Alchimie de l enluminure
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Description


Derrière les splendeurs de l'enluminure, avec ses ors et ses couleurs chatoyantes, se cachent maints secrets de savoir-faire. Certains sont assez simples, mais beaucoup relèvent de l'alchimie.



Dans des textes présentés comme des recettes de cuisine, l'auteur détaille environ quatre-vingts tours de main pour la plupart oubliés. Qui sait encore faire de la colle de parchemin, de l'eau de miel ou de la lessive de cendre de bois ? Comment réaliser son encre à l'aide de noix de galle et de sulfate de fer ? Poser l'or en relief sur assiette relève du grand art, mais quel gesso choisir ? Noir de vigne, rosette, vert d'iris, cochenille, malachite, autant de couleurs oubliées que détaille Marc Niederhauser dans cet ouvrage.



Il explicite également la conception de quelques accessoires comme la piécette, ce morceau de tissu dans lequel on imprègne les couleurs pour les conserver.



L'auteur livre enfin quelques formules peu recommandables, telles la fabrication d'une encre d'or avec un oeuf et du mercure, ou l'élevage de vers dans du pastel écrasé pour en extraire une belle couleur bleue en les pressant.



Toutes les recettes sont assorties d'une source précise et la plupart d'entre elles sont pratiquées par des enlumineurs consultés pendant la préparation de ce recueil.




  • Le parchemin


  • L'encre


  • Les ingrédients


  • L'assiette et le mordant


  • La chrysographie


  • Les pigments


  • Quelques accessoires


  • Recettes improbables et superflues

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 218
EAN13 9782212414097
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Marc Niederhauser
Alchimie de l’enluminure
80 recettes éprouvées
Préface de Monique Zerdoun
Conception graphique et mise en pages : Sophie Charbonnel
Les images qui illustrent ce livre sont issues de :
La revue Le Coloriste enlumineur (1893-1897)
Les Manuscrits et la miniature d’Albert Lecoy de la Marche (1884)
Traité pratique des peintures à la gouache de Karl Robert (1893)
Le catalogue Lefranc (1898)
Le dictionnaire Larousse (1905)
L’Art de l’enluminure d’Alphonse Labitte (1893)
The Art of Illuminating as Practised in Europe from the Earliest Time
de Robert Tymms et Matthew Wyatt (1860).
En couverture : Le Coloriste enlumineur , 1893, n°2, p. 10.
© Groupe Eyrolles, 2011 61, boulevard Saint-Germain 75240 Paris cedex 05 www.editions-eyrolles.com
ISBN : 978-2-212-12863-5 Tous droits réservés.
Le code de la propriété intellectuelle du 1 er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est généralisée notamment dans les établissements d’enseignement, provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’Éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris.
Alchimie de l’enluminure
80 recettes éprouvées
Marc Niederhauser
Derrière les splendeurs de l’enluminure, avec ses ors et ses couleurs chatoyantes, se cachent maints secrets de savoir-faire. Certains sont assez simples, mais beaucoup relèvent de l’alchimie.
Dans des textes présentés comme des recettes de cuisine, l’auteur détaille environ quatre-vingts tours de main pour la plupart oubliés.
Qui sait encore faire de la colle de parchemin, de l’eau de miel ou de la lessive de cendre de bois ? Comment réaliser son encre à l’aide de noix de galle et de sulfate de fer ? Poser l’or en relief sur assiette relève du grand art, mais quel gesso choisir ? Noir de vigne, rosette, vert d’iris, cochenille, malachite, autant de couleurs oubliées que détaille Marc Niederhauser dans cet ouvrage.
Il explicite également la conception de quelques accessoires comme la piécette, ce morceau de tissu dans lequel on imprègne les couleurs pour les conserver.
L’auteur livre enfin quelques formules peu recommandables, telles la fabrication d’une encre d’or avec un œuf et du mercure, ou l’élevage de vers dans du pastel écrasé pour en extraire une belle couleur bleue en les pressant.
Toutes les recettes sont assorties d’une source précise et la plupart d’entre elles sont pratiquées par des enlumineurs consultés pendant la préparation de ce recueil.
www.editions-eyrolles.com
Sommaire
Préface
Avant-propos
Les sources
1. Le parchemin
Tension du parchemin Trempé
Tension du parchemin Humecté
Tension du parchemin Sur verre
Ponçage du parchemin
Colle de parchemin
2. L’encre
Encre à l’écorce d’aubépine du moine Théophile
Encre ferro-gallique de François Dorvault
Encre ferro-gallique de Cora Millet-Robinet
Encre ferro-gallique au vin blanc
Encre au vin blanc de Jean Paganucci
Encre ferro-gallique au vinaigre de Jean Paganucci
Encre ferro-gallique de Klaus-Peter Schäffel
Encre rouge au bois de brésil de Théodore Turquet de Mayerne
Encre au bois de brésil du Dictionnaire des ménages
3. Les ingrédients
Eau de miel
Plâtre éteint
Plâtre éteintde Béatrice Balloy
Glaire d’œuf Recette ancienne
Glaire d’œuf Recette moderne
Gomme arabique
Gomme de cerisier ou de prunier
Eau gommée
Liant de détrempe de Béatrice Balloy
Détrempe
Colle de pâte
Lessive de cendre de bois à l’eau chaude
Lessive de cendre de bois à l’eau froide
Mastic
4. L’assiette et le mordant
Mordant à l’ail de Jehan Le Bègue
Assiette byzantine
Mordant à la gomme ammoniaque
Gesso du Göttinger Musterbuch ( « Livre modèle de Göttingen » )
Poudre à relever l’or de M elle Robert
Gesso d’Edward Johnston
Gesso de Timothy Noad
Gesso de Marie Lynskey
Assiette (gesso) de Marc Coindet
Gesso de Michel Gouttebarge
Gesso de Thierry Mesnig
Gesso d’Aline Falco
Gesso acrylique
Mixtion à dorer à l’eau
Mordant à la colle PVA
5. La chrysographie
Glaire + gomme arabique + eau de miel
Deux gommes + sucre
Or à la coquille de Claude Boutet
Encre d’or de Jean-Félix Watin
Or à la coquille de Peter et Ann Mactaggart
Chrysographie avec du gesso
6. Les pigments
Céruse ou blanc de plomb
Blanc de coquille d’œuf
Curcuma ou safran
Terre de son jardin
Noir de vigne de Louis Dimier
Noir de vigne – 2
Noir de noyaux de pêches ou de cerises
Noir de fumée
Rosette du Göttinger Musterbuch ( « Livre modèle de Göttingen » )
Rosette de Jehan Le Bègue
Rosette au blanc d’œuf
Rosette Laque de brésil à l’œuf
Rosette à la lessive de cendre de bois
Vert d’iris
Vert-de-gris
Vert-de-gris et persil
Nerprun ou vert de vessie
Malachite
Lazurite à partir de lapis-lazuli
Bleu de pastel du Manuscrit de Bologne
Pastel
Cinabre du Manuscrit de Padoue
Cochenille du Manuscrit de Padoue
Cochenille pour teinter le parchemin
Garance de James Rennie
Garance d’Edmond Pelouze
7. Quelques accessoires
Piécette
Coussin à dorer
Grattoir
Stirator
8. Recettes improbables et superflues
Décalque
Fenêtre en parchemin
Colle de poisson
Colle à bouche
Chicorée
Laque rouge avec du lierre
Carmin
Cinabre
Bleu de pastel avec des vers
Vert-de-gris
Encre dorée
Encre dorée avec un œuf et du mercure
Liant au lait de figuier
Glossaire
Liste des fournisseurs
Remerciements
Moines dans un scriptorium , Le Coloriste enlumineur, 1893, n°3, p. 21


Pour Françoise et tous mes élèves
Préface
C’est avec un réel plaisir que j’ai accepté de rédiger la préface de l’ouvrage de Marc Niederhauser, la conception de ce travail et l’optique choisie pour sa réalisation m’ayant immédiatement convaincue. Arriver à proposer un florilège de recettes clair, cohérent, construit, ciblé, dans la multitude des textes qui existent sur la fabrication des pigments, des liants, des colorants, des encres relève véritablement de l’exploit.
En effet, le recueil ici présenté ne traduit en aucune manière le travail engagé en amont pour sa réalisation. Tout d’abord la recherche des recettes de fabrication dans des ouvrages parfois très éloignés du sujet, la lecture, la traduction, la transcription, l’identification précise de chaque produit, la compréhension pas toujours évidente des dizaines de recettes recensées sur un seul et même ingrédient, puis la patience de réaliser l’une après l’autre ces recettes afin de déterminer la plus adaptée ou la plus adéquate, enfin trouver la manière la plus claire, la plus efficace, la plus didactique de la présenter.
Deux ou trois petites réflexions permettront peut-être d’évaluer les difficultés que l’auteur a eues à surmonter avant de vous proposer cet ouvrage.
Suivant les produits concernés, les recettes recensées peuvent être très rares ou au contraire très nombreuses, parfois répétitives avec les risques inéluctables d’erreurs dues aux copies successives dans le temps et dans l’espace. À ce constat, s’ajoutent les risques dus aux interprétations des textes, à l’identification plus ou moins exacte des ingrédients, à l’ajout ou au retrait – pour des raisons pas toujours justifiées ou évidentes – d’un élément ou un autre.
Ajoutons qu’au Moyen Âge, et bien plus tardivement encore, les produits indiqués dans les recettes n’étaient pas des substances pures et la notion de pureté telle que nous la concevons de nos jours n’était même pas imaginable. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ en suivant à la lettre le mode opératoire d’ une recette, en respectant autant que possible tous les détails de réalisation, on aboutisse à un résultat bien éloigné de celui attendu. Chacun est en mesure d’imaginer le travail de correction et d’ adaptation qui s’ en suit pour atteindre le bon résultat. L’évaluation du temps tel qu’il est mentionné dans les recettes pour telle ou telle action : remuer, piler, attendre, chauffer etc. est difficile à évaluer avec certitude. Quand est signalé dans un texte du XV e siècle battre le mélange sept ou huit fois le jour le demy sept psalmen, trois jours durant , autrement dit « battre sept ou huit fois par jour, pendant trois jours, la moitié du temps nécessaire à la lecture des trois psaumes de la pénitence », reste à savoir à quelle allure le préparateur est censé lire ses psaumes et on comprend facilement la difficulté d’application. Autre piège important à contourner : l’identification précise des produits. Lorsque dans un texte il est question de myrobolan, de lapis-lazuli, de vin blanc ou d’ écorce de grenade, le problème de l’identification ne se pose pas. En revanche s’il s agit de vitriol bleu, d’ atramentum, d’ encaustum, d’ indicum, éléments fréquemment cités dans les recettes médiévales, la difficulté est toute autre car un seul et même terme peut signifier plusieurs entités.
Le poids, les mesures et les quantités sont également souvent difficiles à évaluer et à transcrire en langage moderne et l’auteur a su contourner ces handicaps et proposer une cohérence dans ses recettes.
Des détails amusants sont parfois signalés dans les textes anciens qui ont sûrement une raison qu’ il faut justement essayer de comprendre. Pourquoi utiliser de l’urine d’homme saoul ? De la lie de vin rouge ? Ou, selon Alexis Piemontois ( XVI e siècle), pour que l’encre ne se prenne pas en masse sous l’effet du froid, ajouter quelques gouttes d’eaude-vie ?
Ce sont toutes ces difficultés que Marc Niederhauser a prises en compte, a résolu du mieux possible avant de proposer ce recueil de recettes triées, sélectionnées, essayées et réessayées, et accompagnées le plus souvent du précieux « tour de main » sans lequel, il y a fort à parier, le résultat ne serait pas celui escompté.
J’ajouterai pour conclure que cet ouvrage offre l’avantage de s adresser aussi bien à des débutants qui seront guidés par un mode d’ emploi simple et précis, accompagné souvent par les petites astuces essentielles à une bonne réalisation, qu’ à des spécialistes qui seraient désireux ou curieux d’ essayer une recette inédite ou conçue différemment.
À tous, belles réalisations.
Monique Zerdoun Chercheur au CNRS Auteur de Les Encres noires au Moyen Âge

Marges du XV e siècle , Le Coloriste enlumineur, 1896, p. 82.
Avant-propos
À première vue, toutes ces recettes de l’enluminure forment un joyeux mélange de styles et d’ époques, mais elles ont en commun d’ être réalisables et d’avoir été confirmées par divers praticiens. Alchimistes, peintres, compilateurs nous ont légué au fil des temps bien des formules aussi nombreuses qu’ imprécises et parfois fantaisistes.
N’ont été retenues que les solutions éprouvées ou efficaces. Elles reposent sur des textes anciens, des « redécouvertes » du XIX e siècle et des pratiques contemporaines.
Ces recettes, aux poids et mesures modernisés, sont régulièrement utilisées. Selon les pays d’Europe, le poids d’une once variait jadis de 24 à 34 grammes. Au cours des essais qui ont permis de valider les recettes de ce livre il a été décidé que, pour simplifier, l’once serait ramenée à 30 grammes. Quoique peu scientifiques, les résultats ont montré que ce choix était fiable. Cet ouvrage s’utilise donc comme un livre de cuisine, et comme en cuisine, la pratique et l’expérience sont bonnes conseillères.
Au cours de la préparation de cet ensemble, bien des compositions ont été écartées. Elles n’ étaient pas assez claires quant à la nature des ingrédients ou de leurs proportions. Certaines recettes anciennes mesurent le temps d’ une opération en « Pater Noster », par exemple. Qui sait encore que la récitation du « Miserere mei, Deus » prend trois minutes ?
Comme la pratique de l’enluminure s étale sur un millénaire, du VI au XVI siècle pour l’essentiel, les techniques ont bien varié au fil du temps. Rien que pour la confection du gesso, l’assiette sur laquelle se pose la feuille d’ or, ont été recensées une douzaine de recettes parfaitement documentées et il y en a certainement bien d’ autres.
Le parchemin actuellement sur le marché est bien plus épais que les peaux apprêtées par les moines de l’an mil et les chercheurs n’ ont pas encore établi avec précision comment le support était tendu pour être calligraphié et enluminé des deux côtés.
Le scriptorium de l’abbaye et l’officine laïque qui a pris sa suite, ont emporté dans leur disparition bien des secrets d’ atelier que les enlumineurs contemporains s efforcent de retrouver.

L’enlumineur. Les Manuscrits et la miniature, Albert Lecoy de La Marche, A. Quantin, Paris, 1884, p. 301.
La documentation sur la préparation des pigments abonde. Avec la pratique, certains tours de main peuvent être reconstitués. Pour les jus de plantes comme la garance ou le bois de brésil, le principe est souvent le même. La matière écrasée ou réduite en poudre est mise à macérer puis fixée sur une charge de marbre ou de craie avec de l’alun, cela constitue une laque.
Le précieux lapis-lazuli, importé du lointain Afghanistan par les pharaons, était connu en Irlande au VIII siècle, ce bleu d’ outre les mers orne toujours le livre de Kells. La technique de son raffinage est décrite dans un ouvrage italien du XIV e siècle, rédigé par le peintre Cennino Cennini.
Les encres étaient de deux sortes : celle au carbone, dont l’usage est poussé à la perfection en Chine depuis des millénaires, et le précipité noir obtenu en mélangeant du tanin, surtout issu de noix de galle, avec un sel métallique comme le sulfate de fer. La fabrication de ce dernier, particulièrement simple, est connue en Europe depuis l’Antiquité.
Anciennes ou récentes, ces recettes des divers composants de l’enluminure sont utilisables aujourd’ hui encore pour la plupart.
Certains enlumineurs contemporains partagent volontiers leurs connaissances. Ils ont aimablement contribué à cet ouvrage en apportant des formules ou en acceptant d essayer une ou plusieurs des quelque 80 recettes de diverses époques réunies ici.
Les mots suivis d’un astérisque (*) font l’objet d’une recette.
La difficulté des recettes est indiquée de la manière suivante : ♦ Simple ♦♦ Moyenne ♦♦♦ Élevée ♦♦♦♦ Compliquée (profanes s’abstenir)
En fin d’ouvrage, une liste recense des adresses de revendeurs pour chacun des « ingrédients » présents dans ces recettes.
Les sources
Mais d’où viennent toutes ces recettes ? Il faut d’abord rendre hommage à Mary Merrifield dont l’ouvrage publié en 1849, Original Treatises on the Arts of Painting , jamais traduit en français, constitue une mine de connaissances incontournable. Pendant des années, elle a collecté puis traduit en anglais, avec ses deux fils, toute une série de traités sur la peinture et l’enluminure, rédigés en latin, français, espagnol et italien, allant du X e au XVI e siècle.
Les textes sont publiés dans leur langue originale et dans leur traduction en anglais « pour satisfaire le lecteur et lui assurer que rien d’ important n’ a été omis », précise Mary Merrifield.
Elle livre d’abord plusieurs textes collectés par Jean Le Bègue au XV e siècle, notamment ceux de Johannes Alcherius, d’Eraclius et de Pierre de Saint-Omer. Elle détaille ensuite le contenu de divers manuscrits dont ceux de Bologne et de Padoue, avant de clore sur la restauration des peintures de Venise.
Mais la Bible des enlumineurs est sans conteste De Diversis Artibus (Essai sur divers arts) , du moine Théophile, du XII e siècle, dont Charles de L’Escalopier a donné une traduction en français en 1843, maintes fois rééditée depuis.
Ce religieux du nord-ouest de l’Allemagne était sans doute un homme de métier, peut-être orfèvre. Il donne de nombreuses recettes sur l’enluminure, du mélange des couleurs à la confection de la colle de peau, en passant par l’encre et la pose de l’or. Il aborde aussi le vitrail, la fresque et la métallurgie, renvoyant ainsi une image assez complète de la connaissance des arts à cette époque.
Parmi les livres de chevet de l’enlumineur figure aussi Il libro dell’arte (Le Livre de l’art) de Cennino Cennini, peintre italien du XV e siècle. Dans cet important traité des techniques picturales, il décrit notamment le raffinage du lapis-lazuli d’abord broyé finement, puis mélangé à une boule de cire et de résine de pin ensuite pétrie dans de la lessive tiède. La couleur bleue s’écoule lentement tandis que la matière grasse retient la calcite blanche. Il décrit également plusieurs méthodes pour poser de l’or sur du parchemin en utilisant du plâtre fin (gesso sottile) , mélangé à du blanc de plomb, du sucre et du bol d’Arménie.
Cennino Cennini a été traduit pour la première fois en français par le peintre Victor Mottez en 1858.
Traité anonyme du XIV e siècle, De Arte illuminandi (L’Art d’enluminure) , découvert dans la bibliothèque de Naples au XIX e siècle, a été publié en latin en 1877 et 1887, mais il faut attendre 1927 pour obtenir sa traduction en français par Louis Dimier.
L’auteur livre de nombreuses recettes pour préparer les couleurs ou poser l’or, mais malheureusement il est avare en proportions, si bien qu’ on peut difficilement s’y fier.
Le Göttinger Musterbuch (« Livre modèle de Göttingen »), d’une quinzaine de pages, a été rédigé vers 1450 à l’intention des artistes qui allaient enluminer les exemplaires de la Bible de Gutenberg. L’ouvrage a beau être imprimé, toutes les lettrines sont réservées pour être exécutées à la main. L’auteur y décrit avec précision la fabrication du gesso et livre une recette détaillée de la rosette, à base de bois de brésil.
En 1672 paraît un ouvrage maintes fois réédité, c’est L’École de la mignature de Claude Boutet. Il y détaille le raffinage du lapis-lazuli en donnant force détails et décrit avec précision la manière d’obtenir du vert d’iris et de l’or en poudre.
Dans L’Art de l’enluminure , Alphonse Labitte aborde le côté pratique d’un art en plein renouveau au XIX e siècle. Conseils détaillés et recettes précises s’y succèdent. Nous sommes en 1895 et depuis quelques années déjà, l’enluminure connaît un regain d’intérêt dans toute l’Europe. Des livres de modèles en chromolithographie, reproduisant des manuscrits conservés à la British Library ou à la Bibliothèque nationale, sont publiés à Londres, Paris ou Anvers.
Un périodique, Le Coloriste enlumineur , paraît régulièrement en France de 1893 à 1897. On y trouve un cours d’enluminure, des planches de lettrines, diverses reproductions et, bien sûr, de nombreuses recettes.
À partir de cette période, les sources sont multiples et nombreux sont les articles et manuels de publication récente. Il faut toutefois mentionner un ouvrage de 1906 qui a connu une quarantaine de rééditions depuis : Writing & Illuminating & Lettering d’Edward Johnston. Le célèbre designer anglais y livre une description détaillée des techniques de l’enluminure, des principes de construction de pages ainsi qu’un cours de calligraphie complet.

Le parcheminier. Le Coloriste enlumineur, 1893, n° 4, p. 26.
L’enluminure se pratique généralement sur du parchemin, tendu sur un support pour offrir une surface lisse et ferme.
Le parchemin tire son nom de la ville de Pergame, en Turquie actuelle, où il aurait été mis au point vers 200 avant J.-C. pour contrer l’interdiction d’exporter du papyrus décrétée par l’Égypte. La peau d’animal qui le constitue est souvent de la chèvre, du chevreau ou du veau. Le mouton, généralement considéré comme trop gras par les enlumineurs, est moins utilisé actuellement.
Contrairement au papier, dont les fibres sont uniformément réparties, le parchemin n’est pas une matière homogène. Il présente des surépaisseurs et a tendance à se gondoler. Pour le maintenir bien à plat, on l’humidifie avant de le tendre généralement sur une planchette ou une feuille de verre. On le laisse sécher lentement dans un endroit frais.
La peau est ensuite poncée avec un mélange de poudre de pierre ponce, la ponce soie, et d’os de seiche pilé. La ponce soie est un abrasif qui uniformise la surface et l’os de seiche est une matière calcaire qui pompe les restants de graisse. Pour faciliter la calligraphie, certains enlumineurs enduisent ensuite le parchemin de gomme sandaraque en poudre, dans un tampon, pour boucher les pores.
La préparation des peaux est un processus long et délicat que pratiquent encore en France quelques rares entreprises et une poignée d’ amateurs.
Tension du parchemin – Trempé
Tension du parchemin – Humecté
Tension du parchemin – Sur verre
Ponçage du parchemin
Colle de parchemin

Difficulté ♦♦ Préparation : 10 min puis 1 ou 2 jours de séchage
Tension du parchemin Trempé
Usage
Préparation du parchemin pour écrire ou peindre.
Ingrédients
Parchemin
Colle de peau ou colle de reliure au pH neutre
Feuille de papier blanc
Eau du robinet
Ustensiles
Planchette en bois ou plaque de cuivre
Ciseaux

Cette recette du XVII e siècle est présentée ici car elle décrit bien un processus toujours utilisé actuellement.
Recette
1. Choisir une planchette en bois ou une plaque de cuivre de la taille souhaitée. Découper le parchemin, qui doit être « plus grand [que la planche] d’un doigt tout autour » pour qu’ on puisse coller les rabats au verso.
2. Avec des ciseaux, couper les coins du parchemin en biais pour faciliter le rabat de la feuille.
3. Faire une marque au coin de la peau côté fleur (également appelé « côté poil ») pour bien différencier les 2 côtés par la suite.
4. Plonger le parchemin entièrement dans de l’eau tiède (à température ambiante) pendant 5 min.
5. Sur la planchette, placer une feuille de papier blanc préalablement humidifiée (pour éviter l’apparition de plis qui marqueraient le parchemin au moment du séchage).
6. Placer le côté croûte (chair) du parchemin contre la feuille.
7. Coller ce qui dépasse au dos de la planche en tirant sur le parchemin pour bien le tendre. Laisser sécher. Après avoir réalisé une enluminure, le parchemin peut être découpé du support avec une lame.
Source « (…) jamais il ne faut coller sous ce que l’on peint, parce qu’outre que cela lui ferait faire quelque grimace, c’est que si on le voulait ôter, on ne le pourroit. » Claude Boutet, L’École de la mignature , Moris, Bruxelles, 1759 (première éd. 1679), p. 8.

Difficulté ♦♦ Préparation : 20 min puis 1 ou 2 jours de séchage
Tension du parchemin Humecté
Usage
Préparation du parchemin pour écrire ou peindre.
Ingrédients
Parchemin
Colle de peau ou colle de reliure au pH neutre
Papier gommé
Feuille de papier blanc
Ustensiles
Planchette de bois ou plaque de cuivre
Plioir
Torchon
Ciseaux
Recette
1. Faire dépasser le parchemin choisi de 4 cm tout autour de la planchette ou de la plaque à habiller.
2. Prendre une feuille de papier blanc 2 fois plus grande que le parchemin, la plier en deux et glisser la peau à l’intérieur.
3. Mettre l’ensemble dans un torchon mouillé mais non ruisselant, en évitant les plis.
4. Poser le tout à plat. Au bout de 15 min, le parchemin est assez humide pour être tendu.
5. Placer la peau sur la planchette ou la plaque, couper les angles, puis rabattre les bords et les coller au dos du support.
6. Presser les rabats avec un plioir. Coller des bandes de papier gommé à cheval sur les rabats.
7. Laisser sécher lentement 1 ou plusieurs jours dans un endroit frais. Après avoir réalisé une enluminure, le parchemin peut être découpé du support avec une lame.
Sources Alphonse Labitte, L’Art de l’enluminure , H. Laurens, Paris, 1893, p. 8. Le Coloriste enlumineur , n° 5, septembre 1893, p. 3. Karl Robert, Traité pratique des peintures à la gouache , H. Laurens, Paris, 1955 (première éd. 1893), p. 34.

Difficulté ♦♦ Préparation : 20 min puis plusieurs jours de séchage
Tension du parchemin Sur verre
Usage
Préparation du parchemin pour écrire ou peindre. L’emploi d’une feuille de verre est surtout recommandé pour les compositions de petite taille, format A5 environ. Le verre offre une surface particulièrement lisse et dure permettant un brunissage soigné de la feuille d’or posée sur gesso.
Ingrédients
Parchemin
Colle de peau ou colle de reliure au pH neutre
Papier gommé
Feuille de papier blanc
Ustensiles
Feuille de verre à vitre de 3 mm d’ épaisseur
Plioir
Torchon
Ciseaux
Recette
1. Découper le parchemin choisi de sorte qu’ il dépasse de 4 cm tout autour de la feuille de verre à habiller.
2. Prendre une feuille de papier blanc 2 fois plus grande que le parchemin, la plier en deux et glisser la peau à l’intérieur.
3. Mettre l’ensemble dans un torchon mouillé mais non ruisselant, en évitant les plis.
4. Poser le tout à plat. Au bout de 15 min, le parchemin est assez humide pour être tendu.
5. Placer la peau sur le verre, couper les angles en biais, puis rabattre les bords et les coller au dos du support.
6. Presser les rabats avec un plioir. Coller des bandes de papier gommé à cheval sur les rabats.
7. Laisser sécher lentement dans un endroit frais. Attention, si la tension du parchemin est trop forte, le verre peut casser. Après avoir réalisé une enluminure, le parchemin peut être découpé du support avec une lame ou laissé en place. La feuille de verre s’insère alors dans un cadre.
Sources Karl Robert, Traité pratique des peintures à la gouache , H. Laurens, Paris 1955 (première éd. 1893), p. 37. Propos recueillis auprès de Mère Bénédicte à l’abbaye de Maredret (Belgique) le 3 mars 2008.

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