Lettres du béret noir
345 pages
Français

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Lettres du béret noir , livre ebook

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Description

Fin 1956. Le gouvernement français est forcé de mettre un terme à l'expédition de Suez. Les troupes rembarquent, certaines pour l'Algérie, alors française, où les attentats se multiplient. C'est dans de telles circonstances que l'auteur de cet ouvrage débarque à Alger, comme des milliers d'autres "appelés", avant de rejoindre le département de Constantine. Il y subira l'autorité d'une institution militaire aux pouvoirs de plus en plus larges et finalement vivra deux longues années dans ce qu'on appellerait sans doute, aujourd'hui, un Etat de non droit.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2006
Nombre de lectures 190
EAN13 9782296955622
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LETTRES DU BÉRET NOIR
www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr


© L’Harmattan, 2006
ISBN : 2-296-00167-X
EAN : 9782296001671

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Marcel JAILLON


LETTRES DU BÉRET NOIR

(Algérie 1956-1958)


L’Harmattan
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
FRANCE

L’Harmattan Hongrie
Könyvesbolt
Kossuth L. u. 14-16
1053 Budapest

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Adm. ; BP243, KIN XI
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Graveurs de mémoire


Dernières parutions


William GROSSIN, J’ai connu l’école primaire supérieure. Récit de vie : Adolescence, 2006.
Pierre FONTAINE, En quête… La piste interrompue, 2005.
Alain DENIS, La ribote. Le repos du marin, 2005.
Jeannette RUMIN-THOMÉ, J’avais huit ans en 1940, 2005.
Maurice MONNOYER, Les grands-parents sont éternels, 2005.
Jean SECCHI, Les yeux de l’innocence, 2005.
Allaoua OULEBSIR, La Maison du haut, 2005.
Jacques MARKIEWICZ, « Tu vivras mon fils », 2005.
Georges KHAÏAT, Un médecin à Sfax, 2005.
Dany CHOUKROUN, 46669. Auschwitz – allers/retours, 2005.
René VALENTIN, C’était notre grand-père, 2005.
Serge KAPNIST, Passager sans bagage, 2005.
Maurice VALENTIN, Trois enjambées, 2005.
Paul HEUREUX, Souvenirs du Congo, 2005.
Jean-Pierre MARIN, Au forgeron de Batna, 2005.
Joël DINE, Itinéraire d’un coopérant, 2005.
Paul GEORGELIN, La vallée de mémoire, 2005.
Pierre BIARNES, La fin des cacahouètes, 2005.
Emilia LABAJOS-PEREZ, L’exil des enfants de la guerre d’Espagne, 2005.
Robert CHARDON, Mes carnets de bord, 2005.
Yves PIA, Aline, destinée d’une famille ardennaise, 2005.
A Carmen , ma correspondante
d’alors , ma femme aujourd’hui.
AVANT – PROPOS
J’ai retrouvé ces lettres écrites d’Algérie lorsque je n’avais guère plus de vingt ans.
J’en ai aujourd’hui soixante-dix, et je les retranscris en enlevant à certaines ce qu’elles ont encore de trop intimement personnel, et en prêtant à quelques autres le secours de la mémoire qui les éclaire.
Des personnes qu’on y rencontrera, beaucoup vivent sans doute encore et s’y reconnaîtront peut-être, malgré le travestissement de leur nom.
Quant aux événements rapportés… le temps a passé et modifie chaque jour la compréhension qu’on en a.
Il rend bien contestables certains de mes jugements d’alors, bien naïfs quelques-uns de mes partis pris.
Reste que ce qui a été inacceptable, et l’est aujourd’hui pour la plupart d’entre nous, ne cesse de provoquer en moi la même indignation.
CENDRES
Je suis surpris d’avoir si peu de souvenirs. J’entends de ceux dont aujourd’hui je puisse tirer parti.
J’ai attendu de longues heures froides, accroupi au bord des ruisseaux, l’hiver me rentrant dans la peau. Je pensais alors qu’aucune attente ne viendrait plus à bout de ma patience. Aujourd’hui la poste, la mairie avec leur cortège d’heures perdues me sortent de mes gonds. J’en reviens bouleversé.
J’ai mangé de la viande imprégnée d’essence – celle qui faisait fonctionner nos "frigidaires" de campagne. Nous ouvrions leur porte : la puanteur s’épandait sous la tente boursouflée de chaleur. Le soleil était impitoyable. Nous suffoquions.
J’ai mangé la viande de cette jument que nous avions attirée à l’intérieur des murs et que nous dépeçâmes, bouchers maladroits, avec de vieux outils ébréchés. Elle portait un poulain de quelques mois. Les chiens se sont longtemps battus sous la lune, s’entredéchirant autour de ce jeune cadavre aux yeux sans paupières, chairs molles vertes et roses. Tout ce qui restait de la vie, d’un jouet merveilleux qui-marche-tout-seul, d’un animal noble comme sa mère aux oreilles pointées, tremblante sur ses fines pattes bientôt liées à une poutre.
Le plus lâche d’entre nous sans doute, était allé la chercher. Mentir à un homme reste dans l’ordre ; mentir à une bête est obscène au même titre que ces accouplements monstrueux voués à l’anathème dans l’Ancien Testament. Le mensonge avait été un mauvais sourire qui aurait voulu sceller notre complicité dans ce guet-apens et qui buta comme une pierre sur le front obtus de la bête. J’ai détourné mon regard.
J’ai cru ne plus pouvoir refuser un plat et il m’arrive aujourd’hui de dédaigner des nourritures que je doutais parfois de regoûter un jour.
Je suis resté des nuits sans dormir. Nous marchions, le regard brûlé par les pierrailles interminables du jour. L’un d’entre nous avait trouvé cette boutade que nous usâmes jusqu’à la corde, tandis que le pied butait à chaque pas faisant ballotter le bidon vide sur la cuisse meurtrie : "Aïe ! Aïe ! Si ma mère me voyait !"
Notre emploi du temps intérieur, établi naguère par une tendresse attentive, nous rappelait que minuit est tard, qu’à trois heures on doit dormir ; et je voyais surgir, au détour d’une marche hallucinée, une tête ébouriffée, prête à la réprimande. C’était anormal, à des heures pareilles, d’écluser dans un bâillement malodorant l’air frais d’un matin si long à venir. Devant nos habitudes niées, piétinées, je savais que le contour de chaque heure est fixé bien avant que de la vivre, bien avant que le présent n’y insère ce qu’il a d’unique. Nous avions beau ne pas tenir compte de l’heure, le pain de minuit n’avait pas la même saveur que celui de midi.
J’en étais encore à me dire : cette résistance à la fatigue, à l’insomnie, au mauvais pain, quelle efficacité ne te donnera-t-elle pas lorsque tu la mettras à ton propre service ! Je pensais avec pitié aux devoirs d’étudiant bâclés dès que la nuit commençait à s’avancer. Je croyais ne plus pouvoir connaître ces faiblesses et pourtant… Les souvenirs sont de peu de poids dans les combats de la vie quotidienne. Tout courage est constamment à réinventer.
Qu’en penses-tu, mon ami, parti avec ces mots : "on y devient un homme parce qu’on en bave et qu’on apprend à répondre aux situations pénibles" ? Pauvre de toi ! Ce qu’on ne t’avait pas dit, c’est que le titre d’Ancien Combattant n’est pas un contrat d’assurance. Tu as marché superbement, tu as eu faim et soif avec joie, tu as mis ta volonté à la remorque de celles qui te commandaient, et tu as fini par croire que tu obéissais à toi-même. Avec quel enthousiasme n’as-tu pas obéi aux ordres les plus bêtes ! Tu le faisais pour toi, pour te surpasser dans la fatigue, et peut-être dans le dégoût.
Non, ces souvenirs ne servent à rien aujourd’hui. Bien heureux ceux qu’ils n’empêchent pas de dormir.
Il a fallu partir. Nous étions des centaines à prendre les mêmes trains, et tous reconnaissables à une valise en bois dont je me serais bien passé, mais que sa solidité me fit adopter en prévision de tous les heurts qu’elle devait subir.
Des camions nous attendaient devant la gare. Je n’y montai pas, voulant profiter d’un dernier moment de… solitude. Je trouvais insupportable la gaieté des autres. Un trolley me conduisit en banlieue. Je portais mes vêtements les plus usagés, et dans cette tenue inhabituelle, je sentais déjà que je ne faisais plus tout à fait partie de ces gens qui allaient tranquillement à leur travail.
Je ne connaissais pas cette banlieue. Un chemin interminable et boueux sinuait entre la maigre végétation des jardins ouvriers clôturés de tôles et de barbelés. J’avais le bras rompu de porter ma valise et mes revers de pantalon étaient cirés de glaise lorsque j’arrivai au fort de La Duchère.
C’était un ensemble de murs fort épais – on pouvait, par endroit, se promener sur leur faîte – très hauts, très longs. Leur parcours, sur une espèce de chemin de ronde, durait une heure, et l’on avait souvent, à proximité de certains rentrants, l’impression de redescendre à l’extérieur, mais après deux explorations complètes que je fis le même soir, il devint évident pour moi que ce n’étaient que des impressions – pénibles d’ailleurs.
De longues files d’hommes, les uns endimanchés, les autres négligés, tristes comme la séparation ou gais comme les ripailles qu’on fait avant, mais tous déjà crottés, attendaient. De temps à autre un militaire en faisait mettre une dizaine en rang et le rang disparaissait sous la voûte d’entrée.
Mon tour vint, je franchis la porte, je ne devais pas ressortir de trois jours. On ne pouvait voir de l

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