Oser, rêver, voyager, aimer
170 pages
Français

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Description

La pensée est à l’origine de l’action…
C’est vrai, mais elle peut aussi être son ennemie. Si j’avais accordé trop d’importance à l’opinion de ceux et celles qui ne croyaient pas en la réalisation de mes rêves, jamais je ne les aurais concrétisés. Mon secret a cependant été d’en parler à d’autres êtres humains capables, comme moi, de rêver, et pas seulement de les confier à l’Univers!
L’aspect RÊVER de ce livre vous dévoilera comment j’ai osé réaliser mes rêves professionnels et personnels, au-delà des préjugés. La peur étant le cimetière de nos rêves, il faut parfois savoir l’ignorer pour qu’ils puissent passer du côté de la réalité.
L’aspect VOYAGER vous offre des moments qui me sont chers, allant des berges du Bic de mon enfance, à Rimouski, jusqu’à ma Gaspésie cubaine. J’aborde aussi l’Indonésie, le Népal et le Tibet, des voyages déterminants qui m’ont révélée ma véritable nature.
L’aspect AIMER vous raconte comment j’ai rencontré mon partenaire de rêves, le coauteur de ma vie, celui avec qui j’ai appris l’importance de ne laisser personne d’autre que moi-même écrire les pages de ma vie.
Ce livre vous ouvre les portes de mon cœur en recherche d’authenticité. C’est le journal intime d’une histoire d’amour qui n’a aucune nationalité, aucune religion, aucune culture et surtout aucun statut social. C’est le parcours sinueux d’un amour parsemé de doutes, de jugements et de passion, d’aventures et de découvertes d’un Cuba différent. Le Cuba de ce magnifique peuple, marchand de bonheur pour des millions de touristes chaque année.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mai 2020
Nombre de lectures 4
EAN13 9782925028178
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada.
Lavoie, Caroline, 1972-
Oser, rêver, voyager, aimer.
Développement personnel et spiritualité
ISBN : 978-2-98-16601-3-8 (Version papier)
ISBN : 978-2-98-16601-4-5 (Version pdf)
© Copyright 2018, Caroline Lavoie. Tous droits réservés pour tous les pays. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’auteure. Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.
Auteure par, Caroline Lavoie
Révision préliminaire par, Édith Courtois
Remaniement des textes et révision finale par, Anik C.-Malo. Accompagnement à l’écriture et mise en page : Dany Lizotte et Sophie Lavoie
Conception graphique de la couverture par Art Info Graphik Infographie par, Lynda Geoffroy
Crédit photo de la couverture, par William De la Cruz, parc de Baconao.
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives Canada, 4 e trimestre 2018
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 4 e trimestre 2018
1 e réédition du livre Oser, rêver, voyager, aimer. (ancien ISBN 978-2-98-17244-5-8)
Éditeur : Escapade Répit Bonheur
www.escapaderepitbonheur.com
Je dédie ce livre à mon fils Laurent, mon Dauphin. Celui à qui j’enseigne, par mes actes et écrits, que lui seul a le pouvoir de choisir comment vivre sa vie actuelle et future.
Je t’aime xx
Avant-propos
J’en ignore la raison, peut-être parce que ma mère me l’a raconté des centaines de fois, mais je peux décrire en détail le moment de ma naissance comme si j’avais moi-même accouché du bébé que j’étais : une petite fille toute bleue, frigorifiée, qui arrive finalement après 24 heures de travail. Même si les infirmières m’ont aussitôt placée dans un incubateur, ma mère me répétera toute ma vie que c’est la raison pour laquelle je suis frileuse ! Elle culpabilisait de ne pas m’avoir tenue dans ses bras pour me réchauffer et me disait que j’étais faite pour vivre au chaud.
C’est ainsi que j’ai fait mon entrée remarquée dans la vie de mes parents, déjà bien avancés en âge. Mon père avait 52 ans et ma mère se préparait à traverser sa crise de la quarantaine avec ses 39 ans. Trois grands frères m’attendaient également, sans savoir que mon arrivée allait aussi changer leur vie !
Si j’ai d’abord été un souci pour mes parents, je suis devenue un grand bonheur par la suite, bien différent de ce qu’ils avaient connu avant moi. Mon père avait maintenant une fille, ma mère avait maintenant une amie. Au fil des ans, je suis devenue la confidente de cette femme dévouée à sa vie familiale, comme tant d’autres à cette époque.
Les cinq premières années de ma vie, je les ai passées à accompagner ma mère dans ses nombreuses tâches ménagères. En arrière-plan, les voix de Nana Mouskouri, Demis Roussos et Mireille Mathieu résonnaient tandis que je l’aidais (ou lui nuisais, en digne enfant de mon âge) dans ses responsabilités quotidiennes, au service de ses quatre hommes. Étonnamment, malgré quelques bribes ici et là, j’ai peu de souvenirs de mon enfance. On m’a dit que je pleurais beaucoup, ce qui veut dire que j’étais déjà remplie d’émotions et d’une sensibilité à la vie. Il fallait que je pleure. Encore aujourd’hui, j’ai la larme facile pour les joies comme pour les peines.
J’ai grandi entourée de champs de maïs et humant l’air salin du Bas-du-Fleuve. Comme plusieurs familles québécoises de l’époque, nous étions nombreux : 16 oncles et tantes, 56 cousins et cousines. Lors des weekends à Saint-Guillaume, petit village situé près de Drummondville, je construisais des cabanes dans les bois, pêchais la barbote et cueillais des légumes avec mon père. Nous nourrissions les animaux qui, à leur tour, nous serviraient possiblement de repas. J’y ai même appris à plumer une dinde ! L’été, je rêvassais en observant les cormorans et en pêchant l’éperlan au quai de Rimouski.
Grâce à mon oncle Laurent, prêtre de profession, nous avions accès à un chalet d’été installé sur une presqu’île. Aujourd’hui appelé Le Pensoir, il appartient au Domaine Floravie, situé au Bic, un petit village du Bas-Saint-Laurent. Ce chalet, ou plutôt ce mini-chalet ne possédait à l’époque qu’une douche extérieure, à l’eau froide, bricolée par ma mère. Je m’en souviens encore ! C’est cet endroit que j’ai pu admirer de nombreux couchers de soleil rose cendré et des aurores boréales, en plus du reflet de la lune sur le fleuve Saint-Laurent.
Si je raconte tout cela, c’est que cet environnement a fait de moi la personne rêveuse que je suis. La nature nous servait de terrain de jeu : avec mon plus jeune frère, je transformais les rochers en château de pirates et la plage devenait un immense coffre au trésor… trésor qui cultivait notre imaginaire et notre sens de l’aventure. Le soir, épuisés, nous nous endormions avec du sable entre les orteils et le parfum de l’air salin dans les cheveux et sur la peau. Et je peux dire que déjà germait en nous un désir de découvertes et de dépassement. Et du courage aussi, parce qu’il en faut pour accomplir ses rêves.
Durant nos vacances estivales, notre animal de compagnie était nul autre qu’un goéland ! Ma mère l’avait baptisé Jonathan, comme celui du célèbre livre… Oh, qu’est-ce que ma mère aimait les livres, à un point tel qu’il y en avait partout dans la maison : d’ésotérisme, de santé naturelle, de développement personnel… Je suis arrivée dans sa vie alors qu’elle amorçait une période de renouveau. Elle entrait dans la quarantaine et avait un désir de revivre, de se rebeller, allant même jusqu’à reprendre son nom de jeune fille, c’était inspirant ! Elle était marginale, et moi, j’étais son meilleur public au quotidien. Elle m’a trimbalée dans ses cours de baladi, ses sessions de yoga, ses concerts ésotériques et ses restos végétariens. À tout instant, j’étais à ses côtés pour assister à sa crise de la quarantaine.
J’ai tant rêvé étant plus jeune. J’étais souvent dans la lune et ma mère disait : laissez-la faire, elle est bien où elle est . J’avais un monde à moi, mon monde imaginaire, un monde qui n’existait nulle part ailleurs, protégé de la pollution, du bruit, de toute violence verbale ou physique. Mes parents ne se querellaient jamais, mais ils étaient peu démonstratifs de leur amour.
En 1980, alors que j’avais sept ans, nous sommes déménagés dans un autre quartier de Laval. Mon grand frère de vingt et un ans ne nous avait pas suivis. De Laval à Sorel puis à Laval, en plus de quelque temps à Rimouski avant ma naissance, les cinq (puis six) membres de ma famille avaient toujours vécu ensemble, dans des appartements de cinq pièces et demi. Ma famille allait enfin profiter de plus grands espaces communs, oh qu’elle méritait cette maison !
Et dans la cour de cette maison, d’année en année, maman réduisait l’espace pelouse pour créer des jardins de fleurs et de légumes éclectiques, ainsi qu’une petite niche en forme de pyramide pour héberger Tao, notre berger allemand. Nous soignions également d’autres petites bêtes, dont un bel écureuil, Charlemagne, qui est devenu mon animal de compagnie.
Au printemps, notre table de cuisine se transformait parfois en mini serre, d’autres fois en poulailler. Une fois, nous avons fait incuber des œufs et trois poussins sont ainsi nés. Nous les avons vite envoyés en campagne avant qu’ils ne se promènent partout dans la cuisine !
Qu’est-ce que j’ai rêvé! J’ai commencé très tôt à rêver à mon prince charmant, en jouant avec mes poupées Ken et Barbie et en regardant Candy et Anthony ( Au pays de Candy ). Plus tard, mes films préférés étaient Danse lascive et Mon fantôme d’amour . Je rêvais d’un homme digne de ces scénarios : un homme qui me ferait vibrer et m’aimerait pour ce que je suis.
Je rêvais du grand amour en m’inspirant des livres de Danielle Steel. Ces bouquins me faisaient aussi voyager en pensée, car l’histoire se déroulait presque toujours dans un pays étranger. Je dévorais la série télé Les oiseaux se cachent pour mourir en rêvant de rencontrer un jour le sosie du père Ralph.
Je rêvais… encore et encore !
Je rêvais d’une corvette rose ou mauve en jouant aux petites autos avec mon frère, à 5 ans. Ce rêve a été réalisé, en quelque sorte, à 43 ans, lorsque j’ai acquis ma voiture rose-mauve !
Je rêvais de voir le plus haut sommet du monde, je l’ai vu en 2001 lors de mon voyage au Tibet. Depuis le camp de base, il est magnifique.
Je rêvais de m’envoler un jour dans une vraie montgolfière, #comme dans l’émission Nic et Pic . Ironiquement, je travaille aujourd’hui pour une grande bannière immobilière dont le logo est une montgolfière !
Je rêvais d’écrire un livre en dessinant des bandes dessinées. Bien que le genre soit différent, j’ai tout de même réalisé ce rêve : vous le tenez entre vos mains !
Je rêvais, et j’en rêve toujours, de me baigner dans un bain de nouilles, comme dans le film Patch Adams . N’ayons pas peur de créer un brin de folie dans notre vie !
Je rêve encore aujourd’hui d’un monde où tous les rêves se réalisent. Mon histoire personnelle est ma façon de prouver qu’il ne faut jamais s’arrêter de rêver, mais aussi qu’il faut se donner les moyens et le temps de réaliser de grandes choses, du moins à nos propres yeux !
L’intuition doit être le GPS de toute vie.
— A NONYME
Prêt au décollage ?
Est-ce le goût de l’évasion, de l’exotisme ou de l’aventure qui nous attire à travers les voyages ? Certains endroits nous émerveillent tant ils sont dignes d’un paradis, tandis que d’autres nous remettent en contact avec ce qu’il y a de plus précieux dans la vie, notre nature profonde, le vrai soi.
Après avoir visité l’Indonésie en 1998, puis le Tibet et le Népal en 2001, j’ai compris qu’une partie de moi devait être ébranlée pour que je sois préparée à la vie idéale dont je rêvais toute petite, ma vie en rose.
À l’âge de cinq ans, j’avais demandé à ma mère pourquoi j’étais venue au monde. Sa réponse me touche encore : « Pour changer le monde, mon bébé! » Mais en grandissant, ou plutôt en devenant adulte, j’ai oublié ses paroles, en quelque sorte, préférant suivre le courant social de la femme performante qui priorise carrière et famille. Pendant plus de dix ans, j’ai enfoui mes rêves au fond de moi, jusqu’à ce qu’un ange apparaisse dans ma vie, en 2008, et fasse une différence.
J’avais donc 36 ans lorsque mon étincelle rose s’est réanimée. Je devais faire le point sur les choix de vie que j’avais mis de l’avant depuis mes beaux et grands voyages initiatiques. Famille, travail, responsabilités, engagements… je remettais tout en question. Alors je suis partie seule dans une région moins touristique de Cuba. J’espérais y voir plus clair à mon retour.
Ce retour a plutôt été à l’origine de ce carnet de voyage, de vie, qui à son tour est devenu le journal intime d’une histoire d’amour qui n’a ni nationalité, ni religion, ni culture, ni statut social. C’est le parcours sinueux d’un amour parsemé de doutes, de jugements, mais aussi de passion, d’aventure et de découverte d’un Cuba comme peu de gens le connaissent.
Chapitre
1
Ma vie de jeune adulte
La passion, je l’ai vécue. C’était l’année de mes sweet sixteen . Même si elle a été de courte durée, cette relation est longtemps restée gravée dans ma mémoire. J’ai souvent cherché à retrouver ce même niveau de bonheur, celui qui fait que l’on se sent unique auprès de l’autre, qui nous donne la chair de poule, des frissons tout le long de la colonne vertébrale. Mais c’est fou comme la passion se transforme en souffrance d’une égale intensité quand la relation se termine alors qu’on n’y est pas prêt… Il m’aura fallu attendre d’être jeune adulte pour me promettre de ne plus jamais avoir autant mal… Cette promesse a ainsi influencé plusieurs de mes choix de vie.
Mon passage de l’école au marché du travail s’est effectué en douceur. J’ai toujours été une bonne élève, faisant religieusement mes devoirs… sous l’œil attentif de mon père ! Un métier mettant à profit mon côté imaginatif et créatif s’avérait un choix judicieux : designer d’intérieur. J’ai rapidement trouvé un emploi dans ce domaine et je me suis bien moulée au courant social.
À vingt et un ans, je partageais mes temps libres entre mes amants, mon travail et mes amies. Certaines d’entre elles pensaient à fonder une famille et d’autres avaient déjà des enfants. Pour ma part, dès qu’une histoire d’amour commençait, je savais d’avance qu’elle allait se terminer avant que je ne jette l’ancre.
La plupart des hommes que je fréquentais étaient de nationalité étrangère ou venaient d’une autre région du Québec que moi. J’ai contemplé le Québec comme peu de personnes en ont eu la chance. Le fleuve représentait pour moi des racines profondes. Un seul regard sur ces eaux suffisait à augmenter mon niveau de bonheur. L’un de mes copains était Gaspésien et travaillait comme capitaine de remorque à bateaux. Il m’a fait naviguer sur de longues distances en compagnie de son équipage. De port en port, passant de la pêche aux pétoncles à l’observation des perséides, avec en plus des arcs-en-ciel qui se donnaient en spectacle sous mes yeux, l’aventureuse en moi et l’amoureuse d’air salin était comblée. Sans que je vive le grand amour, ce qui entourait cet homme m’a procuré de forts moments, et ce, durant deux années.
Dans le cadre de mon travail, je me spécialisais surtout dans le design commercial des salons de coiffure ou d’esthétique. Un de mes rêves de l’époque était d’ouvrir un centre de santé axé sur le voyage. Je souhaitais faire voyager mes clients autour du monde. Ils n’auraient eu qu’à réserver une suite et choisir le pays qu’ils souhaitent visiter : un weekend en Italie et le mois suivant, une escapade au Panama ! J’avais l’impression que cette idée répondait au besoin des voyageurs dans l’âme de se transporter et découvrir le monde à petit prix, avant de se l’offrir en vrai !
Jusque-là, j’avais toujours senti que j’étais libre. Libre de choisir, libre de rêver. Cependant, je savais que quelque chose me manquait de plus en plus. J’avais ce besoin viscéral de partir à la découverte d’autres cultures, d’autres façons de vivre. C’est mon héros de l’époque, le plus jeune de mes frères, qui m’a permis de réaliser ce rêve, d’explorer d’autres contrées, mais surtout de me reconnecter avec ma nature profonde.
Le voyage est le meilleur moyen pour se perdre et se retrouver en même temps.
— B RENNA S MITH
Chapitre
2
L’Indonésie, mon baptême, ma piqûre
À mes quatorze ans, mon plus jeune frère est parti en Indonésie dans le cadre d’un échange interculturel. Cette expérience a véritablement transformé sa vie, car il y est devenu plus tard guide touristique. Je l’admirais certes, mais je n’aurais jamais trouvé le courage d’envisager de faire de même, ni à la fin de mon secondaire ni à vingt ans, comme lui ! J’étais beaucoup trop carriériste pour partir à l’aventure et tout abandonner.
Je me souviens avoir présenté un exposé oral sur ce magnifique pays qu’est l’Indonésie. Internet n’existant pas à cette époque, c’est par correspondance avec mon frère que je me procurais la documentation. Il est alors très vite devenu un exemple, une idole pour moi. Il est l’homme aventureux de mes livres, un trait de caractère de mon homme idéal.
J’ai donc attendu jusqu’à mes 26 ans, en 1998, pour vivre mon véritable baptême de l’air et rejoindre mon frère en Indonésie, en compagnie d’un petit groupe créé par son agence au Québec. Étonnamment, je ne savais absolument pas à quoi m’attendre. Je n’avais rien planifié, laissant mon destin entre les mains de mon frère. Il y avait tant de choses à visiter ! Moi qui croyais que le simple fait de partir à l’aventure me permettrait de replonger dans la nature de mon enfance… J’étais loin de me douter que ce dépaysement entraînerait le dépassement de mes limites, alors que je ne connaissais que les rochers devant le chalet de mon enfance, quand mon frère et moi jouions à la guerre avec des bâtons de bois en guise d’épée.
Tout était plus grand que les berges de mon enfance, notamment le mont Bromo, sur l’île de Java, un symbole de l’Indonésie que j’ai visité dès les premiers jours. Après une telle expérience, je souhaitais suivre mon frère partout où il allait pour revivre ce niveau d’adrénaline. Il a alors proposé à notre groupe une excursion optionnelle improvisée au mont Batur, sur l’île de Bali… sans lui. J’étais un peu nerveuse, mais assurément prête à sortir de ma zone de confort une fois de plus.
Accompagnée d’un guide et de deux personnes, je suis partie faire une randonnée de nuit sur cette montagne. Le but était d’arriver au sommet pour assister au lever du soleil. Quel sentiment de bien-être que d’avoir le privilège d’admirer des beautés naturelles aussi grandioses, j’ai été envahie par une sensation de légèreté et de liberté indescriptible. Ensuite, pieds nus sur cette terre volcanique, notre guide nous a servis des œufs à la coque qu’il avait cuits dans la terre chaude.
Bien que le volcan présentait une certaine activité, les risques d’éruption étaient toutefois nuls. C’est donc l’esprit tranquille que je me suis laissé glisser sur la poussière, à mille lieues des pentes de ski et leur neige poudreuse ! C’est bien sûr toute noircie, mais ô combien enchantée que j’ai terminé cette excursion. Dès lors, je savais que j’avais attrapé la piqûre des voyages : l’Indonésie venait de m’ouvrir une porte sur le monde !
Une autre randonnée en compagnie de mon frère attendait notre groupe. Avec des plantes tropicales à la hauteur des genoux qui nous chatouillaient, nous marchions en pleine jungle jusqu’à la rencontre de deux sources d’eau, une froide et l’autre sulfureuse volcanique. J’ai sauté instinctivement et m’y suis amusée avec mon frère comme dans notre enfance. Nous devions être inspirants, car tout le groupe s'est joint à nous !
Au retour, j’ai vu mon premier plant d’ananas ainsi que des bananiers en fleurs ! Et j’ai aussi appris qu’il y a des situations dans la vie où il vaut mieux ne pas savoir à quel danger on s’expose, car le fait d’en connaître une infime partie nous empêcherait de profiter du moment présent avec toute la naïveté qui se doit. Ç’a été ma leçon…
— Nous sommes chanceux, dit mon frère, nous n’avons pas vu de serpents.
— Quoi ? Des serpents ?
— Si je t’avais dit que nous risquions de voir des serpents, tu ne serais jamais venue, ma sœur. Mais de façon générale, au bruit de nos pas, ils vont se cacher.
Il avait raison, la peur m’aurait certainement empêchée d’observer les beautés environnantes et de m’amuser autant. Le même scénario s’est reproduit lors de notre excursion à l’île de Komodo pour y voir les varans du même nom, la plus grande espèce toujours vivante de lézards au monde. Ils font en moyenne deux à trois mètres de long, avec une masse corporelle d’environ soixante-dix kilos. Ces lézards géants sont carnivores ! Évidemment, si quelqu’un m’avait prévenue, je n’aurais pas vécu cette expérience unique de la même manière.
Pour pousser un peu plus loin mon émerveillement, mon frère souhaitait me faire découvrir un endroit paradisiaque où pratiquer la plongée en apnée. À ma grande surprise, la plage était rose, ma couleur préférée, avec des coquillages tout aussi roses et une eau turquoise !
— Bon, avant qu’on plonge, je vais vérifier s’il y a des requins, lance mon frère à notre groupe.
— Quoi ? Des requins ? Je ne plonge pas, ramenez-moi à la plage avec le petit bateau, ai-je dit nerveusement.
Je me sentais soudainement très loin de mon fleuve Saint-Laurent, où les prédateurs se font rares. Je vous assure que lorsqu’on côtoie le danger presque tous les jours, on oublie vite les remises en question et on se contente de vivre le moment présent en puisant à sa source, ce qui m’a été bénéfique.
Une fois en sécurité sur la plage, j’ai constaté qu’il y avait des requins de sable qui nageaient dans moins de deux pieds d’eau ! J’ai alors réuni tout mon courage et affronté ma peur. Je savais que je regretterais ce moment le reste de ma vie si je ne me baignais pas dans ces eaux paradisiaques.
Grâce à cette excursion, j’avais appris une nouvelle leçon de la vie face au danger : des moments uniques peuvent nous échapper quand on laisse nos peurs nous emporter. Au contact de la mer, à admirer le paysage, je me suis sentie si bien qu’une impression de légèreté s’est installée en moi, comme un espace où tout devenait possible. Allais-je pouvoir ancrer ce sentiment assez solidement pour le transposer dans ma vie, à mon retour ?
Au cours de ce même voyage, mon groupe a eu le privilège de passer une nuit dans un village au cœur de la jungle indonésienne, sur l’île de Florès. C’était un lieu sans électricité ni eau courante, évidemment ! Nous étions assis en cercle, près d’une petite hutte en bambou, et la lueur des lanternes nous éclairait. Un concert incroyable nous était offert par la jungle tandis que nous échangions sur divers sujets.
— Que faites-vous comme métier ? nous a demandé le chef du village.
— Je suis designer d’intérieur, ai-je répondu à mon tour.
Mon frère lui a traduit ma réponse, comme il a traduit celle des autres. Au regard interrogateur du chef, j’ai vite compris que mon métier lui était inconnu, mais il n’a pas cherché à en savoir plus.
Ce détachement de sa part m’a procuré un sentiment étrange. Je me suis sentie inutile, voire superficielle. Pourtant, il y avait du design de meubles là-bas... Un doute sur mon choix de carrière a alors fait surface, car le chef du village s’intéressait réellement aux métiers des autres membres du groupe, des métiers peut-être plus essentiels et humains.
Cette dernière soirée concluait notre aventure en Indonésie. Dans mes souvenirs, mes terrains de jeu ont toujours été ancrés dans la nature. De constater qu’il existait des endroits plus vastes avec une nature à couper le souffle, mon besoin de rêver encore plus grand venait d’être alimenté.
Je parlais avec les membres du groupe de notre prochaine aventure et nous avons alors fait la promesse de nous retrouver au Tibet, rien de moins, et mon frère, qui n’y avait encore jamais mis les pieds, accepta sur-le-champ d’être des nôtres !
— J’embarque ! Je ne sais pas encore de quelle façon, mais je serai votre guide.
L’impulsion du voyage est l’un des plus encourageants symptômes de la vie.
— A GNES R EPPLIER
Chapitre
3
Retour sur terre…-à-terre
Durant mon vol de retour, les nouveaux projets se bousculaient dans ma tête et j’ai alors décidé de quitter mon emploi de designer d’intérieur. J’habitais encore chez mes parents, je n’avais donc pas de responsabilités sur les épaules. Ce que je souhaitais plus que tout, c’était de continuer à explorer le monde, et un membre du groupe m’avait invitée à le suivre en Polynésie française ; son côté aventureux correspondait à l’un de mes critères de l’homme idéal. Puisque j’avais amassé un peu d’argent pour partir en appartement, pourquoi ne pas utiliser cette somme et en profiter pendant que j’étais jeune et libre. Sauf que…
Une fois à la maison, mon esprit cartésien a repris le dessus, m’a convaincue d’attendre et de mettre l’aventure en veille. Ça n’a pas de sens, je n’ai pas fait toutes ces études pour rien. Il faut avoir un travail, une auto, un toit et une sécurité financière avant de penser à voyager ! Le courant social avait eu raison de moi, me laissant croire que j’étais comme les autres.
Je suis donc déménagée à Montréal, dans un petit loft de 440 pieds carrés de superficie habitable. La designer d’intérieur en moi était comblée. Eh non, je n’avais pas quitté mon emploi comme prévu, j’avais une vie à bâtir ! J’ai décoré mon petit nid aux couleurs des tableaux du peintre québécois Théberge, j’adorais colorer ma vie. Et pour combler mon manque de voyages outremer, je visitais mon capitaine de bateau dans plusieurs ports du Québec, vivant d’autres belles aventures.
La vie a suivi son cours et, trois années plus tard, j’avais accumulé assez d’argent et de congés payés pour m’offrir un nouveau voyage. Comme je me l’étais promis, j’allais explorer le Tibet, mais en commençant par un séjour au Népal. L’Univers avait fait en sorte que mon frère y soit guide.
Mon départ avait lieu le 27 septembre 2001, soit seize jours après les attentats terroristes du World Trade Center. Ma famille et mes amis étaient très inquiets, car l’angoisse liée aux déplacements en avion s’était répandue dans le monde entier. N’écoutant que mon désir de voyager, d’autant plus que le gouvernement canadien n’avait émis aucun avis sur ma destination, j’ai honoré ma participation à ce voyage organisé et je me suis envolée vers le Toit du monde.
Rester c’est exister, mais voyager c’est vivre.
— A NONYME
Chapitre
4
Révélations au Tibet et au Népal
Ce voyage guidé m’a été révélateur sur divers plans. Trois semaines à sillonner les routes, parfois cahoteuses, désertiques et isolées, à côtoyer les paysages à couper le souffle de l’Himalaya, à traverser des villages tous plus typiques et captivants les uns que les autres. Cette aventure a eu sur moi un effet important, elle m’a transformée.
Non seulement j’y ai célébré mon 29e anniversaire, mais aussi celui de mon ouverture à la conscience de l’autre, à la réalisation de soi et à l’importance de passer du rêve à la réalité.
De nouveau, mon frère jouait un rôle important. Il était guide de ce voyage en plus d’être mon guide dans cette traversée vers une femme plus accomplie. Je remerciais ma mère de m’avoir toujours répété que the sky’s the limit . Voir plus loin et plus haut et explorer à l’extérieur aide à voir plus clair en soi.
Les visites étaient magnifiques. Des villes comme Lhassa, la capitale du Tibet, s’inscrivaient dans mes souvenirs de voyage, comme c’était le cas bien sûr des splendeurs de l’Everest.
J’ai eu le privilège de voir de près ce mont majestueux que l’on décrit comme unique, grandiose et presque aussi inaccessible que Mars ! Depuis le camp de base du versant nord (côté tibétain), j’en garde un merveilleux souvenir. Non seulement la beauté des lieux est surréaliste, mais à plus de 5 154 mètres d’altitude, le niveau d’oxygène diminué dans le sang devient un élément déterminant. Et si la respiration devient plus lente et difficile, l’ivresse, pour sa part, demeure totale.
Sur place, je réalisais à quel point j’avais cheminé. Affaiblie cependant au dos par un incident majeur qui aurait pu m’empêcher de prendre part au voyage, j’ai dû être assez humble pour demander l’aide nécessaire pour parcourir les cent derniers pas qui me séparaient du but. C’est donc en Jeep que j’ai atteint mon sommet à moi, en me disant que plus rien ne me serait impossible. Pour le reste de ma vie, j’allais accepter de dépasser mes limites, j’avancerais et m’efforcerais d’être persévérante dans ma vie.
Par la suite, nous sommes redescendus vers un tout petit village au pied de l’Himalaya, et c’est là qu’un moine tibétain m’a remis un foulard blanc pour mon anniversaire… puis tous les habitants ont fait de même, jusqu’à mon frère ! J’avais le cou enseveli de foulards, je riais et pleurais à la fois en regardant mon frère. Là-bas, les coutumes et symboles sont très présents. Ces cadeaux en étaient la preuve. Le foulard du moine avait été béni et sa signification était le souhait d’une longue vie heureuse. Avec le recul, je réalise aujourd’hui que j’aurais dû prendre le temps de mieux connaître la définition du mot « bonheur » avec ce moine, puisque son Grand Maître, le dalaïlama, a publié quelques livres sur le sujet !
J’ai volontairement laissé un de mes foulards derrière moi. Je me plais à penser qu’il est encore là, à flotter aux côtés des drapeaux de prière d’un site mémorable.
Après une si grande réalisation, il était temps de faire place à la fête. L’un des membres de notre groupe avait apporté une bouteille de porto pour souligner l’événement. C’est donc le cœur léger et sans trop me préoccuper de l’effet de l’altitude sur la consommation d’alcool que j’ai accepté le verre qu’il m’a tendu. Et ce tout petit verre a vite eu, à lui seul, l’effet de trois ! C’est donc dans une atmosphère d’euphorie que le groupe se félicitait des efforts accomplis.
Nos derniers jours au Tibet se sont déroulés sous le signe des visites de villages, de temples et d’endroits très représentatifs du peuple tibétain, dont le Potala, lieu mythique où a résidé le dalaïlama jusqu’à la révolution de 1959. J’ai savouré chaque lieu et chacun des villages traversés, même les plus éloignés ! Je me souviens de certaines particularités, dont le thé au beurre de yak et l’originalité des constructions dont les murs étaient en partie constitués d’excréments de cette même bête, fortement présente là-bas. Mais ce que j’ai le plus retenu de ce magnifique pays est sans contredit l’immensité de la nature, ses rivières aux eaux d’un bleu unique provenant des glaciers et ses montagnes majestueuses.
Une fois la partie tibétaine de notre voyage terminée, nous avons emprunté la route qui menait à l’Himalaya, entraînant un changement de température remarquée. C’est en passant des vêtements bien chauds aux tenues plus légères que le Népal s’est présenté à nous.
Mon principal désir en prenant part à ce voyage était simplement d’accompagner mon frère dans une nouvelle aventure hors du commun. C’est donc les yeux remplis d’étonnement et d’émotions que j’ai découvert un autre grand pays, magnifique et coloré! J’aurais aimé que mon voyage s’éternise, mais voilà, c’était déjà le moment de savourer notre dernier repas. Mon frère a pris la parole alors que nous étions tous attablés dans un excellent restaurant de Katmandou. Après une brève allocution au cours de laquelle il nous a remémoré les bons moments de notre voyage, il s’est tourné vers moi, plongeant son regard ému dans le mien, pour me dire à quel point ce voyage avait été particulier pour lui. Simplement parce que j’y étais.
Plus jeunes, nous nous sommes tant querellés. Nous avons passé tellement de temps à nous chamailler que nos parents ne savaient plus quoi faire de nous. Il était tout à fait improbable à l’époque d’imaginer que nous serions un jour ensemble à l’autre bout de la terre, et si heureux de l’être. Il nous aura fallu vingt ans pour passer de nos disputes sur les petites buttes de notre chalet à cette belle complicité, sur les flancs du Toit du monde !
De ce voyage avaient surgi plusieurs leçons de vie. Entre autres, que les rêves peuvent devenir réalité. Que des gens en apparence si différents peuvent finalement s’entendre à merveille, et que l’aventure est le meilleur moteur pour se connaître soi-même. Je voulais vivre cette aventure sans savoir où elle me mènerait. J’avais eu confiance en la vie et je savais maintenant que si j’avais pu voir l’inaccessible Toit du monde à 29 ans, les limites seraient exclues de mon parcours de vie. J’ai également eu une importante réflexion sur mon estime de soi et mes choix de vie, notamment grâce à un court échange révélateur que j’ai eu avec l’une des femmes de notre groupe, médecin de profession. Je lui avais révélé mon sentiment intérieur au moment de la réaction du chef du village, sur l’île de Florès, en Indonésie, quand mon frère lui avait traduit mon métier… Je lui confiais que, trois ans plus tard, mon métier correspondait de moins en moins à mon besoin d’être au service de l’humain. Elle avait su me réconcilier avec mon rôle de designer commercial en me faisant réaliser que j’améliorais l’environnement de travail des gens, leur quotidien et leur bien-être ! Quant à elle, pour me faire comprendre que chaque profession avait son côté moins reluisant, elle m’avoua qu’à l’occasion, des mères la consultent tout simplement parce qu’elles n’aiment pas les grains de beauté de leur petite fille ! Cette conversation m’avait permis de comprendre une perspective bien différente.
Il m’arrive souvent que des instants de ce voyage me reviennent en tête quand j’ai des choix à faire, quand je dois prendre des décisions importantes, comme ce fut le cas lorsque j’ai réévalué mon choix de carrière ! Mon passage dans le secteur de l’immobilier n’y a donc pas fait exception !
Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle.
— P AULO C OELHO
Chapitre
5
À la recherche de la perfection
Un voyage d’un décor et d’une richesse naturelle comme celui du Tibet laisse inévitablement une trace dans l’âme. À mon retour, j’ai vécu un choc culturel, mon esprit jonglait avec de sérieuses remises en question. Malgré le côté aventurier de ma relation avec mon capitaine de bateau, j’y ai mis fin.
À l’aube de mes trente ans, mon horloge biologique sonnait fort. J’ai voulu avoir des enfants pour la « mauvaise raison » de ne pas vieillir seule. Mon goût de l’aventure était le même, mais je me disais que je pourrais voyager avec mes enfants pour leur faire découvrir les beautés du monde.
Lors d’un souper de bureau à l’occasion de Noël, j’ai commencé à fréquenter un collègue de travail, un homme charmant et simple, un Québécois. Il venait de rompre avec sa conjointe, heureuse coïncidence. La fin de l’année 2001 a donc marqué le début d’une nouvelle histoire d’amour, un engagement sérieux.
Au début de notre relation, je filais le parfait amour. Cet homme me comblait de bonheur et de petites joies au quotidien. J’avais fait l’acquisition d’une maison pour solidifier notre union, à une condition importante, qu’elle soit à mon nom. Je n’avais encore jamais habité avec un homme et d’acheter cette maison seule représentait pour moi une grande autonomie. De fil en aiguille, mon désir d’avoir un enfant grandissait. Mon conjoint avait déjà un fils de neuf ans et craignait l’arrivée d’un deuxième enfant. De séparer son fils de sa mère lui brisait déjà le cœur, il ne souhaitait pas que cette expérience douloureuse puisse se répéter, si jamais… Mais son amour pour moi aura eu raison de lui, car en 2004, j’accouchais de mon fils, ce qui n’a pas été sans soulever en moi des marées hautes et des marées basses.
Mon conjoint s’est adapté à mes exigences de nouvelle mère, avec leur lot de responsabilités. Il faisait son maximum pour y répondre, et ce, jusqu’à s’oublier lui-même. Puis un jour, il a été victime d’un accident de travail qui allait changer sa vie, notre vie familiale et notre vie de couple. Ses capacités physiques étaient réduites et il manifestait de fréquents moments de découragement. J’étais désormais responsable du poids de mes choix, au détriment de ce que j’avais souhaité dans ma vie, des rêves que j’avais projetés. Je voulais retrouver mon ancienne vie, celle qui me rendait heureuse en général. Celle qui me donnait l’entière liberté de mes choix amoureux. Celle qui faisait de moi la reine, en plein pouvoir de son autonomie, celle qui faisait tomber le roi aussi souvent qu’il le fallait.
Mais je ne possédais plus cette liberté : j’avais un engagement, un engagement parental auprès de mon fils. Et pour améliorer notre qualité de vie, j’ai dû vendre ma maison pour en acheter une qui demandait moins d’entretien et se trouvait en milieu urbain, dont le prix était toutefois beaucoup plus élevé. Je suis alors entrée dans le piège du surendettement. Mon hypothèque avait doublé, je n’avais plus d’économies, mes réserves étaient épuisées. Sous un tel stress financier, tout tourne rapidement et j’avais l’impression de ne pas remplir adéquatement chacun de mes rôles. Si un reproche m’était adressé, j’éprouvais aussitôt une pression additionnelle.
Nous avons vécu des hauts et des bas, de petits moments de bonheur parsemant notre quotidien, et ce, jusqu’en 2008, l’année où le vase a débordé. À force de vouloir être parfaite, je me suis perdue dans tous mes rôles ; celui de mère, de belle-mère et de conjointe. À 36 ans, j’avais oublié la femme que j’étais réellement. Métro, boulot, dodo : j’avais l’impression de regarder le train passer au lieu d’être à son bord. Je n’étais pas malheureuse, seulement éteinte. Mon beau-fils entrait dans la phase de l’adolescence, mon conjoint attendait sa place pour une importante chirurgie et mon fils de quatre ans vivait sa crise du « terrible two », version prolongée.
À bout de souffle, j’ai décidé de suivre une thérapie. Seule au début, en couple par la suite, pour terminer avec la famille entière. Les frais de consultation n’aidaient pas à ma cause financière, mais je devais investir dans la reconstruction de notre famille. Mon constat le plus difficile a été d’admettre certains de mes choix faits sur un coup de tête, dont la maternité. Est-ce que cette aventure était vraiment pour moi ? Pour certaines femmes, cette question ne se pose pas. Elles portent la fibre maternelle en elles. Je les admirais, sans pour autant les envier.
Si vous avez des enfants, vous êtes-vous déjà demandé ce que serait votre vie sans eux ? Je me souviens de m’être penchée sur cette question un soir où je philosophais à propos de la vie avec une bonne amie. Une fois nos enfants endormis, nous faisions retomber la pression en trempant nos pieds dans un bain mousse parfumé et en buvant une tisane appelée Au secours de maman . Ce soir-là, à l’issue de nos réflexions, nous en étions venues à la conclusion que la fibre maternelle nous faisait cruellement défaut.
Pour nous consoler, nous écoutions la série populaire La Galère. Nous pouvions nous identifier à chacune des quatre protagonistes. J’ai tant pleuré au dernier épisode. Parfois, je le regarde encore, par nostalgie. Avant mes séances avec ma thérapeute, cette série était ma thérapie du lundi soir, à vingt et une heures. Un verre de vin m’attendait, et de la lessive à plier.
J’aime mon fils d’un amour inconditionnel, mais j’ai trop essayé d’être parfaite, par culpabilité que ce ne soit pas toujours naturel pour moi d’être mère, et ce, au point de me perdre. J’ai donc pris une décision qui influencerait la suite de mon parcours.
La conformité est la mort de l’âme.
— A NONYME
Chapitre
6
Voyage, destination MOI !
Si j’avais à nommer l’un de mes forts traits de caractère, je dirais que c’est l’intuition. J’aime avoir l’accord des autres pour me rassurer sur mes choix, mais si l’on me contredit, j’y vais toujours avec mon intuition. Ainsi, parce que je croyais que c’était le meilleur moyen de sauver mon couple et ma santé mentale, à l’automne 2007 j’ai décidé de me réserver une semaine en formule tout inclus avec une amie. Le courant a toutefois changé et c’est finalement seule qu’en janvier 2008 je suis partie. Évidemment, mon conjoint et ma thérapeute désapprouvaient entièrement, car ils considéraient ces vacances comme une fuite à ma vie. Sans me soucier du reste, je me suis préparée à partir. Ce voyage était en quelque sorte ma propre prescription. Je ne cessais de regarder avec nostalgie mes souvenirs de voyage et j’avais besoin de prendre ce moment de recul pour essayer de rallumer ce qui était éteint en moi.
J’avais choisi Santiago de Cuba, parce que je n’avais jamais entendu parler de cette région de l’île. Contrairement à mon conjoint, je préfère les excursions au fait de m’allonger sur la plage. Aussi, comme en Gaspésie, on y retrouve des montagnes et une riche végétation naturelle. J’ai vite surnommé cette région ma Gaspésie cubaine !
C’est dans les montagnes de la Sierra Maestra de Santiago de Cuba que la révolution de Fidel Castro est née, pour s’étaler sur plusieurs années. Pendant mon séjour, j’ai fait un tour guidé de certains de ces lieux, ainsi qu’une excursion à la Gran Piedra, le troisième plus haut point de cette chaîne de montagnes qui traverse plusieurs provinces situées plus au sud du pays.
Lors de cette ascension à 1 234 mètres d’altitude, la température avait chuté de près de 10 degrés ! Nous avons marché dans la jungle cubaine avant d’escalader les 459 gradins en pierre qui menaient au sommet. Là-haut, une magnifique végétation nous entourait, tandis qu’une vue saisissante de cette région de Cuba et de la mer des Caraïbes s’offrait à nous. Cette excursion avait à coup sûr comblé mon immense besoin de voir loin et grand !
Dans mes bagages, j’avais glissé quelques livres, des vêtements ultraconfortables ainsi que mes souliers de marche, achetés pour mon premier voyage en Indonésie. Ils me suivaient toujours depuis. Lorsqu’ils seront inutilisables, je vais les encadrer tellement ils sont porteurs de souvenirs !
Ce voyage m’a tôt fait réaliser que ce n’est pas parce que je voyageais seule que je l’étais pour autant. Dès le premier soir, j’ai partagé un repas en excellente compagnie. De fidèles clients de l’endroit m’ont prise sous leurs ailes. J’ai donc profité de ces moments de bonheur pour manger chez des habitants, partir en randonnée en montagne et surtout retrouver la femme aventureuse en moi.
Le lendemain, pour combler mon amour de l’eau, j’ai réservé une excursion en catamaran. C’était la première fois que je croisais le regard de William. Par cette rencontre, le destin dressait un plan pour nous.
En vérité, William correspondait au fantasme du beau latino que j’aurais aimé avoir dans mon lit, fantasme qu’entretiennent bien des femmes d’ailleurs ! Il est vrai que j’avais fréquenté des hommes de diverses nationalités, mais le latino n’était pas coché sur ma liste… pas encore !
Mon regard était captivé par les rayons du soleil qui illuminaient son corps si parfait. Ses épaules imposantes, sa peau basanée sur laquelle l’eau perlait comme la rosée du matin m’obnubilaient. J’aurais aimé qu’il m’enlace de ses bras ou me masse de ses mains à la fois délicates et charnues. Seul un maillot de bain dissimulait le mystère du reste de mes fantasmes. Ce qui attirait le plus mon regard chez cet homme du Sud était son sourire, si naturel. Je ressentais sa joie de vivre, celle qu’on retrouve souvent chez les Cubains, ces marchands de bonheur.
Patch Adams l’a dit, le rire est la meilleure des médecines. Son sourire charmait les voyageurs, mais il semblait tout de même avoir un petit côté timide.
Toujours est-il que cet homme mystérieux habitait maintenant mes pensées. Il devait avoir 40 ans, mais en paraissait beaucoup moins. Seuls quelques cheveux gris et de petites ridules autour des yeux trahissaient légèrement son âge.
Pour la fille du Bas-du-Fleuve ayant fréquenté deux Gaspésiens, ce marin aux racines latines représentait le comble du fantasme : un homme aimant la pêche et le poisson.
Au cours des années précédentes, je m’étais négligée. Mon énergie n’était pas suffisante pour que je soigne mon apparence, sans compter que plusieurs kilos s’étaient déposés sur mon corps. Même l’entretien de mes cheveux longs me demandait un temps énorme. Des cheveux courts, voire très courts, avaient été une solution pour gagner du temps le matin.
Or, je me retrouvais sur cette plage, à fantasmer sur ce guide de catamaran qui provoquait en moi, pour la première fois depuis la naissance de mon fils, l’envie d’être plus coquette... C’était toutefois une simple question d’orgueil, car ce fantasme devait rester à l’étape de l’imagination ! Mais malgré cela, mon étincelle rose se réanimait peu à peu et j’ai repensé à ma rencontre avec cette dame, sur la plage, deux jours plus tôt.
— Certains latinos traitent les femmes touristes comme des princesses, le temps d’un voyage dans le Sud, m’avait-elle dit.
Je buvais ses paroles, n’hésitant pas à lui poser des questions sur ses aventures d’un jour, parfois d’une semaine. Des récits pimentés et accentués par quelques mojitos.
— Le meilleur moyen de ne pas s’attacher, m’avait-elle dit, c’est de vivre l’expérience le dernier jour, avant de repartir.
Le lendemain de cette conversation épicée que j’avais écoutée comme on lit un palpitant roman érotique, c’est bien étendue sur ma chaise longue que je voyais partir une touriste, seule, en catamaran avec William. Je me demandais si un fantasme n’était pas sur le point de se réaliser, car les activités dites sensuelles en mer étaient populaires, selon cette dame, sans pour autant faire partie des excursions proposées dans le hall de réception de l’hôtel !
Avec son récit d’aventures, cette dame avait réussi à faire jaillir en moi certains fantasmes à l’égard de William. Je me suis cependant contentée de poser ma main sur sa cuisse, le temps d’une photo. Et il a déposé sa main sur la mienne en me regardant avec son plus beau sourire. Je souhaitais que nos mains restent liées, que nous nous lancions en mer ensemble.
— Gracias , lui avais-je simplement dit.
Le dernier matin avant de reprendre l’avion, je pleurais, recroquevillée au bout de la plage afin que personne ne me voie.

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