Giorgia Fumanti
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Description

Timide et hypersensible, Giorgia ressent, depuis sa tendre enfance, une connexion avec son âme et avec un univers invisible. Guidée par son intuition, sa foi et surtout son coeur, elle abandonne des études en droit et décide d’honorer sa passion, le chant et cette voix découverte, par hasard.
Pour la première fois, Giorgia dévoile les étapes de sa destinée de femme, de mère et de chanteuse. Elle se rappelle ce parcours parsemé d’embûches.
Avec candeur et simplicité, elle témoigne comment elle a réussi à dépasser ses peurs, se faire confiance et s’aimer. Un véritable cheminement spirituel à livre ouvert qui fera écho à chacun d’entre nous, souvent tiraillé entre la tête et le coeur.
Elle quitte l’Italie et rejoint Maurizio, son agent et mari au Québec.
Ensemble, ils n’ont qu’une mission : partager la magie de la musique avec
des admirateurs qui témoignent de son effet thérapeutique incroyable.
Propulsée en concert aux quatre coins de la planète, adulée en Asie, ses albums ont franchi le sommet du palmarès de la musique qui procure un bien-être. Sa voix, une authentique émanation de l’âme, lui confère une impression céleste, un baume pour le coeur. Est-ce pour cela que d’aucuns la surnomment l’ « ange » ?
Connectée à la source divine, alignée avec ce filon d’or sincère et authentique, GIorgia incarne et partage tout l’amour qu’elle ressent. Une fabuleuse histoire de destin et d’espoir qui encourage chacun à trouver
sa voie et suivre son étoile.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 octobre 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782897262235
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0120€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Dédicace
À mes merveilleuses filles, à Maurizio pour tout ce que j’ai créé avec lui, à toutes les personnes que j’aime, aux membres de ma famille, aux amis et au public merveilleux que j’attire afin de partager l’ abondance, la lumière, la joie, l’inspiration, la santé, la spiritualité, bref, tout le bonheur.
Je remercie l’Univers, mon âme, mes anges, mes guides spirituels et Dieu.
À toi, lecteur, je te souhaite tout le bonheur et la lumière. Sache t’aimer profond ément, croire en toi et trouver le courage de transformer ta vie pour réaliser tes rêves, vivre en harmonie avec les missions de ton âme.
Merci de prendre le temps de lire mon histoire.
Avec amour,
Giorgia
Préface
La lumière qui nous pénètre pour la première fois dans nos vies reste à jamais gravée dans nos cœurs. Le soleil de l’Italie s’est incrusté dans le cœur de Giorgia pour toujours. Cette lumière, elle l’a transposée dans la musique, sa passion.
Pour réussir, il a fallu que Giorgia s’expatrie au Québec afin de se concentrer exclusivement sur sa voie. Elle a osé honorer sa passion. Bravo ! Il fallait y croire.
Grâ ce à une grande foi, l’amour de son mari et de ses filles, Giorgia a réussi à suivre l’élan de son âme. Sa passion pour la musique lui a permis de rester branchée à son cœur. Elle l’ a sauvée.
Giorgia est une dame généreuse que j’apprécie. Pour elle, l’essentiel est de faire du bien et c’est pour cela qu’elle chante. Se nourrir de belles énergies et en r épandre autour d’elle. La paix dans le monde, cela peut commencer par une simple note de musique et quand celle-ci est empreinte d’une douceur authentique, elle ne peut que réchauffer les coeurs.
Prenez le large, Giorgia, et semez la joie et l’amour dans le monde !
Sœur Angèle
Avant-propos
C e livre dé crit le cheminement de Giorgia Fumanti depuis sa naissance jusqu’à ce jour où elle parcourt le monde pour y livrer l’expression de son âme à travers sa voix. Parsemé d’éléments biographiques, j’y pré sente les différentes épreuves qui l’ont menée de son enfance à sa carrière de chanteuse. Tel un caméléon, j e me suis fondue dans son monde inté rieur. J’ai tenté de capter l’émotion brute que je ressentais durant nos conversations intimes. Le contenu est présenté sous forme de questions auxquelles elle a bien voulu répondre pour traduire les thèmes chers à son cœur.
Au terme d ’un travail de développement personnel destiné à identifier ses valeurs, ses motivations, sa vraie nature et ses rêves, Giorgia a refusé de se cantonner dans des genres musicaux bien établis. Ni chanteuse d’opéra « classique », ni chanteuse « pop », elle incarne des mélodies correspondant avant tout aux élans de son âme.
Loin des modes, elle a réussi à suivre l’intuition de son cœur afin de chanter en toute authenticité . Ce faisant, elle veut témoigner de l’importance pour chacun de découvrir, de prendre conscience de ses talents. Faire confiance à l’être unique qui nous habite. Au fil des épisodes marquants de sa vie, on comprend mieux comment elle a décidé de se choisir et de privilégier des conditions de vie pour grandir spirituellement dans son art.
La vie de chacun d ’entre nous est souvent pavée d’épreuves et de souffrances. Giorgia elle-même a traversé des périodes très difficiles. Nombreux sont les admirateurs qui lui ont témoigné à quel point son chant agissait comme un v éritable baume pour leur âme, les transportant et les aidant concrètement à supporter leurs douleurs. Un jour, elle a voulu tester elle-même ce phénomène thérapeutique alors qu’elle vivait de douloureuses souffrances. Miracle ! Le chant a agi sur elle comme sur d’autres en lui apportant une paix, une force int érieure immense dont elle use à présent sans retenue. Pour elle, sa voix est un don sacré qui porte bien plus loin que le simple bonheur d’entendre une mélodie. La musique procure un véritable bienfait thérapeutique.
« La musique est l’art des prophètes, le seul art capable de calmer les agitations de l’ âme. »
Martin Luther (1483-1546)

Guérir et se guérir grâce au chant, voilà ce qu’elle vit jour après jour tout comme des milliers de personnes qui le lui témoignent.
Nous portons tous en nous des blessures caus ées par des membres de notre famille, amis, enseignants, patrons, collègues… pas nécessairement mal intentionnés. Elles font partie des leçons que nous sommes venus vivre sur terre. Le but ici n’est donc pas de dénigrer l’entourage de l’artiste qui a forc ément marqué son parcours. Par ce récit, confié à même nos nombreuses rencontres, Giorgia Fumanti espère démontrer que malgré les interdits, les problèmes, les jugements, les souffrances, les contraintes, les malentendus, il est possible d’accueillir la mission qui nous habite, de l ’honorer en toute sérénité et dans la joie afin de laisser notre âme s’exprimer. Nous pouvons décider de construire notre vie et d’agir en êtres engagés. C ’est notre responsabilité à tous. C’est ce qui nous permettra de rayonner et de contribuer, à notre façon, à notre bien-être et à celui de notre entourage.
C’est le bonheur qu’ elle vous souhaite de tout son cœur.
Introduction
É manant d’une impression céleste, presque irréelle, la douceur de sa voix m’accueille dans son salon aux tons sereins que renforce une mélodie tantrique. Elle évoque l’ atmosphère paisible des adeptes de méditation baignés dans la source divine, au propre comme au figuré. L’œil est attiré par les images zen, empreintes de paix, diffusées par une chaîne à vocation spirituelle.
Ses pieds nus disparaissent agilement sous ses jambes pli ées, à la manière d’un yogi, dans le sofa en face de moi. Sans effort. Sa longue chevelure noire entoure son petit visage de madone. La légère robe d’été, toute modeste, contraste étonnamment avec les magnifiques toilettes arborées lors de ses concerts. Son regard intense me fixe et le flux rapide des mots d éverse en toute simplicité les émotions à fleur de peau.
Giorgia respire le calme et me le transmet instantanément. La maison est silencieuse. Le chat grimpe avec agilité et se prélasse langoureusement sur mes genoux. L’Univers conspire à cet entretien en toute quié tude alors qu’un bébé d’à peine un an pourrait, à n’importe quel moment, se manifester. Mais non. L’atmosphère tient du miracle.
Nos conversations ont pour but de parler de l’âme, celle qui nous habite tous, celle que Giorgia a d écidé d’écouter depuis bien longtemps déjà. Sa mission est simple : rendre hommage à son authenticité, se laisser guider par elle, car c’est ainsi qu’elle a pu se d écouvrir et incarner le talent qui l’habite. Cette démarche, Giorgia l’explique en toute candeur. Elle n’a pas la prétention de livrer sa biographie artistique ni d’étaler ses succès, mais plutôt de revisiter les étapes qui l ’ont amenée à cette pure expression d’elle-même.
Le but de ce livre est, avant tout, de décrire son cheminement, celui qui l’a conduite à vaincre ses peurs, à oser croire en son talent, à respecter son intuition profonde au risque de déplaire à certains grands producteurs qui auraient voulu l’enfermer dans un courant précis. C’est un témoignage destiné à encourager toute personne désireuse de ré pondre à l’appel de son âme. Cette sérénité, Giorgia l’incarne hors de tout doute. Son quotidien est soigneusement habité par cette préoccupation. Ê tre, tout simplement, et non paraître. Attentive, la chanteuse tout comme la maman et l’épouse, s’affaire à s’aligner sur ce filon d’or sincère qui prend de plus en plus de place dans sa vie. Est-ce pour cela que d’aucuns la surnomment l’ « ange » ? Est-ce le fait qu’elle abandonne très vite ses chaussures à talons hauts lors de ses concerts pour chanter pieds nus, ou plutôt le fait qu’elle touche immédiatement le cœur des spectateurs par sa formidable et authentique présence sur scène ? Peu importe, elle ré ussit à se connecter à l’énergie divine pour livrer le meilleur d’elle-même lors de ses concerts.
Giorgia veut assumer sa voix intuitive et, si nécessaire, déroger aux règles musicales lorsque son cœur le lui dicte. Et c ’est précisément ce qui la caractérise. Force est de constater que lorsqu’on s’assume à ce point et qu’on a la chance d’être accompagnée par son mari et agent, Maurizio, cela ne peut que contribuer à l’épanouissement d’un duo d’une facture originale. Contraste saisissant avec la quête commerciale féroce que l’on ne voit que trop souvent dans le dur monde du spectacle.
Ainsi, ils réussissent à produire l’ artiste dans son talent brut, celui qui émane de l’âme avant tout, comme un hommage au don offert par le divin sur cette terre. Nous sommes loin des préoccupations techniques ou des vocalises et autres exercices destinés à développer ou à peaufiner la voix. Cette voix est un cadeau céleste et à ce titre, Giorgia entend bien la conserver telle quelle tout en l’ honorant au mieux.
Tout au long de ce livre, vous découvrirez le cheminement d’une femme dont l’intention était de respecter les aspirations de ses parents en suivant une formation d’avocate et qui, par le plus grand des hasards – mais y a-t-il vraiment des hasards ? – a découvert sa voix d’or. Elle a d écidé de l’encenser surtout lorsqu’elle constata, en plus, son impact thérapeutique auprès de ses auditeurs. Et que dire de la rencontre avec Maurizio Velenosi ? Par un autre grand clin d’œil de la Providence, il lui permit de s’engager pleinement dans ce chemin de la musique qui l ’habitait tout entière.
Bref, Giorgia désire vous offrir une fabuleuse histoire de destin, de vocation, d’amour et surtout de partage afin que vous puissiez aussi trouver votre voie et suivre votre étoile.
La voix de Giorgia, une authentique émanation de son âme, une réelle connexion à l ’autre qu’elle désire toucher en communiquant l’amour universel.
Rosette Pipar





Giorgia au Théâtre Maisonneuve – Place des arts – Montréal Photo : Daniel Daignault
Lever du rideau
T rois coups… le rideau s’ouvre.
Je suis à nouveau en scène, le cœur bien présent, un peu fébrile, mais pas pour longtemps. Mes bras frôlent ma jolie robe rouge, vaporeuse et lég ère comme le vent. Lentement, j’inspire quelques fois pour me relier à mon âme. Je ressens alors le subtil souffle de cette énergie qui grandira en moi au cours de la soirée. Elle inonde mon cœur. Je suis envahie par cette joie infinie, prête à s ’exprimer avec force et douceur. Je vais chanter.
Chaque note vibrant en moi rayonne en l’autre aussi. Cela, je l’ai vraiment compris, intégré, après une vingtaine d’années passées à chanter en public.
La veille, je venais d’apprendre une très triste nouvelle. Il fallait que je monte sur scène, alors que j’étais dévastée. J’avais le cœur figé de douleur. Bris é. Je me sentais anéantie, paralysée, la gorge nouée. Comment donc aurais-je pu un instant penser à chanter devant tous ces gens qui m’attendaient de l’autre côté du rideau ? Je ne voulais pas les décevoir. Alors, comme dans un songe, je me suis souvenue des commentaires de certains spectateurs. Ils me disaient que mon chant leur donnait des frissons et qu ’une impression de joie sereine les inondait. Certains même me disaient que, grâce à ces mélodies, ils avaient pu traverser des épreuves qui leur semblaient insurmontables. Soudain, en un éclair, je me suis dit que si ma voix pouvait avoir cet effet sur eux, pourquoi ne pourrait-elle pas m'aider aussi ? Le cœur en miettes, j’ai esquiss é mes premiers pas sur la scène, espérant tenir le coup, priant pour que mes anges me soutiennent. J’ai ouvert mon cœur, m’abandonnant complètement à l’instant présent. Le miracle s ’est produit. Je me suis sentie transformée. Une onde de bonheur coulait dans mes veines. La source divine faisait son œuvre à travers moi. Quelle magie ! L’amour de cette puissance, qu’on l’appelle Dieu, les anges ou une force inconnue, peu importe, cet amour se cristallisait à travers ma voix pour que je puisse le répandre en tous. Ce fut une grande rév élation qui m’apporta à la fois beaucoup d’humilité et de bonheur. Ma mission était de chanter, de prêter simplement ma voix à cette énergie qui s’incarnait en moi. Je n ’étais que la messagère d’amour. Il me suffisait de croire et d’avancer, sans peur, sur mon chemin de vie et de me laisser guider. Je savais que je serais toujours accompagnée. C’est pour cela que je chante !


Chapitre 1
Italie, berceau de l’enfance
Parlez-moi de votre naissance.
Je suis née le 22 février 1975 dans le petit village médiéval de Fivizzano, en Italie. J’ai grandi à Aulla. Située au nord de la Toscane, cette petite ville, pas très riche, est néanmoins reconnue pour sa beauté. Cette contrée est parsemée de fabuleux châteaux datant de l’époque du Moyen Âge et qui ont conservé leur authenticité.
Le jour de ma naissance ne fut pas très heureux pour ma maman. Du moins, c’est ce que l’on m’a raconté. J’étais prématurée et ma mère a frôlé la mort. Après l’accouchement, on m’a placée dans une couveuse alors que ma mère fut dans le coma durant de longues heures après avoir subi une grave hémorragie. Mon père, angoissé à l’idée de perdre sa femme, confia sa douleur en priant tous les saints du ciel et surtout Marie afin que son épouse revienne à elle. Cela lui rappelait sa blessure de jeunesse alors qu’il avait perdu sa mère quand il avait à peine vingt ans. Il ne pouvait imaginer rester veuf avec, en plus, un nouveau-né fragile et une fille de cinq ans. Heureusement, ma mère se réveilla.
À peine âgée de quelques semaines, j’eus une forte réaction aux antibiotiques prescrits pour une simple fièvre. Je fus forcée de séjourner à l’hôpital durant trois mois. Je n’étais plus capable de me nourrir. Cette aventure, pour le moins traumatisante pour un bébé, a sans doute contribué au fait de me sentir isolée de la présence maternelle. Pour aider ma mère, dont l’emploi du temps était très chargé par son travail au magasin tout en s’occupant de ma grande sœur, ma grand-mère maternelle, Anita, vint me rendre visite à l’hôpital. Je n’ai connu qu’elle parmi mes grands-parents, les autres étant décédés. Ma chère marraine, Mariangela, me rendait aussi régulièrement visite à l’hôpital en me témoignant beaucoup de tendresse. Ma grand-mère avait une façon particulière de me témoigner de l’amour. Elle chantait souvent pour m’aider à me calmer et à m’endormir. Je crois bien que sa voix a touché mon cœur et a contribué à ma guérison physique et émotive. Ce fut mon premier contact avec le pouvoir qu’exerce la musique. Déjà, la musique agissait comme une thérapie pour moi.
Après mon séjour à l’hôpital, ma grand-mère, qui habitait avec nous, continua de me bercer en chantant de belles mélodies chaque soir avant de m’endormir. Quand j’avais peur ou que je faisais un cauchemar à cause du tonnerre, sa voix avait le pouvoir de me réconforter.
C’était un peu notre secret. Juste avant de plonger dans le monde des rêves, le chant de ma grand-mère résonnait pour bercer mon cœur, comme un baume pour mon âme, un pont entre la réalité et le rêve. Un moment de grand amour.
Mes parents travaillaient dur dans leur magasin. Ils voulaient nous offrir le meilleur, tout ce qu’ils n’avaient pas reçu durant leur enfance. Ils espéraient bâtir un avenir confortable pour ma sœur et moi. Par conséquent, nous étions souvent privées de leur présence et, personnellement, j’en souffrais beaucoup. J’aurais voulu être plus souvent près de ma mère. Depuis mon tout jeune âge, je me demandais souvent quel crime pouvais-je bien avoir commis pour être ainsi séparée d’elle aussi souvent. Malgré toutes les attentions prodiguées par ma grand-mère, c’est ma mère que je désirais, plus que tout. En tant que maman, je peux comprendre que la mienne a fait tout son possible comme le font souvent les parents.
De cette époque, un profond sentiment de culpabilité est né au fond de mon cœur. Je voulais tellement plaire à mes parents. J’aurais tout fait pour les rendre heureux. Durant de nombreuses années, j’ai gardé en moi le désir d’être aimée, cette quête incessante pour mériter une place dans le monde.
Les souvenirs de mon enfance sont enfouis dans mon jardin secret et je ne me sens pas prête à tout partager. J’ai besoin de les garder pour moi afin de me protéger.




Giorgia à 3 ans
Selon moi, l’âme, en s’incarnant sur terre, éprouve des difficultés à se couper du monde invisible d’où elle vient. Cette coupure inconsciente, on la traîne durant toute notre vie, comme une sorte de manque, un vide profond qu’on tente toujours de remplir. Si, en plus, le bébé reçoit un accueil un peu dur, il est davantage marqué.
Avec le recul, je pense qu’il n’y a pas de hasard. Mon âme a choisi cette vie ici sur terre. C’est ainsi que j’en déduis que mes expériences m’ont, en quelque sorte, incitée à entreprendre un profond travail de réflexion sur l’être humain que je suis. Loin de moi l’idée de me plaindre, mais force est de constater qu’il s’agit là d’un travail intense que de se libérer de tout cela pour retrouver et apprécier l’essence de l’être unique que je suis, de découvrir, respecter et suivre ma vraie nature, mon essence profonde.
Quelle enfant étiez-vous ?
J’étais très timide, sensible et rêveuse. Je me sentais davantage en symbiose avec le monde invisible qui me semblait beaucoup plus sécuritaire. C’est ainsi que j’ai commencé à cacher mes émotions, à mettre de jolis masques affichant l’air de « tout va bien » pour éviter de déranger mes parents et surtout pour ne pas expliquer mon extrême sensibilité et mes sentiments authentiques. Le besoin de rester en contact avec mon âme et la nostalgie d’une unité absolue étaient presque toujours présents en moi.
Quel rôle votre grand-mère maternelle a-t-elle joué ?
Auprès de ma grand-mère maternelle, qui entreprit une partie de mon éducation, je trouvai une sorte de refuge. Elle habitait avec nous depuis que j’étais revenue de l’hôpital et était très présente pour moi. Nous passions la plupart des journées ensemble.
Aujourd’hui, je crois que sa présence constituait sans doute un présage, une sorte de transition destinée à paver mon futur chemin de chanteuse et à imprégner ma mémoire d’un fabuleux état de paix et d’amour, notamment grâce au chant. Pourtant, Dieu sait qu’elle non plus n’avait pas eu une vie facile. Toute jeune, elle avait une belle voix. Malheureusement, les temps étaient durs. Elle a vécu les affres de deux guerres mondiales. À cette époque, le seul fait d’être capable de chanter n’était pas suffisant pour revendiquer une carrière de chanteuse.
Son mari jouait de la guitare et elle chantait avec lui lors de cérémonies. Mais depuis qu’il était parti avec une autre femme, même ces petits plaisirs ne faisaient plus partie de son quotidien. Elle avait perdu son mari, son cœur et sa voix.
Lorsqu’elle chantait pour moi, elle se reconnectait à ses élans de jeunesse. Une sorte d’ouverture sur cet horizon artistique, bien que nous chantions en cachette, le soir venu, avant de m’endormir. Cela a profondément touché mon cœur. Plus tard, j’allais, moi aussi, recréer ces moments précieux.
Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance ?
J’aimerais surtout partager les beaux moments de mon enfance et non ceux qui m’ont affectée, car j’aime mieux donner du pouvoir et de l’attention aux souvenirs heureux. Je me souviens avec émotion de la pause du midi lorsque ma mère rentrait du travail. Elle en profitait pour faire une courte sieste. Elle se couchait sur son lit et je me blottissais contre elle. Cette image est gravée en moi. J’aurais voulu que ces moments soient infinis. Je voulais arrêter le temps. Mais le temps jouait sans cesse contre moi. Ma mère était toujours très occupée.
D’autres souvenirs resurgissent de ma mémoire. Ceux où nous allions à la mer, dans la belle région de Cinque Terre. Un lieu magique où j’ai passé de nombreux étés de mon enfance et de mon adolescence. J’étais fascinée par la nature. J’admirais les pêcheurs et leurs chaloupes. Je me sentais très inspirée par ces villages nichés au creux de superbes criques.
Nous étions en famille. Ma grand-mère, ma sœur et moi. C’était le bonheur même si mes parents ne nous rejoignaient que durant les week-ends. Je me souviens aussi d’une femme de la région qui passait beaucoup de temps avec moi. Elle me fit découvrir de merveilleux coins de son pays.
Et que dire des quelques grands voyages avec mes parents ? Mon père m’a vraiment transmis le plaisir de découvrir de nouveaux horizons. Il m’a inculqué des valeurs profondes d’honnêteté, de discipline et aussi de respect pour les différentes cultures. C’est ce qui m’a permis, je crois, d’apprécier plus encore tous les voyages que j’ai faits par la suite, au cours de mes tournées de concerts à l’étranger.
Les animaux occupaient aussi une place privilégiée dans mon cœur. J’adorais les chats. Je jouais avec eux. Je les habillais comme s’ils étaient des enfants. Je leur racontais des histoires. C’étaient des amis fidèles. J’avais aussi un chien. Je me sentais en symbiose avec eux.
Bien qu’elle fût très occupée par ses tâches professionnelles, ma mère prenait tout de même le temps de bien s’habiller. Je conserve des souvenirs mémorables du temps où elle s’achetait de beaux vêtements. Je la trouvais très belle. J’étais en adoration devant cette femme que j’aimais. J’ai certainement hérité de son amour pour les belles choses et l’apparence soignée. Même si, à l’époque, j’étais plutôt considérée comme un garçon manqué, il n’en reste pas moins que j’emmagasinais tout ce savoir, cette propension au bien-paraître. Elle avait beaucoup de talents. De plus, elle faisait preuve d’une grande force intérieure même dans les situations les plus difficiles.
J’appréciais les moments où ma soeur me prodiguait beaucoup d’attention et jouait avec moi. Je faisais souvent des cauchemars dont, aujourd’hui encore, il m’est difficile de parler tant la frayeur envahissait mon cœur, mon corps et mon esprit. Une espèce d’homme noir méchant s’infiltrait dans mes songes. J’étais morte de peur. Un jour, ma sœur tenta de me rassurer en me disant : « Pense à quelque chose de beau avant de t’endormir », ce que je fis. Depuis lors, mes nuits furent beaucoup plus tranquilles.
Les arômes de cuisine émoustillent encore mes papilles surtout au souvenir des parfums de la focaccia que j’adorais particulièrement. Ma marraine cuisinait. Nous étions aussi folles de crème fouettée.
Quels étaient vos rêves d’avenir ?
Je n’ai jamais rêvé d’être une chanteuse. Dès l’âge de quatre ans, j’envisageais plutôt de devenir religieuse, sans doute influencée par la grande affection et la tendresse que je portais à une des religieuses de la garderie où j’étais. Je voulais devenir une travailleuse sociale, une missionnaire ou une personne dévouée aux grandes causes humanitaires dans le monde. Cela me fascinait.




Giorgia à 8 ans
À l’école, j’avais beaucoup de difficultés à me lier d’amitié avec d’autres enfants de mon âge. J’étais timide. Je ne me sentais pas à l’aise. J’avais l’impression d’être déconnectée de mon entourage. Un peu comme un poisson en dehors de son bocal.
Je rêvais d’être à ce point belle que j’aurais pu capter l’attention de ma mère; elle aimait les beaux vêtements et elle était charmée par la beauté. Malheureusement, j’avais les cheveux courts. Je ressemblais plus à un garçon, celui que mes parents auraient voulu. Je rêvais d’être une jolie fille dont la mère brosserait les longs cheveux avec tendresse. J’étais jalouse des petites filles qui portaient des robes de princesse alors que moi je jouais au garçon manqué. Peut-être est-ce la raison qui me pousse à m’habiller comme une princesse, aux longs cheveux, une sorte de revanche sur les aléas de mon passé ?
Qu’est-ce qui provoquait cette sensibilité ?
Depuis l’âge de sept ans, je me questionnais sur la raison de ma présence sur terre. Je me sentais un peu flotter sur une autre planète. Mon hypersensibilité accentuait tout ce que je vivais. J’étais surtout très souvent mal à l’aise. À l’époque, je ne m’expliquais pas ces émotions. Je voulais me sentir normale, mais j’ignorais comment y arriver. Personne ne semblait me comprendre. Je ressentais tous les non-dits et cela m’était pénible, car je ne savais pas pourquoi, parfois, les adultes étaient tellement tristes et aussi très colériques.
Si, aujourd’hui, une confiance douce émane de moi, il n’en a pas toujours été ainsi et j’ai travaillé fort sur moi pour développer mon estime personnelle ! Cette assurance n’a pas toujours fait partie de ma vie. Au contraire, je garde de mon enfance une impression de ne pas être à ma place. À peine âgée de cinq ou six ans, je me posais des tas de questions. Avec, en trame de fond, l’impression tenace que la vie devait nécessairement être plus grande que ce que j’en voyais. Affligée d’une grande timidité doublée d’une sensibilité à fleur de peau, le quotidien à l’école et à la maison n’était pas des plus réjouissants. Cette hypersensibilité, si elle peut être une qualité essentielle pour beaucoup d’artistes, amplifie absolument tout ce que l’on vit. Que ce soit un message télévisé où la femme dans la société italienne était souvent reléguée à un simple objet de désir sexuel, tout me dérangeait. Je me réfugiais souvent dans mon monde imaginaire, invisible, mais tellement plus sécuritaire pour moi.
Quels sont les héros qui ont marqué votre enfance ?
Le premier film qui marqua mon imaginaire fut l’histoire de Jésus. Je voyais ma sœur pleurer; elle avait dix ans et moi six. La bonté qui se dégageait de ce personnage a influencé mon désir d’œuvrer au service d’une cause. Le côté mystique m’attirait.
À l’âge de quatre ans, j’étais dans une garderie gérée par des religieuses. J’avais développé beaucoup d’affection pour l’une d’elles. Elle était devenue mon idole. Sa tendresse et son énergie maternelles me touchaient beaucoup. Plus tard, quand on me demandait ce que je voulais faire, je répondais que je serais religieuse, ensuite j’optais pour la vocation de missionnaire. Quelques années après, c’est le rôle de travailleuse sociale qui m’interpella. Lorsque, plus tard, je finis par m’inscrire en droit, je rêvais de devenir l’avocate qui sauverait des enfants.
À cette époque, je ne rêvais pas d’être chanteuse. Je m’étendais sur le tapis devant la télévision et, chaque année, je regardais un important festival de musique italienne. J’observais les chanteurs avec fascination. Les voix de femmes, surtout, me subjuguaient. Ma sœur voulait devenir une grande danseuse et ma cousine disait qu’elle deviendrait certainement une grande pianiste. Et moi, je me questionnais : et moi, que vais-je faire ? Je faisais souvent des blagues. Je voulais être un clown. Cela m’aidait à jouer entre les deux rôles de mon être. Quand je jouais au garçon manqué, je me sentais plus forte et plus drôle. La pression était déjà omniprésente. Une partie de moi se questionnait sur ma présence sur terre. L’autre partie faisait semblant que tout était parfait et jouait à faire de l’humour. Même adolescente, j’essayais d’admirer certains chanteurs populaires, mais au bout d’un certain temps, je trouvais cela blasant. Je poursuivais déjà une quête existentielle d’authenticité et ce cirque médiatique prônant la popularité des vedettes ne m’attirait pas du tout. Cela sonnait faux dans mon cœur. Mais la majorité des jeunes de mon âge agissait ainsi. Le fait d’être différente d’eux ne contribuait pas à me rapprocher du « groupe ». On me trouvait étrange. Je n’étais pas très populaire. Pourtant, même si cela me faisait souffrir, je ne me suis pas forcée à les imiter afin de devenir plus populaire. Je restais naturellement authentique. Enfin, je n’étais pas très heureuse de cette situation. Malgré tout, je préférais rester connectée à mon monde intérieur.
Quelles étaient vos matières favorites à l’école ?
J’étais très sensibilisée aux disciplines artistiques. Vers l’âge de sept ans, j’aimais beaucoup peindre. Mais cet intérêt était loin d’être valorisé. Mes talents artistiques ne semblaient pas compter. Il n’y avait pas de place pour les artistes. Une carrière artistique était très loin de la réalité dans laquelle j’évoluais.
Comment arriviez-vous à surmonter vos sentiments de tristesse ?
Pour contrer ces malaises constants, je me réfugiais dans mon monde imaginaire. Au plus profond de mon cœur, je ressentais déjà un besoin inné de me relier au monde invisible, avec mon âme, avec mon ange, pressentant l’existence d’une autre dimension avec qui je pouvais communiquer. Ma petite poupée favorite était ma meilleure compagne. Complice, elle participait à mes conversations secrètes. Et cela durant de nombreuses années.
N’osant dévoiler ce penchant, je tenais secrets mes ardents désirs, bien consciente qu’on m’aurait traitée de folle. Pire, on m’aurait peut-être enfermée dans un asile. C’est comme si une mémoire inconsciente me reliait à une autre dimension.
Il me manquait quelque chose que je ne pouvais identifier clairement. Dans cette aura hypersensible, je ressentais un immense vide. Nostalgique, j’avais tendance à rêver alors qu’autour de moi, mes parents travaillaient d’arrache-pied.
Quand avez-vous été sensibilisée à la musique pour la première fois ?
On l’a vu, c’est vraiment la voix de ma grand-mère qui m’a bercée de ses chants. Ce fut certainement mon premier contact avec la musique. Elle a touché mon cœur. Mais plus tard, je fus aussi en contact avec une autre forme de musique. Mon père avait démarré ses affaires en ouvrant, dans le garage, un atelier de fabrication et de réparation de haut-parleurs assez sophistiqués pour l’époque. Il avait appris ce métier de son père qui le tenait de mon arrière-grand-père qui, autrefois, les fabriquait en carton. Commerce assez inusité en ce temps-là. Je découvrais, dans l’atelier de mon père, des enceintes acoustiques dignes des plus grandes salles de concert. Cela, je ne le réalisai que plus tard. J’ai grandi dans ce magasin, baignée par la musique. J’y ai, sans aucun doute, formé mon oreille. Fascinée, j’écoutais Barbra Streisand et d’autres grandes voix qui sortaient de grands haut-parleurs que mon père testait dans son magasin. C’était ma pièce préférée, mon antre, mon coin secret et mon endroit privilégié pour jouer.


Chapitre 2
Adolescence et dualité
Comment vous sentiez-vous à l’adolescence ?
Je ne tenais pas le même langage que les autres jeunes. J’avais développé une relation intime et particulière avec moi. J’étais en symbiose avec mon âme et je lui parlais souvent, car je n’avais personne d’autre pour discuter. J’entretenais aussi un dialogue avec des entités, qu’on les appelle Dieu, les anges, les guides spirituels, mon âme, peu importe. Vers l’âge de quatorze ans, quand l’inconfort était vraiment trop oppressant, je me réfugiais dans les églises où le silence constituait une véritable thérapie. J’y écoutais ma voix intérieure, ma vraie nature, mon cœur, mon âme pour tenter de m’unir à mon essence vitale et de suivre ma voie. J’étais constamment en quête de ce bien-être. Je contemplais le visage de Marie et je tentais d’y trouver une certaine énergie divine compensatoire. Je voulais communiquer avec Dieu. J’en avais besoin.
Au secondaire, je voulais faire une carrière artistique, mais il n’y avait pas ce genre d’école dans mon village. Seulement une école classique. Encore une fois, je ne m’y sentais pas en harmonie. Je ne pouvais y exercer mes talents. Ce n’était donc pas agréable.
J’avais quelques camarades. Je me souviens d’une amie assez proche de moi. Je l’aimais beaucoup. J’avais environ quatorze ans quand j’ai découvert qu’elle volait des objets dans la maison. Lorsque mes parents se sont aperçus que des effets avaient été volés, ils m’ont accusée. Un jour, j’ai constaté qu’elle portait une chaîne appartenant à ma mère et j’ai compris. J’avais confiance en elle, mais elle souffrait vraiment de cette maladie. Cette trahison m’a fait beaucoup souffrir. Elle faisait aussi partie d’un groupe de filles qui me faisaient de l’intimidation à l’école. Je n’osais pas me confier à mes parents, craignant de leur causer d’autres soucis. Je cachais tout sous mon masque et cela me faisait beaucoup de peine.
Quelles ont été vos premières activités sociales ?




Giorgia à 13 ans à Cinque Terre
Vers l’âge de quinze ans, je ne me trouvais pas très belle. J’étais très timide. Je n’étais pas très à la mode. Alors que mes amies voulaient toujours les vêtements dernier cri, moi je ne voulais pas jouer à ce jeu-là. J’avais l’air d’un ours dans ma grotte. J’avais commencé à faire du bénévolat auprès d’enfants handicapés et cela me plaisait bien. Cette expérience m’a aidée à m’accepter telle que j’étais, plutôt que de tenter de ressembler aux filles que les magazines proposaient. Je voulais vraiment me destiner à exercer un travail social. À quinze ou seize ans, c’était mon objectif. Je suis devenue animatrice bénévole dans des centres pour personnes âgées ou pour enfants handicapés. Je m’y sentais à l’aise, authentique. Je dansais avec eux. Je me sentais heureuse bien que mon désir n’était pas nécessairement bien perçu.
Quand avez-vous découvert votre voix ?
J’avais à peine seize ans. C’était en octobre 1991. J’étais très impliquée en tant que bénévole à l’église de mon village et également dans un organisme social. Au cours d’une réunion destinée à planifier les activités, le directeur de la chorale de l’église lança un appel pour recruter de jeunes chanteurs. Il vanta les mérites de la chorale comme un service au profit de la communauté. Je ne sais pas ce qui se passa dans ma tête. Malgré ma timidité, j’ai immédiatement ressenti un appel et même si je ne savais pas chanter, je me suis dit que j’irais voir ce qu’il en était, mais que je ne chanterais pas. Pour me donner un peu de courage, j’y suis allée avec une amie, espérant me fondre dans le groupe.
L’âge moyen des chanteurs était de plus de soixante ans. Aussi, quand le chef de chœur vit des jeunes intégrer la chorale, il nous demanda de nous placer en avant. À ma grande surprise, le directeur m’interpella et me demanda de chanter seule. C’était un ténor passionné. « Je veux vous entendre seule. » J’étais morte de peur ! Je ne savais que faire ni quand chanter. Je venais de joindre cette chorale depuis à peine vingt minutes ! Il joua un arpège au piano et soudain, je surpris ma voix tenter de reproduire le son de la mélodie que je venais d’entendre. J’étais très gênée et très étonnée, car une petite voix de soprano se fit entendre. Je me demandais bien d’où venait cette voix. Tout le monde était stupéfait, moi la première. Le directeur comprit très vite que j’avais un don naturel : une voix de soprano. Pour lui, j’étais un vrai petit miracle. Il me plaça à l’avant et me cita en exemple : « Écoutez comment Giorgia chante ! » Pour la première fois de ma vie, je vivais l’euphorie du succès. Je pouvais faire quelque chose de beau. J’avais de l’attention. Je me découvrais un talent jusqu’alors insoupçonné : le chant !
Cette voix était un peu comme un diamant brut caché à l’intérieur de moi. Elle ne demandait qu’à être polie pour briller et me faire resplendir avec elle.
Trois mois plus tard, j’étais soliste de la chorale. Ce fut un grand tournant dans ma vie. Pour la première fois, je sentais que ma voix était un don précieux que les gens appréciaient. Au premier concert de Noël, les gens étaient stupéfaits. Ma voix sortait naturellement et sans effort. Bien des gens vantaient mon talent. Ils se demandaient comment j’arrivais à un tel résultat moi qui ne possédais aucune technique de respiration et encore moins de technique de chant. Tous les gens me félicitaient, sauf les personnes qui me tenaient à cœur, mes parents trop éreintés après leur dure journée de travail. Aujourd’hui encore, le même phénomène se répète. Je serais tellement heureuse de les savoir dans la salle surtout lorsque je me produis sur de grandes scènes. Pour diverses raisons, ce n’est pas possible. Il y a toujours une partie de moi à la recherche de ses parents.
Bien que chanter était très naturel pour moi, je ne pouvais pas envisager le chant comme un débouché sur une carrière musicale. J’étais à cent mille lieues d’imaginer une telle éventualité. En effet, le milieu dans lequel j’avais été élevée était loin du domaine artistique, quel qu’il soit. Mes parents avaient tellement eu la vie dure. Selon eux et comme le confirmait leur comportement, il fallait travailler très fort pour réussir dans la vie. Chanter étant aussi facile pour moi, je n’ai donc pas accordé trop d’importance à ce talent. Je me sentais même coupable de la joie que me procurait le chant, comme si je n’avais pas droit au bonheur, un droit pourtant légitime pour tout être humain.
Les gens me demandaient : « Comment faites-vous ? Et votre diaphragme ? » Je ne comprenais rien à leurs questionnements. Tout me semblait si naturel et donc trop beau pour être vrai.
Durant un an, j’ai continué à chanter dans la chorale. Enfin. J’avais trouvé des amis parmi ces choristes âgés. Certains avaient quatre-vingts ans. Je n’avais pas l’air très sophistiquée, surtout avec l’horrible tunique que je devais porter. Parfois, je me sentais ridicule devant le public et aussi les autres jeunes de mon âge. Pourtant, un bonheur certain m’habitait : j’étais libre et heureuse comme une enfant qui s’amuse. J’avais découvert ma voix et ma voie !
Quelle a été votre première histoire d’amour ?
Un jour, j’ai rencontré un prince, du moins, c’est ainsi que je le considérais. Bien des filles étaient amoureuses de lui et lui aussi les aimait toutes ! J’avais douze ans lorsque je le remarquai pour la première fois. Les filles de quinze ans et plus l’attiraient. Il ignorait jusqu’à mon existence. Pourtant, je me suis mise à rêver qu’il serait, un jour, mon prince, gentil et romantique. Quatre ans plus tard, j’avais alors seize ans; il me remarqua. Sans doute était-il un peu blasé par toutes ses conquêtes précédentes, car il se tourna vers moi. Peut-être était-il aussi intéressé par le statut social de mes parents qui jouissaient à cette époque d’un certain succès dans leurs affaires ? Ses attentions me bouleversaient. Mon prince était enfin là. Je pouvais à peine y croire. Trois mois après de nombreuses tentatives de me séduire, je me suis laissé aspirer par cette relation. Les premiers mois furent magnifiques. Durant quatre mois, je filais le parfait amour. La vie me semblait belle. Malheureusement, ce prince se transforma rapidement en bourreau possessif et violent… J’ai vite compris qu’il avait un tempérament plutôt inquiet. Il souffrait d’insécurité due à une enfance difficile. Je devais combler tous ses manques. Au nom de l’amour, je voulais le sauver. C’était une relation toxique pleine de violence verbale, psychologique allant parfois jusqu’à la violence physique. Certains jours, mon prince était la douceur même. D’autres fois, il devenait violent, jaloux et possessif.
C‘était mon premier amour et dans mon esprit, il était logique de rester avec lui et même d’envisager le mariage. Dans mon imaginaire, je m’étais totalement investie dans cette première histoire d’amour. Il avait vécu des souffrances. Je voulais l’aider. Mon cœur se sentait blessé de vivre une relation aussi difficile. Mais je ne pouvais me passer de lui. Je n’en avais pas la force. Je ne voulais pas l’abandonner. Comme j’avais grandi dans une société où le statut des femmes n’était pas vraiment l’égal de celui des hommes, à peu près dans tous les domaines, j’avais donc eu tendance à reproduire le même scénario. Si on ne casse pas ce moule, d’une génération à l’autre, on reste prisonnier de ce carcan.
J’avais même arrêté de chanter pour lui, car il ne concevait pas que je puisse être à ce point passionnée par le chant. Avec lui, j’ai vécu un grand deuil qui m’a plongée dans un état de profonde tristesse durant de nombreuses années. Une leçon de vie bien trop dure, mais que, malheureusement, j’avais à vivre. Cette douleur a profondément marqué ma vie.
Comme je l’ai dit, je n’avais pas la force de mettre un terme à cette relation même si je savais, au fond de moi, qu’elle n’était pas viable. Sans doute n’avais-je pas suffisamment d’estime personnelle.

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