Nos héros mythiques, de vrais coachs de vie
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Description


Expliqués dans leur dimension symbolique, les mythes nous éclairent, nous enseignent et nous conseillent. Leurs héros se transforment ainsi en coachs de vie bienveillants, dans trois domaines essentiels : notre recherche d'évolution, notre quête d'amour et notre désir de création.



Chantal Motto décode ainsi douze grands mythes de façon inédite, en associant philosophie, psychologie, symbolisme et coaching. Le livre s'appuie sur l'histoire de douze épopées, clarifie leur représentation symbolique et nous délivre leur enseignement, utile dans notre vie courante. Nous savourons leurs bons conseils et découvrons, au gré des chapitres, des encadrés de type "pour en savoir plus", qui nous permettent de donner encore plus de sens à ces paroles de sagesse.



Parce que leurs thèmes sont toujours d'actualité, les mythologies sont nos guides atemporels et universels.




  • Test. Quel est mon héros mythique ?


  • Partie I. Évolution personnelle et construction de soi


    • Oedipe


    • Icare


    • Héphaïstos


    • La quête du Graal




  • Partie II. La quête de l'amour


    • Ulysse


    • Psyché


    • Narcisse


    • Orphée




  • Partie III. Désir de création et de vie perpétuelle


    • Aton


    • Osiris


    • Vishnou


    • Les douze dieux de l'Olympe et les astres de notre système solaire


    • Résultats. Quel est mon héros mythique ?



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 mars 2018
Nombre de lectures 13
EAN13 9782212822410
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0035€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait



Chantal Motto décode ainsi douze grands mythes de façon inédite, en associant philosophie, psychologie, symbolisme et coaching. Le livre s'appuie sur l'histoire de douze épopées, clarifie leur représentation symbolique et nous délivre leur enseignement, utile dans notre vie courante. Nous savourons leurs bons conseils et découvrons, au gré des chapitres, des encadrés de type "pour en savoir plus", qui nous permettent de donner encore plus de sens à ces paroles de sagesse.



Parce que leurs thèmes sont toujours d'actualité, les mythologies sont nos guides atemporels et universels.




  • Test. Quel est mon héros mythique ?


  • Partie I. Évolution personnelle et construction de soi


    • Oedipe


    • Icare


    • Héphaïstos


    • La quête du Graal




  • Partie II. La quête de l'amour


    • Ulysse


    • Psyché


    • Narcisse


    • Orphée




  • Partie III. Désir de création et de vie perpétuelle


    • Aton


    • Osiris


    • Vishnou


    • Les douze dieux de l'Olympe et les astres de notre système solaire


    • Résultats. Quel est mon héros mythique ?



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E xpliqués dans leur dimension symbolique, les mythes nous éclairent, nous enseignent et nous conseillent. Leurs héros se transforment ainsi en coachs de vie bienveillants, dans trois domaines essentiels : notre recherche d’évolution, notre quête d’amour et notre désir de création.
Chantal Motto décode ainsi douze grands mythes de façon inédite, en associant philosophie, psychologie, symbolisme et coaching. Le livre s’appuie sur l’histoire de douze épopées, clarifie leur représentation symbolique et nous délivre leur enseignement, utile dans notre vie courante. Nous savourons leurs bons conseils et découvrons, au gré des chapitres, des encadrés de type « pour en savoir plus », qui nous permettent de donner encore plus de sens à ces paroles de sagesse.
Parce que leurs thèmes sont toujours d’actualité, les mythologies sont nos guides atemporels et universels.
Psychanalyste jungienne, Chantal Motto pratique une psychothérapie humaniste et spiritualiste. Parmi ses outils et ses qualifications : Analyse Transactionnelle, constellations familiales, onirologie (étude des rêves), symbolisme et systémique.
En tant que coach systémicienne, elle intervient également sur des thématiques de changement, de développement personnel et de relations interpersonnelles. Elle anime des ateliers et séminaires de formation pour thérapeutes et coachs, ainsi que des groupes de supervision.
Elle est auteure de plusieurs ouvrages (sur les thématiques des constellations systémiques et de l’onirologie) et co-auteure dans la Revue Internationale de Psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels.
CHANTAL MOTTO
NOS HÉROS MYTHIQUES
DE VRAIS COACHS DE VIE
12 LEÇONS DE SAGESSE POUR SE CONNAÎTRE, VIVRE PLEINEMENT ET SE RÉALISER
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Création de maquette et composition : Hung Ho Thanh
En couverture : © sarka/Shutterstock, © itechno/Shutterstock, © IMG Stock Studio/Shutterstock
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2018 ISBN : 978-2-212-56769-4
S OMMAIRE
Introduction
Test. Quel est mon héros mythique ?
P ARTIE I. É VOLUTION PERSONNELLE ET CONSTRUCTION DE SOI
Chapitre 1. Œdipe
Chapitre 2. Icare
Chapitre 3. Héphaïstos
Chapitre 4. La quête du Graal
P ARTIE II. L A QUÊTE DE L’AMOUR
Chapitre 5. Ulysse
Chapitre 6. Psyché
Chapitre 7. Narcisse
Chapitre 8. Orphée
P ARTIE III. D ÉSIR DE CRÉATION ET DE VIE PERPÉTUELLE
Chapitre 9. Aton
Chapitre 10. Osiris
Chapitre 11. Vishnou
Chapitre 12. Les douze dieux de l’Olympe et les astres de notre système solaire
Conclusion
Résultats. Quel est mon héros mythique ?
Index
I NTRODUCTION
De l’imaginaire à l’initiation
Depuis la nuit des temps et sous de multiples facettes, l’homme a raconté son histoire et l’humanité s’est mise en scène. « Au commencement était le Verbe » (le Logos) et « le Verbe est Dieu, pour apporter la lumière dans les ténèbres », nous disait saint Jean, apôtre de la chrétienté. D’emblée, la Parole est fondatrice, sacrée et source de lumière. Le récit nous fait exister et dépasser notre simple condition terrestre. Au commencement même de notre tradition judéo-chrétienne, avec le mythe de la tour de Babel, notre humanité s’exprimait d’une seule voix, puisque toute la Terre avait une seule langue, avant qu’une dispersion des langages des différents peuples n’ait lieu. Au temps de la préhistoire, les exploits humains furent décrits et peints sur les parois des cavernes. Dès le VII e siècle avant notre ère, Homère dans L’Iliade et L’Odyssée , puis Sophocle, deux siècles plus tard, dans Œdipe Roi , Ovide ensuite cinq siècles après, dans Les Métamorphoses , racontent le rapport complexe de l’homme avec les dieux.
En tout point de la Terre, en Grèce et en Europe, dans les pays scandinaves, en Perse, en Orient, en Égypte ou en Asie, les plus anciens mythes de l’humanité racontent nos combats, nos joies, nos émotions, nos désirs, nos forces et nos faiblesses, nos victoires et nos échecs face aux dieux, face à nous-même. Ces récits profilent nos sublimations, édictent des sagesses de cœur et de comportement et nous ouvrent les portes d’une métaphysique profonde et universelle.
Dans cet ouvrage, le voyage dans l’imaginaire des hommes et l’exploration d’un inconscient collectif partagé nous permettent d’aller à la rencontre de différentes divinités majeures et d’écouter leurs messages, leurs Paroles. En décryptant les symboles que les mythologies véhiculent, nous y découvrons de véritables leçons de sagesse, utiles au quotidien pour trouver du sens et des clés à nos questionnements existentiels fondamentaux. Les mythes partagent avec le rêve nocturne une origine commune, l’inconscient, et poursuivent un but comparable : nous « coacher » et nous guider dans notre autonomie et notre épanouissement personnel.
Avec originalité, pertinence et pragmatisme, plusieurs sciences humaines que sont la philosophie, la psychologie, le symbolisme, le coaching et la spiritualité, s’unissent pour nous accompagner, aujourd’hui au XXI e siècle, dans notre parcours initiatique. Suivons les bons conseils que nos héros mythiques savent nous transmettre !
Quand la mythologie se met au service de notre développement personnel
Si nous revenons à la définition actuelle du mythe, nous découvrons que celle-ci revêt trois dimensions 1 . Un premier sens donné au mythe est celui d’être un « récit qui met en scène des êtres surnaturels, des actions imaginaires , des fantasmes collectifs, etc. » et d’être une « allégorie philosophique (par exemple le mythe de la caverne) ». Autrement dit, on utilise la métaphore pour dire les exploits de l’homme ou pour mettre en représentation l’imaginaire collectif. Un deuxième registre est celui de l’idéal : le mythe rassemble les « croyances, les représentations idéalisées autour d’un personnage, d’un phénomène, d’un événement historique, d’une technique et qui leur donnent une force, une importance particulières ». La notion de dépassement de soi, d’évolution de l’être humain est alors introduite. La troisième définition consiste à considérer le mythe comme ce qui est « imaginaire, dénué de valeurs et de réalité ». Un écart est introduit entre ce qui est idéalisé et la réalité.
Ainsi, avec le mythe, nous entrons au cœur du psychisme humain, tout d’abord avec son imaginaire, c’est-à-dire sa capacité à créer des images et des représentations mentales. Certaines thérapies (l’art-thérapie, la constellation systémique, par exemple) ou méthodes de développement des compétences (comme les techniques de créativité ou les pratiques narratives) utilisent des processus activant l’imagination. Un contenu inconscient émerge alors, prend forme et raconte une histoire humaine. Au-delà de l’imaginaire, c’est grâce à la fonction symbolique de ces métaphores que nous allons leur donner du sens. En passant par le symbole, une lecture et un décryptage de l’inconscient se déploient. L’histoire raconte l’ascension d’une montagne et notre désir d’ascension apparaît. Nous cueillons les fruits de l’arbre, et les systèmes de nourriture et d’accès à la connaissance se révèlent. Par un mécanisme similaire, nos rêves parlent de notre aventure humaine personnelle en la mettant en scène et nos mythologies racontent nos histoires collectives. Mais l’étude des symboles utilisés par l’homme dans ses rêves, dans ses mythes, dans ses différentes traditions spirituelles (religion, alchimie, philosophie, etc.) nous amène encore plus loin : l’inconscient collectif dépasse les individualités, il nous relie et nous allons puiser spontanément dans cet immense et riche réservoir nos schémas et allégories. L’autre aspect qui rapproche la mythologie et le développement personnel est cette quête de l’homme pour gagner une élévation, un mieux-être, une amélioration de soi, pour se hisser au rang du parfait, voire du divin. Les personnages fantastiques et mythiques réussissent des exploits extraordinaires, ils sont nos héros qui incarnent la transcendance à laquelle nous aspirons, vers laquelle nous tendons. L’écart entre le mythe et la réalité nous montre certes, ce en quoi nous n’avons pas franchi certaines étapes, dépassé certaines faiblesses, mais l’idéal convoité nous pousse encore plus loin sur notre chemin initiatique pour relever les défis que la vie nous présente et franchir des caps décisifs.
Les symboles : un rôle essentiel !
Parler à travers les symboles, c’est utiliser la médiation du symbolique pour nous exprimer, pour partager et nous remettre en cause. Les histoires écrites par les mythes et légendes sont de douces façons de nous raconter nous-même. L’allégorie, dans sa fonction symbolique, joue le rôle de l’intermédiation. Tout comme nous allons raconter le théâtre de notre vie à un thérapeute, nous mettons en scène nos héros mythiques pour qu’ils expriment nos forces et nos fragilités, nos victoires et nos difficultés, nos joies et nos peines, nos fiertés et nos doutes. Aphrodite, Icare, Lancelot, Ulysse et tous les autres deviennent les porte-parole de la condition humaine qui cherchent à guérir et à s’élever. Les récits mythologiques font écho en chacun de nous, car ils décrivent des actes, des comportements et des questionnements, que nous sommes très nombreux à partager au sein de notre humanité.
Mais le symbolique permet aussi l’accès à un univers encore plus vaste, un inconscient qui transcende la conscience, au-delà de ce que l’on peut entendre avec notre raison. Carl Gustav Jung 2 prend l’exemple de l’image de la roue exprimant le soleil divin, or notre raison est incapable de définir l’être divin. C’est pour cela que les religions parlent par symboles : on représente des concepts que l’on ne peut comprendre ou définir pleinement. Les symboles fonctionnent comme des « transformateurs » qui font passer l’énergie psychique « d’une forme inférieure à une forme supérieure 3 ». Les symboles nous permettent d’ouvrir nos représentations parce qu’ils embrassent la totalité de l’âme humaine. Par leur intermédiaire, nous donnons du sens à des attitudes qui expriment notre quête d’absolu.
L’accès à une autre dimension
Selon Mircea Eliade 4 , le mythe révèle « les structures du réel et les multiples modes d’être dans le monde 5 ». Il ne peut être particulier ou personnel, il raconte l’existence ou l’activité d’êtres surhumains, il va dévoiler un mystère, révéler un événement primordial et aussi jouer le rôle d’un modèle universel et atemporel. Il s’adresse à l’homme « dans son entièreté, pas seulement à son intelligence ou à son imagination ». C’est parce qu’il révèle des mystères que le mythe est différent du conte ou de la fable. Selon Mircea Eliade, par la mythologie, l’homme fait l’expérience du sacré, du transcendant et de l’exemplarité. Ce qui amène l’homme à dépasser le particulier et à accéder aux valeurs universelles. Ce caractère sacré lui donne aussi une valeur de vérité. Pour lui, le mythe « est une histoire vraie qui s’est passée au commencement du Temps et sert de modèle aux comportements des humains 6 ». Nous pouvons traduire cette pensée en termes psychologiques et nous référer aux concepts lacaniens d’imaginaire, de symbolique et de réel. Si le mythe n’était qu’imaginaire, nous serions dans l’illusion et l’affabulation, à un stade de développement très infantile préœdipien, nourri essentiellement de fantasmes. Dans sa dimension symbolique, le mythe nous conduit à des prises de conscience, à réfléchir et à rechercher la vérité. Le réel pour Jacques Lacan 7 est la totalité de toutes nos dimensions psychiques (incluant l’imaginaire et le symbolique), mais nous pouvons ajouter qu’il représente aussi le mystère, l’essence des choses et le questionnement sur l’existence de Dieu. Par cette expérience du sacré à travers la mythologie, l’être humain transcende sa condition initiale et sa réalité terrestre, et s’interroge sur les énigmes du monde et de la vie. En perçant les mystères qui étaient inaccessibles auparavant, nous nous hissons au rang d’initié.
Suivons le cheminement de l’ouvrage
En appliquant des grilles de lecture symbolique à certains mythes, nous en décoderons les enseignements. Cette approche pragmatique, visant à fournir quelques outils pour notre développement personnel, nous mettra à l’écoute des bons conseils de notre sagesse humaine et universelle, et sèmera sans doute les graines de quelques prises de conscience ! Nos héros mythiques sont des porte-parole, des coachs et des initiateurs, et nous allons les suivre dans trois domaines existentiels importants : notre recherche d’évolution personnelle, notre quête d’amour, et notre désir de création et de vie perpétuelle. Ces trois registres seront les thématiques des trois grandes parties de ce manuel d’« autocoaching ».
Avant cela, même si chaque mythe résonne en chacun de nous de par son caractère universel, pour une raison ou une autre, vous avez sûrement des préférences pour certains héros ou héroïnes qui vous parlent ou vous émeuvent plus que d’autres. Ce sera peut-être l’ami Ulysse, Lancelot ou encore Orphée (ou un autre) qui communiquera le plus avec votre monde intérieur et sera le héros favori de votre cinéma personnel — sans toutefois exclure les autres bien sûr. C’est pourquoi, pour commencer votre cheminement, nous vous proposons un questionnaire, dont les réponses situées en fin d’ouvrage vous aideront à identifier votre coach préféré.
Après cette entrée en matière, nous commencerons bien légitimement notre parcours initiatique avec Œdipe, dont le mystère de sa naissance l’obligera à chercher une réponse à l’énigme que pose l’existence humaine et à tenter de se libérer des entraves préfigurant sa destinée. La construction de soi possède son premier schéma. Puis cette construction se poursuivra avec Icare, qui nous aidera à réfléchir sur la façon de prendre notre place d’adulte dans le monde. Aphrodite et Héphaïstos nous apprendront ensuite à sublimer nos problèmes de naissance dans une transformation intérieure réussie et créatrice. Forts de ces épanouissements, nous nous mettrons en route pour conquérir le Graal avec Galaad, fils de Lancelot, et gagner un absolu, une dimension encore plus élevée, empreinte de spiritualité.
Dans la deuxième partie, consacrée à la quête de l’amour, nous partirons en voyage avec Ulysse, qui nous conduira à Pénélope pour vivre enfin concrètement avec elle l’amour idéal. Ensuite, Psyché et Cupidon nous montreront que la réunion des « âmes sœurs » existe, si la persévérance nous permet de dépasser les épreuves et nous autorise à découvrir le vrai visage de l’amour. Puis, avec Narcisse, nous apprendrons à concilier amour pour soi et amour pour l’autre. Enfin, Orphée et Eurydice, en parfaits romantiques, illustreront pour nous les paradoxes de l’amour : rêver l’amour et sortir des illusions.
Humains qui nous mirons dans l’image des dieux, notre désir de création et de vie perpétuelle est universel. Le mythe égyptien d’Aton, glorifiant la Création et l’éternité, nous éclairera dans la troisième partie quant à notre unité intérieure et notre rayonnement personnel. Avec Isis et Osiris, issus de la riche mythologie égyptienne, nous trouverons les clés de l’immortalité dans un processus cyclique de mort-résurrection, que nous comparerons à d’autres traditions spirituelles occidentales et orientales. Puis, ce sera avec l’hindou Vishnou, protecteur et ami des hommes, secondé par ses avatars, que nous mesurerons notre pouvoir d’action sur le monde et la puissance créatrice de la pensée.
Pour clôturer les douze chapitres de cet ouvrage et achever un cycle symbolique (comme les douze mois de l’année, les douze travaux d’Hercule, les douze heures de la pendule), nous compléterons notre cosmogonie avec les douze dieux de l’Olympe, mis en relation avec nos douze planètes du zodiaque. Tout comme les douze travaux d’Hercule racontent une épopée qui nous montre la voie de la victoire et de l’affirmation de notre valeur personnelle, le cortège des dieux et des planètes représente le cycle perpétuel de la vie, dans lequel le renouveau récurrent fait éclore de nouvelles créations. Ainsi, ils forment tous un véritable kaléidoscope de nos vies, de nos qualités et de nos aspirations.
Au cœur de notre transformation intérieure, de nouvelles pépites naissent et codent notre épanouissement personnel toujours renouvelé. Alors, prêt pour conjuguer mythes et réalité ?

Test
Quel est mon héros mythique ?
Pour trouver mon trio gagnant
Parmi les propositions ci-dessous et dans chaque catégorie , choisissez les affirmations qui vous parlent le plus, qui résonnent en vous et cochez les cases/les lettres correspondantes. Un minimum de six réponses est souhaité pour chaque catégorie.
Les réponses se trouvent en fin d’ouvrage.
A. Mon coach préféré en développement personnel Je suis frappé par l’importance des scénarios familiaux et leur impact sur nos vies. J’ai la conviction que je ferai mieux que mes parents. Je crois que nous arrivons toujours à dépasser nos problèmes de l’enfance. En travaillant sur nos défauts, nous arrivons à la pureté. Nous devons connaître nos secrets de famille pour pouvoir avancer dans la vie. Nous devons sortir de nos problèmes avec prudence, sinon la liberté pourrait nous coûter cher. Si nos parents nous ont rejeté, il faut aller reconquérir notre place auprès d’eux et notre légitimité dans la famille. Mon développement personnel compte plus que tout et je m’y investis corps et âme. Il est nécessaire d’accepter son passé pour pouvoir s’accepter soi-même. Les grandes ambitions mènent aux grandes découvertes. Notre beauté intérieure permet d’ouvrir plus de portes qu’un physique attrayant. Notre pouvoir doit être employé à faire régner la justice, quels que soient les freins rencontrés. La rivalité entre les hommes et les femmes est plus nuisible que stimulante. Pour progresser, il n’est pas nécessaire de nous protéger, il suffit d’être enthousiaste. Par la force et la volonté, nous obtenons ce qui nous paraissait hors d’atteinte. Je me pose souvent la question de savoir lequel est le plus important : mon couple ou mon développement personnel ?
Je reporte mes choix dans le tableau ci-dessous :

Catégorie A – Développement personnel
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Coach 1
Coach 2
Coach 3
Coach 4
B. Mon coach préféré en amour J’ai une confiance totale en l’amour et une confiance inébranlable en l’autre. L’amour sur le plan physique doit s’accompagner d’une communion d’âme à âme. Je suis très sensible à l’image que les autres ont de moi et cela influe sur le choix de mon partenaire. Mon rêve est de vivre LE grand amour sur Terre au quotidien. L’amour est une guerre et un repos, une science et un artisanat. L’amour et la jalousie sont intrinsèquement liés, mes pairs peuvent devenir mes rivaux. Je ne sais pas si je peux tomber profondément amoureux jusqu’à un total lâcher-prise. Parfois j’ai du mal à vivre le bonheur dans l’instant présent, il me semble que quelque chose va venir gâcher ma joie. La victoire sur la rivalité se gagne par le développement de qualités authentiques. Je ne sais pas dans quelles proportions mon couple est fondé sur des illusions, sur nos propres projections. J’ai du mal à accepter l’autre tel qu’il est, je souhaiterais qu’il soit plus conforme à mes attentes. Je sais que je dois faire confiance aux autres et à la vie, mais souvent je suis pris de doutes. Je crois que nous pouvons rencontrer l’âme sœur et que notre union se fera coûte que coûte. Pour qu’un couple puisse perdurer, il faut que la confiance soit installée, sinon l’union sera vouée à l’échec. Dans un couple, l’autre nous renvoie une image de nous-même pas toujours plaisante. Entretenir la flamme de l’amour est un challenge de tous les jours, pour aller au-delà de nos vulnérabilités.
Je reporte mes choix dans le tableau ci-dessous :

Catégorie B – Amour
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Coach 5
Coach 6
Coach 7
Coach 8
C. Mon coach préféré en création J’ai la croyance que le merveilleux se loge dans toutes les formes de vie. Loyal et juste, je crée aujourd’hui mon bonheur de demain. L’amour inconditionnel est la vertu divine que nous pouvons faire régner sur Terre. Rencontrer les autres est une véritable source de bonheur pour moi. J’aime m’inspirer de la diversité et de tout ce que les autres m’apportent. À différentes étapes de ma vie, j’ai appris à sortir de mes conditionnements et à donner vie à mes aspirations. Dans ma vie, j’accorde plus de place au spirituel qu’au matériel. Un des principaux secrets de la vie est d’être authentique en toutes circonstances. Je sais que je crée ma vie et mes relations. J’apprends chaque jour à sortir de mes dualités intérieures et à créer ma sérénité. L’esprit de la bienveillance a un véritable pouvoir d’action sur le monde. Je crois en la force de l’intuition et en sa capacité à éclairer ma vie. J’aime associer le spirituel au processus de création, cela illumine ma vie (et peut-être celle des autres aussi !). Je crois que nous sommes capables de nous métamorphoser et d’être l’auteur de notre propre transformation. J’essaie d’acquérir l’harmonie en moi, car je sais que mes créations seront encore plus puissantes. Le dépassement de soi commence par la connaissance de soi.
Je reporte mes choix dans le tableau ci-dessous :

Catégorie C – Création
a
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Total
Total
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Coach 9
Coach 10
Coach 11
Coach 12

1. Pour ces trois définitions, nous nous référons au dictionnaire Larousse.
2. Ce psychiatre et psychothérapeute suisse (1875-1961), praticien et auteur de nombreux ouvrages de psychologie, a inventé des concepts clés tels que l’inconscient collectif, les archétypes, l’individuation, l’ anima et l’ animus , ou encore la synchronicité. Il a poursuivi le travail initié par Freud sur l’étude des rêves.
3. In Jung, C.G., Métamorphoses de l’âme et de ses symboles , Georg éditeur, Livre de poche, 1993, p. 386.
4. Cet historien des religions et des mythes, philosophe et romancier (1907-1986) étudia et compara nombre de traditions sacrées orientales et occidentales.
5. In Eliade, M., Mythes, Rêves et Mystères , coll. « Folio Essais », 1990, p. 13.
6. Ibid. , p. 22.
7. Jacques Lacan (1901-1981) fut un psychiatre et psychanalyste français de renom. Il créa son école, « L’école freudienne de Paris ».
Partie I
ÉVOLUTION PERSONNELLE ET CONSTRUCTION DE SOI
Une longue quête humaine…
« N’allez en quête que du meilleur de vous-même. Osez, osez, car le possible est toujours un petit pas après l’impossible »
Jacques Salomé
L es mythes nous proposent de nous identifier à des héros mi-humains et mi-divins, capables de mettre au défi les dieux tout-puissants, en montrant leurs capacités physiques ou psychiques, leur ruse, leur inventivité et leurs aspirations, voire leurs aptitudes à transcender les épreuves que ces dieux, véritables chefs d’orchestre de leur destinée, ont mises sur leur chemin.
Nombre de religions ont repris cette velléité qu’ont les hommes à devenir l’égal d’un dieu, pour l’ériger en finalité d’une vie pieuse ou exemplaire. Dans certaines traditions spirituelles, l’élévation de l’homme constitue un objectif constant de chaque jour. Lorsque le niveau le plus élevé est atteint, l’homme acquiert des qualités divines : il gagne l’immortalité et la sérénité absolue. Vivre l’état de Bouddha, atteindre l’éveil, se réaliser : autant de facettes culturelles d’un même but – évoluer et transcender sa simple condition et ses faiblesses humaines. Pour guider le novice sur son chemin d’évolution, les maîtres à penser philosophes, métaphysiciens, sages et initiés – vont jouer le rôle d’intermédiaire entre l’adepte et une dimension supérieure, jusqu’à ce qu’il acquière sa propre sagesse qui lui édictera le meilleur comportement vis-à-vis de soi et des autres.
Pour Abraham Maslow 1 , pilier de la psychologie humaniste, l’accomplissement personnel est le plus élevé des besoins de l’être humain. Carl Gustav Jung a baptisé « individuation » un processus de transformation naturelle par lequel chacun se métamorphose intérieurement pour devenir une autre personne. À l’instar de la Nature, qui déploie des cycles de mort-résurrection, l’homme accueille ce nouveau-né qui est en fait l’autre qu’il porte en lui-même et qu’il fait grandir lentement. Qu’il se mesure à des dieux ou pas, l’être humain a un enjeu similaire : évoluer, transcender et transmuter. C’est donc un travail personnel de toute une vie en vue d’une victoire sur soi. En gagnant sur les dieux, l’homme triomphe de lui-même. Les mythes racontent nos étapes pour cette conquête de nous-même et notre quête d’absolu. Les événements se présentent à nous pour que nous nous surpassions. L’homme est à la fois l’artisan et l’instrument de sa propre transformation. Socrate disait que l’homme a pour objectif de se connaître, quand pour Carl Gustav Jung, le but d’une vie, c’est de prendre conscience. Alors que vingt-quatre siècles séparent le philosophe du médecin psychologue, leur préconisation est la même : l’introspection. Pour nous accompagner, de nouveaux éclaireurs de conscience sont apparus dès le XX e siècle et leur métier a revêtu des vocables précis : psychologue, coach, psychothérapeute, psychanalyste, etc.
L’objectif de cette première partie d’ouvrage est de réunir la fonction du mythe et celle du coach ou du thérapeute, dans cette immense et passionnante aventure du développement personnel et du dépassement de soi. Quand la conscience mène à la pleine conscience !

1. Ce psychologue américain (1908-1970), l’un des fondateurs de la psychologie humaniste, est célèbre pour ses travaux sur la motivation.
Chapitre 1
ΠDIPE
La nécessité d’accepter son passé, sa famille, ses origines
« Nous nous rencontrons maintes et maintes fois sous mille déguisements sur les chemins de la vie »
Carl Gustav Jung
Ce n’est pas un hasard si le mythe d’Œdipe, issu de l’œuvre Œdipe roi de Sophocle, est un pilier de la théorie freudienne ! Voici ce qu’écrivit le père fondateur de la psychanalyse en 1897 lors de sa propre analyse : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants 1 ». L’œdipe correspond à cette période de la vie (estimée entre 3 et 6 ans) pendant laquelle l’enfant ressent, d’une part, une préférence pour le parent du sexe opposé au sien, un désir inconscient d’inceste donc, et, d’autre part, une jalousie vis-à-vis du parent du sexe identique au sien, une pulsion inconsciente de parricide donc. En d’autres termes, combien de petits garçons sont très attachés à leur gentille maman ? Et combien de petites filles souhaitent être la préférée de leur papa admiré ? Ces mécanismes inconscients sont d’autant plus effectifs qu’ils sont renforcés par des mamans qui idolâtrent leurs petits garçons, qui présentent, eux, toutes les merveilleuses qualités, et par des papas très fiers d’être les élus de leurs petites princesses ! Ce schéma, appelé « complexe d’Œdipe », explique pour Freud les débuts de la construction affective de l’être humain. Même si, en grandissant, l’individu évolue vers d’autres objets de désir que ses parents, même si cette théorie est largement complétée par d’autres doctrines et explications du fonctionnement psychique humain, même si la société au XXI e siècle a bousculé les schémas parentaux classiques avec la monoparentalité et les familles recomposées, nous constatons au quotidien la validité de ces hypothèses à travers les histoires de vie et l’étude de notre inconscient.
Qui préfères-tu : papa ou maman ? Phrase anodine lourde de sens…
Écoutons l’histoire d’Œdipe
Avant la naissance d’Œdipe, Laïos, son père, roi de Thèbes, enleva et viola Chrysippe, le fils de Pélops. Puis il se rangea dans le droit chemin et se maria avec Jocaste, qui devint reine de Thèbes. Redoutant le châtiment des dieux à cause du viol qu’il avait commis, Laïos partit consulter l’oracle de Delphes avec sa femme pour voir ce qui l’attendait. Le verdict tomba : si Laïos et Jocaste faisaient un enfant, ce serait un fils qui tuerait son père et épouserait sa mère. Horrifiés, Laïos et Jocaste décidèrent de ne pas faire d’enfant. Mais malgré leurs précautions, Jocaste tomba enceinte et accoucha d’un fils. De peur que l’oracle ne s’accomplisse, Laïos et Jocaste firent exposer le nouveau-né sur le mont Cithéron, après lui avoir fait percer les chevilles pour l’accrocher à un arbre. Contre toute attente, le nouveau-né fut sauvé et adopté par le roi et la reine de Corinthe, Polybe et Mérope. Voyant l’enfant avec sa blessure aux chevilles, ils l’appelèrent Œdipe, qui signifie « pieds enflés ». Ils l’élevèrent comme leur fils.
À l’âge adulte, Œdipe, au cours d’un banquet, se disputa avec un autre convive qui l’accusait de ne pas être l’enfant légitime de ses parents. Bouleversé, il décida de partir à son tour à Delphes pour consulter l’oracle afin de savoir si Polybe et Mérope étaient bien ses vrais parents. Cependant, l’oracle ne répondit pas à sa question, mais lui répéta ce qu’il avait révélé des années auparavant à Laïos et Jocaste : qu’il tuerait son père et épouserait sa mère. Effrayé, Œdipe, croyant que Polybe et Mérope étaient ses parents, décida de ne pas retourner à Corinthe pour éviter que l’oracle ne s’accomplisse.
Sur la route, à un carrefour, Œdipe rencontra un vieil homme sur un char. Ils se disputèrent pour une banale histoire de priorité de passage, et en vinrent aux mains : Œdipe tua le vieil homme, sans savoir qu’il s’agissait en fait de Laïos, son père. La première partie de l’oracle s’était réalisée. En continuant sa route, Œdipe arriva à Thèbes. Y sévissait alors la Sphinge (un être à moitié femme, à moitié bête, appelée plus communément « Sphinx »), depuis la mort de Laïos. Pour pouvoir entrer dans la ville, il fallait résoudre une énigme, posée en ces termes : « Quel être est doté de quatre pattes le matin, deux le midi et trois le soir ? » Œdipe trouva immédiatement la réponse : « L’homme. Quand il est enfant, au matin de sa vie, il marche à quatre pattes ; quand il est adulte, au zénith de sa vie, il se tient sur ses deux jambes ; et quand il est vieux, au soir de sa vie, il a besoin d’une canne pour se déplacer. » La Sphinge libéra alors la ville en se jetant du haut d’une falaise.
Comme récompense pour avoir vaincu la Sphinge, Œdipe obtint le trône de Thèbes, laissé vacant après la mort du roi, ainsi que la main de sa veuve, Jocaste : la seconde partie de l’oracle s’était réalisée. Œdipe et Jocaste eurent quatre enfants : deux fils, Étéocle et Polynice, et deux filles, Antigone et Ismène.
Puis la peste envahit la ville de Thèbes et Œdipe consulta l’oracle de nouveau pour savoir comment l’en débarrasser. Ce dernier lui répondit qu’il devait découvrir et punir le meurtrier de Laïos. Ses recherches le conduisirent à la terrible découverte qu’il était lui-même le meurtrier de Laïos, qu’il avait tué sans le savoir son véritable père et, de plus, épousé sa mère, Jocaste. Œdipe se creva les yeux, pour se punir et ne plus voir les crimes qu’il avait commis, et partit en exil, accompagné d’Antigone, sa fille, qui prenait soin de lui. Il entra en conflit avec ses fils, qu’il maudit et qui s’entre-tuèrent pour obtenir le trône. À la découverte de l’inceste, Jocaste, quant à elle, se pendit. La fin de vie d’Œdipe fut plus heureuse, car un nouvel oracle d’Apollon lui prédit que le lieu où il serait inhumé attirerait une mystérieuse bénédiction divine. Il fut accueilli pour ses derniers jours comme un bienfaiteur par Thésée, le roi d’Athènes.
À la lueur du décodage… Une histoire marquante
Le nom d’Œdipe, qui, rappelons-le, veut dire « pieds enflés », illustre très bien le problème racine du personnage, les pieds étant le symbole de la racine et de ce qui nous fait avancer dans la vie. Son histoire fondatrice poursuivra Œdipe tout au long de son chemin. C’est sa blessure d’origine qui marque son destin.
Cela nous renvoie à notre histoire familiale : alors que nous étions bébé ou enfant, des événements ou caractéristiques particulières nous ont marqués plus qu’on ne le croit (ou souhaite). Par exemple, avoir souffert relativement tôt dans l’existence de l’absence d’un père ou d’une mère, avoir vécu un exil ou un arrachage à la terre de son enfance, avoir été témoin de violences dans le couple parental, avoir ressenti un rejet ou un abandon, avoir été adopté, avoir été victime de cruauté ou de violences. Inconsciemment, ces faits, parfois traumatiques, marquent profondément notre histoire de vie. C’est ainsi qu’à la recherche d’un père, nous allons épouser un mari bien plus âgé que nous. Ou encore, nous allons vivre à travers le regard de l’autre pour nous faire accepter. Ou bien nous allons reproduire dans notre couple un schéma relationnel violent. Ou encore, de façon viscérale, nous ne pourrons pas supporter solitude et séparation, car elles répètent ce que, petit enfant, nous n’étions absolument pas en mesure de pouvoir gérer.
Tes racines sont tes premiers chaussons avec lesquels tu fais tes premiers pas. Vaincre la peur de savoir
Une fois jeune adulte, Œdipe cherche à connaître la vérité sur ses origines, mais la confrontation avec sa véritable identité ne peut se faire, voire lui est refusée, puisqu’il y a dispute avec celui qui peut lui révéler le secret de sa naissance. Nous voyons là toute la dualité qui s’impose en nous lorsque nous ne sommes pas prêts à accueillir nos blessures d’enfance. Tout comme Œdipe se met en colère contre celui qui se fait le reflet d’une vérité qu’il porte en lui, nous pouvons partir en guerre contre autrui tant les images en miroir projetées nous semblent insupportables, voire invraisemblables. Cependant, il va tout de même consulter l’oracle pour faire le jour sur sa naissance et élucider le mystère de son ascendance. Or, l’oracle répète la même issue pour Œdipe : il va tuer son père et épouser sa mère. L’inconscient continue donc de dicter la route qu’il prendra bien malgré lui.
Ce fragment de l’histoire d’Œdipe décrit admirablement un double scénario : premièrement, tout secret concernant nos origines devra être percé et deuxièmement, tant que le secret ne sera pas révélé, nos actes ne feront que reproduire une condition dans laquelle nous avons été placés et dont il sera difficile de sortir. C’est ainsi qu’à 40 ou 50 ans, des personnes partent à la recherche d’un parent inconnu parce que cela est devenu nécessaire pour « avancer dans la vie ». Il existe par ailleurs de troublantes coïncidences : sans avoir connu son père, l’enfant développe le même talent, exerce un métier ressemblant ou poursuit les mêmes passions que lui. Dans l’inconscient, l’empreinte familiale guide nos choix…
Ton inconscient te guide : alors, prends conscience de ton passé afin qu’il ne soit pas un frein, mais un ami que tu as accepté.
Nous pouvons admirer la persévérance d’Œdipe à vouloir connaître toute la vérité sur ses origines et sur la mort de son père. Le mythe indique que pour éradiquer la peste, il faudra connaître le meurtrier de Laïos. C’est-à-dire, pour aller plus loin et être débarrassé de toute « peste », donc, de toute maladie transgénérationnelle et/ou psychologique, envahissante et nocive, l’homme doit connaître toute la vérité concernant ses actes inconscients. La vérité étant trop cruelle pour Œdipe, il se crève les yeux et part en exil : cela illustre la difficulté que nous avons à aller au plus profond de nous-même et à trouver qui nous sommes réellement. Et pourtant, c’est la confrontation avec notre ombre 2 qui nous fait sortir de l’exil ! En effet, l’exil d’Œdipe aveugle représente la part de nous-même qui met en place une stratégie de survie, même si c’est au prix d’une fragmentation en soi. Souvent, cette dissociation d’avec nous-même est mise en place comme un refuge, une protection : c’est Œdipe qui se crève les yeux. Il se protège et cela illustre les solutions que nous trouvons face à un traumatisme inconscient qui serait trop difficile à voir et à accepter. La prise de conscience est refoulée et nous sommes en exil vis-à-vis de nous-même. La confrontation avec l’origine de notre traumatisme nous mettrait sur la voie d’une acceptation libératrice, mais il faudrait pouvoir supporter la vérité. Au quotidien, lorsque nous fermons les yeux sur une dure réalité du passé, cela peut engendrer différentes attitudes que nous ne stoppons pas, la peste n’est pas enrayée. Parmi des exemples de tels comportements, nous pourrions citer répéter des relations malsaines alors que nous les savons toxiques, partir et fuir un passé sans imaginer qu’il sera encore bien présent, arrêter une psychothérapie lorsque la première difficulté se présente. Rivalité masculine
Dans la bagarre qui l’oppose au conducteur de char et donc à son père, Œdipe exprime la rivalité masculine. Nombre de faits quotidiens ou plus anciens illustrent cette compétition entre hommes : les bagarres, le sport, le désir de compétitivité, la jalousie et la comparaison. Ce besoin de se mesurer à l’autre pour s’affirmer est très fréquent. Notre économie de libre concurrence en constitue un reflet et dans nos entreprises, la saine compétitivité qui est mise en place entre les équipes pour motiver les salariés et dynamiser les résultats est dérivée de cette rivalité première. Les jalousies enfantines entre frères et sœurs, ou les comparaisons envieuses entre voisins, en sont aussi des réminiscences fort vivantes ! Cette lutte fils-père sera également abordée au chapitre suivant lorsque Icare rivalisera avec son géniteur.
Cherches-tu à prouver que tu es le plus fort ? Le lien à la mère
Comme nous l’avons indiqué en introduction à ce chapitre, l’histoire d’Œdipe nous parle aussi du lien fusionnel existant entre une mère et son fils. Dans le mythe, le fils, en gagnant le combat qui l’oppose à son père, obtient la main de sa mère. Cet autre événement marquant du récit met en lumière trois processus inconscients fréquemment rencontrés.
Le premier est ce lien de fort attachement du garçon pour sa mère, qui dicte parfois sa relation aux femmes alors qu’il est devenu adulte. Il est vrai qu’un garçon rencontre comme première femme celle qui lui a donné la vie et l’a nourri. Si plus tard, l’homme recherche inconsciemment chez son épouse ou sa compagne une réplique de sa mère, la relation est vouée à l’échec : comment une femme « normale » peut-elle rivaliser ? Parmi les exemples récurrents, nous pouvons citer les hommes qui cherchent une deuxième maman dans leur relation de couple, ceux qui se laissent dicter leur vie de foyer par leur mère, ou encore qui sont incapables de se détacher suffisamment du foyer de leur enfance. La solution est bien entendu pour l’homme de dissocier la mère de l’épouse, la nourricière de l’amante, la matrice originelle de la femme inconnue à découvrir.
Homme en devenir, va à la rencontre de la femme inconnue, elle t’apportera les conditions de ta propre autonomie.
Le deuxième processus mis en avant par ce mythe est la relation du père à son (ou ses) fils. Nous voyons bien dans le mythe d’Œdipe que ce thème est récurrent : Œdipe entre en lutte avec son père et en conflit avec ses fils. Comment chacun peut-il trouver sa place ? Concrètement, au quotidien, il s’agit pour un fils de devenir un homme, de prendre symboliquement la place du père, mais sans pour autant le « tuer ». Nous reviendrons d’ailleurs sur ce thème au chapitre suivant à propos du mythe d’Icare.
Le troisième processus mis en question est celui de la relation d’une mère vis-à-vis de son fils. Celui-ci pourrait aisément prendre la place de l’époux, tout comme Jocaste a refait sa vie avec Œdipe. Les questions à se poser sont principalement les suivantes : comment une mère peut-elle inconsciemment entretenir une relation fusionnelle avec son fils ? Quels sont ses besoins insatisfaits qu’elle pourrait combler avec cette relation ? Quelles qualités voit-elle chez son fils qu’elle ne trouve pas chez son mari ? Souhaite-t-elle que son fils grandisse et se détache d’elle pour conquérir une autre femme ? Se compare-t-elle inconsciemment à la compagne de son fils ? Qu’a-t-elle à prouver ? Sortir d’un lien fusionnel pour une mère consiste à considérer son fils comme un homme libre et autonome, à accueillir la femme qu’il aime et à lui donner une place légitime dans leur foyer, à investir sa propre relation de couple. Les autopunitions transgénérationnelles
Prends conscience des punitions que tu pourrais t’infliger et choisis la responsabilité plutôt que la culpabilité.
Au-delà du personnage d’Œdipe, il est intéressant d’avoir une lecture complémentaire du mythe : celle qui concerne les parents, car cela nous permet d’expliquer certaines dynamiques familiales pour le moins étranges ou obscures. Au démarrage de l’histoire, le père d’Œdipe est rongé par la culpabilité de son forfait antérieur à son mariage et va consulter l’oracle pour voir ce qui l’attend, car il a peur d’une punition. La culpabilité amène ce père à consulter son inconscient (l’oracle) pour comprendre quel type d’autopunition son remords va générer. Ce début d’histoire illustre parfaitement les cas où les parents se punissent inconsciemment à travers leurs enfants. Qu’elle soit psychologique, familiale ou karmique 3 , la culpabilité inconsciente agit et le surmoi 4 déclenche une punition comme pour expier un acte répréhensible. La naissance d’un enfant avec maladie grave, ou bien la lourde perte d’un enfant, en sont de bien tristes exemples. De façon tragique et peu acceptable, le malheur rencontré vient punir le couple parental car la culpabilité inconsciente est trop forte.
Le verdict de parricide qui est donné à Œdipe peut aussi illustrer la répétition d’un scénario familial : son père avait violé un garçon, la relation du père vis-à-vis d’un semblable n’est donc pas claire et témoigne d’une relation violente. Ce sera cette violence qui se retournera contre lui plus tard. Le bourreau devient la victime.
Le couple parental essaie de ne pas tomber dans les pièges de sa destinée, mais le « karma » est plus fort et la prédiction autoréalisatrice s’accomplit, même si elle est combattue consciemment.
La découverte de l’inceste chez la mère d’Œdipe entraîne sa pendaison, attitude de renoncement et sacrifice d’une mère impuissante à changer le cours des choses. Ce sont ces mères qui ferment les yeux inconsciemment lorsqu’il y a inceste dans la famille, en s’excluant ou en s’infligeant un châtiment punitif qui les anéantit, comme une maladie physique ou mentale grave, par exemple. Quelle énigme avons-nous résolue ?
Les prises de conscience sont franchement libératrices : écoute-les !
Dans le mythe d’Œdipe, l’énigme posée par la Sphinge est celle de la vie humaine : sur le plan terrestre, l’être humain a compris comment avancer, il croit avoir gagné et fonde une famille sans savoir qu’elle repose sur un inceste. Comme Œdipe qui trouve l’énigme posée par la Sphinge, mais qui ne sait pas qu’il épouse sa mère. En gagnant en maturité, il va trouver ses béquilles pour continuer à vivre : ce sont les protections que nous créons, les « objets » compensatoires, les aides que nous obtenons. Puisque la ville est délivrée de l’emprise de la Sphinge, le récit nous montre qu’en tant qu’être humain, nous gagnons la liberté de cheminer, mais nous ne gagnons pas forcément, par là même, la liberté de notre destin. Une équation personnelle reste à résoudre. Nous déroulons notre vie avec la maturité de notre conscience, mais avec l’immaturité de notre inconscience ! Une fin heureuse
Malgré tous ces drames et vicissitudes, il est tout de même intéressant de souligner un certain dénouement positif de l’histoire. En dépit de l’aveuglement final d’Œdipe et de son errance, un nouvel oracle lui annonce qu’il sera béni par les dieux. Ayant persévéré pour retrouver sa véritable histoire et accepté son passé, Œdipe a gagné une grâce divine et le droit à une réhabilitation dans ses derniers jours.

Éclairs de sagesse
Avec l’histoire qu’il nous lègue, Œdipe est un bienfaiteur, qui nous éclaire sur des passages incontournables de notre vie, afin que notre destin ne nous joue pas des tours à notre insu et ne nous emprisonne pas.
Les 3 bons conseils d’Œdipe : Sois chercheur de vérité. Accepte ton passé. Prends soin de toi, dans toutes les dimensions de ton être.
Ces rêves et ces incidents symboliques
Pour éviter de « te prendre les pieds dans le tapis », soulève-le et regarde ce qui est dissimulé, tapi, dessous !…
Les problématiques de l’enfance apparaissent dans nos rêves illustrées de diverses manières. Tout comme dans le nom d’Œdipe, les pieds dans les rêves parlent du problème racine. On y retrouvera les difficultés pour avancer en rapport avec la nécessité de réparer les blessures de l’enfance. On appréciera aussi toutes les rénovations qui sont faites : on change de chaussures, on subit une opération, on chausse les bottes de sept lieues pour faire des pas de géant. Autant de métaphores pour exprimer le renouveau et des aptitudes au progrès. Une autre parabole est fréquemment utilisée par notre inconscient dans les rêves pour décrire la nécessité de tenir compte d’un problème de l’enfance : on se voit descendre un escalier pour arriver au sous-sol ou dans des caves. Psychiquement, nous refaisons le chemin à l’envers pour retrouver ce qui nous a manqué, pour nous confronter à un problème œdipien, ou encore pour retrouver des événements marquants de notre vie intra-utérine.
Les accidents de la vie apparemment dus au hasard, ou à la malchance, sont aussi des signifiants. On se blesse le pied ou le talon : quel est le problème de racines que nous devons encore résoudre ? Sommes-nous en train de lutter ou de régler un problème familial et œdipien ? Qu’est-ce qui nous empêche d’avancer et que devons-nous voir et résoudre dans notre relation à la famille et aux parents ? Quelle histoire enfouie est-il nécessaire de mettre au jour, de comprendre et de s’approprier ? Autant de questions jalonnant notre parcours de développement personnel !

Dans les tablettes du coach

L’inconscient collectif et les archétypes jungiens
Le concept psychologique d’archétype a été créé par Carl Gustav Jung, partant du constat que notre inconscient est composé de deux niveaux : celui de notre inconscient personnel et un autre, plus profond et inné, que Jung a appelé « inconscient collectif ». Ce niveau d’inconscient n’est pas individuel mais universel, il contient des modes de comportements plus ou moins partagés entre les individus. Il constitue un substrat psychique commun à tous, d’une nature suprapersonnelle et présente en chacun de nous. C’est le contenu de cet inconscient collectif qui est appelé « archétype ».
Cette notion d’archétype bien spécifiquement jungienne nous montre en quoi nous sommes universels et reliés. Nos mythes fondateurs sont l’expression de ces archétypes. Nous mettrons en relation les archétypes de la mère décrits par Jung et les personnages d’Isis, de Marie, etc., de nos grandes spiritualités. Le processus de mort-résurrection ou de renaissance est aussi un archétype dépeint par Jung, fréquemment illustré par les mythologies ; c’est la résurrection de Jésus-Christ, c’est le phénix qui renaît de ses cendres, c’est le culte d’Osiris. Tout au long de cet ouvrage, nous illustrons comment ces archétypes se retrouvent à la fois dans notre quotidien, dans notre inconscient, dans nos rêves et dans les mythologies.

1. Lettre de Sigmund Freud à Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897.
2. Concept jungien qui désigne la partie la plus obscure de notre personnalité, faisant partie de notre totalité. Pour réaliser notre processus d’individuation, nous devons nous confronter à notre « ombre » et l’intégrer, alors que bien souvent, nous la rejetons, ne souhaitant ni la voir, ni l’accepter.
3. Le « karma » est un terme sanscrit qui désigne les conséquences d’actes commis précédemment par un individu.
4. Terme freudien qui désigne la partie de soi qui protège ou freine la prise de conscience, qui refoule ou qui régit les actes selon la morale et les conditionnements.
Chapitre 2
I CARE
Comment prendre sa place d’adulte ?
« Car au-delà de voler, c’est comprendre : le but seul des grands vertiges est de s’approcher du secret du monde, là où les ailes d’Icare ont commencé à fondre »
Antoine de Saint-Exupéry
En soulevant le sujet du positionnement que nous prenons dans la vie, le mythe d’Icare nous ouvre plusieurs portes pour résoudre des équations existentielles fondamentales. Dans ce chapitre, après nous être remémoré le mythe, nous identifierons les leviers et les freins dans notre évolution personnelle que cette métaphore met en exergue. Nous poserons la question de comment nous libérer des entraves et obtenir la réalisation de soi. Nous verrons aussi que notre positionnement se conquiert à plusieurs niveaux : vis-à-vis de nous-même et vis-à-vis d’autrui, notamment par rapport à la figure paternelle. Comment se jauge un adulte face à son père ? Et enfin, nous partirons à la recherche du feu sacré !
Écoutons l’histoire d’Icare
Nous proposons ici deux approches de ce mythe. La première est celle d’Ovide 1 ou d’Apollodore 2 , qui met en scène Icare, et la seconde, écrite par Ovide dans Les Métamorphoses , qui nous présente l’histoire de Phaéton.
Le premier récit nous raconte qu’Icare, fils de Dédale, est emprisonné avec son père dans le Labyrinthe. Ils s’enfuirent grâce à des ailes confectionnées par Dédale avec des plumes et de la cire, mais Icare, grisé par l’envol et malgré les recommandations de prudence de son père qu’il n’écouta guère, s’approcha trop près du soleil, ce qui fit fondre la cire. Icare plongea dans la mer et mourut noyé. L’emprisonnement de Dédale avec son fils était dû au fait que Dédale, grand architecte de Crète, avait construit le Labyrinthe pour le Minotaure, mais en avait donné les plans à Ariane, fille du roi Minos de Crète, afin que son amoureux athénien Thésée puisse en sortir, après avoir vaincu le Minotaure. Le roi Minos punit Dédale pour cette indiscrétion livrée aux Athéniens. C’est Dédale qui trouva la ruse de faire appel « à l’air et au ciel », qui étaient selon lui « libres face à la terre et à l’eau », en fabriquant les ailes de la libération.
Le second mythe, celui de Phaéton, offre une métaphore grecque proche. Ce fils du dieu Soleil Phébus, pour prouver la puissance de son ascendance, voulut conduire le char solaire de son père. Celui-ci avait accordé une faveur au choix à Phaéton, qui insista pour conduire le fameux char. Malgré les tentatives de Phébus pour l’en dissuader, compte tenu des dangers prévisibles, Phaéton ne renonça pas et conduisit le char de feu, mais il ne fut pas assez fort pour maîtriser les chevaux emballés. Il fit des ravages en mettant le feu sur son passage et se trouva stoppé et foudroyé par Zeus.
Tout comme Dédale, Phébus fut très affligé de la mort de son fils.
À la lueur du décodage… S’élever ou se leurrer
Que ce soit pour Icare ou pour Phaéton, l’envol prit fin par manque de prudence, de maîtrise ou de compétences. Pour Icare, l’enjeu se situait au niveau de la libération : sortir des emprises de la terre et de l’eau, pour voler sans entraves. C’est par excès d’imprudence et par inconscience qu’il voulut s’approcher trop près du soleil, sans envisager les conséquences possibles ni écouter les conseils de son père. L’ambition de la jeunesse est ici décrite, avec tout ce qu’elle comporte de positif, mais aussi avec ses travers : manque de lucidité, de réalisme, méconnaissance de ses propres limites. L’adolescence donne des ailes, mais l’imprudence peut tout faire échouer et les leçons de vie être cuisantes. Si l’on considère Icare, jeune adulte et non plus adolescent, le mythe nous renvoie aux ambitions démesurées que l’être humain exprime parfois, voire à sa mégalomanie. Le « toujours plus » prend le pas sur la raison et c’est une spirale sans fin qui s’enclenche. À un stade avancé, la mégalomanie est une pathologie, une psychose qui amène la personne à des délires de grandeur, que ce soit par une surestime de soi, ou par une illusion de toute-puissance, ou encore par la croyance d’être en connivence particulière avec une divinité. Tout comme Icare et Phaéton qui se voyaient invincibles et maîtres du feu.
Sans aller jusqu’à la mégalomanie pathologique, le « toujours plus » exponentiel se rencontre dans de nombreux cas de figure contemporains ou dans d’historiques caricatures. Molière avec Don Juan a mis sur scène un personnage ayant une très haute estime de lui-même et une ambition démesurée, qui se comparait à Alexandre le Grand et qui disait « j’ai l’ambition des conquérants qui volent de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits ». Sa recherche de domination fut inlassable et sa vie, une constante fuite en avant. Entre ambition et mégalomanie, entre conquêtes et ravages, certains de nos héroïques monarques ont mis leur pays à feu et à sang et ont laissé une population exsangue. Alexandre le Grand, le Roi-Soleil, Napoléon et Hitler sont ces conquérants dont les désirs n’eurent pas de bornes et qui déployèrent les ailes de leur pouvoir jusqu’à un paroxysme. Alexandre le Grand se pensait comme le fils de Jupiter ; le Roi-Soleil incarnait l’État à lui tout seul ; Napoléon Bonaparte s’identifiait à César pour conquérir l’« Empire du monde » ; et Hitler se croyait le sauveur de l’Allemagne. Leurs ambitions ont en leur temps déclenché des feux destructeurs. Les exemples d’une telle démesure sont malheureusement fort nombreux en Europe, en Afrique, ou même aux États-Unis ! Dès qu’il s’agit de l’exercice du pouvoir, nos sociétés modernes sont elles aussi tout à fait capables de fabriquer des Icare ou des Phaéton. Nous pensons en particulier aux excès de pouvoir en politique (cumul des mandats et interventions envahissantes), en religion (intolérance et inquisition), en relations humaines (rapports de domination), ou encore en entreprise (harcèlement, comportement autocratique).
Un autre mécanisme de notre société postindustrielle d’hyperjouissance et de foisonnement insensé nous a conduits à consommer « toujours plus » vers l’abondance et la société de consommation, puis vers la surabondance et la surconsommation, voire vers le gaspillage et la saturation. L’homme remplit la nature et l’espace, érodant les sols et polluant l’atmosphère, malgré les alertes des sages impuissants à stopper l’emballement, qui prennent aujourd’hui les rôles de Dédale et de Phébus en leur temps.
Heureusement que dans d’autres domaines et avec la folie de leurs ambitions, de grands découvreurs ont permis à la science de faire des bonds en avant considérables, que ce soit en médecine, en astronomie, en technologie ou bien d’autres domaines. C’est ce désir d’élévation, pour soi et pour l’humanité, qui a conduit de grands leaders, comme Mandela ou Gandhi par exemple, à des progrès humains et sociétaux spectaculaires. Les hommes, en rêvant d’être aussi forts que leurs aînés, sont parvenus à les dépasser en de nombreux domaines, que ce soit sur le plan de la santé, de l’éducation, de la culture, de la science, des technologies ou du social. L’ Homo sapiens est devenu l’Homo communicans sans frontières du XXI e siècle. L’espace s’est ouvert considérablement ; nos villages sont devenus d’immenses toiles de réseaux sociaux, nous libérant, Icare des temps modernes, de nos cloisonnements et enfermements.
Avance selon ton idéal d’épanouissement et n’écoute surtout pas tes ambitions de toute-puissance !
En revenant aux mythes, nous voyons que Dédale fabrique des ailes pour son fils, pour l’encourager vers la liberté donc, et que Phébus consent une faveur à son fils comme preuve du lien père-fils qui les unit, faveur que Phaéton sera libre de choisir. Les conditions de l’épanouissement sont donc proposées par les pères à leurs fils, mais avec toute la réserve de la prudence pour l’un comme pour l’autre. Mais les limites de la prudence sont transgressées et l’échec fatal ponctue la chute d’Icare et de Phaéton. La question qui se pose est de savoir jusqu’où nous pouvons aller pour ne pas griller notre liberté. Comment nous arracher de nos entraves et avancer dans l’équilibre et la mesure, afin de ne pas anéantir notre développement ?
N’est-ce pas le dilemme d’Einstein d’avoir permis cette formidable découverte de la théorie de la relativité et pris le risque de fournir à une Europe en guerre les moyens d’une possible guerre atomique ? Dans le feu de l’action
Si nous suivions les conseils avisés de Dédale et de Phébus, nous développerions notre puissance avec prudence et mesure, ce que ni Icare, ni Phaéton ne surent faire.
Cette coexistence entre le mouvement d’expansion et le mouvement de retenue nous amène à considérer le processus de double pulsion qui nous anime, décrit par Sigmund Freud : la pulsion de vie, Éros, et la pulsion de mort, Thanatos. En se libérant et en s’envolant, Icare agit selon sa pulsion de vie ; mais en se brûlant les ailes, il se laisse embarquer par sa pulsion de mort. Thanatos, ce sont les actes inconscients qui nous emmènent « malgré nous » vers nos échecs, alors que par ailleurs, nous mettons en place les conditions de notre réussite. Par exemple, ce sont nos actions d’autosabotage instinctives qui nous empêchent d’avoir le job rêvé, ou qui nous retiennent de rompre une relation toxique, ou encore qui nous entraînent vers une agressivité destructrice, alors que nous savons communiquer de façon non violente. Si Éros est aux commandes, nous prenons soin de nous pour notre évolution. Si Thanatos prend le dessus, nous nous infligeons échecs, stagnation, régression ou punitions. Il pourrait nous sembler facile de choisir Éros une bonne fois pour toutes et de croire en sa force uniquement, mais inconsciemment, ce n’est pas si évident. En effet, évoluer signifie changer, nous dépasser, sortir de nos labyrinthes et donc briser les chaînes et les habitudes, pour voyager vers une nouvelle identité. Et cela peut faire peur ! Lorsque nos protections sont parfois soigneusement mises en place pour nous éviter de souffrir, elles sont nos carapaces, et bien solides, nous aident à vivre. Nous en débarrasser peut s’avérer difficile, encore plus si nous ne voyons même pas qu’elles ont pu devenir des carcans.
C’est alors que nous mettons des freins à notre évolution, par peur ou par manque de confiance ou autres raisons enfouies et subconscientes. Dans le cas d’Icare ou de Phaéton, ce n’est pas la peur ou le manque de confiance qui a fait échouer leur essor, au contraire, mais le résultat final est bien la victoire de Thanatos. Excès ou manque de protection peuvent nous faire échouer, une régulation devient alors nécessaire. Chez Carl Gustav Jung, cette régulation se fait par la fonction du guide intérieur veillant à notre individuation. Dans nos rêves ou dans différentes iconographies, le chien illustre ce personnage régulateur siégeant au fond de nous. Dans son rôle de protection-défense, le chien-gardien est le cerbère qui montre les crocs. Dans la mythologie grecque, Cerbère est ce chien terrifiant à trois têtes qui garde les Enfers dont le dieu est Hadès. Il empêche toute sortie du monde souterrain à moins que l’on ne réussisse à l’amadouer. Dans la mythologie égyptienne, Anubis est la divinité représentée par un chien, animal psychopompe 3 qui guide les âmes dans l’au-delà, après avoir été leur compagnon du jour et de la vie. Nous retrouvons d’ailleurs cette fonction du guide avec les chiens pour aveugles et les saint-bernard.
Pour avancer, brise tes cuirasses et écoute ton guide intérieur qui ne te proposera pas des béquilles, mais de la confiance.
Ainsi, dans un cheminement de développement personnel, notre guide intérieur va nous montrer les dangers pour nous protéger, afin que nous ne nous précipitions pas dans les pièges qui pourraient nous anéantir. Il serait celui qui convainc Icare de ne pas s’approcher trop près du soleil. Il va aussi être celui qui nous guide dans notre monde intérieur souterrain et inconnu pour trouver une libération. Dans le mythe, nous voyons que le père joue ce rôle, mais n’ayant pas la neutralité du « sage », il ne peut pas guider entièrement. Si nous hésitons, si nos carapaces sont épaisses, le guide intérieur sera celui qui nous aidera à déverrouiller nos mécanismes de défense et à ôter nos masques, afin qu’une plus grande réalité s’offre à nous. Ce guide sera notre petite voix intérieure et bienveillante. Dans nos rêves, il apparaîtra sous forme de chien, de berger, de sage, de guide, de maître à penser ou de figure spirituelle. Dans la vie, ce guide intérieur aura un correspondant « externe » en la personne d’un enseignant, d’un thérapeute, d’un sage, d’un maître à penser, que la vie aura eu la bonne idée de placer sur notre route, au moment où nous étions prêts à l’accueillir et à l’entendre. Ni Icare, ni Phaéton n’étaient prêts à écouter la voix du sage et leur évolution a été foudroyée. Facilitateurs, guides intérieurs, Éros personnels, sont les contributeurs de nos progrès et de notre évolution intérieure. Prendre la place du père
Enfant, notre ambition naturelle nous amène à rêver notre vie d’adulte. Adolescent, nous rejetons le modèle des parents, persuadés que nous savons mieux faire qu’eux. Adultes, nous construisons notre autonomie. En psychanalyse, le mécanisme que Phaéton reproduit, en voulant conduire le char de feu de son père, est celui de vouloir prendre la place du père (ce que l’on a pu nommer « tuer le père ») ou égaler le père. C’est un sujet existentiel majeur. Entre deux extrêmes, la juste place est difficile à trouver : soit l’homme éprouve une incapacité à voler de ses propres ailes et reste dans la dépendance (morale ou matérielle) de ses parents, soit un ego hypertrophié l’amène jusqu’au point de renier les autres (père, éducateurs, enseignants) et de rejeter leurs apports. Prendre sa juste place en tant qu’adulte s’avère un véritable enjeu humain. La conquête d’un tel positionnement et l’obtention de l’épanouissement et de la sérénité associée sont le fruit d’un cheminement au bout duquel la véritable maturité se fait mériter.
Depuis quelques années, les jeunes adultes qui peinent à trouver un travail et qui restent chez leurs parents, ainsi que le film Tanguy (d’Étienne Chatiliez, 2001) l’a mis en exergue, sont l’illustration actuelle d’un Phaéton qui ne peut pas prouver ses compétences à son père et reste sous sa coupe. Sous un confort apparent, quel sentiment d’échec est tapi ? On va trouver une difficulté similaire chez les « fils de » : comment prendre sa propre place, lorsque son père fut acteur célèbre ? Ou chef d’entreprise ? Ou médecin de grande renommée ? C’est un sujet qui requiert force, volonté et estime de soi pour que le fils déploie ses ailes et se développe personnellement. Prendre la place du père signifie acquérir petit à petit sa pensée propre et sortir de la rivalité œdipienne père-fils, dont nous avons parlé au chapitre précédent.

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