur lui, avec ou sans raison.
La colère est devenue peu à peu mon mode de communication. Je hurlais pour tout et pour rien, tout en réalisant à quel point ces débordements étaient disproportionnés. Moi qui rêvais d’harmonie, de doux moments, de complicité et de joie, tout à coup, j’en étais totalement incapable.
Mais le plus grave est que tout au long de cette période, j’étais lucide. Je voyais bien que je créais mon propre malheur et que cette violence (que je fuyais depuis des années), c’était moi qui la créais en la faisant vivre à ceux que j’aimais pourtant plus que tout au monde.
Je me sentais impuissante et dépourvue de moyens malgré les plus de quinze années de développement personnel que j’avais effectuées jusqu’alors. Je me sentais coupable. Je pleurais souvent. J’avais honte et peur des conséquences que cela pourrait avoir sur ma famille.
Déjà très éprouvée par mes grossesses et la gestion de ce temps qui filait à la vitesse de l’éclair, j’ai pris la décision de reprendre mon travail avant la fin de mon congé. J’étais convaincue que cela allait me faire du bien de voir autre chose. Mes filles avaient bien grandi et je ne ressentais pas de culpabilité à les confier à la garde de quelqu’un d’autre. Car si j’adore mes enfants (je suis très heureuse d’avoir pu profiter de leur première année à toutes les trois), pour autant, je ne suis pas faite pour rester à la maison et ne jouer que ce rôle dans ma vie. Je suis aussi une entrepreneuse, j’ai besoin d’avoir une activité professionnelle et là, je trouvais que c’était le bon moment !
Marie allait souffler sa deuxième bougie et Louise la première. Je me sentais prête. Et comme rien n’arrive par hasard, une opportunité professionnelle s’est présentée et j’ai trouvé la perle pour garder mes enfants.
En quelques jours, j’ai chang é de statut et bouscul é de nouveau tous mes repères. Nouvelle entreprise, nouveaux challenges. Trois mois après le début de mon activité, j’étais promue. Quelle belle nouvelle !
Pour être à l’heure au bureau, je quittais la maison à 8 heures, mes filles dormaient quand leur nounou arrivait. Et le soir, je rentrais souvent juste au moment de les mettre au lit ou pire, quand elles étaient déjà endormies. Je savais à quelle heure je débutais ma journée de travail, mais jamais à quelle heure j’allais rentrer. C’était épouvantable, et j’accumulais des frustrations et de la culpabilité.
Laurine, mon a î née, grandissait. Je sentais qu’elle avait besoin de partager avec sa maman, mais ses sœurs prenaient tant de place que peu à peu, elle s’est effacée. À prése nt que je travaillais, j’avais encore moins de temps pour elle aussi.
En fait, je n’avais plus le temps de rien !
Toute la semaine, je me languissais de mes enfants et je fantasmais sur le merveilleux week-end que nous allions passer tous ensemble. Or, le vendredi soir venu, j’étais fatiguée de ma lourde semaine et de la gestion difficile de la maison, des courses, des repas, des rendez-vous divers et variés… Et pourtant, je n’étais pas à plaindre, j’avais une nounou à temps plein et à domicile qui s’occupait des enfants et du ménage.
C’est là que la colère a atteint son paroxysme. Trop de frustrations, trop de culpabilité, trop de souffrances.
Mon mari, qui était en première ligne, a joué un rôle décisif. Un soir, il m’a emmenée dîner et là, il m’a mise face à la réalité. Une vision que je refusais de voir.
Notre couple était sur le point d’exploser et tout ce à quoi je tenais avec lui. Luc m’a proposé d’arrêter mon travail si j’en avais envie, il m’a rassuré sur le fait que nous n’avions pas besoin de deux salaires, que les filles avaient grandi et qu’avec leur entrée à l’école maternelle, la gestion serait plus simple.
Cela faisait presque deux ans que j’avais repris le chemin du travail, Louise et Marie allaient être scolarisées en même temps, puisque nées la même année. Une aubaine.
Ce soir-là, nous avons tout mis à plat et décidé ce qui était vraiment important pour nous. Ce métier, finalement, je n’y tenais pas tant que ça, et puis l’ambiance au travail était tendue.
Ensemble, nous avons pris la décision d’aller vivre à la campagne pour que je puisse souffler, me reposer, afin de réfléchir à ma reconversion, car il était clair que je ne voulais plus avoir autant de responsabilités.
J’ai négocié une rupture conventionnelle et nous avons acheté une maison au milieu des champs, en bordure de forêt. Le cadre idéal pour refaire le plein d’énergie et se poser dans la douceur.
Pour accueillir notre famille dans de bonnes conditions, nous avons décidé de faire des travaux, confiés à une entreprise. À cette époque, j’étais encore directrice des ressources humaines et avec mes horaires très contraignants, difficile de suivre le chantier. Ces trajets rajoutaient de la charge à la charge. Ce fut une période compliquée et épuisante, car notre nouvelle maison se situait à 50 kilomètres de mon lieu de travail, et tout autant de mon domicile. Ce n’était pas l’idéal, d’autant que mes journées étaient déjà bien remplies. Mais la perspective de cette nouvelle vie et la rupture de mon contrat en poche, je savais que cela n’allait pas durer. Cela a créé un regain d’énergie.
L’entreprise de travaux ayant été choisie un peu hâtivement, les soucis ont commencé lorsque nous nous sommes aperçus (trop tardivement) que notre rêve virait au cauchemar. Un beau matin, l’entrepreneur a purement et simplement abandonné le chantier à quinze jours de notre emménagement et nous nous sommes retrouvés avec trois enfants, dont deux en bas âge, dans une maison par conséquent inhabitable.
Cela a été la goutte d’eau de trop. Elle m’a fait l’effet d’une vague qui a déferl é en moi, tel un océan d’injustice. Un sentiment qui m’a submerg é e. Moi qui avais tenu bon toute ma vie sans jamais me plaindre, moi qui apparaissais aux yeux des autres comme un roc, je n’étais en réalité qu’un Titanic qui venait de percuter l’iceberg qui allait le faire sombrer. Bien entendu, cet événement décupla ma colère et cette fois tout le monde en fit les frais, même les enfants, sur lesquels je criais aussi.
Ce qui devait arriver arriva : je me suis mise à sombrer dans une dépression. Je n’arrêtais pas de me dire que mes filles et mon mari seraient plus heureux si je n’existais pas, et il m’était douloureux de leur faire vivre ce cauchemar. Au fond de moi, je savais bien que mes efforts de contrôle pour ne pas m’en prendre aux enfants ne mèneraient à rien, et je redoutais qu’un jour, ce soit eux qui fassent les frais de mes énervements. Pire encore, je voyais mes filles assister à ce pitoyable spectacle et cela me rendait profondément triste. Je ne me supportais plus.
Nous avons trouvé de l’aide et des ressources pour composer avec cette situation et avons emménagé au moment même où mon contrat de travail s’achevait. J’avais le sentiment que l’on m’avait volé mon rêve. Durant des mois, j’avais envisagé cet emménagement, cette nouvelle vie comme une bénédiction. Je m’étais vue prenant le temps de ranger et de décorer pendant que mes filles ét aient à l’école. J’avais prévu de faire du yoga et de la méditation tous les jours, des balades en forêt, cuisiner… Mais cette maison ne ressemblait en rien à ce qui était prévu. Cela me désolait et développait mon mal- être.
Un jour après avoir déposé mes filles à l’école et à peine rentrée, je débutai ce qui était devenu un rituel : me vautrer sur mon canapé, le regard dans le vide, à suivre mes pensées. Soudain, mes yeux se posèrent sur une plante verte qui, faute d’être arrosée, dépérissait de jour en jour. À chaque fois que je l’apercevais, je me disais qu’il fallait que je trouve la force de lui donner de l’eau. Ce jour-là, je me fis une autre réflexion à la vue de ses feuilles jaunies et flétries, qui indiquaient clairement qu’il était trop tard. Je me dis que je ferais mieux de la jeter.
Alors que je me levais pour me préparer une tasse de thé, je l’emportai avec moi pour la mettre à la poubelle. Le pot d’origine était masqué par un cache-pot. Lorsque j’en retirai la plante, je vis une jeune feuille tendre et verte qui, malgré le manque d’arrosage et de soin, signifiait que la vie était encore là.
Pourquoi et comment, je l’ignore, mais tout à coup, cette plante provoqua un déclic. Je ne pus m’empêcher de trouver une similitude entre elle et moi. Vide à l’extérieur, mais emplie de ressources internes, de vie, d’envies qui ne demandaient qu’à jaillir. Ce fut mon premier pas vers la rémission. Du fond de ma détresse, je pris alors la décision d’aller mieux, de me prendre en main et de cesser de m’apitoyer sur mon sort…
La rencontre avec soi-même et sa vulnérabilité
Peu à peu, j’ai réussi à trouver les ressources pour rebondir et une lumière s’est allumée dans la profondeur de ma nuit. J’ai compris intuitivement qu’il me restait à faire le solde de tout compte de mon passé. Ce passé douloureux auquel j’avais tourné le dos et que je croyais loin derrière moi. Car je pensais alors en toute innocence en être libérée, sans voir qu’il ne s’agissait que d’un couvercle déposé soigneusement sur mes blessures et mon histoire. Cela ne me réjouissait guère de remuer cette histoire. Pourtant, c’était la condition. Je devais à présent ouvrir cette boîte de Pandore. Revisiter cette période douloureuse de ma vie, cesser de me mentir, arrêter de me cacher derrière mes pseudo-réussites et affronter mes peurs et mes souffrances, enfin.
Seule, j’ai entrepris de reprendre, après des années d’interruption, l’autocoaching. Même si cela ne s’est pas fait facilement, j’ai peu à peu accepté de me confronter à mes blessures, à les reconnaître, à étudier cette colère et à l’observer sous toutes ses coutures pour me familiariser avec elle, apprendre à l’accueillir, lui permettre de s’exprimer autrement qu’en m’en prenant aux autres. Autrement dit, j’ai accepté qu’elle puisse exister en moi, j’ai cessé de la rejeter et j’ai écouté chacun des messages qu’elle portait depuis des années.
Ce que j’allais découvrir c’est que derrière cette colère se cachaient la souffrance d’une enfant et un cadeau magnifique : la rencontre avec moi-même et ma vulnérabilité.
Cette colère était destinée à masquer une tristesse que je n’aurais jamais imaginée. La résiliente que j’étais avait tout mis sous le tapis pour supporter ses souffrances (tellement difficiles à porter quand on est un enfant) pour ne plus ressentir à quel point c’était douloureux, pour en faire un bouclier aux mots blessants, aux gestes violents, aux injustices nombreuses et aux humiliations incessantes de la part de mes parents, mais aussi celles de mes frères et sœurs. Moi, la rejetée, la mal-aimée, celle que l’on pouvait humilier, frapper, dénigrer, rejeter, trahir. J’étais seule contre tous.
Je me demande encore comment j’ai pu survivre à tout ça.
Alors que je pensais avoir réussi à devenir imperméable à la violence, je découvrais quel en était le prix. Je m’étais construit une armure en béton armé qui m’avait totalement coupée de mes émotions, des autres et finalement de moi-même. Et parce que je n’avais pas le droit d’être triste, j’avais caché mes larmes en les empêchant de couler. Or, les émotions ne disparaissent pas. Elles demeurent en nous et ne manquent pas de se retourner tôt ou tard contre soi ou contre les autres.
Cette colère que je haïssais s’était révélée une bénédiction à ce moment-là de ma vie. Sans elle, que serais-je devenue ? J’avais réussi l’exploit de minimiser tout ce que je vivais, en effaçant le disque dur et en me révoltant, en attaquant parfois moi aussi. Cette colère me servait à dissimuler ma peine aux autres comme à moi-même.
Celle que parfois je retournais contre moi pour me protéger des agressions auxquelles je devais faire face, celle que je lançais contre ceux qui me blessaient. Cette colère était celle d’une petite fille malheureuse qui n’avait jamais pu se plaindre, se confier et être entendue dans sa souffrance et sa peine. Une petite fille qui avait grandi en laissant croire à tout le monde, y compris à elle-même, qu’elle était forte et insensible.
J’ai alors découvert ma sensibilité, une sensibilité telle que c’est un miracle que je ne sois pas devenue ce que les statistiques avaient prévu pour moi : un cas social.
En levant le voile sur cette colère, j’ai enfin compris ces idées noires parfois suicidaires, qui me traversaient sans cesse. Comment était-il possible d’oublier ?
S’autoriser à exprimer sa peine
Comme j’étais enfin prête à ouvrir cette porte sur mon passé, des souvenirs, tous plus douloureux les uns que les autres, se sont rappelés à ma mémoire. Tandis que j’accueillais mes colères, ces images de mon enfance les transformaient subitement en désespoir. Au début, cela m’effrayait, d’autant que cela pouvait survenir sans crier gare. Mais ma volonté de ne plus les refouler était si forte, un peu comme si ma survie en dépendait, que j’ai accepté ces effusions. Peu importait le regard des autres.
C’est dans ce contexte qu’un jour, l’une de mes sœurs me téléphona. Pour la première fois, j’osais avouer l’état dépressif dans lequel je me trouvais. J’ignore encore ce qui me poussa à reconnaître ainsi ma vulnérabilité. Probablement le travail que je faisais commençait-il à porter ses fruits, mais pas au point de me sentir mieux. En tout cas, j’avais accepté l’idée que j’avais vraiment besoin de soutien.
Les jours passaient et mon état empirait. J’en étais très lucide. Un matin je décidai de me tourner vers une des personnes en lesquelles j’avais le plus confiance, mon médecin. Une jeune femme que je connaissais depuis près de quinze ans. Consciente que je ne suivrais aucun traitement lourd, elle me prescrivit de quoi me remettre afin de sortir de cet état de léthargie et de négativité. Finalement, le simple fait de consulter suffit presque à m’extirper de cet état lymphatique. Je ne pris son traitement qu’un seul mois et l’arrêtai brusquement le jour où je compris que je pouvais me sortir seule de cette impasse.
Je reconnais volontiers que sans ce traitement il m’aurait été sans doute difficile de prendre du recul et de trouver l’élan de me prendre peu à peu en main. Mais il y eut un épisode qui précipita ma guérison. Un soir, alors que je ruminais des idées noires, je me mis soudainement à repenser à ma sœur. Brutalement, j’ai réalisé qu’elle ne m’avait plus rappelée depuis son dernier coup de fil. Quatre mois s’étaient écoulés, et elle n’avait pris aucune nouvelle. Pas un SMS, rien. Ce constat a fait monter en moi une violente colère. Je m’en voulais de lui avoir parlé. Et tandis que je me blâmais, la colère a fait place à une tristesse que j’ai tent é d’étouffer, comme d’habitude. Je ne voulais pas être triste, et je ne voulais surtout pas que cette amertume s’exprime. Pourtant, il me fallait lâcher prise, je le savais. Ce sentiment de rejet profond et douloureux me brûlait le cœur. Des pensées me traversaient l’esprit : « Elle se fiche bien de savoir si tu vas bien ou pas. Depuis quand tes frères et sœurs se soucient-ils de toi ? Ta sœur ne t’aime pas, elle ne t’a jamais aimée… » Ces idées me torturaient et me peinaient, les larmes coulaient sur mes joues, les sanglots se firent de plus en plus intenses. J’avais envie de lâcher ma peine et de laisser aller toutes celles qui se réveillaient à son contact, de toutes ces peines du passé.
En quelques instants, je ne fus plus qu’un torrent de larmes, je me tordais de douleur, de rage, de tristesse et de désespoir. Je me traînai jusqu’à mon lit pour pleurer et hurler toute ma souffrance. Si quelqu’un avait entendu mes pleurs, il aurait pensé que je subissais des tortures, tant ce fut intense et douloureux.
Cette souffrance, je l’avais reconnue, c’était celle de mon enfance, lorsque petite fille, je me sentais dénigrée et maltraitée par mes parents et par mes frères et sœurs. Enfin, toute cette peine, je m’autorisais à la laisser s’exprimer. Maintenant, j’avais le droit de pleurer et de dire ma souffrance. J’avais le choix, celui de lutter pour la faire taire ou laisser faire. Je choisis de ne pas résister et je crus que jamais je n’arriverais à arrêter ce flot continu de larmes.
Toute notion du temps m’échappait, ce fut long, presque interminable et enfin apaisant quand, après la tempête, une paix profonde s’installa en moi.
Quelque chose venait de lâcher, c’était la première fois que je m’autorisais à m’apitoyer et à écouter ma peine. Un moment déterminant.
De ce jour, j’ai appris à détecter certaines colères avant qu’elles ne m’emportent et j’ai pu retrouver d’autres tristesses. J’allais m’isoler dans les toilettes (nul n’a besoin de donner d’explications pour se rendre à cet endroit-là). Peu à peu, à force de voir mon reflet dans le miroir, un jour, je me suis parlé : « Pourquoi es-tu si en colère ou si triste ? » J’étais loin de me douter que cette simple phrase allait provoquer un tsunami émotionnel. Contre toute attente, toute logique et tout bon sens, une réponse est arrivée : « Tu es en colère parce que tu n’as pas pu exprimer ce que tu ressens et pour toutes ces souffrances du passé. »
Se parler dans le miroir, c’est avoir accès à cette partie inconsciente en nous et lorsque l’on persévère et que l’on apprend à se mettre à l’écoute, une réponse survient toujours… Ce que je vivais et qui me rendait malheureuse provoquait les mêmes ressentis que ceux que j’avais connus enfant. L’injustice de la situation, le rejet de ma famille, l’impuissance et la dépendance.
Retrouver la paix intérieure
C’était donc bien cela : la naissance de mes filles m’avait replongée dans l’univers de ma propre enfance ! En tant que maman, je n’avais d’autre choix que de prendre mes enfants en charge et c’est bien naturel… Toute la journée, je m’occupais d’elles (les bains, les repas, les jeux, les soins, et j’en passe), mais aussi de la maison (rangements, ménage, lavage, repassage, etc.) Un emploi du temps qui me rappelait de bien mauvais souvenirs… Celui qui était le mien autrefois lorsque dès le matin, ma mère m’extirpait du lit pour faire le ménage ou les courses… Et c’était systématique, dès que j’étais tranquille à lire, elle me sollicitait pour garder mes frères et sœurs… Quelle injustice ! Mon frère, de deux ans mon cadet, n’avait que des attentions et des privilèges. Jamais il n’était mis dans la situation de rendre service et d’abandonner ce qu’il faisait.
Dans mon cerveau, le passé et le présent avaient fusionné, simplement par le ressenti de ces trois sentiments identiques : emprisonnement, injustice, rejet. À partir de ce jour-là, les énervements ont commencé à être moins fréquents et chaque fois qu’ils se présentaient, je laissais couler mes larmes et je faisais les exercices que je vous indique dans ce livre.
Il m’arrive encore aujourd’hui de trouver des chagrins à libérer de la prison du passé. J’ai même, très récemment, à la suite d’une altercation avec l’une de mes sœurs, eu des réveils traumatiques qui m’ont bouleversée (on a toujours de quoi faire lorsque l’on se penche sur son développement personnel), me donnant encore d’autres occasions de guérir de nouvelles blessures.
Petit à petit, pas à pas et marche après marche, j’ai apprivoisé ma colère et ma peine, j’ai mis en place des rituels, j’ai analysé les éléments déclencheurs et ma fureur s’est transformée. Les hurlements sont devenus des cris, les cris des énervements, les énervements des agacements, les agacements des impatiences…
Derrière ma colère, j’ai trouvé la tristesse, derrière ma tristesse, la joie, et avec elle une paix intérieure fabuleuse. Tout ceci ne s’est pas fait d’un claquement de doigts et n’allez surtout pas croire que je ne m’énerve plus jamais. Il m’arrive encore de me disputer avec mon mari ou mes enfants, mais l’intensité et la fréquence de mes colères n’ont rien à voir avec ce qu’elles étaient auparavant.
Peu à peu, j’ai réussi à prendre soin de moi. Ma maison était mon miroir : à mesure que les travaux progressaient, j’allais mieux moi aussi, comme si nous étions le reflet l’une de l’autre.
Deux ans après notre emménagement, j’ai eu envie d’avoir une nouvelle activité. Nous étions en 2013 et parce que je ne voulais plus retourner en entreprise, j’ai décidé d’en créer une. J’ai fait une formation de marketing Internet pour pouvoir travailler depuis mon domicile et après de nombreux tâtonnements, il m’a paru évident de mettre à la disposition des autres tous les outils que j’avais utilisés dans ma vie pour me sortir de la souffrance et surtout de sortir du bois, pour enfin raconter mon histoire, ma vie, mes souffrances, mais aussi la fabuleuse aventure de cette expérience.
À partir de là, tout est allé très vite et les portes n’ont cessé de s’ouvrir. En mai 2014, j’ai lancé un coaching en ligne, « Les clefs du passé – Se libérer pour changer de vie », lequel a inspiré un livre éponyme paru comme celui-ci chez Eyrolles, dans lequel je raconte mon enfance et le chemin pour guérir de mes blessures du passé.
Le succès de ce programme a été immédiat alors, dans la foulée, j’ai lancé pour les parents « Les clefs de la colère – Retrouvez la paix et la sérénité ». L à encore, le succès a été phénoménal. D’ailleurs — et c’est une réelle surprise — mes programmes sont suivis par des médecins, des coachs, des thérapeutes, des psychologues et d’autres professionnels de santé. Je suis encore la seule à proposer un programme de parentalité non destiné à gérer la colère des enfants, mais la nôtre. Car la colère ne se manifeste pas à cause de nos enfants, comme vous le verrez dans ce livre.
La colère est une émotion que l’on ne peut supprimer, mais que l’on peut apprendre à aborder différemment qu’en s’en prenant aux autres, et particulièrement à nos enfants et à toutes ces personnes que l’on aime tant.
Ce qui est sûr, c’est que je suis désormais en paix avec mon passé. Et même si je suis loin d’être une maman parfaite, j’ai réussi à tisser avec mes enfants et mon mari une relation d’amour et de respect. J’ai tellement d’amour dans ma vie que je suis reconnaissante et plus du tout triste de ne pas avoir celui qui me tenait tant à cœur autrefois, celui de ma famille notamment. Je suis aimée au-delà de mes espérances et c’est une chance que je mesure et pour laquelle j’ai une immense gratitude. Que ce soit celui de mon mari, qui est une source d’amour inconditionnel intarissable, mes enfants, qui me témoignent ouvertement et sans réserve chaque jour leur amour, mais aussi toutes ces personnes que j’accompagne et que je croise au gré de mes activités, et qui me vouent une reconnaissance et un amour si touchants. Désormais, je me sens en harmonie avec le monde. J’ai trouvé une paix que je souhaite vous transmettre à mon tour pour vous aider à mettre de la joie dans votre quotidien difficile de parent, de femme, d’homme, de mère ou de père, afin de construire avec eux une relation d’amour et de respect mutuel.
Les clefs de ce livre sont le fruit d’une réflexion que je mène depuis plus de trente ans en développement personnel et en psychologie. Et cela fait plus de dix ans que j’étudie les émotions. J’ai très à cœur de partager avec vous mon approche en écrivant l’ouvrage que j’aurais aimé avoir entre les mains il y a vingt-six ans, lorsque je suis devenue maman pour la première fois.
Ce livre se veut avant tout déculpabilisant, car, ne nous leurrons pas, il ne s’agit pas de faire de vous des parents exemplaires qui ne se mettront plus jamais en colère. Nous sommes des êtres humains, des êtres d’émotions qui ne seront jamais à l’abri de s’emporter. Ce n’est pas le but de ce livre, ni celui d’aucune autre méthode d’ailleurs. Je vous promets simplement de vous aider à diminuer drastiquement vos excès de colère, à savoir les anticiper, à mieux en connaître les déclencheurs et à avoir une meilleure compréhension de vous-même et de vos enfants.
Il vous arrivera encore de crier, mais plus dans les mêmes proportions et lorsque cela se produira, vous saurez soit y mettre un terme avant que cela ne dégénère trop, soit comment agir pour éviter de blesser les gens que vous aimez.
Ce livre, je l’ai conçu pour tout le monde. Pour vous qui n’avez pas pu suivre mon coaching, sachant que vous pourrez toujours décider de franchir ce pas s’il s’avérait difficile pour vous de cheminer seul, sans accompagnement (et je sais de quoi je parle). Mais aussi pour vous, chers membres de mes programmes, car je sais combien vous serez nombreux à lire ce livre, comme ce fut le cas pour le précédent. Et enfin, pour vous qui me découvrez grâce à cet ouvrage.
À tous, je souhaite que votre lecture à la découverte de vous-même soit la plus agréable et qu’elle favorise vos prises de conscience et vos changements.
Vous avez ce pouvoir, celui de changer votre façon d’agir maintenant, il n’est jamais trop tard.
Bon voyage sur les chemins merveilleux de la découverte, de la responsabilité, de l’amour de soi et de la bienveillance.
Et rappelez-vous, à chaque fois que vous serez mécontent de vous-même parce que la colère aura été plus forte que vous : il n’y a pas de parents parfaits, il n’y a que des parents qui font de leur mieux !
Introduction
« Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs. »
V ICTOR H UGO
Pour tout vous dire, j’ai peu d’inclination à parler de moi. Et probablement encore moins de dispositions à exposer ma vie privée. Pourtant, depuis 2014, je me livre sur des moments clés de mon existence. Je raconte mon propre cheminement pour faire comprendre d’où je parle et d’où je viens, en formulant le vœu que cette expérience (qui n’a surtout pas valeur d’exemple) soit inspirante et vous permette de constater que tout le monde est capable de changer. L’esprit de ces confessions, c’est que si moi j’y suis arrivée, vous le pouvez aussi. Ne croyez surtout pas qu’il soit trop tard ou être victime de fatalité, ou encore qu’il s’agisse de votre caractère. Tout est possible pour qui décide de changer.
Vous avez dû entendre parler de parentalité positive. Ce courant de pensée est souvent ce que l’on découvre lorsque l’on cherche des solutions, parce que nous sommes aux prises avec des difficultés concernant le comportement de nos enfants : crises de colère, disputes dans la fratrie, violences, gros mots, manque de confiance ou d’autonomie, etc.
De telles attitudes finissent immanquablement par nous énerver, nous agacer et elles nous conduisent à des colères insoupçonnées, lesquelles se traduisent par des cris, des menaces, des chantages, des punitions, des mots blessants, des gestes brusques, etc.
Pour faire face aux situations stressantes du quotidien, la parentalité positive nous propose des outils qui sont censés répondre aux besoins de nos enfants et ainsi gérer ces situations avec respect et bienveillance. Mais si ces techniques s’avèrent très utiles et efficaces, il n’est pas toujours évident, lorsque nous sommes hors de nous, de nous souvenir de l’astuce à mettre en place.
Car ce qui se joue entre nous et notre enfant ou toute autre personne, n’est pas dû à un manque de méthode ou de moyens, mais plutôt à un conditionnement inconscient de notre passé. D’une vieille blessure qui se réveille au contact d’un mot, d’un geste, d’un cri. Tout cela compose une réaction automatique, souvent disproportionnée, dont nous ne constatons les dégâts, la virulence et l’ampleur qu’une fois le calme revenu en nous. Et c’est là que l’introspection devient importante, voire fondamentale. C’est ce que nous verrons à chaque étape de ce livre.
Chaque parent est unique, chaque enfant aussi
Quelle qu’ait pu être votre enfance, et même si vous avez le sentiment que celle-ci était douce et épanouissante, vous ne pouvez pas faire l’économie d’une meilleure connaissance de vous-même dès lors que vous devenez parent. Car comment élever un enfant sans tenir compte de sa propre enfance ? En faisant l’impasse sur notre passé et les mécanismes inconscients qui sont à l’œuvre en pareil cas, les meilleurs outils du monde seront inefficaces, voire inutiles.
Qui pouvons-nous aimer plus que nos enfants ?
Est-ce seulement envisageable ?
Mais alors, comment expliquer ces agacements, ces cris, ces hurlements qu’il nous arrive de proférer à leur encontre ? Comment comprendre ces mots que nous leur adressons et que nous voulons blessants, ces gestes qui se font menaçants, cette fureur qui nous empoigne ?
Oui, comment accepter cette violence qui monte en nous à l’occasion d’une crise que nous avons de plus en plus de mal à contenir ?
Pourquoi est-ce plus fort que tout… et surtout, plus fort que nous ?
Quel parent peut dire qu’il n’a jamais été confronté à cela avec ses enfants ?
Au fond, la parenté peut-elle exister sans affrontement ?
Chacun d’entre nous ressent bien que ces élans et débordements sont mal à propos. Chaque parent cherche à accéder à plus de bienveillance et de joie, mais le chemin est semé d’embûches et jonché de culpabilité et il est bien difficile d’aller contre ces pulsions incontrôlables.
Il est probable que vous ayez déjà lu des livres, suivi des conférences, consulté des blogs, participé à des ateliers de parentalité positive. Confusément, vous savez ce qu’il faut faire (et surtout ce qu’il faudrait faire) et pourtant, au moment précis où la situation se déclenche, un pilotage automatique de vos émotions échappe totalement à votre contrôle, et prend les rênes de votre comportement à votre place. Comment faire ? Après tout, parent est un métier pour lequel il n’y a pas d’école…
En devenant papa ou maman, ce rôle s’impose à nous sans préparation et sans même savoir à quoi nous attendre. Chaque enfant est unique, mais chaque parent aussi !
Et une chose est certaine, nous n’avons pas été préparés à ce que nous allions vivre. La parentalité est un parcours semé de doutes, de frustrations, de colères, d’impuissance et de grande détresse. Faire face aux difficultés du quotidien alors que chacun reste muré dans son coin, donnant le change en public et se taisant, de peur du regard ou du jugement de ceux qui ne vivent pas les mêmes conflits intérieurs, laisse penser que nous sommes seuls à ne pas y arriver, alors que c’est faux. Voilà une omerta qu’il serait bon de briser pour éviter l’isolement que traversent presque tous les parents.
Même si ce chemin reste encore et toujours celui de nos plus grandes joies, de nos plus grands bonheurs, de nos plus grandes fiertés et au fond celui du dépassement de soi, reconnaissons que ce n’est pas QUE de la joie !
Vers la parentalité responsable !
Je suis touchée et émue par la souffrance que vous rencontrez en tant que parent. Je sais combien l’on peut se sentir démuni et impuissant face à ces situations quotidiennes auxquelles nul n’échappe vraiment. C’est pour cette raison que j’ai voulu écrire ce livre. C’est le prolongement de ce que je fais déjà à travers mes programmes de coaching en ligne et en présentiel.
Je sais parfaitement, intimement, ce que vous ressentez. Moi aussi je suis passée par là et je sais qu’il existe des leviers et des outils qui permettent d’accéder à plus de paix, de joie et de sérénité en famille. Parce que l’éducation des enfants s’apparente trop souvent à un parcours du combattant, dans lequel pères et mères sont emportés et se sentent seuls, démunis et coupables, j’ai voulu partager mes connaissances avec vous.
J’ai écrit ce livre pour vous parce qu’il est compliqué de savoir agir dans la difficile gestion de vos émotions et particulièrement de vos colères (cris, énervement, agressivité, punitions, chantages, menaces, propos blessants, gestes violents, etc.). Et parce que les solutions qui vous sont proposées ne tiennent pas toujours leurs promesses puisqu’elles ne s’attaquent pas à la réelle cause de vos difficultés.
Je n’ai pas toutes les réponses à toutes les questions, je ne prétends pas détenir une quelconque vérité ; chacun trouvera dans ce livre des propos à remettre en question. Ne me croyez pas sur parole, mais acceptez d’essayer et jugez-en en faisant l’expérience.
À travers cet ouvrage, je propose d’inverser le raisonnement et de changer de point de vue. Pour comprendre. Pour agir. Pour ma î triser. Pour guérir. Pour aimer. Pour enfin prendre la responsabilité de vos débordements émotionnels et les transformer peu à peu.
Ma démarche consiste à m’appuyer sur une parentalité que je nomme « responsable ». Une parentalité qui repose sur le fait que l’enfant est un parent en devenir et qu’une fois devenu père ou mère à son tour, il reproduira des schémas souvent inconscients. Vous découvrirez au fil des pages que les problèmes d’éducation que vous rencontrez ne se trouvent pas chez vos enfants, mais bel et bien dans votre parcours de jeunesse, dans votre passé, dans votre histoire de vie.
Je me propose de vous aider à mesurer l’impact de votre éducation dans votre rôle de parent et de vous donner des explications et des ressources pour comprendre vos excès de colère, ainsi que ceux de vos enfants. Vous découvrirez des solutions concrètes, simples et efficaces pour vous aider dans cette gestion.
Avec ce livre, qui se veut déculpabilisant, vous pourrez comprendre ce qui se passe dans votre tête et dans celle de vos enfants pour vous permettre de mieux appréhender vos émotions et les leurs. Parce que rien ne changera avec de la simple compréhension, vous trouverez de nombreux exercices à faire. Ils sont véritablement la plus-value de cet ouvrage. Pour autant, ne les faites pas tout de suite. Lisez le livre entièrement, puis reprenez les chapitres par lesquels vous voulez commencer.
Cet ouvrage s’adresse à tous les parents désireux de ne plus reproduire une éducation aujourd’hui dépassée, à tous ceux qui ne veulent plus utiliser les cris et autres sanctions éducatives dans leur quotidien et souhaitent revenir à une relation d’amour et de simplicité.
Pour cela, soyez prêt à vous remettre en question.
Quelques recommandations
Saviez-vous que sur cinq enfants, quatre subissent des violences physiques ou verbales dans le monde ? Parmi eux, deux enfants meurent chaque jour des suites de ces maltraitances 1 .
Ces chiffres dénoncent le fait que nous ne sommes pas informés, formés ni accompagnés dans la dure gestion de nos émotions et pas davantage dans notre rôle éducatif.
Pour accompagner nos enfants, nos connaissances s’appuient essentiellement sur des modèles éducatifs que nous reproduisons sans remise en cause. Plus grave encore, nous avons peu ou pas d’informations sur les conséquences de nos actes. Beaucoup de parents ignorent à quel point les cris, les punitions, les chantages, etc., peuvent être traumatisants, pas plus qu’ils n’ont conscience de perpétrer de la violence en agissant ainsi.
Pourtant, les cris sont bel et bien une violence que l’on qualifie d’ordinaire. Il faut dire que les découvertes sont récentes et que de nombreux parents ne sont pas prêts à revoir leur copie. Si vous me lisez, c’est au moins que vous vous posez la question, ce qui est déjà énorme !
Reconnaissons que ce n’est que rarement à la naissance d’un enfant que ce sujet nous interroge, mais davantage lorsque nous nous trouvons désemparés face aux oppositions virulentes de nos enfants et à leurs crises de colère, qui ne manquent pas de provoquer la nôtre. C’est alors que, exposés à notre propre violence, lorsque nous prenons conscience de la démesure de nos cris ou de nos propos, nous finissons par chercher des réponses et des solutions.
Nous découvrons alors qu’une autre parentalité existe, qui se veut positive et qui propose de sortir du stress éducatif pour accéder à plus de joie et de complicité en famille. Mais attention, l’euphorie est de courte durée lorsque l’on constate que la mise en place de ces nouvelles pratiques positives s’avère plus compliquée que prévu, ce qui ne manque pas de nous culpabiliser davantage. Nous nous demandons comment font ces parents qui semblent tout réussir mieux que nous et pourquoi nous n’y arrivons pas, malgré toute notre bonne volonté.
Ce que nous ignorons et que l’on ne nous dit pas, c’est que le problème ne se trouve pas chez l’enfant, mais bel et bien dans notre histoire et que si nous crions, c’est simplement parce que nos parents utilisaient les cris eux aussi.

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